- Christine
on n'a qu'une voix un podcast pour découvrir ce que cache notre voix Chaque mois, venez à la rencontre de mes invités qui lèvent le voile sur l'histoire singulière de leur voix. Au programme, des voix parlées, des voix chantées, des voix jouées et des voix parfois malmenées. L'intention ? Vous procurer des émotions, vous faire voyager, vous apporter des conseils et vous proposer un pas de côté pour vous inviter à aimer votre voix.
- Alice
Bonjour tout le monde, moi je suis Alice, je suis ingénieure du son. Ça fait quelques années, presque six ans, que j'ai lancé mon studio Les Belles Fréquences où j'accompagne les podcasteurs, les réalisateurs, réalisatrices sonores, audiovisuelles dans tout ce qui est post-production du son, le sound design, le montage, le mixage, etc. Et à côté de ça, étant aussi très fan des podcasts, j'ai lancé mon podcast qui s'appelle Memento, un podcast sur l'histoire et le devoir de mémoire. Et voilà, que dire d'autre ? Le son fait vraiment partie de ma vie et la voix aussi, du coup. Donc, je suis vraiment contente qu'on puisse faire cet échange aujourd'hui. Merci encore.
- Christine
Merci à toi pour ta confiance, Alice. J'avais envie en ouverture de te demander quel est ton premier souvenir lié à la voix ? Qu'est-ce qui te vient comme ça en premier ?
- Alice
Waouh ! Moi, j'ai grandi dans le sud de la France, avant d'arriver dans le centre de la France. Et c'est vrai que moi, le premier souvenir que j'ai avec la voix, c'est peut-être l'accent marseillais, en fait. L'accent du sud, la criée, cet accent hyper chantant. J'ai une partie de ma famille aussi qui vient de Tunisie, qui a aussi un français très particulier. Cette partie-là, je l'associe beaucoup à la langue et à la façon dont était... prononcer certains mots, certaines expressions. Le son, les sonorités du Sud, de manière générale, je pense aussi énormément à des chanteurs, à des chanteuses qui faisaient partie aussi de ce qu'on écoutait à la maison. Et je crois qu'en pensant à cette question-là, je pense à ces voix du Sud, à cet accent chantant. Ça me plonge dans beaucoup de souvenirs. Et c'est vrai qu'en étant ici, plus dans le centre de la France, avec un accent. Très différent pour le coup. J'associerais mon premier souvenir à ça, l'accent du Sud.
- Christine
Et est-ce qu'il y a une voix en particulier qui t'aurait marquée ?
- Alice
Une voix en particulier ? Peut-être celle des grandes femmes de ma famille, ça c'est sûr. De mes grands-mères, de ma mère. Après, si on sort un peu plus... Je ne sais pas, du contexte familial, il y avait aussi beaucoup de... J'essayais de me rappeler un peu de nom, de tout ce qui est film aussi, de Marcel Pagnol par exemple, ou même de Robert Guédiguian. Il y a vraiment quelque chose qui est fait sur la voix en fait. Et c'est aussi ça un peu ce qui m'a marquée, c'est que certes ce sont des films qu'on regarde en famille, il y a un souvenir, mais il y a aussi beaucoup de jeux sur la langue, sur les accents, sur les voix. Et c'est vrai que quand on pense au sud, moi je pense à ces images de films aussi. Donc je dirais, voilà, les grandes femmes de ma famille et aussi ces acteurs, ces actrices qui parlaient, qui jouaient dans ces films de Pagnol, de Guédiguian. C'est très fort comme souvenir.
- Christine
Merci pour ce partage. Aujourd'hui, que tu pratiques un métier justement en lien fort avec la voix, tu as dit le son de manière générale, mais évidemment dans le son, la voix a une partie importante. Est-ce que tu dirais que tu entends les voix différemment ?
- Alice
Je pense que oui, parce qu'en fait tous les jours, avec mon métier, j'analyse la voix de façon très particulière. Donc typiquement, je vais recevoir un fichier son, donc très souvent une interview, une chronique, quelque chose, ou même une chanson. Et c'est vrai qu'avant de... D'écouter pleinement ce qui est dit, ce qui est partagé sur ce fichier-là, d'avant même de comprendre de quoi on parle, je vais écouter la voix et je vais l'analyser pour... Je vais peut-être analyser l'enregistrement avant d'analyser la voix pour comprendre comment ça a été enregistré, pour comprendre quels ont été les soucis éventuels de cet enregistrement et aussi chercher à la mettre en valeur. Et la mettre en valeur, c'est essayer de comprendre comment elle a résonné dans certaines pièces, comment elle a résonné avec le micro, comment la personne a vécu son... Parce qu'il y a beaucoup d'émotions qui passent aussi par la voix. Donc, est-ce que la personne était plutôt stressée, timide ? Est-ce qu'elle a passé un excellent moment et elle a ri et elle était extrêmement détendue ? Ça, ça a beaucoup d'influence aussi sur comment résonne notre voix. Et ce qui fait que... Forcément, j'entends les voix différemment parce que je vais d'abord entendre l'aspect acoustique de la voix, avant le côté artistique ou émotionnel, dans le sens où pour moi, quand je bosse, une voix, c'est une série de fréquences, c'est un spectre, c'est une voix grave, une voix plutôt aiguë, c'est une voix qui va résonner plutôt dans telle fréquence ou une autre, presque comme si c'était... C'était uniquement fait de notes de musique, finalement, une mélodie. Et cette mélodie-là, ces fréquences-là, vont faire qu'on va avoir un certain type de voix et que ce certain type de voix va aussi donner donc une personnalité à la personne qu'on va écouter. Mais le sujet même de la conversation ou de la personnalité vient en fait à la fin de la chaîne d'écoute, entre guillemets, parce qu'il y aura eu déjà toute cette analyse autour des fréquences, de comment on met en valeur la voix. et typiquement ce qui est rigolo quand je bosse avec des des podcasters c'est que on me demande qu'est-ce que t'as pensé de l'épisode est-ce que ça t'a plu et quand je suis en face de mix en fait je peux pas le dire parce que j'ai pas écouté ce qui est dit donc j'ai besoin d'une autre écoute pour vraiment changer mon oreille finalement parce que voilà la première écoute que je vais faire ça va être une écoute un peu acoustique, fréquentielle euh presque musicales, et mettre dans cette casquette d'acousticienne pour comprendre comment résonne la voix, pour ensuite comprendre un peu plus de la personnalité. Voilà.
