Speaker #0Bienvenue dans les secrets de Bacchus, le podcast qui fait parler le vin. Je suis Chloé. ... Caviste passionné, dans chaque épisode, je vous invite à découvrir le vin comme si vous veniez me voir dans ma boutique. Avec plaisir, simplement et surtout, surtout sans chichi. Dans ce podcast, le vin s'écoute, se boit et avant tout, se vit. Alors, prêt à entrer dans mon univers ? Laissez-moi vous murmurer les secrets de Bacchus, un podcast à consommer sans modération, ou presque. Hello les zoonocurieux, et bienvenue dans ce nouvel épisode des secrets de Bacchus. Nous voilà dans la seconde quinzaine de novembre, ce moment suspendu où les villes commencent à frissonner sous les premières lueurs de fin d'année. Les vitrines s'illuminent tout doucement, les écharpes peu ressortent et dans un coin du salon, Maria Carey s'impatiente déjà qu'on la libère de son hibernation musicale. Yes, all I want for Christmas is you. Les marchés de Noël se dessinent à l'horizon, mais avant les guirlandes, avant le vin chaud et les chansons qui restent dans la tête, il y a un rituel bien à nous. Chaque 3ème jeudi de novembre, à la minute près, on célèbre une fête vineuse qui n'a plus de frontières. C'est l'arrivée du Beaujolais nouveau. Attendu comme un rayon de lumière par certains, boudé par d'autres, il ne laisse jamais indifférent. Alors venez, on plonge ensemble dans l'histoire de ce vin festif par excellence. Celui qui nous transporte instantanément dans l'ambiance chaleureuse d'un bouchon lyonnais avec son joyeux vacarme et ses tables serrées. Installez-vous confortablement et c'est parti pour un nouvel épisode des Secrets de Vacus. Alors pour comprendre le Beaujolais nouveau, il faut remonter le fil du temps et pousser la porte des bistrots lyonnais des années 1950. Imaginez l'ambiance, le brouhaha des habitués, les nappes à carreaux, les ardoises griffonnées et derrière le comptoir, cette excitation presque fébrile qui monte d'année en année. A l'époque, c'était une course un peu folle, un défi lancé à la bonne franquette entre cafetiers et restaurateurs. Qui aura le premier Beaujolais de l'année ? On gâtait la fin des vendanges comme un top départ. À peine les cuves prêtes, on se précipitait pour servir ce vin tout jeune, encore chaud de sa naissance, encore frémissant de fruits. C'était un vin de comptoir, un vin de soif, un vin de copain. On le buvait debout, en riant, en saluant le travail de la vigne comme on applaudit un artiste qui entre en scène. Rien de sophistiqué, juste du plaisir brut, immédiat, éclatant. Et puis un homme. a changé la donne. Georges Duboeuf, le pape du Beaujolais, le maestro du marketing vinicole. Dans les années 70-80, il transforme cette petite tradition locale en phénomène mondial. Le Beaujolais nouveau devient un événement, un vrai. Exporté jusqu'au Japon, célébré à New York, attendu comme un feu d'artifice oenologique. En 1985, pour canaliser cette effervescence, on fixe une date officielle. Le troisième jeudi de novembre, et soudain, à minuit pile, partout sur la planète, le même cri résonne. Le Beaujolais nouveau est arrivé. Ce qui n'était qu'une fête de quartier devient alors une célébration internationale. La preuve éclatante que le vin, avant tout, c'est du lien, du partage. Une manière de dire de Lyon à Tokyo, allez venez, on ouvre une bouteille et on célèbre ce que la... Terre nous a donné cette année. Mais alors, qu'est-ce qui rend le Beaujolais nouveau si singulier, si vibrant, si différent de tout le reste ? Et bien tout se joue dans sa naissance, dans cette manière très particulière dont on lui donne vie. On parle ici de macération. carbonique, un procédé presque secret, presque magique, qui transforme la cuve en petit laboratoire de poésie. Imaginez la scène, des grappes entières, intactes, posées délicatement dans la cuve comme on poserait des fruits dans un panier. Pas de foulage, pas de brusquerie, rien qui blesse ou qui écrase trop vite, juste la gravité. douce et patiente qui fait son œuvre. En bas, quelques baies se fendent sous le poids. Elles libèrent leur jus, commencent alors à fermenter et ce premier souffle de vie dégage alors du gaz carbonique, du CO2. Et c'est là que la magie opère. Les baies du haut, encore entières, fermentent de l'intérieur comme si chaque grain devenait une petite cuve autonome, un microcosme