- Speaker #0
Hello vous ! Moi c'est Marie, future psy. Bienvenue dans Psycho Pop, le podcast. Une pause et un podcast. Dans Psycho Pop, on va plonger ensemble dans des sujets universels. Amour, travail, parentalité, légitimité. On prend une pause, on se donne des tips de vie ou de survie, et on sait qu'on est dans le même bateau. On va aussi débunker des grands mythes de la psycho, et répondre à des questions bizarres. Tu verras. Intéressé ? Alors viens te poser par ici, ça va commencer. Et bah coucou Sandra !
- Speaker #1
Bonjour Marie !
- Speaker #0
Tu vas bien ?
- Speaker #1
Et bah ouais ça va, je suis contente d'être invitée chez toi, donc ça va super bien, et toi ?
- Speaker #0
Bah ça va, écoute, je suis pas hyper hyper en forme, mais ça me ravit aussi qu'on discute aujourd'hui de TDAH ensemble, parce que ça fait longtemps qu'on doit faire un épisode ensemble, et là on y arrive enfin, donc je suis ravie !
- Speaker #1
Oui, c'est clair !
- Speaker #0
Oui, que les planètes s'alignent, c'est hyper plaisant ! Donc moi, je t'ai rencontré à la formation Lance ton podcast de Manon Marques. Et c'était vraiment une joie de vous rencontrer toutes et de te rencontrer toi en particulier. Parce que tu as insufflé une énergie hyper positive et vraiment drôle dans le groupe. Et on s'est déjà beaucoup marré, je dois dire. Et tu m'as beaucoup décomplexé sur plein de choses. Voilà, il y a un côté un franc-parler, quelque chose de direct, de détendant. C'est un plaisir de t'avoir dans le groupe, vraiment. et puis aussi Tu nous as montré la voie parce que tu as lancé ton podcast assez rapidement comme Yavana et il s'est envolé ton podcast et ses missions que c'était zéro. Moi, je suis une de tes plus grandes fans, je pense. C'est toujours un plaisir de t'écouter dans le bain, dans les transports ou même en étant concentrée des voix. Et voilà, je trouve que c'est un super bel exemple de la réussite de cette formation et de réussite tout court. Je trouve vraiment pour moi, tu es un... Tu es un beau modèle quoi ! Vraiment, vraiment. Et donc tu es aussi thérapeute, tu fais de la sophro-analyse. Tu continues à te former puisque ce week-end tu t'es encore formée, tu me disais, sur un volet dont tu parleras peut-être. Et surtout aujourd'hui, je t'ai invitée pour qu'on parle de TDAH en fait, parce que le sujet m'intéresse beaucoup, parce que moi j'ai été diagnostiquée il n'y a pas si longtemps que ça. Ça a éclairé énormément de... de part de mon être intérieur et extérieur. Donc, c'était vraiment une révélation pour moi. Mais ça ne s'arrête jamais, d'ailleurs, les révélations là-dessus. On continue toujours à découvrir des choses et à comprendre pourquoi on fait ci ou ça. Et je trouve que c'est un diagnostic, pour ma part, qui a été très aidant. Et voilà, si je t'ai invitée aujourd'hui, c'est que je trouve que tu as une façon très transparente d'en parler qui n'est ni misérabiliste, ni tu ne le portes pas forcément en étendard. Encore une fois, très naturelle la façon dont on t'en parle et je trouve que ça fait beaucoup de bien. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose à cette petite intro spontanée ?
- Speaker #1
Non, je vois que tu as décidé de commencer en essayant de me coller une larme à l'œil.
- Speaker #0
Vraiment, je te dis ce que je pense. Vraiment, ce n'est pas de la flagornerie.
- Speaker #1
Je le sais bien. Je suis très touchée. Merci beaucoup. Non, tu as assez bien résumé ça. C'est vrai que j'ai une façon assez... Tu sais, quand on a un TDAH, je ne dis pas que c'est plus facile pour les hommes, pas du tout, parce qu'il y a toutes sortes de cas, mais surtout quand tu es une femme qui a pratiqué avec excellence le masking pendant très longtemps et qui a pu, du coup, une fois que le diagnostic est arrivé, voir à quel point ça ne pouvait juste pas marcher. Pour moi, et pour avoir surtout fréquenté des groupes de parole avec des personnes TDAH qui n'osent pas nécessairement en parler aussi librement parce qu'il y a tout un tas de conséquences qui entrent en jeu derrière, moi je ne me verrais pas me cacher, je ne me verrais plus me cacher. Je crois que c'est important pour donner le courage à ceux qui ne savent pas, à ceux qui n'osent pas de le faire en fait. Je pense que c'est important qu'il y ait aussi des gens qui disent « moi je suis comme ça et puis c'est tout, et puis ça me va très bien et je vis très bien avec » . Je ne glisse pas sur un arc-en-ciel tous les jours de l'autre côté du soleil, mais toujours est-il que c'est vivable médicalement. On dit que c'est un trouble, mais en réalité c'est juste un autre fonctionnement du cerveau. Et je pense que c'est important que chacun puisse s'accepter tel qu'il est sans chercher à se transformer ou à se laisser transformer.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant de le voir comme ça. L'idée de justement transformer cette idée de trouble en neuroatypie, en fonctionnement du cerveau différent. Déjà, est-ce que tu te souviens ce que tu as ressenti quand ce diag a été posé ? Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu comment ça s'est passé ? Et ce que tu as ressenti, toi, dans un premier temps ?
