ClémentJe n'ai pas peur de l'avion, je n'ai jamais eu peur qu'il tombe. Ce que je redoute, c'est quelque chose de bien plus difficile à expliquer. Être coincé avec moi-même, à 10 000 mètres d'altitude, pendant plusieurs heures, sans aucune échappatoire possible. Bonjour à toutes et à tous, c'est Clément. Bienvenue sur Même plus Peur. Anxieux depuis plusieurs années, je ne suis ni médecin, ni thérapeute. Juste le cobaye. Et ce podcast... C'est un peu mon carnet de bord. Prendre l'avion, pour beaucoup, c'est juste un moyen de transport. Pour moi, c'est une nouvelle étape. 12 heures, enfermé, avec mon trouble panique et mon agoraphobie comme seul compagnon de voyage. Dans cet épisode, j'avais envie de vous emmener avec moi. De la veille du départ, jusqu'à l'atterrissage. Étape par étape, vous présenter ce qu'il s'est passé, et ce qu'il se passait dans ma tête, pendant cette nouvelle exposition. C'est le premier épisode d'une nouvelle série que j'ai intitulée "Journal d'exposition". Une série dans laquelle je compte vous emmener avec moi dans ces situations que je redoute et que vous redoutez peut-être. Pour vous partager de l'intérieur ce qu'il se passe vraiment dans la tête d'un anxieux quand il n'a plus le choix que d'y faire face. Déjà, pour commencer, les aéroports et moi, c'est une relation compliquée. C'est dans l'un d'eux que tout a commencé. Ma toute première attaque de panique en dehors de chez moi. Celle qui a tout déclenché. Depuis ce jour-là, j'ai repris l'avion quatre fois. La première fois, le trouble n'était pas vraiment encore installé. Ça s'était plutôt bien passé. Presque normalement. La deuxième fois, c'était une autre histoire. Je l'ai encore en mémoire. J'étais au plus bas. Complètement terrorisé avant même d'avoir posé un pied dans l'avion. À subir complètement. Ce voyage-là, je ne l'avais pas vraiment choisi. Je m'y étais forcé, sans être prêt. Et cela m'avait fait plus de mal que de bien. La troisième fois, c'était déjà différent. J'avais déjà avancé. Les choses avaient changé en moi, et ça se ressentait. Enfin, la quatrième fois aussi, un pas de plus dans la bonne direction. J'avais toujours de l'appréhension, bien sûr. Ce n'est jamais anodin de monter dans un avion. Et j'étais quand même angoissé. Mais le trajet était quand même beaucoup plus gérable. Tous ces trajets dont je vous ai parlé avaient tous un point commun. Ils se passaient tous en Europe. Une heure, deux heures maximum. Des vols courts, et même comme ça, ce n'était pas simple. Mais ce trajet-là était d'un autre niveau. Pas une heure, pas deux, mais douze heures. Alors, venez avec moi, on a un long voyage devant nous. Je dois être honnête avec vous, je ne vous ai pas dit toute la vérité. Il n'y avait pas qu'un seul vol, il y en avait deux. Le premier de 3 heures, le second, 12. 15 heures de vol au total, avec une escale de 2 heures au milieu. 17 heures, loin de chez moi. Mais je n'étais évidemment pas tout seul. Je partais faire ce voyage avec ma compagne. Voyager seul, ce n'est pas encore pour tout de suite. Les jours qui ont précédé le départ, je me suis surpris à ne pas trop y penser. Presque étonnamment calme. Mais mon corps, lui, savait. Les douleurs à l'estomac étaient revenues. Discrètement. Quelques jours avant. Comme un signal d'alarme silencieux. La veille du départ, en faisant mes valises, quelque chose avait changé. L'angoisse n'était plus silencieuse. J'avais pris conscience que le lendemain, c'était vrai. Le lendemain, je partais. Le matin du départ, je me suis surpris à être relativement détendu. Après tout, je partais en vacances, découvrir un pays à l'autre bout du monde. Il y avait quelque chose d'excitant là-dedans. Une chose importante à préciser, pour ce voyage, j'avais mes béquilles. Si vous ne savez pas ce que c'est, j'en parle en plus en détail dans l'épisode sur le défi des 30 jours. Le lien est en description. L'embarquement s'est bien passé, le début du vol aussi. Comme à chaque voyage, je me suis accordé 45 minutes pour faire mes exercices de respiration et de méditation pour me recentrer et partir du bon pied. Le décollage se passe bien, je ferme les yeux et me concentre sur ma respiration. 