qui mijote tout seul dans son cocoon. de gaz. Une vinification en apesanteur, un murmure, une naissance tout en douceur. De cette méthode naît alors un vin aux fruits éclatants, joyeux et immédiats. Des fraises bien mûres, des framboises juteuses, ce côté bonbon anglais qui fait sourire, parfois une note de banane, parfois un clin d'œil de kirsch. Ce n'est pas un vin qui cherche la méditation, et non, c'est un vin qui cherche la lumière, l'évidence du fruit et le plaisir sans détour. Et au cœur de tout ça, il y a le gamay, ce cépage tendre, généreux, qui aime donner vite et bien. Alors ce gamay, enraciné dans les seules granitiques du Beaujolais, il trouve là son terrain de jeu parfait, vivacité, fraîcheur et gourmandise. C'est pour ça que le Beaujolais nouveau existe. Parce qu'en 6 à 8 semaines à peine après les vendanges, le gamay est déjà prêt à raconter quelque chose, prêt à monter sur scène, prêt à être mis en bouteille, deux mois. entre la vigne et votre verre. C'est ça la jeunesse du primeur. Un vin encore tout battant, tout frémissant, qui n'a pas appris la patience, mais maîtrise déjà l'art du plaisir immédiat. Maintenant, parlons vrai. Le Beaujolais nouveau, vous le savez comme moi, traîne derrière lui une réputation un peu cabossée. On le dit trop sage, trop formaté, trop bonbon anglais. On le réduit parfois à un vin de supermarché. à une opération marketing bien huilée qui n'aurait plus grand-chose à raconter sur le plan émotionnel. Et soyons honnêtes, oui, tous les Beaujolais nouveaux ne se valent pas. Certaines versions industrielles, produites dans des cuves immenses, lissées, calibrées, passent à côté de l'essentiel. Elles manquent d'âme, de chair et d'élan. Elles donnent l'impression d'un vin qui sait sourire, mais qui a oublié d'avoir un cœur. Mais quand le Beaujolais nouveau naît entre les mains d'un vigneron qui travaille avec soin, respect et délicatesse, là, on change de dimension. Le vin s'ouvre, se dévoile, brille presque de l'intérieur. C'est un vin sincère, lumineux, un vin qui ne triche pas. Un vin qui explose de vie, qui assume pleinement sa jeunesse éclatante et sa gourmandise libérée. Il ne cherche pas à impressionner, il cherche à réjouir. et dans cette simplicité. assumée, il y a une forme de noblesse rare, celle du plaisir partagé, accessible et immédiat. Prenons par exemple ma cuvée coup de cœur, celle qui revient chaque année comme un ami qu'on attend avec impatience, le Beaujolais Village Nouveau sans soufre de Gilles Jelin du domaine des nugs. Dès le premier nez, c'est une déflagration de vie, des framboises écrasées, des cerises croquantes, comme si on plongeait le visage dans un panier de Oui, fraîchement. cueillis. Aucune lourdeur, pas de maquillage. Juste la vérité du gamay, à nu, vibrant et sans filtre. En bouche, c'est de la pure gourmandise. Le vin glisse, il coule, il danse presque. C'est une matière soyeuse, veloutée, qui enveloppe le palais comme un tissu léger. Et cette fraîcheur alors, cette acidité vive, joyeuse qui propulse chaque gorgée vers la suivante, presque malgré nous. On sent la main du vigneron, précise, attentive et respectueuse. Une vinification qui ne cherche pas à dompter le fruit, mais à l'accompagner, à l'honorer. Sans souffle ajouté, ce vin respire autrement. Il a cette petite pulsation, cette vibration presque électrique qu'on ne retrouve que dans les vins nature bien faits. C'est vivant, c'est sincère et c'est d'une digestibilité désarmante. Voilà ce qu'un Beaujolais nouveau peut être quand il est entre de bonnes mains. Un vin de plaisir immédiat, oui. mais jamais simpliste. Un vin qui raconte une histoire, celle d'un terroir, d'un millésime, d'un homme qui écoute la vigne. Et maintenant, comment le déguster ? Alors frais, autour de 15 degrés, le Beaujolais Nouveau se voit poser avec des amis autour de quelques plateaux de charcuterie, de fromage doux, dans une ambiance où personne ne se prend trop au sérieux. Le Beaujolais Nouveau, c'est un vin de comptoir, un vin de zinc, un vin qui se nourrit de la La convivialité, comme d'autres, se nourrisse du silence. Mais surtout, surtout, ne le laissez pas mourir après le troisième week-end de novembre. Ne le condamnez pas à prendre la poussière jusqu'à l'année suivante. Ce serait rater l'un de ses plus beaux rôles. Imaginez-le au cœur de vos soirées