- Speaker #1
Oui, alors de base, moi, je pensais que j'avais un problème mental. Mais genre un problème mental, débilité profonde, un truc comme ça. Et c'est fou parce qu'à aucun moment dans mes études, ça s'est vu. Pas même quand j'ai repris en sophro-analyse, ça s'est vu non plus. Je me suis dit mais c'est pas possible. Est-ce que c'est moi qui manipule les gens tellement bien pour qu'on ne se rende pas compte qu'il y a un problème, en fait, même dans les métiers de la thérapie ? Et puis par la suite, j'ai été diagnostiquée. Alors ça, c'était vraiment drôle parce qu'en 2016, j'ai été diagnostiquée HPI, HPE, dans un centre de détection HP et... de TDAH. Figure-toi que le TDAH, ils sont complètement passés à côté.
- Speaker #0
Mais non.
- Speaker #1
Sauf que savoir que j'étais HP, moi, ça n'a rien changé à ma vie, en fait. J'ai intégré des groupes de parole où c'était juste le mur des lamentations. Et puis, en fait, j'ai vite quitté ce truc-là parce que c'était soit les grosses victimes, soit les gros prétentieux. Mais en soit, il n'y avait pas de... En tout cas, dans ce groupe de parole-là, il existe très probablement des groupes de parole pour HP très très bien. Mais celui-là... Moi, j'attendais de trouver des outils là-dedans et je n'en ai pas trouvé. Et quelques années plus tard, c'était déjà tard, j'étais dans ma 37e année, c'était en 2021. À ce moment-là, parce que toute imbrication de bêtises monumentales liées aux symptômes du TDAH, je me retrouve à quitter la Belgique où j'habite à ce moment-là et à devoir retrouver un emploi alimentaire parce que je ferme mes cabinets, je rentre en France et je me retrouve dans le job, mais le pire de toute mon existence. Le confinement arrive et avec la fermeture des salles de sport et surtout avec la fermeture des salles de sport et les abus en termes de gestion du planning du côté de mon employeur, parce que moi, je n'ai jamais été confinée, j'ai continué à travailler tout ce temps-là. En fait, tous mes mécanismes d'adaptation se sont cassés la gueule et j'ai commencé à ressentir de très forts symptômes, à savoir sur les troubles du sommeil, beaucoup d'anxiété que j'avais pu ressentir depuis vraiment très longtemps. Merci. À ce moment-là, j'ai fait mes recherches moi-même parce que mon médecin ne savait pas très bien. Bref, j'ai fait mes recherches comme une grande et puis je suis arrivée. Je me suis retrouvée dans un centre de détection pour TDAH adulte au Luxembourg. Et là, en réalité, tout ce que les personnes que j'avais vues avant, où j'allais voir pour leur expliquer, mais ça ne va pas, il y a ci, il y a ça, qui me disaient, on ne sait pas, il faut voir, détendez-vous. Détendez-vous, ouais. Et puis en fait, là, ils me disent « Oui, c'est normal. C'est normal parce que vous fonctionnez de telle manière et que si vous forcez à aller à contre-courant, vous allez ressentir toutes sortes de symptômes, notamment ceux que vous évoquez. » Et puis après, il y a toute une grille pré-diagnostique qui permet de retrouver les symptômes à l'âge enfant et à l'âge adulte pour évaluer la force des troubles. Et en fait, c'est là que j'ai vraiment compris. comment je fonctionnais et ce diagnostic-là était vraiment quelque chose de très utile pour moi, contrairement au diagnostic TDAH HPI qui, à part brosser ton égo, ça ne sert à rien ce truc, en tout cas pour moi. Mais c'est vrai que le diagnostic TDAH, avec toute la littérature qu'il y a derrière, ça m'a vraiment permis de comprendre qui j'étais et comment je fonctionnais et surtout pourquoi pour moi, suivre les codes qui fonctionnaient pour les autres, ça ne fonctionnait pas. Et ça, c'était vraiment un truc qui m'a soulagée. Donc déjà, j'ai compris que je n'étais pas débile profonde, comme je le suspectais. Et à partir du moment où j'ai été diagnostiquée, parce que là où je bossais à cette époque-là, je pensais, comme souvent, jouer franc jeu en allant les trouver et leur dire, bon, voilà ce qui se passe, mais voilà les solutions pour limiter ça et que ça se passe bien. Et en réalité, ils ont fait tout le contraire. Donc ça a été très compliqué. Finalement, j'ai fini par être licenciée. Ça, c'était un des plus beaux jours de ma vie. Et puis, à partir de ce moment-là, j'ai décidé que plus jamais, plus jamais, je ne ferai d'effort d'adaptation qui va à l'encontre de ma santé mentale.
- Speaker #0
Voilà, on est d'accord. C'est l'essentiel, je pense. Quand on s'est pris autant de murs et qu'on s'est suradapté tellement longtemps, oui.
