- Speaker #0
On est tous un peu TDAH. Tu l'as peut-être déjà entendu celle-là. Ces dernières années, on en parle tellement qu'on pourrait croire que c'est le nouveau truc à la mode. Sauf que le TDAH n'a pas attendu les réseaux sociaux pour exister. Dès la fin des années 80, la docteure Dominique Berthold s'intéressait déjà au sujet. Alors, à l'occasion des semaines de la santé mentale, j'ai invité cette pédiatre qui exerce au Luxembourg et accompagne aussi des adultes pour faire le tri. dans la multitude d'informations qu'on trouve en ligne. Quelles sont les étapes du diagnostic ? Comment fonctionne la médication ? Vers qui se tourner pour être bien accompagné ? Et faut-il en parler au travail ? Elle répond aux questions qui reviennent le plus souvent avec son expérience de médecin et son vécu de femme elle-même concernée. Si tu veux que je creuse davantage le sujet dans de prochains épisodes, envoie-moi un petit émoji cerveau en message privé sur Instagram ou sur LinkedIn, je comprendrai le signal. Cet épisode est soutenu par FSI Lorraine, centre de formation spécialisé dans la prévention des risques. On se retrouve juste après le générique pour l'épisode 49 de Mission Anxiété Zéro et ça te laisse tout à fait le temps qu'il te faut pour me laisser un petit commentaire et bien sûr, je serai gratitude si tu laisses 5 étoiles sur ta plateforme d'écoute pour m'aider à faire connaître le podcast à d'autres personnes. Bienvenue dans Mission Anxiété Zéro. Ici, c'est ton safe space sans langue de bois dans lequel je vais t'aider à questionner tes automatismes émotionnels. Moi, c'est Sandra, je suis sophro analyste et ma mission, c'est d'accompagner mes clients à prendre soin de leur bien-être mental pour être plus heureux, mieux concentrés et mettre plus de sens dans leur quotidien. Alors si toi aussi, tu cherches des solutions concrètes et actionnables pour gérer tes émotions et mettre ton anxiété à zéro, installe-toi, tu es au bon endroit. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Mission Anxiété Zéro. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir le docteur Dominique Berthold. Bonjour docteur, comment allez-vous aujourd'hui ?
- Speaker #1
Bonjour madame, je vais très bien, merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté l'invitation au micro de Mission Anxiété Zéro. Pour présenter un peu votre parcours aux auditeurs qui ne vous connaîtraient pas encore, nous nous sommes rencontrés en 2021. C'est vous qui m'avez diagnostiqué et qui me suivez encore aujourd'hui. par rapport à mon traitement du TDAH, donc le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité. De formation, vous êtes pédiatre et vous êtes spécialisé depuis de nombreuses années dans le diagnostic et la prise en charge du TDAH. Vous travaillez notamment au Luxembourg où vous accompagnez des enfants et des adolescents, mais aussi de plus en plus d'adultes qui découvrent leur fonctionnement neuroatypique parfois assez tard dans leur parcours de vie. Vous vous intéressez particulièrement aux questions de la neurodiversité, au TDAH chez l'adulte, mais aussi aux sous-diagnostics chez les femmes dont les symptômes peuvent être différents et longtemps passés sous les radars. Et donc, à travers votre pratique clinique, mais aussi vos engagements auprès d'associations spécialisées, vous contribuez activement à faire évoluer la compréhension du TDAH et à déconstruire certains clichés qui persistent encore aujourd'hui. est-ce que c'est bien correct ou est-ce qu'il y a quelque chose à... corriger ou à ajouter.
- Speaker #1
Non, c'est tout à fait correct. Je suis moi-même touchée, toute ma famille est touchée par le TDAH et c'est comme ça que je suis arrivée à connaître le diagnostic et à m'engager.
- Speaker #0
Ok, parce qu'aujourd'hui, je voudrais qu'on prenne le temps de parler ensemble du TDAH, notamment chez l'adulte. Comment il se manifeste ? Pourquoi il est encore diagnostiqué assez tardivement et surtout... Comment mieux vivre avec ce fonctionnement au quotidien ? Donc vous, j'entends, votre famille est touchée, est concernée directement par le TDAH. Est-ce que... Vous pouvez nous partager un petit peu votre parcours personnel avec le TDAH, parce que ça fait déjà un bon paquet d'années que vous vous intéressez au sujet. Aujourd'hui, le TDAH, c'est un sujet très à la mode, mais vous, vous travaillez déjà, vous vous sentiez déjà concernée il y a des années plus tôt. Est-ce que vous pouvez un petit peu nous raconter tout ça ?
- Speaker #1
Oui, eh bien, ma jeunesse était une jeunesse heureuse. Mais du point de vue scolaire, une catastrophe. J'étais, je pense maintenant, TDAH, oppositionnelle hyperactive, ce qui fait que je ne passais pas dans le cadre actuel, surtout que maintenant j'ai 75 ans, et dans le temps il y avait plus de disciplines, plus de structures. Et comme mon secondaire je l'ai fait dans des pensionnats avec une certaine structure, Je suis arrivée à réussir, j'ai fait mes études en France et en Suisse, j'ai donc réussi à avoir mon baccalauréat et j'ai commencé à faire la médecine et la médecine était motivante, donc ça m'a intéressée et là j'ai réussi. Et en tant que pédiatre et surtout en tant que maman de trois enfants, tous les trois ans. touchés eux-mêmes par le TDAH, que ce soit rêveurs ou hyperactifs. J'ai cherché autour de moi, surtout en Amérique, au Canada, à trouver des solutions et c'est là que j'ai découvert le TDAH et que je me suis lentement spécialisée. Et maintenant, je ne fais que du diagnostic de TDAH et aussi de troubles d'apprentissage.
- Speaker #0
D'accord. C'est super intéressant parce que vous dites Oui, vous avez 75 ans, vos trois enfants sont concernés. Est-ce que c'est par vos enfants que vous avez eu conscience de ce que c'était le TDAH ?
- Speaker #1
Oui, certainement, puisque je cherchais des solutions. Et surtout, ça m'a rappelé ma jeunesse. Et c'est comme ça que j'ai cherché partout qui pouvait m'aider. Et j'ai fait partie, ici en Allemagne, Puisque j'habite en Allemagne depuis que je suis mariée, j'ai cherché des solutions et j'ai appartenu au plus ou moins fondateur des mouvements TDAH.
- Speaker #0
Mais on est en quelle année à cette époque-là ?
- Speaker #1
C'était dans la fin des années 80, début 90.
- Speaker #0
Waouh ! Waouh, waouh, waouh ! Mais il y a encore des psychiatres qui disent aujourd'hui de moins en moins. Dieu merci, mais encore des psychiatres qui disent aujourd'hui que le TDAH n'existe pas, alors que dans les années 80-90, il existait déjà des groupes de travail et des groupes de recherche.
