- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Objectif Mental. Je suis Kevin Rich, cofondateur de Cairn, K-A-I-R-N, une application mobile qui démocratise l'accès au coaching mental d'élite. Chaque semaine, je partage des conseils pratiques, des interviews d'experts ainsi que des témoignages inspirants d'entrepreneurs, de sportifs et d'artistes. Mon objectif est de vous aider à développer votre mental pour performer en toute sérénité, que ce soit dans votre vie professionnelle ou extra-professionnelle. Je vous souhaite une excellente écoute. Bonjour Pierre, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien, merci Kevin, j'espère que toi aussi.
- Speaker #0
Très bien, merci de venir sur Objectif Mental, ravi de te recevoir, surtout à l'approche de Roland Garros, parce que tu étais un ancien tennisman professionnel dans une première partie de ta vie, et maintenant tu es coach mental. Et j'aimerais qu'on échange autour de ton approche du coaching. Pourquoi tu es venu, tu en es venu là ? Comment tu en peux aider aussi les personnes qui écoutent ce podcast à appliquer peut-être des techniques issues du sport de haut niveau, mais en fait qui peuvent s'appliquer dans d'autres domaines ? Est-ce que tu peux commencer par te présenter ?
- Speaker #1
Tout à fait. Du coup, je m'appelle Pierre Gauthier, comme tu viens de le dire. Je suis aujourd'hui coach mental depuis plus de 20 ans maintenant. Voilà, à peu près 20 ans. et puis ce qui m'a amené à ce métier là j'ai eu deux carrières avant ça avant mon troisième métier qui est coach mental j'ai eu deux carrières, une dont tu as parlé qui est liée un petit peu bien évidemment à Roland Garros qui arrive donc ma première carrière j'ai été joueur de tennis professionnel je suis passé pro à 17 ans j'ai joué une petite dizaine d'années parce que j'ai dû arrêter pour des raisons de blessure j'ai été au mieux 18ème français et 200ème mondial et après ma première carrière de joueur je me suis reconverti en tant qu'entraîneur et à vrai dire j'ai plus été à Roland-Garros en tant qu'entraîneur qu'en tant que joueur souvent je partais pendant les qualifs et je rentrais chez moi en tant qu'entraîneur donc j'ai entraîné pendant une dizaine d'années jusqu'au numéro 1 français de tennis je suis arrivé assez vite à moins de 30 ans à entraîner le numéro 1 français de tennis et avec lui justement il avait atteint les demi-finales à Roland-Garros donc je suis resté un peu plus longtemps à Roland-Garros en tant qu'entraîneur qu'en tant que joueur
- Speaker #0
On parle de numéro 1 français c'était Gaël Monfils à ce moment là ?
- Speaker #1
C'était Sébastien Grosjean on domine ouais
- Speaker #0
qui faisait du simple et du double dans mes souvenirs pardon ? il faisait du simple et du double dans mes souvenirs ?
- Speaker #1
il était vraiment spécialisé en simple vraiment sa carrière il l'a fait en simple maintenant c'est des joueurs qui sont à un tel niveau qui jouent aussi de temps en temps en double mais c'est vrai que sur des gros gros tournois comme Roland Garros par exemple il jouait pas le double parce que c'est trop énergivore
- Speaker #0
ok c'est vrai qu'il y a la partie coach de tennis au milieu donc ça va m'intéresser de voir les transitions Déjà sur la partie tennis, donc toi en tant que joueur, est-ce que la partie mentale, c'est déjà quelque chose que tu travaillais ? Est-ce qu'il y a des choses que tu avais perçues pendant ta carrière et que tu t'es dit, ça c'est déclencheur dans ma performance ?
- Speaker #1
Oui, plus que ça même. C'est-à-dire que là, je parlais de trois métiers, parce que c'est quand même trois métiers qui sont différents, mais qui sont tous liés. Si je fais ce métier-là aujourd'hui de coach mental, ils sont liés. effectivement, Moi, la préparation mentale, je l'ai découverte quand j'avais 18-19 ans, parce que je te disais tout à l'heure que je suis passé pro très jeune. Moi, j'étais un très bon espoir français. J'étais numéro un français moins de 18 ans, ce qu'on appelait à l'époque junior, la championne de France junior. Et puis, je passe assez tôt sur le circuit pro. Sauf que quand je passe sur le circuit pro, il y a beaucoup de choses qui se tendent dans ma façon de jouer. Je n'arrive plus à délivrer mon meilleur niveau dans les matchs qui comptent pour moi. Jusqu'alors, je jouais en France contre des Français de mon âge, etc. Puis là, je me retrouve sur le circuit international à jouer des mecs qui vont de 18 à 35 ans. Donc physiquement, je ne domine plus, ce qui était le cas. Le niveau se tend énormément, la pression financière augmente, on doit gagner des matchs pour payer ses déplacements, etc. Et là, du coup, je piétine. Je n'arrive plus, je te dis, à être en match de compétition. au niveau que j'affiche tous les jours à l'entraînement. Et donc, je vais bloquer pendant longtemps, pendant trois ans, je vais bloquer. À l'époque, on me dit juste de m'entraîner plus, ce que je fais pendant trois ans. Et puis, à un moment donné, j'arrive à un point de rupture. C'est-à-dire que je sens très bien que je m'entraîne énormément, que je ne performe pas. Du coup, je suis tendu, du coup, je ne suis pas bien. Et à un moment donné, c'est mon ostéopathe de l'époque qui va m'orienter vers ça en me disant, si tu continues comme ça, tu vas devant le mur, en gros. C'est un peu le signal d'alarme. Et je le sens, je le sens très bien. que je suis stressé, épuisé, pas bien, etc. Et donc, à cette époque-là, j'ai la chance, justement, par mon ostéopathe, qui me conseille un ami à lui, un gars qu'il connaît, en tout cas, qui n'est pas forcément un ami, mais un gars qu'il connaît. À l'époque, mon ostéopathe, il soigne les danseurs du Ballet de Marseille, et puis il me dit, voilà, les danseurs travaillent avec un mec, je ne sais pas trop ce qu'il fait. Il faut remettre dans le contexte, moi, j'ai 54 ans, je viens d'avoir 54 ans en avril, je te parle de ça quand j'ai 18 ans, je te laisse faire le calcul. À l'époque, la prépa mentale est complètement inconnue, donc mon ostéopathe, il ne connaît pas plus que ça.
- Speaker #0
Pour toi, c'était presque un chaman à ce moment-là. C'est quelque chose d'assez...
- Speaker #1
Dans l'intention des gens, c'est ça. On parle de mentor, on parle de chaman, on parle de termes un peu. Alors lui, à l'époque, c'est un gars qui s'est formé aux Etats-Unis. C'est quand même des courants. On arrive avec quasiment 20 ans de retard sur la préparation mentale en France. Donc à l'époque, c'est beaucoup plus avancé. Lui, il s'est formé déjà... avec des pontes de l'accompagnement aux États-Unis. Et donc, je rencontre cette personne-là et je suis absolument séduit immédiatement par le discours. Pas tellement parce qu'il me sort des trucs incroyables. C'est quelqu'un de très normal. C'est vrai que quand on parle de chaman, on imagine un mec mystique, etc. Pas du tout. C'est quelqu'un de très terre-à-terre et tout ça est très cohérent dans ses propos. Simplement, moi je suis à une période de ma vie où ça fait trois ans qu'on me répète juste qu'il faut m'entraîner plus et que je me rends bien compte que ça ne marche pas, quoi. Voilà, donc moi je suis ouvert et puis je suis mal, quoi. Je suis mal parce qu'un sportif qui s'entraîne beaucoup et qui ne performe pas, ben il le vit mal aujourd'hui, c'est d'actualité, on parle de santé mentale, de burn-out, de choses comme ça en entreprise. Mais à l'époque, moi je ne suis pas très loin de ça, quoi. Simplement, je n'ai pas les mots pour les mettre dessus, mais je suis vraiment à court de... à court de solutions et toutes les solutions proposées sont épuisées et donc je suis ouvert quoi et quand je parle avec lui je me rends bien compte qu'il ya une autre dimension que j'ai pas du tout abordé quoi et donc je commence à travailler avec cette personne à l'époque tu prenais pas tu prenais plus de plaisir pendant ces deux dernières années de temps le tennis le plaisir est complètement absent c'est à dire que c'est ce que j'explique on en parlera plus tard mais dans la méthode que j'utilise aujourd'hui que j'ai développé il n'y a pas le mot plaisir Mais c'est ce que j'explique à mes athlètes. Le mot plaisir est fondamental, mais en fait, un athlète qui s'entraîne beaucoup et qui est confronté à des choses qu'il ne gère pas, en fait, vient complètement annuler et bouffer le plaisir. C'est-à-dire que quand on stresse et qu'on n'arrive pas à performer, la bulle stress, elle prend énormément de place dans son espace plaisir. Donc, le plaisir est grignoté. Puis après, on doute, on perd confiance en soi. Donc, la confiance, elle vient prendre encore plus de plaisir. Après, ça peut être de la frustration, de la colère, de la démotivation. Et à un moment donné, il n'y a plus de plaisir. Donc, à ce moment-là, moi, je suis vraiment dans cette situation-là. Je ne prends plus de plaisir. C'est même, je redoute la compétition.
