- Speaker #0
Quand j'ai échangé pour la première fois avec mon invité du jour, on s'est lancé dans un débat passionnant sur la différence entre le Royaume-Uni et la France en termes de réindustrialisation. Je l'ai arrêté en lui disant que ça n'intéressait sûrement pas que moi. C'est un des nombreux sujets qu'on a abordé dans cet épisode. Et clairement, je te le dis tout de suite, les 45 minutes qu'on devait tenir n'ont pas été respectées. C'est une heure d'échange sur la souveraineté industrielle. l'organisation du temps de travail et la prise de parole des industriels que je te livre avec Nicolas Dujardin, COO du groupe industriel Océinde. Place à l'épisode. Nicolas, bonjour et bienvenue dans Oser l'efficacité.
- Speaker #1
Bonjour Perrine.
- Speaker #0
Dans cette première partie, je vais proposer qu'on revienne sur ton parcours, sur tes choix, sur ton rapport avec l'industrie. Et ça se passe immédiatement dans I Need a Hero. Ma première question, c'est comment tu es tombé dans l'industrie ? C'est un super pouvoir inné ou actif ?
- Speaker #1
Alors, super pouvoir, je ne sais pas, mais en tout cas, c'est plutôt acquis. Il faut revenir un petit peu en arrière, mais j'ai eu l'occasion de terminer mes études en Asie. J'ai toujours été passionné par l'Asie et c'était autour de 2006-2007. Et à cette époque-là, l'Asie était vraiment l'atelier du monde. Quand on parlait de l'atelier du monde, c'était produisé 25%. La production mondiale était produite en Chine. Donc, ça m'a toujours passionné pour deux sujets. D'abord cet aspect économique et industriel, et puis l'aspect culturel. La Chine c'est plusieurs fois millénaire, beaucoup de choses à nous apprendre. Donc une fois arrivé en Asie à Shanghai, je débarquais, et effectivement c'était le moment où on préparait l'exposition universelle de 2010, si je ne me trompe pas. Et donc cette exposition universelle, elle était voulue pour impressionner le monde. Elle était voulue pour dire, voilà tout ce que la Chine est capable de faire et d'offrir au monde, venez chez nous, venez investir, on a des usines performantes. on sait faire des choses de bonne facture, au bon prix, au bon coût, et on est capable de vous approvisionner. Vraiment ce grenier et cet atelier du monde. Donc, quand je suis arrivé en Chine et que j'ai découvert ça, allié à la culture, à l'affinité que j'avais pour cette culture, je me suis tout de suite dit, je veux travailler dans ce pays. Et tout de suite, je suis tombé dans le trading de biens manufacturés. Pas le trading financier, mais le trading de biens manufacturés. Vous sourcez localement, et puis vous revendez, vous expédiez internationalement. C'est une époque qui a duré pendant 2-3 ans et pour un imbroglio un petit peu médical avec l'administration chinoise, je n'ai pas pu obtenir mon permis de travail chinois, j'ai dû rentrer en France et à ce moment-là j'ai fait la connaissance d'un entrepreneur qui s'appelle Nassir Goulamaly, qui est le PDG du groupe Océinde. Océinde c'est un groupe familial industriel, plusieurs activités, et qui m'a tout de suite ouvert les portes parce qu'il partageait en fait cette curiosité et cette affinité pour l'Asie, en tout cas cette façon d'être intrigué par ce pays qui avait tant de choses à nous offrir. Donc on a tout de suite commencé à travailler ensemble et puis très très très rapidement, j'ai conforté mes idées sur un peu les risques qu'il y avait à l'industrie et clairement c'est ce qui m'a évité de tomber dans les activités de service et de rester très terre à terre. Donc ce bon sens qui est lié à l'industrie, c'est vraiment quelque chose qui m'a attiré effectivement et dans lequel je me sens aujourd'hui très bien.
- Speaker #0
Donc c'est le fait de le voir en Chine ?
- Speaker #1
Oui, je pense que vraiment en Chine, effectivement, à l'époque, visiter ces usines, voir les biens, voir les échanges qu'il y avait avec le monde, cette interaction avec le monde, cette capacité à produire, à utiliser les matériaux, finalement à toucher, c'est là où je suis très à l'aise. Je connais un bien, je connais une matière première, je sais la transformer, je sais la vendre, je sais combien je gagne dessus. C'est simple. La simplicité, c'est attirant. C'est vraiment ça qui m'a attiré.
- Speaker #0
C'est comme ça que tu as conditionné tes choix de carrière derrière, ton positionnement ? Oui,
- Speaker #1
oui. Complètement. Le fait d'avoir déjà pu discuter avec Nassir, qui est un entrepreneur dans plusieurs activités, il y a des télécoms, il y a de l'alimentaire, il y a de l'industrie lourde avec la chimie du bâtiment, il y a aujourd'hui de l'efficience énergétique avec des pompes à chaleur, mais à chaque fois il y a des usines. A chaque fois il y a une production, une activité de production. Et au sein de ce groupe, clairement au fur et à mesure des années, les missions se sont enchaînées, mais toujours très liées. Au risque, vous n'avez pas un composant, vous ne pouvez pas produire. Donc en fait vous êtes dans le réel, vous n'êtes pas dans l'organisationnel, vous n'êtes pas dans de la stratégie, simplement manque de composants, usine ne peut pas travailler, chômage technique, clients pas contents, perte de chiffre d'affaires, etc. Donc ce risque, ce goût du risque et ce goût de l'anticipation finalement pour éviter ces risques, c'est toujours ce qui m'a drivé pour le coup. Toujours eu l'envie de dire, moi je veux que mes usines elles tournent bien. soit performante et que nos clients soient satisfaits par les produits qu'on est capable de leur offrir, dans la qualité et bien sûr le prix. C'est un autre sujet.
- Speaker #0
Tu l'as dit, le groupe Océinde a vraiment beaucoup d'activités. Il y a un fil rouge dans tout ça, comment ça se construit ? C'est des opportunités ?
- Speaker #1
C'est un groupe familial qui est issu d'une île, de la Réunion, qui est un petit territoire et dont le fondateur a toujours eu dans la tête de dire qu'il faut fabriquer local, il faut se nourrir du territoire sur lequel on est, dans la mesure du possible. Et ensuite, il y a eu un espèce d'adage dans le groupe qui a été de dire qu'on aura toujours besoin de manger, on aura toujours besoin de communiquer, on aura toujours envie de redécorer son intérieur ou alors d'entretenir son bien immobilier, qu'il soit à nous ou en location, en tout cas toujours envie de le valoriser. Et puis dernièrement, la dernière brique qui est l'efficience énergétique, donc les pompes à chaleur chez nous, on a envie aujourd'hui de s'investir pour le climat et l'environnement. Et donc si on doit... proposer une solution technique pour en fait pallier à la consommation de fumes lourds ou ce genre de choses, la pompe à chaleur est un bon matériel, est un bon équipement. Donc le fil rouge, c'est vraiment toujours de la valeur ajoutée, d'équipement de qualité et qui répond à un besoin, qui est un besoin dans l'ADN de tout un chacun.
- Speaker #0
Il y a une vraie question de souveraineté du coup dans ce que tu dis.
- Speaker #1
Il y a une souveraineté à l'échelle du groupe, évidemment. Il y a une souveraineté à l'échelle du territoire, parce que la Réunion, c'est un petit territoire qui respecte les normes européennes. les normes françaises, mais qui est à 12 000 km de là. Donc effectivement, on subit vraiment toutes les contraintes liées à l'éloignement de la métropole et à l'éloignement de l'Europe. Mais on respecte l'ensemble des normes qui sont bien souvent dessinées pour une industrie ou pour une activité sur le continent européen. Donc cet éloignement, on en a fait une force, nous, en fait. C'est ce qu'on s'est dit, on s'est appuyé sur ces contraintes et au fur et à mesure, on a déployé... Ces activités qui répondent aux contraintes locales et qui nous ont permis ensuite d'internationaliser, de développer nos activités jusqu'à revenir en métropole dans les années 90 et à refaire l'acquisition sur le territoire métropolitain d'activités notamment de fabrication de peinture.
- Speaker #0
Ok, ça on va en reparler juste avant, on va réfléchir. Toi pour un industriel tu communiques beaucoup, tu publies des tribunes, c'est quand même un monde qui est un peu taiseux d'habitude. Qu'est-ce qui t'a poussé à le faire ? à donner ton avis à grande échelle ?