- Speaker #1
Absolument, oui.
- Speaker #0
Waouh !
- Speaker #1
Oui, oui. Mais c'est surtout en France le problème. La France était, surtout le domaine psychiatrique, était dominé par la psychoanalyse, le professeur Lacan. Et ils ont toujours nié que ça existait. Jusqu'il y a à peu près 20 bonnes années, où quelques précurseurs comme le professeur Le Sandreux à Paris, ou bien le docteur Révol à Lyon, ayant des contacts avec l'Amérique, avec le Canada, ont amené ces nouvelles théories en France. Et peu à peu... peu, le public a été attentif, a commencé à parler du TDAH, aidé en France par Christine Jettin, qui était la fondatrice du mouvement Hyper Super et qui a fait beaucoup de choses.
- Speaker #0
D'accord, mais en fait, je trouve ça super déculpabilisant ce que vous dites, parce qu'en réalité, vous dites que c'est le mouvement psychanalytique ? qui a freiné et qui a répandu que le TDAH n'existait pas.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on voit que les gens concernés ont peur de prendre des médicaments quand elles ont un diagnostic du TDAH, que ce soit de laisser les enfants commencer un traitement ou même à l'âge adulte. Et quand on sait que Freud et Jung prenaient des stupéfiants, explorent les états de conscience modifiés sous coke, Mais moi, je trouve ça... Incroyable parce qu'en réalité, on savait déjà. C'est juste qu'on ne le disait pas.
- Speaker #1
Oui, mais le TDAH est traité par des stupéfiants, mais la cocaïne ou l'héroïne, ça n'agit pas sur le TDAH, vraiment. C'est le méthylphénidate, c'est dérivé d'amphétamine. Et il n'agit aussi que chez les gens qui sont touchés par le TDAH.
- Speaker #0
Oui, mais justement, j'ai une question. Il y a beaucoup de personnes qui ont... Alors, soit qui vont au diagnostic et qui refusent le médicament jusqu'à ce que ça tienne... Enfin, c'était mon cas. Quand vous m'avez diagnostiqué, vous m'avez proposé le médicament tout de suite. Je vous ai dit, ouais, vous êtes bien gentil, mais j'ai fait ça pendant 37 ans. Je vais continuer. Ça va, laissez-moi tranquille. En gros, c'est un peu ça que je vous ai dit. Et finalement, une fois que j'ai eu conscience de pourquoi les choses ne fonctionnaient pas, c'est là que je me suis dit, OK. Essaye quand même le médicament, ça va quand même t'aider. Alors, entre les adultes là et ceux qui ont peur tout court d'aller au diagnostic parce qu'ils ont peur de prendre des médicaments, est-ce que vous pouvez un petit peu expliquer comment fonctionne le médicament et pourquoi il ne faut pas en avoir peur ?
- Speaker #1
Oui, bon d'accord, mais d'abord il faut commencer, je pense. Ce qui est très important avant de prendre des médicaments, c'est justement, comme vous me demandez, de comprendre ce que c'est que le TDAH. et où agissent les médicaments, mais il faut surtout faire un bon diagnostic. Je pense que quand une personne, je ne pense pas qu'elles ont peur du diagnostic, parce que beaucoup, surtout beaucoup de femmes, avant d'avoir le diagnostic TDAH, parce qu'ils l'ont lu ou parce que les enfants sont touchés, ils sont souvent traités par des anxiolytiques parce qu'ils ont des dépressions. Et je pense que les anxiolytiques, sont plus nocifs pour la santé que le méthylphénidate dans le cas du TDAH.
- Speaker #0
C'est quoi ? C'est du benzodiazépine ? Oui,
- Speaker #1
par exemple. Tous ces antidépressifs. Anxiolithique, c'est des médicaments qui agissent contre la peur, la peur de vivre, l'existentialisme. Donc aussi les calmants et tout ça, c'est plus... Nocif, je trouve que le méthylphénidate ou bien les dérivés d'amphétamines que l'on donne dans le cas du TDAH. Pour recommencer en vitesse, le TDAH, c'est un trouble neurodéveloppemental qui est d'origine génétique dans plus de 80%. Il peut naturellement ne pas être diagnostiqué ou ne pas donner beaucoup de symptômes. Mais en général, les symptômes commencent, selon la gravité, dans la scolarité. Parce que le TDAH, c'est un trouble qui fait qu'on agit avec beaucoup d'énergie pour essayer d'arriver à apprendre, à s'organiser. Ça demande beaucoup d'énergie, ça fatigue beaucoup, ça fait que les patients ont l'habitude de ne bien fonctionner que quand ils sont motivés. D'accord ? Bon, donc en général, les symptômes se développent dans le courant de la scolarité. Si la personne est intelligente, elle va arriver à compenser. J'ai souvent, et surtout maintenant, des jeunes que je diagnostique que vers 14-15 ans. Au niveau du bac, parce qu'il n'arrive plus à compenser, même avec une très bonne intelligence, il faut dire qu'il est connu que dans la courbe de répartition de l'intelligence, les gens qui ont un TDAH, en moyenne, ont 5 à 10 points de QI de plus que la population normale. D'accord ?
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Ce qui explique aussi qu'il y a vraiment beaucoup de gens qui arrivent à bien compenser. D'accord ? Mais cette histoire neurobiologique qui est déficiente au niveau des cellules nerveuses du cérébral, c'est-à-dire entre deux cellules nerveuses, il y a des espaces qui s'appellent des synapses et l'information est produite par les cellules nerveuses. sous forme de neurotransmetteurs, ce sont des substances chimiques qui sont transportées de cellule en cellule jusqu'au but final. Et dans le cas du TDAH, il y a une perte de cette information. Et cette perte d'information est due à des particules au niveau des cellules nerveuses en grand nombre qui essayent de reprendre l'information produite. Et les médicaments que l'on prescrit, du moins les médicaments de premier choix Ciao ! comme le méthylphénidate qui existe depuis plus de 65 ans, il agit directement au niveau de ces synapses et il bloque pendant la période d'activité, il bloque ces particules recaptureuses. Donc, à ce moment-là, le transport de l'information se normalise selon la dose et pendant 3 à 4 heures, ou bien si on a des médicaments en retard 6 à 8 heures, on arrive mieux à se concentrer, à s'organiser, à mémoriser, à avoir plus de persévérance, à arriver aussi à contrôler mieux ses impulsions. Et ce médicament, c'est donc le médicament de premier choix, le plus vieux. Le méthylphénidate, c'est donc le médikinet, la ritaline, le concerta et autres génériques. Et ça, c'est le médicament, enfin le traitement de premier choix chez l'enfant. Chez l'adulte, maintenant, c'est le premier choix avec un nouveau médicament qui agit aussi au niveau de ses synapses, mais qui agit autrement que le méthylphénidate et qui s'appelle l'alice d'examphétamine. Je crois que vous m'avez dit qu'en France... Il existe maintenant sous le nom de Xuria.
