- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, vous écoutez le quatrième petit déjeuner de la recherche de Mansa, qui a eu lieu le jeudi 4 juin 2026. Les petits déjeuners de la recherche sont pensés comme des rencontres en format restreint, dédiées à la présentation de travaux critiques autour des enjeux contemporains des mondes africains. Ils favorisent l'échange, nourrissent les réflexions, et consolident un réseau scientifique actif, dans une logique d'itération et d'enrichissement collectif des savoirs, des démarches et des projets. Pour cette édition, Mansa avait invité Joël Vacheron, autour de la thématique cosmos, imaginaire et mondes africains, regard critique sur les représentations de l'espace. Joël Vacheron est sociologue et chercheur en culture visuelle, spécialiste des imaginaires et représentations du cosmos. Il enseigne à l'École cantonale d'art de Lausanne, l'ÉCAL, et collabore à des projets internationaux, explorant les liens entre science, art et société. Nous vous souhaitons une bonne écoute.
- Speaker #1
Je me présente, donc Joël Vacheron. je vais faire un... brève introduction sur mes activités et je suis content d'être invité. C'est la première fois que je vois le lieu donc j'étais curieux, ça semble être un projet très stimulant, très joli de voir comment les choses évoluent. En tout cas je pense que ça manquait un peu à Paris, même dans l'espace francophone donc je suis vraiment content de découvrir ce lieu. D'abord aussi découvrir le magazine qui me semble vraiment très complet, super intéressant. Donc aujourd'hui je vais revenir un peu sur un travail qui m'occupe depuis, je dirais presque une dizaine d'années, sous des formats plus ou moins intensifs, et qui a fait l'objet d'un livre, mais je vais vous donner... Deux, trois infos à ce propos dans l'introduction. Donc, pour m'introduire, quoi, je vais faire une brève introduction un peu de mes pratiques. Je suis en fait licencié en sociologie, en sciences sociales, et j'ai toujours été intéressé par l'anthropologie et les cultures populaires, je dirais. Ce qui m'a amené à vivre une partie, quoi, dix ans, douze ans à Londres. J'ai passablement travaillé comme journaliste et rédacteur indépendant, je dirais peut-être chercheur indépendant, mais le thème chercheur n'était pas forcément le bon parce que ce n'était pas forcément toujours des projets de recherche, mais c'était dans le cadre de collaboration, ce qui m'a amené à faire beaucoup d'écrits sur des thèmes très divers et qui touchaient toujours en partie à la photographie ou aux cultures visuelles. Et en grande partie à la musique. Et c'est assez le point peut-être commun qu'on a avec Lys Gomis, puisqu'on a travaillé ensemble pour le magazine Vibration. Donc je me suis demandé, est-ce que c'est la même Lys Gomis ? C'était assez drôle de voir nos évolutions un peu parallèles comme ça. À côté de ces activités un peu dites de journaliste indépendant ou de chercheur indépendant, J'ai une activité un peu plus académique dans une école d'art en Suisse, l'ECAL, dans laquelle je suis en partie engagé sur des projets d'écriture ou des projets de recherche qui touchent souvent à des analyses ou des études sur les régimes visuels. Pendant une passablement de recherche, c'était lié à l'avènement des images numériques et à leur impact sur la création. Et là, j'ai mis justement la recherche sur laquelle on travaille en ce moment, et justement centré sur le magazine Vibration, dans lequel en fait on a travaillé avec Lise, qui a un magazine de musique basé à Lausanne, qui couvrait toute la francophonie, et qui avait comme particularité d'être un des premiers magazines qui était assez... transgenre et qui avait quand même un focus sur les musiques non-occidentales et c'était particulier dans le contexte de l'époque, des années 90. Et ça m'a amené, pas forcément de manière directe, mais je voulais juste faire cette mention à me lancer dans une thèse de doctorat en sociologie. sur l'impact des images spatiales sur les imaginaires d'exploration du cosmos que j'ai défendu à trois deux ou trois ans Le thème s'est un peu imposé de lui-même parce que j'utilisais passablement d'images produites dans le cadre de l'exploration matérielle du cosmos et que j'avais aussi un intérêt pour l'afrofuturisme à travers les musiques et à un certain moment je me suis dit que c'était une bonne manière de lier ces intérêts. Et voilà. publication qui s'appelle Cosmovision, qui est parue il y a une année environ chez Metis Press et qui est accessible en version numérique. Si jamais vous pouvez même carrément accéder à partir du site de Metis Press, il y a une version numérique auquel vous pouvez accéder maintenant si vous avez l'option book ou livre sur votre ordinateur. Et si jamais vous avez des questions, vous pouvez même poser des questions par rapport à la version complète de la thèse, parce que ce que je vais faire là, c'est vraiment évoquer un peu en surface les thèmes qui m'intéressent. Je dirais que le point de départ de cette recherche, qui est vraiment centré en grande partie sur les imaginaires planétaires, mais aussi sur l'impact que les images produites dans le cadre du programme spatial américain ont eu sur notre manière de... de concevoir notre rapport à la Terre. Donc, ce qui m'a frappé et qui n'était pas forcément l'objet du départ, c'est de voir à quel point ces images sont quasi continuellement interprétées, contextualisées à partir d'une matrice coloniale et avec des références explicites à la conquête ou aux soi-disant grandes découvertes. Et que cette référence qui est constante, elle est très rarement questionnée en fait. J'ai vu ça vraiment en faisant des recherches, on trouve des textes comme ça de part et d'autre qui relèvent en fait cette référence systématique, mais il n'y avait pas forcément de recherche qui était vraiment spécifiquement touchée à ces questions. Là, on