ElgasJe suis ravi d'être là. Le thème est très vaste, l'histoire des diasporas africaines noires. Déjà, c'est très intéressant de faire la distinction entre noirs et diasporas africaines. Parce qu'on peut tout de suite tomber dans une certaine forme de prison chromatique de la couleur et qui ne fait les affaires de personne parce que finalement ça engendre des conflits. Et d'ailleurs, petite anecdote, quand j'étais là à l'ouverture, à l'exposition Noir, il y a une jeune femme qui s'était avancée vers moi, qui est manifestement créatrice de contenu vidéo sur Instagram. Donc, elle semblait gênée par la tonalité toute noire, entre guillemets, de l'exposition. Qu'est-ce que c'est qu'être noire ? Noire jusqu'à où ? Jusqu'à quand ? De quel pays ? Ainsi de suite. Donc, elle était venue et elle croyait trouver du secours dans une conversation qu'elle a initiée avec moi, en me disant, oui, mais moi, je suis d'origine maghrébine, par exemple, je ne me sens pas nécessairement représentée. Et donc, je lui ai dit, écoute. Je ne sais pas ce qu'il y a dans le cœur de celle qui a proposé justement cette exposition, mais il me semble qu'elle est là, donc ce serait peut-être beaucoup plus à même de lui poser la question de savoir qu'est-ce qu'elle a voulu dire. Il me semble que beaucoup de mes séjours au Maghreb ont toujours achoppé sur cette question, cette question de lignes de couleurs, lignes de couleurs qui deviennent de plus en plus lignes de fractures, et puis lignes de fractures géographiques. Parce que c'est grosso modo le Sahara qui devient justement le point d'achoppement de deux mondes qui sont censés partager beaucoup de choses et qui sont pourtant séparés par parfois des représentations. Que rien n'arrange en termes de présence et de prégnance par exemple du racisme dans le monde justement maghrébin et arabe. Et on l'a vu d'ailleurs récemment si vous êtes des fanatiques de football ou même pas. Lors de cette Coupe d'Afrique des Nations, je ne sais pas si vous avez vu le tollé, la libération d'une parole, d'une déflagration totalement raciste. C'est pourquoi je pense que c'est très important de savoir ce dont on parle. Est-ce qu'on parle d'une présence africaine ou d'une présence noire ? Il me semble que pour être dans une vertu d'inclusion, il faut plutôt aller sur la présence africaine. Et j'ai reçu en effet, je donnais un coup. Jody Niamanku, c'est un chercheur, c'est un historien, c'est un éditeur, c'est un écrivain. Il est béninois. Il vit à Cotonou. Il est l'un des chefs du département d'histoire de l'université Abome Kalavi. Je ne sais pas si vous connaissez Abome Kalavi, l'université. C'est une principauté dans la ville de Cotonou qui a presque 100 000 étudiants. On a l'impression de naviguer dans une ville dans la ville et c'est très impressionnant. Et Dieu de Néamankou, ça a été l'un des premiers à travailler sur quelque chose de particulièrement fascinant. Il a travaillé sur Pushkin. Pushkin, le poète russe qu'on ne présente plus, on est père de la poésie russe. Et Pushkin avait un aïeul noir. Son aïeul noir, c'était Abraham Petrovitch, qu'on appelle Hannibal. Et Abraham Petrovitch, il se trouve que Dieu de Néamankou, dans ses recherches, il a pu situer sa généalogie au nord du Cameroun. Alors ce dont je vous parle là, on est au XVIIIe siècle, au XVIIe, XVIIIe et après toute la descendance après, donc c'est quelque chose d'assez impressionnant. Et comme toujours, quand il entreprend ses recherches, il bute sur des récits tout à fait établis. Personne à l'époque ne sait par exemple que Abraham Petrovitch, par exemple, a été, justement, originaire, on va dire ça comme ça, du nord du Cameroun. Et quand il le dit, forcément, tout le monde y voit quelque chose qui tient plutôt du militantisme, de l'activisme, et pas de la recherche. Et ça vous mène, bien sûr, sur les traces d'un autre chercheur qui a... les infortunes justement d'un accueil scientifique plus que froid, il s'agit de Charenta Diop. Je sais qu'il y a beaucoup de développement de Charenta Diop sur lesquels je peux rester sceptique, mais ça on peut peut-être lui accorder comme