Speaker #0Vous arrive-t-il parfois, la nuit, de vous réveiller et tout d'un coup, comme ça, froidement, comme une claque, comme un coup de poing dans le ventre, de vous dire que vous n'y vivez pas votre meilleure vie ou en tout cas que votre vie ne vous appartient pas, que ce n'est pas forcément ce que vous auriez eu envie de faire ? que c'est parce que vous aviez vraiment décidé, que vous êtes en train de jouer un rôle, de suivre un script rédigé par une sorte de main anonyme, comme une marionnette. Et dans nos existences modernes, hyper connectées et pourtant si isolées, nous avons l'illusion permanente d'être maître de nos choix, et parfois on se réveille en se disant « mais pas du tout, en fait, je suis quelque chose ou quelqu'un, c'est pas moi » . On a l'impression de choisir notre métier, notre conjoint, nos vêtements, nos opinions politiques. On clique, on consomme, on s'affirme. Et puis, à un moment donné, on peut se poser la question de savoir si c'est vraiment nous qui faisons ça. Si on prenait un instant, on pourrait regarder derrière le rideau. Oser questionner la nature même de nos certitudes, c'est ce que nous allons faire aujourd'hui dans cet épisode. Il est minuit à Bali, l'heure de notre rendez-vous avec l'évolution naturelle. Un moment rien que pour vous, une pause, pour découvrir d'autres philosophies de vie, des modes de pensée différents. Minuit à Bali vous offre la possibilité d'explorer ce que nous sommes vraiment, de mieux comprendre ce qui nous anime, ce qui nous fait vibrer, aimer et avancer. Ce qui peut nous permettre d'être plus en équilibre, plus heureux. Je m'appelle David Mott, je suis accompagnateur en évolution naturelle, Master Coach certifié, mais je me définis plutôt comme un explorateur du vivant. Ce qui m'intéresse tout particulièrement, c'est le changement, celui que nous préparons ou celui qui nous surprend. Ensemble, nous allons dépasser nos limbes. vite. Réinventer notre vie ou la vivre autrement. Parce qu'il n'est jamais trop tard pour devenir la personne que vous avez toujours voulu être. Et c'est maintenant, quand il est minuit, à Bali. Nous sommes, pour la plupart, profondément conditionnés. On l'a déjà vu. On nous enseigne, dès notre plus jeune âge, la façon d'être plus productif, d'intégrer la société. C'est un pacte silencieux, quelque part, où on nous promet un monde meilleur. où règnera l'amour, la paix et la sécurité. Voilà, c'est ce qu'on nous promet si jamais on suit, en finalité, ce que nous demande la société. Mais que sacrifions-nous en échange de cette sécurité, de cet amour ? Et si sans le savoir, on appartenait... tous à des sectes invisibles. C'est marrant parce que quand je parle de l'amour, la paix, la sécurité, évidemment, ça me fait penser à quelque chose. Et donc je vais vous parler, bien sûr, pour parler de sectes invisibles. J'aimerais revenir sur un épisode que j'ai fait il y a de ça, tout début de Minua Bali. Ça doit être le deuxième ou le troisième où je vais vous parler d'une situation particulière que j'ai vécue et qui a quelque part été... à l'origine de la création de Minou Abali, que j'ai fait bien plus tard, bien sûr. Ça, je l'ai vécu quand j'avais 16 ans. Et puis bien plus tard, j'ai proposé, j'ai écrit Minou Abali. Quand ma mère avait 25 ans, elle a fait le choix qui allait donc décider quelque part du destin que j'allais vivre par la suite. Elle a décidé d'entrer dans une secte, une secte religieuse qui avait des principes et qui était à l'époque en tout cas extrêmement restrictives et dogmatiques. une structure qui n'exigeait rien de moins de ses membres qu'une croyance absolue et une obéissance totale. Et je suis né dans ce bain sans avoir besoin de dire oui ou de dire non. J'y étais. Je n'ai pas décidé. Je n'ai pas réfléchi. Je n'ai pas choisi d'y rentrer. J'y étais émergé par imprégnation... direct de ma mère qui m'a mis là-dedans. Depuis mon plus jeune âge, mon esprit a été méthodiquement façonné pour suivre à la lettre les principes