- Speaker #0
Le monde des petites entreprises est fascinant. C'est un mélange unique de débrouillardise et d'adaptabilité. Mais parfois, on manque de compétences clés pour aller plus loin. Tu le ressens aussi ? Alors ce podcast est fait pour toi. Je suis Perrine Thiébaut, consultante en transformation numérique et je déniche pour toi les meilleurs outils, méthodes et technologies pour gagner en efficacité. Seule ou avec mes invités, je te partage des conseils actionnables pour avancer en toute sérénité. Alors, prêt à oser l'efficacité ?
- Speaker #1
Le premier sujet que je voulais aborder avec toi aujourd'hui, c'est celui de l'intelligence collective en interne dans l'entreprise. Parce qu'on est encore dans un monde où on a beaucoup son poste, son service, et chacun ne veut pas trop sortir de sa case si on ne l'encourage pas. Donc on fonctionne en vase clos et même plusieurs vases clos indépendants les uns des autres dans une même entreprise. Alors ma première question, on a un petit peu posé les premières briques dans le premier épisode, mais... Est-ce que l'intelligence collective, elle va améliorer la collaboration et l'efficacité en interne ?
- Speaker #2
Oui, d'ailleurs c'est son sens premier, me semble-t-il. Quand on utilise l'intelligence collective pour amener du changement, faire évoluer une entreprise, les premiers gains d'efficacité quand même se voient déjà sur les collaborateurs. Alors qu'est-ce qu'on voit comme premier changement ? Une meilleure implication individuelle. On donne du sens, en fait, à leur contribution, à leur action. Ils se sentent onboardés, si tu veux, intégrés dans quelque chose qui est un peu plus global que leurs propres tâches. Donc, effectivement, ça donne du sens un petit peu à leur mission. On peut voir l'émergence de nouvelles compétences. Je te donne un exemple. Il faut qu'il y ait un référent qui sache faire des feedbacks. Assez étonnamment, au début de chaque séance collective, il y en a un qui va prendre la parole, on ne l'entendait jamais. C'est celui qui ne parlait jamais. Et là, d'un seul coup, il va retrouver une compétence, un savoir-faire à l'oral qu'il n'avait pas avant. Collectivement, on a une notion d'appartenance, un sentiment de reconnaissance qui naît de ces actions collectives. Est-ce que c'est plus efficace ? En tout cas, je pense que pour les individus, ils se sentent mieux reconnus. Certains patrons m'ont dit aussi qu'il y avait une légère réduction, diminution des erreurs. Pourquoi ? Parce qu'il y a de la solidarité. Tu as oublié de faire ceci. Dis donc, j'ai vu que c'était à toi de le faire. Il me semble que tu étais à la bourre. Il y a une solidarité qui vient parce que le groupe commence à naître, même en dehors de l'action collective. Et puis, clairement, on voit une acculturation. Il y a la culture du faire ensemble, des prises de décisions, des prises en compte qui commencent à naître dans l'entreprise.
- Speaker #1
Tu as donné l'exemple du dirigeant qui voit qu'il y a moins d'erreurs. Est-ce qu'il y a d'autres bénéfices qu'un dirigeant peut attendre de ce genre d'émulation ?
- Speaker #2
Oui, ceux qui sont recherchés, c'est que la stratégie de direction, la stratégie globale, soit soutenue par les collaborateurs. Donc, le partage d'informations, d'apprentissage, ce qu'on appelle les fameux best practices, les meilleures pratiques, vont assez rapidement émerger. Donc, le dirigeant, il est plutôt content. Ensuite, il y a un renforcement des liens entre les membres du groupe ou de l'entreprise, ce qui permet des fois de gagner du temps aussi, de répéter les choses, de faire des réunions. redondantes. On y voit évidemment un développement de communautés de travail, des gens qui ne se connaissaient pas ou qui n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble et qui commencent à partager de plus en plus en dehors de l'action collective. C'est ça qui est dingue. Il y a un gain de temps clairement parce que les gens se comprennent plus vite, commencent à se connaître et notamment quand on est en mode projet. Alors c'est des économies financières en termes de temps parce que je sais que les réunions sont comptées maintenant par certains, les temps de réunion sont comptés. On a parlé tout à l'heure de la performance. Tu me posais la question s'il y avait de la performance. Oui, l'accroissement du niveau de performance dû à un meilleur engagement, volume de travail. Je sais que certains ne rechignent pas à faire une demi-heure de plus le soir parce que ce projet, il tient tellement à cœur. Et on sait que l'équipe l'attend demain. Ils vont rester une demi-heure de plus. Ça n'existait pas avant. Et puis, en termes d'enthousiasme, d'intérêt, il y a ces émotions, toute la partie non visible. qui est un peu l'engouement, la partie émotionnelle de c'est sexy, c'est enthousiasmant et je fais quelque chose de mieux que ce que je faisais avant. Voilà, donc ça, c'est quand même des grands bénéfices.
- Speaker #1
Donc, on a de gros avantages sur la partie valorisation du travail, bien-être au travail et du coup, forcément, sur la performance globale sur les équipes. Super intéressant. Tu as glissé un petit mot dans ce que tu viens de me dire. Et je vais en profiter pour poser un petit peu la question qui fâche, parce que globalement, les réunions d'entreprise, on n'en peut plus. On voudrait plutôt les réduire. Alors, comment est-ce qu'on fait pour que ces initiatives d'intelligence collective, ça ne devienne pas juste une réunion de plus et une contrainte en plus dans l'agenda de la semaine ?
- Speaker #2
C'est le thème qui fâche, effectivement. Une réunion, par définition, elle a pour but un objet, l'objet du jour. Et il est très rare que l'objet du jour, ça soit Pierre, Paul, Jacques, Julie, Bénédicte et Sophia. C'est plutôt l'entreprise, le groupe, le service marketing, les clients, je ne sais pas trop quoi, le marché. Comment on fait pour ne pas que ça soit une réunion ? En faisant en sorte que les bénéfices dont on parlait, ils soient autant individuels que collectifs. L'idée, c'est que l'intelligence collective devienne aussi un levier de réussite individuelle. Donc, je vais participer avec mes collaborateurs. Donc, c'est un réflexe pratiquement de développement personnel, de montée en compétence. J'ai envie d'apprendre quelque chose. Ce n'est pas une vraie réunion. C'est un atelier collectif. Tu vois, on n'est plus du tout dans le même paradigme. Je vais porter attention à mes collègues. Ils vont me poser des questions. Je vais voir l'évolution depuis une semaine. Bref, faire en sorte que ça soit au-delà. des bénéfices collectifs. J'en vois aussi une autre. Comment faire que ce ne soit pas une réunion suivie d'une autre réunion ? On donne des suites concrètes. Il y a des phases de réflexion collective qui sont suivies d'actions. Ce n'est pas une réunion pour une autre réunion. Donc, on prend une décision. Et collectivement, ils sont impliqués. Et c'est un atelier, il faut appeler ça un workshop, un atelier d'intelligence collective. Je lui donne une autre forme parce qu'il rentre dans une autre forme d'un process. collectif.
- Speaker #1
Super intéressant. C'est sûr que quand ça marche, quand la mayonnaise prend, ça fait rêver comme résultat. Le deuxième sujet que je voulais aborder avec toi, je pense que c'est encore moins évident que l'intelligence collective en interne, c'est celle en externe. C'est quelque chose qu'on voit énormément dans l'entrepreneuriat. Tous les entrepreneurs discutent entre eux, se soutiennent, se donnent des billes pour développer chacun son entreprise de son côté. Mais alors dans les entreprises, au sens plus classique du terme, on le voit beaucoup moins. Très bizarre de travailler avec ses concurrents. On voit beaucoup le côté « j'ai peur de me faire piquer mes idées » , « est-ce que je dois vraiment discuter avec d'autres ? » « Est-ce que ça me fait vraiment avancer ? » « Est-ce que je ne risque pas de lui donner plus de billes que moi je ne vais en récupérer ? » Dans le milieu industriel dans lequel je travaille en particulier, c'est carrément inenvisageable à l'heure actuelle de faire ça. À part quelques rares exceptions, on est quand même sur des milieux très fermés. Alors, je vais commencer d'abord gentiment. Est-ce que l'intelligence collective, ça peut renforcer les liens client-partenaire-fournisseur ? avant d'attaquer le côté concurrence.
