- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast de La Terre à l'Assiette.
- Speaker #1
Dans nos assiettes, certains produits paraissent familiers. Pourtant, derrière eux se cache parfois une histoire qui dépasse largement celle d'une simple production agricole. Direction le Gers, où la noisette est devenue le point d'ancrage d'une aventure familiale, entrepreneuriale et profondément humaine. à la Maison Caraïbes. Carayon, on cultive, on transforme et on innove avec une même ambition. Maîtriser l'ensemble de la chaîne de valeur, de l'arbre jusqu'au produit fini, sans jamais perdre de vue le sens de ce qui est produit et la manière de le produire. Mon invitée incarne aujourd'hui une nouvelle étape de cette histoire. Avec Thomas Carayon, elle contribue à faire évoluer l'entreprise, tout en restant fidèle aux convictions qui la fondent. Le respect du vivant, l'ancrage territorial, la transparence et l'attention portée aux femmes et aux hommes qui donnent vie au produit. Nous allons parler de transmission, d'innovation, de recrutement, d'adaptation au climat, mais aussi de cette recherche permanente de cohérence entre ce que l'on croit, ce que l'on fait et ce que l'on transmet. Je suis heureux d'accueillir aujourd'hui Marie Bourdon de la maison Carayon.
- Speaker #0
Une émission présentée par Christian Rogubi.
- Speaker #1
Marie, bienvenue. En préparant cet entretien, je me suis dit que notre ouverture pouvait être « Est-ce que tu te sens un artisan en transformation continue ? » Parce que c'est ce qui m'est apparu en écoutant tout ce que tu faisais, en observant ce que vous faisiez. Une sorte de transformation continue.
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Tout à fait, parce que ce projet nous permet, nous aussi en tant qu'humains, d'évoluer, de savoir vers quoi on veut. tendre, qui on veut être, quelle valeur on veut transmettre aussi aux gens qui consomment nos produits ou qui juste s'intéressent à la nuciculture. Et ce projet évolue avec nous également.
- Speaker #1
Parce qu'en fait, c'est la troisième génération, troisième génération familiale. Il y a les grands-parents, Jean-Marie et sa famille. Et toi, tu es compagne de Thomas. Tu t'es pris de passion indépendamment sans doute de Thomas, mais pour cette... nuciculture, cette culture justement de ces noisettes ?
- Speaker #2
Oui, complètement. Je suis tombée amoureuse de l'histoire familiale. Il faut savoir qu'à la base, ce sont des pieds noirs et on sait des pieds noirs que ce sont des familles qui sont énormément soudées.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #2
Donc forcément, en intégrant cette famille, déjà je me suis pris d'amour pour leur histoire. Et au-delà de ça, quand Thomas a voulu reprendre l'exploitation familiale en 2020 et qu'il avait ce projet de vraiment valoriser encore plus la noisette, en la transformant, parce qu'à la base, on est vraiment que nuiciculteur, on n'est pas du tout dans la transformation. Oui, j'ai eu envie de prendre part dans ce projet-là et d'apporter aussi ma touche un peu plus artistique, peut-être un peu plus sensible et féminine à ce projet.
- Speaker #1
Tu venais d'où par rapport à ça ? Quelle formation, quelle expérience tu avais ?
- Speaker #2
Alors, moi, je me suis beaucoup cherchée. On ne va pas dire que je me suis beaucoup cherchée, mais je suis quelqu'un qui est très curieuse et qui aime beaucoup prendre toutes les opportunités qu'on peut m'offrir. J'ai commencé par des études de design, j'ai été au Beaux-Arts de Toulouse. Et en suivant, en même temps, j'ai rencontré Thomas. Je me suis pris de passion pour ce projet qui naissait tout juste. Et il a fallu créer l'identité visuelle, l'image de marque. Et c'est là que j'interviens avec mes études de design, où je crée l'image de marque totale avec le logo, la charte graphique. Comment poser des mots sur cette histoire et la valoriser auprès du grand public et par les réseaux sociaux, notamment au début. Et du coup, je pars en master marketing et communication à Capitole, à Toulouse, dans le sud. Je finis mon alternance à ce moment-là en radio. Donc, je continue encore à prendre tout ce qu'on m'offre, à m'enrichir au maximum de toutes ces expériences pour finalement reprendre complètement la remise en carrière avec Thomas.
- Speaker #1
Parce que ce qui est fascinant, c'est qu'on s'aperçoit de la chose suivante. Moi-même, j'ai fait toute une partie de ma carrière dans la communication. Très souvent, la communication peut... être, et elle l'est malheureusement beaucoup aujourd'hui, sur des faux-semblants, sur des paraîtres, etc. En revanche, quand une histoire vraie, quand une histoire profondément humaine, quand une histoire est portée par des valeurs, il est fondamental d'en faire le récit et de la mettre en scène. Pour moi, la légitimité de la communication est totale, c'est-à-dire qu'elle a cette nécessité, pour qu'elle soit perceptible chez les autres, de la mettre en scène pour faire passer cette vérité. et non pas simplement quelque chose de superflu, superficiel, etc. Donc c'est formidable parce que cette transformation, il y a un sens que vous avez donné autour duquel se construit tout ça. Comment concrètement ça se développe ? Alors, dans les modes d'approche aussi qu'il peut y avoir de ce métier ? Vous n'êtes plus simplement un producteur au sens strict du terme ?
- Speaker #2
Non, non, non. Là, on le dit souvent, quand on commence déjà à monter son entreprise, on a toutes les casquettes sur la tête Le but, c'est de petit à petit essayer de... de s'entourer de personnes aussi qui sont tout autant motivées que nous dans ce projet-là, de les impliquer tout autant que nous dans ce projet aussi, parce que le but, c'est qu'ils trouvent aussi du sens dans leur métier. Et de petit à petit aussi, leur donner chaque casquette que nous, à notre échelle, on fait parce qu'il faut faire, mais qu'on n'est pas forcément compétents là-dedans. Donc oui, ça crée une petite équipe de choc qui a envie de vivre ce projet-là avec nous.
- Speaker #1
Et donc là, ce sont des gens que vous recrutez, qui sont... plutôt des gens locaux ? En fait,
- Speaker #2
on est passé par plusieurs phases. On a eu pas mal de problématiques, de gens qui ont besoin tout simplement de trouver du travail mais qui ne cherchent pas à mettre du sens dans ce qu'ils font. Qui font que nous, on n'est plus en accord avec ce type de salariés. Et puis petit à petit, on arrive aussi à avoir des gens qui, eux, veulent mettre du sens dans ce qu'ils font, sont complètement en adéquation avec ce qu'on fait, sont dans les mêmes valeurs que nous. Et là, on voit que ça change tout, en fait, parce qu'on a des gens qui sont hyper investis, qui sont en force de proposition, qui ont envie de bien faire les choses. Ça fait un cercle vertueux, en fait.
- Speaker #1
Mais c'est extraordinaire ce que tu dis, parce qu'on le retrouve beaucoup sous des formes différentes au sein du Collège Culinaire de France. C'est-à-dire que les gens qui recherchent du sens dans ce qu'ils font, Avant, Les générations précédentes, c'était simple, on rentrait quelque part, on avait une projection soit financière avec une augmentation de salaire, soit on montait dans la hiérarchie en fonction de ses compétences. Donc on pouvait se projeter. Aujourd'hui, ça n'est plus du tout le cas. Ce qui est demandé, on le voit très bien, il y a des gens qui intègrent des entreprises et qui sont hyper diplômés, qui ont toutes les projections telles qu'avant ça pouvait être levier, mais qui peuvent démissionner du jour au lendemain parce qu'ils n'ont pas le sens. Donc ce que tu as dit à plusieurs reprises, tu dis on cherche des gens qui ont besoin de sens. Ça m'a fait penser à cet élément-là parce qu'en plus vous êtes une famille. On passe des familles du lien du sang aux familles du lien du sens. En fait c'est un peu ça. Et vous incarnez bien cette formule je crois. Ce qui veut dire en même temps qu'on n'est pas forcément sûr que les gens resteront avec vous. Non.
- Speaker #2
Mais ils peuvent tout à fait monter dans le wagon le temps d'un instant ou de quelques années, parce que c'est ce qu'ils recherchent à ce moment-là, et puis nous apporter tout ce qu'ils peuvent nous apporter, nous aussi en retour.
- Speaker #1
Mais à partir du moment où ils recherchent du sens, s'ils deviennent co-constructeurs de ce sens, c'est-à-dire c'est plus simplement vous qui allez le donner, c'est eux qui vont le co-construire avec vous, là il y a de grandes chances que vous puissiez les fidéliser.
- Speaker #2
Oui, puis on dit toujours qu'à plusieurs on va plus loin aussi.
- Speaker #1
Bien sûr. Bien sûr. Tout seul, on va plus vite. Plus loin, on va plus loin. Je te propose qu'on fasse un petit pas de côté qui s'appelle Toc Toc qui est là.
- Speaker #0
Toc Toc qui est là.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ?
- Speaker #2
L'enrichissement que ça apporte. Un peu ce que je disais au début, mais le fait de construire ce projet-là, qui n'est pas du tout figé dans le temps, et de se construire avec ce projet-là. J'adore l'enrichissement. C'est le côté aussi un peu entrepreneuriat, de se surpasser, de se découvrir à travers un projet. C'est ce que j'adore, c'est l'enrichissement que ça apporte.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux trouver aussi ce que tu aimes le moins ?
- Speaker #2
Difficile ça. Peut-être les imprévus parce qu'il y en a toujours et on est obligé de faire avec. Mais en plus, pour ma part qui gère vraiment l'entreprise à distance, il y a beaucoup de choses que je ne peux pas prévoir ou n'étant pas sur place, que je ne peux pas savoir en temps réel. Du coup, ce serait la frustration que ça apporte.
- Speaker #1
Sans donner la moindre leçon, mais quand j'observe par rapport à ça, il y a beaucoup de choses qui se passent. C'est que l'imprévu peut aussi être une opportunité, une richesse.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Donc, tu vois, mais comme on a l'impatience souvent, de la passion, etc., ça devient un obstacle. Et en fait, on s'aperçoit qu'on trouve des choses qu'on ne cherchait pas dans l'imprévu.
- Speaker #2
Oui, complètement.
- Speaker #1
Si tu étais une saison ?
- Speaker #2
Le printemps.
- Speaker #1
Le printemps.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Pourquoi ? Parce que c'est...
- Speaker #2
Pour le renouveau, pour le...
- Speaker #1
Tout ce qui est clos.
- Speaker #2
Oui. Et puis, en termes d'esthétisme, de ce qui se passe. se passe dans le vivant. Je trouve que tout est beau dans le printemps. C'est une bouffée d'air frais pour tout le monde, en fait, dans l'année.
- Speaker #1
Est-ce que par rapport à là où vous vivez, ce que vous faites, vous êtes quand même au cœur d'une grande transformation agricole ? Et comment cette transformation peut-être, sur la façon autour de soi, d'expliquer ces mutations ou d'essayer de les comprendre ? des réalités agricoles qui changent quand même fortement. Quel chemin prendre pour essayer de les comprendre, en tout cas de poser des questions et de voir comment s'y situer avec une vocation comme celle que vous avez ?
- Speaker #2
Alors je dirais que ce qui est très important aujourd'hui, et ce que la majorité des gens font aujourd'hui, c'est d'expliquer ce qu'ils font déjà au grand public.
- Speaker #1
Expliquer ce qu'on en fait.
- Speaker #2
Expliquer ce qu'on fait parce que beaucoup trop de gens encore se font leur propre opinion par rapport à des médias et n'ont pas forcément ce qui se passe derrière. Malheureusement ça leur... ne donne pas une image de l'agriculture telle qu'elle est réellement. Et puis je pense qu'il y a une volonté aussi énorme, surtout sur les jeunes agriculteurs, de transformer leur propre production, de ne plus être simplement agriculteurs, mais de valoriser, comme nous on le fait avec la noisette. Aujourd'hui très peu d'éleveurs ne font pas leur propre pâté, leur propre charcuterie, leur propre viande sous vide. Les maraîchers maintenant se mettent à faire des veloutés, des tapenades, plein de choses qui transforment pour aller jusqu'au bout de ce qu'ils font. Et ne plus dépendre de l'agroalimentaire ou de grosses industries qui vont leur acheter à la base la culture elle-même, mais de garder cette culture et de la transformer pour, encore une fois pour moi, donner du sens à ce qu'ils font et voir jusqu'au bout les gens qui consomment leurs produits, de les comprendre, de voir aussi ce qu'ils attendent d'eux. Je trouve que c'est beaucoup plus important et intéressant de travailler en ce sens et plus de dépendre du cours mondial. de ce que les entreprises ont décidé de faire de nous et d'être vraiment acteurs de ce qu'on fait.