stricts de la Bible, du moins tels qu'ils étaient interprétés par les dirigeants de ces congrégations. Mon quotidien n'est donc pas celui d'un enfant ordinaire. Mes jours et mes nuits étaient rimés par des obligations inflexibles. Trois fois par semaine, sans exception ou presque, je devais assister aux réunions de la corrégation. Il y avait des prières rituelles à chaque repas avant de s'endormir. Il y avait aussi des études personnelles que je faisais à la maison. Et puis dès que mes jambes étaient assez fortes pour me porter, Eh bien j'ai dû suivre les prédicateurs, je devais avoir 7-8 ans, allant de porte en porte pour annoncer la bonne nouvelle, pour convaincre les autres d'entrer dans notre arche du salut. Dans cet univers, la frontière était simple, c'était binaire, et c'était aussi implacable. Tout ce qui se trouvait à l'intérieur de la secte était la vérité. On ne parlait que de ça, de la vérité. Tout ce qui se trouvait en dehors était diabolisé, dont mon père qui n'était pas partie de la secte. C'était marqué du saut de la corruption et du mal. Le doute n'était pas seulement découragé, il était immédiatement réprimé, sanctionné. Le libre arbitre, évoqué de manière théorique dans les discours, était immédiatement écrasé s'il osait s'exprimer de façon divergente. Et pour maintenir cette immense machine de conditionnement sous tension, il y avait une arme redoutable, une certitude gravée dans nos têtes, Armageddon, la fin du monde. Et on nous expliquait de façon claire, logique et chiffrée, lors des réunions que nous allions... assisté à la destruction de cette terre impie. Je me rappelle qu'il y avait à l'intérieur des images de la destruction, des hommes tombant dans des crevasses, dans des failles, des petits enfants se faisant écraser par des pierres. C'était assez horrible. Et on était baigné là-dedans. C'était une certitude à Armageddon, absolue pour moi. Pour moi, je n'atteindrai jamais l'âge adulte. Je verrai, je vivrai Armageddon. Je devais mourir à 30 ans au moment de la grande apocalypse. Et à ce niveau-là, comment construire ? Un avenir, comment oser rêver quand on est intimement convaincu que le temps est compté et que le monde extérieur est un ami mortel. Alors quand je dis intimement convaincu, je n'étais pas intimement convaincu. Pour moi c'était une évidence, ça ne se négociait même pas. Je ne voyais pas d'autre possibilité que la possibilité de vivre cet apocalypse et cette fin du monde. Pourtant un jour... Il y a eu un déclic. Un déclic qui a été provoqué par un des membres de ma famille qui... qui m'a dénoncé à ma mère. Parce qu'à l'époque, ce même membre de ma famille m'avait présenté une fille qui s'appelait Sophie. Et je sortais avec elle. Et j'avais à l'époque 15 ans au départ. Je restais pendant un an avec elle jusqu'à l'âge de 16 ans, où ma mère m'a dit « C'est pas compliqué, mon coco. Soit tu choisis la secte, soit tu choisis Sophie. » Puisqu'à l'époque, elle s'appelait Sophie. Et d'ailleurs, j'espère toujours qu'elle s'appelle Sophie et qu'elle va bien. Là, moi, c'était compliqué parce que j'étais dans le... une bagnole, on m'a dit ça, et on m'a dit voilà David, je sais que tu seras avec une fille qui n'est pas de la secte, qui est donc du monde, et tu n'as pas le droit de le faire, donc tu choisis. Mais voilà, le choix est vite vu, si jamais tu choisis, eh bien la fille, eh bien on ne te parlera plus, tu ne seras plus de la congregation, tu n'auras plus d'amis, tu n'auras plus rien, et je m'occuperai de toi comme je devrais m'occuper de quelqu'un de ma famille, mais pas plus. Et donc, moi je me suis retrouvé tout seul. Alors, à l'époque, j'ai pas pris cette décision en me disant « ça y est, j'ai décidé, oui, je prends, j'ai du tempérament » , pas du tout. Je me suis dit que ça me semblait être la bonne idée, surtout qu'en plus, à l'époque, au même moment, j'étais tous les jours maltraité par des élèves qui m'avaient pris comme bouc émissaire et qui, tous les jours, me tabassaient