Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast Parentalité Intégrative. Je suis Nathalie Grillet, thérapeute familiale et systémique, et dans ce podcast je vous parle du développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Nous explorons ses besoins fondamentaux, ce qui se passe quand ils ne sont pas rencontrés, et comment la qualité de votre lien influence son développement. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Parentalité intégrative. Nous poursuivons notre exploration de ce qui aide un enfant à rester en contact avec ce qu'il ressent, plus précisément de ce qui aide un enfant à construire cette sensation de sécurité intérieure dont nous parlons depuis plusieurs épisodes. Même si votre enfant est plus grand, je vous invite à écouter cet épisode. Comprendre comment cette capacité se construit au tout début de la vie permet de mieux saisir certains fonctionnements ultérieurs et d'éclairer les interventions possibles lorsque cette capacité ne s'est pas développée suffisamment, comme nous l'avons évoqué dans les épisodes précédents. Nous avons vu ce que signifie se sentir bien dans son corps. Nous avons exploré ce qui peut se passer lorsqu'un enfant perd le contact avec ses ressentis. Nous avons parlé des besoins fondamentaux et de la manière dont leur satisfaction soutient le développement psycho-émotionnel. Aujourd'hui, nous allons entrer plus finement dans le processus lui-même. Comment se construit cette capacité à se sentir en sécurité dans son propre corps ? Ce thème est central et demande d'être exploré étape par étape. Pour comprendre les interventions possibles chez un enfant plus âgé, il est indispensable de revenir d'abord à la manière dont cette capacité se construit au départ. Nous allons donc avancer progressivement en plusieurs épisodes. Nous commençons ici par la première année de vie, car c'est durant cette période que les bases physiologiques et relationnelles se mettent en place. Puis, au fil des épisodes, nous irons vers des âges plus avancés pour comprendre comment ce processus évolue et comment il peut être soutenu plus tard. La capacité à se sentir en sécurité dans son corps se construit petit à petit, à travers les expériences répétées du quotidien. Votre bébé apprend à entrer en activation, à rester en contact avec ses sensations et à revenir vers un état plus stable. Ce mouvement d'activation et de récupération, c'est-à-dire cette capacité à vivre des moments intenses, puis à revenir au calme, va structurer toute la suite de son développement. Dans cet épisode, nous allons voir comment cette construction se fait concrètement durant la première année. Qu'est-ce qui soutient ce processus ? Comment les interactions quotidiennes participent-elles à l'élargissement de cette capacité ? Alors commençons par préciser ce dont il s'agit exactement. Un bébé né avec un système nerveux encore en développement. Cela signifie qu'il a une capacité limitée à supporter des sensations intenses. Quand je parle d'intensité, je parle de choses très simples. La faim qui augmente, la fatigue qui s'installe, un inconfort digestif, un bruit fort, une lumière vive, toutes ces expériences provoquent une montée de tension dans son corps. Au début de la vie, cette montée de tension peut devenir très forte et très rapidement. Le bébé n'a pas encore les ressources internes pour se calmer par lui-même. Vous l'avez probablement observé, un bébé peut passer très vite, d'un état tranquille à des pleurs intenses. Quelques minutes de faim et son corps entier se tend. Un bruit soudain et il sourcotte, se raidit, s'agite. Ce que les neurosciences montrent aujourd'hui, c'est que les expériences répétées de retour au calme Vécu avec un adulte, modifie progressivement la façon dont son système nerveux réagit face au stress. A force de vivre ces séquences, tensions, accompagnement, apaisement, son organisme apprend à redescendre plus facilement. Il devient peu à peu plus capable de récupérer après un moment d'intensité. Et son corps intègre petit à petit cet apprentissage. L'objectif n'est donc pas d'éviter toute montée de tension. Un