- Speaker #0
Ok. À ce point-là. Et donc, ce travail te libère quelque part ?
- Speaker #1
Complètement. Ce travail, justement, en fait, l'image est inverse. C'est-à-dire que du coup, ce travail-là va me permettre de remettre le stress à sa place et de l'utiliser, va me permettre de remettre mes doutes à leur place. et de m'en servir comme des leviers d'amélioration. Et donc, quand tout reprend une place, si tu veux, revient à sa place, finalement, en fait, le plaisir est là. Parce que, je veux dire, moi, je travaille essentiellement avec des... Enfin, le gros de mon activité, c'est avec des sportifs. Et je connais, c'est très, très rare, il y aura bien sûr des exceptions toujours dans des cas comme ça, mais 99,99% du temps, un enfant qui commence un sport et qui le continue, commence pas et il continue pas ce sport là parce que ce sport là l'emmerde il prend énormément de plaisir à le pratiquer et c'est bien après quand la pression arrive et les enjeux sont trop forts que le plaisir diminue mais tous les sportifs avec qui je travaille adorent leur sport simplement à un moment donné il y a trop de choses compliquées à gérer qui font que le plaisir disparaît
- Speaker #0
Je vois très bien ça. La phase où tu t'oublies que tu étais passionné à l'origine par ta pratique et tu vois ça vraiment comme une pure pression et un métier.
- Speaker #1
Exactement. Et il n'y a plus de place pour le plaisir à ce moment-là.
- Speaker #0
Un moment, tu as dit qu'on a 20 ans de retard sur les États-Unis par rapport à ces sujets de préparation mentale, de coaching, etc. Est-ce que tu penses que ça impacte aussi le tennis français ? Parce que ça fait quand même quelques années qu'on attend un grand chelème. Est-ce que tu penses que ça a impacté le fait qu'on ait pris du retard là-dessus ? Les performances aussi ? Ou c'est pas seulement lié au mental ? Il y a peut-être tout un écosystème qui fait que…
- Speaker #1
Dans le tennis, en tout cas, je pense clairement que c'est lié au mental. C'est-à-dire qu'on est quand même la France, un des pays les plus développés et les mieux organisés. La fédération est quelque chose qui nous est envié dans le monde entier, avec tout le système, c'est-à-dire les clubs, les compétitions, les tournois. les centres d'entraînement, les pôles France, les choses comme ça. Donc, on est un système d'entraînement qui est ultra développé. Et oui, je pense qu'on avait du retard là-dessus, qui est fortement comblé. D'ailleurs, on ne le voit pas que dans le tennis. Je veux dire, aujourd'hui, dans le foot, on parle d'une génération qui est complètement libérée, décomplexée. On le sent bien avec des mecs comme Mbappé, Desiré Doué, etc. Il y a une vraie… Ces sportifs-là dégagent une vraie confiance en eux. Teddy Riner aussi a montré un peu la voie. C'est un des premiers d'ailleurs qui a travaillé vraiment sérieusement la préparation mentale. Léon Marchand. Aujourd'hui, on a des sportifs qui travaillent vraiment cet aspect-là. Et comme par hasard, on revient au plus haut plan sur beaucoup de sujets. Le plan sur beaucoup de sports.
- Speaker #0
C'est vrai qu'en fait, dans beaucoup de sports, on a les meilleurs au monde. Je pense aussi à Victor Wemba Nyama au basket. On a des superstars. mais finalement est-ce que tu veux pour moi c'est vrai qu'en fait on a des superstars dans chaque domaine mais est-ce que finalement on aurait pas aussi besoin d'un volume plus important parce que ce que je vois aux Etats-Unis c'est qu'il y a aussi beaucoup d'athlètes qui ont un très très bon niveau et donc qui sortent aussi évidemment des superstars mais finalement est-ce que ce serait pas intéressant d'avoir cette partie mentale à tous les échelons d'une fédération ou d'un sport oui c'est vraiment là le
- Speaker #1
retard aujourd'hui à mon avis se situe là c'est à dire qu'aujourd'hui il y a vraiment des athlètes qui travaillent la préparation mentale, c'est rentrer dans les mœurs et dans les idées, je veux dire moi quand j'ai commencé à travailler sur ce sujet là on le voit on le disait un petit peu tout à l'heure, c'était des gourous, les préparateurs mentaux, et c'était vraiment, on allait voir un préparateur mental quand vraiment on n'était pas bien, il y avait cette notion de faiblesse pour un sportif de haut niveau, voire de fragilité, voire de maladie. Aujourd'hui, c'est en train de bouger, mais l'évolution reste encore à ce stade-là, c'est-à-dire que ça reste marginal, dans le sens où c'est des athlètes qui font des démarches individuelles de travailler sur cet aspect-là. Alors il y en a de plus en plus, et... Et d'ailleurs, on le voit, je veux dire, sur nos plus grands sportifs, comme par hasard, encore une fois, les noms qu'on vient de citer. Un Teddy Riner, il dit qu'il travaille la préparation mentale depuis longtemps, son mental depuis longtemps. Léon Marchand le fait. Enfin, tous ces grands champions qu'on a le font. Mais au niveau des institutions, il y a encore un énorme retard. C'est-à-dire que, du coup, il manque cette masse-là dont tu parlais. C'est-à-dire que je pense qu'effectivement, je dirais qu'il devrait y avoir des préparateurs mentaux, je pense. c'est même plus que des préparateurs mentaux, c'est pluridisciplinaire à mon avis, c'est-à-dire que il y a beaucoup aujourd'hui de professionnels de l'accompagnement qui font des métiers différents, et je pense que des jeunes auraient besoin d'avoir accès à tout un tas d'intervenants, c'est-à-dire que ça pourrait être des psychologues, ça pourrait être des préparateurs mentaux, qui font des métiers très différents, je sais que les deux aimeraient faire le travail de l'autre et dire qu'ils sont capables de faire le travail de l'autre, mais je pense qu'il y a des spécificités très différentes à ces métiers-là. Et je pense que les centres d'entraînement de nos jeunes mériteraient d'avoir des équipes pluridisciplinaires sur ce sujet-là, ce qui n'est pas le cas.
- Speaker #0
Oui, complètement. Est-ce que toi, on va dire que tu as changé de carrière pour ce mal de dos, est-ce que tout de suite, quand tu as décidé de devenir coach de tennis, est-ce que tu as intégré tout de suite cette partie mentale dans ton approche du coaching ?
- Speaker #1
Oui, alors… Plus que ça aussi, encore, tes questions sont drôles. C'est que quand moi, j'arrête ma carrière de joueur, tu l'as compris, je l'ai expliqué, j'ai beaucoup souffert, moi, de ce manque de réponses sur l'aspect mental. C'est-à-dire que je ne comprenais pas comment, étant le numéro un français moins de 18 ans, c'est-à-dire l'espoir, un des espoirs, parce que je n'étais pas le seul chaque année, il y a des champions de France quand même, mais j'étais quand même un espoir français du tennis. Comment j'ai dû, tout seul, aller démarcher des mecs à 18 ans pour trouver des réponses sur cet aspect-là. Et comment j'ai pu autant bloquer et perdre autant de temps, parce que je pense avoir perdu 3 ans et m'être vraiment esquinté. C'est pour ça que j'arrête à 26 ans. Je me suis vraiment esquinté physiquement à travailler comme un dératé. Et donc, voilà. Donc, je finis ma carrière avec ce truc-là. Et je me dis… Là, maintenant, ça fait quand même 5 ans que je travaille avec un préparateur mental quand j'arrête de ma carrière. Et je suis passionné par le sujet. donc il y a ces deux aspects là, je ne comprends pas comment j'ai pas été aidé sur cet aspect là et je suis passionné par le sujet et donc ma reconversion va être vraiment facile pour moi, c'est à dire que bien évidemment il faut que je me reconvertisse vite parce que je ne sais pas si tous les auditeurs connaissent le monde du tennis mais quand tu es 200ème mondial tu ne fais que survivre financièrement donc quand j'arrête à 26 ans, je n'ai pas un rond de côté il faut que je me reconvertisse très vite Merci. mais donc bien évidemment le métier d'entraîneur m'attire pour plein de raisons puis est accessible aussi pour moi parce que j'ai passé 10 ans en pro mais il y a un vrai défi derrière c'est à dire que le fait de pas comprendre comment j'ai pas pu être aidé sur cet aspect là et le fait d'être passionné par le sujet je me lance un vrai défi c'est à dire que je me dis je vais entraîner et je vais prouver encore une fois il faut remettre dans le contexte on parle de 26 ans j'en ai 54 tu vois c'est il y a presque 30 ans un peu avant les années 2000 quoi Oui, un peu avant les années 2000, puisque trois ans après, je vais être l'entraîneur du numéro un français Grosjean, c'est en 2001. Donc en gros, à 98. Et donc je me dis, je vais entraîner en incluant la préparation mentale avec mes joueurs et je vais prouver que si tu travailles sur cet aspect-là... tu as des bien meilleurs résultats que si tu ne le fais pas. Attention, quand je dis tu ne le fais pas, à l'époque, même encore aujourd'hui, il y a des entraîneurs qui le font, bien évidemment, qui travaillent cet aspect-là, mais plus de manière intuitive. C'est-à-dire que ce n'est pas réellement structuré, professionnalisé. Moi, à l'époque, je vais partir en formation pendant 4 ans, donc je vais me former à des techniques de coaching et d'accompagnement pendant 4 ans, et je vais mettre en pratique des techniques éprouvées.