- Christine
D'accord, super. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu le parcours qui t'a amené ? Là, tu as parlé plusieurs fois de podcasteur. Je pense que peut-être ça constitue la majeure partie des personnes avec lesquelles tu travailles aujourd'hui. Justement, quel est ton... parcours professionnel jusqu'à ce jour ? Qu'est-ce que tu peux nous dire de tout ça ?
- Alice
Alors, mon parcours professionnel, donc après le bac, j'ai fait deux ans dans une école de cinéma pour passer à un BTS, métier de l'audiovisuel option son. Donc, c'était deux super années parce que moi, à la base, je voulais vraiment travailler dans le cinéma. C'est ma passion numéro une. Notamment aussi grâce à ce que j'ai eu de... pendant mon enfance avec ses films de Pagnol, Guédiguian, etc. Mais c'était vraiment... Voilà, mon objectif, c'était de travailler dans le son ou même dans la musique en lien avec le cinéma. Donc j'ai fait cette école-là pendant deux ans. Ensuite, après ces deux ans, j'ai fait aussi une formation un peu plus... on va dire un peu plus physique, acoustique, avec une année de... de licence, enfin non c'est pas vraiment une licence mais en fait c'est plutôt un cours particulier autour de l'acoustique où vraiment c'était que de la physique quoi, rien d'artistique et on s'éloignait complètement du cinéma et après ça j'ai eu un petit, je sais pas, un petit creux professionnel ne sachant pas si je voulais continuer d'étudier si je voulais avoir un diplôme plus important, si je voulais commencer à travailler sachant que pendant ces deux années là j'avais aussi fait des stages à la radio et et à la télé. Donc, j'avais un petit peu exploré tout ce qui pouvait se faire avec mon diplôme, sachant technicienne à la radio ou technicienne en post-production télé. Et voilà, je ne savais pas trop quoi faire à ce moment-là. Et j'ai eu une opportunité, un petit peu par hasard, d'aller en Italie et de faire un stage dans une entreprise qui, en fait, cherchait à créer des sons pour les voitures électriques. Parce qu'une voiture électrique ne fait pas de bruit avant d'atteindre un certain kilométrage, on va dire une certaine vitesse plutôt. Et donc, il fallait créer un son pour la sécurité des piétons, pour la sécurité dans un parking, etc. Parce qu'une voiture qui ne fait pas de bruit, c'est en fait très dangereux. Donc, c'était une opportunité comme ça de six mois où j'étais en Italie et j'ai adoré cette expérience. Vraiment, j'ai adoré cette expérience. Et c'est en Italie aussi où j'ai découvert le podcast, parce qu'en Italie, le podcast s'est développé beaucoup plus tôt qu'en France, parce que le podcast est aussi vu comme une espèce de média de résistance face au gouvernement, etc. Et il existe énormément de boîtes de production italiennes qui font des podcasts absolument magnifiques. Et j'ai découvert aussi, en apprenant la langue, des podcasts en italien qui sont sublimes. Et donc c'est à ce moment là que je me suis aussi intéressée au podcast et est arrivé le Covid. Donc tout s'est arrêté. Mais j'avais une petite accroche quand même avec le podcast. Déjà j'avais envie de créer le mien avant de travailler pour d'autres. Parce que je sentais la liberté que ça pouvait offrir en fait. De simplement se poser avec un micro et de parler. Que ça soit préparé ou non, que ça soit... mis avec de la musique ou non, qui est un côté fiction. J'avais aussi découvert beaucoup de fiction sonore. Et ça, ça m'avait vachement parlé de comprendre le pouvoir du son sans l'image, de comprendre tout ce qu'on pouvait partager rien qu'avec le son et ce que ça offrait pour l'imagination. Donc ça aussi, ça s'était resté dans un coin de ma tête. Et le Covid m'a fait partir de l'Italie, même si je voulais vraiment y rester. Et je ne sais plus comment ça s'est fait, mais je crois que c'est en contactant des premières personnes, parce que je cherchais plutôt à m'occuper et aussi donc à essayer de comprendre un peu comment je voulais travailler. J'ai eu des contacts avec des premières personnes qui avaient besoin de montage, de mixage. On ne parlait pas du tout de travail, mais simplement d'activité, de voilà, comment on s'occupe. Je te donne un montage, tu fais le montage, je publie après l'épisode. Alors au début, c'était des interviews très simples. assez classique entre entrepreneurs, si je me souviens bien, des podcasts très simples, des interviews. Et petit à petit, on a donné mon nom pour que je monte encore et encore et encore. Et en fait, ça a pris très vite parce que le Covid a aussi été signe d'expansion pour le podcast en France, surtout grâce au fait qu'on pouvait faire des interviews à distance et qu'on n'avait plus besoin de... de se déplacer dans les studios, etc. Et surtout, quand on a compris qu'il ne fallait pas non plus un gros matériel, un gros budget pour enregistrer des podcasts et faire passer des messages. Donc, à ce moment-là, on a partagé mon nom et j'en ai fait de plus en plus. Et donc, il fallait absolument que je structure ça. Et c'est à ce moment-là qu'est née Les Belles Fréquences, mon studio. Et petit à petit, je suis restée dans le podcast, même s'il m'arrive encore de mixer des films, des documentaires ou de bosser un peu plus dans l'audiovisuel. ou même de faire de la musique. Mais c'est vrai que mon activité maintenant est plutôt centrée autour du podcast. Et ce qui me ravit beaucoup, parce que ça me ramène toujours à cette époque en Italie, quand j'ai découvert le podcast, je me suis vraiment rendue compte de tout ce qu'on pouvait faire vraiment avec le podcast. Et donc, je ne suis que ravie quand on me dit qu'on veut lancer un podcast, quels que soient les sujets, quel que soit le format, quel que soit comment on veut raconter les choses, comment on veut se poser, combien de personnes sont autour du micro. Il y a tellement de possibilités que mon activité aussi, elle me permet ça en fait. J'apprends tellement de choses grâce aux podcasts, grâce aux interviews, aux fichiers qu'on m'envoie, Même si je suis que sur principalement une activité qui est le podcast, j'ai l'impression de travailler pour plein de domaines, secteurs différents. Surtout qu'on me demande aussi mon avis sur comment et si l'épisode est bien structuré, qu'est-ce que j'en ai pensé, etc. Donc ça me fait réfléchir sur plein de sujets différents. Et forcément, ça, c'est un vrai bonheur. Donc voilà, j'ai fait un peu rapide, mais ça, c'était tout mon parcours pour arriver jusqu'au podcast aujourd'hui.