bébé va forcément avoir faim, être frustré, sursauter. L'objectif est de l'aider à traverser ces moments sans qu'il devienne trop envahissant pour lui, sans qu'il perde complètement sa capacité à se calmer. Antonio Damasio explique que l'organisme cherche en permanence à maintenir un équilibre interne, température, rythme cardiaque, respiration, niveau d'énergie. Chez l'être humain, cette régulation ne se fait pas seule au début de la vie, elle se fait avec l'aide des autres. Pour un nourrissant, cela signifie que son équilibre interne se construit à travers la relation qu'il a avec son parent. Lorsque la présence et la réponse de l'adulte sont ajustées, elles soutiennent directement les mécanismes biologiques qui permettent au corps de revenir vers un état plus stable. La sensation de sécurité à l'intérieur de son corps c'est-à-dire la capacité de ne pas être submergé par ce qu'il ressent, se construit dans cette alternance répétée, montée de tension, accompagnement, retour au calme. Et cette alternance se produit des dizaines, parfois des centaines de fois par jour, ce qui nous amène à visiter les situations concrètes du quotidien. Cette capacité à se sentir en sécurité dans son corps se construit dans les situations simples du quotidien, dans des moments répétés qui rythment chaque journée. Votre bébé a faim, il commence à s'agiter, il pleure, vous arrivez, vous le prenez contre vous, vous préparez le biberon ou vous l'installez pour l'allaiter, il doit attendre quelques secondes, parfois quelques minutes, la tension monte dans son corps, puis le lait arrive et progressivement il se détend. Dans cette séquence, il vient de vivre une boucle complète. Montée de tension, attente, satisfaction, retour à un état plus apaisé. Son système nerveux enregistre une expérience cohérente. J'ai ressenti quelque chose d'intense, c'était difficile, puis c'est devenu supportable. Autre situation, votre bébé est installé confortablement au creux de vos bras. Quelqu'un tend les siens pour le prendre. Il quitte votre corps pour un autre corps. Il ressent un léger déséquilibre, un changement dans la façon dont il est soutenu, une modification des sensations de contact. S'il accepte ce passage, il découvre une nouvelle manière d'être tenu, une autre odeur, une autre tonicité, un autre rythme. Son organisme s'ajuste. Là encore, montée de tension, puis stabilisation progressive dans un état plus calme. Un changement de lumière, un bruit soudain, une couche mouillée, une transition du bain à la serviette, chacun de ces événements peut provoquer une montée de tension dans son système nerveux. Ce qui fait la différence, c'est la manière dont vous accompagnez le retour au calme de votre enfant. Votre voix qui ralentit et qui s'adoucit, vos bras qui le soutiennent, avec fermeté mais avec douceur, votre respiration ample et régulière qui l'apaise. Votre regard qui lui transmet que tout va bien. Ces ajustements permettent à son organisme de faire baisser l'intensité de ce qu'il ressent. Il enregistre alors quelque chose d'essentiel. Je peux traverser cela, je ne suis pas seul, l'intensité peut redescendre. Stephen Porges, avec la théorie polyvagale, nous explique que le système nerveux autonome fonctionne à travers différents circuits. L'un d'eux, associé au nerve vague ventral, soutient les états de calme et de connexion à l'autre. Chez le nourrisson, ce circuit est encore en maturation. Lorsque les moments de tension sont régulièrement suivis d'un apaisement grâce à la présence d'un adulte lui-même régulé, la capacité de régulation parasympathique se consolide. Le bébé apprend physiologiquement à passer d'un état d'alerte à un état plus apaisé en s'appuyant sur le système nerveux plus stable de l'adulte. La relation soutient concrètement. ce retour vers l'équilibre. Ces expériences répétées jour après jour élargissent progressivement sa capacité de régulation. Après un an, cet apprentissage continue. L'enfant peut déjà attendre un peu plus longtemps lorsqu'il a faim. Il peut supporter un léger délai. Il peut chercher le regard de l'adulte pour s'organiser intérieurement. Les défis évoluent. Affirmation de sa volonté, frustration lorsqu'un désir rencontre une limite, premières expériences de séparation. Le mécanisme reste le même, montée de tension, accompagnement, retour vers l'équilibre. Peu à peu, l'enfant apprend à mobiliser des réponses physiologiques qui lui permettent de faire baisser l'intensité qu'il ne peut pas encore réguler tout seul. Sa capacité à rester en contact avec ses sensations s'élargit. Mais évidemment, tout ne se passe pas toujours de manière fluide. Il y a des moments où le besoin du bébé n'est pas immédiatement compris, des moments où la réponse arrive un peu plus tard, des moments où l'adulte se trompe. Vous êtes au téléphone et votre bébé se met à pleurer. Vous terminez bien sûr votre phrase avant d'aller le voir. Pendant quelques secondes, il pleure, il est tout seul. Alors vous pensez qu'il a faim, vous lui préparez un biberon, mais en réalité, il avait surtout besoin d'être pris dans les bras. Ce que vous proposez ne correspond pas tout de suite à ce qu'il ressent. Ou alors vous êtes fatigué, votre bébé pleure depuis un moment et vous n'arrivez pas à l'apaiser. Vous sentez votre propre tension monter, votre voix devient un peu plus sèche, votre corps se rigidifie et il le perçoit. Alors sa tension augmente. Ces situations font partie du quotidien de toute famille. Aucun parent ne peut répondre parfaitement à chaque instant. Ce qui construit la capacité de votre enfant à se sentir en sécurité dans son corps, ce n'est pas que ces moments n'existent pas, c'est ce qui se passe après, quand vous revenez vers lui, quand vous le prenez, quand votre voix redevient plus douce, quand votre corps se détend. Il vit alors une expérience essentielle. Ce moment difficile peut se transformer. Daniel Siegel. parle de rupture et de réparation comme d'un processus central dans la construction de l'attachement sécure. Une relation vivante comporte forcément des moments où le lien se distend. Ce qui construit la sécurité, c'est la répétition des retrouvailles. Et ce processus passe d'abord par le corps. Le corps de votre bébé vit une montée de tension, puis, lorsque vous revenez vers lui et que vous l'apaisez, il vit une détente. Cette succession de tensions puis apaisement laisse une trace dans son système nerveux. A force de vivre ces réparations, votre bébé apprend quelque chose de concret. Même quand la tension est forte, elle peut redescendre. Le lien peut être retrouvé. Il n'a pas besoin de rester coincé dans l'inconfort. Sur le plan cérébral, ces expériences renforcent progressivement les circuits impliqués dans la régulation émotionnelle. Les connexions entre les zones qui déclenchent les réactions émotionnelles et celles qui participent à leur modulation se consolident. La capacité à traverser une montée de tension devient plus stable. Mais il y a un autre élément essentiel dans cette construction, le rythme. Au-delà des gestes précis, il y a quelque chose de plus global qui influence le développement de votre bébé. La manière dont les moments d'interaction et les moments de pause s'alternent au cours de la journée. Je parle du passage entre stimulation et repos, entre engagement relationnel et temps calme, entre moment où vous êtes pleinement en interaction avec lui et moment où cette intensité baisse. Votre bébé a besoin des deux. Il a besoin de moments où vous êtes en contact, où vous jouez, vous échangez des regards, des sons, des sourires. Et il a besoin de moments où la stimulation diminue, où il peut simplement être là sans être sollicité. C'est une question d'ajustement. Lorsque vous percevez que votre bébé détourne le regard, s'agite, se rédit ou devient plus irritable, cela peut signifier qu'il a besoin de moins de stimulation. Lorsque vous respectez ces signaux, son système nerveux apprend progressivement qu'il peut passer d'un moment actif à un moment plus calme, sans que cela soit brusque ou envahissant. Concrètement, cela signifie que vous n'avez pas besoin d'être en interaction permanente avec votre bébé. Vous pouvez le poser près de vous pendant que vous faites quelque