- Speaker #1
Oui. D'ailleurs, que ce soit pour une raison sociale ou pour faire plaisir à n'importe qui, en fait, ni même que ce soit... un ou une chérie, la famille, des amis. En fait, non, si on vous aime, on vous acceptera comme vous êtes. Ça peut être difficile à entendre parce que quand on a fonctionné d'une certaine manière ou quand on s'est obligé à fonctionner d'une certaine manière pour faire plaisir à tout le monde, parce que forcément, les gens qu'on aime ont envie de leur faire plaisir. En réalité, s'ils ne sont pas capables de vous aimer et de vous accepter tel que vous êtes, peut-être qu'en fait, ils ne méritent simplement pas. que vous vous impliquiez autant pour eux. Je ne dis pas qu'il ne faut plus s'impliquer pour eux, parce que pour les amis, c'est une chose, pour la famille, on ne les a pas nécessairement consciemment choisis, mais c'est qu'il faut peut-être remettre le curseur à un niveau relationnel qui ne nous fait plus souffrir.
- Speaker #0
C'est quelque chose que tu penses que tu as vu évoluer quand tu as eu ton diagnostic ? Est-ce que ça allait de pair avec le diagnostic, cette idée de faire moins de concessions, d'être moins people pleaser, entre guillemets ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'en réalité, j'ai fait un burn-out en 2013. Et quand j'ai eu le diagnostic du TDAH, j'ai compris pourquoi j'avais fait un burn-out en 2013. Et j'ai compris que c'était tout un mécanisme, tout mon écosystème autour de moi, donc professionnel, sentimental, parce qu'à ce moment-là, l'homme avec lequel je sortais, On travaille ensemble et familial aussi, parce que dans ma famille, c'était plutôt « fais ce qu'on te dit de faire au travail et tout se passera bien » , peu importe quel est ce travail. Et en réalité, je me suis rendu compte que tout cet écosystème autour de moi avait, certainement pour mon bien et en pensant faire ce qu'il fallait, mais m'avait poussé, m'avait encouragé à renforcer ce phénomène de masking et à me suradapter. à quelque chose que j'avais juste pas envie de faire. Et j'ai fait ce lien tout de suite et je me suis dit, mais en réalité, je me souviens qu'au moment du diagnostic, j'ai ressenti une profonde tristesse de ne pas avoir été diagnostiquée enfant. Parce qu'il y a énormément de choses qui ne se seraient pas passées de la même façon dans ma vie. En ayant conscience de ça, que ce soit à 5 ans, à 10 ans, à 15 ans, même à 20 ans, il y a plein de décisions que j'aurais prises autrement.
- Speaker #0
Tu penses à une en particulier ?
- Speaker #1
Je pense à plusieurs décisions en particulier. Oui, que ce soit sur des choix de carrière, sur la possibilité de partir faire mes années de lycée aux Etats-Unis, enfin sur énormément de choses. Il y a plein de choses qui ne se seraient pas passées de la même façon. Que ce soit autant sur des choix de carrière, sur des choix de partenaire, il y a plein de choses qui ne se seraient pas passées comme ça.
- Speaker #0
Les Etats-Unis, tu y es partie ou tu n'y es pas partie ?
- Speaker #1
À l'époque, je n'y suis pas partie, justement. parce que c'est une grosse discussion avec mes parents qui ne voulaient pas que j'aille faire mon lycée et passer mon bac aux Etats-Unis. Avec le recul, j'aurais poussé pour y aller quand même. J'aurais trouvé d'autres solutions pour partir quand même.
- Speaker #0
J'ai eu un peu la même chose avec le Japon. Ce n'est pas mes parents qui ont bloqué, c'est moi qui étais terrifiée et qui en ai très mal parlé autour de moi. Et si je m'étais mieux connue à l'époque, j'aurais pu dénouer ça, je pense, et je serais allée au Japon justement, faire une partie de mes études aussi. Mais c'est intéressant de... de se pencher sur ça avec les années passant.
- Speaker #1
C'est vrai que moi, l'objectif premier, c'était de me barrer de la maison. Parce que le contexte familial ne se passait pas bien. Et je pense simplement que si je n'ai pas été diagnostiquée petite, c'est parce qu'il se passait des choses beaucoup plus graves à la maison. Et qu'effectivement, juste la dernière avec un TDAH, bon, par rapport à la maman schizophrène, par rapport à la sœur junkie recherchée par Interpol, c'était pas grand-chose. en fait, tu vois.
- Speaker #0
Oui, mais c'est ta peau, quand même.
- Speaker #1
Comment ?
- Speaker #0
Il s'agit de ta peau, quand même.
- Speaker #1
Ah bah, évidemment. Et surtout qu'à ce moment-là, on est dans les années milieu des années 80, début des années 90, donc le TDAH, on n'en entend pas forcément beaucoup parler, on ne sait pas ce que c'est. Moi, clairement, je pense que pour mes parents, ils n'ont même rien vu, en fait. Ils se sont dit, brah, une enfant turbulente. Mais bon, elle travaille à peu près bien à l'école, on s'en fout.
- Speaker #0
Oui, il y a des priorités, en fait. C'est vrai que... Tant que tes notes ne s'en ressentent pas, en général, c'était un peu le point d'alerte pour les parents de l'époque. Quand les notes vont bien, c'est que de manière générale, ça va bien.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est le raccourci très rapide qui était fait.
