- Speaker #0
Le monde des petites entreprises est fascinant. C'est un mélange unique de débrouillardise et d'adaptabilité. Mais parfois, on manque de compétences clés pour aller plus loin. Tu le ressens aussi ? Alors ce podcast est fait pour toi. Je suis Perrine Thiébaut, consultante en transformation numérique et je déniche pour toi les meilleurs outils, méthodes et technologies pour gagner en efficacité. Seule ou avec mes invités, je te partage des conseils actionnables pour avancer en toute sérénité. Alors, prêt à oser l'efficacité ?
- Speaker #1
Alors Hendrick, aujourd'hui j'aimerais commencer par le sujet de l'open innovation. Est-ce que tu peux m'en parler et me dire pourquoi il faut s'y intéresser aujourd'hui ?
- Speaker #2
Parce qu'elle a fait ses preuves, chère Perrine. Pas de risque. Effectivement. L'open innovation, elle regroupe l'ensemble des processus d'innovation qui sont fondés sur le partage, la collaboration, l'intelligence collective. C'est une démarche quand même qui se démarque de l'innovation traditionnelle, c'est-à-dire d'améliorer l'existant, de partir d'une base. que je connais, que je maîtrise, et puis la rendre meilleure ou l'adapter au monde qui évolue. C'est dès 2003, on avait Henry Chesbrough, qui est un professeur de Berkeley aux Etats-Unis, qui l'avait défini comme, clairement, l'open innovation, comme la somme d'entrées et de sorties de connaissances qui sont destinées à accélérer le processus d'innovation interne. Mais il dit bien donc d'entrées et de sorties, et non pas uniquement une réflexion qui serait uniquement interne. D'où le mot « open » , innovation ouverte. Et elle consiste pour une entreprise à penser son innovation, sa recherche et développement, non plus d'un point de vue fermé en intérieur, mais en intégrant des collaborations extérieures. Donc de l'entreprise, des collaborateurs, et pourquoi pas, on en a déjà parlé, pourquoi pas aller voir d'autres entreprises et d'autres partenaires. Ça, c'est déjà la définition. Aujourd'hui, elle est plutôt quand même dédiée aux grands groupes qui ont... Un écosystème de fournisseurs et de partenaires suffisamment bien défini et puis visible, avec lesquels en plus il est facile d'aller travailler. Mais il y a toute une partie maintenant de l'économie, et notamment tu parlais des start-up digitales, qui ont bien compris qu'ils sont des agents, on va appeler ça comme ça, ils sont des agents de l'innovation ouverte, de l'open innovation.
- Speaker #1
Quand on veut se mettre en mouvement pour... Aller vers ce genre d'innovation, comment est-ce qu'on mobilise son écosystème ? Qu'est-ce qui fait qu'on peut fédérer des gens qui, a priori, ont leur propre société, leurs propres intérêts autour d'un projet commun d'innovation ?
- Speaker #2
Pour la finalité, on fédère en fait et on va chercher des gens dans son écosystème, des professionnels, des professionnels de l'innovation. On va les chercher, on veut se rapprocher d'eux parce que la finalité nécessite en fait... qu'on aille chercher des informations qu'on n'a pas en interne. Sinon, on les intégrerait, on embaucherait quelqu'un, on augmenterait notre R&D en interne. Et quand bien même on fait ça, on se limite encore pour toutes les définitions d'intelligence collective, de cerveau collectif que j'ai déjà parlé et j'ai déjà défini. Effectivement, il va falloir quand même à un moment donné s'ouvrir et aller chercher celles et ceux qui sont des agents de l'innovation, ce que je venais de définir. Alors il y a des processus, enfin des processus, il y a des institutions et des organisations dont c'est le métier. Tu connais forcément les incubateurs et les accélérateurs de start-up qui elles-mêmes travaillent en collaboration. Pourquoi pas moi en tant que PME, je me rapproche de ce groupe, de cet incubateur. Je peux aussi aller faire partie de ces gens-là à un moment donné et aller chercher de l'information. Il existe des plateformes de co-création, d'idéation, de recherche de solutions pour lesquelles moi je peux apporter. en leur disant que ça existe, c'est ça que je fais avec mes outils, mes équipes ont déjà mis ça en place, et je vais gagner, faire avancer les autres, et moi aussi je vais bénéficier de la force de ces créateurs. Je pense à un Fab Lab, qui sont des institutions purement économiques, internes, partenariats, mais des Fab Labs de l'agriculture, de la cosmétique, on en a connu, chez nous ici en Haute-Savoie, on a des Fab Labs. quand même un petit peu de l'ingénierie de la montagne, on le sait bien, du tourisme, les gens réfléchissent à ça, travaillent ensemble, et ils ont mutualisé une partie de leur savoir avec des grandes sociétés comme Salomon, Mavic et autres, on le sait, ils travaillent ensemble. Un des leviers aussi qui reste, c'est de participer à des événements type hackathon, concours, ces fameux challenges d'idées, pourquoi pas envoyer son service marketing de participer. ou de faire venir dans son entreprise ce genre d'événement. Signer des partenariats aussi avec des startups, je veux dire même investir. Je te donne un exemple, moi j'accompagne aujourd'hui une startup dans le digital qui a une application pour les CHR, donc café, restaurant, hôtellerie. On s'est rendu compte que celles et ceux et les grands groupes nationaux, ce qu'ils veulent, ce n'est pas qu'uniquement acheter l'application. Ils aimeraient bien participer au développement. Donc, ils feront partie du capital. Voilà, il y a cette façon-là aussi. En plus, je crois qu'il y a des aides aujourd'hui, et puis il y a des crédits d'impôt pour ce genre de choses. Donc, les leviers, c'est de faire le chemin vert. les professionnels et non pas attendre d'être sollicités.
