Speaker #0Il y a quelques années, j'étais salariée, et un matin, ma responsable m'a convoquée dans son bureau. Elle m'a regardée droit dans les yeux, elle m'a dit simplement « on va pas continuer » . Je te jure, j'avais envie de partir de ce poste, je le savais depuis quelques semaines déjà. Et pourtant, quand ces mots sont sortis de sa bouche, quelque chose de très étrange s'est produit en moi. Une émotion avec laquelle je suis pas du tout à l'aise. Cette émotion, elle est venue toguer à ma porte. C'était la honte. Dans le trajet du retour, les phrases ont commencé à tourner. « Non mais t'es nulle, t'as pas été à la hauteur. Et puis qu'est-ce que les gens vont penser de toi ? T'as échoué en fait. » À l'époque, la honte c'est pas le premier mot qui m'est venu. Je t'aurais plutôt dit que j'étais déçue, peut-être déprimée. Et pourtant, cet épisode que je m'apprête à enregistrer, il est très personnel. J'ai mis du temps d'ailleurs à m'autoriser à le faire. Mais si je le fais aujourd'hui, c'est pas juste pour te raconter ma vie. C'est parce que je suis convaincue que toi aussi, tu l'as déjà ressenti cette émotion, cette honte. Peut-être même qu'elle est toujours là, quelque part, à l'intérieur de toi. Et j'ai envie qu'on explore ça ensemble, qu'on la démystifie, qu'on comprenne ce qu'elle cache. Alors, prête à faire ce chemin avec moi ? Hello, je m'appelle Elsa et je suis Master Coach Certifié. Avec ce podcast, Un Chemin Vers Soi, ma mission est de t'aider à mieux te comprendre et à t'accepter tel que tu es pour que tu puisses rayonner en toute authenticité. Je suis profondément convaincue qu'on a... on a tous en nous une lumière qui ne demande qu'à briller. Et mon désir est que tu puisses prendre conscience de ta valeur, découvrir ce chemin qui est le tien et impacter le monde à ta façon. Ensemble, partons à la découverte de notre vérité. Apprenons à nous révéler et osons marcher vers notre destinée. Hello, je suis ravie de te retrouver une nouvelle fois pour cet épisode du podcast Un Chemin Vers Soi. On a dépassé les 50 écoutes, c'est pas rien tout de même, et je tenais à le notifier. C'est un premier cap, un cap important, et je suis vraiment heureuse que tu sois là. J'espère que les épisodes précédents t'ont apporté quelque chose. Si c'est le cas, je t'invite à me mettre 5 étoiles, ça aide le podcast à vraiment se faire connaître, et si ta plateforme te le permet, un petit commentaire gentil en prime, ça fait toujours plaisir. Et si c'est la première fois que tu m'écoutes, bienvenue. Ceci étant dit, aujourd'hui, comme annoncé dans le trailer, on va parler de la honte, à travers une expérience assez personnelle. Peut-être que tu te reconnaîtras dedans directement, et si ce n'est pas le cas, je suis sûre que tu pourras quand même transposer ce que je te partage à quelque chose qui résonne peut-être un peu plus avec toi, quelque chose plus proche de ton vécu. Alors, commençons par un peu de théorie pour cadrer les choses. T'inquiète, ça ne va pas durer trop longtemps. Mais la honte, c'est quoi en fait ? C'est quoi exactement ? Parce que je pense qu'on a toute une vague idée de ce que c'est. On l'associe forcément à des situations assez précises, des situations visibles, où peut-être on se retrouve dans une situation embarrassante en public, par exemple. Ou peut-être tu fais une erreur devant tout le monde, et tu ressens cette honte. Ou tu dis quelque chose d'un peu maladroit et tu le regrettes immédiatement. Et du coup, quand la honte elle se pointe dans... des moments un peu plus discrets, des moments un peu plus intimes, parfois on ne la reconnaît pas. On peut se dire, au lieu de