- Speaker #1
Alors, déjà il y a eu l'opportunité évidemment, on a ouvert une porte. Ensuite on avait un autre adage effectivement dans le groupe, qui est peut-être plus dans l'industrie en général, oui sans doute dans l'industrie en général, qui dit « vivons heureux, vivons cachés » . Et en fait cet adage, il a volé en éclats avec les crises qui se sont succédées ces dernières années. On peut reprendre le Covid par exemple. où tout le monde a eu besoin de dire mais en fait je ne peux pas fonctionner tout seul, je ne peux plus être tout seul dans mon coin, ça ne marche pas. Et donc il y a eu un deuxième événement après Covid qui a été une enquête anti-dumping lancée par la Commission européenne et qui avait un impact, si elle a mutissé, très fort sur nos petites PME, qu'elles soient à La Réunion ou qu'elles soient en métropole. Et donc là j'ai dit c'est plus possible en fait, c'est plus possible qu'il y ait des impacts financiers, compétitivité. potentiellement sociale sur nos activités parce qu'elle est décidée, parce qu'il y a une décision qui est prise par des technocrates à Bruxelles. Donc j'ai eu l'occasion d'un journaliste qui m'a ouvert la porte sur ce sujet-là, je me suis engouffré dedans et j'ai commencé à écrire effectivement du coup c'est ce sujet de souveraineté et d'industrie en général. Mais ensuite ça a fait tache d'huile et j'ai eu la chance que d'autres journalistes m'ouvrent la porte et aujourd'hui j'ai le plaisir de... J'ai le plaisir effectivement d'écrire dans plusieurs quotidiens.
- Speaker #0
C'est très actif.
- Speaker #1
C'est très actif, c'est très diversifié, parce que je me dis toujours qu'il ne faut pas que je sois centré sur mon entreprise. Le but ce n'est pas de mettre l'entreprise au cœur des débats, le but c'est de dire je suis dans l'industrie, je constate quelque chose, je suis capable de le chiffrer, et je suis capable de parler au niveau du secteur d'activité. Donc pas de nombre de l'entreprise, c'est vraiment trois. Trois leviers qu'il faut mettre en avant pour pouvoir écrire un sujet. Et donc, c'est ça qui fait la force aujourd'hui des sujets. C'est des sujets qui sont très pédagogiques, en fait. Quand j'écris pour Ouest France, la direction de la rédaction m'a dit dès le début qu'il ne faut surtout pas de technocratie, qu'il ne faut surtout pas être trop technique comme langage et comme vocabulaire, parce que Ouest France, c'est le premier quotidien de France, c'est 500 000 publications, 500 000 journaux qui sortent. et ça s'adresse à tout un chacun. Et donc effectivement, si vous voulez expliquer l'industrie, et c'est là où il faut rentrer dans la pédagogie, et que je trouve hyper intéressant dans les médias, c'est qu'aujourd'hui, vous ouvre la porte pour expliquer votre métier. Et pour revenir à ta question tout à l'heure, pourquoi est-ce que j'ai commencé aussi à écrire ? C'est parce que je considère qu'aujourd'hui, un industriel qui est silencieux, quelqu'un va parler pour lui. Et donc à la fin, il y aura un coup, en fait. Il y aura un coup parce que quelqu'un qui ne connaît pas le métier, mais qui ne connaît pas nos industries, va parler pour nous. Et on aura perdu cette force de parole, de discours, et en plus, ça aura probablement été mal expliqué. Donc il faut s'engager, en fait, à un moment. Il faut prendre la parole. Et surtout pas se laisser faire par le monde qui est violent actuellement.
- Speaker #0
Je vois bien pourquoi tu nous as rejoints. Chez les impostriels, c'est vraiment la ligne directrice, c'est super. Si je te demandais de te présenter sans avoir le droit de donner ton poste, ton entreprise, tes diplômes, tu dirais quoi ?
- Speaker #1
Quelqu'un de très ancré dans le réel, avec un amour pour l'anticipation, qui adore les échanges internationaux, la géopolitique en général. qui essaie justement de, par ses passions en fait, de faire revenir ces différents leviers sur son activité professionnelle et nourrir les différentes sociétés du groupe de cette culture aujourd'hui nécessaire pour comprendre le monde et comprendre les impacts que le monde a sur nos activités.
- Speaker #0
Ça me va bien, ça va bien respecter l'exercice, super ! Dans Oser l'efficacité, on aime bien les références à la culture pop. Si tu étais un super-héros, ou un film, ou une série, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Moi j'aime beaucoup les Marvel, parce que j'aime le spectacle en fait, mais je crois que je dirais plutôt quelque chose comme Apollo 13 peut-être. C'est un film qui est simplement sur la NASA, une mission en perdition, et donc qui exige aujourd'hui en fait un cadre, une précision, pas le droit à l'erreur, et une extrême rigueur. Et je trouve qu'aujourd'hui le monde nous impose ça. Mais moi je suis ravi de rentrer dans ce cadre-là, parce que c'est ce que j'aime faire au quotidien.
- Speaker #0
C'est extrêmement drôle, je ne sais pas dans quel ordre les épisodes vont sortir, mais l'épisode qu'on a tourné ce matin, on m'a donné le même exemple Apollo 13. Donc c'est très rigolo.
- Speaker #1
C'est pas très original.
- Speaker #0
C'est la même justification, mais ce qui est amusant c'est que vous ne faites pas du tout la même chose. Et donc ce n'était pas le même angle. Mais voilà, c'est assez amusant. Mais je crois que c'est très propre à l'industrie aussi. capacité de résilience pour y arriver quand même, même quand tout va mal. Donc, ce n'est pas aberrant qu'on se retrouve là-dessus.
- Speaker #1
Oui, effectivement. Alors, après, il y a deux images à prendre. Apollo 13, c'est une mission qui est un échec.
- Speaker #0
Oui, mais qui finit bien quand même, qui limite la casse, quoi.
- Speaker #1
Oui, mais si on l'adapte à notre contexte industriel actuellement, du coup, si on tire l'image jusqu'au bout, on se dit qu'en fait, on va droit dans le mur et puis qu'on va essayer de sauver les meubles. Non, ce que j'essaie de mettre en avant, c'est effectivement la rigueur nécessaire dans l'espace. pour mener la mission à bien. Et donc c'est plus dans ce sens-là où aujourd'hui je considère qu'il faut avoir une extrême rigueur pour pouvoir faire son métier.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Sur la prochaine section, je voudrais qu'on reprenne une discussion qu'on a entamée au téléphone. Moi, personnellement, j'étais dans une gare où on a commencé à parler des différences entre la France et le Royaume-Uni où tu vis. Et donc je vais te proposer de débunker certains mythes qu'il peut y avoir entre les deux pays. Ça se passe dans la séquence « Mythe ou réalité ? » Alors mon premier mythe, c'est « La souveraineté industrielle est un sujet plus important au Royaume-Uni qu'en France. »
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. C'est vrai, en fait, si on fait la comparaison, nous on a mis dans France 2030 50 ou 55 milliards sur les prochaines années. Là où les Anglais ont décidé d'un plan, d'une planification à 10 ans sur 8 secteurs d'activité critiques pour eux. Donc quelque part on peut dire qu'effectivement nous on continue de subventionner, de payer, là où eux ils protègent. Donc on peut presque dire que l'engagement aujourd'hui il est plus prononcé du côté anglais que du côté français. Payer ce n'est pas suffisant, planifier... Ça veut dire qu'il y a une stratégie et qu'il y a un plan et qu'il y a quelque chose avec des objectifs et des mesures entre temps.
- Speaker #0
Donc il faut de l'argent mais il faut décider en avance de où on va le mettre pour qu'on se dirige tous dans la même direction.
- Speaker #1
Là on touche à un des cœurs de nos problématiques actuellement, c'est la planification. On reprend toujours l'exemple de la planification chinoise à 50 ans. Je pense que sur les milliers d'articles qui sont écrits dans ces planifications, 99,9% sont tenus. Le plus critique à venir étant bien celui de réintégrer Taïwan dans la Chine d'ici 2050. Ça fait peur un petit peu à tout le monde aujourd'hui. On ne voit pas comment on va les arrêter. Et donc pour en venir à nous, notre planification, le problème c'est que... Depuis Jean Monnet, par exemple, premier commissaire au plan, aucune planification n'a tenu plus d'un ou deux ans. Et le temps long de notre métier, donc de nos industries, nécessite une planification et une stabilité dans cette planification. On ne peut pas changer tous les ans ou tous les trois mois de règles, ça ne marche pas. Aucun entrepreneur ne peut s'engager dans un contexte où il n'y a pas une stabilité politique. pour notre secteur d'activité.