- Speaker #1
Ok, donc si on est une grosse entreprise, on peut être noyau d'open innovation, on peut être générateur. Si on est plus petit, c'est à nous de faire la démarche pour aller voir où est-ce qu'on peut s'intégrer. Et finalement, si on est porteur d'innovation comme une startup, là, on peut, à l'inverse, attirer les gros pour rentrer dans notre innovation. Ok, très clair. Est-ce que tu as des exemples concrets d'entreprises ou l'application de l'intelligence collective a servi de levier d'innovation ?
- Speaker #2
Oui, j'ai fait une recherche, Perrine, je vais être franc, c'est pas moi qui les ai conduites.
- Speaker #1
C'est pas un problème.
- Speaker #2
Ces réussites là, mais oui, la plus connue, parce qu'elle a fait l'objet d'une technique dont on peut se former, alors je ne suis pas certifié, mais la fameuse technique Lego. Lego fait partie peut-être une des entreprises avec le fab, je ne sais plus comment il l'appelait, Lego Factory, je crois. Lego est redevenue l'entreprise qu'elle était dans les années 70-80. Grâce à l'Open Innovation, voilà, pour faire clair. Donc, c'est elle qui a mené des ambassadeurs, des gens à réfléchir en interne et en externe sur comment ce jeu qu'on a tous connu quand on était petit peut devenir une entreprise innovante. Et aujourd'hui, c'est un monde, c'est un monde. Enfin, je ne vais pas le résumer là ici. Je pense aussi donc à Toshiba, qui était une entreprise qui, à un moment donné, a failli être rachetée. par les grands faiseurs numériques japonais et qui aujourd'hui collaborent avec de nombreuses startups françaises de l'informatique, dont les noms Euclid, Isidor, Jenko, enfin des entreprises qui si elles n'avaient pas rencontré Toshiba ou vice versa, n'existeraient peut-être plus aujourd'hui. On peut parler des labs d'Orange, les Orange Labs, qui existent toujours, donc il y a des startups. qui viennent travailler sur un programme lié au web, l'autre plutôt sur l'exploration de la 3D et de la 4D. Qu'est-ce qu'on a eu encore ? Le fameux Metaverse à la française, on va dire à l'européenne quand même, est aujourd'hui étudié. Et Orange, depuis dix ans, a vraiment un ADN maintenant de participants et de contributeurs à l'open innovation. J'ai appris et vu que Renault... avait lancé un immense travail collectif et donc participatif avec des institutions, alors là c'est très étonnant, sur la mobilité. Donc là on n'est pas dans la numérique pure et dure, on est sur des organismes et des professionnels qui vont faire de la sociologie, qui vont connaître nos nouveaux modes de mobilité et pourquoi les trentenaires ne se déplacent plus comme les générations X, pourquoi les gens du Nord ou les gens du Sud, ne voient pas le déplacement dans la même utilité. Et Renault a mis en place une sorte de processus de recyclage, de mise à disposition, de location. On parle même d'économie solidaire là-derrière. C'est extraordinaire. Pour la petite histoire, j'ai cherché un peu plus pour savoir qui avait travaillé chez Renault. Il n'y avait que 15 collaborateurs, mais ils avaient mis RSE, R&D, dématérialisation, technologie. C'est énorme quand même. à travailler ensemble, plus de 35 opportunités identifiées ont été gardées, conservées par la direction de Renault. Alors je pense qu'on ne connaît pas leur nom, mais aujourd'hui quand on va chez Renault et qu'on est consommateur, on profite, on bénéficie de ce travail d'innovation ouverte.
- Speaker #1
Super, merci pour ces exemples. Je te remercie d'avoir cité l'exemple de Lego parce que c'est mon exemple préféré que j'utilise énormément aussi dans mes cours sur la transformation numérique parce que pour moi, une des entreprises qui a le mieux réussi sa survie pour un jouet qui, finalement, a commencé à désintéresser les enfants quand les écrans ont fait leur grande montée. Et finalement, une des décisions magnifiques qu'ils prennent, c'est de se dire... On parlait justement d'intelligence collective avec la concurrence. On a des Lego Star Wars, on a des Lego Marvel. Et du coup, les enfants, ils continuent à jouer avec quelque chose de concret, mais parce que ça vient des écrans. Donc, il y a cette espèce de gagnant-gagnant qui est vraiment intéressant.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #1
Est-ce que... tous les modèles dont on va parler, on peut les appliquer aux petites entreprises.