- Christine
Qui vraisemblablement te nourrit beaucoup de ce que j'entends. Oui.
- Alice
Avec des sujets pour te dire, ce matin j'ai monté un portrait pour un podcast qui va proposer cet été des petites capsules qui racontent des histoires de femmes arabes oubliées. Donc avec toute la réflexion autour de la musique, etc. Donc très joli. Et après, juste après, j'ai fait un montage pour un podcast qui est autour du foot et de la coupe du monde. Et en fait, c'est un truc que j'adore. C'est-à-dire que ça me challenge aussi de savoir comment prendre les... C'est plus que de l'ingénierie du son, c'est vraiment plus de la réalisation, du sound design, etc. Et c'est ça, surtout, qui fait que j'aime autant cette activité. C'est sûr.
- Christine
Alors tu as commencé à en parler un petit peu, mais j'aimerais bien que tu nous expliques comment tu accompagnes un podcasteur justement à mettre en valeur sa voix. Et tu disais aussi que quand sollicité, y compris sur la structure, on t'invite à faire un retour. Donc en fait, quel est ton rôle auprès d'un podcasteur et comment tu fais justement pour valoriser sa voix ou les voix sur lesquelles tu as travaillé ?
- Alice
Alors, il y a plusieurs façons d'accompagner un réalisateur, une réalisatrice, mais c'est vrai que moi, je m'occupe surtout de la partie post-production, donc ce qui est fait après un enregistrement, sachant que pour bien accompagner cette partie-là, je vais accompagner aussi, alors plus à distance, la partie enregistrement. Parce qu'effectivement, pour que tout se passe bien dans la post-production, il faut que tout se passe bien en enregistrement. On ne fait pas de la magie, on ne peut pas faire de la magie, donc il faut s'assurer d'avoir une matière solide. pour ensuite faire une belle sculpture et pouvoir un peu s'amuser, être créatif dans la partie post-production. Donc, je vais commencer par faire un check accompagné sur l'enregistrement. Est-ce qu'on a des questions sur les micros, sur l'environnement dans lequel on veut enregistrer ? Est-ce que tout le processus d'enregistrement, que ce soit de mettre la carte SD dans l'enregistreur, que ce soit de choisir où est-ce qu'on s'assoit dans la pièce, à comment on positionne un micro, est-ce que tout ça c'est clair, compris ? Est-ce qu'on peut se permettre de passer presque en mode automatique ? Parce que comme on le sait, un podcasteur a, je ne sais pas, des dizaines de casquettes. Et pendant une interview, si on peut essayer de mettre un peu de côté le côté technique pour se concentrer sur la personne qu'on a en face de nous, profiter du moment, être aussi à l'écoute, pouvoir penser à des questions, à comment rebondir, etc. Donc dans le cadre plutôt d'une interview. On va faire en sorte presque d'automatiser cette partie-là pour que ça soit un automatisme et qu'on n'ait plus besoin d'y penser. Donc, je vais accompagner sur cette partie-là. Quand il n'y a pas eu déjà achat de matériel, je vais aussi conseiller sur le matériel parce que chaque micro est différent. Chaque micro a sa propre technologie. Et ce qui est important aussi, c'est que vu que chaque micro est différent, Et notre voix ne va pas résonner de la même façon en fonction du micro qu'on va choisir. Alors, parfois, c'est très subtil. Parfois, on ne s'en rend pas forcément compte tout de suite parce que c'est beaucoup plus pertinent quand on chante, par exemple, ou quand on est acteur pour une fiction où la voix va avoir une plus grande amplitude. On va beaucoup plus passer du chuchotement au cri ou d'une note basse à une note plus aiguë. Et c'est vrai que quand on parle de façon continue, surtout en français, Pour une interview, on n'a pas vraiment cette amplitude-là. Donc, parfois, on ne capte pas les différences que peuvent offrir le choix d'un micro. Mais je peux accompagner là-dessus pour, voilà, en fonction de la chaleur qu'on veut avoir, chaque voix a ses propres résonances, ses propres fréquences, sa propre tonalité aussi. Si vous êtes une femme, un homme, si vous êtes plutôt timide, avez une voix plus... presque chuchoter ou alors si vous avez déjà un son qui sort très fort de la poitrine, forcément, on ne va pas choisir le même micro. Ou on ne va pas le régler aussi de la même façon. Et en fait, toutes ces petites subtilités-là sont là pour qu'on puisse faire en sorte que votre voix soit déjà... la plus fidèle possible à la réalité, parce qu'il y a forcément une petite transformation qui se fait quand on enregistre avec un micro, mais surtout pour que cette transformation puisse apporter du positif, un truc en plus, une petite chaleur, une petite harmonie qui fait que votre voix fait du bien à nos oreilles quand on écoute votre podcast. Donc ça, c'est une partie importante. Et quand tout ça est bien réalisé, que tout est bien compris, on peut passer après sereinement à la partie post-production. C'est vrai que pendant longtemps, on faisait appel à moi quand la post-production devenait un stress, que ça devenait trop, qu'on ne savait plus trop quoi faire. On se retrouvait à faire des 8-10 heures face à un montage d'épisode, qu'on ne savait pas s'il fallait couper ou garder, qu'on ne savait pas gérer les niveaux sonores et qu'on avait l'impression que ça ne sonnait pas bien. Et on m'a souvent appelée en stress parce que c'était une nouvelle compétence qui n'était pas comprise mais qui semblait inaccessible alors que moi ce que je dis souvent c'est qu'à l'école on n'apprend pas à faire du montage en fait. On n'apprend pas avec les raccourcis clavier à faire une coupe. On apprend à choisir avec nos oreilles ce qui est pertinent ou pas pour nous de garder. Par exemple, c'est vrai qu'on se fait une montagne des hésitations, des tics de langage, des longs « e » , des blancs, des bruits de bouche. On se fait une montagne parce qu'on a l'impression qu'il faudrait tout enlever pour que ça soit nickel. Et en fait, le montage, c'est plutôt de se dire « qu'est-ce qui me gêne vraiment à l'oreille et qu'est-ce qui, finalement, fait partie de la conversation ? » Très souvent aussi, on a envie d'enlever toutes les respirations. Sauf que si on enlève toutes les respirations, on coupe le côté humain de la conversation. donc c'est plutôt le montage ce serait vu comme un choix à faire et moi ce que je vais proposer pour que ça soit plus rassurant c'est de faire cette première partie c'est à dire de choisir moi-même les hésitations à enlever, l'éthique de langage à enlever les bruits de bouche etc. ce qui fait que quand je vais livrer une première version au réalisateur ou à la réalisatrice la personne va pouvoir écouter sereinement un podcast monté et va pouvoir se concentrer uniquement sur la partie éditoriale de son podcast. C'est-à-dire que moi, je n'interviens vraiment que sur la technique à ce stade-là. C'est-à-dire que je ne vais pas commencer à enlever des choses parce que je ne suis pas d'accord avec ce qu'il a dit. Je ne vais pas commencer à dire « bon ben ça, je coupe parce que je trouve que c'est trop long » . Comme je le disais au début, c'est vrai que moi, avant d'entrer réellement dans la conversation