- Gaëlle Guyard
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Code Vert, le podcast de Lefebvre Dalloz qui décrypte l'actualité du droit de l'environnement. Le 12 décembre 2015, le coup de marteau de Laurent Fabius, alors président de la COP21, officialisait l'adoption de l'accord de Paris.
- Extrait audio
Il confirme notre objectif central, vital même, de contenir l'augmentation de la température moyenne bien en deçà de 2 degrés. et de s'efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 degré.
- Gaëlle Guyard
Dans cet accord historique, 195 pays se fixaient des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique. Dix ans après, le bilan reste inquiétant. Les événements climatiques extrêmes se sont multipliés. Tempêtes, vagues de chaleur, sécheresses, inondations. Les émissions liées aux activités humaines ont progressé de 1,3% entre 2022 et 2023. L'an dernier, la température moyenne à la surface de la Terre a franchi pour la première fois le seuil de plus 1,5 degré par rapport à l'ère pré-industrielle. Si rien ne change, le réchauffement de la température planétaire devrait atteindre 3,1 degré à la fin du siècle, selon les experts. Et pour terminer, en janvier dernier, Donald Trump a signé un décret pour retirer les États-Unis de cet accord. Aujourd'hui, pour célébrer l'anniversaire de l'accord de Paris, nous vous proposons un épisode consacré à l'actualité climatique. Je suis Gaëlle Guyard et j'accueille Domitille Bordeaux qui revient pour nous sur le bilan mitigé de la COP30. Puis, Lise Laffille, Laura Guégan et Anne-Laure Tulpain vont analyser les récents arrêts liés au climat. Des informations climatiques, "Grande-Synthe", Dieselgate et la condamnation de Total pour Greenwashing. On commence avec toi, Domitille. Tu viens nous parler de l'un des grands sujets du moment en matière de climat. C'est la COP30. C'est déroulé en novembre à Belém au Brésil. Globalement, est-ce que les engagements ont été à la hauteur des ambitions ? Comme tu l'as dit Gaëlle, le bilan est mitigé. Et c'est souvent le cas à la sortie des COP.
- Domitille Bordeaux
Il y a des choses positives, mais les engagements concrets sont toujours insuffisants. Les deux semaines de négociations ont abouti à l'adoption de ce qu'on appelle le paquet politique de Belém. C'est une série de décisions, la principale étant la déclaration politique dite "Mutirão". Pardonnez ma prononciation. Un terme issu des langues tupi-guarani désignant un effort collectif pour travailler à une tâche commune. Mais cet accord final, il a pu être décrit comme un accord à minima et manquant d'ambition. Par exemple, sur la question de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'accord prévoit certes la mise en place d'un mécanisme volontaire qu'on appelle l'accélérateur mondial de mise en œuvre et qui a vocation, comme son nom l'indique, à aider les pays à mettre en œuvre sur le terrain leurs actions climatiques. Mais aucune décision concrète n'est réellement prévue. Par ailleurs, l'accord ne prévoit rien de concret non plus sur la sortie des énergies fossiles, qui était pourtant mentionnée lors de la COP28 à Dubaï. Le Brésil a annoncé le lancement d'une feuille de route de sortie des énergies fossiles, mais elle ne sera pas contraignante. Et idem pour le sujet de la déforestation, on espérait que cette COP qui se déroulait aux portes de l'Amazonie réussirait à faire avancer la question, mais elle n'a abouti à aucun engagement contraignant sur le sujet. On peut quand même noter qu'à l'initiative du Brésil, un fonds a été lancé en vue de récompenser les pays dotés de forêts tropicales et qui agissent pour protéger ces forêts. Pour finir, on peut aborder aussi la question des financements. Les États ont réitéré leur engagement de tripler le financement pour l'adaptation au changement climatique, mais l'échéance est décalée de 5 ans, donc elle est maintenant fixée à 2035 au lieu de 2030 initialement, et la base de calcul n'est toujours pas précisée.
- Gaëlle Guyard
Mais rassure-nous, malgré ces déceptions. Il y a quand même eu des avancées lors de cette COP.