- Speaker #0
Si l'enfant dort bien et qu'il a des bonnes notes, on est bon. Et c'est vrai que ça a beaucoup changé maintenant. C'est vrai que ce n'est pas tout à fait la même façon de voir les choses. Du coup, quand tu as eu ce diagnostic, est-ce que tu as eu quand même une sensation de réparation ? puisque c'est à ta... Donner la sensation un peu de pouvoir prendre la petite fille que tu étais dans les bras et lui dire ok maintenant on va essayer de réparer des choses. Est-ce que tu as ressenti ça ?
- Speaker #1
Ouais, ouais. Oui, il y a eu d'abord le deuxième effet qui se coule qui était de me dire mais waouh, pourquoi maintenant ? Pourquoi seulement maintenant ? C'est tellement tard. Et en même temps nous dire ok, à partir de maintenant c'est terminé. J'ai un mode d'emploi, j'ai un mode d'emploi, je sais comment ça fonctionne et pourquoi ça fonctionne comme ça. À partir de maintenant, c'est juste terminé. Et ça, ça a été un moteur pour insuffler plein de changements, notamment par rapport aux personnes qui font partie de la neurodiversité et qui n'osent pas en parler, soit parce que leur métier ne comprendrait pas, parce qu'ils ont des métiers... Je pense à une personne que j'ai rencontrée qui me disait « Moi, je travaille pour la Défense Nationale. Jamais de la vie, je pourrais leur dire. Jamais de la vie, je peux espérer qu'ils... » qui comprennent ça. et donc qui trouve ses solutions autrement qui intègre les groupes de parole qui fait son chemin en thérapie et qui se... je comprends les raisons pour lesquelles elle ne le dira pas mais c'est vrai qu'à partir de ce moment là moi j'ai ressenti le besoin de pouvoir autoriser les gens à juste en fait qu'ils aient un TDAH ou qu'ils aient n'importe quoi d'autre au niveau de n'importe quel complexe que ça puisse être Ça avait de mieux. Donc acceptez-vous, apprenez à vous aimer comme vous êtes, apprenez à vous accepter comme vous êtes, parce que c'est ça qui va vous permettre d'effacer les frustrations, de soigner les frustrations.
- Speaker #0
Oui, soigner, je trouve que c'est ça. Il y a comme un pansement, le fait que tu nous encourages à le dire et à ne pas le taire. Mais voilà, grâce à toi, ça nous permet, je pense, de désactiver ces sensations de honte qu'on peut avoir ou d'être faillible ou d'être… d'être un peu foireux. C'est vrai que le diagnostic, c'est à double tranchant. C'est-à-dire qu'il y a à côté... Ok, moi, ça a été fait en même temps que l'HPI aussi. Mais comme tu disais, ça flatte l'ego. Et en même temps, on te dit aussi que vous avez un TDAH modéré à sévère. Ce qui n'est pas non plus... C'est un vrai bousin, un vrai truc. Et donc, c'est puissant. Et à la fois, ça répare et à la fois, ça ouvre des portes aussi, des questionnements, etc. Donc, c'est vrai que... Merci encore à toi de faire ça, parce que ça libère la parole, puis ça libère des gens, tout simplement. Ça donne l'autorisation d'être soi-même. Et puis on voit qu'il ne t'arrive rien de mauvais, au contraire. Tu es toujours très compétitif.
- Speaker #1
Il faut y être prêt, parce que naturellement, il y a des gens autour de toi qui vont... Je ne sais pas comment toi tu l'as vécu, c'est intéressant d'ailleurs sur le diagnostic à l'âge adulte, parce que tu dis que tu as été diagnostiquée à HPI aussi. J'ai un peu le sentiment que les HPI arrivent à masquer plus longtemps le TDAH, parce qu'ils arrivent à surcompenser. C'est pour ça que nous on n'y croit pas, parce qu'on se dit « mais n'importe quoi, je n'ai jamais été excellente à l'école » . Mais en vrai, si on n'avait pas été HPI, on aurait juste été en dessous de tout à l'école.
- Speaker #0
En fait, c'est ce qu'elle m'a expliqué. Elle m'a expliqué que c'est aussi pour ça que j'avais beaucoup d'anxiété, que j'étais très très très fatiguée. Enfin voilà, c'est une amie, c'était il y a très longtemps au lycée, on partait en vacances ensemble et puis je faisais pas mal de siestes. Et donc elle m'a prise en photo, puis elle m'a dit voilà l'impression que j'ai de nos vacances. Et elle m'a dit non mais je rigole, enfin elle m'a pas dit je rigole parce que c'était pas qu'elle vient de très sympa, mais elle m'a dit... Au fond, ce n'était pas vraiment une amie. Mais bon, elle m'a dit, c'est l'image que j'ai de toi. Et en fait, je me suis dit, c'est vrai que je dors beaucoup. Mais en réalité, c'est parce que j'avais mes angoisses à combattre. Mais voilà, j'avais toutes mes angoisses, tout ce masking, toute cette suradaptation pour ne pas couper la parole. Ce qui m'arrive encore, bien entendu. Pour supporter l'hyperacousie, etc. Et c'est vrai qu'on finit par comprendre, tiens, ah oui, d'accord. C'est peut-être aussi pour ça. que ces choses-là arrivent, que je dors, j'ai besoin de dormir beaucoup en journée, etc. Ça éclaire des zones où avant, moi, je me sentais manquante, par exemple. Je ne suis pas contente,
- Speaker #1
mais... Oui. Je pensais que j'avais quelque part... Il y avait un truc qu'on n'avait pas trouvé. Il y avait un truc où je me disais que je manipulais suffisamment bien les gens pour ne pas qu'on se rende compte que j'étais débile profonde.