voit par exemple, donc ça c'est une citation extraite d'un rapport de la NASA dans les années 80. Les années 80, c'est les années Reagan. C'est la mise en place du système néolibéral dans lequel on continue d'évoluer le mieux qu'on peut. Et en fait, voir que c'est vraiment, l'introduction même fait cette référence au nouveau monde, cette idée de l'espace comme une terra nullus, un espace vide à conquérir, et qu'il y a comme une espèce de linéarité, une espèce de logique de conquête et d'exploration qui en fait pose ce projet comme un espèce de projet qui ne peut pas ne pas être. C'est comme si c'était une espèce de... Une réalité qui doit être partagée par l'humanité entière et qui est fondamentalement et pas vraiment questionnée. Et on voit ça justement quand on s'intéresse un tout petit peu aux images produites dans le cadre du projet spatial américain ou états-unien, on voit à quel point cette référence à la traversée de l'Atlantique, à l'idée de ces terres vierges qui doivent être conquérées. ses références aux grands explorateurs, est vraiment assez vite mise en relation. Là, on voit ça, c'est un livre hommage qui est paru il y a quelques années pour commémorer le 60e anniversaire de la Lune-Nissage. Et on voit que cette archive de la NASA, j'ai mis juste celle-ci, mais elle est vraiment presque continuellement contextualisée à partir de ces références coloniales. ou en tous les cas, c'est... L'idée promettéenne de l'exploration comme une nécessité universellement partagée. Ce qui m'intéressait, c'est de voir à quel point ces images sont extrêmement puissantes en termes de propagande pour diffuser une certaine vision de l'exploration et qui, bien sûr, a été cruciale. Au moment où ces premières images, notamment le programme Apollo, ont été utilisées, comme un outil un peu de propagande douce, et ça j'ai un peu une partie qui évoque ça, dans les... Un pays fraîchement décolonisé, il y avait quand même cette lutte entre l'URSS et les États-Unis. L'exploration spatiale donnait un peu une vitrine pour montrer au monde entier, et surtout aux pays fraîchement décolonisés, en voie de décolonisation, qui était la puissance la plus à même d'amener le progrès ou la civilisation dans ces contrées. Et là, je mets juste cette référence que j'ai trouvée, parce que ce n'est pas un thème que j'ai trop développé, mais sur lequel je travaille, mais de voir aussi comment, juste après les premières missions Apollo, les astronautes partaient dans une espèce de tour, world tour, où ils allaient faire du soft power, comme ça, là c'est en RDC, et on voit vraiment, c'est les trois... Trois mois après le retour de la mission à Apollo 11, ils font un tour du monde où ils vont vraiment diffuser la bonne parole de cette idée universaliste. Donc, il y a vraiment toute une... La mission s'appelle The Goodwill Mission. C'est vraiment cette idée un peu presque... Au-delà des ambassadeurs, c'est des missionnaires comme ça. Il y a une dimension un peu presque théocratique. comme ça. Donc voilà, il y a beaucoup d'exemples de ces incursions comme ça dans les pays africains qui fondamentalement, on peut concevoir que les imaginaires d'exploration dans les années 60 en Afrique n'étaient pas forcément exactement synchronisés sur ceux des Etats-Unis ou du RSS. Une des personnes que j'ai trouvées extrêmement stimulantes, une lecture que j'ai trouvée extrêmement stimulante, c'est Peter Redfield qui est un anthropologue et qui en fait a fait un travail d'anthropologie sur l'implantation du centre spatial en Guyane française de Kourou. et en fait il montra tout ce que c'est Comment cet imaginaire, en fait, on a toujours le sentiment que l'espace est vide. Ça dépend un peu de nos croyances, mais on peut l'imaginer assez facilement. Mais lui, il s'intéresse vraiment aux impacts terrestres, à la manière dont ça a directement des influences sur des territoires, sur des communautés. Et c'est assez intéressant puisque c'est un anthropologue qu'on pourrait presque appeler un anthropologue de l'espace. Il a influencé une autre anthropologue qui m'a... dont la lecture a été très utile, c'est Lisa Messeri, et qui vraiment, eux, font une espèce d'enquête des terrains, comme ça, sur des projets spatiaux. Lui, c'est en Guyane française, Messeri, c'est les chercheurs, chercheuses d'exoplanètes, et la manière dont les modélisations ont un impact. Et bref, ça, c'est vraiment, on parle des années 2000. C'est des premiers textes que je trouvais vraiment intéressants parce qu'ils adressent vraiment la dimension impérialiste, frontalement et de manière très bien documentée. Après, pour ma part, ce qui m'intéressait, c'est de m'intéresser au discours plutôt contemporain. Je fais vraiment toute une lecture un peu historique, mais c'était aussi de voir comment cette vision... telle qu'on peut l'imaginer dans les années 60 avec ses ambassadeurs ou ses missionnaires qui vont dans les pays du monde entier pour prendre la bonne parole. En fait, comment est-ce qu'elle est aussi présente dans les discours contemporains des acteurs de l'espace ou surtout des industries astronautiques ? On parle, voilà, le fond un peu, c'est un peu de pensée. et réfléchir aux imaginaires planétaires qui sont véhiculés dans les nouvelles industries spatiales, telles SpaceX, Dove, EG, Denko. Comment ce projet, qui fondamentalement est assez extraordinaire et engage assez peu de personnes, arrive à avoir une telle force, à être perçu de manière autant universelle ? Donc là, je vous passe un petit extrait de Victor Glover, qui est un des astronautes,
- Speaker #2
première personne afro-américaine à être mise sur orbite. Vous savez, toutes les cultures au monde entier, que vous le fassiez ou non, que vous croyez en Dieu ou non, c'est une opportunité pour nous de nous rappeler où nous sommes, qui nous sommes, et que nous sommes la même chose, et que nous devons passer tout ça ensemble.