- Domitille Bordeaux
Alors oui, on peut quand même noter des progrès sur certains sujets. Par exemple, une innovation de cette COP, c'est la place qui a été donnée à ce qu'on appelle la transition juste, donc c'est le fait de limiter les impacts sociaux des politiques climatiques. On peut donc mentionner la mise en place du mécanisme d'action de Bélem. C'est un mécanisme volontaire qui vise à accompagner les États dans la transformation de leurs économies vers des modèles durables et équitables. Et une autre nouveauté de cette COP, ça a été l'importance accordée au sujet de la désinformation climatique. qui suscite de plus en plus d'intérêts. Par exemple, à l'occasion de la COP, 12 États, dont la France, ont adopté une déclaration sur l'intégrité de l'information sur le climat. L'objectif, c'est notamment de promouvoir la fiabilité des informations relatives aux changements climatiques ou encore de garantir la sécurité des journalistes, chercheurs et scientifiques.
- Gaëlle Guyard
Merci, Domitille. En parlant des informations climatiques, Lise, tu as une décision du Conseil d'État impliquant la chaîne de télévision CNEWS à nous partager. Tu peux nous en dire plus ?
- Lise Lafille
Alors oui Gaëlle, le Conseil d'État a rendu le 6 novembre dernier une décision inédite en France. Il a confirmé l'amende de 20 000 euros infligée en 2024 par l'ARCOM à CNews pour diffusion de propos climato-sceptiques. Propos qui avaient attiré l'attention de l'association Cota Clima, qui avait alors saisi l'autorité de régulation. Ces paroles ont été prononcées par Philippe Herlin, un économiste français, lors de l'émission « Punchline été » en 2023.
- Extrait audio
Il ne faut pas s'inquiéter, le réchauffement climatique anthropique est un mensonge, une escroquerie. Le climat a toujours évolué et va continuer de le faire, mais nous expliquer que c'est à cause de l'homme, ça non, c'est de l'ordre du complot.
- Lise Lafille
Et il complète ses propos en disant que pour lui, cela sert à l'état de justification pour intervenir dans la vie des Français et il va même jusqu'à comparer cela à du totalitarisme et il nie le caractère scientifiquement établi du réchauffement climatique. Mais surtout, ses paroles n'ont suscité aucune véritable réaction sur le plateau, que ce soit de la part des invités ... ou des présentateurs, et c'est justement ce qu'a reproché l'ARCOM.
- Gaëlle Guyard
Donc si je comprends bien, c'est nous à ensuite contester la décision de l'ARCOM devant le Conseil d'État ?
- Lise Lafille
Alors oui, en fait, selon la chaîne, l'autorité de régulation aurait fait une inexacte application de ses pouvoirs, et la sanction disproportionnée serait porteuse d'une atteinte excessive à la liberté d'expression. Mais le Conseil d'État ne l'a pas entendu ainsi et a rejoint l'analyse de l'ARCOM, tout en soulignant que cela allait à l'encontre de l'exigence d'honnêteté, de l'information et de la maîtrise de l'antenne.
- Gaëlle Guyard
Alors concrètement ? Que faut-il retenir de cette décision ?
- Lise Lafille
Ce qu'il faut retenir, c'est que le climato-sceptisme n'est donc plus considéré comme une opinion, mais comme de la désinformation, qui est donc susceptible d'être sanctionnée. Et d'ailleurs, trois ONG, donc QuotaClimat, dont j'ai parlé précédemment, ont dénombré 529 cas de mésinformation climatique dans les médias audiovisuels français, rien qu'entre janvier et août 2025. On voit bien que c'est un sujet qui prend de l'ampleur, surtout qu'une proposition de loi pour encadrer la désinformation climatique est actuellement dans les tuyaux parlementaires.
- Gaëlle Guyard
Mais ce n'est pas la seule décision intéressante en matière climatique. Il y a d'autres contentieux récents, cette fois dirigés contre l'État français et sa trajectoire climatique.
- Lise Lafille
Tu fais référence à l'affaire "Grande-Synthe" du nom de la commune à l'origine du recours. En fait, tout commence en 2020. Le Conseil d'État avait demandé au gouvernement de justifier que la France suivait bien sa trajectoire de réduction des émissions de hague-gaz à effet de serre. Ici, je précise qu'on parle de l'objectif de réduction de moins 40%. à horizon 2030 par rapport à 1990. Le Conseil d'État a ensuite rendu deux décisions en 2021 et 2023 où les éléments transmis par le gouvernement étaient toujours insuffisants. Ce n'est donc qu'en octobre dernier que le Conseil d'État a considéré que l'objectif devrait être atteint en se fondant sur des éléments transmis par le gouvernement. Par exemple, l'atteinte des objectifs intermédiaires issus de la deuxième stratégie bas carbone ou encore les 105 milliards d'euros d'investissement en faveur du climat en 2025.
