Speaker #1Pour ce dernier épisode sur les comportements humains face au changement, je vais vous parler de la courbe de diffusion de l'innovation. Cette courbe permet de montrer comment l'innovation est acceptée par les utilisateurs au cours du temps et à partir de quand finalement les utilisateurs acceptent massivement l'innovation. Cette courbe a été élaborée par Everett Rogers dans les années 60 et elle découpe les individus en cinq catégories basées sur leur vitesse d'adoption de l'innovation. Cette courbe, elle a été développée d'abord dans le cadre des adoptions de nouvelles technologies et des pratiques agricoles, mais elle s'applique très bien en entreprise. Le but, c'est de nous aider à comprendre les différents profils face au changement et de mieux planifier et exécuter les stratégies en personnalisant les approches. Ce qui est très important dans cette courbe, c'est de se dire qu'au départ, il va falloir un peu de temps pour que les premiers utilisateurs acceptent l'innovation. Mais ces utilisateurs-là, même s'ils sont une minorité des utilisateurs, ils sont très enclins à accepter l'innovation. Ce sont ceux qui veulent de la technologie et des performances. Donc de base, ils sont acquis à votre cause. Si votre innovation est intéressante, vous les avez déjà conquis. Après l'acquisition de ces utilisateurs-là, il y a ce qu'on appelle le gouffre de l'innovation. Ce gouffre, et il s'appelle comme ça pour une bonne raison, c'est que de passer de cette première catégorie d'utilisateurs à la grosse majorité des autres, il va falloir un effort supplémentaire. Ces individus, ils sont motivés par des solutions qui vont répondre à leurs besoins, qui vont être pratiques et qui vont être fiables. Donc, on ne va pas les convaincre grâce à la technologie, on va les convaincre parce que ça répond à leurs besoins et c'est beaucoup moins évident. D'où la difficulté de passer ce gouffre et que énormément d'innovation ne le passe jamais et reste à l'état de truc sympa qui aurait pu décoller mais qui ne l'a pas fait. Donc, à gauche de la courbe, nous avons dans un premier temps les aventuriers, qui représentent à peu près 3% de la population. L'attitude générale des aventuriers, c'est d'être positifs et enthousiastes vis-à-vis du changement. Ils sont prêts à soutenir et à promouvoir activement les initiatives. Ils aiment quand ça bouge, ils aiment quand ça innove, donc de base, ils sont faciles à convaincre. C'est des leaders informels et des supporters qui inspirent et motivent les autres. Eux, pour les gagner à votre cause. Il faut leur fournir des ressources et du soutien pour les habiliter à devenir des ambassadeurs du changement. C'est eux qui vont être les bons relais dans votre quotidien pour diffuser l'innovation. Si vous les chouchoutez, si vous leur donnez du grain à moudre pour faire leur métier d'aventurier et de promoteur de l'innovation, ils le feront avec plaisir sans même s'en rendre compte. La deuxième catégorie, c'est les adopteurs précoces. Globalement, ils sont ouverts en changement et ils sont plutôt influents. Ils sont environ 13% de la population et ils agissent juste après avoir vu les preuves du succès chez les aventuriers. Ils ne mettent pas longtemps à être convaincus, mais ce n'est pas non plus les premiers à se jeter sur une nouvelle innovation. C'est eux qui vont valider et légitimer le changement auprès d'une audience plus large. À eux, il faut leur fournir des données, des études de cas et des témoignages qui confirment la valeur du changement. Mais globalement, c'est des gens qui sont aussi faciles à convaincre. Si déjà on a bien fait notre travail sur ces personnes-là, en leur montrant qu'on est dans l'innovation, qu'on insuffle le changement, ils vont être ravis de participer. C'est après que ça se passe. Là, pour convaincre les suivants, il faut passer le gouffre de l'innovation. Et ça, ce n'est pas simple. Parce que juste derrière, il y a la majorité précoce. La majorité précoce, c'est environ 34% de la population. Eux, ils sont prudents, mais réceptifs au changement. Globalement, ils ont envie que les choses bougent, mais ils veulent être sûrs que ça va dans le bon sens. Donc ils suivent une fois qu'ils voient la majorité s'engager. Et comme ils constituent la majorité, il