30 minutes passent, j'entends ma compagne se lever, je n'y prête pas attention, jusqu'à cette tape dans l'épaule. J'ouvre les yeux. Une dame, côté couloir, me regardent et m'annoncent que ma compagne a fait un malaise. Je ne comprends rien. Elle semblait en pleine forme au décollage, et là on m'annonce qu'elle est allongée dans le couloir de l'avion. La peur arrive immédiatement, accompagnée de plusieurs questions. A-t-elle quelque chose de grave ? Le voyage va-t-il être annulé ? Les autres passagers vont me voir dans un état vulnérable. Qu'est-ce qu'ils vont penser de moi ? Et puis, cette question typiquement la mienne. Si elle a fait un malaise, est-ce que moi aussi, je pourrais en faire un ? C'est avec tout ça dans la tête que je me lève, les jambes tremblantes, la tête légère, et je la retrouve, dix mètres plus loin, un masque à oxygène sur le visage. Consciente, mais livide. Je parle au personnel, je réponds aux questions, j'essaie de rester présent, tout en me répétant que ça va aller. Et pendant ce temps, qui semble durer une éternité, je la regarde. Reprendre des couleurs, me faire signe que ça va. Le personnel la trouve mieux également. C'est que ça doit être vrai. Après tout, ils ont l'habitude. Et effectivement, une minute plus tard, elle peut se lever et reprendre sa place. Pour des raisons de sécurité, elle doit continuer à être oxygénée pendant encore 30 minutes. Me voilà donc... Bouteille d'oxygène sur les genoux, à attendre que le diagnostic tombe. Après dix minutes, l'hôtesse arrive. Elle a eu le médecin. L'oxygène n'avait pas bien circulé sur le tarmac. La montée en altitude avait fait tout le reste. Rien de grave. Ouf. Vingt minutes plus tard, c'est l'heure de retirer l'oxygène. Elle enlève son masque. Je la vois sourire, retrouver son état normal, comme si rien ne s'était passé. On parle, on rigole, mais quelque part en arrière-plan, une question restait en suspens. Allait-il nous laisser monter dans le prochain avion ? Et est-ce que ça se reproduirait au prochain décollage ? Le premier vol se termine, on atterrit, on est sur la terre ferme. Et ça, ça change tout. Si quelque chose arrive ici, ce sera beaucoup plus facile à gérer. Ma compagne a faim, c'est bon signe. On récupère des sandwiches, on marche jusqu'à la nouvelle porte et on attend. On s'occupe. Pas de signe d'angoisse, uniquement de la préoccupation. C'est dérangeant, mais je sais pourquoi j'ai peur. Et puis, l'annonce retentit. Nous sommes appelés à l'embarquement. D'un coup, nouvelle montée d'adrénaline. Qu'ont-ils décidé ? Est-ce qu'ils vont nous laisser monter ? Dans quelques instants, nous serons fixés. C'est donc, boule au ventre, que nous nous présentons à l'accueil. Une hôtesse pose des questions à ma compagne, avec un médecin au téléphone, afin de faire une évaluation en temps réel. Je regarde, j'attends. Ça semble si long. Je me rassure comme je peux. Le reste du vol s'était bien passé. L'escale aussi. Ils ne vont quand même pas nous refuser. J'arrive à capter le regard de l'hôtesse. Elle me sourit. Elle raccroche. C'est tout bon. Nous pouvons embarquer. Le soulagement est immédiat. On récupère nos affaires. On se dirige vers l'avion. Et là, cette dernière question qui revient. Ma compagne me regarde. Elle a peur. Peur de refaire un malaise au décollage. Moi aussi. Mais je ne lui dis pas. Je lui tends mon spray de fleurs de Bach. Et j'en profite aussi. On respire, on avance vers nos sièges, et là, petit détail qui nous fait sourire, on est placé juste à côté de la bouteille d'oxygène, rangé exactement derrière nos sièges. On se regarde, et on rigole. Au moins, on n'aura pas loin à la chercher. Tout le monde est installé. L'avion commence à bouger. Le stress monte. Pour elle, pour moi. On se regarde sans rien dire. On attend. On guette les premiers signes. Le décollage se passe, les secondes s'étirent, et puis rien. Aucun symptôme. La pression redescend doucement. On se regarde à nouveau, cette fois différemment. On avait passé le cap le plus redouté. Devant nous, encore 11 heures de vol. Pendant tout ce temps, quelque chose d'étrange s'était passé. Les pensées angoissantes m'avaient laissé tranquille, complètement. Parce que j'étais inquiet, oui. mais pour quelque chose de bien réel, et pour quelqu'un d'autre que moi. Et maintenant que tout se passe, que là était derrière moi, mon corps allait-il me laisser tranquille ? Cela fait donc maintenant une heure que nous sommes dans les airs. Le malaise est derrière nous. Et moi, j'attends. Avec cette