- Speaker #0
Oui, moi aussi. Pareil. Exactement.
- Speaker #1
Et après, quand tu dis... Au final, il ne t'est rien arrivé de mal. Bon, après, c'est vrai que j'ai des années de thérapie derrière moi. Et si ça n'avait pas été le cas, je ne sais pas comment j'aurais vécu. Mais il y a eu un grand ménage qui s'est fait autour de moi, plus ou moins autour de la période du diagnostic. Parce que quand tu es la personne qui incarne un rôle particulier et que d'un coup, tu changes ou que tu refuses ce rôle ou que tu refuses de donner le pouvoir ou de prendre le pouvoir sur l'autre, en fait, juste pour avoir une relation d'égal à égal. t'as des relations qui vont bouger. Il y a des gens avec qui tu ne vas plus avoir grand-chose à dire. Il y a des gens, tu vas te rendre compte, qui ne sont juste pas fiables et que tu n'as plus nécessairement envie d'alimenter ton anxiété avec des personnes comme ça, sur lesquelles tu sais que tu ne peux pas compter, qui sont là, mais finalement, elles ne savent pas si elles ne sont pas là et qui vont te caser dans leur agenda en fonction de si ça leur convient ou pas.
- Speaker #0
Non, ce n'est plus possible.
- Speaker #1
Il faut être prêt à ça, parce que je peux aussi comprendre que quand on a fonctionné tellement longtemps d'une certaine façon, on a peur de perdre les relations qu'on avait jusque-là. Parce qu'au final, quand on fait de l'anxiété... Une des angoisses, c'est de se retrouver seule. Alors que c'est une pure illusion de l'ego, on est d'accord. Mais c'est une des angoisses qui va rester. En fait, si je me retrouve seule le jour au lendemain, en réalité, ça n'arrive jamais. Mais c'est un des schémas qui fait qu'on peut se dire « Ouais, mais en fait, je sais, mais je ne voudrais quand même pas que ça change trop. »
- Speaker #0
C'est très difficile ces phases-là.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça demande effectivement à se sentir prête. à un point assez inimaginable, mais on le sent quand on l'est. C'est vrai que c'est vraiment difficile. Ça me parle beaucoup parce que j'ai vécu ça, moi, en devenant mère et en ayant mon diagnostic. Et ce double événement a fait qu'effectivement, il y a des choses qui ne sont plus possibles pour moi. Il y a des choses...
- Speaker #1
Mais tu as eu lequel en premier ? Tu as eu tes mamans d'abord ou tu as eu le diag d'abord ?
- Speaker #0
J'ai un problème de temporalité, justement. En commençant l'interview, je me disais « Mais quand est-ce que j'ai eu ce diag en réalité ? » Parce qu'en fait, tout se mélange. Tu sais, moi, j'ai une espèce de gloubi-boulga comme bébé aîné il y a un an et demi et je crois que le diagnostic, est-ce que j'étais déjà enceinte ? Je ne sais plus. Je vais faire une petite recherche. Je regarderai ça mais franchement, dans ma tête, ça se mélange. Je crois que j'étais enceinte parce que j'avais encore du temps.
- Speaker #1
Oui, mais c'est un bon indice.
- Speaker #0
Vraiment, je crois qu'en fait, j'ai réussi. Il me semble que j'ai fait les entretiens euh c'est Les entretiens, c'est assez long quand même, tous les tests, etc. Et il me semble que je les ai faits en n'ayant pas le même type de charge mentale qu'aujourd'hui. Donc, je crois que c'est ça. Je devais être encore enceinte, il me semble.
- Speaker #1
Moi, j'ai une question pied dans le plat, si tu me l'autorises, pour la maman. Parce que du coup, avec le TDAH, la grossesse au niveau hormones, ça s'est passé comment ? En général, elles aiment bien. Parce qu'elles ont l'impression que les symptômes disparaissent.
- Speaker #0
Ah ouais. Ma grossesse, moi j'y retourne tout de suite, ma grossesse.
- Speaker #1
C'est vrai ?
- Speaker #0
Ah ouais. Moi j'ai adoré, j'ai raconté ma grossesse là dans un épisode, j'ai adoré ma grossesse. J'en ai presque une nostalgie, je dis presque, parce que quand même à la fin, les poteaux à la place des jambes, le fait de peser 800 kilos alors que normalement t'en pèses 55, c'est pas tout à fait... confortable vers la fin. Mais moi, j'ai adoré la grossesse. J'ai l'impression d'être une déesse. Une fois que les trois mois sont passés, parce que j'ai vécu des trucs un peu compliqués pour tomber enceinte, voilà. Mais une fois que passait la T1, la première écho, ça a été, voilà, un nuage, vraiment. Puis t'es une déesse, les gens, ils t'ouvrent la porte, ils te laissent la place dans le bus, pour faire la queue. Et puis vraiment, oui, mes symptômes... Ciao ! J'avais quand même le mommy brain, l'espèce de sensation d'être vaporeuse. Donc, je me sentais bête, mais je m'en foutais. Contrairement à tout le reste de ma vie. Je me sentais un peu bêtassonne et j'en avais rien à foutre. Je m'en foutais complètement.