- Speaker #0
Oui, et puis, enfin, moi je trouve qu'on entend souvent on ne peut pas planifier, le monde bouge trop vite, c'est pas parce qu'on a planifié qu'on ne peut pas revoir le plan en fonction des évolutions, ça permet quand même d'avoir une ligne directrice.
- Speaker #1
Si on reprend aujourd'hui l'exemple de la Chine, la Chine est sans doute le pays qui a bougé le plus vite ces 50 dernières années, ça ne l'a pas empêché de planifier ces 50 dernières années. Donc, on n'est pas moins intelligent qu'eux. On devrait pouvoir y arriver aussi.
- Speaker #0
Je note. Deuxième mythe, depuis le Brexit, les Anglais vont beaucoup mieux.
- Speaker #1
C'est un mythe pour le coup, oui. Alors, comment est-ce qu'on appelle ça ? Je crois que c'est l'OBR en Angleterre, qui est un peu le pendant de notre cours des comptes ou de notre conseil financier. Là, très bien chiffré, pour le coup, il y a une baisse des échanges de presque 15% des échanges économiques. et la capacité industrielle pour le coup de l'Angleterre a baissé de 3-4%. Donc en fait, ils ne vont pas bien depuis le Brexit. En revanche, ce qui est vrai, c'est que là où nous on a fait 0,9% de croissance en 2024, je crois, ou 2024 si je ne me trompe pas, c'est les chiffres que j'ai en tête, eux ont fait 1,3%. Donc c'est un peu le contraste des Anglais. Une espèce d'acceptation, on fait le dos rond mais on se remet au travail très rapidement. Et là on le voit, après Covid justement, les activités de service ont redémarré très très vite en Angleterre. Là où en revanche l'activité industrielle a été un peu plus lente à redémarrer. Donc il y a un engagement et un espèce de bon sens et un pragmatisme quelque part, qu'on a encore un petit peu du mal à mettre en œuvre de notre côté de la banque.
- Speaker #0
Je pense que tu as déjà partiellement répondu, mais mon troisième mythe, c'était le flègme anglais les rend moins aptes à surmonter la crise.
- Speaker #1
Oui, oui, voilà, c'est ça. Il faut remonter un petit peu dans l'histoire peut-être de l'Angleterre, mais je suis assez convaincu que la Seconde Guerre mondiale leur a appris à être bombardés tous les jours. En fait, il leur a appris une certaine résilience à courber les chines et puis effectivement à relancer, relancer plus rapidement ou accepter en tout cas. pas une défaite, mais en tout cas accepter un moment un peu dur pour se remettre au travail plus rapidement. Là où nous, on fait beaucoup d'analyses, quelque part, avant de pouvoir décider, mais du coup, ça prend beaucoup de temps. En Angleterre, ils vont analyser rapidement, éventuellement payer plus cher, prendre une décision, donc une décision imparfaite, mais qui au moins sera exécutable rapidement. Nous, on va analyser très longtemps, et bien souvent prendre une décision un peu hybride, qui ne sera pas forcément... adapté en plus de contexte parce qu'il y aurait eu tellement de latence dans la mise en exécution qu'on perd en fait un dynamisme qui est aujourd'hui encore une fois nécessaire dans un monde qui change quotidiennement.
- Speaker #0
Donc au final pour toi c'est un mythe le fait que l'on est rendu apte à surmonter la crise, c'est pas du je m'en foutisme, c'est la résilience.
- Speaker #1
La robustesse même.
- Speaker #0
Dernier mythe, le Royaume-Uni est moins enlisé dans la bureaucratie, agir là-bas est plus facile.
- Speaker #1
Ça c'est vrai, c'est très vrai. C'est l'OCDE qui disait que le Royaume-Uni était un des pays où la concurrence était la mieux mise en valeur, où c'était le plus facile d'avoir des échanges économiques. C'est très vrai. Le cadre économique, oui, du coup, est bien mieux 10 ans en Angleterre qu'en France. Une évidence.
- Speaker #0
Il y a d'autres choses que tu voulais souligner, que tu vois dans la différence dans les deux pays ?
- Speaker #1
La guerre de Cent Ans n'est pas terminée. C'est incroyable. Il y a quand même toujours cette défiance à travers le sport, à travers les relations diplomatiques, à travers le Brexit. Bien sûr, continuer de creuser ce fossé qu'il peut y avoir entre les deux pays. Et même si on entend que l'Angleterre aimerait bien aujourd'hui se rapprocher de l'Europe, je pense que ni les Français ni les autres territoires européens vont leur faire de quartier à ce moment-là. Donc pour des questions de fierté qui sont un peu mal placées, une histoire partagée, le futur n'est pas forcément très bleu pour les deux pays. Mais moi je crois beaucoup effectivement dans la robustesse de l'Angleterre. Je crois beaucoup aux échanges qu'on doit continuer d'avoir avec eux en France parce que pour le coup dans l'industrie, si on revient à cet exemple et à cette discussion, l'industrie aujourd'hui elle a besoin de proximité. Et la France elle a l'Europe, où on peut tirer tout plein d'avantages. L'Angleterre a plein de choses à offrir qui sont intéressantes. Et ensuite, bien sûr, il y a le continent africain qui doit aussi pouvoir nous apporter d'autres valeurs à goûter. Donc, cette verticale Royaume-Uni-Europe-Afrique, on doit pouvoir construire, co-construire quelque chose ensemble. Donc moi, je crois beaucoup dans les années à venir à cette axe-là.
- Speaker #0
J'espère qu'ils se rendent compte. En tout cas, je suis assez d'accord avec toi sur le sujet. Sur la prochaine section, je voudrais aller te chercher sur un autre sujet qui te tient à cœur, sur lequel tu as déjà écrit. C'est la structure du travail actuel. Et donc, dans cette section, je vais te proposer des propositions autour de l'organisation du travail. Pour chacune, tu me dis c'est classe, il faut faire ça, c'est très important, ou ça casse, arrêtez tout de suite, on ne veut plus en entendre parler, ce n'est pas possible. Ça se passe dans C'est classe ou ça casse. Alors ma première proposition c'est la semaine de 4 jours redorera le blason de l'industrie.
- Speaker #1
Bon ça casse, là c'est la course à l'échalote ça. Semaine de 4 jours, il y a des pays du nord qui sont engagés sur la semaine de 3 jours même maintenant. Je ne sais pas si leur productivité augmente ou diminue mais en tout cas nous on a un premier effort à faire, c'est les heures utiles en fait. Ce n'est pas du tout de dire qu'on doit travailler sur 4 jours ou sur 5 jours. Les Américains dans la tech viennent d'annoncer un 996, c'est je commence à 9h, je termine à 21h et c'est 6 jours par semaine. C'est une connerie en fait, vous m'excusez. Donc nous ce qu'on a à faire, c'est l'assistante médicale qui traverse deux départements tous les matins à l'aller et le soir au retour, qui a 100 km, là elle va perdre 1h30 le matin, 1h30 le soir. Comment est-ce qu'on fait pour s'organiser pour qu'elle n'ait pas cette perte de 3h par jour ? Vous imaginez à l'échelle d'une vis ce que ça représente ?
- Speaker #0
Petit avertissement pour la suite. Cet épisode ayant été tourné en salon, on ne maîtrise pas tout. Dans la suite, la lumière a voulu participer au débat en morse. Donc, avis aux yeux sensibles, il va y avoir quelques variations lumineuses. Rien de méchant, mais autant te prévenir. C'est ça aussi les tournages sur le terrain. On ne choisit pas toujours ce qui se passe. Et franchement, ce serait dommage de se priver de l'échange pour si peu.
- Speaker #1
Ne va pas trop loin, j'ai d'autres questions.
- Speaker #0
Donc peut-être on va creuser le sujet au fur et à mesure.
- Speaker #1
Juste pour revenir à la proposition. Effectivement, moi je pense qu'on a mieux à chasser les heures utiles à faire que de vouloir revenir à une semaine compressée de 4 jours ou 3 jours.
- Speaker #0
Après, peut-être quand on aura chassé le temps inutile, on se prendra compte qu'en 4 jours, c'est possible.