- Speaker #2
Oui, je veux rassurer tout le monde, évidemment. Tout va se baser sur les relations. C'est-à-dire qu'elle existait quand même avant, la relation avec le client, le fournisseur ou le partenaire. De toute façon, elle existe. C'est soit je suis suffisamment transparent, en confiance, pour que cette relation aille vers du mieux, ou alors je peux la laisser dans l'état qu'elle est. Et je pense que l'intelligence collective... avec donc les partenaires, des clients, des gens en externe, comme tu le disais, ces générateurs d'intérêts communs. C'est-à-dire que ce qu'on pensait être secret pour soi, et on pense que l'autre a des secrets pour lui, il se pourrait bien qu'on en crée des secrets pour nous. Si on comprend qu'on peut générer un intérêt qui est commun, le banquier, le fournisseur de matières premières, mon livreur préféré, mon logisticien, ou mon service informatique dématérialisé à l'extérieur, tu sais, peut faire partie aussi de quelqu'un qui va être encore meilleur avec moi qu'il le serait avec la concurrence. Parce que je vais travailler avec lui. Il y a un cadre à mettre en route, sûrement bien. Il faut créer de la confidentialité, que sais-je. Mais en tout cas, c'est possible. Et la prise en compte des bénéfices liés à ses intérêts communs, je pense qu'elle est même concomitante, conditionnée aux bénéfices pour les autres. On tombe dans du gagnant-gagnant. J'aurai des bénéfices si lui, il en a. On peut être dans l'idéalisation de la relation commerciale et contractuelle, mais ça commence à porter un nom quand on parle d'innovation ouverte, par exemple. Les tout-à-chacun, les particuliers, on dirait que c'est de la collaboration participative, tu vois, avec une économie solidaire. Et je pense que l'industrie, le milieu de la restauration, l'hôtellerie a commencé à le faire. Tout le milieu de l'agroalimentaire commence aussi à avoir son intérêt maintenant. Alors l'industrie n'est peut-être pas encore complètement prête, mais pour moi, oui, on peut renforcer des relations entre partenaires, fournisseurs et pourquoi pas clients.
- Speaker #1
Tu as des exemples où ça a permis de débloquer des situations difficiles ou d'apporter une valeur ajoutée concrète à ce type de collaboration ?
- Speaker #2
Oui, notamment, je pense à… à une entreprise, à une plateforme qui fait du B2B et du service aux entreprises industrielles notamment, et qui au moment d'avoir fait, on appelle ça une action d'intelligence collective, donc un accompagnement, en coaching et puis en formation. Et c'était la stratégie de marque employeur. Et pour faire de la marque employeur, il y avait eu tout un débat, toute une approche client et fournisseur. En tout cas, c'est moi qui avais monté, créé et constitué les questionnaires. Et chaque partie prenante avait ses questions. Un peu comme tu irais chercher des avis Google ou que sais-je. Et chaque réponse avait été décortiquée et il y avait déjà des demandes communes. Et bien réellement, ce qui est sorti, de cette action, c'était la diversification de l'offre commerciale. On veut faire de la marque employeur et on sort avec un projet de diversification d'offre commerciale pour encore mieux répondre aux clients. Les services marketing savent très bien le faire, mais c'est limité aux services marketing. Et la direction aurait pu dire oui, non, ce n'est pas le moment. Les commerciaux dire, mais on n'a pas le temps de vendre ça. Normalement, c'est le travail du service marketing d'aller chercher un peu en avant. Et là, la totalité des... parties prenantes de l'entreprise ont poussé un peu à aller apporter une nouvelle valeur commerciale. Et j'ai un autre exemple qui est peut-être moins venu du monde extérieur, mais qui est passé quand même par le comité de direction d'un grand groupe français, comité de direction d'un groupe industriel international, pardon, et c'était le Codire français. Et je me souviens que lors de la première session, Le problème de logistique était tellement lourd que le comité de direction ne pouvait plus aider le directeur du supply chain de l'époque et du logisticien. Et j'ai fait en sorte que ces non-dits, ces parties non-exprimées puissent faire l'objet, il y avait même des conflits qui étaient nés, puissent faire l'objet d'une discussion, ils étaient neufs je crois dans le comité de direction, comment on peut faire pour aider notre directeur. de logistique pour prendre en compte ce qui est en train de se passer à l'extérieur. Ça a tellement bien marché que c'est remonté au siège social en Allemagne, parce que je me souviens très bien de l'entreprise, et qui a pris une décision pour que les plateformes de logistique changent et que les fournisseurs, en tout cas les partenaires, puissent s'adapter donc au problème, qui n'était plus un problème, ça devenait une solution.
- Speaker #1
Oui, un bon exemple de... Oui, rebattre les cartes quand les situations sont bloquées, donc très intéressant. Je vais poser maintenant la question qui gratte. Est-ce qu'on peut pratiquer l'intelligence collective avec ses concurrents sans risquer de mettre son business en péril finalement ?
- Speaker #2
Sous certaines conditions. Dans un certain process, j'ai commencé à le voir dans les années 2018-2019, le début Covid. J'ai vu des... on peut appeler ça comment, des interprofessions, donc des professionnels concurrents dans le même métier, commencer à faire des hackathons, tu sais, ces grandes messes de brainstorming limitées dans le temps. On a 24 heures et on va réfléchir à... Il y avait un problème de matières premières à l'époque, on ne pouvait plus faire venir sous un mois ou deux mois certaines matières premières de l'Asie. Comment faire pour que les stocks en France puissent servir à tout le monde pour ne pas faire monter les prix ? à l'achat, mais à la vente des produits finis aussi. Et donc, il y a un double niveau à avoir si toutefois on veut faire de l'intelligence collective avec ses concurrents, c'est de l'utiliser sur un premier niveau qui est celle un peu d'ouverture. Donc, niveau 1, c'est celui que je réalisais entre mes concurrents d'un secteur, donc un caton. Et puis, les résultats sont réutilisés chez chacun des membres du secteur économique, qui sont donc les entreprises, et qui, elles, vont adapter à leur propre marché. C'est un deal, j'allais dire, gagnant pour la totalité d'une filière, par exemple, ou d'une région. Dans le tourisme, ça se fait un peu. Quand on a eu un problème de crise sanitaire, économique, météorologique, certaines institutions décident que tous les professionnels du tourisme, concurrents, même s'ils étaient concurrents, vont travailler ensemble à trouver une solution. Et on mettra peut-être même à disposition des ressources. qu'un seul professionnel du tourisme n'aurait pas pu avoir seul. Donc je dis oui, c'est possible, sans pour autant tout donner à la concurrence.
- Speaker #1
Oui, et puis il y a d'autres beaux exemples. Je pensais en particulier à une campagne de pub qu'on a pu voir dans le métro parisien entre des marques d'agroalimentaires végétaux qui avaient surfé, qui avaient répondu plutôt à l'interdiction d'appeler steak, par exemple, des produits à base de végétaux et qui avaient fait des... pubs ensemble, donc sur trois panneaux, on voyait les trois marques présentées côte à côte et qui se renvoyaient la balle d'un panneau à l'autre, qui montraient qu'ils ont compris que c'est parce que les gens mangeront plus végétal que ça bénéficiera à toutes les marques. C'est pas en choisissant une marque qui vont faire progresser le secteur, c'est en faisant choisir le végétal aux gens. Et je crois que c'est quelque chose qu'on voit aussi dans la mode éthique, la mode fabriquée en France. C'est pas en poussant une marque qu'on va ... faire de meilleurs choix vestimentaires. C'est parce qu'on a compris qu'il faut acheter en France que ça va changer. C'est là que je vois que c'est ensemble qu'on va réfléchir au problème et pas chacun pour sa marque finalement. En tout cas, moi j'y crois profondément. Donc dans l'épisode suivant, on va plonger dans le concret avec des outils et des méthodes pour mettre tout ça en pratique.