la figure. Donc je n'avais pas forcément beaucoup de tempérament. Et je pouvais pas non plus en parler à ce moment-là à ma mère qui m'aurait dit, Jésus a dit Merci. Tant l'autre joue, si jamais on te frappe. Donc, du coup, j'étais d'un côté maltraité par ses élèves et d'un autre côté amoureux de Sophie. Et quand ma mère m'a dit de choisir entre Sophie et la secte, vous l'avez compris, j'ai choisi effectivement Sophie. Sans vraiment savoir ce que je faisais, encore une fois. Et là, j'ai choisi de partir. J'ai pas pris cette décision avec la force flamboyante ou la relation, la rébellion glorieuse. qu'on prête parfois à la jeunesse dont j'ai fait dans la confusion, dans la peur, sans mesurer une seule seconde l'ampleur des conséquences. Et les conséquences ont été dures, ont été très compliquées. La secte avait une règle très simple pour gérer les dissidents, que j'étais devenu d'ailleurs, le bannissement total, la mort sociale si vous préférez. Du jour au lendemain, toutes les personnes que je connaissais depuis ma naissance, celles avec qui je passais trois réunions par semaine, celles que je considérais comme mes amies d'enfance, ma véritable famille, ils ont disparu, ils auraient été de me parler. Sans un mot, sans un regard, sans une explication, sans un clin d'œil, j'ai été effacé, un reset total. J'existais encore physiquement, mais pour mon monde, pour ce monde que je connaissais depuis le début, où j'étais né, j'étais mort. Voilà, je n'existais plus. Pas forcément mort, mais en tout cas, je n'existais plus. Et plus de l'ourancor, ce cordon obliqual coupé a emporté l'amour de ma propre mère. de mon frère et de ma sœur. Ma mère a cessé de m'aimer au moment précis où j'ai cessé d'obéir. Alors je ne suis pas sûr qu'elle ait vraiment cessé de m'aimer. En tout cas, elle a fait le minimum syndical pour m'élever, en tout cas pour me nourrir, mais pas plus. Je me suis retrouvé projeté dans un monde que je ne connaissais pas. C'est absolument pas, et surtout je ne connaissais pas du tout les codes, moi je ne savais pas comment ça marchait. Un monde que l'on m'avait appris à détester et à craindre, un monde perçu comme hostile et pour lequel je n'étais pas du tout équipé. Avec en prime cette conviction intime et terrifiante que ma vie s'arrêtait de toute façon à 30 ans, j'en étais persuadé. Et j'ai dû tout réapprendre, j'ai dû apprendre à faire confiance, ce qui n'est même de nos jours pas forcément facile pour moi. J'ai dû comprendre que le monde n'allait pas m'abandonner, là aussi. Et ce fut un long parcours, un long chemin que j'ai fait avec des gens qui m'ont accompagné, des gens de ce monde d'Yampi. Et puis à 30 ans, il ne s'est rien passé. Et c'était la surprise. Donc vous imaginez bien qu'entre 16 ans et 30 ans, j'ai vécu beaucoup de choses. Pas de drogue, pas d'alcool. Non, mais beaucoup de choses que j'ai vécues où j'ai risqué ma vie, où j'ai failli mourir. Mais ça n'avait pas beaucoup d'importance parce que de toute façon, j'étais sûr de mourir à 30 ans. Et en fait, arrivé à 30 ans, j'ai dû réapprendre ou réapprendre de nouveau à vivre et à continuer. Pourquoi est-ce que je vous raconte ça ce soir ? Ce n'est pas pour obtenir votre pitié. J'en ai déjà parlé, mais je crois que c'est un petit peu le socle de Minua Bali, en tout cas ce qui me concerne, ce regard sur le monde qui nous entoure et ce rapport aussi à la... à la contagion, j'ai envie de dire, et à ces mini-sectes qui peuvent être là. Je vais vous expliquer un petit peu plus tard. Donc c'est pas par pitié que je dis ça ou pour régler mes comptes avec mon passé, c'est plutôt parce que cette expérience extrême, cette rupture totale avec une secte religieuse officielle, est en réalité le miroir grossissant de ce que nous vivons à des degrés différents dans nos vies quotidiennes. Nous aimons nous penser libres parce que nous ne portons pas de robe de moine, parce que nous n'apportons pas un groupe spirituel marginal, peut-être parce que nous ne sommes