et de savoir de quoi ça parle, j'ai quand même toute une chaîne, toute une phase. Ou je ne sais pas de quoi ça parle parce que je suis concentrée sur le son. Donc, je vais plutôt proposer à mon réalisateur, à ma réalisatrice, d'écouter une première version de son podcast, le plus propre possible, avec moins d'hésitation, de la fluidité, du naturel, etc. Je vais aussi, en même temps, lui envoyer des voix qui sont mixées. Donc, le mix, c'est typiquement s'occuper du son en tant que tel. C'est-à-dire qu'on ne parle plus de coupe. On ne parle plus de... de fluidité, on ne parle plus de comment s'enchaînent les questions, les réponses, etc. Le mixage, c'est vraiment on s'occupe de la voix, on s'occupe du son, comment ça résonne dans nos oreilles et comment ce son-là peut être écouté sur plusieurs systèmes d'écoute. Il faut que vous ayez évidemment la même expérience que vous écoutiez avec des écouteurs filaires, que vous écoutiez dans la voiture ou sur des belles enceintes. Et ça, ça va être vraiment le travail du mixage. On vient aussi renforcer le choix qu'on a fait en vous conseillant un micro, parce que forcément le choix du micro va aussi nous faire réfléchir sur comment doit être mixée la voix. Parce qu'on n'est pas encore arrivé à une technologie absolument parfaite des micros. Il se peut donc, aussi en fonction de l'environnement dans lequel vous avez enregistré, il se peut qu'il reste encore des petites fréquences parasites, des petites choses qui sont encore agressives à l'oreille. Alors parfois c'est rien, parfois on est peut-être un peu geek et un peu psychopathe, mais voilà, des petites fréquences qui chatouillent un peu l'oreille, des petits S. qui vont siffler un peu trop fort ou des petits P qui vont être un peu agressifs. Et tout ça, c'est des tout petits détails, mais qui, quand on les travaille de façon homogène, fait qu'on oublie qu'il s'agit d'un enregistrement. Et ça, en fait, c'est un peu le but de mon métier. C'est-à-dire que quand une personne écoute une production que j'ai mixée, il faut qu'elle oublie qu'elle est en train d'écouter un podcast. Il faut qu'elle ait l'impression que la voix est avec elle, en fait. Et qu'on n'ait pas d'écouteurs, qu'on n'ait pas de casques. parce que l'oreille se déconcentre surtout quand elle entend quelque chose d'inhabituel. C'est-à-dire, imaginons, je vais mixer un podcast et tout d'un coup, je vais entendre la personne invitée taper d'un seul coup sur la table. Si je n'enlève pas ce son-là, si je le laisse tel quel, l'oreille de mon auditeur va percuter ce son, va être déconcentrée parce qu'il ne va pas connaître l'origine de ce son, sachant qu'il n'y a pas d'image, donc on ne peut pas se référencer à quelque chose. Lui ne sait pas que la personne a tapé sur la table, il pourrait imaginer autre chose. Et donc, il va se déconcentrer, perdre le fil de l'interview, perdre son attention. Et il n'aura pas écouté la fin et peut-être qu'il aura eu une mauvaise expérience avec le podcast. Ce qu'on ne veut pas. Donc, l'objectif de tout ce travail de fourmis sur les consonnes, les petits bruits, les parasites, etc. Et toutes les lettres, c'est de se dire, OK, à la fin, je n'ai plus l'impression d'écouter un podcast. J'ai l'impression que les voix sont avec moi. et que j'assiste aussi à ce que je pense à la conversation. Après, pour certains podcasts, il y a aussi tout un travail autour de la créativité, avec le sound design, l'ajout de la musique. Ça, c'est quelque chose que j'essaye de plus en plus d'apporter, parce que, comme je vous le disais, la post-production est souvent vue comme quelque chose de stressant, et aussi peut être vue comme quelque chose qui est difficile à déléguer, parce que c'est à ce moment-là que l'enregistrement se transforme en podcast. Donc, ça peut être difficile de confier tout ce travail-là à une personne externe. Et donc, l'idée, pour que ça soit moins stressant et qu'on prenne aussi du plaisir à ça, c'est d'apporter un peu de créativité, de tester des choses, de se permettre de tester des choses. Et parfois, c'est des simples petits détails. Ça peut être, par exemple, rajouter des virgules sonores, un petit peu de musique. Quand on sent que l'interview est chapitrée d'une certaine façon, peut-être ajouter une... une petite virgule quand on change de chapitre. Quand, par exemple, je ne sais pas, on interview un artiste en Bretagne, ça pourrait être d'ajouter une petite vague, une petite mouette, quelque chose au début pour nous immerger un petit peu dans son univers. Des petites touches comme ça. Alors évidemment, rien d'obligatoire. Ça reste de l'artistique et donc de la créativité, mais je trouve ça intéressant quand même de creuser, de se permettre de tester. des petites choses et donc ça fait aussi partie de mon travail d'accompagner cette partie-là. Et enfin, on parlait aussi du côté éditorial d'un podcast, le fait que parfois on me demande de donner mon avis. Parce qu'en fait, vu que cette partie-là est stressante, vu qu'on délègue à un moment assez clé dans la production du podcast, parfois j'ai ce privilège-là d'être la première auditrice du podcast. Ce qui fait que... vu que j'en ai aussi écouté beaucoup et que j'en produis moi-même aussi, je peux me permettre, entre guillemets, de donner mon avis. Alors, évidemment, je ne vais pas remplacer la réalisatrice, je ne vais pas avoir un métier de journaliste à ce moment-là. Enfin, comment dire ? J'ai toujours cette posture-là d'ingénieur du son à ce moment-là, mais je viens plutôt partager l'expérience de podcasteuse. parce que ça reste un milieu qui est assez solitaire. On se retrouve à porter plein de casquettes différentes dans la production d'un podcast, vraiment beaucoup de casquettes. Et parfois, c'est ce qu'on partage aussi, on ressent un peu cette solitude-là, de ne plus savoir faire tel ou tel choix par rapport à est-ce qu'on garde une réponse, est-ce qu'on la coupe, comment on vient communiquer sur notre podcast, est-ce que c'est pertinent d'avoir une intro longue comme ça, est-ce que c'est pertinent d'avoir une conclusion. Est-ce que, je ne sais pas, est-ce que c'est pertinent de mettre un extrait au début, etc. Donc, je suis aussi là pour partager un petit peu de moments de vie de podcasteur pour dire, ok, on parle ensemble, on réfléchit ensemble. Moi, je te dis ce que j'ai déjà entendu. Je peux te donner des exemples de ce qui marche, etc. On voit ensemble comment ça fonctionne. s'il y a des passages problématiques dans le podcast ou des choses un peu maladroites aussi parfois qui sont dises je vais le dire aussi, je vais les noter parce que l'idée c'est qu'il n'y ait pas de frustration quand on publie un podcast c'est tellement un média, un outil qui nous permet d'être libre dans tous les sujets qu'on veut aborder dans les personnes qu'on veut inviter, dans ce qu'on veut écrire dans tout ce qu'on veut produire qu'il faut qu'on soit quand même fier de nous à la fin et qu'on ne soit pas, entre guillemets, frustré par manque de temps, par manque d'objectivité sur notre travail parce qu'on a eu trop la tête dedans.
