- Speaker
Générique Générique Générique Bienvenue dans le podcast de la Terre à l'assiette.
- Christian
Écoutez une voix modeste et forte qui porte l'écho des montagnes du Cantal. C'est Mathias Caussade, artisan et chef d'entreprise enraciné à Parlans. Issu d'un parcours où la science des filières rencontre l'amour du produit, il façonne chaque jambon, chaque saucisson avec la patience et l'amour d'un homme. qui connaît les saisons et les savoir-faire. Il n'est pas seulement à la tête de la maison Laborie, il est le garant d'un lien vivant entre l'élevage porcin local, l'affinage délicat et la reconnaissance nationale. Au dernier salon de l'agriculture, ces charcuteries ont été mises à l'honneur, autant que les paysages qu'elles racontent. Dans notre podcast de la terre à l'assiette, c'est avec simplicité et fierté que nous accueillons Mathias Caussade, bâtisseur de filières et de goûts.
- Speaker
Une émission présentée par Christian Regouby.
- Christian
Bonjour Mathias.
- Speaker
Bonjour Christian.
- Christian
Ça fait très plaisir de te recevoir, venu de ce terroir du Cantal. On va commencer, si tu veux bien, par la notion d'identité. Qu'est-ce qui constitue ton identité ? Qu'est-ce qui fait que ce contenu d'identité fait qu'on se retrouve, notamment au collège, sur les mêmes valeurs, la même façon de voir les choses, mais à travers des chemins singuliers, à chaque fois différents ? Raconte-nous un petit peu le parcours et comment tu en es arrivé là, à être sur cette logique ?
- Speaker
Je pense que tout a commencé autour de, comme pour beaucoup d'entre nous, des bons produits de la campagne. Alors moi c'était la campagne basque, je suis né là-bas, et c'était des paysages, des goûts, des souvenirs, et de fil en aiguille, passionné par l'élevage, par le bon produit. J'ai continué à avancer, donc j'ai fait une école d'ingénieur agronome. J'ai commencé un peu à apprendre ce qui se faisait de différent. J'ai essayé d'apprendre sans trop d'a priori aussi, parce que je trouve que c'est important, avant de se faire une idée, il faut déjà commencer à apprendre. Mon parcours m'a amené vers là, vers des entreprises de plus grande taille, parce que je voulais apprendre, c'était quoi par exemple le commerce, c'est qu'il était assez éloigné de mon école d'ingénieur agro. Et après je suis arrivé à la maison Labourie, dans un village de 400 habitants. Je ne savais même pas où c'était, je n'étais jamais allé dans le Cantal. Je suis arrivé dans ce paysage en 2012 pendant une année de césure. J'y suis resté quatre mois. J'ai découvert autre chose, un territoire forcément sauvage, un peu enclavé, il faut le dire. Mais du coup, il y a du bon au milieu aussi dans cet enclavement-là. J'ai passé quatre mois avant de filer quelques mois en Nouvelle-Zélande pour aller découvrir une autre agriculture, encore différente, pour aller creuser un peu ce dont on nous avait beaucoup parlé. Et mes études se sont terminées. La famille Laborie m'a proposé de les rejoindre pour mon premier poste salarié, c'est ce que j'ai fait en 2013. Après l'histoire s'est enchaînée de fil en aiguille. On m'a proposé de reprendre la direction générale de l'entreprise et ensuite de reprendre l'entreprise. Et tout ça s'est fait entre 2017 et aujourd'hui.
- Christian
Au fil de ça, quel projet personnel t'animais et quel projet pour cette maison Laborie ?