ressentir cette honte, on peut se dire plutôt « je suis nulle » ou « j'aurais vraiment pas dû faire ça » ou « qu'est-ce qu'ils vont penser de moi ? » Et tu vois ces phrases, je suis sûre qu'au moins une d'entre elles te parle. En tout cas, derrière ces phrases, c'est souvent la honte qui parle, un peu déguisée parfois, mais elle est bien là. Parfois, on mélange un peu l'émotion de culpabilité et celle de la honte. Alors qu'en fait, ce sont deux émotions qui sont différentes. Elles se ressemblent un peu, oui, certes. Et parfois, elles arrivent ensemble aussi. D'où la complexité. Mais elles ne disent pas du tout la même chose, en fait. Et c'est ça qui est important. Et c'est pour ça que c'est important, je pense, de pouvoir les distinguer. Pour mieux comprendre ce qu'elles viennent te dire. ce qu'elle vient de t'apporter comme message. La culpabilité, elle, elle dit « J'ai fait quelque chose de mal. » La honte, elle vient plutôt te dire « Je suis quelque chose de mal. » Tu saisis la nuance ? La culpabilité, elle pointe vers quelque chose que tu as fait, vers un acte très précis, vers un comportement. Elle pointe vers quelque chose que tu peux corriger, généralement, que tu peux réparer ou changer. Et en fait, elle te dit, là, ce que t'as fait, c'était pas top. Mais tu sais quoi ? T'as une chance de te racheter. La honte, quant à elle, elle pointe vers toi, en fait. Vers ce que tu es, vers ton identité. Pas véritablement ce que t'as fait ou ce que tu n'as pas fait d'ailleurs, mais ce que tu es. Qui tu es. Et ça, c'est souvent beaucoup plus lourd à porter. Et ça fait beaucoup plus mal, en fait. Avec la culpabilité, tu peux... Tu peux agir pour la faire disparaître, finalement. Avec la honte, la situation, elle est terminée. Elle t'a échappé. Tu peux pas revenir en arrière. Il y a un caractère un peu définitif. Et surtout... C'est pas tant la situation qui est problématique, c'est plutôt ce que tu te dis par rapport à cette situation. Ce que tu crois que ça veut dire sur toi, en tant que personne. Tu t'auto-juges, de manière hyper violente. Si j'ai fait quelque chose de mal, je peux toujours m'excuser, je peux réparer, faire amende honorable. Mais si je suis quelque chose de mal, selon mon idée... Qu'est-ce que je peux faire, en fait ? Qu'est-ce qu'il me reste ? Rien du tout. Tout ça, c'est pas toujours conscient, mais c'est bien une réalité. Et c'est exactement pour ça que la honte, bien souvent, elle reste silencieuse. On n'en parle pas. On la ravale. On fait comme si ça n'avait pas existé. Comme si personne ne nous avait vus, comme si on pouvait réécrire l'histoire. Et parfois on peut. C'est pas forcément pertinent, mais on peut. Parce que l'admettre, admettre la situation, admettre cette émotion, c'est douloureux. C'est dire publiquement « Je suis pas assez. Je suis nul. » Et ça, le dire à haute voix, c'est pas facile. Et quand on est hypersensible, tu sais ce qui se passe. La honte, elle prend encore plus de place, tu t'en doutes. Elle dure plus longtemps. Elle te colle à la peau davantage. Parce que quand on ressent tout plus intensément, on ressent aussi ça, cette émotion-là, plus intensément, c'est logique. D'autant plus que, par nature, presque, j'ai envie de dire, on a tendance à se sentir pas assez. Donc ça vient appuyer là où ça fait déjà mal, bien souvent. Ça vient justifier les horreurs que tu te dis à propos de toi-même. Ça te parle, tout ça ? Maintenant qu'on a posé les bases, j'aurais envie qu'on aille un petit peu plus loin. Parce que la honte, c'est pas une émotion de base. Je sais pas si tu m'as déjà entendu dire ce terme, mais c'est important de le préciser et de