- Speaker #1
Ok, ça je trouve que c'est un exemple assez intéressant, parce que c'est un peu le discours, je dirais, le plus presque banal qu'on peut avoir sur la part positive et nécessaire de la conquête spatiale. qui est cette idée que c'est un projet pacificateur, je dirais, qui offre une espèce de perspective vers laquelle l'entièreté de l'humanité peut se porter ou peut se projeter. Ce qui m'intéresse, il y a beaucoup d'aspects, je ne veux pas décomposer tout son discours, mais c'est cette idée déjà du oui. Donc en fait, il parle d'un nous générique. qui fondamentalement s'adresse, on le comprend bien, à l'humanité dans son entièreté, mais qui fondamentalement nécessite une infrastructure et la mise en place des prises de décisions qui sont prises par une toute petite minorité. Donc on a toujours cette idée, et ça c'est vraiment une constante, de cette capacité à universaliser un point de vue, une perspective qui est extrêmement spécifique. Parce que fondamentalement, il y a moins de 1000 personnes qui ont eu la possibilité de se retrouver dans cette position de voir la Terre depuis l'espace, on le caprécie, et on comprend aussi ce que ça implique en termes politiques, économiques, de mettre en place ce dispositif matériel, infrastructurel, pour pouvoir vivre ou développer ce projet. Donc c'est un projet extrêmement exclusif. C'est le projet... difficilement imaginer un projet autant exclusif que ça personne vote pour que ses investissements pour donner sa voix sur ses investissements et bref c'est vraiment l'universalisation d'un point de vue et puis ces références aussi à cette idée très pacificatrice de cette vision qui souvent est associée à l'overview effect Merci. Point de vue de nulle part qui, dans les discours un peu environnementaux, est envisagé comme la possibilité d'une prise de conscience de l'unicité de la Terre et de la nécessité de la protéger. Alors ça, c'est vraiment un discours qui est aussi extrêmement, sous lequel je vais revenir, et qui est largement véhiculé, et qui fondamentalement, presque à lui seul, suffit à justifier la mise en place d'un projet tel que celui-ci. Je vais dans les détails dans ma recherche, mais là je vais plutôt y aller, parce que c'est à chaque fois un chapitre sur lequel je ne vais pas revenir, mais on pourra en discuter par la suite. Ce que je voulais dire par rapport à ça, c'est que dans ma perspective de recherche, je me suis vraiment surtout intéressé à la manière dont cette vision très spécifique Elle est... associable ou associée à une vision cosmique, à une vision de la Terre et de l'univers qui est vraiment centrale au capitalisme tardif. Et que, quelque part, ces images-là, si on les prend avec un peu un décentrement, elles sont idéales pour comprendre comment est-ce que le monde peut être perçu dans une perspective Merci. telle que la NASA le défend justement dans les années 80, au moment où le modèle un petit peu de la globalisation, de la mondialisation économique se met en place. Je sais de montrer en fait qu'à quel point cette vision qui, dans les discours des scientifiques, parce que c'est toujours un petit peu cette espèce de dissociation, comme si la science n'était pas politique et qu'elle était toujours menée pour le bien de l'humanité, fondamentalement elle n'avait pas, voilà, c'est une recherche d'objectivité qui fondamentalement n'est pas idéologiquement motivée, de montrer en fait qu'il y a quand même... Dans ce projet particulier, il y a la capacité de donner une certaine vision du monde qui a été extrêmement utile pour naturaliser le modèle de la mondialisation tel qu'il est perçu ou promu dans la vulgate néolibérale. Et on le voit aussi, ce rapport direct est très décontracté. décomplexé, on dira même, de la référence coloniale dans les messages publicitaires. Ça, c'est Blue Origin qui fait sa promotion de la colonisation ou de l'implantation de bases sur la Lune. Et donc, ce qui est devenu un peu l'objet de ma recherche, c'est de questionner cette vision cosmique particulière. que j'appelle Cosmovision, et de la déconstruire pour montrer qu'il est nécessaire de laisser la place à d'autres visions de l'exploration spatiale, et en particulier de donner une place aux explorations non matérielles, de telle sorte à pouvoir avoir une pluralité d'imaginaires planétaires qui ne soient pas cantonnés. dont le registre est limité un peu de cette vision telle qu'elle est envisagée dans la Ville Gatte ou dans les projets menés par la NASA en particulier, ou les entreprises qui se sont développées autour de la NASA. J'utilise cette phrase d'Anibal Quirano qui est un penseur... un des pionniers de la pensée décoloniale telle qu'on peut l'imaginer à partir des années 90. Et j'aime beaucoup cette idée, cette idée de « il n'y a rien de moins rationnel finalement que de prétendre en tant qu'ethnicité située à ce que sa vision particulière du cosmos représente la rationalité universelle, car cela revient à imposer un provincialisme en guise d'universalisme » . Et c'est à mon avis exactement ce que traduit Cet extrait de Glover, c'est vraiment cette vision extrêmement spécifique. Elle est toujours présentée, pensée comme une vision universelle. Voilà. Donc, partant de cette observation, mon projet, il vise un petit peu à montrer comment cette vision cosmique, cette vision très particulière, se diffuse à partir ou à travers des... typologies d'images extrêmement diverses et que dès le moment où on adopte cette perspective un peu décoloniale on se rend compte en fait à quel point dans les images les plus banales en fait le message reste la plupart du temps souvent le même et j'essaie justement alors à partir de cette typologie très très hétéroclite de montrer un peu la stabilité de cette de cette vision cosmique, pour essayer de la déconstruire. Et pour ça, je me base sur des travaux, des études visuelles, notamment Nicolas Mirzoff, qui nous dit, nous pouvons apprendre à regarder à nouveau ces œuvres pour voir comment les humains ont changé le monde et nous pourrions ainsi développer des façons de voir la planète qui pourrait faire partie de la solution. Pour cela, nous devons cependant déregarder, il utilise le terme « unseen » , Les manières qui ont fini par nous faire voir ce changement comme de la beauté. C'est vrai que ces images ont une telle évidence qu'elles sont toujours vues comme des productions objectives et naturelles. Et cette citation de Mirzoff est assez intéressante parce que lui l'adapte. En fait, il