- Speaker #0
J'allais te poser la question, je me demandais est-ce que tu t'es formé sur le terrain, enfin les deux peut-être, mais comment tu t'es formé on va dire académiquement, t'as fait des formations à côté en plus ?
- Speaker #1
Tout à fait, alors si tu veux académiquement oui et non, parce qu'à l'époque les formations, il n'y a pas vraiment de formation académique, on parlait tout à l'heure en off du DU de Clermont-Ferrand, mais ça ça vient plus tard, et c'est au balbutiement à l'époque, mais à l'époque il y a surtout des formations privées. ce qu'on appelle encore aujourd'hui ça existe encore aujourd'hui des organismes de formation le marché vraiment de la formation comme c'est un métier qui est quand même précurseur qui est un peu innovant c'est pas encore vraiment dans les universités donc c'est plus des formations privées et moi ça me convient très bien parce que c'est des semaines éparpillées dans l'année c'est pas des années scolaires et comme moi il faut que je travaille en parallèle et que je veux mettre en pratique immédiatement ce que j'apprends en fait des semaines éparpillées comme ça me vont très bien c'est à dire que je fais des semaines de formation sur des techniques très diverses, qui m'attirent à l'époque de par mon passé, parce que j'ai travaillé 5 ans avec quelqu'un, j'ai lu beaucoup de bouquins, donc il y a des thématiques et des formations qui m'intéressent. À l'époque, le pape, ou la personne la plus connue là-dessus, qui a eu les meilleurs résultats, c'est un gars qui s'appelle Alain Quirole, qui m'attire beaucoup, j'ai lu ses livres, etc. Et donc je vais me former avec lui à l'Institut de Genève, de coaching international. Et donc du coup, j'ai une certification, en coaching, j'ai un master en PNL, je vais faire des formations comme ça. Ces formations privées me vont bien parce que je fais une semaine de formation et je retourne à entraîner mes joueurs et j'expérimente tout de suite ce que je viens de voir en formation. Je vais faire ce cursus-là pendant à peu près 4 ans.
- Speaker #0
C'est vrai que ce qui est difficile, j'ai l'impression de l'extérieur, quand tu es préparateur mental ou jeune préparateur mental, c'est d'avoir accès aux sportifs, mais toi finalement, tu avais les sportifs avant même de...
- Speaker #1
Ouais, et puis c'est ma grande chance, on va avancer un petit peu dans le temps. C'est-à-dire que moi, au début, bien évidemment, à 26 ans, je commence avec des… Moi, j'ai envie de prouver que la préparation mentale est fondamentale au plus haut niveau, mais si tu veux, l'inverse, ce n'est pas vrai du tout. C'est-à-dire que moi, je rêve d'entraîner les meilleurs joueurs français, mais les meilleurs joueurs français ne veulent pas du tout d'un entraîneur de 26 ans qui débarque, qui a été un joueur « moyen » pour eux. Donc moi, je vais commencer avec des joueurs amateurs, et donc du coup, ça, ça va me… me permettre de structurer un peu mon approche, etc. Je vais avoir des résultats tels qu'ils font qu'en moins de trois ans, je vais être sollicité par le numéro un français de tennis. Et donc, du coup, à moins de 30 ans, en ayant déjà structuré quelque chose et en ayant déjà, si tu veux, une approche qui date de ma période de joueur où j'ai travaillé cinq ans avec un préparateur mental, les bouquins, les formations, puis la mise en pratique depuis trois ans, je vais me retrouver au contact des meilleurs joueurs du monde. Et c'est ça aussi qui va être, à mon avis... hyper intéressant pour moi. C'est-à-dire qu'en ayant déjà la possibilité de travailler sur cet aspect-là, je vais pouvoir le faire en travaux pratiques avec un numéro 1 français de tennis. C'est une chance incroyable.
- Speaker #0
Ok, c'est super intéressant. Je pensais que c'était via ton réseau d'anciens joueurs pros que tu avais déjà accès tout de suite à tout le panel de joueurs. En fait, non, tu as d'abord quand même fait tes armes. Oui, oui.
- Speaker #1
Pas du tout. Au début, je pense que là, on est lié au tennis, donc je ne sais pas si les auditeurs connaîtront les classements de tennis, mais moi, au début, je démarre avec un joueur classé à zéro et un joueur classé à moins deux de mon club. Donc, c'est des joueurs vraiment, c'est des joueurs de bon niveau, mais c'est des joueurs amateurs. Oui,
- Speaker #0
bien sûr, plus, plus. Oui,
- Speaker #1
amateurs plus, on pourrait dire amateurs plus, plus, si tu veux, mais amateurs. Et en plus, à l'époque, si tu veux, c'est des joueurs qui… pratiquement mon âge, parce que moi j'ai 26 ans, c'est des mecs qui ont 22 ans, 23 ans, et à l'époque on dit que si t'as pas explosé sur le circuit pro à 20 ans, t'exploseras jamais, donc en gros c'est des joueurs qui sont laissés à l'abandon dans le club, plus personne ne croit, et c'est des mecs qui, je vais commencer à travailler avec eux, en leur expliquant que moi je veux travailler sur l'aspect mental, et ils sont chauds pour ça, et c'est des mecs qui en quelques mois vont commencer à taper des joueurs dans les 30 premiers français, assez régulièrement, alors que ça faisait 3-4 ans qu'ils progressaient pas. Et donc, du coup, j'ai un joueur un peu meilleur. Pour t'expliquer le truc, ça va super vite, parce que ça va en 3 ans. Du coup, j'ai un joueur un peu meilleur d'une ligue voisine qui a à peu près le même profil. Simplement, il est un petit peu mieux classé au début. C'est un joueur qui est 1500e ATP, qui a 23 ans et demi. Donc, pareil, 1500e ATP depuis 4-5 ans. Il ne progresse plus depuis 4-5 ans. Tout le monde pense qu'il n'ira pas plus haut. Je me rappelle à l'époque, l'entraîneur me l'envoie. C'est un entraîneur à l'époque qui entraîne Grosjean et Clément. Et il me l'envoie en me disant, ça fera un bon joueur de club. Et puis, six mois après, il est 90e mondial et il va être 30e mondial au mieux. Ok.
- Speaker #0
Et donc,
- Speaker #1
du coup, je fais des cul-butes comme ça. Du coup, j'ai un joueur un peu meilleur qui me contacte, qui est un ancien mec qui a été dans les 30 premiers, puis qui est redescendu. Puis, il va remonter 30e en six mois. Et en fait, je fais des cul-butes comme ça avec tous les joueurs que je prends. Et en trois ans, je me retrouve à être sollicité par le numéro un.
- Speaker #0
Ça, c'est impressionnant. Et en fait, c'est des cas particuliers. À chaque fois, j'imagine que tu travailles des aspects très différents entre chaque joueur pour faire ce cul-but là. Mais si tu as un exemple, qu'est-ce qui fait qu'à un moment, il y a un élément déclencheur qui fait que ça change complètement sa perf. Tu vois, un joueur qui justement est un peu... Si je parlais avec le foot, c'est un joueur qui peut traîner un peu en national comme ça. Il se dit qu'il ne sera jamais pro. Et puis d'un coup, bim, ça explose. Et tu as un déclic, tu vois.