- Speaker #2
Attention pour les freins dont on a déjà parlé, donc de budget peut-être, peut-être aussi tout simplement d'environnement. Si aujourd'hui l'industrie, l'agroalimentaire, la tech, la food tech par exemple, peut profiter pleinement de l'innovation ouverte parce que le contexte le permet, il y a encore des milieux dans lesquels c'est un peu plus fermé. Le tourisme commence à s'ouvrir à ce genre de bénéfices. Une PME aujourd'hui, elle doit déjà avoir... au moins fait un peu d'innovation fermée chez elle, en interne, pour pouvoir s'ouvrir quand même à l'innovation plus grande et plus collaborative, et intégrer des startups, signer des accords avec des plateformes de créateurs. Alors je sais que pour y être souvent invité, on avait parlé une fois tous les deux de quel réseau je pouvais en tout cas être le plus proche. Oui, clairement, la BPI, les chambres de commerce et maintenant leur plateforme de mise en... en mutualisation de services. Je pense aux plateformes d'initiatives locales. On en a ici en Haute-Savoie ou sur les deux pays de Savoie. Je pense à la French Tech, évidemment. Et toutes ces plateformes permettent pour une PME de commencer d'aller toucher un peu plus loin à ce que faisaient des gens en interne. Alors, est-ce que ça suffira ? Sûrement pas. Il va falloir à un moment donné aussi avoir un budget et puis peut-être même du personnel, des ressources humaines qui soient dédiées à l'innovation ouverte. J'ai quelques exemples quand même. On voit maintenant un développement de l'entrepreneuriat dans certaines PME. On intègre quelqu'un qui travaille à son compte, qui a une mission en interne pendant 6 mois, 18 mois, qui va faire de la stratégie pour ubériser une partie des process, qui va venir étudier comment les outils IA peuvent intégrer leur CRM, mais le faire maison. Et lui, il va être obligé d'aller chercher des gens en extérieur, automatiser des process. de sécurisation, par exemple, des locaux, je ne sais pas quoi, de la production. L'e-learning, aujourd'hui, tu formes tes ressources humaines de plus en plus avec des outils, évidemment, digitaux. Et quid, je mets 50 000 euros et trois ans de travail pour développer ma plateforme d'e-learning ou alors je trouve un partenaire externe qui va me le faire mieux que moi et puis sur lequel je vais avoir une... une expérience plutôt d'utilisateur contributeur plutôt que celui qui est le faiseur, le gestionnaire. Voilà, ça c'est un exemple. Application mobile, est-ce que je demande à mon service, mon développement de développement interne, de passer deux ans sur mon application mobile ou est-ce que je trouve quelqu'un à Lyon ou à Paris qui va me le faire très bien parce qu'il en a déjà vendu 50, par contre avec qui je vais signer un accord pour que ça puisse être évolutif parce que lui il ne le sait pas, mais moi dans un an... J'ouvre une boutique, je ne sais pas quoi, en Irlande ou en Italie. Et il va bien falloir que lui soit prêt à m'accompagner sur ce sujet-là. Voilà, ça c'est des petits exemples où les PME, PMI réellement peuvent commencer de réfléchir. Et j'en ai d'autres, gestion des flux, de communication, gestion des stocks pour certains. Moi, je travaille avec quelqu'un qui vend du meuble. Aujourd'hui, il a cinq stocks d'entrepôts. Il y a un professionnel externalisé qui va gérer les flux de ces meubles. Une grande partie de la facilité avec l'extérieur, client-fournisseur, ce n'est pas l'entrepreneur de meubles qui l'a inventé, qui l'a trouvé, qui l'a mis en place. C'est bien quand même le professionnel du transport et de l'entreposage.
- Speaker #1
J'entends deux choses principales dans ce que tu dis là. C'est avant tout d'avoir cet esprit d'innovation en interne, sinon effectivement... ne pas pouvoir y aller. Et dans un deuxième temps, finalement, ne pas vouloir tout faire tout seul, se concentrer sur son expertise et s'ouvrir à d'autres messages, d'autres compétences externes qui font mieux que nous et qui peuvent apporter beaucoup à l'apport qu'on veut avoir justement au monde de demain. C'est quelque chose qu'on retrouve beaucoup dans les conseils donnés aux entrepreneurs. Sachez vous entourer, ne faites pas tout tout seul, vous ne pourrez pas arriver à faire tout tout seul. Mais finalement, oui, ça s'applique aussi aux petites entreprises. C'est un petit peu ce que je veux faire avec Oser l'Efficacité d'ailleurs, proposer un banc d'experts à des entreprises qui n'ont pas forcément toutes les compétences en interne. On est un peu dans l'intelligence collective finalement.
- Speaker #2
Tout juste, bonne analyse.
- Speaker #1
En tout cas, ça fait bien rêver les différents exemples que tu nous as donnés. J'espère qu'on va voir de belles choses continuer à se créer via l'innovation collective, l'open innovation. Dans l'épisode suivant, on va s'intéresser à l'avenir et à ce qui nous attend demain en termes d'intelligence collective.