pas à l'église, à la mosquée, dans les synagogues. Mais posez-vous la question, combien de micro-sectes... invisible balise votre quotidien. Là, je ne comprends rien à ce qu'il me dit. Je viens de te dire que je n'étais pas dans une religion, je n'étais pas dans une secte, je ne suis même pas croyant. Moi, je parle de micro-secte. Combien de structures dogmatiques, discrètes mais implacables exigent de vous une soumission silencieuse en échange d'une promesse d'intégration ? Ça vous parle ? Regardez d'abord du côté professionnel. Combien d'entreprises fonctionnent aujourd'hui comme des sectes invisibles ? Je peux vous en sortir au moins 10 là tout de suite, et je suis sûr que vous en connaissez aussi. Surtout les gros groupes, mais il y a aussi ces boulangeries, ces merceries, je pense qu'il existe encore les merceries, les groupes comme Carrefour, qui ont cette notion dont je vais vous parler, la culture d'entreprise. La culture d'entreprise toxique, qui commence souvent par une promesse séduisante. Quand on vous embauche, on vous dit ici, il y a l'esprit de famille, nous sommes une famille. Et on vous offre des espaces de détente, un sentiment d'appartenance fort, mais très vite, très vite, la membrane se resserre. Et on exige de vous une dévotion totale. Je ne dis pas qu'on va vous faire prier, on dit simplement travailler tard, sacrifier vos week-ends, ignorer votre fatigue, ça devient la norme, la preuve ultime de votre loyauté. Et si vous osez poser des limites, si vous refusez de participer au culte de la performance retenue, la punition invisible se met en marche. Ce ne sont pas des coups de fouet, bien sûr, ce sont des silences insistants, des opportunités qui vous échappent, des remarques glissées. Disons que toi, je t'ai vu la semaine dernière, tu as tout donné, c'est super, mais aujourd'hui, depuis quelque temps, tu donnes beaucoup moins. Il y a un problème, tu sais qu'on a besoin de toi, on compte sur toi, on vous isole subtilement, et par peur de perdre votre statut, votre sécurité, ou simplement l'approbation de vos pères, vous coupez un peu plus de vous-même, et vous dites, ben oui. Alors qu'en fait, vous pensez non. C'est la mort au mille coupures dont je vous ai déjà parlé du lynchie qui s'installe au bureau. Est-ce qu'il en est de la famille ? La famille, c'est souvent le premier lieu du conditionnement, le plus difficile à démasquer parce qu'il est enveloppé d'amour. Mais trop souvent, c'est... Cet amour est conditionnel, donc soumis à condition. Combien de parents, peut-être vous-même, vous projetez vos propres rêves manqués, vos peurs, vos frustrations sur vos enfants ? Dès l'enfance, on trace pour nous un plan de vie. Faites les études prestigieuses. Choisissez ce métier stable. Moi, l'avantage d'avoir été abandonné à 16 ans, c'est que personne n'a fait de projection sur moi. Qui n'a pas, beaucoup plus jeune, rêvé de faire de la comédie, d'être acteur, comédien, ou de travailler dans la botanique, d'être agriculteur ? Et puis le rêve de nos parents nous a atteints. Et nous avons dû suivre des études qui ne nous correspondaient absolument pas. Et maintenant, nous travaillons chez Davigel ou dans d'autres boîtes de vendeurs de congelés. Alors que notre rêve de départ, ce n'était pas du tout ça. Ce n'est pas ce qu'on voulait faire. On a suivi, mais la publicité de masse, l'école et surtout la pression familiale, qui nous aurait pété en boucle quand on devait faire une carrière, eh bien on l'a faite. Pourquoi pas de la programmation informatique, par exemple, parce que c'était l'avenir. Mais nous on ne voulait pas, on ne voulait pas décevoir. Pour nos parents, ne pas briser des liens affectifs. Et en reconnaissant de tous les sacrifices qu'ils ont fait pour nous, on va enterrer le rêve qu'on voulait faire et on va faire ce qu'il faut. On va suivre ce que nous demande la société. On va suivre le courant établi. On va se mordre la langue, organiser nos chaussures et accepter un script qui n'est pas