crédit majeur l'idée de venir perturber la tranquillité d'une architecture d'une connaissance parfaitement coloniale et qui vient justement permettre une forme de... de fissures là-dedans pour une autre lumière, si je puis dire les choses ainsi. Et donc, Jodaniamoku, à partir de ça, il travaille sur l'histoire des diasporas africaines et noires. Et donc, très vite, il se rend compte que les Africains sont présents en Europe, mais depuis très très très longtemps. Avant Jésus-Christ, par exemple, des siècles avant, et qu'on retrouve d'ailleurs leur trace Bon, on a quelque chose qui est assez classique, c'est-à-dire dans des pièces, dans des œuvres d'art, dans des vases, ainsi de suite, on retrouve leurs traces dans les travaux de philosophes, Homère, Hérodote, par exemple. Et puis d'ailleurs, vous savez d'où vient le mot pygmée, par exemple ? Le mot pygmée est un mot qui vient du grec pygmaïos. Pygmaïos, ça veut dire la coudée. C'était un instrument de mesure. Et donc ça a donné quelque chose d'absolument fascinant. À l'époque, tout le monde avait un fantasme général sur les pygmées et leur origine. Je vous conseille les travaux d'un chercheur français et d'un chercheur camerounais qui ont travaillé sur l'origine des pygmées parce que c'est très intéressant. C'est Serge Bayouchet qui parle des représentations des pygmées. dans la philosophie ancienne grecque. Ce texte est un petit bijou, c'est fascinant. Bijou de décalage, bijou de délire. Comme toujours, quand la recherche n'est pas très très certaine, les hypothèses peuvent voguer dans tous les sens. Et donc, l'autre c'est Aristide Bittuga, que vous connaissez peut-être, Aristide Bittuga, qui est au Cameroun, qui est à l'université de Yeroundé, si je ne dis pas de bêtises, et qui travaille sur les pygmées. Il a l'habitude de se présenter comme le seul pygmée de plus de 1m40. Ce que je trouve très drôle. Et il est fascinant. Et d'ailleurs, j'ai fait d'ailleurs une émission avec lui sur l'histoire des pygmées. Et on voit d'ailleurs qu'il y a une représentation des Noirs, des corps Noirs. Et c'est quelque chose de très intéressant dès cette période-là. Et après, il y a une période qui est une période essentielle où les brassages se font beaucoup plus directement. C'est la période, justement, par exemple, des guerres puniques de Carthage, par exemple, où là, on retrouve beaucoup de personnalités africaines qui occupent des rangs qui sont assez extraordinaires pour l'époque. Je vous donne quelques noms qui sont peut-être les plus connus. Saint-Augustin, Tertullien, Terrence, par exemple, Alexandre de Médicis. Tous ces gens, par exemple, viennent du nord de l'Afrique. Et donc, c'est quelque chose de très, très important. Et puis, des papes. On retrouve des papes romains qui sont d'origine africaine. Changelas, par exemple. Je vous renvoie pour beaucoup plus d'exhaustivité à cet épisode que j'ai fait avec Guédoné Nyamankou, mais aussi au texte de Guédoné Nyamankou, qui nous a aidé à ses œuvres. Il y a un texte qu'il a publié à Africulture. fin des années 90, qui s'appelle Soldats Savants, le dernier m'échappe. Et c'est de Donénia Mankou, vous le trouverez assez facilement, et je peux l'envoyer éventuellement à Harmonie si vous avez des galères. Et donc ce texte nous présente à partir, grosso modo, de Carthage. Carthage qui a été très très important, parce que Carthage c'est une civilisation condensée, c'est une civilisation punique. La civilisation punique c'est... C'est très mélangé. Carthage a été fondé par des phéniciens. Et les phéniciens, justement, ils ont importé à la fois les travaux, tout en cohabitant avec ceux qui sont anthropologiquement les habitants historiques de l'Afrique du Nord, c'est-à-dire les berbères. Et donc la civilisation punique, c'est une civilisation qui est très importante, qui est organisée, qui va justement être ce que Sophie Bessis appelle une thalassocratie. Une thalassocratie, c'est une république des mers. C'est ce qu'il fait d'ailleurs de la Tunisie. un pays qui a oscillé pendant très très longtemps entre l'Occident et l'Orient. C'est un des seuls pays au monde à avoir