- Gaëlle Guyard
Peut-on dire que le Conseil d'État valide l'action climatique du gouvernement ?
- Lise Lafille
Eh bien là, je reprends les propos d'Elsa Ingrand, chargée de campagne de l'association Notre Affaire à Tous, à l'origine de ce contentieux. Donc non, le Conseil d'État ne valide pas l'action climatique du gouvernement. Il constate simplement le respect d'objectifs désormais dépassés. Et c'est vrai. L'objectif de moins 40% a été rehaussé à moins 55% d'ici 2030. pour les émissions nettes dans le cadre de la réglementation européenne. Reste donc à savoir si des recours seront déposés vis-à-vis de ce nouvel objectif qui est pour le moins ambitieux.
- Gaëlle Guyard
Merci Lise. Autre affaire qui a fait du bruit ces derniers mois, celle du Dieselgate. Pour commencer Laura, peux-tu nous rappeler rapidement ce feuilleton juridique ?
- Laura Guégan
Alors oui, bien sûr Gaëlle. L'affaire du Dieselgate, qu'on appelle aussi l'affaire Volkswagen, c'est en fait un scandale industriel et sanitaire qui a éclaté en 2015. Ce scandale, il concerne la mise sur le marché de véhicules diesel équipés de dispositifs interdits qui permettent donc aux constructeurs de réussir les tests d'homologation des véhicules. Et donc concrètement, il y a eu des véhicules largement plus polluants que les normes autorisées qui ont été mis sur le marché.
- Gaëlle Guyard
Et quelle est l'ampleur de cette affaire ?
- Laura Guégan
Alors cette affaire porterait à l'échelle mondiale sur 11 millions de véhicules diesel du groupe Volkswagen, des véhicules qui ont été vendus entre 2009 et 2019. Ce qu'il faut savoir c'est que ces véhicules sont toujours en circulation et qu'ils émettent des niveaux de dioxyde d'azote entre 2 et 10 fois supérieurs aux normes qui sont applicables. En conséquence, si on en croit une étude du Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur, Il y a eu 16 000 décès prématurés dus à ces émissions illégales sur la période allant de 2009 à 2024 pour un coût total de 101 milliards d'euros.
- Gaëlle Guyard
Donc je suppose que des procédures sont en cours sur le sujet ?
- Laura Guégan
Alors oui, tout à fait. Mi-septembre dernier, trois associations ont engagé une action en justice contre l'État en raison de son inaction face aux dommages sanitaires et économiques du Dieselgate. du fait de l'absence de procédure. engagés par l'État, mais également de l'absence de sanctions pour les constructeurs, les associations ont demandé deux choses au tribunal administratif de Paris. Tout d'abord, la reconnaissance de la responsabilité de l'État dans cette affaire et deuxièmement, la mise en œuvre de mesures suffisantes dans un délai de six mois. Les associations ont aussi demandé, en cas d'inaction persistante de la part de l'État, l'application d'une astreinte de 50 millions d'euros par semestre de retard. Autre point sur le sujet, les trois associations ont rappelé à l'occasion de cette saisine l'obligation constitutionnelle qui incombe à l'État de garantir à chacun le droit de vivre dans un environnement sain. Et les trois associations ont aussi insisté sur le fait que la mise en conformité des véhicules concernés par le Dieselgate permettrait d'éviter 8000 décès et 8000 cas d'asthme infantile supplémentaire d'ici 2040.
- Gaëlle Guyard
On voit bien que la situation évolue. Et qu'il commence à y avoir du contentieux avec notamment une première décision.