- Speaker #1
Tout compris.
- Speaker #0
Après, il faudra toujours des gens sur les lignes tout le temps, donc il va falloir équilibrer quand même.
- Speaker #1
Il y a des robots, il y a de la domotique, il y a plein de choses qu'on peut faire aujourd'hui. Si ça offre une meilleure qualité de vie à des salariés, c'est tout à fait envisageable.
- Speaker #0
Si on veut gagner plus, il faut travailler plus.
- Speaker #1
Alors, on va dire qu'individuellement, ça casse, et puis nationalement, c'est la classe quand même. on va dire quelque part. Évidemment, ça paraît sensé comme ça. Après, c'est Microsoft qui a dit ça, mais ils ont fait une étude en disant qu'il y avait une augmentation hors quotidien, en fait, de 16% des visios qui ont lieu après le temps de travail, après 20 heures. Et donc, en fait, le temps de travail, oui, mais le temps de travail, ça ne veut rien dire. Encore une fois, on en revient sur les heures utiles. Mais où est la valeur ? Où est la valeur de ton travail ? Qu'est-ce qui va apporter une croissance de chiffre d'affaires, une croissance de marge, de performance à ton entreprise ? Si déjà, encore une fois, sur les heures utiles, si déjà tu fais la part entre les heures utiles et ta perte de temps, je pense que tu as déjà fait un bon pas en avant. D'abord ça.
- Speaker #0
Une réunion sans ordre de jour ne devrait pas exister.
- Speaker #1
Évidemment, ça casse. Oui, c'est classe. C'est classe, du coup, évidemment. On revient à ce que je viens de dire. Regarde les cadres d'entreprise aujourd'hui. Un ordre du jour, en fait, c'est une réunion qui ne servira à rien. S'il n'y a pas d'ordre du jour, la réunion ne sert à rien. Et même, c'est du temps gâché. Et du coup, c'est de l'argent gâché. Et du coup, c'est de la performance économique de ton entreprise qui est gâchée. Donc ça ne sert absolument à rien sans ordre du jour. Le problème, c'est que ça continue et que ça perdure dans le cadre des entreprises. Donc de la même façon, tu as énormément de visio. Il y a une espèce de déperdition d'énergie et de productivité à travers toutes ces réunions. L'organisation facile et sans doute la plus productive, c'est quand même effectivement d'avoir un ordre du jour. Et que cet ordre du jour soit respecté et permette de prendre la décision, de prendre des décisions.
- Speaker #0
Après, au-delà de ça, il y a la décision derrière.
- Speaker #1
Si ta réunion est juste pour phosphorer, pas besoin d'une réunion. Tu travailles, tu dois le faire au quotidien. En revanche, prendre ta décision, ça tu dois la faire collectivement, avec les équipes, avec le management, etc. Et à la fin de ta réunion, tu prends tes décisions, tu les encres et tu mesures le poids de tes décisions au fur et à mesure. Mais ce n'est pas d'ordre du jour, aucune utilité.
- Speaker #0
Ça dégage, très bien. Une entreprise devrait refuser d'embaucher quelqu'un qui habite à plus de 20 minutes du bureau.
- Speaker #1
Ça, ça dégage, ça. Ça dégage complètement parce que tu ne juges pas un talent sur sa logistique. Tu juges un talent sur ce qu'il est capable d'apporter à l'entreprise. Donc ensuite, c'est un risque, tu le prends, tu ne le prends pas. Mais en tout cas, sûrement pas sur sa logistique.
- Speaker #0
Ce n'est pas comme ça qu'on va solutionner l'heure et demie de trajet. Il y a d'autres solutions. Très bien.
- Speaker #1
Oui, mais regarde, par exemple, si on en revient effectivement à l'heure et demie de trajet, Tu regardes en Angleterre, pour reprendre l'exemple, tu as à peu près 28% des salariés qui sont en hybride, déjà en début 2025, donc ça veut dire que ça a sans doute encore augmenté. Et donc ces heures utiles, ils sont déjà partis à la chasse. Et c'est facile en fait à mettre en œuvre. Ce n'est pas compliqué d'avoir un salarié qui a un temps de travail hybride. Et c'est probablement adapté pour le confort de tous et la productivité de l'entreprise.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on a toutes les technologies qui permettent de le faire. Je discutais avec un chef d'entreprise récemment qui se plaignait de l'absence de sa secrétaire un mercredi sur deux parce qu'elle ne pouvait pas répondre au téléphone. Aujourd'hui, on est quand même capable d'avoir un standard décentralisé pour, si vraiment c'est un problème, il y a des moyens de le solutionner. Prochain mythe, le vrai indicateur de performance d'une boîte, c'est le nombre d'heures utiles produites, pas le chiffre d'affaires.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Alors, ce n'est pas un mythe, effectivement. Le chiffre d'affaires, c'est toujours la même chose. Le chiffre d'affaires, il te permet de mesurer le passé. Tu ne sais pas du tout. Ton chiffre d'affaires, tu le mesures à la fin du mois ou à la fin de ta journée. Tes heures utiles, c'est ce qui permet que tes outils continuent d'être performants demain. Donc, tu es déjà dans l'avenir et dans l'organisation du futur. Le chiffre d'affaires, il ne sert à rien.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est un indicateur qui est rarement utile. On ne parle même pas de marge, on parle de chiffre d'affaires, donc c'est une catastrophe. Supprimer la pause déjeuner permettrait de récupérer du temps au-dessus ?
- Speaker #1
Ça, ce n'est pas possible. Ce n'est vraiment pas possible, pour le coup. Non, mais en fait, sur le fond, la question, tu ne peux pas supprimer l'heure de récupération. Sinon, ton salarié, ton collaborateur, il n'a aucune chance d'être compétent dans son travail.
- Speaker #0
Oui, on baisse l'utilité même des heures utiles derrière.
- Speaker #1
En plus, on est en France. Manger, ça fait partie de la culture. Mettre de l'IA partout,
- Speaker #0
ça permet de récupérer du temps utile.
- Speaker #1
En fait, ça, c'est un faux débat aussi, parce qu'il n'y a pas dans la question, mais je crois que c'est à peu près 20% des entreprises européennes, aujourd'hui, sont équipées d'IA, utilisent l'IA au quotidien. Donc, évidemment, l'IA est déjà utilisée, est déjà généralisée. Mais en revanche, tu ne vas pas mettre un copilote sur toutes les tâches quotidiennes. Donc, il faut nuancer la réponse quelque part. L'IA a tous ses avantages, elle va amener des gains de productivité. Mais se reposer uniquement sur l'IA, ce n'est pas la solution au problème du quotidien et des entreprises. Ça ne marchera pas.
- Speaker #0
Je trouve qu'on devient bête des fois à avoir pris des habitudes avec l'IA. Il y a des choses qu'on faisait nous-mêmes qu'on ne fait plus parce qu'on veut…
- Speaker #1
Entre les marqueurs, il y a… Donc que vous recevez dans vos mails avec le tiré au milieu de mots... Bon bref, celui-là il est ridicule. Ensuite, le discours, un peu trop marqué quand même, parce qu'on en revient aux marqueurs, mais les IA ont quand même des marqueurs qui sont assez prégnants. Et puis, souvent, elles hallucinent un petit peu quand même. Donc elles sont capables de vous proposer des informations qui sont fausses. Vous vous passez pour un clown derrière, ça sert à rien. Donc il faut... L'IA est un outil, il faut le contrôler.
- Speaker #0
Ça marche. Généraliser le télétravail est le moyen le plus efficace pour récupérer du temps utile.
- Speaker #1
Ça aussi a nuancer, mais on revient un peu sur la question précédente. C'est un outil pour apporter plus de flexibilité et de performance à l'entreprise. Une fois qu'on a compris ça, il y a un cadre dans lequel il faut s'inscrire.
- Speaker #0
Attention à ce que je vous disais tout à l'heure, c'est que effectivement, selon Microsoft, ce n'est pas moi qui dit, mais les visios en dehors du temps de travail ont tendance à monter en puissance énormément. Et donc là, le télétravail devient un frein. Parce qu'en fait, vous n'avez plus de journée de 8h à 20h. Vous avez des journées qui commencent à 8h. Vous allez être sur la route, sur votre temps de travail. qui n'est pas un temps de travail selon les législations, au téléphone déjà avec vos collaborateurs, et puis vous rentrez le soir, c'est la même chose sur le trajet du retour, et puis à la fin on vous en remet une parce que vous avez les outils et que vous êtes à la maison. Bref, tout ça mis bout à bout, c'est un peu la liénation par le travail justement. Donc le télétravail c'est apprendre dans un cadre bien défini.