propose une lecture décoloniale, écologique de la peinture, notamment des peintures du 19e siècle. Et il montre en fait comment certaines productions sont déjà des témoignages pour comprendre l'impact des activités industrielles sur l'environnement. Et j'ai essayé un petit peu d'adopter aussi cette perspective, de déregarder aux images pour essayer de voir en fait qu'est-ce qu'il y a sous ces couches de beauté, ces discours esthétiques, comment est-ce qu'elles peuvent aussi nous aider à comprendre sur... qu'elles sont en quelque sorte, elles font partie du problème. et une des premières c'est juste pour vous donner un exemple mais un des cas qui est vraiment le plus explicite c'est de voir à quel point leur beauté est souvent proposée comme une espèce de brèche dans l'actualité et là je pense à ces deux exemples des blue marbles, des billes bleues la première a été prise en 1974 3 La suivante, durant la mission Artemis, il y a quelques semaines, c'est la seule fois où des images d'une face de la Terre vue dans sa globalité ont été vues par des humains. Toutes les autres sont produites à l'aide de sondes. C'est assez fou parce que quand on ne fait pas attention à ça, on a toujours l'impression que c'est la même image, mais fondamentalement, il y en a... Pas autant que ça. Donc, il y a quand même 50 ans d'intervalle entre ces images. Et on sait tous les récits qui se sont construits, notamment dans la pensée écologique, leur importance aussi comme une espèce de capacité aussi à monitorer ou à pouvoir avoir une espèce de regard ou d'anticiper les phénomènes climatiques. c'est vraiment ancré dans une... une conception contemporaine de notre rapport à la planète. Ce qu'il y a d'intéressant quand on cherche à les déregarder, c'est de voir comment elles sont intégrées dans les fils d'actualité. Ce que je voulais montrer, c'est la manière dont elles sont vues comme une espèce de brèche ou une espèce de parenthèse qui sont comme si elles étaient là, elles s'expriment juste à travers leur beauté, elles sont complètement coupées de l'actualité. Et là, ce que je trouve intéressant dans les deux cas, c'est qu'on voit qu'à chaque fois, on est dans des moments critiques où l'actualité est vraiment intense. Il y a des guerres qui font rage. Et en 74, c'était la guerre du Vietnam. Là, c'est la guerre, l'alliance israélo-américaine au Moyen-Orient. et on est vraiment... dans une espèce d'idée que ces images-là sont comme une espèce de déconnexion. Et ça, c'est vraiment assez continuel. Donc déjà, une des manières de déregarder, c'est de montrer comment ces images, elles ne sont pas dissociées des missiles qui sont utilisés dans les conflits. Au contraire, leurs racines, leurs fondations sont exactement communes. et que c'est des visions du monde qui sont coexistantes. Et ça, j'ai essayé de le faire, je ne vais pas aller dans le détail, mais une grosse partie du travail, c'est de réfléchir ou de montrer ces différents cadrages. Là, par exemple, on voit Buckminster Fuller, la référence à Spaceship Earth, le vaisseau spatial Terre. une espèce de métaphore qui émerge dans les années 60-70 et qui a été extrêmement puissante, une métaphore extrêmement puissante pour penser à notre condition contemporaine, qui a utilisé ce terme, il est utilisé par Glover. Et là, ce qui m'intéressait, c'est que c'est vraiment un moment crucial des années 60-70 où ces premières images commençaient à être diffusées publiquement et où un certain type d'imaginaire aussi s'y rattache. Et cet imaginaire, c'est un imaginaire... qui la plupart du temps est un imaginaire techno-utopiste qu'on retrouve chez des chercheurs ou des penseurs très influents comme Buckminster Fuller, Stuart Brandt, le...
- Speaker #0
Ok, ça va me revenir. Bref, ce qui a été un peu un échantillon de la philosophie hippie de Wallace Catalog. Vous connaissez un petit peu ce moment, les années 60-70, Wallace Catalog, une publication vraiment destinée aux communautés hippies qui s'étaient un peu retirées des villes pour vivre en autarcie dans les campagnes américaines. avait à chaque fois en couverture une image de la Terre vue depuis l'espace. Il y a toute une espèce d'imaginaire planétaire qui se construit là autour et qui a vraiment s'est insufflée, s'est diffusée dans une vision un peu contre-culturelle qui en fait se nourrit un petit peu des productions de l'exploration spatiale, mais pour développer un discours que je ne vais pas forcément déconstruire, mais qui a pour moi été très important parce qu'on le retrouve aussi dans le... dans ce que dit Glover. Carl Sagan, là on est plus sur la vulgarisation scientifique, mais il y a aussi toute une espèce d'idée de projection du futur de l'humanité dans l'espace qui repose énormément sur des visualisations. Ce qu'il y a d'intéressant de Carl Sagan, c'est qu'il utilise aussi les premières numérisations ou images numériques ou images de synthèse de l'époque et qu'il associe aussi à ces images tout d'un coup des imaginaires qui sont très spécifiques et qui n'arrêtent pas d'être réactivés. J'essaie de montrer comment ces imaginaires-là s'inscrivent vraiment dans une longue tradition esthétique et d'une lecture du paysage qui est vraiment inspirée par la peinture, la peinture romantique, par exemple. Or, ça, je le mets parce que c'est Lisa Messeri qui, dans son travail sur les exoplanètes, par exemple, montre, plutôt Elisabeth Kessler, qui en fait s'intéresse à ce qu'elle appelle l'astronomique, le sublime astronomique, comment est-ce que les astronomes qui travaillent sur les images produites par les sondes Hubble, ce sont des images qui sont des images en noir et blanc, qui sont colorisées, et en fait à travers ces entretiens, elle est historienne de l'art, elle remarque à quel point Les astronomes sont influencés par des critères esthétiques, subjectifs, et notamment dans une certaine idée de ce qu'est le beau, le sublime, dans la peinture classique. Et vraiment, il y a vraiment des références au ciel de Turner ou de Thomas Moran. Et Thomas Moran, c'est assez paradoxe, c'est que c'est vraiment le peintre de la conquête de l'Ouest, en fait. et ils montrent en fait ces grandes étendues vides avec des ciels magnifiques et tout ça. Et les astronomes font directement référence à ces toiles pour montrer qu'ils exagèrent un tout petit peu la beauté ou l'effet esthétique de ces images, sachant que ces images-là sont un peu souvent utilisées comme des outils de relations publiques qui ont comme principe... pâle