- Laura Guégan
C'est exact. Et on peut qualifier la décision de la Cour de cassation du 24 septembre dernier de victoire historique. Puisque pour la première fois, la Cour de cassation a demandé l'annulation du contrat de vente d'un véhicule équipé d'un logiciel qui visait à tromper les mesures européennes anti-pollution. Tout d'abord, la Cour a rappelé que l'acheteur avait le droit de saisir la justice, puisque le délai de prescription de 5 ans était respecté, délai qui court à partir du jour où où l'acquéreur a reçu le premier courrier de la part de Volkswagen, un courrier qui l'informait de l'existence de l'enquête du Dieselgate. Et dans un second temps, la Cour de cassation a jugé pour la première fois au regard de la Charte de l'environnement de 2004, et plus précisément en application du droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, et en application du devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement. Donc la Cour a jugé qu'il y avait un manquement grave du vendeur à son obligation de délivrance conforme. Et donc dans cette affaire, on peut dire qu'il y a eu une environnementalisation du droit privé, puisque le code civil a été jugé à travers la charte de l'environnement.
- Gaëlle Guyard
Merci Laura, une première décision qui en appelle sûrement d'autres. Pour terminer Anne-Laure, tu reviens sur le jugement rendu par le tribunal judiciaire de Paris en octobre dernier, opposant plusieurs associations à TotalEnergies dans une affaire de greenwashing. Et pour l'occasion, tu reçois les protagonistes de l'affaire.
- Anne-Laure Tulpain
Oui Gaëlle, on a tous eu écho de ce contentieux qui a fait bruit dans la presse. On a entendu parler d'écho-blanchiment, de greenwashing, de désinformation climatique, de publicité mensongère. Mais qu'en est-il vraiment juridiquement parlant ? Avant d'étudier le fond de la décision, Anne Stévignon, juriste au sein de l'association Notre Affaire à Tous, revient sur les raisons de l'action justice. Bonjour Anne.
- Anne Stévignon
Bonjour Anne-Laure, merci beaucoup. En effet, à l'occasion de son changement de nom de Total en Total Énergie, le groupe a déployé en 2021 une campagne publicitaire sur son site internet, ses réseaux sociaux et dans l'espace public. Et l'entreprise mettait en avant auprès des consommateurs son ambition d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Et elle revendiquait haut et fort d'être un acteur majeur de la transition énergétique. Pour nous, il était clair que c'était des allégations trompeuses. Dès lors que les énergies fossiles représentaient encore la majorité écrasante de la production totale et les trois quarts de ces investissements. Et c'est d'ailleurs toujours le cas. L'entreprise prévoit toujours d'augmenter sa production de pétrole et de gaz d'ici 2030. TotalEnergies reste un acteur majeur de l'expansion fossile. C'est pourquoi, accompagnée par Clémentine Baldon, on a initié cet actionnement en justice en 2022 avec Greenpeace France, les Amis de la Terre et le soutien de ClientEarth.
- Anne-Laure Tulpain
Merci Anne pour ces éléments de contexte. Et pour mieux comprendre ce jugement, nous recevons également Rémi Nouailhac, responsable juridique développement durable chez TotalEnergies. Bonjour Rémi.
- Rémi Nouailhac
Bonjour Anne-Laure.
- Anne-Laure Tulpain
Alors là, l'idée est de décrypter ensemble sur le fond du droit les enseignements du jugement. Si on le lit bien, on voit que le tribunal n'a pas suivi les associations sur l'ensemble de leurs demandes et qu'il a été ordonné au groupe de faire cesser la diffusion d'une communication considérée comme trompeuse de trois paragraphes.
- Rémi Nouailhac
C'est tout à fait cela. Anne-Laure, merci beaucoup de me recevoir. Merci pour cette opportunité d'échanger. Les trois paragraphes en question ont été jugés trompeurs dans la mesure où ils n'étaient pas... pas accompagné de suffisamment d'informations pour le consommateur. Et pour bien comprendre ça, je voudrais revenir sur la notion de pratique commerciale, qui est définie par le code de la consommation. En l'occurrence, l'action visait 44 communications différentes, sur différents supports, que ce soit presse écrite, réseaux sociaux, vidéos en ligne, et des pages de sites internet. L'un, totalenergie.fr, qui appartient à notre filiale TotalEnergies Électricité et Gaz France. qui commercialise ses produits auprès des particuliers. Puis l'autre qui est notre site institutionnel totalenergie.com qui appartient à TotalEnergies SE, la société mère du groupe. Et le tribunal a reconnu qu'il est important de distinguer deux types de communication. D'une part la communication commerciale, dite aussi publicitaire, qui vise directement à influencer les décisions des consommateurs à l'égard des produits. Et puis d'autre part la communication institutionnelle qui a une vocation informationnelle, sans relation directe avec la promotion, la vente ou la fourniture d'un produit au consommateur. Il s'agit par exemple de la communication de l'entreprise sur sa stratégie ou ses grands projets. L'action des associations visait essentiellement des communications institutionnelles de TotalEnergies, de la société mère du groupe donc, à l'occasion de son changement de nom, et visait également ses explications sur son ambition de neutralité carbone ensemble avec la société. C'est accessoirement que l'action critiquait des mentions d'une page du site internet de sa filiale en France, donc TotalEnergie.fr, et dans son jugement, le tribunal a suivi TotalEnergie dans l'argument selon lequel le code de la consommation vise à protéger le consommateur, et il a donc écarté toutes les demandes qui visaient des communications institutionnelles, notamment celles qui étaient sur le site TotalEnergie.com. Et donc il n'a examiné et jugé trompeuse que trois communications, destinée aux consommateurs, à savoir une série de paragraphes qui figuraient sur une page du site totalenergie.fr et qui mentionnaient l'ambition de neutralité carbone du groupe, ensemble avec la société, tout en donnant des exemples de contribution à cette ambition par différents projets menés en France, notamment dans la production d'électricité renouvelable.
- Anne Stévignon
Alors c'est vrai que le tribunal a eu une appréciation stricte du caractère commercial des allégations visées. certains messages de TotalEnergies promouvaient notamment le gaz fossile comme une énergie de transition indispensable, je cite, et fantastique pour décarboner. On est clairement sur un registre laudatif et ces messages étaient diffusés sur les réseaux sociaux de l'entreprise dans un contexte de communication promotionnelle. Donc leur nature commerciale ne faisait aucun doute à nos yeux. Le tribunal a cependant considéré qu'il s'agissait là de simples communications informationnelles. On le regrette. Mais le tribunal a aussi pris soin de préciser que la publication de communication sur un site non marchand n'exclut pas qu'elle puisse être considérée comme des pratiques commerciales. En clair, des communications institutionnelles peuvent tout à fait être jugées trompeuses. Et surtout, sur le caractère trompeur des messages commerciaux de TotalEnergies et leur impact sur le comportement des consommateurs, le jugement nous a donné entière satisfaction.
- Anne-Laure Tulpain
C'est intéressant de voir que le juge s'est donc prononcé sur les pratiques commerciales trompeuses. et non pas sur la véracité de la stratégie de Total Énergie. Rémi, sur ce point, le paragraphe 108 du jugement explique qu'il ne s'agit pas de rechercher une contradiction entre les ambitions de neutralité du groupe et ses activités, mais de déterminer si les allégations environnementales faussées pouvaient induire le consommateur en erreur.
- Rémi Nouailhac
Oui, le tribunal précise dans son jugement que le fondement des pratiques commerciales trompeuses n'est pas de la nature à permettre de juger la pertinence de l'ambition de l'entreprise, mais qu'il lui revient simplement de... de juger la qualité de l'information qui est délivrée aux consommateurs. Tout cela, nous l'expliquons dans de nombreuses publications, notre rapport annuel, nos communications aux investisseurs, et diverses pages de notre site institutionnel totalenergie.com. Et le tribunal l'a compris. Et ce que le tribunal a jugé, c'est que pour bien comprendre la portée de l'ambition exprimée par le groupe, toutes ces informations précises et contextualisées, sur l'ambition de neutralité carbone ensemble avec la société, auraient dû figurer aussi sur les pages concernés du site commercial de la filiale TotalEnergies.fr ou éventuellement par le renvoi vers une autre page web. Donc le caractère de l'information a été jugé insuffisant pour le consommateur car incomplet.
- Anne Stévignon
Oui, je voudrais revenir sur la question d'Anne-Laure. En réalité, le tribunal n'avait pas ajouté la stratégie globale de TotalEnergies. Ce n'était pas l'objet du litige. Cette question fait l'objet d'une autre procédure,
- Gaëlle Guyard
auquel notre affaire a tous ses parties, et elle sera tranchée dans quelques mois par la même Chambre.