- Speaker #0
Ah, Xurta, c'est pour le LVANS, c'est ça ? Oui,
- Speaker #1
c'est ça. C'est comme l'application du nom de Xurta. En Europe et en Amérique, il s'appelle Vyvanse. Mais c'est toujours la même chose. Ces médicaments agissent vraiment directement au niveau des synapses cérébrales et n'agissent que pendant leur durée d'action. C'est-à-dire que c'est ça qu'il faut savoir, c'est ça qui est aussi très important. Le TDAH, c'est un petit peu comme le diabète cérébral, ça ne guérit pas. On se sent mieux et on est traité par les médicaments, mais quand vous arrêtez les médicaments, on retombe au point zéro, à part chez les adultes ou chez les jeunes qui ont leur diagnostic depuis longtemps et qui ont fait des thérapies parallèles, une thérapie psychothérapique de modification de comportement. ou de l'ergothérapie quand ils ont des troubles de l'apprentissage.
- Speaker #0
Est-ce que pour les adultes, ça ne marcherait pas ?
- Speaker #1
Ça marche naturellement, mais en général, ce que je remarque chez mes adultes, c'est que quand ils savent ce qu'ils ont, ça les aide déjà. Et souvent, comme ils ont fait pas mal de thérapie avant, ils arrivent à se gérer. C'est simplement s'ils sont vraiment très touchés. À ce moment-là, ils doivent prendre leurs médicaments, même s'il faut en plus EMDR ou une thérapie contre les traumatismes. Il faudra qu'ils aient comme base leurs médicaments.
- Speaker #0
D'accord. Au sujet du médicament, c'est une question qu'on entend aussi beaucoup. Y a-t-il un risque d'addiction ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Quels sont les effets secondaires ?
- Speaker #1
D'accord. Pas du tout. Au contraire, on sait que quelqu'un qui a un TDAH pas diagnostiqué ou pas traité a peu près 15 à 20 fois plus de chances d'être dépendant égale à quel niveau que la population normale. Et quand un TDAH est traité, le risque diminue à celui de la population normale. D'accord ? Donc, par exemple, de plus en plus, les addictologues… font des screenings pour voir si leurs patients ne sont pas TDAH et les traitent d'abord de leur TDAH avant qu'ils arrêtent, enfin qu'ils traitent la dépendance. Et c'est la même chose, par exemple, dans les prisons où les jeunes délinquants sont là à cause de trafic de drogue ou bien de petites criminalités. Ils font de plus en plus des screenings TDAH et à ce moment-là En général, ils ont des diagnostics de plus de 25 à 30 % de TDAH qui sont à ce moment-là traités.
- Speaker #0
Waouh ! Parce que c'est vrai qu'il y a aussi beaucoup de… Dans le lot de ce qui arrive avec le TDAH, il y a aussi des comportements à risque.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que ça a traité un petit peu comme les addictions, les comportements ?
- Speaker #1
Absolument. Mais c'est une addiction. Par exemple, c'est connu, beaucoup de sports… qui font du marathon et comme ça sont souvent dépendants de leur sport. Tout ça, ce sont des sortes d'addictions. Et la même chose, le risque, c'est surtout aussi le contrôle des impulsions et toujours vouloir avoir quelque chose d'extrême pour se sentir.
- Speaker #0
C'est là qu'on va voir notamment les comportements à risque, que ce soit dans la criminalité ou dans la sexualité à risque, ou dans la consommation, que ce soit alcool, drogue, ou consommation excessive de sucre et de produits transformés.
- Speaker #1
Oui, mais bon, ça c'est aussi la frustration, l'alimentation normale. Chez les enfants, c'est souvent frustration. Ils sont à la maison, ils s'ennuient, ils n'ont pas d'amis. Comme ça, ils commencent à grignoter au niveau du TDAH. Il n'y a pas de satiété. C'est la même chose pour les femmes obèses qui ont un TDAH. Je vois, c'est parce qu'ils ont d'abord une mauvaise perception d'eux-mêmes. Est-ce que tu... trop mince ou trop grosse. Ça, c'est souvent un problème de perception individuelle. Ensuite, ils peuvent avoir des problèmes de sommeil parce que quelqu'un qui a un TDAH a toujours son petit moteur cérébral qui ne le laisse pas éventuellement dormir tranquillement. Donc, il se lève la nuit, il grignote. Là, le cortisol est au minimum, donc le poids augmente. C'est très complexe le problème du TDAH. Oui.
- Speaker #0
La médication est en tout cas une partie de la solution.
- Speaker #1
Absolument. Ce n'est pas un produit miracle, mais ça donne une base. À mes parents, je dis souvent un verre avec un trou, selon que le trou est grand ou petit, on ne peut jamais le remplir. Donc, ils peuvent souvent essayer de faire une thérapie à droite, une thérapie à gauche. essayer avec des produits naturels. Si le trou est trop gros, ils n'arriveront jamais à remplir le verre et à avoir un enfant sans symptômes.
- Speaker #0
Je vous ai entendu dire un petit peu plus tôt dans l'interview que l'école, pour vous, c'était compliqué et vous êtes devenu médecin.
- Speaker #1
Oui. Oui, mais je suis devenue une médecin parce que c'était compliqué, parce que je n'appartenais pas, comme j'étais neuro-atypique et qu'on ne savait pas ce que c'était dans le temps, je n'appartenais pas à ce cadre. Mais j'avais quand même une certaine structure du fait que j'étais en pensionnat. Je devais livrer. D'un autre côté, je suis aussi HPI, donc je n'ai jamais beaucoup appris. Une fois que j'ai décidé de faire médecine, je voulais finir, Surtout que ça m'a... plus, peut-être pas tout, mais j'étais motivée.
- Speaker #0
Mais est-ce que vous êtes en train de dire que quand l'école, ça ne se passait pas bien, c'est parce qu'en fait, c'était soit ennuyeux, soit que ça ne vous intéressait pas à ce moment-là ?
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Waouh ! Et je trouve que c'est un super message, en fait. Je trouve que c'est un super message d'espoir pour ne serait-ce que... les jeunes qui sont en décrochage scolaire ou les parents qui s'inquiètent d'avoir des jeunes en décrochage scolaire, parce qu'en réalité, ça veut peut-être aussi dire, la vraie question, c'est de trouver quelque chose qui les passionne, sur lesquels mettre leur hyper-focus, en fait.