raison d'être de séduire le public. C'est à partir de ça aussi qu'il peut y avoir des financements. Toute cette espèce de tradition d'un certain regard, d'une certaine manière de voir le monde, qui est perçue, présentée comme étant naturelle, mais qui s'inscrit si on la déconstruit dans une longue histoire romantique qui est centrée sur L'objectivité ou en tout cas la supériorité d'un œil. Et cet œil, c'est toujours un œil blanc, masculin, supposément hétérosexuel et chrétien. Et ça, c'est vraiment un point important. Parce que voilà, c'est une manière, cette déconstruction, elle a été évoquée. Et ça, c'est ce que je viens de dire par rapport à ce regard situé. Il est inspiré par Donna Araouet. La pensée féministe, et ça c'est vraiment assez intéressant, c'est qu'il y a beaucoup de femmes qui écrivent sur les ouvrages critiques sur l'exploration spatiale. C'est principalement des femmes. Franchement, 95% de textes à l'origine sont des textes dans les années 89. Le premier texte qui vraiment amène des outils intéressants sont les ouvrages produits ou faits par des femmes. Et Donna Araouet... Ce que je trouvais intéressant, c'est qu'elle ne le cite pas, mais elle fait vraiment une critique assez frontale. Ça, c'est dans Situated Knowledge, un texte assez fondamental qui est paru dans les années 80, je crois, 84 ou 86, mais où elle fait vraiment... Une critique frontale de la manière dont les images scientifiques sont utilisées pour appuyer une certaine idée d'objectivité qui vraiment nourrit le discours de l'administration Reagan. Et c'est vraiment assez fort. Elle ne le cite pas, mais je pense que c'est vraiment assez... C'est une critique indirecte de Carl Sagan, je pense. Parce que la manière dont elle parle de... des images, c'est vraiment situated knowledge, c'est vraiment un texte assez fondamental de critique en fait de l'objectivité scientifique et qui donne des outils vraiment très intéressants. Je vais juste passer un autre extrait pour vous donner l'actualité un peu commerciale de ce regard, parce que souvent quand je faisais cette recherche, quand je disais je m'intéresse en fait à l'impact au discours associé aux images produites dans le cadre de l'exploration matérielle de l'espace tout le monde revenait avec cette idée de l'overview effect l'overview effect c'est l'effet de surplomb et c'est vrai que c'est toujours cette idée que voilà cette vision comme Glover le dit au début est censée avoir un espèce de rôle presque que mes croyances. produit une forme de métamorphose, en tout cas une prise de conscience qui potentiellement pourrait aider le monde à en tout cas changer son approche d'être plus sensible aux questions écologiques. Donc c'était drôle parce que à chaque fois j'avais cette préférence. Et donc à un certain moment, je me suis dit, c'est important aussi de faire une petite recherche sur cette notion de l'overview effect. Je ne vais pas trop la développer, mais... C'est issu principalement d'un ouvrage de James ou Charles White, W-H-I-T-E, qui justement, à travers un certain nombre d'interviews d'astronautes ou de personnes qui ont pu avoir cette distance pour voir la Terre dans sa intégralité ou sa presque intégralité, montre en fait que ça leur a provoqué... à un certain effet. À partir de là, il a construit cette espèce de discours un peu, je dirais, presque de marketing de l'overview effect. Et après, en suivant sa trajectoire, on voit que c'est assez intéressant parce qu'il est vraiment dans des lobbies maintenant de l'industrie spatiale. Bref, ça, je passe. Mais juste pour vous montrer comment cet overview effect est évoqué dans...
- Speaker #1
dans toute sa brillance contre la douleur et l'épaule de l'espace. C'est vraiment un appel à l'action.
- Speaker #2
Le verre de la vallée est en train de venir. Virginie Valetik est en train de faire de cette nouvelle époque de l'espace d'une manière assez spectaculaire. Nous offrons l'opportunité à des centaines de milliers de personnes, des astronautes non professionnels, de voir l'Earth de l'espace. Vous êtes clair à l'instructeur.
- Speaker #3
Quand j'ai reçu l'apogée et que j'ai vu la curvature de l'Earth, je ne pouvais pas croire que j'étais en espace en regardant notre incroyable planète. J'ai instantanément pensé que tellement plus de gens ont besoin de voir la même chose que je vois en ce moment.
- Speaker #4
Mon doigt a tombé et j'ai littéralement gaspillé. Oh, le lumbar de l'Earth ! Mais l'expérience est... Timeless, spirituelle, transformatrice. Mon visage mondial n'a fait que grandir plus d'espoir et certain et sécurisé depuis que j'ai vécu la curvature de l'Earth de l'espace.
- Speaker #1
C'est un sentiment puissant et ça ne se passe pas tout à l'heure. Ça se passe pendant le vol, après le vol, pendant des mois après le vol. Je suis toujours en train de réfléchir et je ressens toujours l'impact de ce moment de voir l'Earth de l'espace aujourd'hui.
- Speaker #0
Donc ça, c'est vraiment le discours tel qu'il est adopté, instrumentalisé par les industries spatiales, sachant que c'est quand même pour faire la promotion de billets à un demi-million. Donc on a vu un peu le désastre que ça a fait avec Keith Perry. Il y a toute une espèce de rhétorique très, je dirais, c'est dit, spirituel, un peu théologique comme ça, qui se met en place et qui bénéficie en fait, bien sûr, à... pour le coup, à faire la propagande de ces industries qui sont les moins écologiques qu'on peut imaginer. On sait aussi les liens que ça a, quand on voit maintenant l'impact, le monopole de SpaceX. Et c'est en fait, en grande partie, grâce à ce discours, que leurs activités sont vraiment assez peu discutées, en fait. Alors, juste pour terminer, je vais faire cette petite... Revenir, en fait... toutes premières images, puisque en me positionnant, en faisant cette recherche sur les images spatiales, je me suis bien sûr questionné sur les premières, les toutes premières images qui ont été produites, et c'est assez intéressant de voir à quel point tous les éléments qui sont maintenant associés à ces images ont déjà été mis en place très très tôt, donc dans les années 50, au moment où ces premières images ont été produites. Et notamment, alors, ce que je disais par rapport à ces images qui sont du blue marble, qui sont présentées comme étant dissociées des guerres qui sont en train d'affecter des régions du monde, ce discours pacifiant ou pacificateur, il est vraiment présenté très tôt. Là, ça s'est extrait d'un article dans le National