- Speaker #1
C'est exactement pour ça que j'ai basculé sur ce troisième métier qui est coach mental. C'est ce que je me rends compte à l'époque. Je te l'ai dit tout à l'heure, quand je commence à entraîner, c'est ce que je veux montrer. C'est qu'en fait, ces profils-là de joueurs, et je le fais depuis dans tous les domaines, dans tous les sports, etc. C'est qu'en fait, ces joueurs-là, si on prend l'exemple qui m'a propulsé en tant qu'entraîneur sur le circuit pro, C'est ce joueur-là qui est 1500ème et qui a 23 ans et qui ne progresse plus depuis 4-5 ans, qui joue des futurs depuis 4-5 ans sans progresser. En fait, le truc qui est fou avec ces joueurs-là, c'est que techniquement et physiquement, ils ont tout pour aller beaucoup plus haut. C'est-à-dire que ce n'est absolument pas leur capacité technique et physique qui les freine, puisque ces mecs-là sont des mecs qui maîtrisent parfaitement leur activité, qui s'entraînent comme des numéros 1 français. C'est des mecs, à ce niveau-là, c'est des mecs qui s'entraînent comme des pros 4-5 heures. Donc la pratique... techniques, les capacités techniques finalement, ce que je me rends compte à l'époque c'est qu'ils les ont la preuve c'est qu'il va être 30ème mondial au mieux de sa carrière et simplement c'est effectivement des blocages mentaux, parce qu'il doute, parce qu'il gère pas bien, exactement ce que moi j'ai vécu comme joueur, c'est aussi ça qui va me me permettre de croire qu'on peut faire des différences et que moi je l'ai senti ça, la différence entre être complètement bloqué par l'enjeu, la pression, les doutes et être complètement libéré, ton niveau il passe c'est... Ce n'est même pas quantifiable parce que moi, ça m'est arrivé quand j'étais joueur. Si tu veux un exemple rigolo, la première fois que je me qualifie dans un Grand Prix, j'ai engagé dans le filet à l'échauffement. J'ai engagé plusieurs fois dans le filet tellement mon bras était tenu par la pression. Un engagement, pour ceux qui ne savent pas, un engagement, je m'entraîne à l'époque 5 heures par jour. Quand tu t'entraînes, tu ne fais qu'engager la balle comme ça à la cuillère. Je fais ça depuis que j'ai 5 ans. Je n'en ai jamais raté un de ma vie.
- Speaker #0
je n'ai jamais raté un engagement de ma vie là devant 3000 personnes je suis capable d'en rater d'en rater deux d'affilé je vois très bien parce que moi j'ai joué au foot et j'ai fait aussi un peu de tennis d'ailleurs il se reconnait Traian toutes les semaines à un moment je jouais au tennis et je vois très bien en plus quand personne te regarde t'es un copain mais quand tu commences un peu à te tendre ton geste est du coup moins fluide et en fait tu mets tout à côté exactement alors toi sur le projet c'est encore autre chose devant un public et tout mais Et... Mais c'est intéressant que le cerveau ait une peur comme ça et t'empêche de faire ce que tu sais faire.
- Speaker #1
Pas tant que ça. Déjà, c'est des processus normaux. Simplement, ce que j'ai mis à jour et ce que je travaille depuis, c'est qu'il y a une façon de penser dans ces situations-là qui ne fait qu'accentuer le problème. Et à l'inverse, les grands champions ont une façon de penser dans ces moments-là qui, au contraire, vont libérer quelque chose de positif. C'est-à-dire que, tu vois, on parle de la peur. 98% des athlètes vont être comme on vient de le décrire. ce qui a été mon cas pendant très longtemps ils vont être diminués, ils vont être inhibés ils vont être tendus, la technique va être moins fluide ça va moins circuler ça peut même sur des activités où il y a de la décision c'est des prises de décision fausses moi je travaille aussi avec des joueurs de poker c'est des gens qui n'arrivent plus à réfléchir c'est des gars qui sont capables quand ils sont sereins de faire des calculs de probabilités absolument incroyables et qui à l'inverse sous stress tu leur demandes comment ça fait 2 et 2 et ils s'affluent c'est comme moi quand j'engage dans le Merci. dans le filet, tu vois, je rate des gestes qu'un enfant de 5 ans est capable de réussir. Mais à l'inverse, donc ça, c'est la majorité des gens qui pensent d'une certaine façon et qui bloquent le système, mais à l'inverse, il y a des grands champions qui libèrent le système grâce au stress, c'est-à-dire que si on prenait tout à l'heure des gars comme Dupont, tous les athlètes qu'on a cités, ça peut être Teddy Riner, ça peut être Dupont, ça peut être Léon Marchand, etc., Mbappé, voilà, ces champions-là, c'est ça qui est fou, c'est que c'est assez facile de s'en rendre compte, il n'y a pas besoin de... d'avoir fait des années de psychologie pour se rendre compte de ça. Ces sportifs-là, si je pose la question, est-ce que tu as l'impression que Léon Marchand, Teddy Riner, Dupont, Mbappé... sont plus forts à l'entraînement ou dans les finales olympiques pour Léon Marchand ? T'as l'impression qu'il nage mieux quand ?
- Speaker #0
En finale, il a sorti son meilleur niveau.
- Speaker #1
Il a sorti son meilleur niveau à ce moment-là. Et je te pose la même question, est-ce que Teddy Riner est meilleur en finale olympique ? Au
- Speaker #0
JO, c'était flagrant. Au JO,
- Speaker #1
c'était flagrant. Et puis du coup, c'est pareil. Et puis je peux continuer comme ça à l'infini. Et puis Alcara, c'est pareil. Et puis Singer, c'est pareil. Nadal est meilleur en finale de Roland-Garros que quand il fait une exhibition avec son cousin à Mayork. et donc tu as vraiment une frange d'athlètes qui sont ceux qui se différencient des autres qui excellent sous pression mais ça je pense qu'il est naturel on t'a dit Renaud,
- Speaker #0
on l'a dit, il a été accompagné mais est-ce qu'un Kylian Mbappé Antoine Dupont il y a eu aussi l'exemple de Thomas Rameau sur le dernier transfo qui est impressionnant est-ce que ça ils l'ont en eux et c'est ce qui fait peut-être l'essence même du champion tu vois
- Speaker #1
Et justement, c'est pour ça qu'il y a des coachs mentaux et des préparateurs mentaux. Alors déjà, de par mon métier, je ne peux pas te dire oui. Donc, tu vas peut-être croire que je ne suis pas de parti pris. Mais en fait, réfléchissons. Il suffit de regarder ce qui se passe. Bien évidemment qu'il y a des joueurs, moi, je crois beaucoup à l'environnement. Il y a des joueurs pour qui ça paraît naturel. Parce qu'ils ont grandi dans un environnement. Par exemple, si on prend l'exemple d'un… J'aime bien prendre cet exemple-là. En plus, on va rester dans le tennis puisqu'on est à Mont-Roland. Et ça parle à tout le monde. C'est les deux grands champions des 15 dernières années, Nadal et Federer. Tu as un gars comme Nadal qui a grandi dans un environnement qui est hyper propice à la haute performance. C'est-à-dire que ceux qui connaissent un peu son histoire, je veux dire, son père a deux frères. Un de ses frères, qui est donc l'oncle de Nadal, qui est Tony Nadal, qui est un ancien joueur pro de tennis et qui va entraîner Rafa pendant très longtemps. Donc on peut imaginer qu'il a un discours et une mode de pensée propice au niveau. Et l'autre frère... Je confonds toujours les deux. Il est joueur du Barça et capitaine de l'équipe d'Espagne ou joueur de l'équipe d'Espagne et capitaine du Barça. En tout cas, ça te pose quand même le niveau du maître. On est d'accord. Si tu veux, un gars comme Rafa Nadal, il grandit dans cet environnement aux performances et donc il a une façon de penser et de réfléchir par rapport à ces sujets-là qui est quasi optimale. Et quand il arrive à 17 ans, son premier Roland, qu'il gagne dès son premier Roland, en fait, il donne l'impression à tout le monde que c'est naturel pour lui. Mais en fait, il a grandi là-dedans, il entend ça depuis qu'il est tout petit. Et donc là, il y a des gens qui vont dire c'est inné, c'est naturel. Mais à l'autre bout du spectre, t'as un mec, je ne sais pas si tout le monde connaît l'histoire de Roger Federer quand même. C'est un gars, moi j'ai eu la chance de le voir arriver sur le circuit au tout début. C'est un gars qui, quand il arrive sur le circuit, il va rester d'ailleurs quelques années 20e mondiale, il ne va pas être tout de suite le joueur qu'on connaît. Mais même avant ça, c'est un joueur qui a failli arrêter le tennis parce qu'il pétait les plombs sur un terrain. C'est-à-dire que... c'est un gars qui est hyper nerveux, qui gère très mal ses émotions, etc. Et il le dit d'ailleurs dans des vidéos où il va travailler pendant trois ans sur cet aspect-là. Ce que je veux juste démontrer par cet exemple, c'est qu'à la fin, lequel est plus fort mentalement des deux ? Finalement, ça se vaut. Les pro-Nadal vont dire que c'est Nadal, les pro-Fédéra vont dire que c'est Fédéra.