- Speaker #1
Remplacer le management intermédiaire libérerait du temps utile ?
- Speaker #0
Faux ! Ça clashe pour le coup parce que le management, un mauvais manager, tu le remplaces. En revanche, tu ne remplaceras jamais le management. Tu auras toujours besoin de faire du management. Mais effectivement, une personne, tu peux la remplacer.
- Speaker #1
Une personne qui n'est pas le bon fit en tout cas à ce moment-là. En France, on valorise l'apparence du travail plus que le résultat.
- Speaker #0
Ce n'est pas nouveau et c'est un des clichés. Enfin, ce n'est même pas un cliché, c'est une vraie... C'est une vérité. On fait encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de présentéisme. Les gens ont peur de partir du travail. Si c'est un petit peu plus de trop tôt, c'est catastrophique. Ça veut dire qu'on en revient aux heures utiles. Mais ça veut dire que si on considérait que les collaborateurs pouvaient partir quand ils ont fini ce qu'ils ont à faire dans la journée, on se rendrait sans doute compte qu'il y a une demi-heure, une heure, deux heures par jour qui ne sont pas utilisées. Ça veut dire que le management... n'a pas fait correctement son travail, donc on n'a pas donné des fiches de mission, des missions ou des tâches qui correspondent suffisamment à la charge de travail nécessaire, etc. Donc c'est catastrophique ce qu'on dit, parce qu'en fait les gens perdent leur temps, ne sont pas heureux au travail, parce que du coup ils font le présentéisme, et en plus la performance d'entreprise sera sans doute diminuée par cet amalgame, enfin plutôt cet ensemble de petits sujets qui font que les gens ne sont pas heureux. et qu'on les vit se payer à rien faire. Bien sûr, ce n'est pas le cas de tous, mais c'est évident que la journée de travail, elle n'est pas forcément utilisée à 100% par tout le monde, correctement en tout cas.
- Speaker #1
Merci pour cette vision, en tout cas, sur le monde du travail actuellement, sur l'organisation du travail. Et justement, ça fait partie des prises de position que tu as prises dans les tribunes. C'est un peu le sujet que je voudrais exposer dans la prochaine section, parce que, comme on l'a dit en introduction, tu prends beaucoup la parole dans les médias. j'aimerais qu'on s'intéresse à pourquoi tu l'as fait plus en détail ce que tu as appris sur le parcours les erreurs éventuellement que tu as pu faire au quotidien, ça se passe dans la prochaine section qui est la section cheat code comme il le dit lui-même si tu ne le fais pas, quelqu'un d'autre le fera pour toi, et forcément moins bien. Son livre Réindustrialiser autrement ou mourir, le combat d'une génération est disponible depuis le 5 juin préfacé par Arnaud Montebourg selon ses mots c'est à la fois un manifeste et un plan de route. Pour moi, c'est la vie éclairée d'un homme de terrain, orienté exécution, loin de la technocratie et des stratégies complexes qu'on peine à mettre en place. Si tu veux le commander, le lien est dans la description. Alors dans cette section, ce qui m'intéresse, c'est de creuser les histoires qui t'ont amené à certaines leçons potentiellement, pour que les auditeurs qui nous écoutent, les industriels qui aimeraient aussi prendre la parole, tirent le bénéfice de ta leçon. sans avoir à passer derrière la situation inconfortable qui t'y a mené. Tu as un exemple en tête, par exemple ?
- Speaker #0
En fait, moi, je regrette toujours dans toutes mes prises de parole, c'est de ne pas avoir été assez cash. Parce que je trouve qu'aujourd'hui, et là, on a un vrai gros problème, les réseaux sociaux ne nous aident pas. Que ce soit dans les prises de parole où tu peux effectivement avoir des réactions fleuves de temps en temps, positives d'autres moments, on a plutôt tendance à une critique négative quand même, pas particulièrement en France mais en général. Donc c'est une exposition qui est un petit peu difficile. En revanche, aujourd'hui ne pas prendre la parole, c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est accepter en fait un coup pour l'entreprise, une nouvelle norme sur laquelle tu ne seras pas battu. Une nouvelle réglementation ou une nouvelle norme, une nouvelle enquête anti-dumping sur laquelle tu ne seras pas manifesté. En fait je dis toujours mais... Si quelque chose t'est imposé et que tu le découvres en plus, ça veut dire que tu n'as pas travaillé, tu n'as pas anticipé, tu ne t'es pas fait entendre, et donc tu n'as pas mis tous les moyens de ton côté pour réussir à faire quelque chose de mieux. Donc aujourd'hui, encore une fois, les prises de parole, elles sont autour de ça, elles sont sur comment, moi qui suis convaincu que l'industrie, c'est un fer de lance de la France de demain et de l'Europe en général, si tu me rends la parole pour... Il faut prêcher tes engagements, prêcher tes convictions, tu ne pourras que regretter après. Et quand tu le fais dans ce sens-là, si c'est le cas pour une entreprise, ça veut dire que tu perdras quelque chose à un moment ou à un autre.
- Speaker #1
Donc ton premier conseil, c'est d'assumer ses positions, vraiment.
- Speaker #0
Oui, parler, assumer ses positions, prendre des risques, prendre la parole sur ces sujets-là, en sachant que ce ne sera pas forcément que du bénéfique. Il y a des retours de bâton, ça arrive.
- Speaker #1
J'allais dire, tu as eu une déconvenue particulière sur une tribune que tu as pu lire ?
- Speaker #0
Oui, oui, oui, oui, j'en ai eu, j'en ai eu parce que je me suis vu piégé dans ma passion, en fait. Et donc, il y a un moment où écrire, c'est bien, vérifier, contrôler, c'est quelque chose, une étape qui est absolument nécessaire. Et encore une fois, il faut pouvoir s'engager dans son discours. D'ailleurs, c'est ce que veut dire tribune. C'est un engagement personnel qui est porté par un groupe, etc. Mais c'est un engagement. Et donc, je ne peux pas trop le citer, mais je m'étais attaqué à un des symboles de la France et sur laquelle on m'est revenu en me disant non, il y a trop de commentaires négatifs, il y a trop d'attaques, il y a trop de... Finalement, personne n'est capable de mesurer correctement et du coup, tu risques de t'exposer inutilement. Et donc un des grands quotidiens m'a dit on retire celle-là parce qu'en fait on va avoir trop de soucis. Donc c'est là aussi où il y a le problème de l'autonomie et l'indépendance de certains médias aussi, c'est pas évident. Prendre de temps en temps, permettre des tribunes qui vont peut-être à l'encontre de certains, pas des actionnaires mais en tout cas du monde dans lequel il évolue, ça peut vexer des gens, ça peut fâcher des gens, il faut faire attention. Et donc c'est pour ça qu'il faut choisir le timing en fait qui va avec. C'est là où je voulais en venir, c'est de dire il faut de temps en temps accepter de faire reposer un petit texte, de reposer une intervention pour choisir le bon timing, que ça n'aille pas braquer trop de gens et que tu sois pédagogue dans ce que tu expliques. Je trouve que notre métier aujourd'hui, notre industrie, l'industrie, le secteur d'activité, on n'est pas suffisamment pédagogue, du coup les gens voient encore l'industrie comme Zola, comme Germinal, comme... Comme Ford, comme travailler à la chaîne, le temps moderne, ce que tu veux. Et du coup, ce problème d'imaginaire, c'est Anaïs Vodjelis qui développe beaucoup ça. Ce concept d'imaginaire de l'industrie, on doit le faire évoluer. Donc moi j'ai choisi de le faire de façon pédagogique et d'expliquer de façon très simple des sujets qui nous sont aujourd'hui très actuels et quotidiens.
- Speaker #1
Tu te lances sur ta première tribune, ça a été un exercice difficile, la toute première.
- Speaker #0
Alors la toute première c'était vraiment une expertise, j'étais hyper à l'aise. C'était une expertise métier, c'était justement ce que je te disais sur la loi anti-dumping, l'enquête anti-dumping de la Commission européenne.
- Speaker #1
Là pour le coup c'était technique ou on t'avait déjà demandé d'être moins technique ?
- Speaker #0
Non, c'était hyper technique pour le coup. C'était les droits anti-dumping que la Commission européenne souhaitait imposer à l'importation d'un composant clé de nos activités. et du coup toute l'enquête qui allait suivre jusqu'à l'application de ces taxes anti-dumping. Donc c'était technique parce que c'était un composant chimique, donc qui est soumis à tout plein de règles, de réglementations, de normes, etc. C'était sensible parce que c'est des volumes qui sont importants, et pour notre secteur d'activité et pour l'industrie européenne. Et c'était en plus incompréhensible parce que ça allait toucher tout un secteur d'activité. qui allait être impacté par cette décision unilatérale de la Commission européenne. Et en plus, ce qui était un peu révoltant dans l'histoire, c'est pour ça aussi que j'ai pris la plume à la fin, c'est qu'en fait, personne n'a été consulté. En fait, encore une fois, on en revient, technocrate européen, qui décide de prendre une décision, qui n'a pas audité en amont, en aval, les impacts qu'il va y avoir de cette décision-là, et qui n'a pas fait le boulot, en fait. Donc, il n'a pas fait le travail. Donc quand on a ce constat là, maintenant il faut lever la main et se manifester.
- Speaker #1
Est-ce que tu conseillerais à quelqu'un qui veut commencer à écrire de commencer par un sujet où il est à l'aise ?
- Speaker #0
Il faut absolument être très à l'aise sur son sujet, je pense que c'est hyper important. Être expert de ce métier, expert du sujet, pour être sûr de ne pas avoir des vents contraires, pour être certain de ne pas prendre des gifles en retour et que ça ne braque pas dans la poursuite d'une volonté de vouloir exprimer ses opinions ou de s'engager. C'est ça dont on parle. Faire des tribunes, ce n'est pas juste écrire son petit article, c'est s'engager pour une activité, s'engager pour une passion, une conviction. C'est porter ces idées-là. Il y a des sujets sur lesquels je suis beaucoup moins à l'aise. L'organisation du temps de travail, moi j'adore. Il y a une dame qui s'appelle Juliette Funès, elle fait bouger beaucoup les lignes, c'est une philosophe autour de ça. Elle est philosophe de formation et d'expertise, mais elle travaille sur le travail. et elle sort des carcans, des sentiers battus. C'est très intéressant de pouvoir se nourrir de ces gens-là. Mais ce sont des experts qui parlent de leur sujet. Il faut une expertise pour pouvoir écrire. Il en faut une.
- Speaker #1
Est-ce qu'après cette première tribune, ça t'a tout de suite donné envie d'en écrire d'autres ? Ou il y a eu un moment avec la suite ?
- Speaker #0
Non, parce qu'en fait cette tribune a engagé un combat, un combat de représentation, un combat de lobbying. Il y a eu toute une organisation à mettre en place pour aller rencontrer les gens à Bruxelles. pour aller rencontrer les gens au Trésor ici, pour aller rencontrer toutes les parties prenantes liées à cette enquête. Et donc, ça a continué à nourrir le scénario, quelque part. Et ensuite, j'ai pu continuer à écrire d'autres épisodes de ce scénario-là. Et en fait, c'est à peu près à ce moment-là que l'Europe a commencé à se dire qu'on avait un problème d'industrie en Europe. que la chimie se cassait la gueule, qu'il n'y avait plus aucune usine, que la Chine nous roulait dessus, que les véhicules électriques, on ne savait pas en faire. Bref, tout ça a amené toute une tripotée de sujets sur lesquels j'ai pu m'exprimer. Mais clairement, on partit d'un sujet d'expertise, un petit temps mort, et puis ensuite, la possibilité par beaucoup de canaux d'exposer des idées.
- Speaker #1
Donc si je retiens globalement les conseils que tu nous as donnés, il y a oser s'exprimer, assumer ses convictions, choisir son timing quand même, ça évitera les déconvenues, et soyez expert.
- Speaker #0
Soyez expert.
- Speaker #1
Très bien, et bien on retient ça. Dans la prochaine section, je vais te poser les questions un petit peu plus inconfortables, ça se passe dans le grill. Alors la première question c'est, est-ce que tu t'es déjà fait taper sur les doigts, mais du coup tu y as déjà répondu, c'était la seule ou il y en a eu d'autres ? après une tribune ? Non,
- Speaker #0
ensuite, je pense que du coup j'ai appris un petit peu aussi. Du coup, effectivement, le timing est venu en surcouche et c'est ce qui sans doute m'aide à ne plus me faire taper sur les doigts.
- Speaker #1
Ok, tu as vraiment appris et du coup tu fais ta tribune, donc c'est super.
- Speaker #0
Mais comme je ne lâche jamais rien, en fait, et qu'il ne faut jamais rien lâcher en général, ce n'est pas parce que je me suis fait taper sur les doigts que je n'ai pas continué. J'ai une conviction, c'est l'industrie et je continue là-dessus, à fond.
- Speaker #1
Ça t'est arrivé peut-être que tu aies une tribune où on te dit non pas maintenant et de la reproposer plus tard ?
- Speaker #0
Non, ça du coup c'est moi qui ai décidé de le faire. Et effectivement, pour pouvoir écrire et proposer des tribunes, il faut qu'il y ait un contexte. Il faut qu'il y ait un terreau qui soit intéressant. Aujourd'hui, on parle énormément de l'Afrique, on parle énormément des liens qu'on pourrait mettre en place, des activités, des sourcings, des collaborations, co-constructions qu'on peut avoir avec l'Afrique, etc. Et du coup, je me suis embouffré dedans et je suis assez convaincu que l'industrie a quelque chose à gagner avec le continent africain, ça c'est sûr. Mais du coup, effectivement, mes prochaines tribunes sont en majorité axées sur la verticalisation des échanges entre Europe, Afrique en particulier. Et inversement, bien sûr.
- Speaker #1
J'allais te demander si tu t'étais déjà auto-censuré, mais je crois que quand tu parles de timing, c'est un peu ça.
- Speaker #0
Je ne me suis pas auto-censuré, mais quand tu écris, souvent tu peux te laisser un peu emballé. C'est comme dans nos discussions, de temps en temps, il y a un peu de passion qui ressort. Et donc, il y a un moment où il faut savoir dire stop. Personne ne me relie. Ça n'engage vraiment que moi et mes convictions. Mon épouse en a marre de me relire, d'ailleurs. Donc, c'est vraiment mes arguments, mes idées. En revanche, je fais très attention à ce que j'écris. Je ne censure pas, mais en même temps, il faut mettre un petit peu de rondeur.
- Speaker #1
C'est quoi l'image que tes pairs ont de toi, de par ton côté communiquant ? On traite de certains manques des fois ?
- Speaker #0
Non, pas loin, mais en fait je pense qu'il y en a qui trouvent que je suis complètement et inutilement exposé, qui ne comprennent pas, je suis convaincu, et il y en a d'autres qui trouvent ça extrêmement utile. Mais aujourd'hui, clairement, la balance est plutôt du côté utile, parce que ça fait quelques années maintenant que j'écris, et je pense que ça nous a plus apporté de positif que de négatif pour le coup. Donc c'est une convivialité. Encore une fois, dans l'industrie, on est sur le temps long. Donc il faut prendre le temps de convaincre les gens. Mais je crois qu'aujourd'hui, tout le monde est à peu près convaincu du bien fondé, de la démarche.
- Speaker #1
Est-ce que tu te sens un peu loin parfois du fait d'habiter à Londres ?
- Speaker #0
Alors géographiquement, oui, évidemment. Mais en termes de décision, non. Et je trouve que l'Angleterre est un pays exceptionnel. Ils ont une grosse histoire industrielle quand même. Et en fait, pourquoi est-ce que j'ai aussi adoré être en Asie un peu plus tôt dans ma carrière ? C'est parce que vous entendez un autre point de vue. Et ça nourrit la culture, et ça nourrit les réflexions en fait. Et donc aujourd'hui, si je suis en Angleterre, oui géographiquement je suis bien sûr éloigné, mais en revanche, je pense que je continue à conforter mon expertise industrielle, et en ce sens-là finalement je suis encore plus proche. du résultat que je vais atteindre sur mon métier.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un sujet qui te perturbe en ce moment à titre professionnel et où tu n'as pas trouvé de solution ?