Geographic, dans lequel les premières images sont rendues publiques. Et il faut savoir que ces images ont pu être faites. Donc... Quand on parle de l'espace, c'est le moment où les fusées ont atteint ou dépassé la ligne Carman, qui est à plus de 100 km d'altitude. C'est une limite un peu symbolique, à partir de laquelle, une fois qu'on la passe, on estime que l'attraction terrestre est moindre. Et on estime qu'on entre dans l'espace extra-atmosphérique. Ça, c'est juste pour vous donner un peu une idée. Donc, il y a eu un moment, juste après la Deuxième Guerre mondiale, où des chercheurs américains, ou des chercheurs allemands sur le sol américain, ont utilisé les technologies développées par le Troisième Reich pour, en fait, les détourner un peu de leur mission. Officiellement, c'est ce qui a été présenté, en tout cas, c'est ce qui a été présenté dans l'article. de leur mission destructrice, mais plutôt pour les transformer en outils de recherche et de recherche d'exploration d'espaces extra-atmosphériques. Donc en fait, c'est dans cet article que l'auteur parle de cette idée. Une roquette V2, des roquettes qui ont été produites par les Allemands, qui ont été envoyées sur des villes européennes pendant la Deuxième Guerre mondiale. Juste après la guerre, en fait, sont saisis par les Américains. Tout un lot d'ingénieurs nazis sont exfiltrés et amenés à continuer leurs recherches sur le sol américain. Et en fait, la Tools of Power se construit aussi sur cette idée que ces technologies ne sont plus adaptées ou utilisées pour la guerre, mais plus pour faire des recherches. Et en fait... Dans le cadre de ces recherches, c'est là que les premières images sont produites. L'image qu'on voit à gauche, c'est la première série d'images de la Terre produite depuis l'espace, extra-atmosphérique, et on voit une partie de la courbure, tout ça. Donc c'est encore des images très abstraites, comme ça. Mais malgré leur abstraction, et c'est ça qui est intéressant, les experts voient déjà des choses. Ils se projettent déjà dans ce qu'on pourra faire. L'idée qu'on va pouvoir prévoir les conditions météorologiques, voir les détourner ou les provoquer, c'est assez intéressant. L'idée aussi d'avoir des satellites de télécommunication. Il y a toute une espèce d'imaginaire qui se construit. L'idée d'avoir plein de satellites qui permettent de faire de la vidéosurveillance. Toutes ces choses-là, à partir de ces images, dès le moment où ces images apparaissent, elles sont déjà construites ou pensées comme des évolutions potentielles. Après, il y a un autre aspect qui est intéressant, c'est l'idée de ces... de ces mosaïques, en fait, ces paysages sont souvent, en tout cas au départ, construits à partir de fragments, puisqu'il n'y avait pas suffisamment de distance pour avoir une vision globale. Donc en fait, elles ont très vite été utilisées comme des éléments qui peuvent être assez facilement juxtaposés. On est quand même dans les années 50, et la photographie, elle est... Il est vraiment sur cette idée du modèle objectif. Mais là, en fait, l'objectivité, pour qu'elle soit vraiment explicite ou visible, elle implique des manipulations. Et là, cette mosaïque, en fait, elle est composée à partir de différentes images produites à différents endroits. Et c'est assez intéressant, puisque c'est la réalité de Google Earth, en fait. C'est vraiment cette idée qu'on a... Une idée de la globalité composée de fragments, mais en fait, on essaie de lisser toutes les différences pour en faire une vision entière et unique, ou unifiée. Donc ça, c'est assez intéressant. Alors là, il y a toute une espèce d'apprentissage où les gens sont amenés à essayer de les comprendre, de lire ces images et de faire en sorte de les apprendre. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que ces images-là sont directement associées à certains récits plus science-fictionnistes qu'il y avait cours dans cette période. Donc là, j'ai mis ces deux références parce qu'on voit que la hauteur, elle est la même. On voit la courbe, mais bon. L'un est fait à travers des illustrations, qui étaient en fait la manière de représenter la Terre depuis cette distance à cette époque, avec déjà des projections, des technologies, comment elle pourrait évoluer. Et l'autre, elle est déjà faite à partir d'images, donc elle a un degré de scientificité qui est un peu plus élevé. Mais bon, comme je l'ai dit, ces manipulations impliquaient aussi une certaine forme de subjectivité. Ça reste quand même relativement bricolé. Mais ce que je voulais mettre en avant, c'est que ces deux typologies d'images, illustration et photographie, en fait, se mixent. Et ces images, assez vite, elles ont une réalité ontologique qui est assez mixe, en fait. On peut assez facilement manipuler les images Je... prises depuis cette distance sans que pour autant on les considère comme étant moins ou pas objectifs. Donc c'est juste pour vous dire ça. Ce que je voulais mettre aussi en avant avec cette image, c'est que c'est les mêmes... Là, on voit Werner von Braun qui a écrit ce texte dans cette revue de vulgarisation scientifique qui s'appelle Colliers. Et en fait, Werner von Braun fait partie de ces nazis exfiltrés et... Juste après la Deuxième Guerre mondiale, en fait, il est devenu le poster boy de la NASA. Il a vraiment été la personne qui était la plus amenée à parler dans les médias. C'était un peu le savant, voilà, avec la rigueur et la précision européenne, mais allemande. Et étrangement, il s'est hyper vite fondu dans cet univers sans que son passé de scientifique pour la... Le troisième Reich soit vraiment mis en question. Pourquoi ? Parce que là, il était sur le sol américain et que ces projets-là étaient destinés à des fins pacifiques et qu'ils tournaient la page avec cet héritage néfaste de la Deuxième Guerre mondiale. C'est comme si... Mais on parle vraiment de juste quelques mois. Ces personnes ont été juste... Ils étaient déjà sur le sol américain, à la limite, au moment de l'armistice. Donc c'est vraiment... Ça a été extrêmement rapide. Et en fait, lui conçoit des récits, il a tout un imaginaire de conquête des planètes, notamment de Mars qui inspire Musk au plus haut point. Et il était aussi à l'origine de ces recherches plus scientifiques qui ont mené à ces premières images. Je mets aussi en avant la référence de The Last Frontier, Crossing the Last Frontier. Je ne l'ai pas évoqué avant. Mais la référence de la frontière ultime, en fait, elle est extrêmement