Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast Parentalité intégrative. Je suis Nathalie Grillet, thérapeute familiale et systémique, et dans ce podcast, je vous parle du développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Nous explorons ses besoins fondamentaux, ce qui se passe quand ils ne sont pas rencontrés, et comment la qualité de votre lien influence son développement. Quand on parle de traumatisme, on pense tout d'abord à ce que l'on appelle un trauma de choc, un accident, une agression. Une catastrophe, un événement brutal qui est bien souvent délimité dans le temps. Un enfant peut vivre ce type de traumatisme, une chute, un accident de voiture, une intervention médicale, une agression. Bruce Perry, qui est un pédopsychiatre américain et spécialiste du trauma de l'enfance, a montré que lorsqu'un enfant est bien entouré après un tel événement, que des adultes stables sont là pour l'aider à traverser ce qu'il ressent, à mettre des mots sur ce qui s'est passé, et a retrouvé progressivement un sentiment de sécurité, son système nerveux dispose alors des ressources pour se remettre en équilibre. La présence d'un adulte disponible, présent et attentif à ce que l'enfant vit, joue un rôle déterminant dans la façon dont l'enfant va intégrer cette expérience dite traumatisante. Mais aujourd'hui, je vais vous parler d'une autre forme de trauma, une forme qui affecte l'enfant en profondeur dans son développement et qui laisse des traces dont les répercussions se font sentir. bien au-delà de l'enfance. On l'appelle le traumatisme du développement, ou le trauma-développement, ou bien encore le trauma complexe. C'est ce type de trauma qui est au cœur de cet épisode. Ce que les chercheurs ont découvert à son sujet, comment il se forme, ce qu'il fait au système nerveux d'un enfant, voilà ce que nous allons explorer aujourd'hui. Pour y arriver, commençons par le commencement, ce que l'on sait du bébé dès les premiers jours de sa vie. Un nourrisson vient au monde avec un équipement biologique qui est remarquablement précis. Dès les premiers instants de sa vie, il est tourné vers les autres. John Bowlby, un psychiatre et psychanalyste britannique, a découvert et décrit dès les années 1960 ce qu'il a appelé le système d'attachement. Ses travaux ont depuis été confirmés et enrichis par des décennies de recherche en neurosciences et en psychologie du développement. Le système d'attachement regroupe des comportements présents dès les premiers jours de vie. Un bébé pleure, il cherche le visage d'un adulte, plus tard il tendra ses bras. La fonction de ces comportements innés est de maintenir la proximité avec la personne qui est capable de l'aider à retrouver un état de stabilité intérieur. Le nourrisson naît donc avec un programme biologique qui l'oriente vers l'adulte afin de trouver, à travers la relation, cette sensation de sécurité. qu'il ne peut pas encore retrouver tout seul. Le nourrisson est un être fondamentalement dépendant. Parmi tous les mammifères, le petit humain est celui qui naît avec le système nerveux le moins mature. Son cerveau et son corps ne disposent pas encore des ressources nécessaires pour revenir seul à l'équilibre. La faim, le froid, une douleur, une sensation désagréable, tous ces états ne peuvent être traversés qu'avec l'aide de notre être humain. Cette immaturité neurologique à la naissance n'est pas un hasard. Elle est au cœur de ce qui fait de nous des êtres profondément sociaux. Alan Shore, un neuropsychanalyste américain dont les travaux portent sur la régulation affective précoce, a montré comment la relation entre un bébé et son parent façonne le développement de son système nerveux. Le cerveau du nourrisson se construit dans le lien avec le cerveau de l'adulte qui prend soin de lui. C'est ce que les neurosciences désignent sous le terme de régulation dyadique. Cela signifie que la capacité d'un enfant à se réguler, à retrouver son calme, à faire face au stress, se construit progressivement dans la relation avec ses proches. Elle se développe et se consolide au fil des milliers