d'hiver, ces moments où le fromage fond, coule, conquiert la table et les cœurs. Si il existe un vin rouge capable d'épouser une raclette avec une grâce insolente, c'est bien lui. Sa fraîcheur croquante vient danser avec le gras fondant du fromage. Sa légèreté aérienne contrebalance la richesse de la pomme de terre. Là où d'autres vins se feraient écraser, lui apporte l'équilibre. la respiration, l'élan. Il est frais, gouléant, avec cette facilité déconcertante d'y revenir encore et encore sans jamais se lasser. Avec modération bien sûr, il transforme une raclette trop copieuse en un moment de pur réconfort. C'est le compagnon idéal de vos soirées cocooning, celui qui vous fait lever votre verre entre deux filets de fromage, les joues roses et le sourire facile. Le Beaujolais Nouveau, finalement, c'est un peu comme une petite fenêtre ouverte sur le millésime. Une première bouffée d'air frais, un premier regard encore flou mais vibrant, un avant-goût, un amuse-bouche liquide. Et vous savez quoi ? Cette manière de célébrer la jeunesse du vin, cette impatience joyeuse, cette envie de goûter la vie avant qu'elle soit complètement polie, eh bien le Beaujolais Nouveau n'en a pas l'exclusivité. D'autres régions plus discrètes, plus confidentielles parfois, jouent elles aussi ce jeu-là, celui de la primeur. Et certaines jouent avec un charme faux. Parce que oui, la France ne compte pas qu'un seul vin qui arrive tout fringant, encore chaud de sa vendange. Il existe toute une petite famille de vins primeurs, chacun avec sa personnalité, son tempo, sa façon de dire « Hé, regarde-moi, je viens tout juste de naître et j'ai déjà des choses à raconter » . et parmi eux, il y a un vin que j'aime évoquer tant il apporte une autre lumière, une autre vibration, le Muscat de Noël. Le Muscat de Noël, c'est le primeur qui ne cherche pas à faire comme les autres. Lui, il arrive en blanc, doré, parfois légèrement rosé, avec un sourire de soleil encore accroché aux épaules. C'est un vin tout naturel, mais tout jeune, tout frais, tout frétillant. Un vin qui porte encore la pulpe du grain, l'arôme croquant du raisin juste mieux. Imaginez un panier de litchi, de fleurs blanches, de zeste d'agrumes, un vin qui sent la guirlande qu'on n'a pas encore accrochée, mais qui attend déjà la fête. Et il arrive, lui aussi, en novembre. À quelques jours des premières lumières de Noël, comme un clin d'œil, vous croyez ne célébrer que le Beaujolais ? Allez, venez, je vous emmène dans le Sud. Le Muscat de Noël, c'est la version solaire du primeur, gourmand, solaire, éclatant. Un rayon de lumière sur vos desserts de fin d'année, mais aussi sur un foie gras poêlé, une bûche exotique, ou juste un petit moment de douceur volé au milieu d'une journée trop sombre. Et autour de lui, d'autres primeurs existent bien évidemment. Des rouges croquants de Loire, des blancs confidentiels du sud-ouest, des cuvées d'Ardèche qui sentent encore la chaleur de leurs collines. Tous différents, tous sincères, tous... porter par la même intention, offrir la vérité du millésime avant même que l'année ait eu le temps de se raconter. Parce que l'éprimeur, au fond, ce n'est pas seulement du vin, c'est une promesse, un élan, un rappel que le présent peut être beau sans avoir besoin de vieillir pour être pris au sérieux. Voilà les amis, cet épisode touche à sa fin. J'espère qu'il vous aura donné envie de découvrir ou de redécouvrir les vins primeurs. Pour finir, buvez le vin comme on écoute une belle histoire. Lentement, attentivement, en laissant chaque gorgée rester une célébration et jamais un excès. La magie est plus grande quand elle reste maîtrisée. Merci de m'avoir écouté jusqu'ici. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner au podcast, à laisser 5 étoiles et un petit commentaire sur votre plateforme d'écoute préférée. C'est le meilleur moyen de faire rayonner les secrets de Bacchus. Vous pouvez également le partager autour de vous, l'envoyer à vos amis, à vos collègues ou à toute personne qui aime trinquer avec le bon goût. Et si vous voulez poursuivre la conversation, je vous accueille toujours. avec plaisir à la cave à Bainheim ou sur les réseaux sociaux at pacus.chloe Merci d'avoir partagé ce moment de dégustation avec moi et d'ici le prochain épisode prenez soin de vous et de votre cave bien sûr Sous-tit