- Christine
Je vais aussi être là pour qu'on puisse discuter. Parfois, on me donne un peu tout le stress qu'a généré un épisode de podcast.
- Alice
Presque que tu es une thérapeute de podcast. Un peu, oui.
- Christine
Je plaisante. Parfois, je le sens un peu comme ça. Souvent, il y a quelque chose qui est assez... Ce qui est presque assez universel, c'est qu'on va m'appeler, on va me parler d'un enregistrement et on va me dire à quel point cet enregistrement a été catastrophique, surtout chez les femmes d'ailleurs. Beaucoup de femmes me disent ça, à quel point elle ne s'est pas sentie professionnelle, que ça n'a pas fonctionné, qu'il n'y a pas eu de contact authentique avec l'invité, qu'il n'y a pas eu de tchatch, que ça n'a pas fonctionné, que moi je l'écoute sans avoir assisté. véritablement à l'enregistrement et que je me rends compte que c'est une super interview, que tout s'est très bien passé, que le son est bon aussi. Évidemment, il y aura toujours un peu de mix, un peu de petites choses à corriger. Mais c'est aussi ça, rassurer et dire que ça s'est bien passé. Il y a aussi un autre aspect qui, pour moi, est moins drôle. C'est de dire quand l'enregistrement n'est pas utilisable et que c'est raté. Ça, c'est toujours difficile. Mais ça nous permet de d'être aussi créatif sur notre façon de rebondir, sur qu'est-ce qui s'est passé, pourquoi ça n'a pas fonctionné, est-ce que c'est simplement un téléphone qui a été laissé à côté, est-ce que c'est un problème de câble, est-ce que c'est un problème de micro, d'enregistreur, etc. On passe aussi, en fait, on prend le temps aussi de passer en revue tous ces problèmes-là pour faire en sorte qu'après, ça soit de plus en plus facile et automatique et qu'on puisse vraiment profiter du moment quand on invite une personne à parler, etc. Donc voilà. J'ai passé un petit peu toutes ces étapes-là, mais moi, j'interviens surtout dans cette partie post-production, l'accompagnement. Et grâce à ça, je vois naître quand même de beaux podcasts. Donc ça, je suis fière.
- Alice
C'est intéressant d'entendre que tu navigues entre plein de thématiques différentes. Tu as parlé de thématiques historiques. On parlera de ton podcast aussi après, donc on y reviendra. Et puis ça peut aller vers du sport, enfin voilà, toutes sortes de thématiques. Est-ce que toi, il y a des sujets, il y a des réalisateurs pour lesquels tu te dis « alors non, ça je ne peux pas parce que ce sujet-là, je n'ai pas envie de l'entendre dans mes oreilles, je ne me sens pas capable même si, entre guillemets, tu es là pour l'aspect technique » . Mais est-ce que tu as des limites en fait, finalement, sur certains sujets ou avec certaines personnes qui t'ont peut-être mis mal à l'aise de par le message qu'elles portaient ?
- Christine
Alors oui, ça m'est arrivé plusieurs fois et où j'ai eu des conversations qui n'étaient pas du tout agréables, mais qui étaient nécessaires. Typiquement, l'exemple qui me vient en tête, c'est tout ce qui est un peu raciste ordinaire. Ça, c'est ce qui est encore le plus fréquent. Surtout, alors je ne vais pas citer évidemment, mais surtout dans des podcasts autour du voyage. Le fait que... Il y a un racisme assez décomplexé quand on va visiter tel ou tel pays et qu'on va se permettre de dire que telle population est comme ça et qu'on s'attendait à quelque chose d'authentique. Ça, c'est quelque chose que j'ai entendu et je l'ai écrit tout de suite pour ne pas l'oublier, qu'on s'attendait à quelque chose de plus authentique et ce n'est pas assez authentique parce que tel pays a construit une route et a aménagé et que donc, en fait, il n'était plus si pauvre. Bref. et ça c'est vraiment des sujets qui moi m'accrochent l'oreille parce que parce que le podcast il n'y a pas de moi je ne travaille pas pour des productions rapides entre guillemets et donc quand on travaille avec moi on sait que je ne vais jamais monter un podcast pour le lendemain et donc qu'on peut prendre le temps de réfléchir sur le contenu qu'on va diffuser et pour moi tout ce qui est racisme ordinaire sexisme ordinaire aussi et ça on entend aussi souvent dans des podcasts d'entrepreneurs des choses qui sont dites de façon très banale mais en fait qui ne le sont pas et qui ont un poids, qui ont une importance et on ne peut pas se permettre de diffuser des choses comme ça parce qu'on a eu avant le temps d'écouter, de réécouter, peut-être aussi de réécrire, de transcrire l'épisode pour pouvoir communiquer dessus on a des outils qui nous permettent de résumer ce qui est dit etc donc le contenu de notre podcast il a été lu, écouté encore et encore et donc et peut-être même partagé à d'autres si jamais il y a une équipe donc il y a des choses qu'on ne peut pas diffuser et que je pense que qu'on peut se rendre compte tout seul, ou en tout cas avec notre équipe, qu'il y a des choses qui sont problématiques. Et pour moi, racisme ordinaire, le sexisme ordinaire, tout ce qui est des choses qui ne correspondent pas à mes valeurs. Je n'ai aucun souci avec des récits qui peuvent être lourds à entendre, graves, etc. J'ai monté des histoires qui étaient assez difficiles à écouter. J'ai eu la chance de pouvoir prendre mon temps pour le faire. Et ça, je le fais parce que je sais aussi que le podcast permet ça, de libérer la parole sur certains sujets. Par contre, moi, je n'accepte pas ce racisme décomplexé, le sexisme décomplexé. Et je trouve qu'il y a encore beaucoup de podcasts qui ne prennent pas le temps de réécouter ce qui a vraiment été dit et de remettre un peu en question ce qui a été dit. Je ne sais pas que ça ne percute pas l'oreille, justement, de se dire que... Peut-être qu'il y a un souci ou quelque chose qui ne passerait pas. Après, je sais aussi que les auditeurs et auditrices sont attentifs à ça, dans le sens où s'il y a quelque chose qui dérange, ça sera partagé sur les réseaux sociaux, sur les plateformes, etc. Mais voilà, ça c'est le genre de récits que je n'accepte pas et j'ai cette chance aujourd'hui de pouvoir les refuser aussi. C'est un grand privilège que j'ai maintenant quand je sens que ça ne fonctionne pas. quand je sens au premier appel qu'il y a quelque chose qui ça se remet pas en question ou c'est déjà très structuré,