d'interactions quotidiennes avec les adultes qui l'entourent. C'est sur cette base que l'ensemble de son développement psycho-émotionnel va se construire. La recherche nous permet aujourd'hui de comprendre ce qu'est réellement un traumatisme du développement et en quoi il diffère radicalement du trauma de choc. Bessel van der Kolk, un psychiatre américain dont les recherches sur le trauma font référence dans le domaine, et Judith Herman, qui a travaillé sur le trauma complexe, ont tous deux mis en évidence la même chose. Ce qui laisse des traces durables chez un enfant, ce n'est pas l'événement seul, c'est la combinaison de plusieurs facteurs. Le premier de ces facteurs, c'est la répétition. Une expérience difficile, qui est vécue de façon isolée, peut laisser des traces, ou pas. Cela dépend de son intensité, de l'âge de l'enfant et de la qualité de l'accompagnement qu'il reçoit. En revanche, quand une expérience difficile se répète, encore et encore, sans que l'enfant puisse compter sur le soutien d'un adulte pour y faire face, quelque chose se modifie en profondeur dans le fonctionnement de son système nerveux. Le deuxième facteur, c'est la durée. On ne parle plus d'un moment difficile, même intense. mais d'une période qui s'étire dans le temps, des semaines, des mois, parfois même des années. Les tensions s'accumulent jour après jour, sans que l'enfant ne dispose des ressources nécessaires pour y faire face. Et enfin, le troisième facteur, c'est l'absence d'aide pour retrouver un état de calme et de sécurité intérieure. Comme nous venons de le voir, le système nerveux de l'enfant a besoin d'un adulte pour revenir à l'équilibre. Quand cette aide fait durablement défaut, l'enfant peut
se réveiller. va développer ses propres stratégies pour tenir. Des adaptations, des organisations internes qui cherchent à compenser ce qui lui manque. Dans les épisodes du podcast qui sont consacrés aux structures d'adaptation, j'ai commencé à vous parler en détail de la façon dont ces organisations se mettent en place et de ce qu'elles produisent. Ce qui rend tout cela particulièrement important, c'est que le cerveau de l'enfant est un cerveau en pleine construction. Bruce Perry a montré que les expériences vécues de façon répétée durant l'enfance, ne se contentent pas de laisser des souvenirs, elles participent activement à la façon dont le cerveau se structure. Quand ces expériences sont marquées par la tension chronique et l'absence de soutien, ce sont les circuits impliqués dans la régulation des émotions, dans la gestion du stress, dans la capacité à entrer en relation avec les autres, qui se développent dans un contexte de menace plutôt que de sécurité. C'est précisément cela qui explique les traces profondes que le traumatisme du développement laisse dans la vie d'un enfant. Judith Herrmann décrit le trauma complexe comme le résultat d'une exposition prolongée et répétée à des événements traumatiques, dans un contexte où l'enfant se trouve sous la dépendance de l'adulte et ne peut ni fuir ni se protéger. Bessel van der Kolk, quant à lui, insiste sur l'absence de réponse protectrice de l'adulte. comme facteur central. C'est précisément ce manque-là qui va perturber durablement le développement de l'enfant. Les situations qui sont à l'origine d'un traumatisme du développement sont très variées. Si on pense spontanément à la maltraitance ou à la négligence, Car ces contextes sont peut-être les plus documentés et les plus étudiés, il existe d'autres vécus de l'enfant qui peuvent être à l'origine d'un trauma complexe. Prenons l'exemple des hospitalisations longues ou répétées dans la petite enfance. René Spitz, qui était un médecin autrichien, avait observé dès les années 40 les effets dévastateurs sur le développement d'enfants séparés de leurs parents pendant de longues périodes. Aujourd'hui, les parents peuvent être présents à l'hôpital. Pour autant, Un nourrisson ou un jeune enfant qui vit des soins des fois douloureux et répétés, qui est né prématurément, qui doit passer des semaines en soins intensifs, doit faire face à des