présente dans les imaginaires planétaires qui sont associés à la planète spatiale, et qui, bien sûr, la frontière, c'est la frontière de l'Ouest. Le rapport, il est extrêmement explicite. Et là aussi, on ne parle pas forcément de la traversée de l'Atlantique, mais on parle de cette frontière terrestre qui était dans le contexte des années... du début du programme spatial américain était vraiment extrêmement présente, extrêmement diffusée, rendue populaire à travers des séries comme Star Trek, ce genre de choses. Donc voilà, c'est juste pour faire un petit peu, Fernand von Braun, poster boy de la NASA, dans son bureau en Alabama, juste pour aussi poser le décor, Huntsville, c'était encore... Un état du Sud extrêmement ségrégué, c'est un point important. Là, c'est les premiers tests à partir desquels les images ont été produites. Avec ces fusées V2, on est en 1946 dans le désert de White Sands. C'est un désert dans le Nouveau-Mexique sur lequel je reviendrai. Il a collaboré avec Walt Disney très tôt. Donc, dans les années, fin des années 40, plutôt début des années 50, il a été aussi une espèce de consultant des visuels de Walt Disney, justement avec cette idée qu'il amenait cette garantie scientifique. Donc, tout ça pour dire que cet imaginaire d'exploration, il est vraiment extrêmement diffusé, extrêmement largement avec des moyens aussi. qui sont les moyens des industries de divertissement. Ce n'est pas que les quelques revues scientifiques de l'époque. Et puis, après ce qu'on ressort quand on fait des recherches, on apprend que ces fusées V2, elles étaient montées dans des comptes de concentration. Donc voilà. Et ça, bien sûr que même si Van Browne s'en cachait, il était clairement au courant. Donc en fait... C'est quand même intéressant de revenir sur cette histoire que passablement de chercheurs maintenant ont développé, notamment Fred Charman. Il y a aussi deux auteurs français qui ont écrit vraiment spécifiquement sur cette histoire de Von Braun et de l'héritage nazi. Moi, ce qui m'a intéressé, puisque c'était quand même cette histoire plutôt visuelle, cette histoire des images spatiales, C'était de voir quels sont les récits qui sont directement associés à ces images. Et je trouvais dans le magazine National Geographic, il y avait vraiment cette saga hyper intéressante où on voit les ingénieurs et scientifiques tel que le setup de ces premières expérimentations dans le désert du Nouveau-Mexique. Donc ces images sont assez intéressantes puisqu'on voit aussi cette espèce de domestication aussi des sols en rapport au territoire qui est quand même extrêmement brutal, très, je dirais, qu'il y a une espèce de violence quelque part qui est présente dans ces images et qui m'a fait aussi me questionner en fait. On se dit, pour que ce projet se mette en place, Il se met en place sur des lieux, des territoires qui, et là c'est vraiment 80 ans auparavant, il y avait encore des sociétés autochtones qui vivaient sur ces plaines et qui bien sûr avaient un tout autre rapport à l'environnement et un rapport à l'espace qui n'était pas du tout celui dont ces images s'imposent à partir de la moitié du XXe siècle. C'est ça qui est aussi un... point important sur lequel je n'ai pas insisté, mais on ne parle que de projets qui sont mis en place à partir de la moitié du XXe siècle. Avant, il n'y avait pas d'image spatiale, il n'y avait pas de... Ça commence vraiment à ce moment-là. Questionnement sur ces visions cosmiques. Bien sûr qu'avant... Le rapport aux planètes, le rapport au cosmos, cette espèce de lien que certaines populations, certaines communautés pouvaient établir avec les cieux, était totalement différent que ce rapport extrêmement matérialiste qui s'impose en fait comme étant une espèce de nécessité. Donc ce rapport-là, c'est devenu un peu la question qui m'a le plus intéressé. Vraiment aussi, essayer de mettre ça en rapport avec... Justement, la conquête de l'Ouest et les mythes de la frontière, tels qu'ils sont évoqués dans cette peinture de James Gast, intitulée American Progress, qui est une métaphore du projet civilisationnel étasunien, tel qu'il peut être représenté à travers... Déjà, on a les navires, bien sûr, qui viennent d'Europe. qui ensuite a mis en place des rails de chemin de fer, première grande innovation civilisationnelle. Et puis les agriculteurs, l'idée d'une certaine idée de la culture, qu'on pourrait même dire monoculture, qui se met en place, qui est aussi éradique des manières de cultiver qui avaient cours jusqu'à l'arrivée des colons. Cette idée de cette messagère flottant, en fait, on voit, elle s'appelle Columbia, c'est un peu l'oncle Sam féminin, cette idée du progrès ou de l'idéal américain ou états-unien, elle tient dans ses mains l'électricité et un livre, School Books, donc l'éducation, et on comprend que tout ce mouvement civilisationnel... amène la lumière dans les ténèbres. Et puis les ténèbres, c'est les animaux, l'animalité et toutes les populations amérindiennes, autochtones qui fondamentalement fuient devant cette avancée et sont amenées à sortir du cadre de l'histoire, clairement. Et ça, c'est vraiment une métaphore assez forte que j'ai essayé d'appliquer au projet spatial étasunien. Pour moi, en fait, cette figure flottante dans les airs, c'est les fusées, c'est les technologies qui sont mises en place dans le cadre de ce projet, puisque c'est une évolution, comme elle est présentée, qui est une évolution presque logique. Donc en fait, il n'y a même pas besoin de forcer trop, puisque les métaphores, comme on le voit avec le texte de Von Brandt, font directement référence à cette histoire-là. Et puis, partant de là, on comprend mieux aussi... Des termes de type « Here men from the planet Earth first set foot upon the moon, we came in peace for all mankind » . Cette phrase qui maintenant commence quand même à être un tout petit peu discutée, elle est la continuité logique de cette histoire du monde perçue comme la capacité de certains humains à franchir. Toujours de nouvelles frontières. Et la technologie, le progrès technologique fait partie de ces frontières. Bien sûr. Voilà, et là j'arrive au terme. Je vous donne juste un peu cette référence de DeAndre Smile, qui est aussi une des références très tardives sur lesquelles je suis tombé, mais le texte doit être de 3, 4, 5 ans, qui est justement issu des communautés amérindiennes. et qui soutient qu'une entreprise scientifique telle que l'exploration spatiale n'existe pas dans le vide, mais qu'elle