- Speaker
cadré dans la tête et que ça ne changera pas d'avis bah ça sera sans moi et à l'inverse est-ce qu'il y a des voix ou des messages qui t'ont touché mais plutôt dans un sens un peu plus positif où tu t'es dit waouh des prises de conscience même de l'ordre de l'émotion tu vois une voix que tu as eu dans les oreilles à monter et dont tu t'es dit waouh Il y a quelque chose qui se passe à ce moment-là.
- Alice
La première chose à laquelle je pense, c'est que, un peu malgré moi, j'ai eu beaucoup de clients qui font des podcasts autour de la parentalité. Vraiment beaucoup. Ce qui fait que j'ai écouté beaucoup de récits de parents, de familles, autour notamment de la naissance, des accouchements, des deuils, des maladies, etc. Et en fait, j'ai souvent été très émue de me rendre compte. à quel point le podcast offrait cette liberté de parole. C'est-à-dire que beaucoup se sont livrés avec détail, avec émotion, à des micros parce qu'ils se sont sentis en confiance de le faire. Et pourquoi en fait ils se sont sentis en confiance ? Pourquoi ils ont senti cette liberté de pouvoir s'exprimer ? Parce que le podcast offre ça, la voix offre ça. On n'a pas besoin de se dévoiler avec le podcast vidéo. Le podcast vidéo d'ailleurs me fait peur. par rapport à ça aussi. Ils se sont sentis en confiance. Ils ont eu confiance à la voix de l'autre pour se dire, je vais raconter mon histoire. Je vais donner les détails. Évidemment, je pense qu'ils ne se sont jamais sentis obligés de dépasser la limite de leur propre intimité. Je crois que tout ce que j'ai pu écouter a été fait vraiment en conscience et avec consentement. Et j'ai écouté des récits, mais bouleversants, des choses... Je pense à des récits du podcast Milk Shaker, je pense aux récits du podcast de Papatriarka, je pense aussi à des récits du podcast Ma Petite Famille, qui je crois s'est arrêté maintenant, podcast parentalité en tout cas, qui ont offert cet espace-là pour des femmes, des hommes de se livrer. Et après, si on parle vraiment en termes de voix, ma dernière émotion vraiment sonore que j'ai eue. C'est pas sur un podcast avec qui j'ai eu la chance de travailler, mais du coup, ça m'a fait plaisir de le découvrir aussi de cette façon-là, parce que je ne m'attendais pas à ce niveau-là. C'est une fiction sonore qui s'appelle Pangey, qui est absolument magnifique. C'est des tout petits épisodes très courts de 2-3 minutes, avec beaucoup de musique. Tout est fait de façon artisanale, c'est-à-dire que ce sont des vrais instruments qui ont été enregistrés. Les voix, elles sont sublimes, percutantes. Le sujet aussi est hyper important. Et je crois que ça a été pour moi un vrai choc de me dire que le son peut nous porter jusque là, à cette qualité-là, à cette immersion-là. Et vraiment, le réalisateur a fait ce qu'il voulait faire. Dans le sens où il a dit « je vais enregistrer des instruments traditionnels de tel et tel pays, je vais le faire, je vais le mettre dans mon podcast, je vais diffuser mon podcast, je vais demander à tel et tel acteur, actrice d'enregistrer les voix de mes personnages » , il l'a fait. Et en fait, c'est ça, moi, qui me percute à chaque fois. Et encore une fois, quel que soit le sujet, c'est de dire qu'il y a cette liberté dans le podcast qu'on retrouve très difficilement dans un autre média, peut-être à l'écrit, mais... En tout cas, qu'on puisse avoir accès à des récits aussi puissants. Je pense aussi à d'autres podcasts comme Kif Taras ou Tant que je serai noire. Ou encore des podcasts qui sont peut-être moins, entre guillemets, engagés. Et encore, ils le sont tous dans leur propre manière. Je pense au podcast La Recette, par exemple, qui interview des chefs. Je pense aussi au podcast de Solène, Tribune et Podium. où c'est des récits hyper forts, où il y a eu des choses hyper fortes dans ce podcast, alors que ce sont des interviews de sportifs, de sportives. Tout ça fait qu'on crée des espaces de liberté pour que tout le monde puisse parler, exprimer des sujets graves, moins graves, touchants, rigolos, divertissants. Et je crois que c'est ça qui me touche le plus, toute cette palette d'émotions qu'on peut avoir avec le podcast. Vraiment.
- Christine
Du côté de ton podcast justement, qui s'appelle Memento, d'ailleurs j'invite les auditeurs et auditrices à écouter un épisode que j'avais sorti en janvier dernier, auquel tu as participé, un épisode multivoix avec d'autres réalisatrices de podcast, donc si ça vous intéresse, vous pourrez en savoir plus aussi sur Alice et sa voix à ce moment-là. Et toi, est-ce que tu peux nous dire déjà en quelques mots un peu la ligne éditoriale de ce podcast ? Quel est le message principal de ce podcast ? Et qu'est-ce que ça a changé pour toi dans ta perception de la voix, de la tienne, de celle des autres, de devenir à ton tour réalisatrice, même si tu l'as dit au début de l'interview, c'est quelque chose que tu avais en tête très tôt finalement dans ton parcours ?