- Speaker #1
Donc, en fait, tu t'acceptais comme tu étais.
- Speaker #0
Ah, vraiment ? Ah oui, oui, la grossesse, ça a été. Puis, tu étais grosse et tu t'en fous en plus. Ça, c'est la première fois de ma vie aussi et la dernière, je pense.
- Speaker #1
T'es grosse et tu t'en fous. Bah oui,
- Speaker #0
t'es bête et tu t'en fous, t'es grosse et tu t'en fous, mais t'es quand même une déesse, donc c'est trop bien. Effectivement, j'avais plus... J'avais beaucoup moins d'anxiété et beaucoup moins de symptômes qui me faisaient souffrir, en tout cas. Oui, les hormones, ça fait du bien. Faudrait pouvoir se les mettre en injection, les hormones de grossesse.
- Speaker #1
Si un laboratoire pharmaceutique nous écoute...
- Speaker #0
Non mais franchement, il y a quelque chose à faire là quand même. Je pense que ça deviendrait la drogue la plus prisée au monde. C'est pire que dans une.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que pour réguler les symptômes, moi j'ai un implant contraceptif. Je ne l'ai pas du tout pour la contraception, je l'ai pour réguler les symptômes. Surtout pendant la période de SPM, parce que j'ai déjà une tendance à me greenchiser en temps normal. Mais en SPM, je pourrais cracher des flammes.
- Speaker #0
Oui, moi plus même. On est d'accord. Effectivement. Et donc, tu as un implant contraceptif et ça régule.
- Speaker #1
En tout cas, ça va mieux avec que sans.
- Speaker #0
C'est intéressant, ça.
- Speaker #1
J'ai arrêté la médication parce qu'au début, j'étais sous Medikinet. Le temps de pouvoir prendre de nouvelles routines convenables pour moi tout en régulant mes symptômes. Et j'ai dû arrêter, je pense que ça fait un peu moins d'un an que j'ai arrêté le Medikinet. Et en revanche, j'ai gardé l'implant contraceptif. Le SPM, la période de SPM est beaucoup plus smooth avec que sans. Et pour l'instant, j'essaye pendant trois ans comment ça va.
- Speaker #0
On sait que le TDAH, c'est lié à la dopamine. A priori, la capacité à la produire, à la délivrer correctement.
- Speaker #1
On n'en produit pas assez.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et donc, du coup, les hormones contraceptives, elles jouent là-dessus ?
- Speaker #1
Oui, en tout cas, moi, je ne suis pas spécialiste, je ne suis pas gynéco, donc je ne pourrais pas t'expliquer exactement le mécanisme qui entre en ligne de compte. Mais c'est vrai que spontanément, quand j'expliquais à la pédiatre qui m'a diagnostiqué que sous Medikinet, quand j'étais en SPM et quand j'arrivais dans la phase de règles, je ne le prenais plus. Parce que l'effet de fin de dose était vraiment beaucoup trop difficile à gérer pour moi avec la chute des hormones pendant le SPM. Donc, elle m'avait recommandé à ce moment-là de prendre une pilule micro-dosée pour justement éviter ce truc-là. Et puis, clairement, la pilule, si je n'ai pas de raison de la prendre, clairement, je savais que je ne l'aurais pas prise correctement. Et à ce moment-là, c'est là qu'on est arrivé sur l'implant.
- Speaker #0
Oui, c'est intéressant d'avoir des... feedbacks sur ce qu'on peut prendre et ce qu'on peut faire pour améliorer ces états mentaux dans lesquels ça peut nous mettre. Effectivement, le SPM, c'est monumental par moments. C'est vrai que tu ouvres les yeux et tu te dis « monde de merde » à l'instant où tu ouvres les yeux, alors qu'il n'y a pas de raison extérieure. C'est le même plumard qu'hier soir. C'est vrai que c'est très impressionnant. Et donc, c'est intéressant d'avoir tes retours là-dessus. En termes de routine, Tamine, Du temps à trouver, c'est quelque chose que tu aménages toujours, c'est adaptable. Oui. Alors, c'est adaptable. Au début, j'ai mis du temps à trouver les bonnes routines, puisque comme tout s'était cassé la gueule, j'ai dû tout reconstruire. Et en réalité, j'ai essayé beaucoup de choses. Ça demande d'être patient et de trouver vraiment ce qui nous correspond. Mais même si ça continue à s'ajuster toute la vie, parce qu'en fait, tout au long de notre vie, on change, on n'a pas les mêmes besoins, parfois d'un mois à l'autre. Mais il y a des outils pour ça. Alors pour ça, je... peux te citer par exemple, moi ce qui m'a beaucoup aidé, alors juste avant le diagnostic quand je suspectais déjà que c'était un TDAH, j'avais trouvé sur Amazon le livre du psychiatre Régis Lopez qui s'appelait je crois, Manuel Autonome pour l'adulte TDAH, qui a été co-écrit avec une ergothérapeute où il explique vraiment les mécanismes de fonctionnement, où il donne des grilles d'évaluation pour évaluer tout au fil de l'autothérapie Ouais. Moi, ce qui m'a beaucoup aidée au tout début, c'était ce bouquin-là. Tu vois, « Surmonter le TDAH de l'adulte » , le programme en 16 étapes de Régis Lopez. Parce que là-dedans, tu as vraiment tout, tout, tout qui t'est expliqué. Tu as même les grilles d'évaluation. On t'explique comment créer des routines. Et ça te permet tout au fil des étapes d'évaluer tes symptômes d'inattention, d'hyperactivité et d'impulsivité, qui sont les trois gros problèmes. de l'individu avec un TDAH de gérer tout ça et ça ça m'a vraiment beaucoup aidé à comprendre comment le cerveau fonctionnait et comment je devais introduire mes routines et les imbriquer ensemble et j'ai même trouvé des outils vraiment super pour gérer la paperasse et toutes ces choses qui peuvent vite devenir un problème de façon assez simple et efficace et ça c'est méga cool on est d'accord ça c'est vraiment le bouquin que je recommande plus plus pour les personnes qui se sentent larguées avec leur TDAH, qu'elles soient diagnostiquées ou pas, en fait, parce qu'à partir du moment où elles ressentent les symptômes, ça peut déjà les aider.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est ça, si on ressent des symptômes et qu'on en souffre, en fait, il n'y a pas besoin d'être diagnostiqué pour essayer de trouver des routines qui nous soulagent, qui améliorent le quotidien, qui permettent de se sentir plus à l'aise.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Le diagnostic, en fait, ça dépend de si on en ressent le besoin ou pas. Par exemple, j'ai eu en consulte, il y a quelques mois de ça, une jeune fille qui passait son bac, elle était en première. Elle vient me voir et me dit « je pense que j'ai un TDAH, j'aimerais que vous m'aidiez parce que je ne sais pas trop ce que je dois faire, comment je dois le faire, etc. » Au fil de la discussion, je lui demande ce que pensent ses parents du fait qu'elle soit là aujourd'hui. Elle me dit « ils ne savent pas » . Elle m'explique « mon père, il est comme moi » . Et il me dit que c'est rien, que ça va passer. Mais moi, je vois bien que ça ne va pas passer. Et en réalité, là, tu vois, il y avait des gros enjeux parce qu'elle va passer son bac l'année prochaine. Donc, il est peut-être question aussi d'aller chercher un tiers temps pour l'examen auprès de la MDPH, etc. Donc, il faut faire les démarches assez rapidement et permettre au papa aussi d'avoir les prises, les potentielles prises de conscience pour qu'il comprenne qu'il y a peut-être besoin. De passer à l'action, en fait, pour ça. Oui,
- Speaker #1
d'aménagement, ben oui. De l'aide. Si nos parents, nos grands-parents n'ont pas eu la possibilité de prendre soin de leur santé mentale, ce n'est pas notre cas. Donc, c'est vrai que c'est important de libérer la parole là-dessus et de leur dire quand on a besoin d'aide. Moi, je sais que ce n'est pas mon cas dans ma famille. C'est vrai qu'il y a une grande ouverture, très grande ouverture d'esprit sur la santé mentale. Mais j'ai cette chance-là, vraiment, vraiment, c'est inestimable. Je m'en rends compte. Quand j'écoute les autres personnes, je m'en rends compte vraiment. Mais c'est vrai qu'il y a des personnes de la génération de nos parents qui ne sont pas forcément ouverts à ça parce qu'eux-mêmes ne prennent pas soin d'eux et qu'ils foncent, en fait. Ils se disent, comme disait le père de cette jeune fille, ça va passer. Peut-être, mais ce n'est pas en l'ignorant que ça va passer, clairement.
- Speaker #0
C'est ça. Et puis là, tu vois, surtout là, lui, c'est un homme, elle, c'est une femme. Donc les hormones fonctionnent différemment et puis chaque être est différent. Donc lui, d'accord, il a trouvé la piste qui lui convenait bien, puisqu'au final, je pense qu'il était ingénieur informatique, un truc comme ça. Bon, d'accord. Mais en même temps, ce n'est pas parce que lui, au final, ça a été comme ça pour lui que ça veut dire que ça le sera pour sa fille. Donc là, l'idée, c'était vraiment de pouvoir provoquer la prise de conscience chez son père pour qu'il puisse venir en soutien à sa fille.
- Speaker #1
Oui, j'espère que ça a apporté ses fruits. Je ne sais pas si tu as eu des nouvelles.