comprendre ça. Quand on parle d'émotions de base, on parle de la joie, la tristesse, la peur, la colère. C'est des émotions qu'on ressent de manière universelle, qu'on soit en France, en Asie, aux Etats-Unis, en Amérique latine, qu'importe. On repère ces émotions. facilement sur le visage. C'est des émotions qui sont là, depuis qu'on est tout petit, qu'on n'a pas appris en fait. On est né avec. Si d'ailleurs tu veux creuser chacune d'elles, j'ai des épisodes dédiés. Un épisode sur la joie, c'est l'épisode 34. La tristesse, c'est le numéro 38. Si tu t'intéresses à la colère, je te renvoie vers le numéro 48. Et pour la peur, c'était au tout début, le numéro 2. La honte, elle, C'est ce qu'on appelle plutôt une émotion secondaire. C'est une émotion qui est une émotion sociale, une émotion construite, une émotion qu'on a apprise finalement. Et ça peut paraître rien, mais en fait ça change tout. Parce que si elle s'apprend, ça veut dire qu'elle ne t'appartient pas complètement. C'est quelque chose qu'on t'a transmis, c'est quelque chose que tu as intégré, mais tu n'es pas né avec en fait. Les bébés, ils n'ont pas honte d'ailleurs. Ils ont appris ça en grandissant. Alors, de quoi est faite la honte en fait ? Elle est faite de trois choses qui se mélangent. On a la peur du jugement des autres, le sentiment d'être inadéquate, de ne pas être à sa place, et puis un besoin d'appartenance qui n'est pas comblé. Ce besoin fondamental d'être accepté tel que tu es, de ne pas être rejeté. Quand tu te sens pas à ta place, inadéquate, tu as peur d'être jugé. Et quand tu as peur d'être jugé, forcément t'as peur qu'on te rejette. Et le rejet pour quelqu'un qui a besoin de se sentir comme faisant partie d'un tout, faisant partie d'un groupe, c'est terrifiant. Et derrière tout ça, il y a quelque chose que la honte essaie de te dire. Il y a un message caché. Elle te dit quelque chose qui compte vraiment pour toi et tes touchés. Mais pas quelque chose de l'ordre des valeurs, comme avec la colère, où il y a une atteinte à tes valeurs. Là, c'est quelque chose de plus profond, quelque chose qui contribue à ton identité. C'est une atteinte à toi, en fait, à ton essence. Et c'est pour ça que ça fait aussi mal. Mais l'ante, elle n'est pas là pour te détruire. Elle est là parce que tu tiens à ce quelque chose, à cette identité. Tu t'y accroches. Parce que pour toi, c'est qui tu es. Reprenons mon exemple pour que ce soit un peu plus concret. Je voulais partir de cette entreprise. Je ne m'y plaisais pas. Cet environnement, il n'était pas fait pour moi. On ne va pas rentrer dans les détails. La pression était extrêmement forte. Il n'y avait pas de reconnaissance. J'avais l'impression par moments d'être livrée complètement à moi-même, d'être complètement seule. Et seule pour livrer de grandes batailles qu'on me demandait de livrer. Je n'avais pas les moyens qu'on m'avait promis, notamment les moyens humains, pour mener à bien ces missions. Et puis ma responsable directe, MN plus 1, elle est partie en burn-out, peu de temps après ma prise de poste. Donc logiquement, en fait j'aurais dû me sentir complètement soulagée. Et d'ailleurs, si je reviens à ce moment précis où ma M+,2, m'a enfermée dans son bureau et m'a dit ce fameux « on va pas continuer » , en fait, à l'annonce de cette phrase, tout mon corps s'est relâché. Et mon cerveau, il a crié « ouf » , comme si j'avais été sous tension depuis bien trop longtemps, crispée, et que quelqu'un me disait enfin « c'est bon Elsa, ça y est, ça suffit, tu peux lâcher, t'as le droit » . Mais après ce soupir de soulagement, il y a un tsunami interne qui s'est produit, à la fois dans mon cerveau et dans mon corps. Et c'est là que la honte est arrivée. Tout d'un coup, je me suis dit, attends, elle est en train de te virer là ? Elle ne peut pas me virer ? Je suis compétente ? Je suis performante ? En fait, je n'ai pas les épaules pour le poste ? C'est trop lourd pour moi ? Et si j'étais nulle en fait ? Et si toutes ces années, j'avais fait illusion ? Si je n'étais pas de taille en réalité ? Oh mon Dieu, ça y est, on m'a démasqué. Mon syndrome de l'imposteur, bien entendu, il s'est réveillé. Il avait de quoi s'activer avec tout ça. Et tu sais ce que j'ai répondu à ma N plus 2 à ce moment-là ? Je comprends. Je t'avoue que jusqu'à présent, je ne suis pas vraiment sûre de savoir ce que ce « je comprends » signifiait vraiment. Mais je crois que c'était la réponse la plus neutre que je pouvais donner à ce moment-là. Et ce que je comprenais, oui et non, mais de toute façon, ça n'a pas d'importance. Je voulais partir. Sortir de cet environnement où je sentais qu'il était compliqué pour moi de m'épanouir. Alors pourquoi j'avais ressenti du soulagement seulement un bref instinct ? Parce que derrière cette situation, il y avait quelque chose qui comptait pour moi. L'image que je voulais donner de moi, l'image que j'avais même de moi-même, celle de la bosseuse, celle d'une performeuse, qui remplit ses missions, qui atteint ses objectifs, qui les surpasse même, celle qu'on applaudit, celle qu'on félicite, celle qu'on cite un exemple, celle qui gère. Mais après cette phrase, qu'est-ce que ça faisait de moi ? Celle qui n'avait pas réussi, celle qu'on avait mise à la porte, celle qui s'était plantée. Tout mon monde s'effondrait, mais surtout toute mon identité s'effondrait. Mon besoin d'être reconnue comme compétente, la peur de ce que les autres allaient penser, allaient dire, allaient raconter à ce sujet-là. La situation m'échappait. Et la honte, elle est venue me dire que j'étais attachée à cette identité professionnelle. Elle avait été touchée. Et même si une partie de moi essayait de faire croire le contraire, puisque j'étais déjà en transition, j'avais déjà créé mon entreprise, cette facette-là de moi, j'avais du mal à lui dire au revoir. Mais comme je le disais, tout ça, ça s'apprend. Cette émotion, elle s'apprend. Elle s'apprend assez tôt d'ailleurs. On t'apprend qu'il est important de faire attention au regard des autres, à ce qu'ils pensent de toi. On te le montre. On te le dit aussi. Et forcément, toi, tu finis par l'intégrer. Tu as peut-être entendu, étant plus jeune, des phrases du type « Fais pas de scène, y a du monde. Allez, essuie tes larmes, on te regarde. Sois raisonnable, me fais pas honte. » Ces phrases, elles font quelque chose. Elles nous apprennent que certaines parties de nous sont à cacher. Que certaines émotions, elles sont inadéquates, elles sont inappropriées. Que pour être accepté parmi le groupe, pour être aimé, pour être intégré, il vaut mieux rentrer dans le moule, s'aligner gentiment dans le rang. Et du coup, on apprend à se faire petit, à se faire petite. On apprend à ravaler ses émotions, à baisser la tête, à ne rien dire. On apprend aussi à anticiper le jugement des autres, avant même qu'il ne soit donné. Et on sait tellement de notre cerveau. C'est probablement pour ça, j'imagine, que j'ai dit « je comprends » , au lieu d'exprimer finalement le fond de ma pensée. Au lieu de dire tout ce que j'avais sur le cœur, tout ce que je pensais de ce fonctionnement, de l'entreprise, des relations. Mais bon, c'était mon conditionnement. J'ai ravalé ma honte. Je l'ai étouffée. Et je me suis fait petite. Mais si, finalement, le problème, c'était pas toi. Parce que, bon, on a parlé de cette honte, on a parlé d'où elle vient, mais j'ai envie qu'on parle de ce qu'on peut faire avec, en fait, et de comment s'en libérer un peu. Je vais pas te promettre une technique miracle, je vais pas te dire qu'on peut, en trois étapes, te débarrasser de la honte. Ce serait te mentir, je pense. En tout cas, moi, j'y suis pas encore. Mais il y a quelque chose de simple, de très simple, qui change déjà les choses. C'est de la nommer. Je sais, je l'ai déjà dit dans d'autres épisodes, et en plus ça te paraît peut-être beaucoup trop facile, surtout pour cette émotion qui est un peu particulière, trop léger par rapport à ce qu'on traverse. Mais laisse-moi te dire un truc. Quand tu te dis « je suis nul » , c'est une vérité que tu prononces sur toi. C'est quelque chose de permanent. Ça devient qui tu es. Quand tu dis, là, je ressens de la honte, c'est une émotion. Une émotion qui ne t'appartient pas, qui est là à un instant donné, à un instanté. C'est quelque chose qui passe, quelque chose que tu vas ressentir, certes, mais qui va te traverser. Et puis qui va disparaître. C'est pas qui tu es. Tu n'es pas ta honte, tu ressens de la honte. Et cette subtilité, elle est énorme. Tu passes de « je suis nul » à « je ressens de la honte en ce moment » . Les émotions, elles passent. Il y a un début, un milieu, il y a une fin. Il y a un message, bien souvent, à les comprendre, interpréter. Et quand on donne à l'émotion sa juste place, quand on arrive à la nommer, à décrypter ce qu'elle vient nous dire, mais elle a moins besoin de crier pour se faire entendre. La honte que t'as pas nommée, elle reste là. Elle tourne à l'intérieur de toi, elle grossit. Elle alimente toutes tes pensées, sur ce que tu vaux, soi-disant, sur ce que tu mérites, ou mérites pas d'ailleurs. Quand tu nommes la honte, tu commences à la déposer. Et puis, il y a autre chose aussi. La honte, elle prospère souvent dans le silence, dans le secret, dans l'isolement. C'est un truc que tu vas garder pour toi. Elle te dit, surtout tu caches ça. Surtout personne ne doit savoir. Parce que si les autres voient, oh mon Dieu, ils vont te juger. Ils vont t'exclure du groupe. Et c'est pour ça que parfois tu réécris un peu l'histoire. De manière plus ou moins consciente. Et le temps passant... Tu sais plus vraiment c'était quoi la réalité, tellement t'as voulu croire à ta nouvelle histoire. Mais en vrai, chaque fois que tu oses nommer ce que tu ressens, Même juste à toi-même, entre toi et toi, même juste dans ta tête, tu reprends un petit peu le pouvoir. Tu lui dis à cette émotion, je te vois, je sais que t'es là, et en vrai, t'es pas une vérité sur moi. Je me souviens de ce trajet retour, après cette journée de travail, et des jours qui ont suivi aussi. J'aurais pu passer des semaines à tourner en boucle. Resté bloqué sur « je suis nul, je me suis plantée » , « j'ai pas été à la hauteur » . Et franchement, je vais pas te mentir, ces phrases, oui, elles ont tourné dans ma tête. Mais le moment où les choses ont commencé à se calmer, c'est quand j'ai pu me dire « ce que je ressens là, en fait c'est de la honte » . Quand j'ai compris que je m'accrochais à une identité que je ne voulais plus vraiment, ça m'a libérée, ça m'a aidée. J'avais déjà créé mon entreprise, comme je te l'ai dit, et cette vie de salariée, c'était pas mon avenir. Mais j'avais tellement construit et tellement travaillé à bâtir cette identité de femme forte, indépendante, qui a un poste à responsabilité dans une boîte internationale, etc., etc., que quand il n'y a pas eu l'issue que la moi d'il y a 10-15 ans aurait voulu, ben j'ai pas compris en fait. J'ai pas compris. Mais pourtant, à ce moment-là, où tout était trouble, j'ai entrepris aucune démarche pour trouver un nouvel emploi. Parce que je ne voulais pas de nouvel emploi. Mon emploi, je l'avais déjà. Finalement, ce qui s'est passé, c'était ma porte de sortie. Pour oser enfin me consacrer à 100% à mon entreprise. Le coup de pied aux fesses que peut-être j'attendais, et dont j'avais besoin pour oser sauter dans le vide, une bonne fois pour toutes. Personne ne sait vraiment ce qui se serait passé si j'avais pas eu cet échange avec ma chef. Est-ce que j'aurais tenu bon et fini par relever tous les défis, tous les challenges, et qu'on m'aurait même applaudi ? Est-ce que j'aurais fini en burn-out, comme ma chef ? Ou est-ce que j'aurais enfin eu le courage de tout quitter, de démissionner ? Personne ne le sait. Et au final, ça importe peu. Cet événement douloureux, il m'a permis d'avancer, d'être là où je suis aujourd'hui. Et je sais que je n'ai plus à en avoir honte. Parce qu'en fait, ça ne dit pas grand-chose de moi. Tout est lié finalement à l'histoire que tu te racontes. Mon identité de salarié, elle a été touchée. Mon besoin d'être reconnue comme compétente n'a pas été comblé. Ok, cette image que je m'étais construite pendant des années, elle s'effritait, mais j'en voulais plus et puis, je ne suis pas nulle en fait. Je ne suis pas une impostrice. Ça n'enlève rien à tout ce que j'ai pu accomplir avant, tous les succès, toutes les réussites. Et puis... Si on se pose deux secondes, m'épanouir dans un milieu toxique, ça dit quoi de moi aussi ? Ce jour-là, oui, j'ai ressenti de la honte, parce qu'on m'a appris qu'échouer, c'était mal. On m'a laissé croire que dans la vie, on n'avait pas le choix, que si on se plantait, on ne pouvait pas se relever. On m'a inculqué qu'il fallait se plier aux règles, qu'un CDI, c'était la norme, que c'était la sécurité. Et surtout, que le monde entier avait les yeux braqués sur moi. Sur nous. Mais c'est totalement faux. Les gens ne passent pas leur temps à nous regarder, à nous commenter. La seule personne que vos échecs, entre guillemets, préoccupent autant, c'est vous-même. Et bien souvent, c'est un mal pour un bien, un cadeau mal emballé. Alors je t'en prie, n'aie pas honte de ton histoire. Sois-en fière. La honte, c'est une émotion qu'on ressent souvent, mais qu'on nomme presque jamais. On se dit des trucs du type « je suis nul » , « j'aurais pas dû » , « qu'est-ce qu'ils vont penser ? » Mais derrière ces phrases, elle te parle, cette honte. La honte, elle s'apprend, elle n'est pas innée. On te la transmet à travers des regards, des phrases, des silences. C'est tout un conditionnement, mais c'est pas une vérité sur toi. Et nommer ce que tu ressens, c'est déjà reprendre un peu le pouvoir. Aujourd'hui, je t'ai partagé quelque chose de très personnel. Quelque chose que je n'aurais pas été capable. de dire, dans ces termes-là, il y a quelques années. Et si je le fais, c'est parce que je suis convaincue que tu t'es reconnue, quelque part, dans ce que je t'ai partagé, dans mon histoire, dans mes ressentis, dans mes craintes. Peut-être pas dans les détails, mais dans la sensation. Dans ce truc lourd qui colle à la peau, dans ces phrases qui tournent en boucle. Alors surtout, n'oublie pas, tu n'es pas seule. Si cet épisode t'a plu, si tu penses qu'il pourrait aider d'autres femmes autour de toi, s'il te plaît, partage-le. C'est la meilleure façon de m'aider à le faire connaître, pour pouvoir aider aussi d'autres femmes comme toi. Prends soin de toi et je te dis à très bientôt pour un nouvel épisode. Ouh... Mmm... Mmm... Ouh... Yes.