- Alice
Déjà pour commencer, mon podcast Memento, c'est un podcast, j'ai un peu du mal à le définir. pour dire la vérité. Alors évidemment, j'ai la phrase, on va dire pitch du podcast qui est toute faite. C'est le podcast qui explore l'histoire oubliée et le devoir de mémoire pour lutter contre les discriminations et l'indifférence. Ça, c'est la phrase que j'ai mis du temps à trouver. Mais pour le définir encore plus précisément, c'est un podcast qui est un petit peu mon laboratoire sonore, dans le sens où je vais explorer plein de formats différents, des documentaires. de la fiction sonore, des portraits. Je vais accueillir plein de gens sur ce podcast qui vont prêter leur voix, qui vont interpréter, qui vont lire des textes, etc. Je fais très peu d'interviews, mais j'en ai fait quand même. En fait, j'explore plein de sujets différents, plein de façons de construire des épisodes pour justement essayer de construire un devoir de mémoire. Parce que j'ai compris avec le temps que le devoir de mémoire, ce n'était pas simplement regarder dans le passé et se souvenir de ce qui s'était passé dans ce fameux passé, mais c'était aussi comprendre que le passé a forcément une résonance avec ce que nous vivons aujourd'hui, encore plus aujourd'hui, cette année et l'année prochaine, encore plus je pense. Et que tout ça, ça doit être, je pense, compris pour qu'on puisse anticiper, préparer au mieux notre futur, qui est quand même assez bouleversé en ce moment. Et pourquoi... comprendre aussi que... Enfin, j'ai donné aussi une autre dimension à ce devoir de mémoire, de ne pas oublier ce qui se passe au-delà de nos frontières, de ne pas tomber dans l'indifférence, de ne pas tomber dans la banalisation de la violence, en fait. De se souvenir de tout ce qui s'est passé, de tous les mécanismes du passé, pour comprendre qu'il n'y a rien qui est en train de s'inventer aujourd'hui. On a pratiquement... On peut trouver des mécanismes du passé qui résonnent aujourd'hui et qui peuvent... permettre de comprendre un peu ce qui se passe. Alors évidemment qu'il y a de la nouveauté parce qu'on est dans une époque un peu particulière, dans la technologie, tout va très vite. On a des armes qu'on n'avait pas dans le passé, évidemment, des politiques, etc., du droit, plein de choses qui ont évolué. Mais il y a quand même des mécanismes qu'on peut comprendre grâce aux devoirs de mémoire. Et c'est vrai que moi, je voulais un petit peu explorer ça et faire un tour du monde pour reconstruire un peu l'histoire et redonner une voix à celles et ceux qu'on n'a jamais écoutées. en fait. Et je crois que c'est aussi ça le lien avec la voix que je fais avec mon podcast. J'ai voulu utiliser ma voix à moi pour raconter des histoires. C'est d'ailleurs pour ça que dans mon podcast, j'ai jamais dit mon prénom et je n'incarne pas mon podcast. Je sais que moi, je dis souvent qu'il faut le faire aux autres. Incarner et qu'on puisse s'identifier aussi à notre voix, etc. Mais moi, je ne le fais pas. Au début, je ne le faisais pas peut-être par timidité, par manque de légitimité, sachant que j'ai fait, comme je vous le disais, aucune étude autour de l'histoire, aucune étude de journalisme, etc. Et que finalement, j'ai très peu étudié parce que je n'ai fait que deux ans. Mais après, j'ai compris que je le faisais aussi pour qu'on ne m'identifie pas comme Alice qui raconte un podcast, mais plutôt comme je vous raconte une histoire. J'ai utilisé les mots des autres, les textes écrits par d'autres, par des personnalités publiques ou pas publiques, pour justement reconstruire ce devoir de mémoire-là. Donc ma voix, elle me sert un peu à ça. Et je ne l'associe pas à moi, en fait. c'est-à-dire que je crois que la voix que j'utilise maintenant pour te parler est différente de celle que j'utiliserais pour Memento. Déjà aussi parce que sur Memento, j'écris beaucoup pour avoir toujours une structure et pour pouvoir faire en sorte d'avoir quelque chose, je crois, que j'essaye bien écrire en tout cas. Mais j'enlève ma personnalité. Je mets ma personnalité dans l'écriture mais je l'enlève dans ma voix, justement pour... pour pas que je sois identifiable. Et donc, tout ce travail-là fait qu'aujourd'hui, ma voix, je la connais par cœur, techniquement. Je sais quand est-ce qu'il faut que j'enregistre. Ça, c'est ce que je disais peut-être dans l'autre épisode aussi qu'on a fait ensemble. Je sais quand est-ce qu'il faut que j'enregistre. Je sais aussi quand il ne faut pas que j'enregistre. Je sais aussi à peu près la longueur des textes et quand est-ce que ma voix se fatigue. J'ai compris aussi qu'avec toute cette étude que j'ai faite sur ma voix, Maintenant, je peux vraiment l'utiliser comme un pouvoir pour faire mes productions. C'est-à-dire que je la connais si bien techniquement, je connais tellement bien ses fréquences que je sais quand est-ce qu'il faut que je m'arrête dans ma phrase pour donner l'impulsion d'une idée, pour faire réfléchir mon auditeur. Je sais aussi quand est-ce qu'il faut que je lève peut-être un peu plus la voix ou quand est-ce qu'il faut que je ralentisse le rythme. Je sais aussi choisir la musique en fonction de ma voix. Et tout ça, ça me facilite beaucoup mon travail. Du coup, je vais vachement prendre plus de temps sur l'écriture et à être créative sur l'écriture pour que l'enregistrement, finalement, se passe assez vite, assez naturellement et qu'ensuite, je puisse faire le montage qui est assez aussi simple pour moi vu que c'est mon métier. Mais du coup, cette simplicité-là fait que je peux vraiment m'amuser, mettre beaucoup de musique. mettre des archives, des bruitages. Pour une série que j'avais faite sur la guerre du Liban, par exemple, j'avais fait tout un générique avec que des ambiances sonores, vraiment pour qu'on ait l'impression de traverser le Liban à travers ces paysages-là. Et en fait, j'ai pu prendre ce temps-là parce que je n'étais pas fatiguée, entre guillemets, de ma production ou de mon enregistrement. Quelque chose qu'on me partage beaucoup, de me dire, oui, mais je n'ai pas le temps d'être... être créatif sur ma communication, etc. Parce que j'ai tellement fait de choses avant pour mon épisode que je n'en peux plus. Je ne peux plus me le voir, cet épisode. Et en fait, le fait de connaître sa voix et tout ce travail-là que j'ai fait pour comprendre comment ma voix, acoustiquement raisonnée, fait que je suis moins fatiguée à être créative après.
- Christine
Tu as de l'énergie à mettre ailleurs.
- Alice
Exactement.
- Christine
Pour le coup, de ce que tu dis dans l'écriture, parce que de ce qu'on a compris, c'est que... Le message est fort dans ce podcast-là, donc je comprends aussi que tu as envie de scripter, entre guillemets.
- Alice
Oui, c'est vrai que ça, ce serait peut-être la prochaine étape par rapport à plus d'acceptation avec ma voix. C'est que je ne me sens pas encore à l'aise de complètement improviser ou de me dire que je vais simplement me faire une liste de points clés à aborder sur l'épisode. Je ne sais pas si c'est lié réellement à ma voix. ou à ce petit manque, ce petit syndrome de l'imposteur sur le fait que je ne suis pas historienne et que tout ce que je fais, je le fais par passion. En même temps, je me dis que le fait de faire par passion m'incite forcément à peut-être plus me documenter qu'une personne qui en ferait son métier. Parce que j'ai vraiment cette envie de documenter, de chercher. Et pour moi, c'est un plaisir de lire des tonnes et des tonnes de bouquins sur la même chose. Ou de regarder des films, des documentaires, de me renseigner avec plein de supports différents. peut-être que ce serait ça peut-être la prochaine étape essayer de me détacher du texte et forcément se détacher du texte fait que la voix résonnera forcément de façon différente parce qu'on a une voix différente quand on lit et quand on ne lit pas donc ouais pour peut-être encore plus d'acceptation il faudrait que je passe par là en septembre, je sais pas,
- Christine
je vous tiens au courant à suivre, j'ai trop envie d'écouter ça pour le coup, super Est-ce qu'Alice, tu aurais un dernier élément à partager avec nous autour de la voix ? Quelque chose qu'on n'aurait pas abordé, que tu aurais envie de partager maintenant ?
- Alice
Alors peut-être un conseil pour toutes celles et ceux qui ont un podcast et qui s'enregistrent, alors soit qu'ils le font comme nous dans le cadre d'une interview ou qu'ils vont s'enregistrer pour une chronique ou un texte assez long, de rappeler l'importance d'échauffer sa voix, de ne pas le faire le matin dès le réveil, et surtout d'en prendre soin. Et ça me permettra après d'ajouter une autre petite chose aussi, parce que notre voix, elle se travaille, mais il faut aussi en prendre soin. C'est énormément de choses qui sont impliquées quand on parle, beaucoup de muscles. Et pour pouvoir avoir cette conversation pendant une heure avec toi, j'ai choisi comment je m'installais. J'ai choisi comment positionner mon micro pour que je sois à peu près stable. Alors, ça ne m'empêche pas de bouger les jambes depuis tout à l'heure. Mais ça me permet d'avoir une position stable. Et en fait, je pourrais encore parler pendant longtemps parce que ma voix n'est pas encore fatiguée. Et ça, c'est aussi parce qu'on prend le temps de l'échauffer, de faire quelques petits exercices. Alors, ça peut être simplement des petites vocalises comme on pourrait faire en cours de chant, en cours de théâtre. Ça peut être aussi simplement se masser un peu, se masser la gorge, la mâchoire, faire en sorte que tout soit détendu, qu'on respire bien, justement pour... pour nous mettre dans les meilleures conditions possibles pendant l'enregistrement d'un podcast. Donc ça, ça serait peut-être la première chose. Et la dernière chose qui est très importante pour moi et qui peut-être sort du contexte du podcast, c'est la prévention auditive, de faire attention à ses oreilles. C'est-à-dire que moi, j'ai entendu beaucoup trop de personnes me dire qu'elles sont restées 8 heures avec un casque sur les oreilles, avec le son à fond en train de monter un podcast. Et ça, ça fait énormément de mal à vos oreilles. Si vous écoutez de la musique très fort, même regarder un film avec des écouteurs, tout ça, ça a un impact. Donc, on fait des pauses, on enlève le casque et on fait des pauses qui sont vraiment silencieuses. C'est-à-dire qu'on ne va pas quitter son ordinateur pour aller écouter de la musique ou pour mettre le son d'Instagram à fond. Mais on fait des vraies pauses et surtout, on s'écoute. On écoute notre voix intérieure pour le coup, quand on a un petit mal de tête qui arrive, un petit bourdonnement, quelque chose. parce que la perte de l'audition, c'est irréversible. Et c'est très facilement atteignable, malheureusement, surtout quand on fait du podcast, quand on commence à avoir des petits sifflements, des petites choses, des petits bourdonnements, des acouphènes, etc. Il faut faire attention, il faut vraiment préserver ses oreilles et faire en sorte de toujours les faire travailler dans de bonnes conditions. Si j'avais un dernier mot, c'est ça, c'est de préserver sa voix en l'échauffant avant un exercice de prise de parole et... de préserver ses oreilles quand on travaille sur du podcast ou sur autre chose et de faire en sorte de leur offrir du vrai silence.
- Christine
Merci beaucoup pour ces partages, pour ces conseils très précieux. Je mettrai évidemment en description de ce podcast toutes les informations pour qu'on puisse te contacter.
- Alice
Oui, avec plaisir.
- Christine
Parce que j'imagine qu'il y a potentiellement des personnes qui auront envie de travailler avec toi. Je les encourage vivement à le faire pour la qualité de ton travail et de ton écoute aussi. Merci beaucoup encore d'avoir accepté ce temps-là. C'était un vrai plaisir de t'accueillir sur On n'a qu'une voix. Et puis à très bientôt, Alice. Merci beaucoup, Christine. C'était super. Je n'ai pas vu le temps passer. Et c'est hyper chouette, je trouve, comme exercice. Donc, merci à toi pour ta confiance. À bientôt. Merci à vous d'avoir écouté cet épisode d'On n'a qu'une voix jusqu'au bout. S'il vous a plu...
- Alice
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