Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Après la période hivernale si sombre qui paraissait interminable, la lumière rasante du printemps révèle les couches de... poussière et appelle à faire le grand ménage à l'intérieur. Ochtoputz, comme on dit ici en Alsace. Le grand ménage de Pâques. À l'extérieur, les floraisons explosent. Après les personeiges, c'est la cascade de jonquilles, narciss, tulipes, muscaris. Leur tapis bleu vif est du plus bel effet, mais si je n'y... prenait garde, il serait en passe, en s'immisçant partout, de coloniser tout le jardin. L'ail ornemental, lui, ne va pas tarder à prendre le relais avec ses ombelles violettes. Les arbres fruitiers ne sont pas en reste. Je les vois éclorent leurs bourgeons floraux les uns après les autres. Les plus téméraires sèment déjà leurs pétales au banc. alors que d'autres variétés, plus sages, font encore mine d'être endormies. Toutes les floraisons précoces prennent de gros risques. Une gelée nocturne peut griller le cœur des jeunes fleurs et les journées encore trop fraîches n'encouragent guère les abeilles à sortir. Et sans pollinisation, pas de fruits ! Les évolutions sont si rapides que chaque occasion de mettre le nez dehors est exploitée. Les fleurs aux premières loges se mettent en concurrence avec la palette des verres si changeant. Je saisis chaque rayon de soleil pour m'abreuver des nuances du printemps. Vert frais, vert mousse, vert vif, vert pâle, vert acidulé. vers tendres, avant que les vers plus profonds et résistants ne s'installent plus durablement en été. Au Japon, les noms des couleurs sont des coordonnées de temps, de lieu, d'émotion. Avec ces noms, nous nous souvenons. En nous souvenant, nous pourrons retrouver au prochain printemps les infimes différences qui rendent le monde infini. Naeiro, la couleur de la jeune plantule, le tout premier vert qui émerge du sol au début du printemps. Moegiro, le jaune vert bourgeonnant, le souffle des jeunes feuilles qui s'ouvrent, la couleur de la vie qui émerge à travers le sol après le long silence de l'hiver. se souvenant encore du jaune. Ougui-su, hiro, ce n'est pas juste vert, c'est le vert d'un oiseau caché dans l'ombre des bambous. Wakaku-sairo, la couleur de jeunes herbes qui se répandent dans les champs en un tapis de lumière presque trop vif à supporter. Wakabairo, la couleur des jeunes feuilles translucides, vert tendre et doux, tremblant dans la première brise chaude et qui capte la lumière fraîche du printemps. Rappelons-nous maintenant que dans la médecine chinoise, le printemps est la saison du foie liée à l'élément bois et à la couleur verte, justement, le bois. C'est ce moment précis où la vie commence à pousser. Céleste, le soleil levant, le début de la vie, un mouvement ascendant puissant avec une force irrésistible. C'est la sève qui monte, les bourgeons qui éclatent, les racines qui s'étirent dans la terre encore fraîches, une plante qui est capable de percer le bitume. C'est un mouvement vers l'extérieur, vers l'expansion, vers le vivant. Après l'immobilité de l'hiver, le bois vient remettre du flux, de la libre circulation, dans le corps, dans les émotions, dans les idées. Il gère nos élans, nos projets, notre capacité à nous mettre en mouvement. Alors, au printemps, comment soutenir cette énergie du bois ? Parce que l'on mange, bien entendu, mais aussi par la manière dont on vit. Le foie aime ce qui est vert, la couleur associée à l'énergie bois, les jeunes pousses, les herbes fraîches, les saveurs légèrement acides qui réveillent sans agresser. Dans mon jardin, je cueille les premières pointes d'asperges, de l'ail des ours, de l'ortie, de la bourrache, du lierre terrestre. de la ciboulette, quelques feuilles d'épinards, des inflorescences de chou-cale, des tiges de rhubarbe et d'oseille et des pousses d'hémérocale. Le foie aime aussi le mouvement du corps, marcher, s'étirer, respirer plus largement, sortir, regarder le verre, laisser les yeux liés au foie, se poser au loin, regarder au loin. C'est déjà faire circuler. Et il y a aussi nos émotions. Le foie est très sensible à la frustration, à la colère contenue. Pas la colère explosive, mais celle qui ne trouve pas de sortie. Alors, nourrir le foie, c'est aussi se redonner de l'espace. De l'espace pour dire, pour créer, pour bouger, pour laisser passer. Et vous, sentez-vous ce mouvement de renouveau ? Faites-vous votre cure de verre ? Une poignée d'ortie dans une soupe ? Quelques feuilles de pissenlit dans une salade ? Un peu d'ail des ours écrasé avec de l'huile ? Des gestes simples, mais profondément alignés avec la saison, comme si, en mangeant ces plantes, on accompagnait, nous aussi, ce grand mouvement du printemps. Un nouvel épisode des petites histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.