- Thomas Boucher (Praxys)
Mon podcast IMO.
- Ariane Artinian
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de mon podcast IMO, votre rendez-vous avec l'immobilier. Je suis Ariane Artinian, journaliste, fondatrice de MySuite IMO. Et aujourd'hui, on va parler d'un sujet très important, l'importance de la nature dans la ville d'aujourd'hui et surtout de demain face aux enjeux climatiques. Alors pour en parler, je suis avec Thomas Boucher, architecte... paysagiste urbaniste, fondateur de Praxis. Bonjour.
- Thomas Boucher (Praxys)
Bonjour, merci de me recevoir.
- Ariane Artinian
Vous nous présentez Praxis en deux mots ?
- Thomas Boucher (Praxys)
Praxis est donc une agence d'urbanisme et de paysage que j'ai fondée en 2007. Voilà, et donc on fait des projets d'urbanisme, d'espace public et aussi de jardins, de jardins historiques, de jardins de sièges sociaux, voilà, en France et à l'étranger.
- Ariane Artinian
Votre métier, vous aimez dire que c'est de plonger la ville dans la nature.
- Thomas Boucher (Praxys)
On se rend compte qu'avec les enjeux actuels et des règlements climatiques, on a besoin de se reconnecter à la nature. Il y a un très beau livre de Cathy Willis qui s'appelle Naturel, qui montre qu'on a tous besoin de nature au quotidien par les cinq sens. Elle classe Cathy Willis, biologiste, et a dirigé Q-Garden à Londres, la partie scientifique. le Grand Jardin Botanique, et elle a classé par les cinq sens les études scientifiques qui nous montrent ça. C'est-à-dire que déjà c'est intéressant qu'on ait besoin d'un livre scientifique pour se dire qu'on a besoin de nature, alors que je pense que si on en fait tous simplement l'expérience, en fait voilà l'odeur dès qu'on va à la campagne, le chant des oiseaux, l'odeur de l'herbe coupée, ce qu'on retrouve d'ailleurs dans les lieux de bien-être, les salons de relaxation, de massage, c'est le... C'est les bruits qu'on a reconstitués. Et donc ça, ça fait partie, je pense, des conditions d'habilité de la ville et de notre bien-être dans un milieu qui est encore très minéral.
- Ariane Artinian
Elle cite des exemples concrets sur les bienfaits du végétal.
- Thomas Boucher (Praxys)
Elle cite un exemple qui est si vous êtes hospitalisé, dans votre chambre d'hôpital, vous voyez un arbre, vous allez récupérer trois fois plus vite. C'est quand même un exemple assez frappant. Et ça marche aussi pour, on le voit maintenant avec l'arrivée des couvre-voix Azis, ça marche aussi pour les élèves qui vont être beaucoup plus attentifs, beaucoup plus détendus, beaucoup plus concentrés, s'ils voient de la nature depuis la fenêtre de leur classe.
- Ariane Artinian
Donc on met de la nature dans la ville, ça fait du bien aux habitants, ça fait du bien à la planète.
- Thomas Boucher (Praxys)
Exactement. Et c'est une ville qui va être aussi beaucoup plus confortable, puisque c'est une ville qui va être beaucoup plus biodynamique. Et donc c'est une forme de nature qui vient d'une espèce d'infrastructure, d'habitabilité. Ce n'est pas un décor, ce n'est pas un petit supplément d'âme vert. Ça va être la condition qui fait qu'on va pouvoir continuer, avec le dérèglement climatique, à vivre dans nos centres-villes, dans nos quartiers.
- Ariane Artinian
Qu'est-ce que vous faites, vous, concrètement ?
- Thomas Boucher (Praxys)
Alors concrètement, par exemple, on travaille sur le centre-ville de Grandville, donc sur le cours Jonville. Donc on est au pied de la mairie, c'est un vallon. À Esvalon, la rivière a été busée et la voiture a pris une large place. Et donc nous, on va redonner sa juste place à la voiture et on va replanter et redonner de la place aux piétons, de la place aux mobilités douces. Voilà ce qui va permettre de réamener beaucoup de gens au centre-ville et que les gens vont pouvoir rester puisqu'ils vont avoir une vraie place confortable, ombragée pour les adultes, les enfants, les personnes plus âgées. Et que donc ça fait vivre ce centre-ville, ça fait vivre le commerce du centre-ville, ça donne une envie aux habitants de revenir habiter ici, aux commerçants d'avoir une vraie activité et aux badauds de se promener.
- Ariane Artinian
Permettre aux voitures de retrouver leur juste place, ça veut dire quoi ? Ça veut dire plus de voitures ou quand même encore un peu de voitures ?