s'inspire du colonialisme et y contribue en privilégiant la science au détriment des épistémologies autochtones. Donc, la science, une certaine idée de ce qu'est l'univers, ou notre rapport à la Terre et aux cieux, s'impose comme un universalisme Et bien sûr, efface dans sa... dans sa grandeur et sa grandiosité, c'est le terme qu'on peut utiliser, tout ce qui peut y avoir comme autre rapport en fait aux planètes et à la Terre. Et ça, c'est vraiment des approches maintenant que récemment, il commence à y avoir vraiment des approches de ce type-là qui réfléchissent aussi à la manière de revisibiliser ou repenser en fait de... ces épistémologiques autochtones en leur donnant aussi leur place, comme aussi des moyens, je dirais presque politiques, pour contrer les imaginaires planétaires dans lesquels on est un peu engoncés et qu'on a besoin d'en sortir si on veut pouvoir trouver des solutions. Les solutions ne vont pas venir des sphères technoscientifiques, je n'y crois pas, donc voilà. Autant essayer à penser à autre chose. Et là, juste pour revenir sur le contexte africain. C'était intéressant puisque j'ai été invité par Oulimia Tagay, curatrice critique d'art, qui a mis en place un programme dans le cadre d'une exposition qui a eu lieu à Dakar, à Sélébé-Yonne. Dans le cadre de cette exposition, elle m'avait invité aussi à participer. Elle avait aussi cette belle petite mise en perspective. de ce projet de Goodwill à des ambassadeurs missionnaires qui sont venus. Alors ça, c'était dans le cadre du programme Apollo 17. Certains des astronautes étaient venus à Dakar faire leur petit tour promotionnel. Et je trouvais assez intéressant parce que dans le soleil à l'époque, il y a Barad-Yuf écrit. Dans un article que je trouve assez fort, parce que c'est les conquérants, il utilise le terme « Comment concilier notre irrésistible désir d'applaudir des hommes qui ont contribué considérablement à grandir et à magnifier la race humaine et notre refus d'être remplis d'une aventure qui, par sa nature égoïste, ne peut en aucune façon être la nôtre ? » Et je trouvais ça assez… Voilà, ça c'est tout un terrain aussi, de voir comment c'est ce projet qu'on voit toujours comme étant… Les universités de Montpartagé étaient aussi déjà à cette époque perçues de manière critique dans certaines communautés, dans certains pays. Et ces voix-là, en fait, elles ont assez peu lieu ou d'espace pour être exprimées. Et dans les recherches, j'ai aussi vu que dans les communautés afro-américaines, il y avait énormément de rejets du programme spatial américain. Il y avait un désintérêt total, puisque c'était surtout au début du programme Apollo. où la situation de politique intérieure des États-Unis était vraiment extrêmement catastrophique. Et on voit dans les discours des populations afro-américaines un désintérêt total, en fait. Quoi, total ? Mais majoritairement désintéressé, je dirais. Donc ce qui est assez intéressant, c'était de voir aussi... Alors ça, c'est un peu ma démarche, puisque je n'ai pas forcément... Cette connaissance des épostémologies autochtones, voire même des cultures ou des cosmogonies africaines pour amener ce discours ou ces deux-sept remonts, ce qui m'a intéressé, vu que j'avais cet héritage, cette connaissance des musiques populaires, c'était de voir dans mon domaine d'expertise des musiques, comment je pouvais essayer de voir comment certains artistes, certains musiciens, musiciennes, avaient déjà dans leur projet ouvert une brèche critique où des alternatives d'exploration de l'espace sont clairement énoncées. Et en fait, c'est assez intéressant puisque on le voit aussi, c'est évoqué aussi dans le numéro de Monza, dans l'afrofuturisme, si on utilise cette notion, il y a vraiment tout un... Il y a vraiment beaucoup de différentes conceptions de l'exploration spatiale qui nous invitent à chaque fois à repenser aussi les traumas, les violences de l'exploration et d'en tenir compte aussi et de se questionner sur l'importance de tenir compte de ces violences pour ne pas les reproduire. Et ça, pour conclure, j'utilise vraiment juste cette référence Black... quantum futuriste, il fait partie un petit peu de ces perspectives afro-futuristes auxquelles je me réfère aussi dans ma recherche, et qui propose de réutiliser le langage et les images de la science et de la science-fiction pour créer des contres-histoires et des futurs qui remettent en question les versions dominantes et exclusives de l'histoire de l'avenir. Ça, voilà, c'est à mon avis des espèces de propositions qui me semblent être très... extrêmement stimulante et qu'on peut adapter à plein de domaines. Et c'est un petit peu aussi ce que j'ai essayé de développer dans mon projet. Et là, je vais peut-être en parler après, mais c'est juste pour revenir à ce projet d'exposition immobile à Célébé-Yonne. Très, très bonne galerie de Dakar qui avait fait cette exposition sur les contre-histoires de l'exploration telle qu'elle peut être perçue depuis le continent africain. Et en fait, c'est à chaque fois des artistes qui sont soit établis au Sénégal ou qui ont des origines sénégalaises, dont les travaux sont amenés à repenser l'exploration spatiale à partir d'une perspective qui est là. clairement, je dirais, sénégalaise. Donc, c'est assez intéressant de penser à ça. Mbaï Diop, Tabitha Resser, elle qui n'a pas forcément des liens directs avec le Sénégal, mais qui avait montré ce travail, le travail Mamel Ancestral, en fait, et une collection d'entretiens avec des personnes qui évoquent leur rapport aux cieux. Et il y a... C'est basé en site mégalithique qui est au Sénégal. Et puis Bibisec, qui est aussi un univers afro-futuriste, science-fictionnel, qui est super intéressant, d'une ville du futur, qui fait complètement écho à ses imaginaires. Et puis là, il y a aussi Pape Souleyphal qui maintenant expose, j'ai vu, qui serait dans la prochaine expo du CAPC à Bordeaux et qui questionne le modèle de la monoculture d'Arachide, en fait, tel qu'il a été imposé au Sénégal. Et en fait, il construit ces espèces de cacahuètes géantes qui envisagent comme des espèces de vaisseaux spatiaux. Et c'est vraiment génial. Bref, toute une forme des imaginaires qui sont les contrécits de l'exploration spatiale et qui nous invitent à penser ces projets indépendamment de cette vision unifiante et globalisante qui fondamentalement s'inscrit dans le contexte américain et qui défend des intérêts qui sont directement liés aux intérêts américains ou états-uniens.