- Speaker #1
Oui, mais c'est difficile. Et puis, alors, ça marche peut-être un an, mais pas s'il y a des nouveaux profs. Ça dépend beaucoup de l'environnement.
- Speaker #0
OK. Je vois aussi beaucoup de parents qui ont des diagnostics pour leurs enfants.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc, ils traitent leurs enfants. Merveilleux. Et en revanche, ils observent les symptômes chez eux aussi, mais ils ne voient pas l'intérêt d'aller au diagnostic ou de se faire aider pour gérer non seulement leur propre TDAH, mais aussi le TDAH de la petite tornade qu'ils ont à la maison. Comment vous réagissez vis-à-vis de ça ?
- Speaker #1
D'abord, il faut que je les voie. Ça, je ne peux pas réagir.
- Speaker #0
Est-ce que c'est nécessaire pour ces parents ? Comment le diagnostic peut les aider ?
- Speaker #1
Oui, mais c'est à eux de le savoir. Au début, quand j'ai commencé à travailler avec le TDAH, j'étais, comme tous les gens qui commencent, j'étais passionnée. Et je ne voulais pas obliger les gens, mais je voulais les persuader qu'ils devaient... Faire quelque chose, aussi bien pour leur enfant que pour eux-mêmes. Maintenant, entre-temps, les gens viennent... Tout seul. Et surtout, comme vous dites les parents, dans le temps, je me disais toujours, oh mon Dieu, comment je vais leur dire que peut-être ils devraient se faire diagnostiquer. Bon, entre-temps, il y a des screenings, donc on peut les orienter à ce niveau-là. Mais de plus en plus, les parents viennent et me disent, voilà, est-ce que vous n'avez pas un collègue parce que je refuse de prendre enfants et parents ? Est-ce que vous n'avez pas un collègue qui peut s'occuper de moi, voir si j'ai besoin d'un médicament ou pas ? Et oui, je trouve que ça prend de plus en plus de forme et que les gens sont de plus en plus… Ils savent que ça existe. Maintenant, peut-être qu'ils disent « Oh non, ça, on ne l'a pas » . Mais au fur et à mesure du développement de leur enfant ou d'eux-mêmes, ils se disent « Voilà, maintenant, je dois faire quelque chose » .
- Speaker #0
Ouais. Souvent, à l'âge adulte, Quand on est enfant, c'est un peu plus simple de les repérer parce qu'il n'y a pas encore trop de filtres et de dressage de l'éducation passés par là. C'est peut-être un peu plus facile à voir. Mais à l'âge adulte, où on a déjà fait beaucoup d'efforts d'adaptation, les symptômes, parfois, passent beaucoup plus longtemps sous le radar avant que le diagnostic puisse arriver. Quels sont les signes les plus courants ? que les gens ignorent et qui pourraient leur mettre la puce à l'oreille ?
- Speaker #1
Pour le moment, je trouve les symptômes où vraiment il faut faire quelque chose, c'est une menace de burn-out ou bien le burn-out. Je ne sais pas combien d'adultes me demandent d'avoir une consultation parce qu'ils sont en burn-out et qu'ils ont entendu qu'éventuellement il y a le TDAH. Mais je vous dis de plus en plus. Les psychologues parlent à leurs patients en disant « regardez si vous n'avez pas ça » . Éventuellement, les médecins généralistes et au niveau de l'école, les profs. Beaucoup.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez un avis particulier sur la présence du TDAH sur les réseaux sociaux ? À savoir, on peut aujourd'hui faire des autodiagnostics qui ne sont pas vraiment issus d'autodiagnostics. Quelle est votre position là-dessus ?
- Speaker #1
Ça dépend. Il y a des rubriques qui sont très bien. Moi, je dirige toujours mes patients, que ce soit à cause des enfants ou à cause d'eux-mêmes, sur des sites reconnus. On a en France les sites reconnus aussi. Au Luxembourg, on a en Europe. un site qui est www.adhd-europe.eu et là, pour tous les pays européens, il y a les sites officiels TDAH et pour le reste, tous ces réseaux YouTube, ils sont bons en général. Quand on sait de quoi il s'agit, on peut quand même soi-même voir si la personne qui fait ce petit film a... Comment ça s'appelle ? s'y connaît ou pas. D'accord ? C'est comme partout ailleurs, il faut faire attention parce qu'il y a pas mal de charlatans et au niveau du TDAH, il y a aussi beaucoup de gens qui veulent gagner de l'argent avec des thérapies, soit disant, ou des produits naturels, soit disant, aussi efficaces. Il faut faire attention. Ça, c'est malheureusement partout pareil.
- Speaker #0
Alors, quand on ne s'y connaît pas, comment on fait pour repérer ? si ça peut vraiment nous aider ou pas. Parce que je dirais que pour nous, c'est facile, parce qu'on est sensibilisé et qu'on travaille avec ça, et qu'on a du réseau. Mais quelqu'un qui n'appartient pas du tout, qui n'est pas du tout dans ce réseau-là, qui ne connaît pas les sites sérieux, comment vous lui conseilleriez de procéder pour se faire aider ?
- Speaker #1
Mais justement, s'il découvre quelque chose et qu'il se dit « oh, je pourrais l'avoir » , À ce moment-là, d'aller dans les sites nationaux ou bien de parler avec son généraliste.
- Speaker #0
Les sites nationaux, par exemple, pour la France, ça va être hyper super ?
- Speaker #1
C'est www.tdh-france.fr ou bien hypersuper.fr.
- Speaker #0
OK. Et au Luxembourg, c'est ?
- Speaker #1
On a pour le moment www.treff.fr. www.effadass.lu ou bien www.tdah.lu
- Speaker #0
Ok, je laisserai les liens dans la description pour que les auditeurs puissent aller voir. Mais c'est vrai que c'est super aidant de savoir. Un des points qui revient aussi souvent, c'est que c'est facile pour vous de dire « va là, va là » , mais nous, on ne connaît pas, on ne sait pas comment les choses sont supposées être faites. Et du coup, ma prochaine question, un petit peu pour aider les gens à y voir plus clair, c'est comment ça se fait ? passe un diagnostic ? Est-ce que vous pouvez expliquer grosso modo les différentes étapes à quoi il faut s'attendre quand on prend rendez-vous pour faire un diagnostic du TDAH adulte ?
- Speaker #1
C'est la même chose que pour un TDAH pour enfant. Il faut d'abord, et ça c'est vraiment primordial, exclure tout ce qui est organique.