- Speaker #0
À ce niveau-là, en fait, de champion, c'est... À ce niveau-là,
- Speaker #1
c'est équivalent. Et donc, l'idée, c'est que tu peux tout à fait le développer, entre guillemets... Alors, moi, je n'aime pas cette question de dîner. Bien évidemment, il y a un patrimoine génétique, je l'entends pour les athlètes, mais... le côté inné ça voudrait dire que tu peux rien faire si tu l'as pas et moi je crois pas en ça même un gars comme Nadal qui donne l'impression que c'est naturel voire inné en fait il a grandi dans un environnement qui l'a façonné mais à l'autre bout du spectre t'as des mecs qui sont pas comme ça, qui ont pas grandi dans ces environnements là et qui peuvent le travailler et obtenir les mêmes résultats Teddy Riner le dit aussi Teddy Riner dit qu'il travaille depuis qu'il a 16 ou 17 ans cet aspect là Voilà, on est bon.
- Speaker #0
C'est intéressant pour Federer, je ne le voyais pas comme ça, puisque moi j'ai vu après du coup, et il a cette élégance, ce calme, mais effectivement au début je ne pensais pas qu'il avait vraiment cet aspect de colérique, qu'il l'a travaillé.
- Speaker #1
C'est très facile, il y a plein de vidéos là-dessus, où il le dit, d'ailleurs, il dit qu'il a travaillé trois ans pour trouver cet équilibre entre la motivation et le calme. Il suffit de taper Colère Fédérale, tu vas le voir, il y a plein de fois où il est à ta raquette où ce n'est pas du tout le joueur qu'on a dans notre inconscient sur les dix dernières années de sa carrière.
- Speaker #0
Dans le tennis, c'est très brutal comme sport parce qu'effectivement, c'est le projet joué. Tu vois que le mental, tu te dis une mauvaise chose. je ne sais pas, je ne vais rien mettre aujourd'hui dans le cours. Et puis en fait, évidemment, tu rentres dans un cycle mauvais et tu mets tout à côté. Et en fait, c'est très brutal parce que tu as cet aspect public qui est très proche du cours. Tu as une tension avec des moments de silence. Tu as beaucoup d'arrêts de jeu aussi, mine de rien, qui peuvent te faire sortir du match très, très vite. Comment tu fais pour travailler ça avec des athlètes ? Parce que je pense que c'est quelque chose qui peut t'aider dans n'importe quelle situation, dans n'importe quel sport ou dans n'importe quelle situation de la vie. Mais le tennis, je trouve que c'est vraiment symptomatique. Parce qu'en fait, tu es seul aussi, tu es seul dans ta tête et donc tu te parles tout le temps presque.
- Speaker #1
Alors, c'est hyper intéressant. Alors, ce qui est rigolo avec le tennis, c'est que tu dis le tennis est hyper brutal, tu es seul dans ta tête et tout ça. Mais moi, j'ai un golfeur une heure après qui va me dire la même chose. Tu vois, j'ai un joueur de poker, tu vois, assis à une table qui va me dire la même chose. C'est hyper brutal. Tu es là, tu es chip leader et puis 30 secondes après, tu es sorti du tournoi. Et en fait, si tu veux, c'est vraiment tous les sports. Ce qu'il faut comprendre, c'est que... à très très haut niveau pour vraiment exceller il faut travailler ces aspects là et en fait ça se joue pareil sur tous les domaines j'ai une histoire qui est très drôle parce que ce que tu viens de me dire là tu sais quand tu te dis ne fais pas l'erreur comme ça etc tout à l'heure tu me demandais aussi tu vois ce joueur dont je te parlais là qui est 1500ème depuis plusieurs années puis qui va se retrouver 90ème mondial je te raconte juste une anecdote qui est un truc de fou quand même avec ce joueur là c'est là à ce moment là où je prends vraiment conscience que finalement je suis sur la bonne piste et que l'aspect mental est complètement fondamental. Ce gars-là, je commence à l'entraîner, il rejoint mon groupe et puis en fait, je trouve un mec qui... Moi, je suis encore tout jeune, je suis tout jeune entraîneur, il n'y a pas très longtemps, j'ai arrêté, je te dis, à 26 ans, donc là, on est 6 mois après, en gros, 8 mois après. Il y a 6 mois, j'étais sur les qualifs de Wimbledon, tu vois, mon dernier tournoi, ça a été les qualifs de Wimbledon, donc le niveau international, je le connais, je récupère ce mec-là, qui est 1500ème mondial, qui ne bouge plus depuis quelques années, tout le monde me dit, ça fera un bon joueur de club. Et je vois un mec qui est dix fois plus fort que ce que moi, j'étais techniquement et physiquement à l'entraînement. Sauf qu'il part en match et il perd tout le temps dans les premiers tours des futurs et tout ça. Et moi, je ne comprends pas parce que je l'ai tous les jours à l'entraînement. Je sens bien qu'il est dix fois plus fort que ce que je n'ai jamais pu être. Et pourtant, il perd dans des tournois où je ne perdais pas. Et donc, je commence à parler avec lui. Puis, il ne sait pas trop. Puis, à un moment donné, je vais aller avec lui sur un tournoi pour le voir en match. Et je me rappelle, il est sur les qualifs de Nice et il perd au premier tour, comme d'habitude, en ayant... Je me rappelle à cette époque-là, il a 14 balles de break et il en fait zéro. Et sur les 14 balles de break qu'il a, pour te dire, il est 1500e, il joue la tête de série 1 ou 2 des qualifs qui est 100e mondiale. C'est un gars qui s'appelle Olivier Malcourt à l'époque. Et il a 14 balles de break, il n'en fait aucune, dont 13 autres non provoquées. Et à l'inverse, quand on service à lui, il a 3 balles de break contre lui et il en perd 2. Et donc moi, à la fin, il perd un break dans chaque set. Et à la fin, je le questionne. Et en fait, il met juste à jour que... Et là, je comprends pourquoi il perd tous ses matchs. Je lui dis, mais tu sais ce qui s'est passé ? Il me dit, je ne te laisse même pas imaginer sur les balles de 7, c'est pire. Je lui dis, tu as 14 balles de break, tu fais 13 fautes. Il me dit, ouais, sur les balles de 7, c'est pire. Les balles de match, je ne te laisse même pas imaginer. Je lui dis, mais ce n'est pas possible. Tu ne peux pas gagner un match comme ça. C'est impossible. Et en fait, je mets à jour que simplement, il y a un dialogue interne. C'est ce que tu viens de dire. C'est pour ça que tu parles du discours interne, etc. Tu fais que tu parles. Il y a un dialogue interne négatif. C'est-à-dire que... à l'époque, et là, je fais un truc qui est le B.A.B. pour un préparateur mental, c'est-à-dire que le cerveau, il reconnaît pas la négation, c'est-à-dire qu'en fait, quand il est sur une balle de break, il se parle surtout pas de faute, tu vois, comme un golfeur va dire surtout pas le bunker ou pas le truc comme ça, et lui, et donc, en fait, ça réduit, il est comme ça, il recule, il est pas bien, il a des images de lui en train de mettre la balle dans le filet de sable, et en fait, je vais simplement lui expliquer que le cerveau fonctionne pas comme ça, qu'il faut se donner une intention positive, mets la balle dedans, avec de la sécurité, Et pour mettre la balle dedans avec la sécurité, il faut pousser, accélérer la tête de raquette, etc. Donc, il passe d'un espèce de truc comme ça à je vise des zones sûres et je rentre, je traverse, je lift. Le mec, trois semaines après, ça fait cinq ans qu'il ne progresse pas. Trois semaines après, il va sur un 125 000 dollars. Alors que ça fait cinq ans qu'il joue des 15 000 dollars et qu'il perd dans les qualifs. Trois semaines après, il va faire un 125 000 dollars. Il se qualifie, il gagne en battant à l'époque dans le tournoi. Il gagne Bruguera, Coreggia et SQD. en partant des qualifs les gros joueurs et là le mec ça fait 5 ans qu'il bouge pas et là on parle de ça et le gars je sais pas ce qu'il s'est passé mais au lieu de faire 13 fautes sur 14 balles de break il a peut-être joué normalement ses balles de break et en fait au lieu le match là où il vient de perdre 6-3, 6-4 un break dans chaque set, 13 balles de break pour lui qui fait pas 3 balles de break contre lui, il en perd 2 un break dans chaque set, 3 et 4 le même joueur centième mondial Si tu le joues juste normalement, il n'a pas gagné toutes les balles de break, mais imagine, il en gagne 30%. je te laisse faire le calcul, 30% de 14 le mec il gagne 4 breaks il break 4 fois le même adversaire le lendemain en pensant différemment et quand c'est contre lui qu'il s'est fait breaker 2 fois imagine il s'est fait breaker plus de fois ça fait 3 breaks positifs pour lui tu mets 2 et 2 au même joueur le lendemain ah ouais ouais pinaise c'est impressionnant avec juste ce changement de discours interne le gars il peut pas jouer les balles comme ça en étant à très haut niveau tu joues un 100ème mondial le mec il sait jouer au tennis
- Speaker #0
Oui
- Speaker #1
tu vois si tu joues toutes tes balles comme ça t'as plus aucune chance mais à l'inverse si tu les joues libérés en rentrant tu commences à breaker raisonnablement breaker raisonnablement c'est 4 break
- Speaker #0
4 break à 1 bah t'en as 3 en positif pour toi tu mets une raclée au mec contre qui t'as perdu en 2-7 la veille c'est dingue et après est-ce qu'il y a eu un déclic et en fait il a enchaîné tous ses matchs comme ça avec cette même technique oui
- Speaker #1
Après, je te dis, il a reçu à l'époque l'award de l'ATP. Après, je l'ai poussé à aller tout de suite, parce qu'après, il y a d'autres aspects. Il y a l'aspect motivation, objectif, rêve, etc. Donc moi, j'ai tout de suite enclenché, le poussé à jouer les plus gros tournois. Après, il a joué les plus gros tournois tennis, donc les Grands Chelèmes, les Mastermind. Et il avait eu l'award de l'ATP. C'était le joueur qui s'était le plus qualifié sur une année dans ces tournois-là. Il va se qualifier à Miami, Indian Wells, Roland Garros, tous les gros tournois. Il avait eu... cette récompense-là. Donc après, il a enchaîné. Il est monté 90e en six mois.