le nôtre pour éviter le conflit ou le rejet. Et on va s'enfermer dans une cage dorée. Et c'est une micro-secte familiale qui, sous couvert de bienveillance, a exigé le trajet, le sacrifice de sa singularité. Tournons-nous vers le regard de l'espace public, l'espace public de nos jours avec les réseaux sociaux, ces plateformes que nous pensions être des outils de libération et de connexion, qui c'est vrai, parfois nous proposent des choses hyper intéressantes, mais qui sont souvent devenues des temples de la nouvelle inquisition dogmatique. Ces tribus numériques où il n'y a plus de place pour la nuance, on nous impose des pensées binaires. Vous n'aimez pas ? Oui, non. un catéchisme moderne, on en revient, cette forme de religion. dictée par des influenceurs aux faux brillants qui ne cherchent qu'à capter notre attention et à formater nos désirs pour avoir plus de pouces, plus de pouces levés, plus d'abonnements. Si vous osez émettre un doute, si vous refusez de vous aligner sur le dogme du moment, le couperet tombe immédiatement sous forme d'exclusion ou d'insulte. « Ce que tu penses, c'est nul. C'est pas possible que tu puisses penser ça. Tu fais pas partie du groupe, t'as rien compris. » Et on vous insulte. Nous répétons des slogans que nous ne comprenons pas vraiment, simplement pour prouver que nous appartenons bien au groupe. Nous sacrifions notre libre arbitre sous l'autel de la validation numérique. Alors comment repérer le moment où le piège se referme ? Comment identifier qu'une relation, un travail ou un groupe commence à exiger que vous abandonniez votre souveraineté intérieure ? Tout simplement votre personnalité, ce que vous vouliez être, ce que vous voulez être. La clé réside dans l'analyse de la transaction fondamentale qui vous lie à cette structure. Vous allez voir, c'est simple. Toute secte, qu'elle soit religieuse, professionnelle, familiale ou numérique, repose sur un échange. Elle vous offre une protection en échange de votre obéissance. Elle vous promet la sécurité financière, l'amour inconditionnel, l'approbation sociale ou le salut. C'est ce que j'ai vécu. Mais en contrepartie, elle exige que vous lui abandonniez. votre droit le plus précieux, celui de penser par vous-même, de douter et d'exprimer votre différence. Et puis votre curiosité aussi. Il y a des signaux d'alerte, des alarmes discrètes qui s'allument dans votre esprit si vous prêtez attention. Le premier signal, c'est la diabolisation de l'altérité. Dès qu'un groupe ou une relation commence à vous expliquer que ceux qui ne sont pas avec vous sont contre vous, ou plutôt ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous, que le monde extérieur est dangereux, stupide ou malveillant, méfiez-vous. C'est le début de l'isolement. On cherche à couper vos ponts avec d'autres sources de pensée pour que vous ne dépendiez plus que de la leur. Le deuxième signal, c'est l'interdiction du doute, ça aussi. Dans une structure saine, le doute est accueilli comme une preuve d'intelligence. Dans une micro-secte, le doute est traité comme une trahison, une faiblesse ou une maladie mentale. On vous culpabilise d'avoir des... des questions, de poser des questions. Et le troisième signal, enfin, c'est le sentiment d'épuisement silencieux. Peut-être que ce que vous ressentez maintenant, c'est ce moment-là où, à force de faire semblant, de vous conformer, de sourire sans joie, pour faire plaisir aux autres, vous vous sentez vidé. Vous vous êtes déconnecté de vos propres émotions. Vous fonctionnez en pilotage automatique. Et votre corps vous envoie des signaux. Des signaux qui peuvent être légers, une boule au ventre le matin, des insomnies, une fatigue chronique ou beaucoup plus grave, des maladies auto-immunes, du gros stress qui vous fait grossir, tu vas prendre du poids ou bien encore des petits cancers, des maladies qui sont vraiment graves parce que votre corps vous envoie des signaux, il vous dit je n'en peux plus, je n'en peux plus. Mais vous