- Speaker #0
Ophtalmologue, ORL, bien que dans l'âge adulte, on sait si on n'entend pas très bien ou si on ne voit pas très bien. Mais chez les enfants, en tout cas, et ce n'est pas seulement ophtalmologue normal, mais mettre des gouttes dans les yeux de façon à ce que l'accommodation des yeux ne se fasse pas et qu'on regarde si les yeux travaillent parallèlement ou pas. L'ORL, chez les enfants, c'est un bilan auditif central, c'est-à-dire qu'on voit si le cerveau, arrive à comprendre les bruits, enfin les syllabes, quand il y a du bruit et quand il n'y a pas de bruit, parce que ça c'est très important. Les gens TDAH se laissent distraire par tout ce qui est autour d'eux et si quelqu'un a ce problème de trouble de l'audition centrale, à ce moment-là il faut lui mettre un casque ou le mettre dans une pièce moins sonorisée. voir si au niveau du sang tout est bien, donc s'il n'y a pas de problème de thyroïde, s'il n'y a pas d'anémie ou tout ça. Et moi, je demande toujours un électroencéphalogramme, bien que ça ne soit plus nécessaire, parce que justement, c'est un trouble qui est au niveau du cerveau et les médicaments agissent aussi au niveau du cerveau seulement et il faut voir s'il n'y a rien d'autre. comme une épilepsie focale ou quelque chose comme ça. Et alors, à côté de ça, il y a une anamnèse qui est longue, parce que surtout chez les adultes, il faut savoir comment s'est passée la petite enfance, la jeunesse, éventuellement avec l'aide des parents ou des partenaires. Et puis un test neuropsychologique, de façon à voir où sont les problèmes. au niveau des fonctions exécutives, de façon à pouvoir aider le patient ensuite. S'il ne veut pas prendre des médicaments, les neuropsychologues font des traitements pour améliorer les déficits.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Voilà, et on met tout ensemble. Et puis ensuite, il y a soit TDAH, soit pas TDAH.
- Speaker #1
Ok. Alors, ça veut dire qu'en gros, si maintenant quelqu'un prend rendez-vous avec vous pour un diagnostic, d'abord il va y avoir vous allez demander de constituer un dossier pour vérifier l'audition, la vision, etc. Et qu'ensuite, il y a ce rendez-vous d'anamnèse avec vous où vous faites un point qui va comprendre, j'imagine, aussi les choses qu'on peut trouver dans les questionnaires tels que le diva, par exemple.
- Speaker #0
Absolument. En général, je leur demande aussi de faire le diva avec la partie pour les enfants, enfin, pour les parents. Il y a deux parties, maintenant et avant. Si les parents existent encore, de les aider à ce niveau-là.
- Speaker #1
Donc le DIVA, c'est une des grilles de support officiel du pré-diagnostic.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Et donc, après ce rendez-vous-là, il y a des tests en neuropsy ?
- Speaker #0
Oui. Ils doivent aller chez un neuropsy pour faire des tests.
- Speaker #1
D'accord. Et puis ensuite, il y a un autre rendez-vous, le dossier revient ? Oui,
- Speaker #0
pour faire le bilan. Pour faire le bilan. Voilà.
- Speaker #1
Ok. Et tout ça, ça se déroule à peu près sur combien de temps ?
- Speaker #0
Ça dure quand même assez longtemps, surtout pour avoir d'abord un rendez-vous chez un collègue. On trouve une liste de professionnels à Luxembourg, par exemple, sur le trefadas.lu. Pour le moment, par exemple, moi, j'ai mes prochains rendez-vous libres au mois de septembre. Je sais qu'il y a des collègues qui ne prennent personne pour le moment et d'autres qui, surtout en France, qui ont des listes d'attente plus longues. Mais il faut, on dit en général, entre la suspicion d'un TDAH et le diagnostic, il faut attendre au moins deux ans en Europe. D'accord ? J'ai même entendu, mais je ne me rappelle plus où, qu'on parlait de huit ans chez des adultes. Alors ça demande vraiment beaucoup de temps.
- Speaker #1
Wow ! Qu'est-ce qu'on peut faire en attendant ? Une fois qu'on est dans le processus, est-ce qu'il y a des choses qu'on peut faire en attendant ? Parce que quand on prend rendez-vous, on se doute. C'est parce qu'on a au moins des symptômes, c'est sûr. Qu'est-ce qu'on peut faire pendant ce temps pour ne pas perdre non plus tout ce temps à rester tout seul ?
- Speaker #0
Oui, en général, il faut lire, il faut éventuellement faire des thérapies si on trouve une place. Comme la thérapie de modification de comportement.
- Speaker #1
Les TCC, oui.
- Speaker #0
Oui, ça, ça aide beaucoup, mais il faut trouver des places. Pour les adultes, il y a le neurofeedback qui peut aider aussi. Ça peut aussi aider chez les enfants, mais il y a quand même des limites, parce que ces séances de neurofeedback doivent être faites assez approchées les unes des autres, et les enfants, avec leur programme scolaire et tout ça, ils n'arrivent pas à faire deux ou trois fois par semaine une séance. Mais ça peut aider le neurofeedback.
- Speaker #1
Chez les adultes, vous avez des bons retours ? Oui.
- Speaker #0
Absolument. Mais il faut aussi trouver un bon cabinet qui fait ça sérieusement.
- Speaker #1
Comment on sait que c'est un cabinet sérieux ?
- Speaker #0
Il faut demander à son médecin, il faut regarder sur... Toujours, c'est ce que je dis la plupart du temps à mes patients venant de France, prendre contact avec Super, Hyper Super ou bien TDAH France, c'est la même chose. Ils ont des représentants dans chaque département et c'est eux qui vous disent... qui vous dites les bonnes adresses en général. Parce que moi, en tant que médecin, théoriquement, je ne peux pas les dire.
- Speaker #1
D'accord. Oui, je comprends. Mais je pense que ça aide déjà les gens à trouver des pistes vers où se diriger.
- Speaker #0
S'orienter, surtout.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Alors, ma question suivante, ça va concerner plus particulièrement les femmes, puisque beaucoup... beaucoup de femmes sont diagnostiquées très tardivement. Pour ma part, j'avais 37 ans, je trouve ça super tard. Je sais qu'il y en a qui se font diagnostiquer encore bien après. Qu'est-ce qui explique que ça peut prendre plus de temps chez une de diagnosticées ?