- Speaker #1
Si tu le permets, je ferai écouter ton podcast et ce que tu viens de dire à des agriculteurs quand ils viendront me voir, comme ils l'ont fait pendant la crise de l'agriculture, en disant, mais vous devez nous aider, le Collège Culinaire de France. J'aurais dit non. Non, parce que souvent, en tout cas dans la crise qu'il y avait, ce n'est pas le cas de tout le monde, vous défendez ce qui vous tue, c'est-à-dire là où vous êtes rentré. Alors que la seule solution pour moi, C'est pas d'aller déposer des bottes de foin devant les préfectures, c'est de rentrer dans les écoles. Vous allez vous asseoir sur les bancs des enfants, vous leur racontez votre métier. Là, il va se passer quelque chose. C'est effectivement ce que tu dis, c'est-à-dire l'amour du métier, la passion du métier, le fait d'intégrer, d'aller jusqu'au bout de son métier, pas simplement être dans une case où on vous a mis et où vous êtes de plus en plus pressuré, c'est de changer quelque part de métier, parce que c'est plus du tout le même métier que celui que faisaient les anciens.
- Speaker #2
Alors après, pour nous, quand même, la noisette reste un secteur qui est... Plus facile à rendre indépendant, parce que nous on dépend énormément surtout des coopératives. Le fait d'être sorti des coopératives et d'être complètement indépendant, ça nous a quand même ouvert pas mal de portes et puis donné plus de pouvoir dans ce qu'on fait. Je pense que l'élevage ou le céréal c'est plus compliqué.
- Speaker #1
Ça vous permet notamment dans la diversification des produits, dans un certain nombre de...
- Speaker #2
En fait la problématique qu'on avait avec les coopératives c'est que toute l'année on a une récolte. par an pour les noisettes, qui est autour de entre août et octobre, grosso modo. La problématique qu'on avait, c'était que 100% de notre récolte devait être livrée à la coopérative. La coopérative nous achetait des noisettes au prix qu'ils désiraient, qu'ils nous imposaient. Et derrière, si on avait envie, ne serait-ce que de vendre des noisettes à l'épicerie du coin, ou de transformer une petite partie pour commencer, en fait, on devait leur racheter des noisettes qui n'étaient plus forcément les nôtres, puisqu'elles sont toutes mises en commun, au prix qu'eux, du coup, les revendaient. Et pas au prix qu'ils nous l'avaient achetée. donc là encore on parle de sens c'est à dire que c'est complètement incohérent et qu'on n'a aucun pouvoir il y a une dictature du prix qui est faite sans prendre en compte la valeur non et puis on n'est plus certain d'avoir nos noisettes donc c'est à dire qu'on va valoriser des noisettes qui sont celles sûrement du voisin ou de quelqu'un dans la région et donc on ne peut plus vraiment parler de ce terroir là, de ce travail familial qui est transmis parce que en fait c'est un peu mentir là dessus on a été pendant, les deux premières générations ont toujours été en coopérative Et Thomas, pareil, sa volonté quand il s'est installé, du coup, comme il y avait ce côté de valoriser la noisette, c'était déjà de supprimer ce contrat en coopérative et d'être complètement indépendant.
- Speaker #1
C'est courageux parce qu'il faut sortir d'un système économique qui est ce qu'il est, qui est contraignant et qui effectivement vous lamine à petit feu. Mais il faut en inventer un autre.
- Speaker #2
Il faut en inventer un autre et puis on sort de cette stabilité, de cette sécurité entre guillemets. Oui, bien sûr. Pareil, une fois que la récolte est terminée, on ne s'occupe plus de rien. c'est quand même... De renoncer à ça, c'est aussi se rendre compte que derrière, il faut se bouger un petit peu. Et puis, il faut trouver les marchés. Il faut aller vers les gens. C'est plusieurs étapes qu'on n'avait pas forcément avec la coopérative.
- Speaker #1
Ce qui est extraordinaire dans ce que tu dis, ça m'interpelle aussi sur beaucoup d'autres choses, d'une façon plus générale, c'est qu'en fait, quand tu renonces à penser ou quand tu renonces à faire, tu deviens esclave.
- Speaker #2
Ah oui, complètement.
- Speaker #1
Tu deviens esclave. C'est-à-dire qu'en fait, petit à petit, le système te met, tu serres le système, mais évidemment, tu es écrasé et tu deviens esclave. Donc c'est cette conscience-là, mais évidemment, c'est un peu presque contre la logique. Ben oui, ça sera plus facile, mais non, c'est pas plus facile. À terme, c'est mortifère.
- Speaker #2
C'est mortifère et puis je pense que c'est très enrichissant aussi pour l'agriculteur lui-même de découvrir les marchés qu'il y a dans sa culture. C'est du coup, pareil, fédéré avec d'autres producteurs de noisettes qui sortent aussi petit à petit, une grande majorité, par de plus en plus des coopératives aujourd'hui dans la noisette. Donc c'est se regrouper, c'est faire des associations, c'est essayer de se mobiliser tous ensemble, de trouver des marchés ensemble. Et en fait c'est plus porteur de sens aussi parce que ce sont des gens qui sont dans le concret et qui connaissent la culture.
- Speaker #1
Tu as un échange là qui est riche et donc en fait c'est la maîtrise de la chaîne de valeur, la maîtrise complète de la chaîne de valeur, un ancrage territorial fort et puis une logique de transmission aussi humaine qui est assez sensationnelle. Je voudrais pour terminer t'interpeller sur ce qu'on appelle nous la moutarde te monte au nez.
- Speaker #0
La moutarde me monte au nez.
- Speaker #1
Nos auditeurs aiment bien savoir un petit peu ce qui te scandalise, ce qui te met un peu hors de toi dans tout cet univers.
- Speaker #2
Il y a deux coups de gueule, je dirais. Je vais être assez rapide dessus parce que c'est deux choses qu'on a déjà évoquées pendant le podcast. Mais le premier, c'est... C'est la difficulté de recruter aujourd'hui. Au-delà de l'agriculteur, c'est l'entrepreneur qui, je pense en France, on est tous dans le même cas. C'est très difficile de recruter, c'est très difficile de donner aux gens ce qu'ils nous demandent. Parce qu'on ne peut pas savoir une personne à l'avance, comment elle va se comporter, ce qu'elle recherche chez nous. Il y a souvent un peu ce côté où on veut faire miroiter pour être embauché. Et puis du coup, derrière, il y a des gens qui se rendent compte vraiment de ce qu'on veut véhiculer, de ce qu'on veut mettre en place. Il y a la problématique. que tout à l'heure, comme je disais aussi, du local, de connaître les gens qu'on embauche. Il n'y a plus cette limite de quelqu'un qui vient, admettons, de une heure et demie, deux heures de route de chez nous, et qui vient se perdre dans la campagne gerçoise, et qui nous dit j'ai envie de travailler dans la noisette. Bon, ben... On y va, on essaye. Quand on connaît les gens, c'est quand même des petits villages, des petites villes, donc il y a des on-dit, il y a des choses qu'on remarque en dehors du travail. Donc ça, c'est très, très compliqué, je trouve, aujourd'hui, et de fidéliser aussi les gens. Donc ça, on en a parlé. La deuxième partie, mais je ne vais pas m'y étaler dessus parce que je pense qu'on en a déjà beaucoup trop entendu parler, mais c'est forcément tout ce qui est les médias et tout ce qu'on véhicule de l'agriculture en général. Nous, on fait partie des producteurs qui montent, par exemple, pour le salon de l'agriculture. Et de voir cette année comment les médias ont appelé au boycott et comment les syndicats eux-mêmes d'agriculteurs ont appelé au boycott, je trouve ça très dommage parce qu'on amène le salon de l'agriculture comme quelque chose de purement politique et dans lesquels c'est une vitrine où les gens font la fête. Je trouve ça assez déplorable parce qu'en fait on monte, on a des charges énormes pour monter. Notre but c'est de parler de notre produit, le mettre en avant.
