- Speaker #0
Le monde des petites entreprises est fascinant. C'est un mélange unique de débrouillardise et d'adaptabilité. Mais parfois, on manque de compétences clés pour aller plus loin. Tu le ressens aussi ? Alors ce podcast est fait pour toi. Je suis Perrine Thiébaut, consultante en transformation numérique et je déniche pour toi les meilleurs outils, méthodes et technologies pour gagner en efficacité. Seule ou avec mes invités, je te partage des conseils actionnables pour avancer en toute sérénité. Alors, prêt à oser l'efficacité ? Nouvelle semaine, nouvelle thématique. Chaque jour, du lundi au vendredi, on décortique un sujet en profondeur avec des doses courtes et actionnables de moins de 15 minutes. Bonne semaine et bonne écoute ! Cette semaine, on plonge dans l'intelligence collective. Si le mot te paraît barbare, on va y remédier en 5 épisodes. Et je ne suis pas toute seule sur le sujet. À mon micro, il y a Hendrick Monnier. Hendrick est coach et guide la transformation des organisations vers le monde de demain, autant sur le plan économique qu'humain. Mais tout ça, il te le racontera bien mieux que moi. Bonjour Hendrick, comment tu vas ?
- Speaker #1
Bonjour Perrine, je vais bien, je te remercie.
- Speaker #0
Top, est-ce que tu pourrais te présenter pour nos auditeurs s'il te plaît ?
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. Hendrick Monnier, coach de Haute-Savoie, installé ici depuis une dizaine d'années. Alors, comment résumer 30 ans d'une carrière qui a forcément changé, évolué, qui s'est enrichie ? Je suis un communicant, voire même un communicateur. Voilà, je suis un touche-à-tout du domaine de la communication. Aujourd'hui, j'en fais profiter évidemment les entrepreneurs et les chefs d'entreprise via le coaching, mais mon parcours est passé par le milieu de l'image, de la photographie, puis ensuite du consulting, de la formation, avec toujours comme fil rouge les compétences relationnelles, interpersonnelles, la communication, qu'elle soit corporelle ou bien humaine, on va dire. Et aujourd'hui, ce sont les fondamentaux. de ce que je mets en place ou de mes outils pour pouvoir accompagner des dirigeants ou des entreprises à travers du coaching exécutif. Je suis certifié. Je peux rajouter que puisque ce n'est pas que ce que je fais, mais qui je suis aussi, une sorte de... pas qu'une sorte, clairement une personne qui cherche à révéler ce qui est inexprimé, à faire prendre conscience des choses qu'on ne veut pas toujours voir, qu'elles soient individuelles ou collectives. Je suis un peu celui qui permet d'aller un petit peu plus loin qu'on est allé, avec un sens de l'observation qui est complètement inné, métier de la photographie, mais aussi de l'expression. Donc quand il s'agit de dire les choses, je suis assez pragmatique et direct, ça en fait une force. Et en termes d'action, parce qu'effectivement, je n'oublie pas d'être un homme d'action, je suis un entrepreneur, une sorte de guide aussi. Donc je cumule un peu la posture du guide et de l'entrepreneur, ce que recherchent d'ailleurs les gens que j'accompagne, avec toujours... en ligne de mire le meilleur, le positif, l'optimisme, l'impossible, le truc encore pas réalisé, une sorte de pionnier en tout cas. Et ce parcours, il fait de moi aujourd'hui une personne qui est capable aussi bien d'accompagner des individuels que des collectifs.
- Speaker #0
Super, merci pour ta présentation. Avant de commencer, j'ai trois petites questions pour se mettre à l'aise et un peu mieux te connaître, et après ça, on plongera dans le sujet. Tu es prêt ?
- Speaker #1
Avec plaisir, je t'écoute.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te rend fou ?
- Speaker #1
Hum... C'est une question que je me pose souvent moi aussi, mais pourquoi ça me rend fou ? Moi, parce que j'ai fait le constat. Écoute, puisqu'on parle de digitalisation de la vie professionnelle, ou en tout cas du numérique dans notre vie aussi quotidienne, c'est le manque parfois de réponses que je n'obtiens pas quand on est en affaire et quand nous sommes en relation et que les mails restent lettres mortes. On l'a connu quand on était au mode de l'écriture et que la digitale n'existait pas, ça pouvait... Il y avait des temps de latence. Mais ça me rend fou quand nous sommes en affaire et qu'on cherche à bloquer un agenda, à avoir une réponse à une question, tout simplement à faire le suivi d'un projet ou d'une relation commerciale. Voilà, les personnes qui ont du mal à reprendre leur mail et vérifier qu'il y avait des dates et que parfois c'est une considération, une attention qu'on porte, ça a tendance à me rendre fou.
- Speaker #0
Je peux comprendre. Et en plus maintenant avec les outils digitaux, on sait quand on a été lu des fois et qu'on n'a pas de réponse. Donc, dur dur à encaisser, je comprends. Pour rester sur le sujet du numérique, quel est ton pire souvenir lié au numérique ?
- Speaker #1
Je n'en ai pas des grands, en fait, forcément. C'est quand l'outil ne fonctionne pas ou quand l'outil ne fonctionne plus. Ça, c'est plus grave. Et j'ai notamment vécu, lors d'une transition professionnelle, il y a une quinzaine d'années, quand on a changé les standards USB. Tu as connu ça, forcément. USB 1, USB 2 et puis ensuite le plus petit. J'ai oublié son nom. Et j'avais un disque dur de, je ne sais pas, 500 gigas. Il est toujours là, je ne peux plus le brancher, je ne peux plus le lire. J'ai réussi à sauvegarder certaines choses qui étaient sur CD à l'époque, mais il y a une grande frustration de ne pas pouvoir retrouver, enfin oui, connecter donc certains dossiers. Alors c'était ma vie d'avant, ma vie professionnelle d'avant, il suffirait que j'en ai besoin, je trouverais quand même toujours quelqu'un qui puisse me les lire, je pense, en tout cas me les traduire, mais ça, ça a été une frustration. Et la deuxième chose, c'est quand l'obsolescence d'un outil numérique Je pense à ces rachats d'entreprises et d'applications. Tu as dû le vivre aussi. Je pense à Sending blue qui devient Brevo. Et quand une partie des dossiers enregistrés sur Sending blue ne sont pas repris par Brevo, il y en a peu eu. Mais enfin, j'ai eu des exemples comme ça. C'est bien dommageable en tout cas. Et ça arrive souvent sur les versions gratuites. Quand on paye, normalement, on n'a pas ce problème-là. Mais il y a une frustration quand même.
- Speaker #0
Oui, quand on s'habitue à un service, à partir du moment où c'est plus rendu, c'est toujours délicat. Ok, je comprends. Et pour conclure sur ces petites questions, quelle est ta plus belle réussite inattendue ?
- Speaker #1
On va parler d'intelligence collective aujourd'hui et d'efficacité. Dans mon rôle de facilitateur, d'accompagnant, de coach, j'ai eu l'honneur en 2017 d'accompagner un grand établissement social, un établissement médical et socio-médical qui accompagnait des enfants. Et donc, j'avais pour but de conduire le changement et notamment le projet, de faire établir le projet à cinq ans de l'établissement, 70, 75 personnes, 7 ou 8 jours de travail étalés sur plusieurs semaines, plusieurs mois. Et de manière inattendue, le directeur, ravi de ce qui s'était passé dans son établissement, en a parlé à l'association des directeurs départementaux de ce qu'il avait fait en interne pour le sien. Et je me suis retrouvé. Ce qui aurait pu être attendu, c'est que je sois recommandé dans un autre établissement. Ça n'a pas manqué de le faire. Par contre, ce que je n'attendais pas du tout, c'est que les dirigeants eux-mêmes ont dit « Mais nous aussi, de manière collective, on pourrait aussi réfléchir à notre propre fonction. Et est-ce que dans notre association de directeurs de soins, d'établissements de soins, on ne pourrait pas prendre Hendrick et lui demander de travailler avec nous sur une thématique ? » qui ferait de nous de meilleurs gestionnaires, de meilleurs leaders et de dirigeants plus sécurisants. Bref, voilà, ça c'était inattendu.
- Speaker #0
Super, ça c'est un bel exemple, génial. Merci pour tous ces partages, donc on va se lancer sur la thématique du jour. C'est quoi concrètement l'intelligence collective ?
- Speaker #1
Ah oui, une question ouverte, évidemment. Ouais,
- Speaker #0
on commence comme ça.
- Speaker #1
D'entrée de jeu. L'intelligence collective d'un groupe, d'une organisation, Elle désigne les capacités cognitives qui résultent des multiples interactions qu'auront les membres du groupe. Donc l'intelligence collective, par définition, elle est différente de la somme des intelligences individuelles qui la composent. Donc si on pouvait résumer ça, ça signifie que s'il y a des personnes qui décident de travailler ensemble, Leur capacité de réflexion, de brainstorming, de résolution, de proposition de problème peut être supérieure à celle qu'aurait une seule personne. Et en dehors de toute expérience, expertise ou formation. Ça, c'est à prendre en compte.
- Speaker #0
Donc forcément, tu mets des gens qui réfléchissent ensemble, ça marche mieux que tout seul. Ou en tout cas, que séparément.