- Speaker #0
Moi, je n'ai pas été diagnostiquée puisque ça n'existait pas dans le temps, mais moi, j'étais oppositionnelle, hyperactive. D'accord ? Donc, très vite, J'ai été orientée dans des voies qui m'ont plus ou moins aidée. Mais la plupart des femmes sont rêveuses. Donc, elles ne dérangent personne. Elles se dérangent elles-mêmes. Je vois ça de plus en plus quand les jeunes viennent. Ils me disent, avec leurs parents, « Ma fille aimerait bien se faire diagnostiquer. Elle a une amie qui est EDH. Elle a lu et… » Et quand je donne mes questionnaires qui sont à l'école aussi bien qu'à la maison, à l'école, ils trouvent que l'enfant va très bien. Si elle a de mauvaises notes, c'est qu'elle n'a pas appris assez. Mais comme elle ne dérange personne, elle est tranquille, elle fait ce qu'on lui dit. Il commence vraiment, cette souffrance commence. En général, oui, vers la fin du secondaire et dans la vie de tous les jours, surtout quand elle a des enfants. Et surtout, un gros moment de diagnostic, c'est quand la fille TDAH, enfin l'adulte TDAH rêveuse, part faire ses études à l'étranger ou dans une autre ville, où elle doit vivre toute seule, faire ses courses, faire la cuisine, apprendre. éventuellement pas de contact. Là, c'était au niveau du lockdown, aussi une catastrophe. Oui,
- Speaker #1
c'est le moment où j'ai été diagnostiquée. Oui,
- Speaker #0
d'isolation, sans la chaleur et la protection de la maison, sans leurs amis, ils doivent sortir de leurs trous pour se faire des relations. Ils ont des problèmes à s'organiser dans la vie de tous les jours. plus à apprendre à l'université. Dans les pays anglo-saxons, ils sont plus aidés, ils ont des tuteurs et tout ça. Et surtout, naturellement, quand le diagnostic est fait, on les aide.
- Speaker #1
Est-ce que le lien, parce qu'on sait que le TDAH touche le système hormonal, est-ce que de ce côté-là, ça pose une différence pour les femmes notamment du fait des hormones ?
- Speaker #0
Oui, ça c'est sûr. Ce n'est pas le TDAH qui touche les hormones, c'est les hormones qui modifient le TDAH selon la période d'oestrogène ou progestérone. C'est-à-dire, la conséquence, en fait, c'est qu'une femme TDAH enceinte, elle va très bien. C'est pour ça que la plupart du temps, elles ont beaucoup d'enfants, parce que pendant cette période, ils vont bien, d'accord, dû aux hormones. Pour le reste, il faut voir, il y a des femmes... TDAH qui ne sont pas influencées par leur cycle hormonal, mais celles qui ont sans le diagnostic ce syndrome prémenstruel, à ce moment-là, soit elles doivent prendre une pilule qui leur donne 28 jours sur 28 le même taux hormonal, comme les mannequins ont comme soit j'en ai beaucoup qui prennent Avant le cycle, une certaine dose de leurs médicaments et après le cycle, une autre dose.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #0
D'accord ? Pour mieux pouvoir réagir à ces variations hormonales.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'elles augmentent le cycle avant le
- Speaker #0
SPM ? Oui, ça dépend.
- Speaker #1
Ah, ok. Et après, d'accord.
- Speaker #0
Elles changent de dose selon la période du cycle. Mais en général, quand elles prennent la pilule, c'est plus simple d'avoir une pilule dont ils agissent 28 jours sur 28.
- Speaker #1
Ok. Et alors, est-ce que ça change quelque chose dans les symptômes féminins qu'on va retrouver chez la femme adulte ? par rapport à un homme, justement, du fait des hormones ? Parce que j'imagine que le taux de testostérone doit entrer en ligne de compte aussi.
- Speaker #0
Oui, mais ça, c'est plutôt chez les adolescents. Parce qu'en général, on espère qu'à l'âge adulte, ils savent agir avec leur testostérone. Mais chez les jeunes qui commencent à être pubertaires, heureusement, quelqu'un de TDAH est toujours... Bon, il y a des exceptions. en retard au niveau de la maturité et du développement corporel. Mais une fois que la pubarche arrive, c'est donc le début de la puberté, la testostérone augmente et ça rend les gens qui sont de toute façon impulsifs et qui n'arrivent pas à se contrôler encore plus agressifs.
- Speaker #1
Alors, vous, vous êtes TDAH.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Vous êtes aussi médecin.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Vous avez des enfants. Donc, comment on fait ? pour construire, c'est quoi les clés pour construire une vie équilibrée ?
- Speaker #0
Oh mon Dieu ! Je pense que tout l'entourage doit être TDAH. Mon mari dit toujours que c'est le seul normal dans la famille, mais je ne crois pas sur ça. Il y a longtemps qu'on serait divorcés, on est déjà depuis 46 ans ensemble. Je pense qu'il faut arriver à faire des compromis, il faut se avoir Une structure. Quand il y avait les enfants, on était très structurel. À la maison, j'étais obligée. Je n'ai jamais pris de médicaments moi-même parce que j'arrivais à me gérer. Comme je ne suis pas employée, je suis indépendante, j'ai quand même plus de liberté et je fais vraiment ce qui me plaît. Mais on avait vraiment des plans pour tous les jours. Quel enfant devait faire telle chose pour qu'il y ait de moins en moins de discussions.
- Speaker #1
Du coup, ça crée de la sécurité parce que le cerveau n'avait pas de brouillard dans le cerveau. Ça pouvait être quelque part une commande automatique.
- Speaker #0
Oui, plus ou moins. Mais vraiment, savoir aussi, par exemple pour les enfants, c'est toujours comme ça. Ils jouent avec leurs amis. Ils se disent, je vais pouvoir me retrouver avec eux, je ne sais pas. faire de la bicyclette à trois heures et ils ont oublié qu'ils ont peut-être une thérapie ou qu'ils ont le sport. Et chez quelqu'un de TDAH, ça explose. Donc, c'est vraiment très bien de savoir par jour quel est le plan pour chacun, de façon à ce que ça soit automatisé.
- Speaker #1
OK. Donc, fonctionner avec des plans.
- Speaker #0
La personne TDAH... vous dira toujours non quand vous demandez quelque chose de nouveau, parce que c'est stressant, d'accord ? Tandis que si, il sait que ça va pas. J'ai fait la même chose avec vous, quand vous m'avez demandé de faire le podcast, je me suis dit non.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai !
- Speaker #0
Oui, mais c'est ça. Et les enfants, c'est encore pire, parce qu'ils n'arrivent pas à se contrôler vraiment.
- Speaker #1
Parce que c'est vrai que pour les auditeurs, j'ai demandé au docteur Berthold, d'enregistrer cet épisode de podcast il y a un petit peu plus d'un an. Oui, je pense. Environ un an. En tout cas, un an, un truc comme ça. Et c'est vrai que depuis temps plein, on m'a dit non. Mais comme j'ai un TDAH aussi, je lui ai dit, ça va être facile, vous allez voir, je vous laisse y réfléchir. Je suis pour plein de monde. Mais c'est vrai que oui, effectivement, tout ce qui sort de la zone de confort n'est pas toujours de prime abord. On a besoin d'y réfléchir.
