- Speaker #0
Il y a mille façons de parler de souveraineté industrielle en France. On peut faire un joli post-LinkedIn en mettant en résilience tous les trois mots et en mettant un joli drapeau bleu blanc rouge. Ou alors on peut co-fonder une start-up investie dans la souveraineté énergétique, la quitter et recommencer avec un smartphone. C'est le parcours de mon invité du jour. Olivier Dufour a co-fondé Verkor qui a ouvert sa Gigafactory en fin d'année dernière. Il est maintenant co-fondateur de BeeAlp avec l'ambition de créer un smartphone européen et circulaire. Entre les batteries et les écrans tactiles, il y a un fil rouge. Préserver la souveraineté industrielle de l'Europe. On va voir ensemble aujourd'hui si c'est un slogan ou une méthode. Bienvenue dans Oser l'Efficacité. Bonjour Olivier.
- Speaker #1
Bonjour Perrine.
- Speaker #0
Je suis ravie de te recevoir.
- Speaker #1
Moi aussi.
- Speaker #0
Ça faisait un moment que je voulais t'avoir et donc l'occasion s'est présentée, c'est top. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet et dans tous les conseils qu'on va pouvoir extraire de ce parcours assez riche, Je voudrais qu'on revienne sur... l'homme, la façon dont tu es rentré dans l'industrie, ça se passe tout de suite dans I Need a Hero. Alors Olivier, comment est-ce que tu tombes dans l'industrie au départ ?
- Speaker #1
Moi, c'était assez logique. Pour moi, l'environnement industriel, c'est un environnement où je me sens bien, l'environnement du B2B. J'avais fait du marketing industriel dans mon école de commerce quand tout le monde voulait aller en marketing grande consommation. Moi, personnellement, vendre des dentifrices ou des... Je suis en point, ça ne m'intéresse pas du tout. Je trouve qu'il y a des relations saines dans l'industrie. Parce qu'en fait, globalement, que ce soit client ou fournisseur, il faut que ce soit gagnant-gagnant. Ce n'est pas seulement du marketing et du bling-bling. Donc, c'est ça qui me plaît dans l'industrie.
- Speaker #0
Tu as passé 20 ans chez Rio Tinto, dans les matières premières et les relations institutionnelles. Qu'est-ce qui s'est passé pendant ces années-là et qui, derrière, fait que tu décides de rebâtir l'industrie en France ?
- Speaker #1
Oui, écoute, c'est en fait assez logique. Je suis rentré en fait en 2000 chez Pechiney. Ça a été racheté par Alcan, ensuite par Rio Tinto. Pendant les premières années, j'étais en business development, enfin on dit business development maintenant, avant on disait commercial, à l'international. Je vendais des produits industriels fabriqués en France et en Europe, des extrusions à l'aluminium, de l'alumine, du packaging. Et au départ, très franchement, ça se passait bien. Et c'est seulement à la fin de cette période, qui a duré à peu près dix ans. qu'on a commencé à ressentir la concurrence chinoise. Et donc, j'ai fait ça jusqu'en 2007. Dernier poste, je dirigeais l'agence commerciale en Afrique du Sud. Et c'est là, après, où je suis revenu sur Voreppe, à côté de Grenoble, avec un rôle très différent. On était en train de fermer des usines en Europe. Et du coup, il fallait recréer de l'activité économique là où on avait fermé des usines. Et en fait, j'ai vécu. de près en 2008-2009 les impacts de la désindustrialisation avec des gens qui perdaient leur job des services associés la cantinière de l'usine qui perdait son restaurant d'entreprise et qui était dans mon bureau et qui pleurait et il fallait retrouver une activité pour elle c'était pas simple, elle était proche de la retraite mais c'était dur et en fait juste après je me suis retrouvé plutôt en mode pompier sur des sites industriels qui allaient fermer, ou qui étaient proches de fermer, en tout cas qui était en difficulté, soit parce qu'il y avait des problèmes environnementaux, soit parce qu'il y avait des problèmes d'énergie. Et du coup, mon job, c'était un peu de recréer des conditions gagnantes avec les autorités, avec les parties prenantes, pour que ces usines puissent perdurer. Je parle par exemple de l'usine d'aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne, qui était vraiment en difficulté en 2012. Les usines de Carbone Savoie, pas très loin d'ici, à Vénissieux et aussi en Tarentaise, tu dois connaître, c'était en 2016, ou l'usine de Gardanne, une usine d'alumine qui fabriquait à partir de bauxite, qui avait un enjeu autour des boues rouges. C'était vraiment des gros enjeux, très franchement. Et à chaque fois, les usines étaient en difficulté, il fallait éviter de les fermer, et c'est ce que j'ai fait. J'étais vraiment en mode pompier.
- Speaker #0
Il y a un moment clé où tu t'es dit... Je ne veux plus être au service de l'industrie. Je suis là pour créer ma propre industrie, ma propre startup, un moment charnière.
- Speaker #1
Il y a eu une période en 2016, je me souviens très bien, j'ai assisté à une conférence agronome organisée par la chaire de paix économique. à Grenoble École de Management. C'était aussi co-organisé par Schneider Electric. Et pendant cette conférence, il y avait deux personnes qui m'ont vraiment marqué. L'une, c'était Muhammad Yunus, prix Nobel d'économie 2006 sur la microfinance au Bangladesh. Et il y avait Tony Meloto, qui avait monté des fermes sociales et solidaires aux Philippines. Et Muhammad Yunus était juste devant moi, sur la table, parce que j'étais au premier rang, comme d'habitude. Et il dit un truc, il dit en fait on travaille très dur pour payer de très belles études à nos enfants, pour qu'à leur tour ils travaillent très dur pour enrichir des actionnaires qu'ils ne connaîtront jamais. Il dit on fait de nos enfants des mercenaires. Et ces paroles en fait c'était comme un poignard que je me suis pris dans le cœur, parce que je travaillais chez Rio Tinto, j'étais le lobbyiste de Rio Tinto, et là je me suis rendu compte que d'un point de vue de mes valeurs... Je crois que j'étais arrivé au bout de ce que je pouvais faire. Et c'est là où je me suis dit, tiens, je vais faire autre chose. Et quand j'ai eu cette réflexion, j'ai fait une formation qui m'a ramené à mes missions. Quelles sont mes missions dans la vie ? Et donc, j'ai décidé de me lancer là où mon cœur me portait, là où ma mission me portait. Et notamment sur des sujets de réindustrialisation d'un côté. et aussi de meilleures relations en entreprise.
- Speaker #0
Dans ma prochaine question, je pense que tu as partiellement répondu. Je voulais te demander justement comment tu choisis tes prochaines missions. Là, tu as parlé de cœur. Est-ce que du coup, il y a une part de hasard et de là où ton cœur te porte ou il y a quand même un fil rouge qui est une sorte de crible pour savoir si la prochaine mission, c'est la bonne ou pas ?
- Speaker #1
Oui, tu vois, il y a les deux en fait. Moi, je pense qu'il y a un élan chez moi. Et par exemple, le sujet de la réindustrialisation et de recréer un champion industriel. Vraiment, ça me parle. Il faut voir que j'étais chez Pechiney en 2000, qui a disparu en 2003. J'ai vu en fait toute la disparition des usines. Je ne te dis pas quand Serge Tchuruk qui a dit l'industrie sans usines, etc. Moi, je bondissais parce que je voyais bien qu'il y avait un problème à l'époque, déjà il y a 20 ans. Et après, j'ai vu le marasme que ça crée, la disparition des usines. Et ça va loin, cette croyance. Moi, je pense que... C'est ça qui explique une partie du populisme, les gilets jaunes, etc. En fait, l'usine, c'est quand même le lien social. C'est l'endroit où travaillent différentes personnes, avec différents métiers, de différentes religions. C'est vraiment un melting pot, une usine, qu'on ne retrouve pas dans tous les métiers. Donc, j'ai vraiment ce drive. Après, c'est vraiment des hasards qui ont fait que... Sur Verkor, c'est Benoît qui est venu me chercher pour travailler sur la stratégie d'engagement des parties prenantes. Et BeeAlp, ça a été une conversation, un déjeuner avec un ancien du smartphone qui m'a dit « Ce que tu as fait sur la batterie, ce serait impossible à faire dans les smartphones. » Je lui ai dit « Bah, faisons-le dans les smartphones. »
- Speaker #0
Ok, tu marches au challenge.
- Speaker #1
Oui, après, il faut voir que le véhicule électrique, c'est une technologie qui est disponible. Et en fait, c'est le plus gros gisement d'abattement de CO2. disponible aujourd'hui en changeant des voitures diesel par des voitures électriques. Et c'est immédiat. Donc la techno est là. Pour avoir de l'impact d'un point de vue changement climatique, c'est vraiment là qu'il faut être. Et le smartphone, t'imagines qu'on a tous un smartphone. C'est vraiment l'objet le plus populaire qui soit et où on est tous attachés. Et sa durée de vie, c'est 2,8 années en moyenne en Europe. 642 millions de smartphones qu'on a mis dans nos tiroirs depuis des années en Europe. C'est 130 millions de tonnes de matières premières qu'on a extraites pour faire dormir dans nos tiroirs après 2,8 années. Donc, si tu veux, d'un côté, il y a l'aspect gisement de CO2 et de l'autre côté, il y a un désastre écologique auquel il faut mettre fin, en fait. Donc, tu vois, ce n'est pas tout à fait un hasard. C'est que sur les deux sujets, il y a quand même un gros impact. Et c'est ça qui me drive.
- Speaker #0
Généralement, je demande à mes invités d'expliquer leur métier à un enfant de 10 ans. Mais comme toi, tu es en train de développer le smartphone de demain et que ses futurs acheteurs, ce sera potentiellement des enfants de 10 ans. Comment tu convaincrais un enfant de 10 ans que leur futur smartphone, c'est un BeeAlp et pas un Apple ?
- Speaker #1
C'est une question qui est difficile parce que pour moi, un enfant de 10 ans, si possible, il est protégé du smartphone quand même. Tu vois, moi, j'ai des grands enfants et des petits-enfants. Je pense qu'on doit quand même, en tant qu'adulte, limiter leur exposition au smartphone. Si tu t'adresses à des adolescents, 15-16 ans, moi, je n'ai pas besoin de leur expliquer, en fait. Ce qui est extraordinaire avec les jeunes d'aujourd'hui, c'est qu'ils comprennent tout de suite qu'on a un enjeu climatique, qu'on a un enjeu environnemental, que ça passe non pas par la possession, mais l'utilisation des richesses de cette planète. On emprunte la planète à nos enfants, c'est eux. Et donc, ils ont un mindset, un état d'esprit qui est très favorable à la proposition de valeur que l'on fait.
- Speaker #0
Ma question était plutôt dans ce sens-là, en se disant, effectivement, à 10 ans. Je préférais, mes enfants n'ont pas encore cet âge-là, mais je préférais qu'ils n'aient pas encore le smartphone. Par contre, c'est les consommateurs de demain, et il y a quelque part des messages à leur faire passer dès maintenant. Mais tu me dis que c'est plutôt déjà fait chez les adolescents. Oui,
- Speaker #1
parce que si tu regardes, en fait, regarde, moi, à l'âge de mes filles, qui ont 26, 27 ans, moi, ce que je voulais, c'était posséder ma voiture. Tu sais, tu as 18 ans, 19 ans, tu as hâte d'avoir ta propre voiture, ta mobilité, etc. Alors que les jeunes aujourd'hui, ils n'ont pas forcément besoin d'avoir une voiture. Tu prends le bus, le train, tu fais du blabla-car, et de temps en temps, si vraiment tu as besoin, tu loues une camionnette, tu loues la voiture dont tu as besoin. Donc ça, cet usage est complètement répandu. Et encore aujourd'hui, nous, notre génération, on a du mal à aller dans cette direction. Le plus gros vendeur de prêt-à-porter en France, c'est Vinted. C'est tout de la deuxième main. Très franchement.
- Speaker #0
Je mettrais un bémol parce qu'il y a de plus en plus de vendeurs qui ne sont pas deuxième main, qui se sont mis sur une tête. En tout cas, moi, je vois bien.
- Speaker #1
Mon épouse, aujourd'hui, pour les enfants, elle achète en deuxième main. C'est génial. Et très franchement, pour mes filles, j'ai deux grandes filles qui ont 26 et 27 ans, deux petits garçons qui ont 4 et 2 ans. Ça a complètement changé. Il y a à l'âge pour mes filles, jamais j'aurais avoué que je prenais des trucs d'occasion. Aujourd'hui, j'en suis plutôt fier, tu vois. de reprendre des vêtements qui n'ont quasiment jamais été portés. Donc, ce changement de mentalité est extrêmement porteur. Et en fait, si je regarde, du fait de l'industrie de la grande consommation en règle générale, tu as quelques initiatives qui vont dans ce sens, Vinted, Le Bon Coin, Vestiaire Collectif. Mais en fait, l'offre n'est pas énorme et surtout l'offre de neuf qui va dans cette direction-là. Tu as deux mondes, tu as le monde de l'occasion, du reconditionné, et tu as le monde du neuf. Dans les véhicules électriques par exemple, ou les véhicules au sens large, ça a changé déjà. Tu as le choix d'acheter d'occasion, mais c'est sur des montants qui sont beaucoup plus importants, 30 000, 40 000, 50 000 euros. Sur des produits de consommation courante moins chers, on va dire entre 500 et 1 500 euros, c'est beaucoup moins développé. L'économie de la fonction est beaucoup moins développée. et donc Le faire sur un smartphone et de dire aux gens vous n'allez plus posséder votre smartphone, vous allez l'utiliser, ça va être vos données sur un terminal qui ne vous appartient pas, c'est en fait une nouvelle offre, ça n'existe pas aujourd'hui. Et il y a toute une partie de la population, pour plein de raisons, que ce soit pour des raisons économiques, tu vois, j'ai pas envie de payer plus cher que ce que j'ai besoin de payer, ou pour des raisons écologiques. C'est meilleur pour la planète, mon smartphone il ne va pas tirer dans un tiroir, il va être recyclé, réutilisé. Eh bien, ça converge vers une nouvelle demande. Et en face, il faut par contre mettre l'offre. Et en fait, tu as peu d'offres, et notamment en France aujourd'hui. C'est plus développé dans d'autres pays. L'Allemagne, l'Angleterre, même les États-Unis sont plus développés dans ce sens.
- Speaker #0
Pour conclure cette partie, je vais te demander de te présenter en une phrase, mais par contre je t'enlève, les mots énergie, souveraineté et Europe.
- Speaker #1
Moi, je pense que je suis essentiellement... un bon père de famille, un bon papa qui pense à l'avenir de ses enfants et qui a une exposition à l'international. Je suis né en Afrique du Sud, j'ai vécu en Côte d'Ivoire, aux États-Unis, en Angleterre, j'ai voyagé dans plus de 70 pays, et en fait, j'essaie d'aller chercher, c'est plus qu'une phrase. Je vois qu'il y a des choses qui marchent aussi ailleurs, et j'ai envie de l'offrir en France.
- Speaker #0
Avec tout ce qu'on s'est dit avant, j'étais... quasiment sûre que tu allais commencer ta réponse par « je suis un bon père de famille » . Je le sentais arriver, mais ça me va très très bien. Là, pour le coup,
- Speaker #1
je pense que c'est le rôle qui me collait à la peau.
- Speaker #0
Sur la prochaine section, je voudrais qu'on profite de ton expérience. Je l'ai un peu utilisée en introduction. Tu as cofondé Vercors, une grosse startup industrielle. Tu as recommencé maintenant avec BeeAlp. Tu as la conviction qu'en France, on a besoin de plus de startups industrielles fortes. L'idée, c'est d'aller creuser dans tes enseignements à toi pour aller l'offrir finalement à nos auditeurs. Ça se passe tout de suite dans le cheat code. En préparant l'épisode, ce qui était venu spontanément, c'est de me parler de management. Et bizarrement, je me suis dit que... Dans l'univers de la start-up, peut-être que c'était quelque chose de plus facile parce qu'il y a le côté projet un peu cool, les gens ont envie de venir travailler. Mais non, tu as quand même deux expériences douloureuses sur le management. Tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. T'imagines qu'on a été en hypercroissance assez vite. On est parti à 6, à la fin de l'année, de la première année, on avait 20 personnes. Après, on a monté. Moi, quand j'ai quitté Vercors, on était autour de 300. J'étais le DRH de Verkor. et en même temps que j'étais le responsable communication. Et en fait, dans les entretiens que je faisais avec les personnes qui allaient nous rejoindre, la manière dont je définissais mon rôle, c'est que j'étais responsable de la qualité des relations. Et c'est vraiment un souci que j'ai, c'est qu'on ait des relations de bonne qualité, que ce soit en interne avec ses collègues ou avec les partenaires externes, les clients, les fournisseurs. Et en fait, je me suis rendu compte que... Tu vois, t'es en... Un recrutement vraiment intense, tu accueilles au départ deux personnes par semaine, puis cinq, puis dix, tu vois, vraiment. Et on a mis en place des moyens de recruter les gens pour ne pas se tromper. Je pense à deux cas où vraiment on s'est trompé. Et ça a un impact énorme quand tu as une personne dans ton équipe qui n'est pas la bonne personne, et qui est supposée faire un job et qui ne fait pas ce job-là. et que du coup, tu te retrouves à faire le job à la place et donc tu as la double douleur. Non seulement tu as le travail, mais en plus tu as les coûts qui sont associés et cette place n'est pas libérée pendant des mois et tu n'arrives pas à faire partir la personne. Et donc, ça devient vachement toxique pour toute une équipe et ça te fait perdre en productivité. Donc ça, c'est vraiment difficile. Le deuxième, je pense que tu fais référence à un autre cas où on avait une personne qui était vraiment dans un poste clé. ça avait été super difficile à trouver cette personne je ne vais pas mentionner dans quel service mais vraiment ça avait pris des mois de recruter la personne la personne faisait globalement, on pensait qu'elle faisait d'ailleurs globalement bien son travail elle faisait avancer ce poste clé mais en fait elle se comportait vraiment super mal avec les jeunes femmes autour des RH, de la finance etc et donc moi en tant que RH J'étais amené à lui coller un avertissement et donc de le rappeler à l'ordre. Et c'est dur, très franchement, c'est dur parce que tu ne le vires pas encore, mais tu fais l'avertissement. La personne peut éventuellement partir, tu en es totalement conscient et tu es à un poste clé où tu as eu du mal à recruter. Et donc, quand j'ai remis la lettre d'avertissement, en fait, la personne n'a pas compris qu'on lui remettait. pour ça. Il pensait que c'était une excuse ou pour autre chose, etc. Il n'a pas compris que la vraie raison, c'était son comportement vis-à-vis des jeunes femmes de l'entreprise.
- Speaker #0
Et dans ce sens, il ne voyait pas le problème de ce qu'il avait fait ?
- Speaker #1
Il ne pensait pas que dans la configuration où on était, etc., que c'était qu'il avait dépassé les lignes rouges de la société. Lui, il était dans un secteur sans doute un peu particulier où les hommes se permettaient d'avoir des comportements tu vois je dirais inapproprié par manque d'autres mots c'est vraiment inacceptable c'est arrivé plusieurs fois on lui en a parlé avant vraiment je suis sûr qu'au jour d'aujourd'hui on lui a collé l'avertissement en utilisant ça comme excuse tu penses qu'il a je pense qu'il a pas compris, donc il a démissionné tout seul, il a déchiré devant moi la lettre très franchement non Si tu vas trop à trop, tu es quand même emmerdé. En fait, c'était super. Là, pour le coup, lui est parti et ça a réglé plein de choses. Et ce que j'aime aussi, c'est que ça a créé un exemple. Ça a démontré que même sur un truc, un gros enjeu, un gros poste important pour l'entreprise, tu es dans une société, tu es là pour garder le cadre et faire respecter le cadre. Eh bien, tu ne fais pas d'exception. Donc on ne transige pas avec les valeurs ? Ah ben non, et le règlement,
- Speaker #0
tu vois.
- Speaker #1
Et le règlement, oui. C'est normal, tu as une société qui est en hypercroissance, ça peut être des fois extrêmement chaotique, tu as les valeurs qui sont données, chez Verkor on avait fait un bel exercice là-dessus, on avait quatre valeurs, on avait traduit ça en comportement souhaité, et très clairement, lui, il était, pour plein de raisons, pas dans les comportements souhaités.
- Speaker #0
Mais c'est hyper important de noter qu'effectivement, tu perds un poste clé, ça fait très peur, mais au final... Ce que tu en retires, c'est positif parce qu'enlever cette personne, c'était bénéfique pour le reste de l'équipe.
- Speaker #1
Pour plein de raisons, que ce soit sur le côté du projet et sur la culture d'entreprise au sens large.
- Speaker #0
Malgré les difficultés du recrutement, du management, il y a quelque chose qui m'a marquée dans ta préparation, c'est que tu restes optimiste. Tu penses qu'il est possible de fidéliser, de donner envie, quelles que soient les cultures, quelles que soient les gens. C'est pas antinomique du coup ?
- Speaker #1
Non, non, je pense que l'aspect recrutement et le travail de la culture, l'onboarding que tu fais est vraiment clé. Je pense qu'on a vraiment bien fait ça chez Vercors. En fait, tu te rends compte qu'au travers des générations, les gens, il y a un aspect rémunération, si tu veux, mais les gens travaillent beaucoup plus et sont beaucoup plus motivés quand tu donnes du sens à leur engagement et à leur travail. que juste de la rémunération, des bonus, etc. Et c'est vrai que, c'est marrant parce qu'en le disant, je pense un petit peu à mon ancienne boîte, aux grosses boîtes en fait. Dans les grosses boîtes, moi je pense qu'il y a en fait des sociétés à deux vitesses. Tu as des gens qui sont là parce qu'il y a le CE, parce qu'il y a la rémunération, tu vois, qui restent là, mais au fur et à mesure des années, ils perdent le drive et même s'ils l'ont très fort au départ. Après, en fait, c'est dur de le garder 10 ans, 15 ans, 20 ans, si tu as la routine. La vraie question, c'est comment est-ce que tu maintiens le drive ? Comment est-ce que tu maintiens l'engagement ? Et le fait d'être embarqué dans une mission pour sauver le monde, finalement, parce que c'est ça qu'on fait, et bien voilà, tu as le maxi-drive. Et derrière, il faut que ça se décline à différents endroits, que ça se ressente et qu'il n'y ait pas de désalignement. dans différentes parties de la société. Quand la société grossit, il faut que ce drive, il ruisselle un petit peu partout. Donc voilà, que tu aies cette homogénéité d'engagement.
- Speaker #0
Est-ce qu'on trouve quand même une balance entre vouloir sauver le monde et que quand même les gens que tu emploies gagnent de l'argent ? Parce que c'est souvent ce qu'on oppose. On peut gagner de l'argent en sauvant le monde.
- Speaker #1
Oui, oui. Très bien. Je dis souvent, tout travail mérite salaire. C'est important, oui. Et tout salaire mérite travail. Le contrat de travail, c'est vraiment un contrat important dans l'entreprise. Là où tu as du désengagement, c'est en général qu'il y a un espace qui se crée entre les attentes du manager, du leader, et donc de celui qui paye le salaire, et les attentes de celui qui le reçoit. Et c'est pour ça que la communication, elle est clé au milieu de tout ça. Et je vois très bien... Tu vois, je suis aussi sud-africain, ma femme est sud-africaine et j'ai vécu aux Etats-Unis. J'ai fait mes études en Angleterre. Il y a une différence entre la France et les pays anglo-saxons, c'est entre l'implicite et l'explicite. Il y a beaucoup d'implicite en France. Et en fait, il y a beaucoup de non-dits dans les entreprises. Soit parce que tu ne veux pas te plaindre, tu vois, tu as le côté un peu sacrificiel du travail. tu dis, c'est mon travail, je suis payé pour ça, donc je fais. Du coup, tu ne dis pas. Soit parce que tu as peur de dire, parce que les conditions d'expression ne sont pas là. On parle de sécurité ontologique, de permettre l'expression des employés. Et dans l'autre sens, je parle plutôt bottom-up, du salarié vers son leader manager. Et dans l'autre sens, c'est vrai aussi, comment est-ce que je vais lui dire que ça ne va pas ? Tu vas faire un feedback constructif. Et c'est pour ça qu'il y a des outils qui sont magnifiques, qui existent, comme l'art du feedback, la communication non-violente, l'empathie, le développement de l'empathie, l'écoute active, tous ces côtés d'intelligence émotionnelle que tu peux déployer et développer en entreprise. Et ça, quand tu le fais, tu participes à la culture. Et la culture, elle participe à l'expression. Et l'expression, elle participe à la résolution de problèmes et de conflits. Si t'as pas ça... Tu sais, tu ne fais pas un truc aussi ambitieux que Verkor ou BeeAlp. C'est super important que la communication circule.
- Speaker #0
Il ne faut pas me lancer sur ce genre de sujet. Ça me passionne et on n'en va jamais arriver à ce qu'on a prévu de traiter dans l'épisode. Mais en tout cas, c'est super intéressant. Merci. Il y a un truc que tu m'as dit en off qui est, on peut avoir un projet dingue sans que les gens pensent que tu es dingue. Tu peux développer. Je trouve ça très drôle comme formulation.
- Speaker #1
D'ailleurs, son nom m'échappe, mais non, il me revient. C'est Chade-Meng Tan. je ne sais pas si tu as entendu parler de lui, c'est celui qui a lancé une école de leadership qui se base sur la méditation. Ça s'appelle Search Inside Yourself. Et ce gars-là travaillait chez Google. Et quand tu travailles chez Google, tu as 20% du temps que tu peux attribuer sur des projets personnels. Et donc, lui qui est d'origine asiatique, un Américain, il a lancé une école de méditation qui s'appelle Search Inside Yourself. Et il explique que quand il a lancé ça, Il a dit, moi ce que je veux c'est établir la paix dans le monde, et je veux contribuer à la paix dans le monde. Et donc il se dit, tout le monde aurait pu me dire, complètement taré, c'est qui cet ingénieur de Google qui veut contribuer à la paix dans le monde ? Et en fait il s'est rendu compte que ça fonctionnait, ça embarquait les gens. Il s'est retrouvé à discuter avec Obama, il a lancé un truc dont j'ai bénéficié aussi, et c'est énorme. Et c'est pour ça que je parlais tout à l'heure des passions. de mettre son énergie. Il y a des problèmes. qu'il faut régler. Tu vois, je pense, on a parlé du changement climatique tout à l'heure, mais les smartphones, un marché de 90 milliards en Europe, software américain, hardware asiatique, tu vois, la France qui avait Alcatel et Sagem, l'Europe qui avait Nokia et Ericsson, tu vois, un truc qu'on a complètement laissé filer, alors qu'on en a tous. 160 millions de smartphones vendus chaque année, et on est nulle part avec l'impact sur nos enfants, l'impact des réseaux sociaux, tous les datas qui partent ailleurs, amplifiés par l'IA. Tu vois, il y a un problème. Tu vois ce que je veux dire ? Il y a un problème. Et qui est-ce qui s'en empare du coup ? Il faut bien le faire. Il faut bien prendre le sujet.
- Speaker #0
Donc soyez un peu dingue, vous serez suivi.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Donc là pour le coup, les batteries, quand on a lancé Verkor, C'était clair en 2019 déjà et même avant qu'on allait passer d'une dépendance énergie fossile à une dépendance batterie. Toutes les batteries étaient chinoises. Donc là, le problème était posé. Là où on a dû expliquer et convaincre, c'est qu'on a dû faire comprendre qu'une start-up pouvait s'emparer du problème. Quand on est en 2019, début 2020. Quand on appelait les gens et qu'on disait il va nous falloir un terrain entre 150-200 hectares et on va investir 1 milliard d'euros et on va créer 2000 emplois, les gens nous regardaient avec des grands yeux. Mais par contre, personne ne contestait l'enjeu fondamental du besoin d'avoir des batteries européennes. Là sur le smartphone, ce n'est pas encore sur le radar. Ce n'est pas encore forcément sur le radar des politiques. Et donc c'est là où on a besoin de convaincre. Et puis après, il faut le faire.
- Speaker #0
Et une autre leçon que tu m'as proposée, qui est, c'est pas parce que tu sais pas faire quelque chose à un moment que tu sauras pas le faire au bon moment. Alors pour le coup, ça résonne très fort avec le premier épisode de la série du talk, où Manon Cuillerat nous disait qu'après ses études, elle se lance dans un métier qui est pas du tout le sien, qui est pas du tout celui de ses études. Et qu'il faut un certain courage pour se dire, voilà, maintenant je vais faire du roulage-cintrage de métaux alors que j'ai étudié la finance. C'est quoi, toi, ton exemple et ton vécu par rapport à ça ? ce genre de compétences acquises et qui se révèlent ?
- Speaker #1
Ça, c'est vraiment lié au mindset, à la culture de l'entrepreneur. Tu as des gens qui ont fait un PhD en recherche, tu as des gens qui n'ont rien fait. Ce qui est sûr, c'est que l'entrepreneur, lui, ce qu'il sait, c'est qu'il va faire des choses qu'il ne sait pas faire, et notamment au début. Le plus grand rôle de l'entrepreneur, c'est de trouver des gens qui savent faire les choses. mieux que lui. Mais comme il met la graine, comme il plante la graine, il est amené à faire des choses qu'il ne sait pas faire. Je pense à BeeAlp, moi je ne connaissais pas forcément l'environnement du smartphone. J'en connaissais en tout cas pas plus que toi qui es utilisateur du smartphone. J'ai découvert un monde qui est extraordinaire. Avant ça, je ne connaissais pas l'environnement de la batterie. Je ne suis pas ingénieur, mais très franchement, quand j'avais 23 ans, j'ai découvert l'environnement du chariot-élévateur. J'étais chef de produit sur HR Elevator, ensuite j'ai vendu du corindon, je ne suis pas sûr que nos auditeurs savent ce que c'est que c'est de l'alumine électrofondue.
- Speaker #0
Ça je n'avais pas non plus
- Speaker #1
Voilà, tu as tout compris. Dans ces applications, des produits extrêmement techniques. Après, moi je ne connaissais pas tous ces produits et je ne suis pas du tout ingénieur. Par contre, tu as des fondamentaux où tu sais que tu vas aller étape par étape. tu as des choses à construire, à développer. Tu prends les étapes une à une et au fur et à mesure des échanges que tu as, tu en magasines et tu apprends. Et donc, d'ailleurs, c'est marrant parce que chez Verkor, au départ, on luttait contre le « not my job syndrome » . C'est-à-dire les gens qui disaient « ah non, mais moi, je ne sais pas faire ça. Ah non, mais je ne veux pas faire ça. » Écoute, on est 12. Il faut bien qu'il y ait quelqu'un qui le fasse. Ce n'est pas toujours le même qui doit tout porter.
- Speaker #0
Est-ce que tu vois une sorte d'unfair advantage sur ces deux projets qui fait que derrière, on te suit et que c'est plus facile finalement de trouver du soutien alors que d'autres startups industrielles vont beaucoup plus galérer à se faire entendre ? Oui, moi je pense que c'est autour de la mission sociétale que l'on se donne. Et d'ailleurs, moi j'ai une théorie par rapport à ça, et elle est quand même peut-être un peu clivante dans le monde d'aujourd'hui. En France, on met beaucoup d'action sur l'innovation, en Europe aussi, c'est sans doute lié aux règles en matière d'aide d'État, et je parle d'innovation technologique. Donc on développe, des brevets, etc. Moi ce que je vois, c'est que cette politique de l'innovation, elle ne porte pas forcément ses fruits. Pourquoi ? Parce que pour le scale-up, pour l'industrialisation, ça manque quelque part de fonds, d'aide, de soutien sur ce qui est sur des TRL plus élevés. Et du coup, tu as plein de boîtes. Soit leur techno se fait copier par la Chine. Et donc, qu'est-ce que tu fais contre une approche purement je produis, je fais de la techno. Ils sont super forts. Soit les boîtes vont chercher le marché américain. Une statistique que j'ai vu passer. C'est qu'en France, on met 1 million de sales and marketing sur 15 millions d'innovations. Aux Etats-Unis, tu mets 15 millions de sales and marketing sur 1 million d'innovations. C'est fou. Et donc, pour moi, si on veut vraiment réindustrialiser et aller dans ce domaine, il faut réfléchir différemment. Et tu ne peux pas tout miser sur la tech. La tech, c'est important. La technologie, ta propriété intellectuelle, c'est important. Mais il faut vraiment réfléchir à un modèle d'affaires différent. Et c'est là où en liant quelque part le produit et le service, tu crées un avantage concurrentiel par rapport à tes concurrents asiatiques, notamment.
- Speaker #1
Je crois qu'on repart avec plein de choses. Moi, j'aime bien le conseil de « soyez un peu dingue, vous serez suivis » . Je crois que c'est mon préféré. Oui, tout à fait. Dans la prochaine section, je vais te proposer des sujets d'actualité et tu vas me répondre... C'est classe, le public est très au courant, très informé, il n'y a pas forcément besoin d'en faire plus, on est déjà bien informé. Ou ça casse, on en est vraiment loin, on doit en parler plus, les gens ne comprennent rien. Et d'ailleurs les politiques et les journalistes c'est pareil. Et puis pour ceux où ça casse, tu pourras me dire est-ce que c'est ton sujet ? Est-ce que demain tu te vois être porte-parole là-dessus ou pas du tout ? Ça se passe tout de suite dans le C'est classe ou ça casse. Alors, mon premier sujet, c'est la souveraineté énergétique.
- Speaker #0
C'est classe, les gens comprennent. Après, on ne fait pas les bonnes choses. Mais tu vois, quand je regarde la France, on a un avantage concurrentiel énorme. On s'enorgueille d'exporter 91 TWh d'électricité sur les 400 que l'on produit. Et on s'enorgueille d'en mettre quasiment autant dans des data centers. Alors qu'en fait, la base d'électricité, c'est de... la matière première pour l'industrie. Et on pourrait transformer ça en emploi, en activité économique. On pourrait résorber la balance commerciale de la France. C'est 50 milliards, la balance commerciale. Non pas en exportant l'électricité, mais en l'utilisant ici, en exportant des produits fabriqués en France. Donc, tu vois, on est conscient de cet enjeu, mais on ne fait pas forcément les bonnes choses.
- Speaker #1
On est conscient de l'enjeu, on ne sait pas forcément ce qu'on en fait derrière. Et puis, sur la souveraineté énergétique, il y a aussi le sujet... Enfin, on s'écharpe aussi sur la provenance de cette énergie. Parce qu'aujourd'hui, on est très souverain, mais on n'est pas tous d'accord sur le fait qu'elle doit être nucléaire, cette énergie, parce que c'est la réalité.
- Speaker #0
Alors que c'est un sine qua non.
- Speaker #1
Ma deuxième proposition, c'est... C'est un autre de tes chevaux de bataille. Le right to repair, la durée de vie des objets du quotidien.
- Speaker #0
Ouais, non, là, on n'est pas du tout... Donc, ça casse. À mon avis, là-dessus, c'est plus une question d'offre que de demande. Tu sais, c'était sur un modèle d'affaires, globalement. Une société de consommation où ta rentabilité repose sur le renouvellement des produits, tu vas faire un peu de greenwashing, tu vas dire que tu as les pièces, de toute façon tu es compliant par rapport aux règles européennes qui se durcissent, mais en tant que producteur, c'est un caillou dans ta chaussure. Tandis que si tu bases ton modèle d'affaires sur de la longévité et que plus ton produit est utilisé, plus tu gagnes de l'argent, Mais à ce moment-là, ça devient un plus pour toi. La réparabilité, la longévité, ça te permet de gagner plus d'argent. C'est ça qu'on a essayé de faire avec BeeAlp. Mais en fait, ce modèle-là, il n'est pas offert largement. Donc c'est là où il faut changer. Ce n'est pas la réparabilité pour la réparabilité, c'est la réparabilité pour la rentabilité.
- Speaker #1
Et du coup, tu aurais eu un autre modèle à proposer à Crocs, par exemple, qui a failli fermer boutique parce que justement, leurs chaussures étaient increvables et que personne ne renouvelait derrière.
- Speaker #0
Écoute, je ne suis pas sûr qu'ils ont failli fermer boutique. Tout est une question de part de marché, en fait. Mais tu vois, c'est un excellent exemple. Je suis d'accord. Nous, on a... Tous des crocs à la maison. Ça fait quand même six paires de crocs. Ah oui, chez toi, d'accord. Oui, mes deux filles, mes deux garçons. Mes filles ne grandissent plus, mais mes garçons, oui. Donc t'imagines le volume d'affaires qu'on leur apporte. Et j'ai déjà pris des crocs concurrentes. Et bien, on voit la différence. Donc, si Crocs est là où elle est aujourd'hui, c'est bien parce qu'elles ont fourni des produits de belle qualité et quelque part, tout le monde le sait.
- Speaker #1
J'ai dit right to repair, je ne l'ai pas traduit. C'est droit à la réparation. Je trouve que c'est très fort comme mot globalement. Et que, oui, c'est un droit. C'est quelque chose que tu portes. Et au-delà du fait qu'il n'y ait pas d'offre, on ne fait pas trop valoir ce droit aussi, d'acheter un objet et de ne pas...
- Speaker #0
Aussi, l'autre modèle d'affaires, je trouve que le right to repair, il est très orienté sur le producteur pour qu'il mette en place les pièces détachées, etc. et la facilité de réparation, ce qui est vraiment très bien. Je trouve ça très bien. Ça va se renforcer dès le 1er janvier de l'année prochaine. Mais en fait, ça se porte plus sur le consommateur finalement et sur de l'éco-conception que sur une responsabilité du producteur à faire en sorte que le produit reste sur le marché plus longtemps. Tu vois, si le vendeur de produits vend un service de réparation à côté, ça l'embarque dans un chemin d'affaires qui est très différent d'une vente nette. Je reviens à la voiture. Imagine qu'on soit dans un monde où tu changes ta voiture quand tes pneus sont usés. Tu changes tous les deux ans de voiture. « Mes pneus sont usés, je vais changer de voiture. » Ce serait complètement... Imagine que... ton fournisseur de voiture et ils te disent, moi je vous vends la voiture, vous pouvez accéder aux pneus, etc., vous pouvez les acheter sur Internet, mais surtout ne me demandez pas de les changer pour vous. Ce serait complètement ridicule. C'est exactement ce qui se passe avec le smartphone. Tu veux changer ton écran, ça te coûte 400 euros. C'est quand même con. Tout est fait pour que tu rachètes du neuf. éventuellement du reconditionné, mais en tout cas que tu ne répares pas toi-même. Va changer ta batterie de smartphone. Déjà, ça va te coûter 80 euros si tu le fais faire. La pièce, la batterie, elle coûte 10 dollars au maximum. La coque derrière, ça coûte 7 ou 8 dollars au maximum. Ton écran que tu payes 400 euros, l'écran, le meilleur écran à molette, machin, du... du marché, la pièce coûte 38 dollars. Tu vas payer 400 euros de réparation. Donc c'est pour ça que la réparation, c'est bien. Une offre en économie de la fonction où le producteur reste propriétaire de l'objet et te garantit que ton objet va fonctionner sur la durée, c'est mieux.
- Speaker #1
Mon prochain sujet, c'était la reconversion des friches industrielles. C'est classe ou ça casse les gens sont au courant ou pas du tout ?
- Speaker #0
Oh non. Ça casse. Personne ne connaît l'enjeu de ça. Pourtant, c'est un énorme enjeu. C'est un enjeu qui est vraiment très intéressant et que je connais depuis longtemps. J'ai touché le sujet en 2008. En 2008, je travaillais chez Pechiney, qui avait entre 100 et 150 sites orphelins, sans activité industrielle, mais qui gardaient en portefeuille. Et les règles pour réindustrialiser étaient vraiment extrêmement compliquées. À l'époque, en Angleterre, ils avaient publié un bouquin, ils avaient mis une règle selon laquelle 60% des permis de construire dans une municipalité devaient être octroyés sur des friches industrielles ou sur des friches au sens large. Donc, tu ne peux pas faire d'agricole. Et du coup, ils avaient développé tout un tas d'outils pour reconvertir ces sites. On est 20 ans plus tard, ça a très peu évolué. Très franchement, ça a très peu évolué. C'est un véritable enjeu où on a des sources d'ailleurs de gains qui sont monumentaux. Il faut juste améliorer la manière dont les industriels travaillent avec les autorités dans un but constructif pour réindustrialiser ces terrains.
- Speaker #1
C'est un sujet que tu dois porter, que tu portes peut-être déjà ?
- Speaker #0
C'est un sujet que j'ai beaucoup porté quand je faisais la réindustrialisation. notamment en 2008 à Lannemezan on a toute une belle initiative on a aussi refait ça avec Verkor c'est un ancien site Siemens qui a été réhabilité très franchement ça s'est bien passé c'est pas forcément mon sujet du quotidien aujourd'hui sujet suivant, la souveraineté des données et de l'OS mobile non ça casse les gens on ne réalise pas en fait.
- Speaker #1
Ce n'est pas visible.
- Speaker #0
Tu sais que j'ai réalisé que même si je payais avec mon appli Société Générale, Android a quand même accès aux données. Il y a plein de solutions et les gens ne les connaissent pas. Il y a une douleur persistante et une méfiance qui s'installe aussi bien vis-à-vis d'iOS que d'Android. Tous les gens ont la sensation d'être écoutés. Je regarde un programme télé et je dis des choses, je reçois des pubs. Comment est-ce qu'il sait ? Tu vois, comme ici. Et en fait, on n'a pas touché un dixième du sujet. Et ça me fait rigoler d'ailleurs, parce qu'en fait, on met quand même en place des data centers souverains, on cherche à faire de l'IA souverain, etc. En fait, 66% des données saisies en Europe sont saisies sur un smartphone.
- Speaker #1
Du coup, en dernier, la souveraineté sur le matériel qui permet d'exploiter ces données.
- Speaker #0
Pour l'instant, on n'y est pas du tout. On voit des initiatives, notamment au niveau européen, sur les logiciels, mais ça reste très faible. Et en fait, il manque vraiment des dispositifs de soutien pour ça au niveau européen. Et tu vois que ce soit vraiment une politique formalisée, notamment dans les achats de l'État, etc., qui permettent de développer ce genre de situation à grande échelle, tout de suite, très rapidement. Parce que si tu n'arrives pas à déployer vite... La société, c'est tout.
- Speaker #1
Merci Olivier. Pour la prochaine section, je vais te mettre sur le siège le plus inconfortable de l'émission. C'est le grill. Je vais te demander des réponses courtes sur des sujets un peu plus chauds, peut-être un peu plus gênants, on verra. Ça se passe tout de suite dans le grill. Tu quittes Vercors en 2024. Tu es arrivé au bout de ce que tu pouvais apporter à ce moment-là ?
- Speaker #0
Oui, je pense qu'il aurait pu y avoir d'autres possibilités. J'aurais pu déménager à Dunkerque. ou aller par exemple aux Etats-Unis. Mais ce n'était pas mon choix.
- Speaker #1
La presse a parlé d'une mise sous pression de Renault sur Verkor au printemps 2026 pour des causes de retard, compétitivité, gouvernance. Ça, c'est ce qu'on a pu lire dans la presse. Bonne ou mauvaise idée d'avoir un client dans ces investisseurs ?
- Speaker #0
Excellente idée. On n'aurait pas fait Verkor sans Renault. Et ça reste un partenaire vraiment d'ampleur. Moi, je ne sais pas tous les détails. Ce que je sais, c'est que la presse, elle aime bien l'outrage. Elle aime bien les clivages.
- Speaker #1
On ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure.
- Speaker #0
Voilà. et ce n'est pas forcément toujours la vérité.
- Speaker #1
Très bien, ça marche. Beealp promet un smartphone 100% européen. On sait vraiment tout faire en France ou en Europe ?
- Speaker #0
Non, non, non. D'ailleurs, on le promet à 100%, mais on a une roadmap pour le faire. Très franchement, au départ, s'il est à 5 ou 10% français ou européen, moi, je serais content. L'idée, de toute façon, c'est que tout ce qu'on va importer, on va le réutiliser. Et donc, notre business model fait que... au fur et à mesure, il va devenir de plus en plus français et européen. Mais on a beaucoup de choses en Europe. Contrairement à la batterie, on n'avait pas grand-chose dans le smartphone. Il y a 20 ans, on était des leaders. Donc, on a plein de petites graines, des gens qui savent faire la microélectronique. Tu vois, il y a encore Nokia, Ericsson et plein d'ingénieurs. Tu as plein de graines partout. Tu réarroses et ça va refleurir.
- Speaker #1
Apple et Samsung se partagent... La quasi-totalité du gâteau des smartphones aujourd'hui, c'est quoi le plan d'action pour s'inviter à leur table ?
- Speaker #0
Tu sais, le smartphone, je parlais du marché européen, 90 milliards de chiffre d'affaires tous les ans. Donc Apple et Samsung, c'est 60% de ça, grosso modo, ou des 160 millions de smartphones vendus. T'as de la place. Regarde Xiaomi, en 4-5 ans, ils ont eu 16% de part de marché. Qu'est-ce qui fait que Xiaomi a émergé ? Moins cher ? Non, ils ont des bons résultats. Il y a de la place. Les gens nous le disent. Il y a de la place pour un autre acteur.
- Speaker #1
Très bien. Est-ce que tu as déjà payé de ta santé pour remplir tes obligations pro ?
- Speaker #0
Oui, trop. Oui, c'était dur, Verkor. Très franchement, c'était dur. Je fais vachement plus gaffe maintenant à avoir cet équilibre. J'ai ma discipline.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a une promesse faite sous le coup de la fougue des débuts et que tu n'as pas pu tenir pour l'un ou l'autre de tes projets ?
- Speaker #0
Oui. Oui, tu vois, je préfère pécher par optimisme que par réalisme. Mais sinon, quand même, Verkor, on a quand même dit ce qu'on allait faire et on l'a fait. Je m'apprête à faire un show sur BeeAlp.
- Speaker #1
Très bien, on n'attend que ça. Je vais me proposer de se plonger un petit peu dans le futur de tes différentes activités, ta vision sur la suite, finalement. Ça se passe tout de suite dans Retour vers le futur. Si tu devais donner une seule action concrète qu'une PME, une startup industrielle, peut faire demain pour agir sur sa propre souveraineté ? ce serait quoi ?
- Speaker #0
Regarder les achats quand même. La question, c'est quel effort supplémentaire elles peuvent faire pour établir une chaîne de valeur locale. On ne peut pas tout acheter en France, on ne peut pas tout faire en France ou en Europe, mais s'il y a le choix et que quelque part, un petit différentiel économique, il faut regarder aussi à long terme l'avantage de recréer son écosystème localement.
- Speaker #1
Dans cinq ans, qu'est-ce qui te fait dire qu'on a vraiment avancé sur le sujet de la souveraineté, plutôt qu'on en a beaucoup parlé, mais rien n'a bougé ?
- Speaker #0
Écoute, pour moi, c'est assez clair. Il faut regarder le nombre d'emplois manufacturiers en France. C'est assez drôle, d'ailleurs. J'ai lu une stat qui m'a fait bondir dernièrement.
- Speaker #1
Tu l'as postée sur LinkedIn, je crois. Je l'ai vue.
- Speaker #0
Les investissements étrangers en France, c'est 98 milliards ou 96 milliards. les investissements Pensez aux Etats-Unis, c'est 360 milliards, dont 20 à 30% dans le manufacturier. C'est-à-dire que les boîtes françaises, elles savent faire. Il faut juste qu'on remette en place les bases pour que ce soit possible aussi en France et qu'on ne fasse pas que des investissements dans les data centers.
- Speaker #1
Si pour Beealp, tu dois choisir entre contenu européen élevé, prix compétitif ou performance premium, lequel tu sacrifies en dernier ?
- Speaker #0
Le contenu. Je vais t'expliquer pourquoi. Parce que les gens n'achètent pas. sur la base du made in France ou le made in Europe. Ce qui est important, c'est d'avoir une offre qui a un excellent rapport qualité-prix. On achète les produits qui sont sexy et on est prêt à payer un tout petit peu plus cher s'ils sont faits localement, mais pas beaucoup plus cher. Et si on n'est pas capable de tout faire tout de suite en France, on y va par étapes.
- Speaker #1
Quel engagement concret est-ce que l'État français ou l'Union européenne devrait prendre dans les deux prochaines années pour que des projets comme Verkor ou Beealp aient une vraie chance de faire la différence ?
- Speaker #0
Une étape clé, c'est de revoir les règles européennes en termes de concurrence pour pouvoir faire un Buy Europe Act ou un Buy French Act. Nos achats sont nos emplois. Tu achètes une voiture chinoise, tu files 40 000 euros à la Chine. Tu achètes une voiture européenne, tu files 40 000 euros à l'économie locale. Tu crées des emplois et tu crées tes futurs clients aussi. Tu crées du ruissellement. La deuxième mesure, ce serait de ne pas être naïf et de se mettre dans une approche non pas seulement d'investissement étranger en France, mais de co-investissement avec des JVL, une proposition de transfert de technologies de manière très constructive en mode win-win, comme ont fait les Chinois dans les années 90 et les années 2000.
- Speaker #1
Je pense que tu aurais pu garder celle-là pour ma prochaine question, puisqu'on va conclure l'émission maintenant. Et ça se passe dans les questions signatures. Quelle serait ta première mesure ? Si tu étais ministre de l'industrie demain, laquelle tu choisis du coup ?
- Speaker #0
Ma première mesure, c'est que je mets en place les achats locaux avec des règles extrêmement précises pour ne pas baisser la compétitivité, la qualité, mais vraiment un incentive sur le Buy Local Act.
- Speaker #1
C'est quoi ton pire souvenir média ?
- Speaker #0
C'est en Afrique du Sud. Je travaillais pour Alcan, il y avait un gros projet industriel. Et à l'époque... il y avait des problèmes d'électricité il y avait des blackouts et dans une soirée perso, j'ai rencontré un journaliste en fait je ne savais même pas qui était journaliste et je me plaignais, on avait failli avoir un incendie dans la maison et le lendemain il y a un titre dans Engineering News qui est l'équivalent de l'usine nouvelle, le patron d'Alcan en Afrique du Sud, crache sur Escom tu vois et là toute la hiérarchie m'est tombée dessus C'était vraiment un sale moment. C'était un sale moment.
- Speaker #1
Il faut toujours faire attention à ce qu'on dit.
- Speaker #0
Il faut toujours faire attention à tout, à qui écoute à côté.
- Speaker #1
C'est fou, ça. Quel conseil tu te donnerais, peut-être juste avant ta discussion avec Benoît, quand il vient te chercher sur Verkor ?
- Speaker #0
Mets tes limites, tout de suite.
- Speaker #1
Dans le sens, poser tes limites ?
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
C'est quoi pour toi, oser l'efficacité ?
- Speaker #0
Oser l'efficacité, c'est la règle du 80-20. C'est 20% des actions donne 80% des retours, t'embarques pas, te diffuses pas, exécution, focus. C'est aussi focaliser sur ce que tu vas faire cette semaine plutôt que de penser à ce que tu vas réaliser dans trois ans. C'est quoi ton prochain petit pas ? C'est comme ça que tu peux être efficace parce que penser à la cible, au sommet, ça peut te rendre inefficace.
- Speaker #1
T'es en levé de fonds actuellement, tu veux passer un message ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait. On peut devenir actionnaire de Beealp à partir de 1000 euros. Il y a une campagne en cours sur sowefund. J'invite vraiment les gens à embarquer. Il y a deux raisons pour ça. D'abord, c'est un projet qui est B2C, donc pour les consommateurs. Et donc, c'est important pour nous d'avoir une base de consommateurs et d'ambassadeurs qui s'embarquent avec nous. Vous êtes investisseurs, donc vous aurez votre mot à dire sur la solution qu'on va lancer. Et donc, plus vous êtes nombreux, meilleur sera la... solution. Et le deuxième aspect, c'est très lié à ce que j'ai appris avec Muhammad Yunus. Je suis vraiment en faveur du partage des valeurs. On a parlé des valeurs tout à l'heure, c'est important qu'on partage les mêmes valeurs culturelles, humaines, mais c'est aussi important de partager la valeur de ce que l'on fait, et donc qu'il y ait du ruissellement de la valeur créée vers les actionnaires, les employés, et vers l'ensemble de son écosystème. Et c'est pour ça que je trouve qu'ouvrir très tôt son capital à tout le monde est vraiment important.
- Speaker #1
Un autre moyen de te contacter, peut-être ? Moi,
- Speaker #0
je suis contactable assez facilement. Mes coordonnées sont sur LinkedIn.
- Speaker #1
Très bien. On mettra ton LinkedIn, comme ça, on a tout au même endroit. Parfait. S'il n'y a qu'une seule chose à retenir de cet épisode, ce serait quoi ?
- Speaker #0
L'énergie positive. Je sens qu'au travers, derrière tes questions, il y a beaucoup d'énergie positive qui se dégage.
- Speaker #1
Merci beaucoup. C'est tout pour cette semaine. Moi, je vous retrouve la semaine prochaine pour une nouvelle vidéo. Et d'ici là, surtout, n'oubliez pas d'oser l'efficacité.