- Speaker #1
Oui. Et je vais même aller un peu plus loin. Aujourd'hui, on a décortiqué l'intelligence collective. On a fini par lui donner des caractéristiques et on a découvert, alors on ce sont des professeurs, ce sont des penseurs, c'est des chercheurs universitaires, et puis des communicants. On en a distingué quatre grands niveaux. Le premier niveau de l'intelligence collective, c'est ce qu'on appelle l'intelligence de consultation. Je consulte un expert et je prends ma décision seul, premier niveau. Deuxième niveau, c'est l'intelligence collectée. Donc là, je mobilise les connaissances qui sont posées sur une plateforme, sur un logiciel. qui sont dans un livre ou dans un forum. Tu connais les fameux forums pour réparer sa voiture ou que sais-je, ou préparer nos recettes. Le co-développement, un peu la même idée. Le World Café, donc ça, c'est toutes des techniques. Le mind mapping, on fait dessiner un peu par tous. Mais à part que c'est de l'information qui est collectée, c'est encore une fois celui qui en a besoin, qui mobilise son cerveau pour pouvoir tirer la substance moelle de ses besoins. Ça, c'était le deuxième niveau, intelligence collectée. Troisième intelligence, là on monte déjà d'un cran, on appelle ça l'intelligence relationnelle systémique. On est déjà à un niveau de reconfiguration, d'optimisation, parce que l'équipe forme un système. Donc son intelligence collective, elle va un peu au-delà de sa propre personne et du groupe, puisqu'on va aller chercher des connaissances que les membres ont un peu collectées à l'extérieur. Tu vois, c'est le middle de l'autre. Et puis, il y a enfin celle dont on va parler aujourd'hui, chère Perrine, c'est l'intelligence collective générative, parce qu'elle porte bien ce nom-là. Donc là, on est vraiment sur une collaboration générative qui a pour objectif la transformation, l'évolution, le progrès, enfin bref, de l'organisation, du groupe en général. Et il y a une théorie qui a fait son chemin, et moi j'ai été formé à ça il y a déjà en 2017, la théorie U de Otto Scharmer, qui parle d'une juste présence. La présence d'un cerveau auprès d'autres cerveaux permet de passer d'un mode de réflexion qu'on n'a pas quand on est tout seul. Quand on est en groupe, on passe à un autre. Il y aurait même, biologiquement, des cellules miroirs que toi et moi nous avons, mais qui ne se mettent en route que si je suis toi et moi, si nous sommes en interaction avec d'autres personnes. Ce n'est pas fou, ça ? C'est comme si une partie de notre cerveau, de toute façon, ne fonctionnera pas si on est seul. Il faut comprendre ça. Voilà. Et ça, ça s'appelle l'intelligence. C'est le quatrième niveau, l'intelligence collective générative.
- Speaker #0
Très bien. Et tu sais, je m'adresse essentiellement à un public de PME. Aujourd'hui, c'est quoi la place de l'intelligence collective ? Pourquoi elle est essentielle dans un contexte de petite et moyenne entreprise ?
- Speaker #1
Il y a plusieurs axes, évidemment. Je pense que j'en laisserai de côté ou je ne vais pas pouvoir rentrer dans le détail de tous, mais réellement, c'est clair qu'une entreprise est faite de groupes qui doivent travailler ensemble. Et ces groupes sont faits d'individus. Donc, quels seraient les impacts les plus essentiels pour des entrepreneurs, enfin des entreprises, pardon ? Premier axe, il faut composer l'équipe. C'est-à-dire, de manière à valoriser toutes les connaissances, les compétences, je pense à un service RH ou un service commercial, il va bien falloir à un moment donné que ces gens-là se connaissent et arrivent à travailler. pour que les résultats soient performants. Donc, il y a déjà la composition de l'équipe. Le deuxième niveau, il va falloir intégrer les intelligences individuelles. Une fois que le groupe est terminé, il va falloir prendre ce que chacun des membres a, pour que le groupe en lui-même, et je ne te parle que d'un service, on n'en est pas encore à la totalité de l'entreprise, mais il faut regrouper, réunir les intelligences individuelles. C'est Pierre Lévy, qui est un philosophe, un chercheur, un sociologue, qui en 1994... disait déjà à l'époque qu'il existe une intelligence dite collective qui est susceptible de dépasser en les intégrant, en les mettant l'une sur l'autre, l'une avec l'autre, qui est susceptible de dépasser les intelligences individuelles et les savoirs spécialisés. Donc ça, vraiment, c'est un impact fondamental. Et puis on peut parler après de l'action. Une fois qu'ils se connaissent, ils ont fait le groupe, ils sont fédérés et que les intelligences travaillent ensemble, il faut apprendre à collaborer. Donc là, on parle d'interaction. Ce pourquoi moi, j'ai été formé, je suis fort. C'est aussi agir vers