les ignorez parce que vous devez maintenir le masque. Vous subissez le link-shee sans mot dire. S'affranchir de ces dogmes discrets du quotidien est un chemin difficile, souvent douloureux. C'est un véritable processus d'accouchement de soi-même pour se comprendre et se dire « qu'est-ce qui m'appartient ? Qu'est-ce que je veux faire vraiment ? Qu'est-ce que je voulais faire vraiment ? » et ce qui ne vous appartient pas. Mais c'est le seul chemin qui mène à la véritable liberté, à l'autonomie que les philosophes ou les philosophies de vie appellent l'indépendance de la pensée. Et pour entamer cette déprogrammation, il faut d'abord accepter de regarder ses propres fêlures. Je vous en parlerai peut-être, je vous ai déjà parlé dans un épisode sur le kensugi, mais je vous en reparlerai. Dans cette tradition esthique du kensugi, lorsqu'on est brisé, eh bien on va essayer non pas de dissimuler, On va simuler ces blessures, ces fissures, ces cassures, mais on va rassembler les morceaux et on va les souligner comme des cicatrices avec de la laque saupoudrée d'or pur. On va les mettre en avant et on va mettre en avant nos différences et on va mettre en avant ce qu'on ne veut pas. Et on n'est pas cassé, on n'est pas brisé, on est beau par nos différences et par nos blessures et par nos cicatrices. C'est important de comprendre que les mini-sectes dont je viens de vous parler, elles sont aussi peut-être chez vous, tout simplement, avec un conjoint, votre mari ou votre femme, qui vous parle mal, qui vous enlève, qui vous prive de votre liberté de réfléchir, de penser, qui vous dit « Ma chérie, mais attends, ça fait 100 fois que je t'ai expliqué la situation. Elle n'est pas comme ça. Elle est comme ça. Pourquoi tu m'en parles ? Ça fait 10 fois que je t'explique. Et puis d'ailleurs, pourquoi tu mets ça en doute ? » c'est validé, c'est fait D'ailleurs, Martine, ma mère, vient à la maison. Je leur dis que tu t'en occupes, s'il te plaît. Voilà, c'est comme ça. Oui, mais voilà, tu dois t'occuper des enfants, tu dois t'occuper de la maison. Oui, j'en ferai un petit peu moi aussi. Oui, j'y participe. Mais à un moment donné, toutes ces phrases-là, et je vous le dis très souvent, sont des formes de mini-sectes où on vous explique comment vous devez penser, comment vous devez agir, comment vous devez réfléchir sans vous donner la possibilité de douter. Je te l'ai déjà dit, chérie. Je t'ai déjà expliqué. Donc je vois pas pourquoi tu réfléchis autrement. D'ailleurs, la personne qui dit ça ne réfléchit même pas au fait qu'elle se comporte comme une forme de gourou, comme une sorte de personne qui sait et qui maîtrise votre liberté et votre façon de penser. Je suis allé un peu fort dans cet épisode, mais je voulais vous expliquer que les mini-sectes, il n'y a pas que les grandes sectes qui sont facilement identifiables, mais il y a aussi ces mini-sectes qu'on retrouve dans le travail, qu'on retrouve à la maison, dans la famille, et qu'il faut y veiller et être extrêmement curieuse ou curieux de ce qui nous entoure, de ce qu'on est capable d'accepter. et aussi de changer les choses, de modifier les choses, pour tout simplement vivre sa vie autrement, tout simplement. Voilà, j'espère que ça vous a éclairé, que vous allez pouvoir regarder autour de vous si vous n'êtes pas pris dans quelque chose qui ne vous appartient pas. Il n'y a pas de honte, c'est simplement qu'il faut rester éveillé, qu'il faut rester curieux, et surtout ne pas rester dans cette situation. Et vous pouvez changer les choses dès maintenant, dès aujourd'hui, en disant tout simplement « Non, je ne suis pas d'accord, je n'ai pas envie de ça, ça ne me correspond pas, je n'ai pas envie de le vivre. » Par contre, ce que vous pouvez faire, c'est laisser 5 étoiles sur Spotify, sur Apple Podcasts, écouter Facebook. Je mets plein de petites choses sympas, en tout cas intéressantes, me semble-t-il. N'hésitez pas, et puis on se retrouve très bientôt, quand il sera minuit, à Bali. Musique