subi quasiment toutes les colonisations, c'est-à-dire les phéniciens sont arrivés, après les phéniciens... Rome est arrivé, ce qu'on a appelé l'Afrique romaine, les guerres puniques qui ont défait par exemple un grand héros tunisien auquel Bourguiba fait référence très souvent dans le roman national tunisien, il s'agit d'Anibal, fils d'Amilcar. La Tunisie, après les romans, les Arabes sont arrivés, les Arabes sont arrivés en 636 et ce qui est très intéressant c'est que les Arabes conquièrent le Moyen-Orient assez rapidement. mais mettent énormément de temps pour conquérir l'Afrique du Nord. Parce que l'Afrique du Nord résiste formidablement. Il y a un personnage d'ailleurs qui pourrait intéresser particulièrement aussi Mansa, c'est la Kaina, redoutable princesse guerrière, et qui a été une résistance absolument formidable aussi. Et après, les Arabes... Vous savez, même avant les Arabes, il y a les Vandales, par exemple. J'ai oublié les Vandales, une occupation qui a été briève, mais qui a été une occupation quand même. Et après, les Arabes, on a connu justement la présence ottomane. La présence ottomane turque au XVIe siècle, justement. Et jusqu'à la régence de Tunis, c'est la période de la régence jusqu'à 1830, à peu près. Et toutes ces périodes-là montrent comment c'est diaspora. parce que la force musulmane, par exemple, la force arabe... Elle va conquérir le sud, justement, de l'Espagne, le péninsule ibérique, et donc cette présence. Et cette présence va être une présence massive, parce que là, on a des milliers de soldats qui arrivent, justement. Et qui dit présence, dit justement une certaine... S'aliéner la culture locale, et s'aliéner pas dans le mauvais sens du terme, c'est-à-dire s'épanouir, c'est-à-dire créer, c'est-à-dire épouser les contours aussi des civilisations que l'on rencontre, et puis il y a d'autres personnages qui naissent. Des poètes, des chanteurs, des soldats, ainsi de suite. Et donc, quand on voit cette histoire très, très ancienne, l'histoire de la présence africaine, et au sein de la présence africaine, la présence noire en Europe, elle est très, très, très ancienne. Elle est presque consubstantielle, justement, à toute forme d'évolution. Et j'aime bien citer un auteur, Salman Rushdie, qui a une belle phrase, je trouve. Il dit, l'homme n'a pas de racines, il a des pieds. Et donc, avoir des pieds, ça le porte à se déplacer d'une certaine manière. Et là, je m'arrête là. J'aurais pu aller beaucoup plus loin parce que, pour le coup, les paléo-historiens, les archéologues, par exemple, pourraient vous donner une dimension beaucoup plus complète, par exemple, jusqu'à Homo sapiens, rencontre Homo sapiens et l'homme de Neandertal qui était d'extraction plutôt occidentale. C'est quelque chose de très, très important aussi. C'est pour vous montrer juste que l'idée d'une diaspora africaine toute récente, qui aurait deux siècles, ainsi de suite, c'est un mythe qui est construit à la fois par un discours de rejet et xénophobe, ou aussi par un discours un peu angélique sur des pays d'accueil, comme si, je veux dire, le mouvement naturel des civilisations humaines, de manière générale, n'était pas fait fondamentalement de déplacement. Donc ça, c'est quelque chose de très, très important. Ça, c'est la version la plus ancienne, si on remonte. Et là, je vais vite, parce qu'on aurait pu s'arrêter sur chaque sujet, mais je pense que c'est Harmonie, la maîtresse des horloges. Je n'ai pas envie de me faire taper sur les doigts, mais c'est quelque chose de très, très important. Après, ce qui change fondamentalement, la donnée, c'est que vous avez deux cycles majeurs de l'histoire. qu'on ne peut pas tout à fait négliger dans la fête, les deux esclavages. Esclavage arabo-musulman. On en profite pour rendre hommage à Tidiane Diaye qui a écrit le génocide voilé et qui est mort dans l'anonymat le plus complet. Mais ces travaux, justement, qui ont été à la fois précurseurs, ont été étoffés aussi par d'autres qui ont travaillé là-dessus, mais aussi l'esclavage, naturellement, Atlantique et... et occidentale, transatlantique. Cet esclavage-là, bien