- Speaker #0
Donc, très belle carrière pour quelqu'un qui était... Peut-être qu'il pense qu'il ne ferait plus jamais quelque chose dans le tennis. C'est impressionnant.
- Speaker #1
Oui, en tout cas, je te dis, à l'époque, l'entraîneur qui me l'envoie, qui l'entraînait et qui était aussi l'entraîneur... Je ne vais pas citer de nom, mais qui était aussi l'entraîneur de Grosjean et Clément, me dit que ça fera un bon joueur de club.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Le mec a été 30e mondial, quand même.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu penses que... Parce que... dans ces niveaux-là, dans le top 200, toi, tu en fais partie, mais est-ce que tout le monde a le potentiel d'être dans le top 10 ?
- Speaker #1
Alors, je ne vais pas le dire comme ça. Je vais le dire différemment, parce que moi, quand je reprends ma façon de jouer, je me dis, est-ce que j'aurais pu... Je ne sais pas. J'étais limité sur des aspects techniques et peut-être même physiques,
- Speaker #0
d'ailleurs.
- Speaker #1
Mais si tu veux, je vais le dire différemment. C'est-à-dire que Merci. à l'inverse je pense qu'il y a beaucoup de joueurs qui ont les capacités techniques et qui sont pas à ce niveau là et par exemple tu vois même quand j'étais alors maintenant mes connaissances sur le tennis sont un peu obsolètes parce que maintenant je fais vraiment un autre métier puis j'y suis plus trop mais tu vois à l'époque quand j'étais vraiment dans le domaine de ça je mets au défi un mec si tu mets deux joueurs par exemple un centième mondial et un quinzième mondial tu mets deux joueurs comme ça tu connais pas les deux mecs Merci. et tu leur fais taper la balle. Je mets au défi le mec de me dire lequel est centième, lequel est quinzième.
- Speaker #0
C'est vrai, tu ne vois pas vraiment la diff.
- Speaker #1
Non, d'ailleurs, l'histoire le prouve. C'est-à-dire que tu vois, même un mec comme Djoko, quand il a atteint tous ses objectifs, etc., et il n'est pas blessé, je ne sais plus l'année, parce que je ne suis pas très bon pour les années, mais à un moment donné, il perd juste un peu en motivation ou un peu d'intérêt pour le tennis. Il va continuer à jouer tous les tournois et il n'est pas blessé. Et il ne va plus gagner un tournoi, il va redescendre 60e mondial une année. Et puis, à un moment donné, après, il repart avec des objectifs plus clairs. Et tout ça, il redevient numéro un mondial. Mais un joueur, s'il était si fort techniquement par rapport aux autres, il continuerait à gagner quand même. Oui,
- Speaker #0
même s'il était à 50%. Oui, oui, oui. OK. Et pour revenir à Roland-Garros, là, chaque année, on a des attentes. Alors, est-ce que tu projettes, tu penses qu'il y a certains joueurs ou joueuses, d'ailleurs, il faut aussi parler des femmes.
- Speaker #1
qui est là où on a le potentiel de gagner et le cas échéant est-ce que c'est une question de stress et de pression de jouer devant des français devant son public à la maison oui alors je trouve de moins en moins mais je veux dire le passé nous le montre c'est à dire que tous les meilleurs tennismans français d'ailleurs les hommes ou femmes tennismans ou tenniswomen français le disaient c'est à dire que Roland-Garros est un peu un endroit où il est très dur d'exceller pour un joueur français. Il y en a eu très peu qui ont été capables de le faire parce qu'il y a une pression énorme, etc. Je trouve que ça, les joueurs travaillant de plus en plus cet aspect-là, ils le vivent de mieux en mieux, mais on a beaucoup de cas assez négativement connus où des joueurs perdaient complètement pied. des joueurs ou des joueuses d'ailleurs, perdaient complètement pieds et étaient vraiment diminués par rapport à ce qu'ils étaient capables de faire. Et voilà, maintenant, je pense que ça diminue et que c'est même le contraire. On a même, c'est ce que j'expliquais tout à l'heure, c'est-à-dire que si on comprend que finalement, le stress permet à des joueurs qui le gèrent bien d'être beaucoup plus forts sous stress, du coup, Roland-Garros peut permettre... d'être beaucoup plus fort, en fait, pour un Français. Parce que du coup, s'il utilise bien le stress, il va être porté, il va être... Donc le but est d'aller vers ça, bien évidemment. Mais pour ça, il faut le travailler, puis il faut travailler ou être capable de le faire intuitivement. Mais bon, ça peut être un petit peu plus dur. C'est plus facile de le travailler. Et puis, même si on a des compétences intuitives, si en plus on le travaille, on a quand même plus de chances de maîtriser cet aspect-là le jour J. Mais oui, je pense qu'il y a des... Je pense vraiment à quelqu'un comme Arthur Fiss, que je ne connais pas très bien, mais on voit qu'il a une façon de penser qui est vraiment très bonne. Quand on entend ses discours sur les objectifs, sur la motivation, il est capable de les afficher clairement sans que ça vienne justement au temps de le système, etc. Je pense que c'est un joueur qui peut être transcendé à Roland-Garros et qui, du coup, peut faire des énormes résultats. Il y a un gars comme Gaël aussi qui avait réussi à le faire quelques années, même s'il lui manquait peut-être la constance pour aller totalement au bout d'un tournoi comme ça.
- Speaker #0
Ce que j'aimais bien, alors il y a eu Loïs Bresson aussi l'an dernier qui a quand même allé très loin. Est-ce que Gaël, mon fils, est un très bon exemple parce que je trouve qu'il a amené autre chose dans le tennis, un style déjà différent et peut-être laissé transparer plus de plaisir. Est-ce que ça a été sa grande force, tu penses ? pour la carrière qu'il a faite, parce qu'elle est quand même, il faut le dire, elle est grande, le tennis est tellement élitiste que voilà, pour faire ce qu'il a fait, c'est déjà grand. Est-ce que tu penses que la notion de plaisir a été déterminante là-dedans ?
- Speaker #1
Oui. Alors bien évidemment, être au niveau où il a été aussi longtemps, c'est à la fois fantastique et à la fois, je pense que c'est un joueur qui aurait pu aller tellement plus haut, vu justement, si on s'arrête sur l'aspect technique et physique. Pour le coup, Gaël, je pense que c'est quelqu'un d'hors norme. Pour le coup, je pense qu'il y en a très peu qui ont des capacités physiques qu'il a, des capacités de frappe de balle qu'il a. Pour le coup, il y a quand même quelques joueurs. C'est comme un Teddy Riner. Teddy Riner, il reste hors norme physiquement. Il a le potentiel. Ou un Mbappé. Un Mbappé a quand même une pointe de vitesse. C'est clair. Donc, Gaël est de ces sportifs-là, je pense. Et donc, moi, je souffre qu'il n'ait pas gagné plusieurs grands chlèmes. J'ai une petite histoire rigolote à propos de Gaël, parce que je l'ai entraîné quelques mois. Et puis, quelques années après, je me retrouve responsable du haut niveau au Qatar. Et je dirige pas mal d'entraîneurs. Et il y a le tournoi de Doha qui arrive et il y a Gaël qui joue Nadal. Et les entraîneurs viennent me voir en me disant « Pierre, t'as entraîné Gaël, qu'est-ce que tu penses qu'il va faire demain contre Nadal ? » À l'époque, Nadal est numéro 1, et je dis « ça dépend de Gaël » . Et les entraîneurs me disent « t'es un fou, ils font les mêmes choses que toi » . C'est Nadal, je dis « vous me demandez mon avis, je vous dis que ça dépend de Gaël » . Gaël a envie de jouer, je pense qu'il va le mettre à l'amende. Et le match démarre, et il gagne 6-3, 6-2. vraiment Nadal n'est pas blessé mais simplement il aussi fou que ça puisse paraître il l'écrase en puissance c'est à dire en flic de balle en puissance Nadal c'est qu'il était vraiment au dessus les gars il est capable d'envoyer des trucs qui sont assez dingues qui sont je veux dire c'est Djoko qui disait ou Federer je sais plus qui disait le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le Il y a un joueur qui me fait peur même quand je joue bien. Le seul joueur qui me fait peur même quand je joue bien, ça reste Gaël. C'est pas rien quand même. Et donc, il gagne comme ça 3-2 en écrasant. Les coachs viennent me revoir le soir en me disant « C'est un truc de dingue ! » « Mais comment ça se fait que ce mec-là, il n'est pas numéro 1 mondial ? » Je lui dis « Attends demain, regarde demain ce qu'il va se passer. » Et le lendemain, il fait un match où il n'est plus du tout au même niveau que la veille et il perd.
- Speaker #0
Une zone de constance là-dedans.
- Speaker #1
Il manque une capacité à reproduire ce qu'il est capable de faire sur des matchs à très fort enjeu. Donc, il a à la fois ce plaisir dont tu disais. Et puis, encore une fois, attention, il a une carrière qui est extraordinaire.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
oui. Je pense qu'elle aurait pu être du niveau d'un Federer, d'un Nadal ou d'un Djokovic. Ou en tout cas, peut-être pas à ce niveau-là, mais en tout cas, entre deux. Un Wawrinka, je pense qu'il n'a rien à envier à un Wawrinka, tu vois, qui a gagné trois Grands Chelens.
- Speaker #0
C'est vrai. C'est intéressant. Vringa, c'est intéressant. Je me suis toujours posé cette question sur ce joueur. Il a gagné et tout. Il n'a pas l'air non plus de sortir du lot par rapport au top 10, à d'autres joueurs au top 20. C'est intéressant. Je vois que le temps passe très vite. Je voulais parler aussi d'autres thématiques. Je vois que tu coaches aussi en entreprise. Qu'est-ce que tu amènes du tennis dans des équipes dirigeantes, ou pas que dirigeantes, mais en tout cas dans les équipes de management ? Qu'est-ce que tu utilises du sport de haut niveau pour le mettre à disposition de personnes
- Speaker #1
« civiles » ? En fait, je mets tout, j'amène tout qui vient du sport de haut niveau. C'est exactement la même chose. On est vraiment sur une façon de penser, comment rentrer dans son état optimal de performance. Moi, tout mon travail consiste à ça. en fait consiste à à faire comprendre à mon athlète, et je parle volontairement maintenant d'athlète et non pas de joueur de tennis ou de sportif, c'est-à-dire que pour moi, un athlète, c'est toute personne qui recherche la haute performance dans son activité. Et donc, un chef d'entreprise, il est complètement dans cette logique-là aussi. Un joueur de poker aussi, un musicien aussi. J'ai aussi des étudiants qui préparent des grands concours. Ils sont vraiment dans cette logique-là. Ces jours-ci, je viens de préparer quelqu'un qui prépare le concours de meilleur ouvrier de France. Ils sont dans des recherches de performance optimales dans des moments donnés, au même titre qu'un chef d'entreprise. Et donc, moi, je travaille sur aider mon athlète à comprendre comment faire pour rentrer dans cet état optimal de performance sur demande. C'est-à-dire que le très haut niveau, c'est là où ça devient fou. C'est qu'on a encore beaucoup d'athlètes qui pensent que c'est un état un peu de grâce. On appelle ça d'ailleurs l'état de grâce en France, ce qui est une folie parce qu'on conditionne nos athlètes à penser que ça ne vient pas d'eux, mais que c'est le bon Dieu. Que ça tombe du ciel. Que ça tombe du ciel, tu vois. D'ailleurs, c'est rigolo. L'autre expression qu'on dit pour l'état de grâce, c'est aujourd'hui, toutes les planètes étaient alignées. C'est vrai. Donc, on a cette expression-là en France qui conditionne nos athlètes à penser qu'ils ne le maîtrisent pas, cet état-là. Parce que, explique-moi comment tu fais la veille d'une finale olympique pour aller aligner toutes les planètes. Ça reste quelque chose d'assez étrange. Et si tu veux, en fait, moi, tout le travail, ce que j'ai identifié, c'est que les grands champions sont capables, par contre, de rentrer dans cet état-là sur demande. Et moi, je travaille avec mes athlètes pour qu'ils soient capables de reproduire cet état-là dès qu'ils en ont besoin. Et donc, à chaque entreprise, ils cherchent ça. On cherche... Il vient chercher quand je travaille avec lui et je travaille donc avec lui sur les mêmes sujets. C'est-à-dire que comment il réfléchit sur des sujets comme la confiance, comme le stress, comme la frustration, comme la motivation, la concentration. Et ça, c'est exactement, je parle à un chef d'entreprise, exactement de la même façon qu'un joueur de tennis professionnel ou un joueur de foot.
- Speaker #0
Donc, c'est les mêmes techniques. Alors, on ne va pas parler en off, mais je suis entrepreneur aussi. Tu vois, j'ai le podcast à côté. J'écris une application mobile justement dans le coaching mental. et là je vais partir en levée de fond donc c'est en fait un peu les mêmes thématiques que tu peux aborder avec tes techniques de sportif quand tu vas dans une levée de fond est-ce que face à tes interlocuteurs tu vas dégager de la confiance,
- Speaker #1
de la sérénité est-ce que tu vas être concentré sur le sujet est-ce que le stress va te permettre d'être hyper vigilant sous adrénaline et hyper concentré hyper lucide ou est-ce qu'au contraire tu vas dire si j'ai pas ma levée de fond je ferme boutique, c'est la cata je pourrais plus payer les vacances à mes enfants Voilà, t'es dans les mêmes logiques.
- Speaker #0
Les mêmes mécanismes, quoi. Mais tu utilises quoi ? Juste deux, trois techniques ? Alors, on n'a pas le temps, évidemment, d'approfondir, et je ne suis pas là pour me payer un coaching gratuit, mais juste si t'as quelques techniques, je ne sais pas, que tu peux appliquer ?
- Speaker #1
Non, je n'ai pas quelques techniques comme ça que je peux appliquer, mais en gros, ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est des façons de réfléchir sur ces sujets-là. C'est-à-dire que ce que j'ai mis à jour, c'est que la majorité des gens pensent d'une façon qui n'est pas optimale et même qui accentue les problèmes. C'est-à-dire que sur des sujets comme la... la confiance, la concentration, les émotions, tout ça. On disait tout à l'heure, et c'est des chiffres, il suffit de regarder, il y a 98% des athlètes qui performent moins sous stress et il y a un top 2% qui excellent sous stress. Ça montre bien qu'il y a une façon de penser qui t'amène à être diminué et il y a une façon de penser qui t'amène à te sublimer sous stress. Et donc voilà, moi je vais travailler sur ces aspects-là, c'est faire comprendre aux gens leur façon de penser qui pose problème. leur proposer des façons de penser que j'ai identifiées et que j'ai testées à très haut niveau. Et ensuite, ils vont essayer de penser comme ça dans les sujets, puis ils voient la différence, et puis on avance comme ça. Un truc très simple que je peux te donner pour comprendre l'idée, c'est que, tu vois, par exemple, ce que j'appelle la pensée collective, tout à l'heure, on vient d'en parler, le premier exemple, c'est 98% des gens, des athlètes français, pensent que cet état optimal de performance est un état de grâce qu'ils ne maîtrisent pas. Tant qu'ils continuent à penser comme ça... ils ne se posent pas la question comment on fait pour y rentrer.
- Speaker #0
Oui, oui, oui.
- Speaker #1
C'est une logique déconcertante, mais c'est l'inconscient. Mais c'est clair. Tant que tu continueras à croire que le jour de ta finale olympique, il faut que toutes les planètes soient alignées, tu t'entraînes dur et tu attends que ça vienne. Oui, OK. Il y a des sportifs qui... Sur la confiance, par exemple, une autre façon de penser, c'est que tout le monde est persuadé que la confiance en soi vient en gagnant et en réussissant. Il suffit d'ouvrir n'importe quelle émission là entre moi et Roland. Amuse-toi à faire ça, vous allez entendre 50 fois avant Roland du style des phrases « Siner, il vient de gagner les deux derniers Grands Chelèmes, les deux derniers Master 1000 » . il arrive en pleine confiance. Et ça, tu vas l'entendre des dizaines et des dizaines de fois, avec tous les dérivés qu'il y a. Ce qui fait que ça constitue la façon de penser des athlètes, qui est que la confiance en soi, elle vient en gagnant et en réussissant. Alors qu'en fait, il n'y a pas un grand champion qui gagne sans avoir confiance en lui. C'est-à-dire que la confiance en soi doit venir avant la victoire. C'est parce que tu te prépares bien et que tu as une grande confiance en toi qui fait que tu as une chance de gagner au plus haut niveau. Mais en fait, du coup, il faut avoir confiance en soi pour gagner et réussir. Maintenant, si tu mets les deux phrases ensemble, la pensée collective et en fait ce qu'il faut réellement, tu vas très vite te rendre compte que c'est le chien qui se mord la queue. C'est-à-dire qu'il y a une pensée collective qui est développée depuis qu'on est tout petit parce qu'on l'entend des milliers de fois par an. La confiance en soi, elle vient en gagnant et en réussissant. Sauf qu'il faut avoir confiance en soi pour gagner et réussir. Donc, on a des athlètes qui courent derrière, qui sont laborieux et fragiles. C'est-à-dire qu'ils rentrent sur des tournois et ils attendent de gagner. pour enfin avoir confiance en eux. Et en fait, tu es dans un truc qui ne fonctionne pas au plus haut niveau.
- Speaker #0
Ça fait vachement écho, même dans mon domaine, ce que tu dis, tu vois.
- Speaker #1
Et ça fait vachement écho. Et en fait, c'est là la force de la méthode avec laquelle je travaille. C'est qu'elle vient du terrain. Moi, tu me parlais tout à l'heure des trucs académiques. Moi, j'ai testé ça sur le terrain. Et en fait, tout ce dont je te parle, c'est des trucs que je vois depuis 30 ans, sur lesquels j'ai buté personnellement. Et en fait, quand tu... modifier un peu cette façon, cette approche de la haute performance, il y a beaucoup de choses qui changent. Et les choses se décoincent un petit peu, finalement, assez facilement.
- Speaker #0
C'est un peu ce truc de quand j'aurai atteint ça ou j'aurai ça, je serai heureux. Mais en fait, si tu fais ça, tu ne seras peut-être potentiellement jamais heureux.
- Speaker #1
Exactement. Et le meilleur moyen d'atteindre des objectifs très élevés, c'est de les faire en étant heureux, en prenant du plaisir. Donc, en fait, c'est toujours ce chien qui se mord la queue. Et si tu apportes le truc par le mauvais bout, Ça peut devenir très compliqué.
- Speaker #0
Est-ce que c'est culturel, ça ? On parle beaucoup des États-Unis sur ces sujets, mais tu penses que c'est culturel ?
- Speaker #1
C'est une question qui est dure pour moi de répondre parce que tu l'as compris, tout ce dont je parle, c'est des choses que j'ai pratiquées sur le terrain. Le problème, c'est que mes datas, elles viennent avec des sportifs français. Tout ce dont je parle, c'est essentiellement des sportifs français. J'ai travaillé un petit peu à l'étranger, je te le disais tout à l'heure, deux ou trois ans au Qatar. J'ai entraîné aussi un Ukrainien. Et d'ailleurs, j'ai une histoire très rigolote avec lui. Tout à l'heure, tu me parlais de la mentalité française et tout. Un jour, il jouait un Français, il se qualifiait à Miami, puis il jouait au premier tour un Français. Je ne vais pas citer le nom du gars qui était un meilleur joueur mondial. Et puis lui, il n'était que 180e. Et je lui dis, tu veux qu'on parle ? Moi, c'est un joueur français, je connais bien tactiquement et tout, comment le jouer et tout ça. Il me dit, non, mais je n'ai pas besoin. Je sais exactement comment jouer contre lui. Je lui dis, tu l'as joué pourtant. Moi, je le vois tous les jours à Roland. Il me dit non mais contre un français c'est très simple, je te parle de ça, on est en 2010, 2013 peut-être, il me dit non mais c'est très simple, contre un français il faut que je m'accroche pour essayer d'arriver à 5 partout, et si j'arrive à 5 partout c'est gagné.
- Speaker #0
Il s'est dit après il va craquer quoi.
- Speaker #1
Après il va craquer, exactement, et en fait si tu veux, on a été longtemps considéré. les Français comme faibles mentalement, jusqu'à il n'y a pas très longtemps. Et pour répondre à ta question qui était... Culturellement,
- Speaker #0
oui. Est-ce que tu vois...
- Speaker #1
Moi, je n'ai pas assez de data. Je ne peux pas répondre à ça parce que j'ai juste quelques data comme ça. Et donc, c'est dur pour moi d'y répondre. Mais voilà, en tout cas, cette petite histoire, je trouve qu'elle est rigolote.
- Speaker #0
Tu fais un super pont puisqu'on va bientôt clôturer l'épisode, mais tu as écrit un livre qui s'appelle La Force Mentale, d'édition Juno. Et justement, comment tu définirais toi la force mentale ? Puisque cet Ukrainien disait que les Français sont plutôt fragiles mentalement à certains moments. Comment toi tu le définirais ? Parce que dans le collectif et conscient, il y a ce truc de je suis combatif, je suis agressif, j'ai jamais peur. Tu vois, ces trucs un peu de force mentale. Comment tu le définirais toi ?
- Speaker #1
Alors... Alors, j'ai une autre petite histoire. Je viens d'écrire aussi un article sur Marseille en ce moment, l'Olympique de Marseille, où on parle beaucoup d'agressivité à Marseille, etc. Et force est de constater que l'agressivité n'est pas la panacée. Tu vois, il ne suffit pas à être fort mentalement. Tu vois, quand tu vois Louis-Henriqué, il y a tout un panel, si tu veux, dans la force mentale qui dépasse très largement. Si tu veux, la motivation et l'agressivité, c'est une... on pourrait le dire comme ça, c'est une des parties de la force mentale et j'ai même envie de te dire, c'est un prérequis c'est-à-dire que je connais aucun grand champion qui n'est pas motivé ça n'existe pas, mais je veux dire à l'inverse, il ne suffit pas d'être motivé pour être un grand champion et donc moi pour définir la force mentale c'est vraiment cette capacité de rentrer dans son état optimal de performance sur demande quand on a besoin, et pour rentrer dans son état optimal de performance, moi j'ai listé 8 paramètres mentaux dont la motivation est un des paramètres, mais il y en a sept autres. Et donc, c'est devenu cette méthode-là que dans le bouquin, je formalise en méthode accédée. Donc, la motivation, c'est le D d'accédée, la détermination en termes d'objectifs et de motivation, mais c'est une des lettres. Et les autres, tu as l'adaptation, tu as l'acceptation, tu as la confiance en soi, tu as la capacité de se concentrer, tu as l'environnement, la gestion de l'environnement, la gestion des émotions, donc tout ce qui est stress, pression, frustration, colère, déception. Voilà. Et donc, pour moi, si tu me demandes de résumer c'est quoi être fort mentalement ? C'est être capable d'accéder à ton état optimal de performance sur demande. Et le très haut niveau, les grands champions, c'est ça qui transpire le plus, plus que des capacités techniques ou physiques, c'est la capacité d'être à leur meilleur niveau quand ils en ont vraiment besoin.
- Speaker #0
C'est une belle définition, c'est bien plus global que juste force mentale égale capable de se faire très mal pour réussir.
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr. Et même, je veux dire, est-ce que t'as l'impression qu'un fédéraire, il se fait très mal ? Non,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
est-ce que tu as l'impression qu'un Dembélé l'année dernière il s'est fait très mal j'ai plutôt l'impression que le mec est en état de performance optimale qui fait que c'est fun, que c'est cool alors bien sûr qu'il est motivé, bien sûr qu'il a envie mais tu vois il y a un espèce d'état de performance optimale qui à la fois est le graal absolu en termes d'efficacité mais également en termes de fun et de plaisir Dembélé il prend du plaisir merci Pierre
- Speaker #0
on va clôturer cet épisode c'est passé très vite j'aurais aimé aborder plein de choses mais on fera peut-être un épisode 2 tu es dans d'autres sports aussi je te remercie j'espère que ça vous a aidé je parle à l'audience et puis on se dit à très bientôt Pierre ça marche,
- Speaker #1
c'était très fun c'est passé très vite aussi pour moi avec grand plaisir au revoir
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. J'espère qu'il vous a plu et que vous avez appris des choses. Si c'est le cas, merci de mettre 5 étoiles sur Apple Podcasts ou Spotify et surtout de partager cet épisode autour de vous. N'hésitez pas à me faire part de vos retours pour les prochains épisodes. Je vous dis à bientôt sur Objectif Mental.