- Mathias
J'ai envie de dire que c'était le projet d'essayer de trouver sa place dans le paysage. C'est-à-dire que quand je suis arrivé en 2012-2013, on était une belle entreprise avec une très belle image. Ils avaient toujours eu le goût des bons produits et des produits différents. Si ça en sache, je n'aurais jamais rien fait. Par contre, il y avait besoin de trouver sa place dans ce paysage-là. On voyait que plus le temps avançait et plus des entreprises indépendantes, en fait, elles se faisaient de plus en plus rares. C'est encore vachement amplifié aujourd'hui. Il y avait besoin pour moi de relier cette entreprise avec ce savoir-faire 1932. Et toute l'histoire qu'il y avait derrière a quelque chose. Et pour moi, la voie pour faire quelque chose de différent, c'était le bras élevage. Donc c'est vraiment là où j'ai amené ma patte et moi j'étais convaincu qu'il fallait qu'on rajoute cette corde-là à notre arc de transformateur. Et du coup, qu'on devienne éleveur, affineur et producteur.
- Christian
Et alors par rapport à la région elle-même, où il y avait déjà des élevages, tu t'es inscrit comment dans cela ?
- Mathias
Ce qui est marrant, c'est que l'entreprise est installée avec cette notion de pays qu'on a toujours entendu parler en géographie. dans la châtaignerie cantalienne. Et en fait, la châtaignerie cantalienne porte bien son nom, il y avait beaucoup de châtaignes, du coup historiquement il y avait beaucoup d'élevages de porcs. Puis après il y a eu l'industrialisation qui est passée par là, avec des élevages hors sol, comme 95% aujourd'hui des cochons élevés en France. Et du coup les élevages ont peu à peu disparu. Mais il y avait quand même cette culture en local, de l'élevage de porcs, au-delà même de chaque ferme qui élevait ses... 2, 3, 4 cochons pendant une heure. qui l'a batté en hiver. Mais en tout cas, il y a toujours cette culture, ce qu'ils appellent à la balle la mangoune, et qui est directement liée à l'élevage. Donc en fait, on n'a rien inventé, on a juste fait un petit chemin en arrière, et au lieu de faire des cochons qui ont 6 mois, ils avaient 11 à 12 mois. Et voilà, on a continué à avancer dans cette direction-là, avec du plein air, parce que moi, ça me tient à cœur. Le bien-être animal, c'est des notions qui m'ont toujours parlé, même si ça peut paraître un peu contradictoire. On est dans les métiers de la viande, mais pour moi, ça ne s'oppose pas. Et on a bossé, on a travaillé dans cette direction-là.
- Christian
Beaucoup d'éleveurs qui sont au Collège Culière de France parlent de l'amour qu'ils ont pour les bêtes et l'accompagnement qu'ils ont. Ça n'est pas indissociable parce qu'en fin de compte, c'est la compréhension du vivant. De la monge jusqu'en passant par l'abattage. Là, tu arrives d'une autre région, au cœur d'une région avec une très forte identité, le Cantal, à la tête d'une maison où tu fais avancer les choses. Comment, dans l'environnement régional, c'est vécu, ça ?
- Mathias
Ça a pris du temps. J'ai mis beaucoup de temps à dire, par exemple, je pense que les gens commencent aujourd'hui, en 2025, à savoir que c'est moi qui ai repris la direction, c'est moi qui ai pu reprendre l'entreprise, parce qu'on est dans un contexte, malgré tout, d'entreprise familiale. Laurent Laborie, qui m'avait embauché, c'est la troisième génération à la tête de l'entreprise. En fait, pendant très longtemps, les gens n'ont pas su que j'avais repris. Et ça se fait aujourd'hui et ce n'était pas dérangeant pour moi. Ce qui était important, c'était de continuer à essayer de bâtir, de continuer à essayer de structurer, de continuer à essayer d'améliorer. Et aujourd'hui, en fait, ça se passe très bien. Je pense qu'il fallait respecter aussi ces étapes-là. J'étais jeune et j'avais 28 ans quand j'ai repris la direction d'entreprise. Donc j'avais besoin aussi de ne pas tout faire en même temps, c'est-à-dire de ne pas à la fois continuer à avancer dans mon cursus dans l'entreprise. Et laisser un peu de côté cette casquette de patron, parce que je pense que c'était tôt, parce que pour moi il y a d'autres priorités. Donc aujourd'hui je fais un peu les deux, les choses ont beaucoup changé, mais il a fallu ce temps-là et pour moi c'était important qu'il soit là.