chose. Il vous voit, il vous entend, le lien est là, mais l'intensité est plus basse. Puis vous revenez vers lui, vous échangez, vous jouez, puis à nouveau une pause. Ce va-et-vient aide son organisme à ajuster son niveau de tension. Il apprend à passer d'un état plus excité à un état plus posé, puis à revenir vers l'engagement. A l'inverse, une stimulation trop intense ou trop longue, même bienveillante, peut maintenir son corps dans un niveau d'excitation élevé qu'il a du mal à faire redescendre. Son système nerveux, encore immature, a besoin de temps de récupération. De la même manière, une absence prolongée d'interaction limite les occasions de développer ses capacités relationnelles et émotionnelles. C'est dans les échanges que son cerveau se structure. Ce qui soutient son développement, c'est un rythme ajusté à lui. Certains bébés tolèrent des interactions longues et animées. d'autres ont besoin de pauses fréquentes. Votre capacité à percevoir ce qui lui convient à ce moment-là participe directement à la construction de sa capacité à se sentir bien dans son corps et dans la relation. Le système nerveux du nourrisson traite encore les informations de manière immature. Les filtres sensoriels ne sont pas complètement développés. Ce qui peut sembler anodin pour un adulte peut être intense pour un bébé. Un excès de stimulation peut entraîner toute une série de réactions. Tensions corporelles, agitation, regard fuyant, pleurs prolongées, ce ne sont pas des caprices, ce sont des signes que le système nerveux est surchargé. Adapter l'environnement sensoriel permet de maintenir l'activation dans une zone supportable et cela soutient directement l'apprentissage de la stabilité corporelle. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça peut vouloir dire baisser la lumière le soir, les néons agressifs, les écrans lumineux. Tout cela stimule fortement le système visuel. Une lumière plus douce permet au corps de commencer à se préparer au repos. Ça peut vouloir dire réduire le bruit de fond, la télévision qui reste allumée en permanence, les conversations multiples, la musique forte. Tout cela crée une charge sensorielle continue. Un environnement plus calme permet au système auditif de se détendre. Ça peut vouloir dire aussi ajuster la durée des interactions. Quand vous voyez que votre bébé commence à détourner le regard, à se rédire, à agiter les bras de manière désordonnée, son organisme vous dit « c'est trop, j'ai besoin d'une pause » . Respecter ce signal, c'est respecter sa capacité actuelle de traitement des informations. Ça peut vouloir dire ralentir la vitesse des transitions. Passer directement du bain à l'habillage, puis au repas, puis au coucher, 100 ans de transition, c'est enchaîner les changements d'état trop rapidement. Quelques minutes entre chaque étape permettent au système nerveux de s'ajuster. Tous les bébés n'ont pas la même sensibilité sensorielle. Certains sont très réactifs aux stimulations, d'autres semblent moins affectés. Cette différence est neurologique. Elle est liée au seuil d'activation de leur système nerveux, à leur capacité innée de filtrage sensoriel. Un bébé très sensible aura besoin d'un environnement particulièrement ajusté pour maintenir sa stabilité corporelle. Ce n'est pas une faiblesse, c'est une caractéristique de son système. Votre adaptation à cette caractéristique ? l'aide à développer sa sécurité malgré sa sensibilité. Et il y a un régulateur physiologique majeur que nous n'avons pas encore abordé, c'est le sommeil. Vous savez déjà combien le sommeil est essentiel pour un bébé. Un sommeil suffisant et régulier permet au cerveau d'intégrer les expériences de la journée et au corps de récupérer. Un bébé reposé tolère mieux les frustrations, les transitions, les stimulations, il se régule plus facilement. A l'inverse, la fatigue rend les montées de tension plus rapides et les retours au calme plus difficiles. Installer des repères simples et cohérents avant le coucher aide son organisme à se préparer progressivement au repos. Le sommeil soutient donc directement sa capacité de régulation pendant