- Speaker #1
Parler de votre métier, parler de votre produit, parler de la relation que vous avez avec justement les... Les citoyens ? Complètement,
- Speaker #2
c'est là qu'on a le plus de questions sur notre métier. Les gens viennent vraiment à la rencontre des producteurs pour savoir. Nous, on a beaucoup de gens qui ne savent pas comment est cultivé un noisetier, ne sait même pas qu'un noisetier peut être cultivé en arbre et pas en arbuste, parce que le noisetier, c'est quand même un arbuste à la base. Ils ne savent pas que tout peut être mécanisé, comment on récolte la noisette, quelles sont les saisonnalités de la noisette. Donc nous, c'est hyper important pour nous de venir véhiculer tout ça. Et derrière, on a des médias et des politiciens qui viennent véhiculer une image qui est toute autre. C'est dommage parce que c'est plein de gens derrière qui en souffrent encore plus.
- Speaker #1
Écoute, merci. Merci parce que c'était très riche. Et puis justement, c'est un témoignage humain qui est au cœur des grands enjeux d'aujourd'hui et surtout des grands enjeux de demain. Pour terminer, je te demanderais, comme à tous nos invités, si tu peux nous donner une adresse de restaurant qui te passe par la tête, une adresse de producteur qui t'a particulièrement sensibilisé.
- Speaker #2
C'est quelqu'un du Collège Culinaire de France. que j'ai eu l'occasion de croiser plusieurs fois, notamment au Château Harton, dans le Gers à Lectour. C'est Tulipe. Je trouve son travail juste extraordinaire. Ce parcours, surtout, qui est assez... Il y a quand même pas mal de similitudes, justement, avec Lily du Château Harton, mais ce côté où on dit au revoir à plein de choses pour repartir aux sources, en fait, encore une fois, de donner du sens à ce qu'on fait au quotidien. Et je trouve son travail juste formidable. Ce qu'elle propose est exquis, c'est super bon. Et j'ai redécouvert le pain grâce à elle.
- Speaker #1
Ah, très intéressant. Elle est vraiment très habitée, effectivement, par ça. Elle est passionnée aussi. Elle véhicule effectivement des valeurs qui sont totalement communautariennes. En termes de restaurant ?
- Speaker #2
Restaurant, j'en ai découvert un il n'y a pas longtemps. Je ne saurais pas dire s'il est du Collège Culinaire de France ou pas. Mais c'est le restaurant Arome, à Agen dans le Lot-et-Garonne. C'est une jeune femme qui a repris ce restaurant-là et qui fait des choses tout à fait somptueuses, tout en local. C'est vraiment délicieux, tout est très fin, très raffiné, j'adore cette adresse.
- Speaker #1
Merci à toi, merci, c'était très intéressant. Alors je dis pour nos auditeurs que le prochain épisode dans 15 jours, nous recevrons David Alliel, qui est restaurateur à Paris, Place Victor Hugo. Son discours et sa réflexion et sa démarche est étonnante parce que Place Victor Hugo, son restaurant s'appelle Romeo, en apparence c'est une brasserie comme une autre, mais dès qu'on rentre à l'intérieur, on découvre des choses étonnantes. notamment sur le plan de la relation et je crois que ce sera passionnant pour nos auditeurs d'écouter ce prochain épisode dans 15 jours. Merci, merci à toi.
- Speaker #0
Vous venez de déguster un épisode de La Terre à la Tire, le podcast qui vous donne envie de bien manger. Nous espérons que vous avez passé un agréable moment en notre compagnie. Si ce podcast vous a régalé, soutenez-nous en lui donnant un maximum d'étoiles, comme un grand chef, et en vous abonnant. Vous avez envie d'en savoir plus sur les actions du Collège Culinaire de France et sur le mouvement Manger Citoyen ? Suivez-nous sur les réseaux sociaux et sur notre site internet. A très vite pour un prochain épisode. Ah oui, et évidemment, l'édition, elle est pour nous !