- Christian
Ce qui est génial dans ce que tu racontes, parce que c'est aussi une vraie leçon dans le rapport au temps aujourd'hui, par rapport justement à des dynamiques économiques et autres, c'est ne pas évacuer la manière, on vit dans des environnements tous, dans la manière dont c'est assimilé, c'est vrai pour tout. Là, je pense que ton intuition et la façon de faire, en fait, l'entreprise a continué d'être perçue comme elle était familialement, alors qu'elle était reprise et qu'elle était dirigée. Et donc, les modifications de l'entreprise que tu as apportées ont pu être acceptées parce qu'elles étaient dans ce contexte-là. Je fais cette analyse parce que je pense que c'est au cœur de ce qu'on fait et ce sur quoi on se bat, c'est-à-dire que la notion de construction d'une identité... qui est à la base même de tous les combats du collège, elle est majeure dans une société où il y en a de moins en moins et où les identités s'effritent. Elles sont de plus en plus virtuelles. Donc là on est dans le réel, on est vraiment dans le réel. Ce qui est très encourageant, c'est quelqu'un de jeune comme toi qui ait compris ça intuitivement ou intellectuellement pour cette démarche-là.
- Mathias
Il n'y a rien de pire que d'entendre « ah oui mais ça a changé » . Parce que le « ça a changé » souvent c'est rapidement connoté de manière péjorative derrière. Et aujourd'hui, du coup, c'est un non-sujet.
- Christian
C'est plus comme avant.
- Mathias
C'est exactement ça. Et aujourd'hui, c'est un non-sujet parce que quand, du coup, je réponds simplement aux gens, mais c'est depuis 2017, il n'y a plus de débat. Derrière ça, il y a quelque chose qui a montré le lien, qui a continué, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, dans l'entreprise, Simone Labori, qui a 75 ans, peut-être que je l'avais eu un peu ou je la rajeunis, peut-être que je la rajeunis, elle a tenu à garder un petit pourcentage de port pour continuer l'histoire avec nous. Et ça, pour moi, c'était... C'était important d'avoir cet assentiment-là.
- Christian
On va s'arrêter pour faire une petite parenthèse, une petite chronique. La chronique s'appelle « Toc toc, qui est là ? » Là, c'est toujours une histoire d'identité. C'est essayer, à travers un petit décalage, de voir spontanément certains aspects aussi qui peuvent émerger en termes d'identité. Si tu étais un animal ?
- Mathias
Un cheval. Je suis passionné par les chevaux, j'adore cet animal.
- Christian
Tu en as dans la ferme ?
- Mathias
Je suis toujours monté à cheval, je trouve ça un peu le fil conducteur de ma vie.
- Christian
Le cheval, c'est un animal qu'on dit noble, c'est-à-dire qu'il y a une relation à l'homme qui est assez exceptionnelle, il y a une histoire d'ailleurs. Une saison ?
- Mathias
Je dirais l'automne, parce que l'automne c'est plein de souvenirs pour moi. C'est le matin de novembre, c'est des températures froides. Ce ciel bleu, c'était le passage des Palombes, c'est les Cèpes, c'est cette montagne. Forcément, je le révisais souvent au Pays Basque. On retrouve les mêmes paysages dans le Cantal qui sont magnifiques, mais pour moi, c'est l'automne.
- Christian
Un pays ?
- Mathias
Je ne vais pas être très original, mais j'ai vraiment aimé le côté sauvage de la Nouvelle-Zélande. Si il y a un endroit aujourd'hui où j'aurais envie de repartir pendant quelques mois pour le sillonner, c'est la Nouvelle-Zélande.
- Christian
Qu'est-ce qu'il évoque sur le plan de la nature ou de la relation ?
- Mathias
Quand vous parcourez l'île du Sud, vous découvrez cette agriculture qu'on décrit forcément un peu ici, mais on se rend compte aussi qu'au milieu, il y a un peu tout. Il y a une agriculture très extensive avec de très grandes exploitations, peu de monde qui travaille, mais vraiment un vrai système qui est axé sur l'herbe. notamment l'engraissement de l'herbe. Vous allez pouvoir aller vous balader sur une plage, vous allez voir le pingouin qui rentre de la pêche, vous allez croiser un veau de mer échoué qui vous regarde. Et il y a quand même une île où il n'y a pas beaucoup de monde qui habite et la nature, elle est partout, elle est omniprésente. Et ce côté un peu de déconnexion, moi j'ai trouvé ça super, assez fabuleux.
- Christian
Si tu avais eu à choisir une autre activité que celle que tu as ?
- Mathias
Vous allez croire que c'est calculé, mais j'aurais aimé être cuisinier. Je suis fan de cuisine, toujours été fan de cuisine.
- Christian
Alors on passe à une deuxième partie. Donc il y a la maison laborie, mais il y a plein de choses autour que tu fais. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu cette démarche ?
- Mathias
On a essayé sur les différents métiers, notamment nous on parle forcément beaucoup d'élevage, parce que quand on veut faire différemment, il y a un moment donné où je pense que c'est compliqué de couper avec la partie élevage. On peut évidemment trouver des gens... des gens qui le font très bien pour notre compte, etc. Mais nous, dans le schéma dans lequel on était, le fait de pouvoir voir l'impact de l'alimentation, par exemple, et le chaud de l'alimentation sur des rares carrés de codes premières, il est énorme, en fait. Donc on s'est beaucoup trompés, on a beaucoup échoué, on a fait beaucoup de tests, et au fur et à mesure, avec le temps, on a réussi à mettre en place tout un schéma complémentaire, avec toujours pareil le fil rouge, on en a parlé tout à l'heure, mais c'est le temps, en fait. Ce que je trouve génial dans l'élevage, c'est qu'on peut faire tout ce qu'on veut, il n'y a rien qui remplace le temps. Faire vite et bien en élevage, on ne sait pas faire. On en revient à des fondamentaux, et toujours les mêmes. Globalement, qu'est-ce qu'on va donner à manger ? Quelle race on va choisir ? Pourquoi ? Globalement, la croissance rapide, ça ne va jamais avec la qualité. En élevage, ça ne marche pas. Toutes ces briques-là, au fur et à mesure, avec le temps, on en a changé, on a réussi à stabiliser. pour aujourd'hui réussir à... Obtenir un peu ce qui peut faire notre fierté, c'est-à-dire un morceau de viande noble qu'on puisse oublier dans un frigo en maturation pendant un mois, en faisant en sorte que le produit sèche et développe des arômes un peu différents, etc. Et ça, c'est un peu la fierté, si tu dois dégager quelque chose du travail qu'on a fait, c'est ce poids-là sur l'élevage vraiment.
- Christian
Il y a combien de collaborateurs à la maison de laborerie ?
- Mathias
Il y a à peu près 40-45 personnes qui travaillent sur toute la partie transformation. Et après, on a une filière d'élevage avec à peu près 7, 8, 9 personnes qui travaillent et qui s'ajoutent aux autres personnes qui sont indispensables dans la filière, qui sont les éleveurs en intégration, chez qui on va placer nos porcelets pour cet élevage en plein air. Donc, une cinquantaine de personnes passées partout et auxquelles va s'ajouter une activité sur du canard parce qu'on a une autre ferme conserverie dans le Lot où on fait du canard dans le modèle de ce qu'on fait. chez la maison laborie qui s'appelle Jacquer et sur laquelle on travaille depuis quelques années.
- Christian
Je voudrais évoquer deux aspects de ton activité. L'aspect des ressources humaines qui est sur ce sujet-là parce que c'est la grande, grande question aujourd'hui qui est transversale à toutes les activités d'artisanat. Comment aujourd'hui tu les abordes ? Est-ce que tu vois des différences au fil des années, notamment ces dernières années ? Et comment tu peux identifier, fédérer ou essayer de le faire parce que personne n'a la recette ? miracle.
- Mathias
C'est un sujet central, c'est pas le sujet le plus facile parce que on est aussi pris dans forcément des exigences de résultats donc il y a des périodes où peut-être qu'on aurait aimé faire différemment mais en fait on peut pas faire différemment. Moi ce que je crois, j'essaie de faire les choses avec honnêteté parce que je le fais toujours bien dedans. Est-ce que j'essaie de le faire du mieux possible ? Oui. Moi il n'y a rien qui me rend plus fier que de voir quelqu'un qui j'ai commencé à travailler et qui progresse. C'est vraiment le point central quoi. C'est là-dessus que j'essaie de travailler. Forcément, avec le temps, on se constitue à des équipes autour de nous qui commencent à nous ressembler. C'est là où il peut y avoir des mouvements dans des équipes. C'est le moment donné aussi où on commence à s'affirmer. On dit que c'est vrai qu'on a toujours fait comme ça, mais à partir d'aujourd'hui, je pense qu'il faut faire un peu différemment. C'est là qu'il peut y avoir des gens qui veulent prendre d'autres chemins parce que ça ne leur correspond pas. J'ai la chance d'avoir des équipes assez stables. J'ai la chance d'avoir... Un noyau d'équipe autour de moi, soudé, des gens avec qui on peut partir au combat, et ça c'est juste génial, et c'est pour ça qu'on continue je pense au quotidien. C'est juste ça qu'on essaie. J'étais passionné par une interview d'Alain Ducasse qui parlait de sa vision des équipes, sur la polyvalence des équipes. D'ailleurs, je leur montre souvent cette vidéo. Ça me passionne, cette vision-là des équipes, parce que c'est des questions qu'on se pose au quotidien. On doit faire comment ? Qu'est-ce qu'on doit faire ? C'est vraiment pas évident et c'est sûr que c'est le sujet numéro un de préoccupation et de tracas au quotidien. Mais par contre, j'essaie de faire en sorte que vraiment celui qui est content demain, il soit plus content. On m'a répété souvent ça, de ne pas essayer de... Faire en sorte que le négatif soit mieux parce qu'on n'y arrive pas. En quelques mots, c'est un peu ce que j'essaie de faire. Et franchement, on arrive à faire ce qu'on fait parce qu'on a vraiment des superbes équipes au coaching qui se battent.
- Christian
Ce n'est pas un hasard. Je pense que ça se construit effectivement à travers une cohérence à la fois de vision, de pratique et de façon d'être en relation. C'est pour ça qu'on dit souvent au collège que la qualité, c'est avant tout la qualité relationnelle. Et à partir de là, on peut faire plein de choses. On va passer à une deuxième chronique, si tu veux bien. Fromage ou dessert ?
- Speaker
C'est fromage ou dessert ?
- Christian
Alors c'est la même chose à travers ce petit jeu de questions réponses, de voir tes préférences en toute transparence. Tu préférerais renaître dans le passé ou dans le futur ?
- Mathias
Dans le passé. Plein de choses à apprendre, encore ? Ouais, je pense. Mais il y a des périodes que j'aurais bien aimé connaître.
- Christian
T'es plutôt logique ou émotion ?
- Mathias
Émotion quand même. Même si j'essaie de travailler sur moi, mais voilà. C'est mon côté basque qui prend peut-être le dessus de temps en temps.
- Christian
Compétition ou coopération ?
- Mathias
Coopération.
- Christian
Travail ou vacances ?
- Mathias
Les deux. Et il faut forcément travailler pour avoir des vacances.
- Christian
Vie professionnelle ou vie privée ?
- Mathias
Dans nos métiers, il y a vraiment tout qui se mélange. N'en parlez pas à ma femme, il y a vraiment tout qui se mélange tout le temps. Et c'est vraiment dur de les séparer.
- Christian
Temps court ou temps long ?
- Mathias
Je suis impatient. Mais par contre, j'essayais de me soigner, de travailler sur le moyen terme quand même.
- Christian
Dernière partie, tu as parlé effectivement de la problématique qui nous occupe tous, des collaborateurs. Maintenant, de l'autre côté, les clients, les citoyens que nous sommes les uns les autres. Comment tu vois les choses par rapport justement à ce projet de Maison Laborie ? Avec quel type de clientèle et quel type d'approche ?
- Mathias
Alors, on essaie de cultiver... Je commence à dire que les clients, c'est super important. J'ai enfoncé Portes Ouvertes, mais on essaie d'avoir vraiment des relations avec nos clients un peu différentes. C'est-à-dire qu'il y a des histoires d'hommes derrière. Et je trouve que c'est la chance que l'on a encore dans nos entreprises, c'est de pouvoir connaître les clients. On a organisé un week-end Portes Ouvertes élargie dans le Cantal où on a invité des clients de quatre coins de la France. On a recréé une fête populaire. Si je fais une parenthèse, c'était assez marrant parce qu'à 10 kilomètres de chez nous, il y a une dame qui a 87 ans qui s'appelle Georgette qui tient encore son restaurant. Et elle nous a toujours parlé des fêtes de village qu'elle connaissait quand elle était jeune, de cette vie d'un peu de nostalgie, mais ce n'était pas de la nostalgie triste. Le fait d'être heureux d'avoir connu ces pères-là. Du coup, on a recréé ce week-end-là, ça me tenait vraiment à cœur. On a passé un moment formidable, c'était super. Nos clients, on les a amenés visiter nos élevages de cochons fermés en plein air. On les a amenés visiter le... C'est chaud à l'air libre, on a partagé un bras zéro. Et ces relations-là, c'est symbolique, je trouve, de la relation qu'on essaie d'avoir avec nos clients. C'est-à-dire une relation qui a du sens, il y a des échanges, et c'est important qu'il y ait quelque chose derrière. Notre clientèle, c'est des bouchers charcutiers, des artisans bouchers charcutiers, c'est des artisans restaurateurs, c'est des épiceries fines, c'est une clientèle traditionnelle. C'est pas évident, dans les périodes qu'on traverse, le vent il est pas de dos, il est de face, donc malgré tout il y a quand même des interrogations autour de tout ça, mais par contre c'est avec ces gens-là qu'on a envie de travailler, parce qu'ils font la différence entre le bon et d'autres produits, et cette relation-là de proximité, elle est importante dans ce qu'on fait au quotidien.
- Christian
Tu dis relations de proximité sur le plan relationnel, mais sur le plan géographique, vous avez des clients qui se situent comment ?
- Mathias
Forcément, c'était facile dans l'après-guerre ou même l'entre-deux-guerres. Il y avait la liaison directe entre l'Auvergne et Paris, donc la Maison Laborie a toujours eu une implantation vraiment marquée à Paris, en région parisienne. Je pense que d'ailleurs c'est l'endroit en France, en plus de la zone locale. où l'entreprise a la réputation la plus établie. Donc ça, ça a continué. On continue à développer encore notre implantation en région parisienne. Et après, on s'est développé depuis une dizaine d'années sur la façade atlantique de Bordeaux-Chcanante, sur Clermont, sur Lyon, le sud-est.
- Christian
Ta région aussi.
- Mathias
Ah, c'est difficile. Je ne sais pas si c'est parce que je n'ose pas revenir pour le concurrencer. Mais c'est vrai que je crois que ça doit faire partie de Zano. On est au moins présent.
- Christian
Dernière petite rubrique, la moutarde te monte au nez.
- Speaker
La moutarde me monte au nez.
- Christian
C'est simplement, on a tous à un moment donné des choses qui nous scandalisent ou qui nous énervent, que ce soit dans le milieu professionnel ou ailleurs, donc voilà, spontanément s'il y a quelque chose qui devient à l'esprit.
- Mathias
Je pense que je vais le relier à... À l'élevage, il y a des zones, il y a des endroits en France aujourd'hui, élevés, ça devient de plus en plus difficile. On a deux mondes qui se confrontent. On a un monde néo-rural qui rêve l'agriculture en fait. Une dame m'a dit que c'était super qu'elle connaisse un agriculteur qui avait une vache. Il s'était pris comme un exemple et là, je suis triste. J'étais triste pour elle parce que ça montre vraiment la déconnexion qui entre avec une réalité économique. Et voilà, aujourd'hui quand j'entends parler de certains... projets qu'on qualifie d'industriels. Je suis atterré aujourd'hui. Un jour, il y a un collectif qui s'est monté pour s'opposer à un élevage qu'on allait monter de cochons en plein air, une quarantaine d'hectares, site pilote, ici opposé, parce que c'était un élevage industriel. Là, ce jour-là, parfois, on a envie de rentrer notre tablier.
- Christian
C'est la notion de conscientisation et de perception, de juste perception. est de plus en plus difficile dans la virtualité et dans la communication émotionnelle. En fait, c'est ça la clé.
- Mathias
J'ai vraiment beaucoup de mal avec certains débats aujourd'hui. C'est-à-dire que quand on entend certaines prises de parole sur l'agriculture qui ferment un œil complet, qui ne prennent qu'une partie des impacts de l'agriculture sans tenir compte de l'ouverture des paysages, encore plus vrai dans les territoires ruraux tels où on vit, le Cantal, l'Hôte, et je pense citer plein d'autres. Ça m'attriste parce que c'est un peu le dernier qui a parlé qui a raison et il nous manque une voix.
- Christian
Et donc je pense que la seule façon, enfin c'est celle dans laquelle on croit, pour nous c'est de faire monter des voix comme la tienne, de faire monter des voix des artisans militants de la qualité qui ont des histoires à raconter. Avant on pouvait expliquer de façon pédagogique, aujourd'hui soit c'est des coups émotionnels. Soit ce sont de vraies histoires. Je te remercie. Merci d'être venu aussi de tes terres pour passer avec nous ce podcast. Je pense que ça va intéresser beaucoup de monde. Et je voudrais annoncer pour nos auditeurs de ne pas manquer le prochain épisode dans 15 jours. Il s'agit d'un épisode spécial car nous avons convié un scientifique, enseignant de renom engagé qui s'appelle Christophe Lavelle et qui est engagé aussi en soutien du Collège Culinaire de France depuis plusieurs années. Il met la science au service des artisans militants de la qualité. Et ses interventions sont passionnantes parce qu'il a un sens pédagogique et une clarté qui nous permet de comprendre beaucoup de choses. Merci à tous et à bientôt.
- Speaker
Vous venez de déguster un épisode de La Terre à la Tire, le podcast qui vous donne envie de bien manger. Nous espérons que vous avez passé un agréable moment en notre compagnie. Si ce podcast vous a régalé, soutenez-nous en lui donnant un maximum d'étoiles, comme un grand chef, et en vous abonnant. Vous avez envie d'en savoir plus sur les actions du Collège Culinaire de France et sur le mouvement Manger Citoyen ? Suivez-nous sur les réseaux sociaux et sur notre site internet. A très vite pour un prochain épisode. Ah oui, et évidemment, l'édition, elle est pour nous !