- Speaker #0
Alors, professionnel, je ne sais pas, mais en tout cas, moi j'ai un problème sur la vitesse d'exécution. Ce n'est pas tant chez nous, ce n'est pas dans le groupe, si on prend l'industrie aujourd'hui, je trouve entre la déclaration de bonne intention, déclaration d'investissement... On peut avoir tous les ans à Versailles, etc. Et puis l'exécution, c'est trop long. C'est trop long. Ça, ça me dérange beaucoup. On peut en parler encore, mais c'est... Oui, c'est pas normal, en fait. On peut pas réussir à rebondir industriellement quand la durée moyenne d'autorisation d'une nouvelle usine, c'est 17 mois en France. Ça marche pas.
- Speaker #1
Ça mérite d'être rappelé, effectivement. Si la France met en... On oeuvre tout ce que tu préconises demain. On voit un changement au bout de combien de temps ?
- Speaker #0
Il y a des signes dans la première année, et puis en fait il y a un vrai résultat entre 3 et 5 ans. Et ça c'est intéressant pour le prochain candidat à l'élection présidentielle.
- Speaker #1
Voilà, il verra le résultat de ce qu'il met en place, c'est important à souligner.
- Speaker #0
Donc là il y a la course à la présidentielle. S'il y en a un qui aujourd'hui se saisit de ce débat-là, il pourra dérouler une feuille de route et sans doute avoir des impacts très positifs. avant la vente sous premier mandat, et donc potentiellement anticiper un deuxième mandat. Il faut qu'il y ait quelqu'un qui s'en saisisse. C'est quoi ta prochaine croisade ? Je te dis parler un petit peu de l'Afrique tout à l'heure. Aujourd'hui, je crois beaucoup qu'on a beaucoup à co-construire entre l'Europe et l'Afrique, simplement par des problématiques de proximité. On voit que tout ce qui est beaucoup plus éloigné devient beaucoup plus compliqué. Donc nous, il faut prendre ce qu'on a à côté de chez nous. Et donc ça, je pense que c'est un des chevals de bataille. Le deuxième cheval de bataille, c'est arrêter d'opposer en fait Made in France et globalisation. Personne ici, sur ce salon, personne dans l'industrie en général n'est capable de fabriquer tout seul son produit film. C'est pas vrai. Il y a une matière qui vient d'autre part. Il y a un savoir-faire qui vient d'autre part. Il y a une technologie qui vient d'autre part. Et à la fin, on fait un peu d'assemblage, même si une majorité peut être... On peut venir localement. Donc en fait, il faut arrêter de vouloir dire « 100% Made in France, ça n'a aucun intérêt » . Ce qu'il faut savoir, c'est reprendre toutes les dépendances avec lesquelles on ne peut pas vivre aujourd'hui, souvent éloignées, ou avec qui on n'a pas envie de travailler, les rapatrier au plus proche, et puis travailler avec ça.
- Speaker #1
Donc pour toi, le sujet, malgré le contexte du monde actuel, ce n'est pas tant d'être autosuffisant finalement ?
- Speaker #0
Non, il ne faut surtout pas s'enfermer dans l'autosuffisance en fait. C'est choisir ses dépendances, choisir avec qui on a le plus d'intérêt à travailler. Et c'est pour ça que moi je réduis le monde aujourd'hui dans les échanges commerciaux à notre verticalité qui passe par les pays du Nord, l'Europe, le UK, qui est intéressante, l'Europe et puis l'Afrique. Je pense qu'on a suffisamment de gens, suffisamment de bonnes formations, suffisamment de matières premières, suffisamment de capacités industrielles pour faire de cet axe vertical. C'est un axe prépondérant dans les années à venir.
- Speaker #1
Je te propose maintenant de lever la tête du guidon et de regarder un peu dans le futur ce qui nous réserve. On va faire quelques paris, quelques convictions peut-être. Ça se passe d'un retour vers le futur. La première question, c'est selon toi, on en est où dans 10 ans ?
- Speaker #0
Selon mes convictions ou le réel ?
- Speaker #1
On va vers où actuellement ?
- Speaker #0
Actuellement, les chiffres sont tous discutables. L'État nous a mis en place sur le nombre d'usines, mais il y a à coller les extensions. Il faut prendre ça avec des pincettes. Clairement aujourd'hui on est un peu à zéro en fait, donc c'est mieux que négatif évidemment, c'est un espèce de signaux faibles, mais la tendance n'est pas encore en amélioration. Considérant l'industrie, aujourd'hui il y a eu un constat de déclin qui a été effectué, ok très bien. Il y a des moyens qui sont mis en œuvre, on parlait de France 2030 tout à l'heure. Maintenant qu'on a fait ces deux choses-là, c'est encore une fois la planification. Et donc si on s'en tient à une classification, d'ici 10 ans, on peut très bien se dire qu'on a remonté le PIB dû à l'industrie manufacturée de 9 et quelques pourcents à date à peut-être 10, 11. Et puis là, on sera déjà un peu plus fiers. On rappelle juste que l'Allemagne aujourd'hui, c'est 18% je crois, du PIB, de l'industrie manufacturière. Et l'Italie est à 12 ou 13, quelque chose comme ça. Donc il n'y a pas de raison pour qu'on ne vise pas en une dizaine d'années, avec toutes les bonnes intentions, les investissements et du bon sens, de tendre vers ces objectifs-là.
- Speaker #1
Il y a un secteur manufacturier d'ailleurs où tu vois la France se démarquer dans les prochains temps ?
- Speaker #0
Oui, il est très large d'ailleurs. Très très large et c'est assez excitant parce qu'en fait, il faut repartir de l'énergie. Mais en gros, on produit 550 TWh par an. d'électricité, dont 95% renouvelables, pas renouvelables mais verts on va dire, et l'énergie nucléaire rentre dedans, et on en exporte une centaine de terawatts par an. Donc ce qu'on peut très bien se dire, c'est que toutes les industries énergivores qui ont besoin de se décarboner, elles ont toute leur place ici en France aujourd'hui. Elles ont toute leur place ici en France aujourd'hui. Donc en fait, c'est extrêmement large. Il y a toute la métallurgie, il y a toute la chimie, tout ce qui est fabriqué, qui est énergivore, encore une fois. Donc il y a un vrai gros potentiel de développement industriel en France aujourd'hui, basé sur l'énergie.
- Speaker #1
Je voulais t'interroger sur le maillage des partenariats industriels dans le futur. On a beaucoup parlé de l'Afrique dans les précédentes questions. C'est là que tu vois le maillage partenarial de l'Europe plus large que ça ?
- Speaker #0
La globalisation s'est terminée au moment du Covid. La Chine reste l'atelier du monde, mais extrêmement sensible avec les évolutions géopolitiques américaines, enfin sinon américaines on va dire. On voit que dès qu'il y a un petit grain de sable dans la supply chain mondiale, ça a une incidence directe sur nos entreprises. Donc tout le monde est en train de réfléchir à rapprocher, raccourcir le temps d'approvisionnement, etc. Évidemment, moi je crois beaucoup à ce que vous disiez précédemment, mais à la proximité des sources d'approvisionnement. Et je ne vois pas de territoire plus riche que l'Afrique, dont l'Europe pourrait profiter, mais inversement. C'est-à-dire qu'on ne peut pas faire comme les Chinois, aller piller les ressources. Ce n'est pas ça le projet. Aujourd'hui, on a à peu près 350 milliards d'échanges commerciaux entre achats-ventes, entre l'Europe et l'Afrique. Et donc on a un socle commercial qui est déjà important. Maintenant il faut construire ensemble. Il faut accepter de prendre un peu de risques, d'aller construire des usines localement, échanger sur les savoir-faire, former les gens. Parce qu'il y a un autre sujet qui arrive avec cette proximité. En 2050, il y aura à peu près 500 millions d'Africains qui seront sans emploi. Donc qu'est-ce qui se passe ? Quand les gens sont sans emploi, ils vont en chercher. Et là pour le coup, la proximité, ça veut dire qu'ils vont aller chercher en Europe, au Moyen-Orient, ils vont aller au plus proche. Donc il y a de cette façon là aussi un risque migratoire qui est important dans une Europe où il y a 350 millions de personnes. Donc vous imaginez un flux de 500 millions de personnes qui... ça marchera pas. Donc ça va exacerber les tensions. Donc moi je crois beaucoup aussi aux besoins de formation locale, accompagner, construire des outils de fabrication qui permettent en fait de jouer sur un double tableau, évidemment de co-construire. l'échange entre l'Europe et l'Afrique et de stabiliser le futur. Donc oui, l'Afrique pour moi est une des grosses... Valeurs ajoutées à entretenir et à travailler ces prochaines années. J'en suis convaincu. Aujourd'hui, nous, on a cinq usines en Afrique, dans cinq pays différents. C'est les plus belles usines que je connaisse. C'est les équipes les plus dédiées. C'est celles qu'on forme le plus, sans doute, et sur un terrain de jeu, et qui est aujourd'hui, avec une croissance, une croissance, un chiffre d'affaires, si on veut, une croissance économique, en tout cas. beaucoup plus importante que sur notre malheureuse vieille Europe.
- Speaker #1
C'est des usines qui sont sur le secteur peinture ?
- Speaker #0
Oui, sur la chimie du bâtiment, tout à fait, fabrication de peinture. La naissance du groupe Océinde, c'est notamment une société de fabrication de peinture à La Réunion. On est parti des contraintes d'une île volcanique, beaucoup d'embruns, beaucoup d'humidité, beaucoup d'abrasion. Et du coup, ces contraintes-là ont développé une qualité, ce qu'on appelle tropicalisée. Nos peintures sont tropicalisées. Et de ces contraintes, on en a fait une force. Et cette tropicalisation aujourd'hui, malheureusement, avec le changement climatique, nous ouvre un marché qui est exponentiel. Mais en Afrique, c'est déjà le cas. Et donc aujourd'hui, on a très bien réussi à internationaliser cette activité de fabrication de peinture.
- Speaker #1
Je ne t'ai pas interrogé là-dessus, mais vous avez des peintures qui sont basées sur des matériaux, la récupération de matériaux recyclés. Avec de l'huître, par exemple. C'est toutes vos peintures qui font comme ça ou c'est une gamme particulière ?
- Speaker #0
Alors, ça, ça revient un peu à ce que je disais tout à l'heure. C'est que pour être moins dépendant, moins à risque sur les chaînes d'approvisionnement, il faut pouvoir essayer de sourcer local. En plus, moi, j'ai une fibre Made in France qui me tient à cœur. Donc, on a toujours essayé, surtout ces dernières années, encore une fois, surtout depuis la crise Covid, de dire, essayons de solliciter des acteurs, des producteurs qui soient locaux. Donc on a utilisé effectivement des poudres de coquilles d'huître, on utilise aussi des poudres de pare-brise, on utilise de plus en plus des minéraux extraits de volcans, de la lave séchée, voilà. Bref, on essaie de plus en plus d'utiliser des choses locales et en plus quand il y a une performance recyclabilité, biosourcée, environnementale, on est fan. Ça coche toutes les cases. Et donc oui, on en fait. Ce n'est pas dans toutes les peintures aujourd'hui, parce qu'il y en a certaines qui demandent une performance technique sur lesquelles les matériaux issus du ressourcé ou du renouvelable ou du verre ne sont pas suffisants. Mais ça vient, ça vient au fur et à mesure.
- Speaker #1
Merci pour ces explications et cette plongée dans le futur. On va clôturer l'émission maintenant sur les questions signatures. Ça se passe dans les questions signatures. Si demain matin on te nomme ministre de l'industrie, tu fais quoi en premier ? Tu as plein d'idées pour en choisir une.
- Speaker #0
Oui, mais elle est très ancrée pour le coup, c'est réduire effectivement ce temps d'autorisation. Il faut le faire passer absolument de 17 mois à 3 à 6 mois en fait. Encore une fois, c'est très simple, mais si le temps d'autorisation est supérieur au temps d'ingénierie, tu as perdu, tu as perdu d'avance, avant même d'avoir commencé. Et tu as un exemple qui... Tout le monde est peut-être au courant, mais Elon Musk, quand il a voulu construire sa gigafactory en Europe, il est en Allemagne actuellement, mais les premiers contacts qu'il avait, c'était avec la France. Elle aurait dû être construite dans les Hauts-de-France. Et en fait, il est allé voir Xavier Bertrand qui lui a dit, effectivement, moi, je te donnerai toutes les autorisations possibles, ça va me prendre six mois, au lieu de 17 mois. C'est déjà pas mal. Elon Musk a dit, ok, super. Il est allé voir l'Allemagne, l'Allemagne lui a dit trois semaines. Et donc la Gigafactory aujourd'hui, elle est en Allemagne. Donc voilà, première règle, si je suis ministre demain, passer de 17 à 3 à 6 mois, ce sera déjà un bel effort.
- Speaker #1
Un mec comme Elon Musk, sa ressource la plus précieuse c'est le temps. Il n'a pas le temps d'attendre.
- Speaker #0
Et ce qui est intéressant quand même, c'est qu'aujourd'hui la Gigafactory d'Elon Musk en Allemagne, elle fonctionne sur un système de dérogation, parce qu'ils n'ont toujours pas pérennisé les autorisations. Là où nous, en six mois, on aurait quand même fait quelque chose de de pérenne et d'officielle. On fait les choses bien. Ça prend un peu plus de temps pour faire les choses bien.
- Speaker #1
Après, c'est le genre de parti pris que tu prends qui te font ne pas travailler avec certaines personnes et avec d'autres. Clairement, un personnage comme Elon Musk, il s'en fiche du bien, il veut que ce soit vite. C'est un choix.
- Speaker #0
Oui, mais surtout, c'était une opportunité qu'on a ratée.
- Speaker #1
Oui, ça par contre. Ce serait quoi le conseil que tu te donnerais en début de carrière avec le recul que tu as aujourd'hui ?
- Speaker #0
S'il y avait une possibilité de rester un peu plus... plus longtemps en Chine, j'y serais resté. Et ensuite, je pense que c'est d'aller se frotter encore un peu plus au terrain. Passer plus de temps dans les usines, comprendre mieux, comprendre mieux pour pouvoir agir plus vite en fait, c'est surtout ça. Tout est lié à la vitesse encore une fois. Vitesse dans l'exécution, vitesse dans la décision, vitesse dans l'apprentissage et aller plus vite plus fort.
- Speaker #1
C'est quoi pour toi oser l'efficacité ?
- Speaker #0
Il y a un truc c'est que effectivement... L'efficacité, ce n'est pas avoir un agenda surchargé et débordé d'activités. C'est être utile.
- Speaker #1
On revient au temps utile.
- Speaker #0
On revient au temps utile. Mais non, il y a un peu de réflexion dans ce que je fais. C'est que tout est lié. Il y a une conviction, il y a comment utiliser au mieux son temps, il y a comment l'expliquer pour atteindre une meilleure performance. Et donc, pour répondre à ta question, moi je pense que, effectivement, l'efficacité, c'est le temps utile.
- Speaker #1
Comment est-ce qu'on te contacte ? Comment est-ce qu'on te suit ?
- Speaker #0
Je suis très disponible par tous les réseaux possibles et imaginables. LinkedIn, c'est encore sans doute le plus facile.
- Speaker #1
S'il y a un truc à retenir de cet épisode, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Je crois que retenir de tes questions ? Non,
- Speaker #1
de ce que tu as dit globalement.
- Speaker #0
Je pense qu'il ne faut pas avoir peur de prendre la parole aujourd'hui, de s'exprimer. Il faut avoir son expertise pour pouvoir ne pas crier à tort et à travers. Il n'y a rien de pire que d'ajouter du bruit au bruit. En revanche, exprimer de façon pédagogue un sujet qui vous tient à cœur, c'est gagner du temps utile, c'est augmenter la performance de votre secteur d'activité et c'est sans doute travailler pour le futur en éduquant les gens à quelque chose que quelqu'un d'autre, s'il prend la parole à votre place, fera moins bien.
- Speaker #1
Industriels, prenez la parole pour qu'on ne la prenne pas à votre place. Moi, ça me va très très bien, c'est dans la ligne droite des influstriels. C'est tout pour aujourd'hui. Merci encore Nicolas pour ta présence. C'était un plaisir d'échanger avec toi. Nous, on se retrouve la semaine prochaine pour une nouvelle vidéo. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner, surtout pas la rater. Et puis d'ici là, osez l'efficacité. Et puis, tant qu'à faire dans la transparence, on a eu carrément chaud. Parce que pas de lumière. Et ça veut aussi dire pas d'électricité. On a fini de tourner sur batterie et seulement une de nos caméras nous a lâchées 30 secondes avant la fin. on s'en sort plutôt bien.