- Thomas Boucher (Praxys)
Nécessairement de la voiture, mais en fait c'est un équilibre et une discussion en fonction de chaque projet. Et voilà, il y a aussi l'idée que les espaces publics sont évolutifs, c'est-à-dire qu'on peut imaginer qu'on a plus de voitures en hiver et moins en été, puisqu'on aura plus de terrasses de café en été et moins en hiver. Donc on peut imaginer que l'espace public, et c'est une des grandes forces, soit évolutif au cours des années, c'est-à-dire qu'aujourd'hui on n'est pas exactement prêt, mais dans 5 à 10 ans, on imagine qu'on pourra avoir moins de voitures, que la place de la voiture va encore évoluer. On peut imaginer au cours de la semaine ou au cours des saisons.
- Ariane Artinian
Est-ce que la qualité de l'espace public, on a vu que ça avait un impact sur la qualité de vie des... des usagers de la ville, des habitants. Mais qu'est-ce que vous pouvez dire de l'impact sur le commerce, sur la désirabilité de la ville, sur l'enjeu immobilier derrière tout ça ?
- Thomas Boucher (Praxys)
Moi je pense que c'est essentiel parce qu'on le voit avec Cathy Willis, plus on va voir de la nature, plus ça va être agréable et confortable. C'est même plus fort que ça, plus on va se sentir bien en ville. On se rend compte que ça va être des espaces qui vont être plus confortables. parce qu'il faut être beaucoup plus bioclimatique. Donc je pense que c'est en fait des conditions essentielles de cette question commerciale. Et on voit que les centres-villes, à la fois leurs espaces publics doivent évoluer et la partie aussi immobilière doit évoluer, trouver des surfaces commerciales qui soient adaptées aux nouveaux usages et trouver aussi sûrement une diversité d'appartements, de types d'appartements pour avoir vraiment le parcours immobilier qui puisse se faire à l'intérieur de la ville.
- Ariane Artinian
Votre terrain de jeu favori, c'est quoi ? C'est des villes moyennes ?
- Thomas Boucher (Praxys)
Il y a affaire partout, c'est-à-dire qu'on peut travailler. Nous, on travaille pour des communes de 250 habitants et on apprend énormément. Et on travaille pour des grandes métropoles. Et le fait de travailler dans des contextes extrêmement variés, ça nous évite aussi d'avoir des petits réflexes ou des petites habitudes de manière de faire les choses. Et les gens, en fonction des contextes, nous... nous réinterroge, nous challenge sur une manière précise, locale de faire, en fonction de l'identité des lieux.
- Ariane Artinian
Et votre source d'inspiration, elle vient d'où ?
- Thomas Boucher (Praxys)
Ma source d'inspiration, elle vient vraiment de la question du lieu. C'est-à-dire, moi, je suis très fasciné, on travaille sur le centre-ville de Sancerre. Et le centre-ville de Sancerre est traversé par une faille géologique. Alors, je pense qu'on a tout. tous fait un peu de géographie dans notre vie. Moi, je connaissais la faille géologique de Sant'Andrea, mais je ne connaissais pas la faille géologique de Sancerre. Et c'est comme ça qu'il y a une espèce de coup de cutter dans la géologie qui sépare en deux entre le calcaire et le silex. Et pour les experts en vin, ils connaissent les vins de Pinot Noir, donc pour le vin rouge, avec élevé dans le silex ou élevé dans le calcaire. Donc, il y a vraiment parlé cinq sens aussi. Cette géologie qui se raconte, et donc c'est ça qui m'intéresse vraiment, c'est d'être émerveillé par la singularité des lieux, par la manière dont l'homme s'est installé dans des lieux très particuliers. Dans le centre-ville de Sancerre, on montre cette géologie, on montre cette faille géologique qui traverse le centre-ville et qui donne la qualité exceptionnelle de ce vignoble. C'est cette question du terroir avec une vue magnifique sur la vallée de la Loire.
- Ariane Artinian
Quel regard vous portez sur le paysage urbain aujourd'hui ?
- Thomas Boucher (Praxys)
Moi je trouve qu'on est dans une période au fond extrêmement excitante, c'est-à-dire qu'il y a le côté un peu inquiétant, on voit, on lit des articles régulièrement sur le dérèglement climatique, et en même temps on a une époque où on change de paradigme, de fabrication, de l'espace public, de la ville, de la manière de dessiner de l'urbanisme, et donc on a eu cette même transformation en fait au 19ème. Il y avait des questions sanitaires qui se posaient et donc il y a eu l'invention globalement de l'espace public, du parc public, que ce soit le parc des Butchomont, Hyde Park, Central Park, le Tiergarten, et qui a donné pendant un siècle l'habitabilité des grandes villes et capitales occidentales. Et donc on est dans cette même période, je trouve, très très stimulante, intellectuellement, de manière créative. et concrètes de transformation de l'espace public. Et je suis très content d'y participer. Plus que le végétal, la nature, le vivant, en fait, c'est une des conditions indispensables de l'habitabilité de la planète, des territoires et des villes au quotidien.
- Ariane Artinian
Merci beaucoup Thomas Boucher. Je rappelle que vous êtes fondateur de Praxis.
- Thomas Boucher (Praxys)
Merci beaucoup.