l'éveil. Entre 5 et 8 mois environ, quelque chose change. Jusqu'ici, les montées de tension venaient surtout de l'intérieur ou de l'environnement. La faim, la fatigue, un bruit, une lumière, un inconfort. À présent, votre bébé commence à créer lui-même des situations nouvelles. Il veut se redresser, il veut attraper, il veut se retourner, ramper, se mettre debout. Il apprend à maîtriser son corps. Chaque tentative produit de nouvelles sensations. Efforts musculaires, pertes d'équilibre, surprises, parfois frustration. Son cœur bat plus vite, son corps se tend, il peut vaciller, tomber, se cogner légèrement, puis il recommence. Il découvre ce que cela fait de mobiliser plus d'énergie, de ressentir de l'élan, de la détermination, parfois de l'appréhension. Peu à peu, il apprend à traverser ses sensations plus intenses. Il apprend à retrouver son calme après une chute. Il apprend à se réorganiser après une frustration. Dans cette période, votre présence reste centrale. C'est une présence qui doit être attentive, stable émotionnellement, accessible. Une présence qui laisse de l'espace à l'exploration tout en restant disponible. Il explore, puis il vous regarde. Il s'éloigne, puis il revient vers vous. Il tente quelque chose de nouveau, puis il cherche votre visage. Quand il peut vous retrouver, quand votre voix l'apaise, quand vos bras l'accueillent s'il en a besoin, Il fait une expérience déterminante. Il peut aller vers le nouveau et revenir vers un état plus rassurant. Marie-Anne Swarf a décrit cela avec le concept de base sécure. L'enfant explore davantage lorsqu'il sait qu'il peut revenir vers une figure d'attachement disponible. Cette sécurité relationnelle soutient aussi la régulation physiologique. Elle permet à l'enfant de vivre des moments d'excitation plus élevés, tout en sachant qu'un retour au calme est possible. Concrètement, cela signifie qu'il peut se lancer, tomber, être frustré, puis se réorganiser en s'appuyant sur le lien qu'il a avec vous. Cette étape marque un tournant. Votre enfant ne fait plus seulement l'expérience d'être apaisé. Il intègre progressivement qu'il peut traverser une montée de tensions liées à l'exploration. et retrouver un état plus stable, plus apaisé. Et cette capacité s'appuie sur tout ce qui a été construit pendant les premiers mois. Mais tous les bébés ne progressent pas au même rythme, dans leur capacité à tolérer les sensations et à retrouver le calme. C'est lié à leur organisation biologique propre. Plusieurs éléments influencent ce processus, par exemple la sensibilité sensorielle. Certains bébés réagissent très fortement au bruit, à la lumière, au contact ou au changement d'environnement. Leur corps monte plus vite en tension, ils se fatiguent plus rapidement, ils ont besoin de transitions plus lentes, de stimulations plus graduées et d'un environnement particulièrement attentif à leurs signaux pour retrouver leur calme intérieur. Il y a ensuite le tempérament du bébé. Certains vont spontanément vers le mouvement, vers la nouveauté. D'autres prennent le temps d'observer avant d'agir. Ces différences influencent la manière dont ils vivent l'exploration, la frustration ou la séparation. Certains s'exposent fréquemment à des situations nouvelles et intenses. D'autres avancent par petites étapes. Cela modifie la façon dont ils apprennent à traverser les sensations fortes et à s'apaiser. Les conditions de naissance jouent également un rôle. Un bébé né prématurément a souvent vécu des premières semaines dans un environnement médicalisé, riche en stimulation sensorielle, parfois sans bénéficier suffisamment de co-régulation. Son système nerveux a dû gérer très tôt des contraintes importantes. Certains bébés deviennent alors plus réactifs, ou d'autres peuvent réduire leur sensibilité pour faire face à cette intensité. Concernant la naissance par césarienne, lors d'un accouchement par voie basse, le passage dans le canal vaginal entraîne une forte activation hormonale et une compression progressive du corps du bébé. Ces mécanismes participent à la mise en route du système respiratoire, cardiovasculaire et à l'adaptation au monde extérieur. Lors d'une césarienne, cette transition se fait différemment. Certains bébés peuvent présenter au début une sensibilité respiratoire ou digestive un peu plus marquée. ce qui peut influencer leur confort et leur réactivité dans les premières semaines. Cela ne détermine pas leur développement ultérieur, mais peut contribuer au départ à une plus grande sensibilité physiologique. L'histoire prénatale compte aussi. Un stress maternel élevé et prolongé pendant la grossesse peut influencer le développement du système de réponse au stress du bébé. Une partie du cortisol maternel traverse le placenta même s'il existe un filtre. qui propose une protection. Les recherches montrent que cela peut rendre certains bébés plus sensibles ou plus réactifs aux stimulations après la naissance. Enfin, la maturation physiologique varie d'un enfant à l'autre. Le système digestif, le système vestibulaire, qui participe à l'équilibre, ou encore la perception du corps dans l'espace, ne se développent pas tous au même rythme. Ces différences influencent la facilité avec laquelle un bébé peut faire redescendre la tension après une stimulation ou un effort. Prendre en compte ces différences permet d'accompagner votre enfant tel qu'il est aujourd'hui. Chaque bébé avance selon son propre rythme de maturation. L'accompagnement consiste alors à partir de ce qu'il peut tolérer maintenant et à soutenir progressivement l'élargissement de cette capacité. Dans la première année de votre bébé, vous l'aidez à poser une base. Pendant ces mois, il commence à construire une compétence essentielle, ressentir ce qui se passe dans son corps et pouvoir revenir vers un état plus apaisé, sans être submergé. Jour après jour, il fait l'expérience que les sensations corporelles, les changements d'environnement, les transitions, les stimulations, les inconforts ou les élans internes peuvent perturber son équilibre, puis évoluer. L'intensité varie, elle n'est pas permanente. Et surtout, la sécurité vécue dans le lien avec vous l'aide à retrouver un état plus confortable à l'intérieur de lui. Au début de sa vie, un bébé dépend entièrement de la régulation de l'adulte qui prend soin de lui. Son système nerveux s'accorde au vôtre. Votre voix, votre manière de le porter, votre respiration, votre qualité de présence lui permettent d'apaiser ce qu'il ne peut pas encore réguler par lui-même. À travers ces expériences répétées de co-régulation, il va intégrer progressivement une donnée fondamentale. Ses ressentis évoluent, ils peuvent être traversés et ne le submergent pas forcément ni définitivement. Chaque enfant avance avec sa sensibilité propre, son tempérament, son histoire. La dynamique suivante est importante. Une sensation apparaît, elle est accompagnée, puis l'apaisement devient accessible. Cette première année constitue donc la base de cet apprentissage, ce que je nomme l'incarnation, ou la faculté de rester présent à ces sensations corporelles. L'apprentissage va se poursuivre bien entendu, mais il s'appuiera sur ce qui s'est construit dans cette première année. Dans le prochain épisode, nous entrerons dans la deuxième année de vie, lorsque l'enfant marche, parle et tente d'affirmer sa volonté. Les défis vont changer. Je vous proposerai des pistes concrètes pour l'aider à continuer à rester en lien avec ce qu'il ressent, à traverser la frustration et l'intensité sans devoir se couper de ses sensations. Car ses ressentis, comme nous l'avons déjà exploré dans les épisodes précédents, sont des guides précieux. Ils informent sur ses besoins, ses limites, ses élans. Apprendre à les tolérer, puis progressivement à les comprendre, constitue une étape majeure de son développement. À bientôt ! Merci d'avoir été là pour cet épisode. Merci pour votre engagement, votre présence et votre écoute. Merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de cet épisode. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien, à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter, je vous laisse avec ces quelques mots, comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !