- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Liberté d'être femme. Je suis Marie-Laure Hisette, coach, conférencière et autrice. J'accompagne les organisations qui souhaitent faire évoluer leur pratique de leadership vers plus d'engagement, de sens et de responsabilité collective. J'ai écrit un manifeste qui s'intitule Humanisons nos organisations. C'est un texte engagé...
- Speaker #1
pour questionner en profondeur nos modèles managériaux et ouvrir d'autres voies possibles. Il sortira le 15 janvier 2026 et il est actuellement disponible en précommande sur Amazon au format e-book. Si ces sujets résonnent pour toi, tu trouveras le lien de précommande dans la description de l'épisode. Et maintenant, place à l'épisode du jour.
- Speaker #0
Bienvenue Amélie sur le podcast Liberté d'être femme.
- Speaker #1
Merci Marie-Laure.
- Speaker #0
Ça me fait très plaisir de t'accueillir ici. Et puis, je vais te demander la traditionnelle question. Est-ce que tu veux bien te présenter, s'il te plaît, rapidement ?
- Speaker #1
Avec plaisir. Je suis Amélie Billault. Je suis cofondatrice et codirectrice d'une association qui s'appelle Making Waves, qui utilise la radio, qui mobilise la radio et le podcast comme un espace de lien social et un outil pour mobiliser et donner la parole. à des personnes, des communautés, des publics qu'on entend peu. Je viens du secteur culturel à la base, j'ai une formation dans le secteur culturel où j'ai exercé une dizaine d'années. Et puis après, je me suis tournée vers des projets plutôt sociaux dans des organismes et des organisations qui travaillent sur la question du lien social et puis aussi des ONG de solidarité internationale. Et voilà, en mélangeant un peu tout ça, ça donne Making Waves que j'ai monté avec quelqu'un qui s'appelle Alexandre Planck qui vient de... de Radio France 1.
- Speaker #0
Merci pour ce bref résumé. De toute façon, on va avoir l'occasion de revenir sur un certain nombre des points que tu évoques. Je commence avec Making Waves, que tu as cofondé. Un nom qui évoque le mouvement, le bruit aussi, qui bouscule un peu l'ordre établi. Si tu devais résumer en une phrase ce que tu cherches à faire bouger aujourd'hui, ce serait quoi ?
- Speaker #1
C'est de pouvoir... recréer des espaces audibles de citoyenneté. Je dirais que ce serait ça ce qu'on cherche à faire avec Making Waves. Recréer des espaces où on peut se parler et où on peut entendre et écouter tout un tas de personnes qui sont inaudibles aujourd'hui malheureusement.
- Speaker #0
Donc une façon de remettre l'humain au centre.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
On va revenir après sur ton parcours, mais d'abord, j'ai une question. Pourquoi la radio ? Qu'est-ce que ça représente pour toi ? Parce que c'est un médium, un outil, un espace de liberté ou autre chose ?
- Speaker #1
Oui, c'est un peu tout ça, en fait. Moi, je ne viens pas du tout du secteur de la radio, contrairement à Alexandre avec qui j'ai fondé la structure. Mais ça me semblait être un espace qui répond à plein d'enjeux, à la fois culturels, sociaux, démocratiques, de citoyenneté, que je suis admirative de tous ceux qui ont monté. et permis aux radios associatives et aux mouvements des radios libres d'exister ? Et comment aujourd'hui, à l'ère du numérique, à l'heure où les médias sont possédés par un nombre réduit de personnes, comment on invente ces espaces-là à l'heure d'aujourd'hui, avec des enjeux qui ont évolué, avec des droits fondamentaux et des valeurs qu'on pensait acquises mais dont on voit qu'elles sont aujourd'hui remises en question ? avec des risques de repli identitaire, avec des fake news, avec toutes ces choses-là qui émergent aujourd'hui, et puis aussi plein de belles choses à dire, plein de valeurs communes, plein de points communs, même dans l'altérité, toujours des points communs à trouver. La radio, je trouve que c'est un formidable espace pour affirmer ça et pour créer d'autres récits.
- Speaker #0
Tu nous l'as dit tout à l'heure quand tu t'es présentée, tu es passée d'une carrière... bien installé, je dirais, dans le spectacle vivant, à un engagement plus social et territorial. Qu'est-ce qui a déclenché pour toi cette bascule ?
- Speaker #1
C'était de me rendre compte qu'il y avait tout un espace, disons, que je trouvais impensé, ou en tout cas difficile d'atteindre, avec des structures comme des institutions culturelles. Et du coup, je trouvais ça vraiment intéressant de faire un pas de côté et de voir comment, avec un autre angle, une autre entrée, une autre porte d'entrée, on allait vers d'autres personnes, d'autres récits, d'autres rapports au monde. Et c'est ça qui m'a amenée à faire ce pas de côté.
- Speaker #0
Et à cette occasion, qu'est-ce que ça t'a permis de découvrir sur toi-même ?
- Speaker #1
Ça m'a permis de découvrir que le lien social, c'est quelque chose qui est fondamental et que je trouve absolument insupportable, au sens premier du terme, je refuse de supporter une société où le droit à la parole n'est pas le même pour tous. et que c'est un élément fondamental d'une démocratie, un homme, une voix. Sauf qu'il y a plein de personnes à la place de qui on parle et je trouve ça absolument... insupportable. Ça m'a permis de prendre conscience de ça et que c'était quelque chose sur lequel je souhaitais m'engager. Et que là encore, la radio, c'était un formidable métaphore de ce qu'est une démocratie ou en tout cas un formidable outil pour servir ces enjeux-là.
- Speaker #0
La radio et puis c'est vrai, le podcast aussi. Je sais que vous êtes active dans ce domaine-là aussi. Je parle pour ma part. C'est l'objectif de ce podcast ici, c'est de donner la parole à des femmes. qui justement sont beaucoup plus souvent invisibilisés, et qui ont moins de place pour s'exprimer que les hommes bien souvent. Donc tu dis que la culture c'est un levier d'insertion. Est-ce que tu as un exemple concret à partager, ou bien l'art, ou bien la parole, à transformer une personne ou un groupe ?
- Speaker #1
Nous on est une structure d'insertion par l'activité économique, c'est-à-dire qu'on est un atelier chantier insertion. une dizaine de nos collègues qui sont en contrat d'insertion. Et on voit à chaque fois, que ce soit avec l'arrivée de nouveaux collègues ou dans les ateliers qu'on peut faire avec des jeunes ou avec tout un tas de publics, qu'à chaque fois qu'on passe à une personne la possibilité de s'exprimer, un micro, qu'on écoute l'expression de son imaginaire, l'expression de sa culture, l'expression de sa langue, quand elle a la chance de pouvoir parler plusieurs langues, à chaque fois, il se passe quelque chose. Et que la culture, dans ce sens-là, c'est un formidable vecteur de lien social et un formidable espace de rencontre, en fait. Et c'est ça qui va dépasser les frontières ou les clivages ou les limites, parce que d'un coup, ça va faire appel à l'imaginaire et que d'un coup, ça va actionner l'humanité, en fait, la part humaine de chacun d'entre nous. Et ça, c'est quelque chose qu'on constate à chaque fois.
- Speaker #0
Tu l'observes concrètement et j'imagine que ça doit être assez touchant et émouvant de voir ça.
- Speaker #1
Absolument, tout à fait.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous raconter la genèse de Making Waves, comment s'est faite la rencontre avec Alexandre Planck, puis l'idée aussi de la Radio Box ?
- Speaker #1
Oui, moi, c'était une époque où, effectivement, j'avais quitté les institutions culturelles où j'exerçais pour me tourner vers des structures d'insertion par l'activité économique et puis des ONG qui travaillaient sur des enjeux de pluralisme. Et je m'interrogeais sur comment relier la culture et l'insertion, parce que ça me semblait vraiment intéressant d'imaginer des passerelles entre ces mondes-là, avec celui de la solidarité internationale aussi. Et il se trouve qu'Alexandre, lui, à l'époque, était... était à France Culture, où il produisait ce qu'on appelle des productions élaborées, donc des documentaires, des fictions radiophoniques, des émissions, tout un tas de propositions et de créations. Et lui-même se posait la question de comment rendre la pratique de la radio accessible au plus grand nombre. Et après avoir notamment constaté, en faisant des documentaires dans d'autres pays, en allant tourner des émissions, ou des fictions en extérieur, en dehors des studios, qu'à chaque fois, là aussi, quand on met en place un dispositif de prise de parole et qu'on passe des micros à des personnes, il se passe à chaque fois quelque chose. À chaque fois, il y a une rencontre qui peut exister. Parce qu'on crée une safe place pour se parler, pour se rencontrer, pour s'exprimer et pour être écouté aussi, et écouter l'autre. Et donc, plusieurs personnes qui nous connaissaient en commun... nous ont suggéré de se rencontrer. Ce qu'on a fait avec Alexandre, on a pris un café ensemble et là, effectivement, on s'est rendu compte qu'il y avait vraiment des points communs dans la vision et dans la volonté de monter un projet. Et puis, une grande complémentarité dans nos compétences, Alexandre ayant, lui, l'expertise radiophonique et moi plutôt l'expertise en termes d'économie sociale et solitaire et d'entrepreneuriat social, on va dire. Alexandre avait commencé à plancher sur un projet qui s'appelle la Radiobox, qu'on a développé depuis, qui est l'idée de créer un studio radiomobile ... qui fonctionne sur batterie et qui permet d'installer des stations de radio n'importe où. Et c'est l'outil qu'on utilise aujourd'hui dans la plupart de nos projets. Et donc, à cette époque-là, on s'est dit qu'on allait monter une association. Ça allait être le premier pas pour avoir une structure qui nous permette de porter, de pouvoir porter des projets. Ça a été la première étape. C'était en plein dans l'heure, juste au moment du Covid. Donc après, on a mis à profit le temps qu'on avait. imposer chacun chez soi pour creuser le projet, le réfléchir, écrire les statuts, etc. Et puis, au moment du déconfinement, on a chacun pris la décision de quitter nos postes respectifs pour lancer le projet. C'est comme ça que c'est né.
- Speaker #0
C'est une belle histoire de rencontre. J'aime bien entendre ce genre de choses, comment des opportunités peuvent arriver qui sont complètement imprévisibles à l'origine. Cette idée de radio dans une boîte, je trouve ça très intéressant et j'en comprends bien l'intérêt. Comment c'est accessible ? Tu peux nous expliquer concrètement comment ça marche ? Alors pas techniquement, mais je veux dire comment les gens peuvent y avoir accès, c'est financé comment, ça m'intéresse d'en savoir un peu plus.
- Speaker #1
Alors donc la Radiobox, effectivement, l'idée c'est qu'on puisse en outiller, en déployer le plus possible auprès de tout un tas d'associations de proximité, de personnes, de structures qui ont envie d'intégrer la pratique radiophonique dans leurs projets. et concrètement il y a plein de façons différentes de pouvoir avoir accès à une radiobox que ce soit effectivement en ayant des fonds propres c'est un outil qu'on vend et qu'on essaie de rendre accessible aussi d'un point de vue économique et donc il y a la possibilité d'en acheter et après de pouvoir développer une antenne radio dans son projet dans son établissement il y a la possibilité euh Pour certains qui souhaitent dans un premier temps se familiariser avec l'outil, peut-être avoir d'abord des ateliers avec, que nous on va conduire, qui permettent là aussi de comprendre un peu le fonctionnement et tout le panel des possibles avec la Radiobox. Et puis on a aussi développé, on est en Seine-Saint-Denis, on a développé ici un projet qui s'appelle la Radiothèque, qui est un peu pensé comme une médiathèque ou une ludothèque où on peut venir emprunter des jeux ou des livres. Ici, c'est de venir emprunter la Radiobox. En prenant sa carte d'adhésion à la Radiotech, une association ou une classe ou tout organisme peut venir emprunter la Radiobox et donc pouvoir faire son émission ou sa semaine de stage de radio ou en tout cas son émission annuelle ou vouloir essayer l'outil avant de l'acheter. Donc c'est un moyen aussi de pouvoir avoir accès à cet outil-là. On a aussi des partenaires qui l'ont acquise et qui sont des têtes de réseau et qui localement, du coup, la mettent à disposition de leurs adhérents ou de leurs partenaires localement. On a par exemple une structure qui travaille sur l'éducation au numérique avec les promeneurs du net, qui est un dispositif qui existe et qui est soutenu par les CAF localement et qui permet d'un coup à des personnes, à des éducateurs de pouvoir utiliser la radio. dans le cadre de leur pratique professionnelle de façon régulière en venant emprunter la radiobox auprès du partenaire qui en est équipé de trois ou quatre, je crois maintenant. Voilà pour donner un autre exemple.
- Speaker #0
Et par curiosité, elle coûte combien cette radiobox ?
- Speaker #1
Alors la radiobox, elle coûte 3500 euros, sachant que dans ce prix-là, il y a donc le studio radiomobile, les micros, les casques, enceintes, sacs de transport. Tous les câbles évidemment qui vont avec. Et c'est un outil qui a été pensé et conçu, donc qui est développé en fait, qui est produit et distribué par une filiale de l'association. On a monté une filiale. C'est une SASU, Société par Action Simplifiée Unipersonnelle. L'actionnaire unique est l'association. Et la SASU est agréée ESUS, Entreprise Solidaire d'Utilité Sociale. et c'est elle qui produit et on a pensé vraiment la production avec un enjeu d'une part low-tech et puis deuxièmement de durabilité de façon à ce que l'outil ne soit pas quelque chose qui est obsolète mais qui dure et qui permette de s'inscrire dans la durée et vraiment dans un projet qui se déploie dans le temps.
- Speaker #0
Vous avez réussi à vous arriver à le fabriquer en France ?
- Speaker #1
Alors il y a certaines pièces qui sont produites en Chine parce que les compétences malheureusement sont accessibles, sont concentrées en Chine. Mais aujourd'hui on a l'assemblage qui est en France dans notre atelier de production. Et là on est en train de développer une nouvelle version de la radiobox qui permettra de réduire le temps d'assemblage justement et d'être en capacité de pouvoir en produire plus et donc de pouvoir en distribuer plus encore. en France et dans le monde. Aujourd'hui, il y en a 130 qui sont déployés en France et dans le monde. Notre objectif, c'est qu'on puisse outiller encore plus largement et créer ensuite un réseau d'utilisateurs de cet outil-là et de personnes qui sont investies de valeurs et d'enjeux proches de ceux de Making Waves pour faire du co-développement aussi et apprendre à construire ensemble des projets radios.
- Speaker #0
Vous avez trois pôles aujourd'hui Oui. J'ai Making Waves, ONG et Soul Direct International, filiaux de création, inclusion. Comment est-ce que tu parviens à garder un fil conducteur entre ces univers ?
- Speaker #1
Le fil conducteur va toujours être d'abord la radio et deuxièmement l'enjeu d'utilité sociale de ce qu'on fait. C'est-à-dire à chaque fois, c'est quelque chose qui va venir répondre à un besoin qu'on a identifié qui est un manque d'espace, d'expression citoyenne. et un manque de visibilité ou problématique de certaines communautés de personnes qui sont discriminées ou en tout cas qui n'ont pas un accès à l'expression de leurs droits ou de leur citoyenneté tout simplement. Donc à chaque fois, on va avoir ce fil rouge-là qui est de se dire comment est-ce que nous, en utilisant la radio, que ce soit en travaillant en étroite coopération avec... les collectivités, notamment sur des enjeux de politique publique. Et à chaque fois, ça va être mis au service d'une politique publique de jeunesse, d'éducation, de culture, de solidarité internationale, d'aménagement du territoire. C'est à chaque fois comment on va recréer un espace et un dispositif qui vient rassembler et mettre autour d'une table et de micro des bénéficiaires et des décideurs d'une politique publique, par exemple, pour parler ensemble et co-construire. et être audible.
- Speaker #0
Oui, tu utilises le mot audible, ça me permet de rebondir sur la question suivante. Alors, on est sur le podcast Liberté d'être femme, donc je vais quand même aller poser mes questions traditionnelles sur ce sujet-là. Donc, tu travailles avec des groupes qui sont souvent invisibilisés. Oui, j'ai vraiment du mal aujourd'hui avec ce mot-là. Des femmes, des jeunes, des publics précarisés. Et dans ton expérience, pourquoi la parole publique reste-t-elle encore un territoire si masculin ?
- Speaker #1
Parce que l'accès aux moyens de prise de parole publique, il est biaisé pour plein de raisons. Et donc, nous, ça va vraiment agir pour venir contrebalancer ça, contrecarer ça. Parce que, du coup, l'accès à un micro, par exemple, il est plus complexe quand on est une jeune femme résidant dans un quartier populaire, par exemple. C'est nettement plus compliqué d'avoir accès à un micro que si on est dans une autre situation que celle-ci.
- Speaker #0
Et concrètement, qu'est-ce que vous allez faire ou qu'est-ce que vous arrivez à faire pour leur donner davantage la parole ?
- Speaker #1
Ça va être monter ces projets-là, c'est-à-dire monter des espaces qui vont créer des émissions, travailler des thématiques, travailler la question éditoriale aussi, c'est-à-dire qu'on ne va pas raconter de la même façon ou aborder de la même façon un sujet en fonction de qui on est, de son paysage, de son parcours. Et que ça vient aussi, c'est hyper important, de laisser l'espace à d'autres récits et d'autres façons d'aborder des sujets, parce qu'on n'en est pas concernés de la même façon. Et c'est comment ça, on le travaille, on le valorise, on l'accompagne et on le produit.
- Speaker #0
Est-ce que tu rencontres des résistances ou bien des stéréotypes sur ce que devrait être une voix féminine et les sujets qu'elle a le droit d'aborder ?
- Speaker #1
Ça, non. Je dirais que nous, dans le quotidien de notre travail, on ne le rencontre pas. Par contre, ce qu'on peut rencontrer, c'est que ça nous arrive de travailler avec des structures qui accompagnent des femmes qui ont été en grande vulnérabilité et qu'elles-mêmes, par contre, ont vraiment besoin d'être accompagnées, d'être réparées sur la légitimité à prendre la parole, à s'exprimer, à affirmer une pensée, à poser des questions, à être fiers de son parcours. à être fière de son accent. Et ça, nous, on le travaille. On a mis en place tout un tas d'ateliers où on va faire, par exemple, un audio-portrait. Comment on fait le portrait de son parcours, qu'on en est fière, qu'on ose s'affirmer. Sur la question de la prise de parole, de l'estime de soi, de la confiance en soi, de la légitimité, c'est quelque chose qu'on rencontre dans les ateliers qu'on peut faire et sur lequel on va travailler. Et la radio, pour ça aussi, c'est un formidable outil. On voit à chaque fois le pouvoir magique que peut avoir un micro. D'un coup, j'ai le droit de parler, je suis écoutée, ma parole, elle compte, mon avis est important. Et ça, c'est des choses qui sont extrêmement réparatrices et qu'on peut effectivement constater dans bon nombre d'ateliers.
- Speaker #0
Il y a une femme en particulier à laquelle tu penses qui t'aurait particulièrement marquée ?
- Speaker #1
plusieurs, mais c'est vrai que des femmes qui... À un moment donné, elles sont accompagnées pour produire une petite capsule audio de deux minutes, où d'un coup, elles vont prendre la parole pour se présenter, et pour juste oser parler d'elles. Et d'un coup, quand on voit la personne et la fierté avec laquelle elle écoute ensuite ce qu'on a pu faire ensemble, ça c'est extrêmement marquant. C'est extrêmement fort.
- Speaker #0
Et toi, en tant que femme, dans cet univers-là, comment est-ce que tu le vis ? Déjà, en tant que femme, on verra en tant que maman après. On va redresser ces questions après. Mais déjà, en tant que femme, dans cet univers, comment ça se passe ? C'est plutôt féminin, masculin ?
- Speaker #1
Dans le secteur associatif, on va dire qu'il y a beaucoup de femmes parce qu'on est dans l'univers du care, dans l'univers du... de l'accompagnement de l'autre donc c'est effectivement un secteur où les femmes sont très investies après moi dans mon parcours d'entrepreneur, là c'est plutôt avec la casquette d'entrepreneur, ça m'a pris un certain temps effectivement et je pense que j'ai encore un peu quelques traces et quelques scories du syndrome de l'imposteur c'est à dire d'un moment donné d'affirmer Merci. Là aussi, moi, en tant que femme et qu'entrepreneur, ma place, ma légitimité est parfois, effectivement, est traversée par des questions qu'un homme ne se poserait peut-être pas sur est-ce que je suis à ma place, est-ce que je suis légitime, est-ce que je fais les bons choix, etc. Donc, c'est des choses sur lesquelles j'ai travaillé, j'ai appris, j'ai mûri. j'en ai pris conscience aussi déjà rien qu'en prendre conscience c'est une première étape et ça je pense que c'est malheureusement des choses qui sont des traces d'un contexte où en effet quand on est femme on intègre, où la société fait en sorte qu'on intègre des mécanismes qui vont venir plutôt amoindrir la capacité d'entreprise au sens très large, que ce soit professionnelle, mais entreprise au sens d'entreprendre.
- Speaker #0
Tu diriges aujourd'hui une structure de 30 personnes, c'est bien ça ?
- Speaker #1
Oui, à peu près.
- Speaker #0
En étant maman de deux enfants, comment est-ce que tu as trouvé ton propre équilibre ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si je l'ai trouvé. Ce n'est pas tous les jours facile. J'ai deux enfants en bas âge. Évidemment, être maman, c'est une aventure incroyable qui m'anime et me nourrit tous les jours. Je suis une maman qui transmet à ses enfants les valeurs qui m'ont amenée à monter un projet comme celui de Making Waves. Évidemment, quand on est entrepreneur, et particulièrement dans un contexte Oum. où l'entrepreneuriat social, c'est compliqué, ça demande beaucoup d'investissement de soi en temps. Mais j'essaye quand même de toujours préserver un espace déconnecté de ça pour mes enfants, pour ma famille, pour me recentrer et pour être avec mes enfants et mon mari qui sont... fondamentaux évidemment à mon équilibre. Donc voilà, c'est par exemple de mettre en place, de ne pas travailler après 17h30 par exemple, c'est tout à fait exceptionnel, pour sacraliser et garder et consacrer du temps familial. C'est s'organiser pour réserver du temps pendant les vacances scolaires à passer avec les enfants. C'est tout ça sur lequel j'essaie d'être très vigilante.
- Speaker #0
On a parlé, enfin ça a été évoqué un petit peu à mon couvert tout à l'heure, des modèles de leadership hérités, qui seraient plutôt masculins. Est-ce que tu as dû...
- Speaker #1
déconstruire ces modèles pour toi qui pourraient peut-être avoir été hérités du monde culturel par lequel tu étais passé dans le secteur culturel et à de nombreuses études qui montre que là j'ai plus en tête tous les tous les détails ce que ça fait un petit peu moins que je suis plus dans le dans le secteur en tout cas qui montre à quel point la direction des établissements culturels et masculine alors que tout en bas de la pyramide en termes d'orientation professionnelle au départ c'est beaucoup plus féminin d'aller vers Vers le secteur culturel, les choses ont beaucoup changé depuis ces dernières années. Le ministère de la Culture s'est vraiment saisi de ces questions-là. Le secteur s'est emparé de ces enjeux d'égalité femmes-hommes dans le secteur culturel. Mais quand même, moi, il y a 20 ans, quand j'ai commencé, c'était avec ces mécanismes-là et cette réalité-là que j'ai commencé ma carrière professionnelle en tant que petite chargée de production, mais qui n'avait affaire, dans 90% des cas, qu'à des hommes directeurs de structures culturelles. Donc forcément, on intègre certaines choses inconsciemment. Et après, il faut les déconstruire.
- Speaker #0
Et comment tu as fait pour déconstruire ça ?
- Speaker #1
C'est en prenant conscience de l'enjeu de s'affirmer, et déjà de voir, de le constater. De constater aussi que ce n'est pas normal. Et donc d'avoir en tête, en permanence, et d'identifier des situations où peut-être des billets peuvent se remettre, parce qu'on a grandi là-dedans, on a baigné dans cette situation-là, pour à chaque fois être en alerte, identifier un moment où un billet se repositionne et essayer de le contrecarrer en en ayant conscience. Et puis j'ai eu la chance aussi de rencontrer dans mon parcours professionnel des personnes qui m'ont aidé à affirmer ma légitimité et d'affirmer mon leadership, ou en tout cas mon... ma volonté d'entreprendre et d'y aller, quoi. Et de ne pas avoir peur de ce qu'il y avait en moi et d'y aller et que j'étais légitime à le faire, quoi.
- Speaker #0
Plutôt en mode mentoring ou bien tu t'es fait accompagner aussi, peut-être par des coachs ou autres ?
- Speaker #1
C'était plutôt... Alors, c'était à la fois par des rencontres et des personnes qui m'ont, dans ma carrière, surtout dans le secteur culturel, qui m'ont amenée à aller vite vers des postes de responsabilité. pour justement affirmer et monter en responsabilité et donc en capacité à dépasser des freins que je pouvais mettre toute seule, ce qui n'était pas forcément simple, mais ça a été évidemment très formateur. Et puis ensuite, du coup, ça a été d'être dans la dynamique de porteur de projet. Donc là, c'est quelque chose qui dépasse en fait, c'est-à-dire que le projet et l'enjeu est tellement fort que ça va dépasser intrinsèquement des... des freins ou des barrières, au moins au tout cas au démarrage du projet de Making Way, vous avez tout à faire, où ce qu'on faisait n'existait nulle part, donc il fallait convaincre tout le monde de nous suivre, de filer une subvention pour démarrer. Ça, c'était quelque chose qui demandait d'être extrêmement convaincant, et là, effectivement, c'était quelque chose qui était là, qu'il fallait absolument porter pour que le projet puisse se naître. Et ensuite, la structure grossissant, et en étant de plus en plus repérée, etc., ça a nécessité pour moi quand même, en effet, de travailler, et ça je l'ai fait dans le cadre d'accompagnement de fondation, avec des mentors, en effet, qui aident à affirmer la posture de dirigeant et de leadership, là aussi, de l'identifier, de l'affirmer dans le sens où j'en prends conscience et je l'assume.
- Speaker #0
c'est vraiment ça l'assumer et puis après comprendre quelle est ma façon de porter cette chose là et de l'incarner oui j'imagine que c'est pas la partie la plus facile et vous avez justement mené une levée de fonds ou peut-être qu'elle est encore en cours pour pouvoir vous déployer
- Speaker #1
Hum. Hum.
- Speaker #0
Comment tu vis ces moments-là, en fait ? Et peut-être en tant que femme, je ne sais pas si ça change quelque chose, par rapport à ton, on va dire, associé ? Avec Alexandre,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Avec Alexandre, ça se passe.