faut faire bouger le groupe globalement assez ensemble. C'est eux qui vont constituer le gros du groupe. En fait, une fois qu'eux, on les a convaincus, on a une majorité de gens qui est convaincu par l'innovation. Leur adoption est essentielle pour la réussite globale du projet. Si on ne les a pas, ça veut dire qu'on restera à l'état de prototype et qu'on n'ira jamais plus loin. Avec eux, il faut communiquer régulièrement, les former, les soutenir pour faciliter leur transition. Honnêtement, ils sont dans de bonnes dispositions. Ils ne demandent que ça à adhérer au changement, mais il y a un effort à fournir pour qu'ils le fassent. Ensuite, on a les suiveurs, qui eux aussi composent 34% de la population. Eux, ils sont plutôt sceptiques et résistants. Ils n'adoptent le changement que par nécessité ou pression sociale. Donc clairement, eux, si le gros du groupe a accepté, il est possible qu'ils suivent rien que pour faire comme les autres, parce qu'ils n'auront plus le choix. Leur adoption est souvent plus lente, mais nécessaire pour une intégration complète du changement. Avec eux, il faut aborder leurs préoccupations spécifiques et leur offrir un accompagnement personnalisé et souligner la nécessité du changement. Clairement, pour les convaincre, plus vous aurez de relais qui pourront faire passer le bon message, plus ce sera simple. Donc encore une fois, l'intérêt de chouchouter vos aventuriers, vos adopteurs précoces et votre majorité précoce dans un troisième temps. Les derniers seront les retardataires. Eux, ils sont très résistants, voire hostiles au changement. souvent en raison d'une forte adhésion aux méthodes existantes. On est souvent sur une population un peu plus âgée qui ne voit pas l'utilité de changer et surtout qui n'a plus envie peut-être aussi, parce qu'ils se disent que le temps et l'énergie à investir, ça ne vaut plus le coup par rapport au temps qu'il leur reste à passer dans la vie professionnelle par exemple. Ils composent environ 16% de la population. Ce sont effectivement les derniers à être convaincus, mais leur résistance peut aussi fournir des éléments utiles pour améliorer le processus. Parce que ce n'est pas parce qu'ils sont résistants qu'ils n'ont pas de bonnes idées pour faire comprendre pourquoi on peut résister au projet. Et il n'y a rien de mieux pour savoir comment vendre son projet que de savoir pourquoi on résiste au projet. À eux, il faut leur offrir une attention particulière, leur démontrer de l'empathie et de la patience et éventuellement proposer des solutions alternatives ou des compromis. Attention néanmoins, gros bémol, quand on commence à entrer dans des solutions alternatives et des compromis, on crée un précédent. Donc, ça veut dire que potentiellement, si on n'a pas bien sécurisé le reste des personnes impliquées dans le changement, ça peut remonter à l'inverse. Donc, d'avoir des suiveurs ou même de la majorité précoce qui va demander des compromis et des solutions alternatives, s'ils n'ont pas été suffisamment bien convaincus du changement, les compromis peuvent se retourner contre vous. Donc, à faire très attention. Mais ce groupe-là, il nécessite aussi une attention particulière parce que les retardataires, s'ils ne sont pas soignés, peuvent entraîner les suiveurs dans leur façon de voir les choses. Donc, vous pouvez vous retrouver avec une masse plus incline à refuser le changement qu'à l'accepter. Donc, concentrez ces efforts sur les gens qui pourront être de vrais relais et donc vous permettront d'avoir plus de gens pour prêcher votre changement et donc d'être des relais sur le terrain d'un côté et atténuer l'impact que peuvent avoir les retardataires. pour ne pas trop attirer les sceptiques vers eux, ça peut être une très bonne stratégie de projet. Globalement, il faut bien sûr accorder une attention adaptée à tous, mais là où vos efforts auront le plus de fruits, c'est sur vos adopteurs les plus précoces qui transmettront et seront des relais pour justement avoir de l'impact par ricochet sur le reste de la population et les retardataires afin qu'ils ne minent pas les sceptiques. C'est ainsi que se clôt notre série sur les réactions humaines face au changement. J'espère que ça vous a plu et je vous dis à très vite pour une nouvelle série.