vigilance familière, cette façon de rester à l'écoute de mon corps, a guetter le moindre signal. Mais il ne vient pas. Je lance quelques parties de Uno sur l'écran du siège. Une heure passe. Puis deux. Toujours rien. Quelque part, je commence à comprendre que je peux lâcher un peu de lest, que ça va aller. Et puis, j'ai fait quelque chose d'adodin pour la plupart des gens. J'ai pris mon sac et je l'ai mis dans le compartiment au-dessus. Mes béquilles n'étaient plus à portée de main, plus au niveau de mon siège, un mètre cinquante plus loin, peut-être deux. Mais c'est moi qui avais choisi de les éloigner. Je sens évidemment un léger pincement au cœur, mais je me laisse porter. Plus que 9h. Et étrangement, ça passe plutôt vite. Je regarde l'avion progresser sur la carte, pays après pays. Je pense aux vacances qui m'attendent. Je sens quelque chose que je n'avais pas vraiment anticipé. De l'excitation. La certitude que ce voyage allait me faire du bien. Et quelque part, la conscience que quelques mois plus tôt, je n'aurais peut-être pas pu le faire. Les plats arrivent, ça occupe. Le temps file. Entre le premier vol, l'escale et les heures déjà avalées dans cet avion, il était presque 20h. Les lumières se tamisent. À ce moment-là, je sens une détente plus profonde. Comme si mon corps acceptait enfin de relâcher ce qu'il retenait depuis le matin. Je lance un film, il est prenant. Et pendant un moment, juste un moment, j'oublie presque que je suis dans l'avion. De temps en temps, L'angoisse revient à la charge avec ces petits chuchotements familiers qui me rappellent que la crise n'est jamais très loin. Je les sens arriver, je les regarde passer, et je sais que je peux choisir de ne pas y croire. 22 heures. La fatigue arrive, logique. Il s'en est passé des choses aujourd'hui. Il reste 7 heures de vol, pile le temps de dormir. C'est plus facile à dire qu'à faire. Il fait froid. La lumière du couloir me gêne et impossible de trouver la bonne position. Je tourne, je vire. Je fais le choix de ne plus regarder ma montre. Qui sait, peut-être une bonne surprise. Je finis par m'endormir, me réveille, me rendors, et ainsi de suite. Je suis dans le brouillard, entre deux eaux, et je laisse faire. Finalement, les lumières de la cabine se rallument. Le petit déjeuner arrive. Je sais qu'il reste à peu près deux heures. Je décide donc de me réveiller pour demain. Le plateau arrive, je mange. Plus de pensées angoissantes en vue. Le plus dur était derrière moi. L'arrivée était à portée de moi. Je discute avec ma compagne, on rigole, on se raconte la nuit et les films qu'on a regardés, chacun de notre côté. Et puis, l'avion entame sa descente. L'arrivée est si proche. On atterrit, tout va bien. En posant le pied au sol, un sentiment immédiat et profond de fierté m'a envahi. J'étais fier. Fier d'avoir géré ce voyage. Fier d'être arrivé. Fier d'avoir fait face à l'imprévu. À la peur et à tout ce que l'anxiété anticipatoire m'avait promis et qui n'était jamais arrivé. Ce que je retiens de cette exposition, c'est que la réalité ressemble rarement au scénario que je m'étais construit dans ma tête. Et quelque part, à 10 000 mètres d'altitude, J'ai réalisé quelque chose de simple. Mon corps sait faire face. Il l'a toujours su. C'est ma tête qui en doutait. Encore une fois, j'avais montré à mon cerveau que ce n'était pas la peur qui dictait ma vie. Vous l'aurez remarqué, je n'ai pas parlé du trajet-retour. Tout simplement parce qu'il s'est très bien passé. Pas grand chose à raconter donc. C'est déjà une belle nouvelle en soi. Ce que ce voyage m'a laissé, c'est quelque chose de plus discret, de plus solide. Une confiance, pas une certitude que tout ira toujours bien. Je ne sais que trop bien que ce n'est pas comme ça que cela fonctionne. Mais j'ai eu la preuve, concrète, que mes efforts avaient payé, que j'avais avancé. On regarde souvent ce qu'il reste à parcourir. Et ce voyage-là m'a rappelé de me retourner et d'admirer le chemin déjà accompli. C'est la fin de cet épisode, merci d'avoir partagé ce moment avec moi. Si le podcast vous plaît, n'hésitez pas à en parler autour de vous. Et n'oubliez pas, chaque pas compte, même les plus hésitants. Ensemble, faisons de l'anxiété un simple chapitre de votre parcours, et non le titre de votre histoire. Je vous dis à bientôt, dans Même plus Peur, c'était Clément.