sûr, va convier énormément de gens sur le sol européen. Il y a quelques statistiques qui sont effarantes. Par exemple, une ville comme Lisbonne a connu, au 18e et au 19e, 10% de la population était africaine et noire. Ça nous paraît absolument délirant aujourd'hui, parce que je pense que le pourcentage des étrangers en France, si je ne dis pas de bêtises, il y a des démographes autour de la table, je pense que c'est 7%. Et à Lisbonne, à l'époque, c'était 10%. Et donc, il faut aussi déconstruire un mythe tenace. Tenace, c'est l'esclavage explique singulièrement et presque exclusivement la présence de ces Africains et de ces Noirs. Non, c'est-à-dire qu'il y a des forces géopolitiques, il y a même des enfants des cours royales africaines qui envoient aussi certains de leurs éminents membres venir justement en Occident se former. Il y a un royaume puissant africain, le royaume du Congo. Le royaume du Congo, le Congo avec un K, le royaume du Congo avec ses personnages mythiques, ses reines. Le royaume du Congo était un royaume qui a dû affronter justement l'arrivée des Portugais. Et quand les Portugais sont arrivés, vous avez une autre résistante dans le style de la Kaina, qui s'appelle Anzinga. Anzinga, le parcours est tout à fait fascinant, cette femme. Moi, j'ai fait une série dans mon émission sur les femmes les plus fascinantes de l'histoire africaine. J'ai commencé par Anzinga, j'ai fait aussi une émission sur Tassi Angbe. Tassi Angbe, c'est la seule reine de la dynastie du Danromée au Bénin. Et elle est tout à fait fascinante parce qu'elle est, à petite digression, son frère jumeau meurt au combat. On dit au combat, mais manifestement, il est mort de vérole. Et elle, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, elle mène les troupes, justement, à la victoire contre des royaumes. Seulement, vu que c'est une femme, déjà à l'époque, 18e siècle, on la combat. On ne veut pas qu'elle règne. Et donc, son règne va durer trois ans, de 1708. à 1711. Et Anzinga va être tellement accablée, tellement contestée qu'elle va partir et en partant elle va maudire le royaume du Danromée. Et donc c'est quelque chose il y a eu un auteur qui lui a consacré une biographie, c'est Arnaud Zou c'est chez Présence africaine. Arnaud Zou qui est un historien très brillant, philosophe et puis un grand connaisseur du Vaudou. Et donc cet aspect-là est un aspect très très important sur comment les courvoyants africains, sujet moins facile à aborder, ont parfois aussi d'une certaine manière pactisé avec certains colons. Ça existe, il y a un ancien recteur de l'université de Dakar qui s'appelle Ibrahim Achoub qui s'est pris une volée de bois vert parce qu'il a travaillé sur l'esclavage entre Africains. Alors je ne vous dis pas... le torrent de boue qu'il s'est pris. Donc, sur le royaume du Danromée, par exemple, Béanzin et avant Béanzin, beaucoup de gens aussi ont... Pour le coup, je tiens... Moi, je ne suis pas historien de formation. À force de les fréquenter, je commence à avoir quelques prétentions, mais je ne suis pas un historien pur jus. Mais quand on discute avec des historiens, par exemple, sur l'histoire du Danromée, la grande question, qui reste une question à la fois sensible... et très délicate, c'est dans quelle mesure aussi les royaumes sur place ont pu tirer leur prospérité, leur sursis, leur règne d'un pacte avec justement les esclavagistes. C'est quelque chose qui est très très important. Donc il faut distinguer ce qui relève d'une présence parfaitement contrainte, qui est liée directement à l'esclavage, d'une présence aussi qui est beaucoup plus affairiste, beaucoup plus géopolitique, beaucoup plus diplomatique. Si on emploie justement ces termes, peut-être avec un risque d'anachronisme, mais voilà, cette dimension-là est très très importante. Après, et justement là, le profil démographique change, le nombre change, on pense de quelques milliers à quelques dizaines de milliers. Et qui dit dizaines de milliers dit quoi ? Dit brassage, dit mariage, dit justement exploration d'autres pistes justement pour s'installer de façon pérenne. Et donc on vient avoir une communauté africaine qui ne se parle pas nécessairement parce que ce n'est pas les mêmes aires linguistiques. Ceux qui viennent par exemple de ce qui va devenir le Suriname et qui vont aller par exemple aux Pays-Bas, ce n'est pas tout à fait la même chose que ceux qui sont en Portugal. Ceux qui sont en Portugal, ce n'est pas tout à fait ce qu'ils vont en France. Ainsi de suite. Donc voilà, il y a une communauté, et une communauté qui vit, mais qui vit sous les lois qui sont parfaitement des lois racistes. En France, on a le privilège, parce que je pense qu'on a le privilège de l'horreur la plus monstrueuse, c'est le code noir, je veux dire, qui est resté très très longtemps. Et donc ce moment-là va être, ce moment qui part du 18e au 19e, va être un moment à la fois de, j'aime bien cette formule que j'emprunte à l'historienne Myriam Ausha, qui est une grande spécialiste de la dette d'Haïti mais aussi de l'esclavage. Myriam Ausha parle des trois R, le refus, la révolte et la révolution. Ce qu'elle dit du refus de la révolte, la révolution, c'est quelque chose de passionnant parce qu'elle dit que ce qui, quand on le regarde de plus près d'ailleurs, sonne comme une évidence, c'est qu'aucune communauté ne se soumet comme ça, sciemment, avec allégresse comme ça, à la domination. Donc la résistance, elle est toujours d'origine. La résistance finit par être matée, par être dominée, et même quand on est dominé, on n'est pas nécessairement soumis totalement. Et donc on trouve des moyens de résister. Et donc cette séquence-là est une séquence très très importante de l'histoire, parce que là on va voir énormément de révolutions. La première révolution forcément, celle qui frappe, voilà, parce qu'elle réussit, parce que Napoléon et ses troupes sont défaits, parce qu'il y a la bataille de Vertière, parce qu'avant il y a tout ce qui a semé, tout c'est à l'ouverture, et même s'il va mourir effroyablement de froid dans les geôles de Fort-Anjou, dans le Doubs, je veux dire, son héritage, et bien le flambeau est repris par Jean-Jacques Dessalines, et puis jusqu'à la révolution haïtienne, la 1804, naissance de ce qu'on a appelé jadis la perle des Caraïbes. Donc ce moment-là est un moment important, parce que ce moment, à la fois, c'est une conscience qui naît, une énergie de la lutte, Et très très souvent, si... Si vous lisez justement l'histoire, la somme assez brillante qu'Amzad Boukari a faite sur le panafricanisme africain du Euro Unite, ça lance d'une certaine manière aussi l'idée panafricaine qui connaîtra aussi d'autres étapes. Et donc après, si on quitte la période, on va dire, de la domination, la fin de l'esclavage, la fin ensuite de la colonisation qui sera beaucoup plus tardive, parce que les survivances coloniales vont rester et d'une certaine manière... peuvent avoir encore d'ailleurs des résonances. Vous rentrez dans ce qui nous concerne peut-être un peu ici, nous, dans le même spectre générationnel, les plus vieux que d'autres dont je suis, c'est ceux qui viennent pour diverses raisons. Ceux qui viennent pour des études, ceux qui viennent parce qu'ils ont des bourses, ceux qui viennent pour l'immigration au travail, ceux qui viennent justement aussi Quand je parle d'immigration du travail, je parle justement plutôt des années fin de la guerre, les 50, ce qu'on a appelé en France justement les 30 glorieuses et puis qui avaient massivement besoin justement de main d'oeuvre. Et vous savez, j'oublie son nom, il faudrait que je le retrouve, Mora je crois, Félix Mora. Il faut vraiment que vous vous intéressiez au profil de cet homme. Félix Mora, il y a des... article justement dans Le Monde. Félix Mora, c'était le recruteur en chef qui était envoyé en Algérie, qui était envoyé au Maroc pour aller recruter les hommes vaillants qui venaient travailler ici après. Et Félix Mora, il va tâter du muscle. Il va tâter l'état de la denture et de la dentition. Ce qui rappelle quand même des clichés assez épouvantables. Je veux dire, Félix Mora va participer à ça. Il va recruter jusqu'à 70 000 ou 100 000 des personnes qui vont venir travailler en Europe. Ce n'est pas si vieux. Ce n'est pas Attila, ce n'est pas Hannibal, ce n'est pas Léon. Ce n'est pas si vieux. Il y a un siècle. Donc, c'est quelque chose de très, très important. Parce qu'en fait, à ce moment-là, le profil de la diaspora prend... un marquage masculin majoritairement. Et donc ça c'est très très important, parce que tout flux confondu, le premier profil de la diaspora jusqu'aux années 70, il est masculin. Dans une mesure étudiante, dans une mesure encore beaucoup plus moindre justement, donc féminin, et à partir des années 70, si on se centre sur la France, On rentre dans cette logique justement de durcissement des règles d'admission au séjour. Durcissement des règles d'admission au séjour qui en même temps va de paire avec le regroupement familial. L'année 70. Et le regroupement familial est le premier facteur de la féminisation des flux. Parce que là on fait venir... On fait venir ses épouses, des femmes, ainsi de suite. Et donc, vous avez cette période des années 70. Les années 80 vont être marquées par une éducation étudiante, mais qui n'était pas particulièrement marquée. Et arrivent les années 2000. Le boom, c'est nous. C'est nous, Campus France, les préinscriptions, les bourses. Et moi, je me rappelle dans ma promotion, quand on est arrivé en 2005 à Nice, j'avais 17 ans, je venais d'avoir mon bac. On était 14 Sénégalais dans notre promotion. On pouvait faire notre petite principauté dans l'amphithéâtre, manger notre petit chèque et enfumer l'amphithéâtre. Et puis là, c'est un moment important parce qu'on crée les conditions d'une immigration étudiante. D'ailleurs, il y a des chiffres qui sont sortis récemment et à chaque fois, les commentateurs, les très droitiers, voire droitistes s'en émeuvent en disant que c'est de la submersion migratoire. Les moins engagés dans une logique xénophobe parlent de submersion. Les plus décomplexés parlent de changement, de regroupement, enfin non, de grand remplacement, pardon, le terme que l'on doit à Renaud Camus, l'écrivain jadis de gauche, mais maintenant grande figure de la droite. Et il y a eu presque 375 000 titres de séjour qui ont été accordés. Et sur les 375 000 titres de séjour qui ont été accordés, Il y en a 5000, ce sont des étudiants. C'est la première force, en fait. Cette logique n'a pas disparu. Elle n'a pas disparu malgré le durcissement de 2008 de Nicolas Sarkozy. Vous vous souvenez sans doute de cette période. L'immigration choisie. Et l'immigration choisie est donc la fuite des cerveaux. Et donc, grosso modo, si vous êtes des étudiants africains bons, dans de bonnes filières, vous êtes les bienvenus. Mais si... Vous n'êtes pas bon. Voilà, on durcit justement les règles. Moi, quand je venais en France, il fallait justifier de 400 euros mensuels que l'on peut avoir pour vivre en France. Il me semble aujourd'hui que c'est monté jusqu'à 800. Et après, Sarkozy, Macron a eu une loi qui a été absolument formidable. C'est les passeports talent. Mais en même temps, aujourd'hui, les étudiants doivent payer, les étudiants étrangers doivent payer 3000 euros. Donc on est toujours dans ce yo-yo très très difficile. Et donc voilà, en somme, propos liminaires, je répondrai un peu aux questions. Comment les profils en fonction des périodes évoluent ? Elles évoluent parce qu'il y a quelque chose de structurel, ce qui relève du structurel. C'est ce qui relève de l'universel. C'est qu'il n'y a aucune formule, sauf à vivre dans une forme d'autarcie complète et dirigée des barlés, des... Ah ! Exactement. Qui peut empêcher les déplacements de population. L'immigration va toujours, justement, exister. Pour des raisons climatiques, pour des raisons économiques, pour des raisons diplomatiques, pour des raisons géopolitiques. Et donc oui, après il y a des pays qui décident de se fermer, comme le Japon par exemple. C'est un pays qui se ferme volontairement, c'est un trait justement de leur identité. Mais pour ce qui lie l'Europe à l'Afrique, l'Afrique du Nord à l'Afrique subsaharienne, ainsi de suite, même jusqu'aux États-Unis. Je veux dire, cette donnée-là est une donnée très, très