expériences corporelles intenses que son système nerveux immature ne peut pas gérer par lui-même. Quand la présence parentale est limitée ou que le parent lui-même est submergé par l'angoisse, l'enfant ne trouve pas auprès de l'adulte ce dont son système nerveux a besoin pour retrouver un état de calme. Il y a aussi les enfants qui perdent un parent, par décès, par disparition, et les enfants placés par l'aide sociale à l'enfance. Si un enfant est placé, c'est souvent précisément parce que la sécurité dont il avait besoin n'était pas assurée. Pourtant, la rupture avec les adultes qui l'ont élevé constitue elle aussi une déstabilisation profonde pour son système nerveux, car même une figure d'attachement défaillante reste la seule qui connaisse. C'est toute la complexité de ces situations sur laquelle nous reviendrons plus loin dans cet épisode. Il y a les enfants qui grandissent dans un climat familial instable, des conflits répétés, des tensions chroniques, une atmosphère imprévisible où l'enfant ne sait jamais ce qu'il va trouver en rentrant à la maison. Cet enfant-là va devoir consacrer une grande partie de son énergie à surveiller, à anticiper, à s'adapter, au lieu de pouvoir simplement grandir. Il y a aussi la négligence émotionnelle. Un enfant dont les besoins émotionnels sont régulièrement ignorés parce que le parent est lui-même dépassé, absent psychiquement ou dans l'incapacité de percevoir ce que l'enfant exprime et dans l'incapacité d'y répondre, cet enfant est régulièrement laissé seul face à ses états internes sans qu'un adulte l'aide à les réguler. La recherche désigne ces situations sous le terme de négligence émotionnelle. Ce qui est commun à tous ces vécus, c'est l'impossibilité pour l'enfant de retrouver un état de calme et de sécurité sur la durée. Son système nerveux est exposé de façon répétée et prolongée à des tensions qu'il ne peut réguler seul, sans qu'un adulte soit disponible pour l'y aider dans une période de construction psychique. C'est cela qui fait le traumatisme du développement, et c'est cela qui laisse des traces durables dans le développement de l'enfant. Il existe une configuration particulièrement éprouvante et insoluble pour le système nerveux d'un enfant que je veux aborder maintenant. Dès que son système nerveux perçoit une menace, l'enfant s'oriente vers son adulte de référence, son parent, pour trouver protection et sécurité auprès de celui-ci. C'est un réflexe biologique profond qui existe de façon innée, sans raisonnement conscient. Mais que se passe-t-il quand cet adulte, la personne vers qui l'enfant se tourne pour trouver protection ? est lui-même la source de menaces, de peurs et de détresses profondes pour l'enfant. Cela peut arriver dans des situations de maltraitance directe, mais aussi dans des contextes moins évidents. Un parent qui porte lui-même un traumatisme non résolu et dont le comportement devient par moments imprévisible ou effrayant, sans qu'il en soit conscient. Ou bien un parent qui se dissocie, qui disparaît derrière un regard vide, au moment précis où l'enfant a besoin d'être vu, d'être soutenu. L'enfant se trouve alors face à un conflit intérieur que son système nerveux ne peut pas résoudre. Son besoin de se tourner vers son parent est là, c'est la réponse biologique au stress qu'il perçoit. Et en même temps, c'est cette proximité même qui génère en lui de la peur, des tensions et de la détresse. Ces deux mouvements sont simultanés et ils sont contradictoires. S'approcher pour trouver la sécurité et s'éloigner pour se protéger de la menace. Aucun des deux ne peut l'emporter sur l'autre. Marie Mayne, qui a approfondi les travaux de Marianne Swartz sur l'attachement, a décrit cette configuration sous le terme d'attachement désorganisé. La stratégie habituelle du système d'attachement, se tourner vers l'adulte pour retrouver la sécurité, ne peut plus fonctionner, puisque cet adulte, qui devrait être la source de sécurité de l'enfant, est en fait aussi la source de la menace. On observe alors chez ces enfants des comportements qui paraissent sans logique. Ils s'approchent de l'adulte en détournant le regard. Il se fiche, il tourne en rond, ou encore des mouvements qui s'interrompent à mi-chemin, comme si l'enfant se figeait en plein élan, le corps immobile entre deux directions. Ces comportements traduisent un état d'activation intense du système nerveux sans que celui-ci puisse trouver une résolution. Ni l'approche ni la fuite ne sont possibles. L'enfant reste alors bloqué dans cet état de tension sans pouvoir en sortir. Ses comportements ? sont la réponse d'un système nerveux confronté à une situation qui est sans issue. Tout ce que nous venons de décrire s'inscrit aussi dans le corps. Pendant longtemps, le traumatisme a été abordé uniquement sous l'angle psychologique, comme si seul l'esprit était concerné, comme si les souvenirs, les pensées, les représentations suffisaient à expliquer ce qui se passe. Bessel van der Kolk a profondément bousculé cette vision. Son ouvrage, qui est traduit en français sous le titre « Le corps n'oublie rien » , en est le témoignage le plus connu. Quand un enfant est exposé de façon répétée à des tensions qu'il ne peut pas élaborer par lui-même, faute de soutien suffisant, son système nerveux tente de trouver des stratégies pour faire face. Dans certains cas, il y parvient, au prix d'adaptations coûteuses. Dans d'autres, notamment dans les situations d'attachement désorganisées que nous venons d'évoquer, il ne trouve aucune organisation stable possible. Dans tous les cas, le système nerveux en garde des empreintes durables. Bruce Perry, le pétopsychiatre américain dont les recherches portent sur les effets du trauma sur le cerveau en développement, a montré comment une activation répétée et prolongée des systèmes de stress modifie la façon dont le cerveau se structure. Les zones impliquées dans la régulation des émotions, dans la capacité à distinguer le danger réel du danger perçu, dans l'attention et la mémoire, toutes ces zones sont affectées. Pour comprendre ce que Stephen Porges a mis en évidence avec sa théorie polyvagale, il faut d'abord rappeler que notre système nerveux autonome, celui qui régule nos états internes hors de tout contrôle conscient, fonctionne selon deux grands modes. Le système nerveux sympathique est celui qui nous mobilise face à une menace. Il accélère le rythme cardiaque, tend les muscles, prépare le corps à l'action. Le système nerveux parasympathique, lui, est celui qui permet le retour au calme, à la détente, à la connexion avec les autres. Borges a montré que chez les enfants exposés à des stress répétés et chroniques, ce système de régulation peut se trouver profondément perturbé, basculant soit vers une hyperactivation permanente, le système sympathique, soit vers ce que l'on appelle une hypoactivation, le système parasympathique. Concrètement, cela peut prendre deux formes très différentes. Certains enfants se retrouvent en état d'hyperactivation chronique. Leur système nerveux sympathique reste en alerte constante. Ces enfants réagissent de façon intense et rapide à des situations qui sembleraient anodines à un observateur extérieur. Ils scrutent en permanence leur environnement, guettent chaque signal, chaque changement de ton, chaque regard. Leur système nerveux les maintient dans un état de mobilisation continu, comme si le danger était toujours imminent. Et quand une perturbation survient, leur système nerveux ne parvient pas à revenir à un état de calme. D'autres enfants, eux, basculent vers l'hypoactivation, ce que l'on appelle aussi la sidération. Leur système nerveux, au contraire, ne s'emballe pas, il s'effondre. C'est une réponse de protection face à une surcharge que le système nerveux ne peut plus traiter autrement. Ces enfants semblent alors absents, peu réactifs, comme déconnectés de ce qui se passe autour d'eux. Dans notre société, on a tendance à catégoriser ces enfants comme ayant un caractère difficile, agité. ou au contraire apathiques et peu motivés. Ces comportements sont en réalité les empreintes laissées dans le corps et dans le système nerveux d'expériences qui ont été impossibles à élaborer seules. Ces empreintes laissées par le trauma développemental sur le système nerveux de l'enfant se manifestent dans tous les domaines de sa vie quotidienne. A l'école d'abord, Prusperia montrait que les enfants ayant vécu des expériences traumatiques répétées et précoces présentent souvent des difficultés d'apprentissage qui n'ont rien à voir avec leur capacité intellectuelle. Un système nerveux en état d'hyperactivation chronique est un système nerveux qui consacre la majeure partie de ses ressources à détecter les menaces potentielles. Ces enfants ont du mal à se concentrer, à mémoriser, à rester disponibles pour apprendre, non par manque d'intérêt ou de volonté, mais parce que leur cerveau est mobilisé ailleurs. D'autres, en état d'hypoactivation, semblent absents dans la lune, peu réactifs aux sollicitations de l'enseignant. Ces enfants sont souvent perçus comme paresseux. peu motivé, voire comme ayant des troubles de l'attention. Dans les relations avec les autres enfants, les difficultés sont également présentes. Certains de ces enfants ont du mal à réguler leurs réactions dans les interactions sociales. Une contrariété mineure, un conflit ordinaire dans la cour de récréation, et c'est une réaction qui semble totalement disproportionnée aux yeux des autres. Ces enfants sont souvent perçus comme agressifs, impulsifs et difficiles à gérer. D'autres ? au contraire, se tiennent à l'écart, évitent le contact, semblent imperméables aux tentatives de rapprochement de leurs camarades. Ils sont souvent perçus comme étranges, distants ou asociaux. Dans les deux cas, ces enfants portent en eux quelque chose que leur entourage perçoit mais ne comprend pas toujours. Certains scrutent en permanence le visage des adultes qui les entourent, guettent chaque changement de ton, chaque variation dans l'attitude de l'enseignant. Leur système nerveux les maintient en état de veille constante. à l'affût du moindre signal qui pourrait annoncer un danger. D'autres calquent leur état émotionnel sur celui des adultes qui les entourent, comme si leur propre sécurité intérieure dépendait entièrement de l'état émotionnel de l'adulte. Ce que la recherche nous dit, et c'est essentiel, c'est que ces comportements sont des réponses cohérentes d'un système nerveux qui a dû s'organiser ou tenter de s'organiser dans des conditions difficiles. Ce ne sont pas des traits de caractère, Ce ne sont pas des défauts de volonté, ce sont les manifestations d'une histoire que le corps a gardé en mémoire, des expériences difficiles vécues de façon répétée et prolongée, sans pouvoir les élaborer avec l'aide d'un adulte. Comprendre le traumatisme du développement change profondément la façon dont on peut lire et interpréter les comportements de ces enfants, et pour certains parents, la façon dont ils envisagent leur propre parentalité. Beaucoup de parents ne réalisent pas que les expériences vécues par leur enfant au sein même de la famille peuvent laisser ce type d'empreinte sur son système nerveux. Les situations que nous avons décrites, un climat familial tendu, de la négligence ou de la négligence émotionnelle, une période de grande instabilité, sont souvent des périodes durant lesquelles les parents traversent eux-mêmes des difficultés personnelles importantes. qui les empêchent de percevoir pleinement ce que leur enfant vit intérieurement. Du côté des enseignants, la situation est comparable. Faute de formation suffisante sur ces questions, beaucoup interprètent ces comportements à travers le prisme de la volonté et du caractère. Et il faut le comprendre, un enseignant qui gère seul une classe de 25-30 élèves n'a pas toujours les conditions pour observer et analyser finement ce qui se passe pour chaque enfant. Un enfant en hyperactivation chronique qui se lève, Qui dérange, qui réagit de façon disproportionnée, sera souvent sanctionné et mis à l'écart. Un enfant en hypoactivation, absent et peu réactif, sera lui perçu comme paresseux ou peu motivé. Dans les deux cas, l'adulte s'adresse à l'enfant comme si son comportement relevait d'un choix délibéré. Or, ces comportements ne relèvent pas d'un choix, ils sont les réponses inconscientes d'un système nerveux qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il a vécu. Quand un adulte, parent ou enseignant intègre cela, quelque chose peut changer dans sa façon de répondre à l'enfant. Cela ne signifie pas accepter tous les comportements sans poser de limites. Certains sont effectivement inacceptables et l'enfant a besoin que l'adulte les nomme clairement. Mais poser ses limites depuis une compréhension de ce qui se passe pour l'enfant est très différent. de sanctionner un comportement que l'on croit délibéré. Ce dont cet enfant a besoin en premier lieu, c'est qu'un adulte l'aide à retrouver un état de calme et de sécurité intérieure. C'est depuis cet état que l'enfant devient capable d'entendre, de comprendre ce qui est attendu de lui et d'intégrer les limites qu'on lui pose. Il y a un autre élément que la recherche met en évidence, la prévisibilité et la cohérence de ce que l'enfant vit au quotidien avec les adultes qui l'entourent. Pour un enfant dont le système nerveux est en alerte permanente, l'imprévisibilité est elle-même une source de tension supplémentaire. La régularité, les rituels, la cohérence dans les réponses des adultes constitueraient pour lui un cadre qui permettrait progressivement à son système nerveux de se réguler. Comprendre ces mécanismes ne suffit pas toujours. Pour certains parents, cette compréhension va naturellement les amener à ajuster leur façon d'être avec leur enfant, à privilégier la régulation avant le recadrage, à offrir un cadre plus stable et plus prévisible, à être plus attentifs à leurs propres états internes quand ils interagissent avec l'enfant. Pour d'autres, ceux qui viennent eux-mêmes d'une enfance marquée par des expériences difficiles par exemple, cette compréhension peut être le point de départ. d'une démarche personnelle pour apprendre à s'apaiser suffisamment et devenir pour leur enfant cette figure stable et prévisible dont il a besoin. Car c'est précisément cette stabilité de l'adulte qui va progressivement permettre à l'enfant de sortir de ce paradoxe que nous avons décrit, ce conflit intérieur entre le besoin de se tourner vers l'adulte pour trouver la sécurité et la crainte Que cette proximité elle-même soit source de danger. C'est dans la répétition d'expériences relationnelles apaisantes et cohérentes avec un adulte stable que le système nerveux de l'enfant va pouvoir peu à peu se réorganiser. Cet épisode, je l'ai enregistré en réponse aux questions que beaucoup d'entre vous m'ont adressées via le site. Entre les épisodes consacrés aux structures d'adaptation, il me semblait important de consacrer un épisode pour aider à mieux comprendre ce qu'est réellement le traumatisme du développement, comment il se forme et ce qu'il produit dans le corps et dans le système nerveux d'un enfant. Ce que la recherche nous montre, c'est que ces traumatismes se construisent dans la durée et dans la répétition. Des expériences difficiles vécues de façon prolongée, dans un contexte où l'enfant ne trouve pas auprès de l'adulte ce dont son système nerveux a besoin pour se réguler et retrouver un état de sécurité intérieur. Ce sont ces conditions qui laissent des empreintes durables sur le développement de l'enfant. Si cet épisode a soulevé des questions pour vous, je serai ravie d'y répondre. Vous pouvez me les adresser via le site parentel-intégratif.fr et si ce que vous venez d'entendre vous a parlé, n'hésitez pas à le partager autour de vous ou à laisser un avis. sur votre plateforme d'écoute. C'est ce qui permet à ce podcast de continuer à exister et à toucher ceux qui en ont besoin. Merci. Merci d'avoir été là pour cet épisode. Merci pour votre engagement, votre présence et votre écoute. Merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de cet épisode. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien, à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter, je vous laisse avec ces quelques mots, comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !