- Speaker #0
CES 2026, Las Vegas. Sous les spots blancs, sur une scène noire, un robot se lève. Ce robot, c'est Atlas, de Boston Dynamics. Deux jambes, deux bras, une tête. Le reste de la présentation est une démonstration. Sa démarche est fluide, il se baisse, ramasse un objet, tout comme un humain. Peut-être un humain au mieux d'ailleurs, avec ses membres qui pivotent à 360 degrés. Et contrairement à Tegos, lui, il range sa chambre. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres de ce que le CES 2026 a produit. Après le salon, c'est l'explosion. Une révolution en marche, le futur est là, dans 10 ans, il sera partout. On va faire une petite expérience ensemble. Ferme les yeux une seconde. Si je te dis le mot robot, qu'est-ce que tu vois ? Alors oui, je t'ai peut-être un peu influencé en te montrant Atlas, mais il y a de grandes chances que tu visualises un humanoïde. Des yeux qui s'éclairent, une démarche saccadée, mais sur deux jambes. Peut-être Terminator, peut-être WALL-E si tu as été bercé par Disney, qui fait bip bip au rythme de ses émotions, ou s'exprime en toutes les langues du monde si t'étais plutôt Star Wars. Et le premier qui me dit que Star Wars c'est Disney aussi, je le mange. Quel que soit ton choix, tu viens d'avoir la preuve que ton cerveau ne t'appartient pas complètement. Il appartient avant tout à Hollywood. Du coup aujourd'hui je te propose quelque chose de radical. On va sortir du cinéma... et pousser la porte de l'usine. On a beau parler d'industrie du cinéma, l'industrie manufacturière, c'est pas la même limonade. Parce que le vrai robot, celui qui soulage les tâches ingrates, qui augmente la productivité et n'est pas conçu pour le divertissement pur, ou prouver que l'on peut reproduire la démarche humaine avec du métal, celui dont on trouve 4,6 millions d'unités à travers le monde ne ressemble pas du tout à ce que tu projettes. Et n'en déplaise aux démos du CES 2026, c'est pas prêt de changer. Comprendre pourquoi cet écart existe entre imaginaire et réalité, c'est comprendre quelque chose de fondamental sur l'industrie, sur notre époque et sur nos propres biens. Reste bien avec moi, on va secouer les idées reçues. Bienvenue dans Osez... l'efficacité. Je suis Perrine Thiebaud, architecte de système média pour industriels et experts techniques. Mon métier ? Transformer ton expertise en une infrastructure de vente automatisée. Ici, on ne crée pas juste du contenu pour faire joli sur les réseaux. On bâtit avant tout un média qui vend pour les dirigeants et entrepreneurs qui n'ont pas de temps à perdre. Ton savoir et ton histoire sont tes meilleurs actifs, mais sans système pour les diffuser, ils restent invisibles. Dans cette série, on analyse les dessous des entreprises et de l'industrie. On décortique leurs coulisses, des crashs les plus vertigineux aux ascensions les plus folles. On tord le coup aux idées reçues pour en tirer des leçons d'efficacité pure. Tout commence en 1921. A Prague, le dramaturge tchèque Karel Čapek présente sa nouvelle pièce de théâtre. RUR, R-U-R, Rossumovie Universalni Roboti, ou Rossums Universal Robots en anglais. Ce jour-là, Pour la première fois, naît le mot « robot » en dérivé du tchèque « robota » le travail forcé, la corvée, la servitude. Ces robots sont des travailleurs artificiels à apparence humaine. Deux bras, deux jambes, un visage. Ils doivent remplacer les ouvriers. les substituer dans des tâches harassantes, plus acceptables pour eux puisqu'ils n'ont ni sensibilité, ni sentiments, et une intelligence limitée. On crée des sous-humains pour pouvoir faire autre chose que des tâches pénibles. Dès la naissance du concept, avant une quelconque réalité dans la chaîne ouvrière, le robot a forme humaine. Et comme elle a lieu dans la littérature, dans le spectacle, on se fiche de savoir si c'est la meilleure solution technique, on cherche la meilleure métaphore narrative. L'imaginaire prend racine en 1921 et on n'est jamais vraiment sorti de cette pièce de théâtre. Je me permets un petit spoil, on n'a pas projeté que la forme humaine sur ces robots, on a également projeté nos velléités. Les robots qui se tapent le sale boulot finissent par se rebeller et c'est la fin de l'humanité. Bref, je m'égare, revenons à notre sujet. 20 ans plus tard, Isaac Asimov amplifie et pose ces trois lois de la robotique. Pour empêcher les robots de se comporter comme des hommes, en tout cas d'imiter le pire de l'humanité, il pose des règles pour encadrer des êtres qui pourraient se retourner contre nous. Si tu ne les connais pas, ça donne un robot ne peut pas faire de mal à un humain, un robot doit obéir à l'homme sauf si ça contre lui. contredit la première loi et un robot doit se protéger sauf si ça contredit les deux premières lois. D'ailleurs ces lois ont un étrange goût d'actuel à l'heure où l'IA se développe à une vitesse folle et on se demande tous si un jour il faudra réellement les appliquer. Mais à l'époque... on est sur tout autre chose. Les robots n'ont pas l'avancée actuelle et ces lois parlent avant tout de nous. Les lois s'adressent à des êtres pensants. Donc ce qu'Asimov illustre avec ces lois, ce sont nos peurs, nos règles morales, notre rapport à la servitude et à la révolte. Le robot est un miroir anthropologique. C'était le cas chez Tchapek, c'est le cas chez Asimov, et c'est toujours le cas aujourd'hui. La recherche l'a d'ailleurs formalisé sous le nom d'anthropomorphisme. Face à quelque chose d'inconnu, notre cerveau prend le raccourci qu'il connaît le mieux. En gros, si tu connais pas un truc, tu plaques ce que tu connais dessus pour mieux l'appréhender. On a une expérience directe de ce que c'est qu'être humain. Et pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent pour interpréter ce qui ne l'est pas. Ça change. Sachant qu'on a dominé le règne animal, même si on voulait transposer notre connaissance des poulets à l'inconnu, ça n'en ferait pas quelque chose de très stimulant. Ou encore moins un ennemi acceptable. Parce que le fond, c'est toujours un peu ça. L'humain, il aime bien se bagarrer. En tout cas, ça marche pour les robots et ça marche pour les extraterrestres. On imagine toujours une forme peu ou pro-similaire à la nôtre. Les exceptions existent, mais elles sont rares. On dessine toujours l'inconnu à notre image. Parce que c'est cognitivement confortable. Et comme quand tu te dis que tu te poses dans le canapé pour regarder un seul épisode de ta série préférée, le confort c'est un piège. On fait un saut dans le temps. Terminator 1984. James Cameron a besoin d'un antagoniste implacable. Les machines sont sur le point de gagner. La prophétie de Chapek va se réaliser. Mais il reste un grain de sable dans les rouages. John Connor. Si les machines ne peuvent l'anéantir dans leur présent, elles doivent l'éliminer quand il n'est pas encore né. Ou encore enfant. Pour ça, James Cameron crée un assassin bipède, humain à l'extérieur, machine à l'intérieur. Dans Terminator, toutes les machines ne sont pas humanoïdes. Le Terminator l'est et il y a une bonne raison à ça. Le scénario le dit explicitement. Le Terminator est une infiltration unit, une unité d'infiltration. Il doit se fondre parmi les humains. Et pour ça, leur ressemblée est obligatoire. La discrétion serait d'ailleurs de mise. Même si le manque de connaissance des conventions sociales handicap... quelque peu notre Terminator sur ce point. Le film nous dit quelque chose de très vrai. La forme humanoïde est pertinente quand la mission est sociale, relationnelle, quand il faut se mêler aux humains pour le duper ou l'apaiser, quand la complexité du travail exige de copier plusieurs fonctions. Mais dans une usine, sur une ligne de soudure, dans un entrepôt logistique, est-ce que toutes les fonctions humaines sont vraiment nécessaires en même temps ? Je regarde un petit peu partout autour de moi, je ne vois pas un humanoïde, on en est où ?
- Speaker #1
Disons que les humanoïdes entre le fantasme TikTok et la réalité industrielle, on est quand même un peu loin. Il y a des enjeux de sécurité, il y a des enjeux techniques, il y a des enjeux d'énergie, des enjeux de coût aussi. Donc on en est au début pour l'industrie et pour l'instant, ici, on veut montrer des solutions qui sont pragmatiques, qui marchent déjà et qui sont accessibles à tout type d'industriel, notamment en termes de prix.
- Speaker #0
Prenons l'exemple de Wally. C'est peut-être l'exemple le plus puissant pour ce qu'on tente de comprendre aujourd'hui. Pixar le présente comme le dernier robot laissé sur Terre, programmé pour nettoyer la planète, un cube de déchets à la fois. Il identifie les déchets, les compactes et les empiles. Et Pixar l'équipe plutôt bien. Des pinces pour rattraper, un compartiment pour compacter, et des chenilles pour se déplacer efficacement en terrain accidenté. Malheureusement, c'est pas tout. Des yeux, la solitude, l'amour... Ben sinon y'a pas de film, diras-tu. Et tu as raison. Des chercheurs de l'université de Tempéré ont montré que la présence d'yeux augmente notre attribution. d'agence mentale à un robot. En clair, les yeux nous font croire qu'il y a quelqu'un dedans. Ça a tout son sens pour ce petit robot croisé dans les allées de Global Industries. Un petit renard avec une bouille d'amour qui communique en langage naturel. Sa mission ? Accompagner les enfants en radiothérapie, là où la présence humaine est limitée. Il a des traits qui rendent l'interaction facile, mais même là, on voit vite qu'on ne lui a pas choisi la bipédie pour se déplacer. Chez Wally, c'est différent. Ses yeux ne servent qu'à être aimé. Un vrai robot de tri de déchets aurait des capteurs pour être efficace. C'est toute la différence. D'ailleurs, vu la quantité de boulot sur sa planète, on aurait sûrement choisi trois robots spécifiques pour réaliser le travail. L'un qui trie les déchets, l'un qui les compacte, et le dernier pour ranger les cubes. Ce mécanisme, cette tendance à projeter notre visage sur tout ce qu'on ne comprend pas encore, elle n'est pas anecdotique, et elle oriente des milliards d'euros d'investissement. Elle guide des décisions industrielles, elle remplit les réseaux sociaux de vidéos waouh !
- Speaker #2
C'est incroyable.
- Speaker #0
Alors dis-moi en commentaire si t'as déjà liké un robot qui danse. En tout cas, moi je plaide coupable. Bon, on reprend les bases. Pour l'IFR, l'International Federation of Robotics, un robot industriel, c'est quoi ? Un manipulateur automatiquement contrôlé, reprogrammable, polyvalent, programmable sur trois axes ou plus.
- Speaker #1
Alors ici ça peut paraître tout bête, on est sur un robot qui est un petit peu traditionnel, on est sur des pince-ventouses un peu traditionnelles, mais au final avec ce côté traditionnel... Mais une adaptation de la manière dont ça a été conçu, on est capable d'aller chercher toute l'hétérogénéité de ce que peut recevoir un centre de tri de colis ou un centre de tri postal. On pense par exemple à ce qu'on peut envoyer par la poste tous les colis vintage, ce genre de choses, qui sont en général des colis qui sont usagés, réutilisés, et donc qui vont aller demander aussi une adaptation sur les moyens techniques. Donc ça, avant, c'était des humains qui le faisaient, et un humain, c'est pratique, ça a deux mains, ça peut prendre deux colis, mais à la fin, l'humain qui a pris deux colis, il a porté deux tonnes. Et donc on imagine tous les dommages corporels que ça peut faire, donc c'est vachement mieux si c'est des robots. Et donc on va aller chercher des solutions qui sont simples, qui sont robustes, qui ne sont pas très chères et surtout qui sont maintenables. Et ça c'est important de se dire que c'est maintenable dans le temps et que s'il y a une panne, l'équipe maintenance peut aller intervenir vite. Et on n'est pas dépendant d'un fournisseur à l'autre bout du monde qui a une spécialisation très poussée en robotique.
- Speaker #0
Aucune mention de jambes, aucune mention d'yeux, aucune mention de visage. le vocabulaire est purement... géométriques et fonctionnels. Cartésiens, Scara, articulés, Delta, cylindriques, des jolis noms choisis pour des architectures de mouvement, des réponses à des problématiques précises. Comment remplir au mieux une mission dans un espace donné, à une vitesse donnée, en limitant la consommation d'énergie ?
- Speaker #3
J'ai une boîte, il me dit prenez des vis, placez-les dans la boîte, il est capable de détecter que j'ai posé les mains dans la zone où j'ai mis les vis. On me demande de fermer la boîte, il y a même une petite vidéo qui m'explique comment faire. Je place ma boîte et on a dans le cadre de cette application-là le robot qui vient, pendant que je travaille sur le poste, qui vient prendre la boîte et qui me permet d'être continué mes opérations.
- Speaker #0
Toutes ces contraintes appellent une réponse. En chiffres, ça donne 542 000 robots industriels installés dans le monde en 2024 uniquement. Un parc opérationnel total de 4,664 millions d'unités en activité. On n'est plus sur de l'anecdotique, mais sur une révolution en cours, et elle n'est pas humanoïde.
- Speaker #2
Ils sont complètement autonomes, c'est-à-dire qu'une fois qu'on a fait leur cartographie et défini les points de travail, on va pouvoir lancer les ordres de transport et il va de lui-même venir récupérer la charge, identifier ce qu'il transporte et l'amener au point de destination. Il a suffisamment de capteurs pour capter complètement son environnement, voir qu'il y a des gens sur son trajet, les éviter si c'est possible ou attendre s'il n'y a pas besoin. ils sont capables d'évoluer dans un milieu complètement partagé avec l'humain, dans un but vraiment de collaboration et d'apporter de l'aide dans les derniers mètres qu'il y a à faire dans les chaînes logistiques.
- Speaker #0
Par exemple, Proteus est le premier robot mobile d'Amazon entièrement autonome. Une plateforme roulante qui navigue en zone ouverte. Ou encore leur robot Hercule, une plateforme qui déplace jusqu'à 500 kg d'inventaire. Ce sont des machines optimisées pour circuler. s'intégrer dans une logistique à grande échelle.
- Speaker #4
Je vais vous présenter un robot palétiseur de la marque Casso Robots qui est à part entière membre de la communauté Rexroth. Le robot palétiseur a été conçu pour faciliter les travaux opérateurs pour empiler les différentes boîtes dans les usines. Il faut l'imaginer à la fin de production. Lors de la mise en palette des différentes boîtes, lorsque les opérateurs ou les différentes machines auront terminé le conditionnement, cette machine permettra de transporter les cartons lourds, les conditionner en palette et de les envoyer pour l'expédition. Donc là on voit l'autre élévateur qui descend, le robot qui descend, qui va aller chercher les caisses. Là il y a la caisse qui est prise, il va aller la déposer sur la palette. Et l'idée en fait derrière, c'est de prédéfinir un plan de palette que le robot lui va suivre de façon autonome. Il pourra empiler les différentes caisses suivant un schéma de palétisation prédéfini.
- Speaker #0
Alors, à quoi devrait ressembler Wall-e en vrai ? Partiellement au Heavy Picker de Zen Robotics. Robotics, 2300 prises par heure et par bras. Avec Vision Multicapteur et Yé Embarqué, on est à une pureté de tri allant jusqu'à 99%. C'est beaucoup moins mignon qu'un Wall-E. Il rassemble vision, préhension et décision industrielle. Il remplace nos yeux, nos mains et une partie de notre cerveau. Mais on oublie les jambes qui ne servent à rien dans ce contexte. Mais alors, pourquoi les humanoïdes font-ils autant de bruit ? C'est là que ça devient intéressant. Jade Lemaitre, directrice générale de Proxinov, une structure qui accompagne des industriels dans leur robotisation, a écrit une tribune dans Nouvelle Obs en janvier 2026.
- Speaker #1
Au final, l'humanoïde est un fantasme récurrent des humains. On pense que la forme humaine est la meilleure des formes, mais néanmoins, entre un guépard et une tortue, il y a quand même beaucoup de différences. sur les capacités, donc on peut porter des choses très lourdes ou on peut aller très vite. Donc l'humanoïde c'est très bien parce que ça nous ressemble, mais c'est pas forcément le plus adapté, et le plus précis, et le plus fiable, et le plus maintenable dans un contexte industriel.
- Speaker #0
Elle y livre un constat intéressant. Non seulement l'humanoïde n'est pas la forme optimale pour la plupart des travaux de l'usine, mais elle est aussi plus fragile, plus énergivore, et ne peut être mise en sécurité facilement. Car quand on appuie sur l'arrêt d'urgence, il tombe.
- Speaker #1
Alors, on parle souvent des robots... Le robot mobile peut avoir plusieurs formes, plusieurs manières d'avoir été conçues suivant ce qu'on veut faire et ce qu'on veut montrer avec. Des robots mobiles qui vont aller transporter des palettes, il y en a d'autres qui vont transporter des petites charges. Et ici, ce qui est intéressant de voir, c'est qu'en fait, le robot en lui-même, c'est juste la petite base sur roulette au-dessus. Par contre, toute l'ingéniosité de l'intégrateur, ça a été de l'équiper de ce qu'on appelle un top, qui va lui permettre de remplir sa fonction à la perfection. Voilà, et donc là, le but du jeu, c'est d'aller prendre un bac et d'aller le porter sur un convoyeur. et donc c'est quelque chose qui est assez simple. Oui, un humanoïde pourrait éventuellement le faire et ce n'est pas très compliqué, sauf que ça, c'est un dixième du coût d'un humanoïde et bien plus de simplicité et de maintenabilité derrière. Et beaucoup plus de robustesse. Un humanoïde, on lui donne un coup de pied, il tombe. Lui, on ne va pas lui donner de coup de pied, mais il ne tombera pas si on lui en donne un.
- Speaker #0
L'humanoïde est un bon remplaçant pour l'humain si on veut être sûr que l'humain peut reprendre le poste facilement en cas de défaillance. Et c'est un peu là où le serpent se mord la queue, parce qu'un humanoïde étant moins fiable, devra être remplacé plus souvent, donc nécessitera plus d'humains. Choisir l'humanoïde aujourd'hui, c'est se contraindre à quelques heures d'autonomie seulement et à dépendre de pièces propriétaires sourcées à des milliers de kilomètres. Rien dans le choix de l'humanoïde ne va dans le sens des exigences et contraintes actuelles, une disponibilité maximale et un appel à la sobriété. C'est ça la réalité. Alors concrètement, de quoi un industriel a besoin aujourd'hui ? La réponse n'a rien de spectaculaire, mais qui peut le fournir devient le nouveau roi du pétrole. De la fiabilité ? Des arrêts prévisibles ? Des systèmes frugaux en énergie ? Des robots que ses opérateurs comprennent et peuvent maintenir ? Des solutions adaptées à sa taille ? Parce que s'il faut le rappeler, la majorité du tissu industriel français, c'est quand même des PME et des ETI. soit des entreprises qui travaillent parfois en petite série, voire même à l'unité. Et c'est là qu'on touche quelque chose de très concret, la robotique agile. Et quand je dis agile, je ne parle pas de robots qui font du yoga ou du tai-chi, parce que oui, il y en avait aussi au CES. C'est un bras articulé qui soude des pièces en série courte. C'est un kobo qui soulève à la place de l'opérateur et lui épargne 20 ans de troubles musculosquelétiques. C'est une cellule modulaire reconfigurable en quelques heures pour passer d'une série à une autre. C'est un exosquelette qui transforme le port de charge en geste neutre. Je répète souvent que c'est dans le cadre qu'on explore sa créativité. C'est tout aussi vrai dans la robotique. Le cadre, là, il est imposé par des problématiques à résoudre. Du coup, la vraie innovation a très peu de chances de ressembler à un personnage de film. Elle ressemblera plutôt à une architecture de production mieux pensée. Paradoxalement, elle sera plus humaine dans ses objectifs, même si elle ne ressemble en rien à un humain. Et elle devient encore plus puissante quand elle est connectée. Parce que la valeur d'une machine industrielle moderne ne se limite pas à ce qu'elle fait. C'est aussi ce qu'elle rend mesurable. Le jumeau numérique, la maintenance prédictive, un copilote IA qui traduit les codes erreurs en langage naturel, qui fouille l'historique de la machine et suggère une solution en 30 secondes ou qui répond à tes questions en quelques secondes sans analyse poussée des indicateurs de ton côté. Je te montre d'ailleurs la petite démo de l'agent conversationnel déployé sur l'entrepôt connecté à Global Industry par les équipes de 2GI.
- Speaker #5
Ce qu'on a fait, et on le voit par les petits symboles ici, c'est qu'on a connecté des machines en temps réel, que ce soit des robots, des convoyeurs, etc. On collecte l'ensemble des informations, on met ça dans des bases de données qui gèrent des gros volumes d'informations. et de façon à pouvoir en sortir des indicateurs qui sont plus visuels pour les opérateurs dans les usines ou les managers de l'île de production.
- Speaker #0
Donc on peut avoir par exemple la vision, là je vois que le robot est en balade, de savoir exactement où sont tous nos robots ?
- Speaker #5
Oui, alors des fois on choisit... choisi des termes un peu rigolos pour le salon, donc on a dit qu'il est en balade, mais effectivement on voit qu'il a 95% de batterie, et son statut change, ici on voit par exemple qu'il a communiqué avec nous la dernière fois à 17h20, et s'il évolue dans son positionnement ou dans son statut, donc des fois il se met en charge, donc on peut voir ça de manière centralisée, même si le robot est à l'autre bout de l'usine, et notamment c'est vachement pratique dans des entrepôts où il y a des milliers de mètres carrés, Pourquoi ? avoir une vue simple. On voit ça aussi sur téléphone mobile. Donc on n'a pas besoin d'être derrière un écran, on peut avoir complètement la vue synthétique de l'entrepôt et ça vaut aussi pour les usines. Alors ici on est à l'entrepôt connecté, mais toutes les usines sont connectées et profitent aussi de ce genre de technologie.
- Speaker #0
L'avenir n'est pas un robot qui marche, c'est un système qui pense. On se trompe de robot parce qu'on pense encore avec les images de notre enfance. Parce que 1921, Chapek et tout ce qui en a découlé depuis est toujours dans notre cerveau. Parce que Terminator a shooté notre imaginaire plus fort qu'aucune... revue technique. Parce que Wall-e nous a appris à aimer les robots avant même de comprendre leur usage. Tout le paradoxe est là. La fiction ne copie pas la technique. Sur ce sujet, elle l'a carrément devancé il y a bien longtemps. Et du coup, elle l'oriente. Les ingénieurs fabriquent des robots à partir de représentations qui préexistent. Parce que ce sont celles qui ont le meilleur effet wow. Et la culture réinjecte ses formes dans l'imaginaire collectif. Une sorte de cercle vicieux en somme. Bien sûr, certains choisissent de faire différemment et c'est heureux. Mais dans le silence de l'usine... l'usine, on en parle beaucoup moins que de la capacité à faire du karaté ou à gagner le semi-marathon de Pékin. On dessine l'inconnu à notre image, puis l'ingénierie nous rappelle que l'optimum n'a aucune raison de nous ressembler. Mais on lèvera quand même plus de fond sur une technologie sexy. Dans la fiction, le robot devient humain parce que la fiction parle de nous. Dans l'industrie, le robot cesse d'être humain parce que l'industrie parle d'efficacité, de sécurité, de sobriété, de données, de corps humain qu'il faut absolument préserver. Cette robotique n'est pas moins noble. Elle est surtout beaucoup plus honnête. Alors la prochaine fois que tu verras une vidéo d'humanoïdes sur LinkedIn, avec des milliers de likes, des révolutionnaires en commentaire, des bientôt dans chaque foyer, pose-toi juste la question que les ingénieurs se posent au quotidien. À quelle problématique ce robot répond-il ? Et est-ce que c'était la solution la plus efficace pour le faire ? La vraie révolution robotique n'est pas spectaculaire. Elle est fiable, frugale, adaptée. Elle soulage des dos, elle sécurise des lignes, elle tourne 16 heures sans faillir. D'ailleurs, elle tourne déjà, dans des ateliers qui ne font pas de bruit. ne font pas la une et elles ne ressemblent pas à ce que tu imagines. C'est exactement pour ça qu'elles fonctionnent. D'ailleurs, c'est quoi le robot que tu as vu en action qui t'a le plus bluffé ? Raconte-moi en commentaire, je lis tout ! Si cette vidéo a changé ton regard, abonne-toi, j'en ai d'autres qui arrivent. On a encore tellement de choses à déconstruire ensemble. On se retrouve la semaine prochaine et d'ici là, n'oublie pas d'oser l'efficacité !