l'autre, solliciter l'autre, savoir se faire solliciter, donc accueillir l'autre, prendre en compte les autres membres pour atteindre un niveau collectif que je ne saurais atteindre seul. Et ces trois niveaux, composer une équipe, intégrer les intelligences et collaborer ensemble, elles ont tout de suite des bénéfices qu'on retrouve. Alors j'ai trouvé, moi, c'est ce que je vois régulièrement, en dehors de la culture de l'intelligence collective qui est toujours là, on est dans un monde individualiste quand même, on ne l'a pas tout de suite, ça peut se travailler, mais les premiers bénéfices, ils vont être économiques, ça va plus vite, on gagne du temps, donc on gagne de l'argent, il y a de la performance, de la croissance, de l'optimisation. On peut parler aussi de rester compétitif, ce qui est une ouverture en termes d'intelligence. Bénéfices économiques, bénéfices humains, je pense que tu es comme moi, Si tu travailles dans un groupe où on te reconnaît, on te sollicite, on te remercie, tu as de la gratitude, tu contribues, tu es mieux. Donc, qualité de vie du travail, tu te sens peut-être envie de rester. Donc, fidélisation des collaborateurs, des talents. Et puis, mise à jour régulière aussi. Il y a une montée en compétences qui se fait automatiquement sans aller dans une nouvelle école. Ça aussi. Et puis, technique. Soyons clairs, aujourd'hui, on ne peut pas se passer. de la numérisation et de la digitalisation dans les entreprises. Donc, quand on parle de transformation digitale, énergétique, numérique, de process et autres, il faut de l'intelligence d'humain pour ça. On le sait bien, on va en parler un peu plus tard, je pense.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. C'est quelque chose que je répète souvent. Le numérique, ce n'est pas une fin en soi. S'il n'y a pas le jus de cerveau pour faire fonctionner, ça ne marche pas. Mais bon, de ce que je retiens de ce que tu dis, on tire de l'intelligence collective une meilleure performance. On en tire la fidélisation des collaborateurs. Au final, il n'y a que des avantages. Je vais quand même te poser la question. Est-ce qu'il y a des mythes, des idées reçues que tu aimerais casser sur l'intelligence collective avant qu'on se lance sur la suite du sujet ?
- Speaker #1
Oui, parce que la question est excellente. On en parle. C'est un peu d'ailleurs les résistances. Les premières résistances à certains chefs d'entreprise ou dirigeants, avant de mettre une action d'intelligence collective, le premier frein ou idée reçue, ce serait qu'il faudrait qu'on ait tous le même niveau. de compétences, ou le même niveau d'expérience. Non, déjà parce que celui ou celle qui est à un niveau différent va contribuer à ce que l'autre puisse évoluer. Et ce n'est pas tant le niveau, c'est la perception qu'on a de son niveau. Ça ferait l'objet d'un autre, mais c'est ça l'idée. Donc ça, c'est un mythe reçu, une idée reçue. Non, il n'y a pas besoin d'avoir le même niveau pour se retrouver dans un brainstorming ou dans une action collective. Souvent on me dit, mais il suffit qu'il y en ait un qui résiste, ou deux, c'est des gens qui veulent s'en aller et qui ne vont pas rester dans l'entreprise. Ils sont toujours en opposition avec la stratégie, par exemple, de la direction. Donc, les comportements de résistance sont très souvent, il faut le savoir, amortis et neutralisés par la force collective du groupe. Et j'ai même vu que certains, ceux qui résistaient, deviennent ceux qui, à un moment donné, vont le plus abonder. C'est un truc de fou. Donc, on sauve parfois avec une action collective celui ou celle qui était le moins engagé. Et puis, dernier mythe ou idée reçue, c'est qu'il faudrait que les membres aient le même niveau hiérarchique ou fonctionnel. Ça peut aider forcément, ça va aller plus vite. Quand à un moment donné, le niveau de responsabilité, de perception et de vision qu'on a des enjeux d'une entreprise est le même niveau, oui, ça va plus vite. Néanmoins, la richesse de l'intelligence, du cerveau collectif, c'est de venir y mélanger et de faire un mixte. En tout cas, ça fait partie de mes façons d'accompagner. Les managers posent les questions aux plus opérationnels des collaborateurs et vice versa. Et je... Enfin, moi, je suis un malin. Je fais en sorte que les dirigeants, les top managers, ne travaillent pas qu'ensemble et qu'ils soient bien mélangés, intégrés à toutes les strates. Voilà.
- Speaker #0
J'aime bien l'idée. J'aime bien l'idée. OK. Et bien, dans la suite, on va s'atteler à... encore plus démanteler tous ces mythes autour de l'intelligence collective. Et ça commence dès le prochain épisode, où on parlera d'intelligence collective au sein de l'entreprise, mais aussi à l'extérieur.