- Speaker #0
Voilà. Et pour les enfants, c'est encore pire parce qu'ils ont leurs idées et ces idées sont des idées fixes. Et on n'arrive plus à... Il faut vraiment qu'ils se... comment ça s'appelle, recontrôle, et ça, ça demande aussi éventuellement le time-out et 15 minutes jusqu'à ce qu'ils en sortent et qu'ils disent « Ok, oui, j'ai oublié ou j'irai faire de la bicyclette quand je reviendrai ce soir » ou quelque chose comme ça.
- Speaker #1
Oui. C'est quoi vos clés à vous pour gérer la fatigue ? Parce que j'entends, le mieux, c'est de suivre des plans pour se construire sa zone de confort et réduire un peu la surcharge mentale et libérer de la bande passante là-dessus. Et comment, c'est quoi vos trucs et astuces à vous pour gérer aussi les phases de repos ? et de frustration. Alors, pour le repos, je développe un petit peu ma question. C'est vrai qu'il y a plusieurs des personnes que j'accompagne qui sont mamans et qui ont un enfant avec un TDAH, qui ont un TDAH elles-mêmes, et qui, en fait, tiennent la barre pour être présentes correctement pour les enfants. Enfin, c'est pour les enfants, mais pour les autres, c'est pour leur travail. Mais, en fait, pour leur propre structure à elles, elles sont rincées et épuisées.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez des astuces pour gérer la fatigue ? Oui,
- Speaker #0
mais c'est partout pareil. C'est une bonne hygiène de vie, surtout une bonne hygiène de sommeil, ce qui est naturellement très difficile quand on a un petit enfant, éventuellement. Oui, se partager ça avec le partenaire. Ce n'est plus seulement que les femmes qui doivent se lever la nuit. et faire des... se trouver des îlots qui leur fassent plaisir, cultiver des hobbies, ou bien se retrouver avec des copines. C'est pareil partout. Prendre le temps pour soi de pouvoir se recentrer. Et surtout quand il y a une période difficile. En général, la période d'hiver et surtout avant Noël, c'est la période la pire, parce que d'abord, les gens en TDAH aiment la lumière. Et il y a toutes ces excitations au niveau Noël, Saint-Nicolas. On va faire des courses, on a la musique, on a les éclairages. Les enfants qui veulent naturellement avoir tous les cadeaux. qu'ils ont choisi les collègues de bureau qui veulent faire une soirée avant Noël et tout ça. Je trouve ça, par exemple, très bien que de plus en plus, les magasins font, attention à ces gens hypersensibles, font des après-midi ou des matins sans lumière et sans musique. C'est pour ça que je vous dis, la vie, pour le moment, j'ai l'impression qu'elle devient de plus en plus supportable pour des gens neuro-atypiques.
- Speaker #1
C'est peut-être aussi pour ça qu'on a tout cet élan sur les réseaux sociaux, alors que ce soit qualitatif ou non, mais au moins on en parle, et ça sensibilise quand même les gens, et sociétalement aussi, mais c'est vrai que c'est merveilleux de se dire que, je pense à Auchan, on peut aller faire ses courses entre, je ne sais plus ce que c'est l'horaire, entre 8h, enfin bref.
- Speaker #0
Oui, le matin et jeudi après-midi ou quelque chose comme ça. C'est merveilleux. C'est très bien, oui.
- Speaker #1
Oui, c'est merveilleux. Et sans ça,
- Speaker #0
mettre des casques, quand on travaille dans des open spaces, depuis longtemps, mes patients ou mes parents font ça.
- Speaker #1
Oui. Au travail, est-ce qu'il faut... Alors, chacun a sa position là-dessus. Est-ce qu'il faut en parler ou pas ?
- Speaker #0
Alors... C'est quelque chose de personnel le TDAH. Bien sûr qu'on peut le rendre public. De temps en temps, il faut le rendre public. Mais je pense que ça demande beaucoup de confiance. Et je pense que c'est individuel. Donc,
- Speaker #1
on peut le faire seulement si on se sent en sécurité.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Avec le fait de... Si on se sent bien,
- Speaker #0
avec son diagnostic, mais aussi dans le climat de la firme. Parce que si vous savez que c'est une firme qui est vraiment, qui ne regarde que son profit et pas comment vont les gens qui travaillent pour eux, à ce moment-là, ça, je ne le ferai certainement pas. J'essaierai même de trouver quelque chose d'autre si c'est possible.
- Speaker #1
Oui, j'allais dire, à ce moment-là, je crois qu'il faut se barrer, en fait.
- Speaker #0
Oui, voilà.
- Speaker #1
Effectivement. OK. Quelle est une de mes dernières questions ? Quelles sont les questions qui reviennent le plus souvent ? de vos adultes en cabinet avec un TDAH ?
- Speaker #0
Le plus souvent.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est d'abord, est-ce que j'ai un TDAH ? Est-ce que je n'en ai pas ? Et est-ce que je dois prendre des médicaments ou pas ? Et ça, c'est aussi, je trouve, individuel. Parce que les gens en TDAH, ce sont des gens qui sont très créatifs, très inventifs. Et quand le succès de la carrière dépend d'innovation, de création, je ne prendrai certainement pas mes médicaments. Mais par contre, pour faire les impôts, pour payer les factures, éventuellement pour supporter les enfants à la maison, là je les prendrai. C'est individuel.
- Speaker #1
Oui, mais c'est vrai que ça donne une belle piste de réflexion parce que je suis en train de réfléchir à toutes les personnes que j'ai déjà vues. Et c'est vrai qu'il y en a quand même beaucoup qui travaillent dans des milieux créatifs.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Certes différents, mais créatifs ou innovation.
- Speaker #0
Oui, absolument.
- Speaker #1
Et c'est vrai qu'en général, les médicaments fonctionnent quand ils doivent faire un truc avec lequel ils ne sont pas confortables. Ça peut être faire l'administratif ou effectivement...
- Speaker #0
Il ne faut pas oublier un TDAH. est toujours, en général, quelqu'un de spontané, de drôle, d'empathique. Quand il a ses médicaments, il est de nouveau cadré et éventuellement embêtant et gris.
- Speaker #1
Donc, pour aller à un entretien d'embauche, on prend le médicament.
- Speaker #0
Éventuellement.