importante. Ça, c'est ce qui est le structurel, le déplacement est consubstantiel à toute humanité. Maintenant, ce qui relève du conjoncturel, ce qui relève du conjoncturel, c'est les guerres, les faits, c'est les changements, justement, des motifs de séjour, ainsi de suite. Et donc, on a maintenant une diaspora, mais une diaspora qui est importante, mais qui est d'ici et d'ailleurs, Il me laisse pour haquer aussi. Pris en compte par les institutions, avant les pays, il y a aussi l'UNESCO par exemple. L'UNESCO a travaillé sur justement cette décennie des afrodescendants, ainsi de suite. Il y a les pays d'origine qui sont très très intéressés par diaspora. Moi c'est la période que je connais le mieux, parce que j'ai fait ma thèse sur ça. J'ai fait ma thèse pour aller vite les transferts d'argent. J'ai voulu comprendre pourquoi les Sénégalais, les immigrés sénégalais en France, envoyaient de l'argent à leur famille chaque mois. Je suis allé dans une dimension beaucoup plus anthropologique, de dette à la famille, de dette au pays, et ainsi de suite. C'est une manne colossale, parce que les transferts d'argent ont dépassé les aides publiques au développement. Heureusement qu'il n'y a personne de la FD ici. Parce que, voilà, aide publique au développement, on ne le dit plus vraiment. Mon ami le grand Rémi Rioux dirait investissement durable et solidaire. Non, je ne sais pas. Non, mais voilà, il y a une volonté manifeste de déconstruire des discours et de déconstruire énormément de choses. Je te fais bienvenue. Je ne suis pas dans une logique, moi, conflictuelle et sectaire. Je pense que les débats, il faut les engager de façon frontale, en étant assez ferme sur ses principes, mais en n'étant pas tout de suite braqué. dans une posture de rébellion. Et donc, c'est quelque chose de très, très important. Moi, j'ai travaillé sur ces diasporas-là, les mythes aussi autour de la diaspora. J'ai pu dire à quel point aussi j'avais un regard très, très critique sur cet investissement massif sur la diaspora, parce que la diaspora peut être vue aussi comme une forme d'aliénation du calendrier des pays africains, parce que les sujets de la diaspora ne sont pas nécessairement les sujets des pays africains. Et la logique de conflit, elle émerge. très très vite. Et donc, il faut regarder la diaspora dans ce qu'elle offre comme potentiel. Et je vous conseille, quand tout ce qui s'agit, parce que, bon, on dit chercheur de manière générale, mais un chercheur a un objet, son objet de prédilection. Il n'y a pas de chercheur tout à fait transversal qui peut parler de tout. Ça, il faut peut-être les éviter. Mais il y a Étienne Simis sur le Sénégal qui est un auteur que je vous conseille. Un homme qui travaille sur le poids de la diaspora, sur la politique par exemple. Au Sénégal, on a toujours pensé que la diaspora pouvait faire l'élection. La diaspora est une force tout à fait marginale justement des dynamiques électorales. C'est faible démographiquement. Et surtout, les prétentions culturelles, financières, économiques de la diaspora n'ont pas toujours une effectivité sur la masse des populations localement. Est-ce que la diaspora précipite le développement ou est un rempart contre la pauvreté ? On n'a pas encore tout à fait tranché la question. Quand on envoie 100 euros à sa famille, est-ce qu'on l'aide à tenir ? Ou est-ce que c'est une manne financière importante pour impulser une dynamique de développement ? Je pense que la réponse est assez évidente. Même si on prenait l'épargne, et l'épargne encore c'est des segmentations individuelles, si on prenait l'épargne de la diaspora, on est loin des flux pour mener des travaux de l'ordre politique public, par exemple, avec leur consistance et leur grande force. C'est pourquoi quand je vois ce que cette manne peut susciter d'élan, de convoitise, et qu'on parle de diaspora bonde, la diaspora va sauver l'Afrique, et ainsi de suite, moi, ce n'est pas ce que le terrain me dit. Mais je peux me tromper. Mais ce n'est pas ce que le terrain me dit. La diaspora est importante, mais il faut l'évaluer à sa juste valeur et à sa juste mesure.