- Anne Stévignon
Ici, le tribunal a sanctionné avec force les allégations formulées par Total d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Il a examiné l'état de la science, les rapports du GIEC, les scénarios de l'Agence internationale de l'énergie qui font référence, notamment le scénario NetZéro 2050, ainsi que les recommandations d'experts mandatés par le secrétaire général de l'ONU, et il en a tiré une conclusion limpide. Il existe aujourd'hui un consensus scientifique clair sur le fait que l'expansion fossile à laquelle se livre TotalEnergies est incompatible avec l'atteinte de la neutralité carbone au sens de l'accord de Paris. Le tribunal a alors reproché à Total de se référer Merci. à la notion de neutralité carbone, je cite, sans préciser au consommateur qu'il avait son propre scénario, son propre scénario, consistant notamment à rendre compatible avec son ambition de neutralité carbone la poursuite de ses investissements dans le pétrole et le gaz, à rebours, c'est l'expression employée par le juge, des préconisations des travaux scientifiques alignés sur l'accord de Paris. Et la sanction est sans appel. Le tribunal nous dit que ces allégations ont manifestement altéré le comportement d'un consommateur normalement attentif et avisé. Elles sont donc jugées trompeuses. Total est condamné sur le fondement des pratiques commerciales trompeuses. Voilà.
- Anne-Laure Tulpain
Merci Anne d'avoir partagé cette vision des associations.
- Anne Stévignon
Merci beaucoup Anne-Laure également pour cette invitation.
- Anne-Laure Tulpain
Et donc, in fine Rémi, quelles ont été les mesures décidées par le tribunal ?
- Rémi Nouailhac
Alors le jugement a enjoint à TotalEnergies, Électricité et Gaz France de retirer les trois paragraphes concernés sur une page de son site commercial, le site totalenergy.fr, et de publier un lien vers le jugement. sur ce site pendant six mois. Deuxièmement, il a condamné TotalEnergies à verser 8 000 euros à chaque association de mandresse au titre du préjudice moral, outre une somme due au titre des frais de justice.
- Anne-Laure Tulpain
Rémi, ce jugement est quand même important pour TotalEnergies et on peut voir l'intérêt de sa portée pour tous les juristes d'entreprise pour bien comprendre comment organiser la communication en interne. Est-ce que tu aurais des conseils sur ce point à partager au regard de cette expérience ou d'autres expériences que tu as pu avoir en travaillant dans un groupe ? autant sous les projecteurs.
- Rémi Nouailhac
Ce que je peux dire, et je pense que ce qu'on retient vraiment de ce jugement, son intérêt, c'est justement l'importance de la clarté, de la contextualisation. Et nous, juristes, on a un rôle auprès des communicants qui est important dans les entreprises. Chez TotalEnergie, il y a beaucoup de contenus communicationnels qui sortent chaque jour de l'entreprise, quel que soit le support, impressions, vidéos, radios, mais aussi les réseaux sociaux. Et on ne peut évidemment pas faire une revue juridique de tous ces contenus. En permanence, mais par contre, il me semble important de sensibiliser les équipes de com pour qu'elles comprennent ce risque juridique qui est lié aux allégations environnementales, qu'elles maîtrisent ce risque, qu'elles maîtrisent les bonnes pratiques à ce sujet. Et donc, on essaie de les partager avec ces équipes, les bonnes pratiques, comme par exemple, effectivement, contextualiser, maîtriser l'emphase, etc.
- Anne-Laure Tulpain
Merci beaucoup Rémi d'avoir pris le temps de venir participer à Code Vert pour donner votre version de ce contentieux.
- Rémi Nouailhac
Merci à vous.
- Gaëlle Guyard
C'est la fin de cet épisode. Un grand merci pour votre attention. Cet épisode a été réalisé par Olivier Cizel, à la prise de son Jérémy Martin. Vous pouvez retrouver l'épisode sur votre plateforme d'écoute habituelle, sur la chaîne des podcasts du Droit et du Chiffre et sur notre site d'actualité La Quotidienne. En attendant le prochain épisode, retrouvez toutes nos actualités climatiques et environnementales dans la veille permanente Environnement et nuisances sur ELnet.fr. A très bientôt. Merci.