- Speaker #1
OK. Quelles sont les plus belles transformations que vous avez vues ? Ça, c'est la question pour un petit peu donner de... de l'espoir ou rassurer les personnes qui hésitent et qui doutent à se dire « mais à quoi ça va me servir ? J'ai vécu tellement longtemps avec, en fait, médicaments ou pas, je m'en fous » . Mais si vous avez envie, parce que vous avez le droit de dire non naturellement, est-ce que vous avez envie de partager quelle est la plus belle transformation ou une des plus belles transformations que vous avez pu observer chez un de vos adultes que vous suivez ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, je ne peux pas vous le dire. Moi, ce qui me fait plaisir, c'est que je vois que la personne est épanouie, qu'elle arrive à se gérer elle-même, qu'elle ne pense pas rien faire normalement. Quelqu'un d'épanoui, quelqu'un d'équilibré, qui se sent bien, même avec son TDAH. C'est ça qui me fait plaisir et c'est pour ça que je travaille. Quelqu'un qui ne prend plus d'antidépressifs, par exemple, bien qu'ils en ont pris pendant je ne sais pas combien d'années, parce que depuis qu'elle a son diagnostic et qu'elle prend ses médicaments, elle se sent mieux. Bon, il y a toujours des hauts et des bas. Il y a des périodes qui vont au moins bien. Le stress est une catastrophe.
- Speaker #1
C'est déjà des super transformations. Rien que le fait de réduire ou d'arrêter les antidépresseurs. Ou de réussir à se gérer, de comprendre qu'on est capable de se gérer sans personne derrière pour dire ce qu'on a à faire. C'est déjà des super transformations.
- Speaker #0
Souvent, ce sont des gens, ils ont toujours entendu, tu es bête, tu n'arriveras jamais. Ce sont des gens qui ont vraiment une grande souffrance, qui ont eu une grande souffrance.
- Speaker #1
Ok, très bien. Il y a aussi beaucoup de personnes qui, c'est vrai que les personnes avec un TDAH souvent s'entendent aussi bien avec les personnes qui ont un TSA, donc le trouble du spectre de l'autisme, ce qu'on appelait anciennement les Asperger. Comment on se rend compte quand il y a un double diagnostic ?
- Speaker #0
Le problème, en fait, c'est que le TDAH, ces génétiques, comme je l'ai dit, ce sont plusieurs gènes et on ne les connaît pas tous, mais on sait qu'ils sont sur le même chromosome que les gènes du TSA, de la dyslexie, dyscalculie, dyspraxie. Donc, il y a énormément d'interférences entre tous ces troubles. Et pour le TSA, par exemple, il y a... Il y a aussi des screenings, il y a l'histoire du développement et il y a naturellement la fondation autiste. Mais c'est très difficile d'avoir des places pour avoir un diagnostic.
- Speaker #1
D'accord, parce que c'est plus long ?
- Speaker #0
Il y a moins de gens qui s'occupent de ça.
- Speaker #1
D'accord. Est-ce que d'abord, parce que j'ai entendu plusieurs personnes de France que je vois, qui me disent que de toute façon, on nous fait d'abord passer le diagnostic pour le TDAH et ensuite, on va vérifier s'il y a un TSA. Du moins en France,
- Speaker #0
on peut faire l'un après l'autre, c'est sûr. Et pour les enfants, c'est un peu plus facile parce que l'école dit, il ne prend pas vraiment contact ou vous le voyez. Pour les adultes, c'est autre chose. Par exemple, j'ai une famille, il y a un des parents est TDAH, l'autre est pour moi TDAH, mais pas diagnostiqué, et ils ont quatre enfants, un n'a rien, et les trois autres sont TDAH, et éventuellement un a aussi TSA. Et ça, je peux vous dire, c'était aussi quelque chose de fantastique d'arriver à ce qu'ils aient une vie familiale plus ou moins typique, enfin, neuro-normale.
- Speaker #1
Où tout le monde s'épanouit.
- Speaker #0
Oui, voilà.
- Speaker #1
Ok, oui, donc là, dans tous les cas, pour arriver à ça, c'est parce que bon, ils étaient...
- Speaker #0
Ils étaient diagnostiqués et prennent leurs médicaments, aussi l'adulte.
- Speaker #1
Donc ça facilite clairement la vie de famille aussi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ok, d'accord. Écoutez, docteur Berthold, nous arrivons à la fin de cette interview. Un immense merci, un immense merci d'avoir accepté l'invitation. Même après avoir dit non, parce que je pense que ça va être vraiment un super support, en fait, pour toutes les personnes qui se questionnent, qui ne savent pas, qui hésitent, qui doutent et qui ont besoin d'entendre les informations d'un médecin, parce que vous avez fait ça toute votre carrière, en fait, depuis bien longtemps. Vous avez expérimenté le trouble vous-même également. Oui,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Et... Je laisserai les références que vous avez citées. Oui,
- Speaker #0
parce que c'est important, ça. Oui,
- Speaker #1
parce que c'est super important de se tourner vers les bonnes personnes et vers les bons accompagnants. Je vous remercie et je vous souhaite une très bonne journée. On se retrouve dans un prochain épisode de Mission Anxiété Zéro. Merci. J'espère que cet épisode t'aura aidé à y voir plus clair sur le TDAH chez l'adulte et sur les possibilités de te faire accompagner. Ce que je retiens de cet échange, c'est qu'on peut avoir longtemps compensé ces difficultés sans que les autres voient les efforts que ça te demande. Comprendre ton fonctionnement peut aussi changer le regard que tu portes sur ton parcours. Ces oublis, cette fatigue, ces difficultés à t'organiser. Qu'est-ce que tu t'es raconté sur toi-même pendant toutes ces années ? Et de quoi aurais-tu besoin aujourd'hui pour te faciliter la vie ? Peut-être que ça commence par arrêter de tout porter tout seul. Trouver une organisation qui te convient, demander du relais, te garder du temps pour souffler. Et si tu te poses des questions sur la médication, tu peux les poser à ton médecin, même celles qui te semblent bêtes ou qui te font peur. Quant au travail, c'est important de prendre le temps de décider si tu souhaites en parler, à qui et surtout dans quel but, pour quoi faire. Tu n'as pas à te dévoiler si tu ne te sens pas en sécurité pour le faire. Tu retrouveras toutes les ressources évoquées pendant notre échange dans la description de l'épisode, notamment les associations vers lesquelles te tourner pour t'informer et trouver les bons interlocuteurs. Encore un grand merci à FSI Lorraine, centre de formation spécialisé dans la prévention des risques, pour leur confiance et leur soutien sur cet épisode. Et si cet épisode t'a plu, pense à t'abonner pour ne pas rater les prochains, et surtout partage-le à quelqu'un qui pourrait avoir besoin d'entendre ça aujourd'hui. Comme toujours. Viens me dire ce que tu en as pensé sur Instagram ou LinkedIn, je suis toujours curieuse de te lire. D'ici le prochain épisode, je te souhaite tout le meilleur et n'oublie pas, quoi que tu traverses, tu n'es pas seul.