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que du coup, il se trouve qu'on est un homme et une femme qui portons ce projet-là, la co-direction. Le fait que... Alors, effectivement... On a toujours été dans un rapport d'égal à égal avec Alexandre. Et Alexandre, pour le coup, c'est quelqu'un qui est très sensible à l'enjeu d'affirmer le fait que je suis une femme et que je suis à la co-direction avec lui. Et qu'en termes de responsabilité ou de partage de la prise de décision, elle est d'égal à égal entre nous deux. Il n'y a absolument pas de situation ou d'intérêt. ou parce que ce serait un homme, il aurait tendance à considérer qu'il aurait un espace de prise de décision plus grand que moi. Ça, c'est quelque chose qu'on a complètement déconstruit et sur lequel Alexandre a été toujours très moteur. Et aussi parce qu'on a une grande complémentarité dans les profils. Et c'est vrai que les questions d'entrepreneuriat, de stratégie économique, de stratégie de positionnement, etc., c'est plutôt moi qui vais les avoir de par mon parcours qu'Alexandre. Et donc, c'est quelque chose sur lequel on est extrêmement complémentaires. Après, effectivement, on est passé ces derniers mois par une étape de levée de fonds qui demande là aussi une certaine maturité, des exercices de style comme pitcher un projet, parler à des investisseurs, les convaincre d'y aller alors qu'on est dans un contexte qui n'est pas simple. Donc ça, ça demande en effet de travailler sur soi et d'être en capacité d'exprimer quelque chose. et de dépasser peut-être là aussi des biais ou des traces qui peuvent rester d'aisance et de parfois encore avoir des espaces de doute, même si le doute c'est aussi évidemment une force immense. C'est aussi affirmer et défendre que d'être quelqu'un de sensible, d'être quelqu'un qui doute, d'être quelqu'un qui... qui est toujours dans le care, etc., c'est aussi autant de force et autant de façon d'habiter un leadership. Et c'est ça, du coup, que j'ai travaillé et qui me permet aujourd'hui... Et puis après, c'est de l'entraînement. Je veux dire, quand ça fait plusieurs fois qu'on présente son projet, qu'on va chercher des gens pour les convaincre de nous suivre, etc., bon, après, évidemment, on prend une certaine aisance aussi. C'est tout simplement de l'entraînement comme un sportif de haut niveau, comme plein de... C'est l'entraînement aussi qui fait... qui fait qu'à un moment donné, on le fait mieux, et puis on ne trébuche plus, et puis on y arrive. Et voilà, ça, c'est des choses qui ont été travaillées ces derniers temps pas mal de mon côté. Et je pense qu'aujourd'hui, non seulement je ne me sens pas en situation d'infériorité, ou en tout cas, ce n'est pas quelque chose que je... Je crois que j'ai réussi à dépasser les freins ou les biais femmes dans un monde qui peut parfois... être dominée par des hommes, mais j'en fais aussi quelque chose de d'une force et comme quelque chose sur lequel je souhaite aussi me mobiliser et affirmer que je suis une femme, je suis une maman, je suis une chef d'entreprise et j'ai toute ma place avec toutes ces casquettes.
- Speaker #0
C'est une belle phrase de synthèse de tout ce qu'on a dit. Et justement, quand tu regardes ton parcours, qu'est-ce que tu aimerais transmettre aux jeunes femmes, mais aussi aux jeunes hommes qui veulent s'engager dans l'action sociale ?
- Speaker #1
Je dirais que s'il y a une intime nécessité, une impérieuse nécessité, il faut la suivre, il faut y aller, il faut le faire. Je crois que dans le monde dans lequel on vit aujourd'hui, malheureusement, vraiment malheureusement, Il y a tout un tas de valeurs qu'on croit acquises qui sont en train d'être attaquées, qu'on voit arriver des signaux qui sont quand même vraiment pas bons, mais qu'à côté de ça, il y a la possibilité et l'enjeu de défendre un autre... Il y a plusieurs chemins possibles et il y a un autre chemin. Il y a l'itinéraire bis qui est possible, et c'est celui-là qu'il faut aussi affirmer, défendre. et un chemin sur lequel s'engager vraiment au sens propre. Et donc, si quelqu'un a cette aspiration-là, il faut y aller. Il faut ne pas hésiter et au moins aller dans la démarche d'essayer. Tous les projets ne réussissent pas. Et puis, c'est aussi en échouant qu'on apprend et qu'on fait autrement et qu'on fait mieux. Mais en tout cas, de se... Si on sent que la graine, elle est là et qu'elle veut germer, de l'arroser.
- Speaker #0
Et une petite question finale. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi aujourd'hui, être libre d'être femme ?
- Speaker #1
Ça veut dire que c'est être soi, être pleinement soi.
- Speaker #0
Merci pour cette belle parole de conclusion, Amélie. Merci à toi. D'avoir entendu ta vision du leadership dans un secteur un peu particulier.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour l'invitation, Marie-Laure.