- Speaker #0
Je n'ai pas eu de nouvelles, mais en revanche, je lui ai suggéré parce que l'important était là pour moi. Je lui ai donné toute la liste de contacts pour aller au diagnostic. Il faut savoir qu'il n'y a qu'un médecin qui peut poser le diagnostic de TDAH. Ceux qui vont contacter des psychologues, etc. pour poser le diagnostic, sachez qu'ils ne peuvent pas, ils ne sont pas habilités à ça. Même si on peut voir de la communication qui peut avoir tendance à dire le contraire sur les réseaux sociaux. il se trouve que C'est faux. Il n'y a qu'un médecin. Donc ça peut être... un médecin spécialisé, quelle que soit sa discipline, dans le TDAH, ou un psychiatre, qui est médecin également, mais ce doit être un médecin. Donc je lui ai donné les contacts. Et en même temps, pour aider le papa à peut-être avoir la prise de conscience, je lui ai transmis la grille du formulaire DIVA qui sert au pré-examen de diagnostic, qui est réalisé avec un des parents, parce qu'on demande aussi les symptômes avant l'âge de 12 ans. Et là, je me suis dit que c'était quand même peut-être l'occasion pour papa de réaliser qu'il avait lui aussi des symptômes et que ce n'est pas parce que lui s'en est sorti que ça veut dire que ce n'était pas grave.
- Speaker #1
Oui, surtout qu'en fait, il a trouvé une zone de confort, lui. Mais ça ne veut pas dire que c'est réglé, entre guillemets. Ça veut juste dire qu'il a trouvé sa zone de confort, sa façon de fonctionner. Mais ça ne veut pas dire que c'est aussi évident pour sa fille. Elle aura peut-être envie de... Faire des métiers qui seront au contact de personnes, qui seront un peu moins confortables pour son TDAH. Donc, c'est très bien. J'espère que ça apportera ses fruits pour elle, que ça apportera ses fruits. Et je me disais, justement, toi, par rapport au métier que tu exerces aujourd'hui, donc tu es thérapeute à temps plein maintenant. Youpi ! Youpi ! Oui ! Je me demandais ce que tu ressentais, justement, Maths. Maintenant, est-ce que ça te semble être une fin en soi ? Est-ce que tu as l'impression d'être arrivé à quelque chose que tu souhaitais ? Est-ce que c'est confortable pour toi, ton métier avec le TDAH, etc. ?
- Speaker #0
Oh, c'est jamais une fin en soi. C'est jamais une fin en soi. Est-ce que c'est confortable avec le TDAH ? Je ne sais pas comment c'est confortable sans TDAH, en fait. Donc, je n'ai pas de point de comparaison. Mais en fait... Ça va faire dix ans que je pratique maintenant. Et je crois que s'il y a quelque chose de quoi je me rappelle chaque matin en me levant, c'est que rien n'est jamais acquis. Rien du tout, Les matins où on se lève, on se dit, cette fois c'est bon, ça y est, j'ai tout vu. Non, on n'a jamais tout vu et on a toujours besoin de garder les pieds sur terre et un certain ancrage par rapport à tout ça. et surtout À mon sens, le fait d'avoir un TDAH, c'est que je pense que j'accepte beaucoup plus facilement que tout est possible. Moi, j'ai vécu les choses d'une façon, mais c'est tout à fait possible que quelqu'un d'autre... C'est vrai que dans ma clientèle, j'ai beaucoup de TDAH, mais j'ai aussi beaucoup de TSA, donc de troubles du spectre de l'autisme. Mais de me rendre compte que c'est... Chacun a son bagage neuro. Chacun a son câblage et c'est important de respecter ça et de ne pas vouloir foutre les gens dans des cases et de garder beaucoup d'humilité face à ça. Qu'on ait 10 ans d'expérience en cabinet, qu'on en ait 2 ou qu'on en ait même 40. Je crois que c'est toujours important de se souvenir de ça et surtout de bien rester supervisé. Par un thérapeute senior, quoi, parce que ça permet... On n'est que des êtres humains, hein. On n'est pas à l'abri à un moment donné de nos vies, je sais pas, moi, soit à se sentir pousser des ailes, soit à pas aller bien. Et c'est important d'avoir un référent qui va pouvoir aussi remettre du cadre. C'est tellement important que ce soit, ben, pour nous, mais surtout pour les gens qu'on accompagne. Mais c'est jamais une fin en soi, en fait. C'est jamais une fin en soi, c'est... Rien n'est jamais acquis.
- Speaker #1
J'ai tendance à me dire un peu la même chose. Et en même temps, c'est vrai que c'est important, je pense, quand on est neuroatypique ou quand on a besoin d'aménagement, d'aller vers des métiers où on peut respecter un tant soit peu notre rythme. Ça, je me dis que c'est quand même quelque chose d'important, même si ce n'est pas toujours possible d'être indépendant. parce que moi, je sais que Le retour à un emploi salarié me guette là et c'est normal. Enfin, je veux dire, les caisses sont vides. Il faut remplir les caisses. Ce n'est plus possible en Inde.
- Speaker #0
Il n'y a aucune honte à ça.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Exactement. On est beaucoup en ce moment autour de moi. J'ai plein de contacts et d'amis qui reprennent le chemin du salariat. Puis ensuite, on rebondit. On réussit à remettre nos projets en route. Mais c'est vrai que je trouve que... C'est très important de pouvoir respecter son propre rythme. Par exemple, avec le TDAH, moi, je me suis rendue compte quand même que j'avais de l'énergie pour travailler peut-être la moitié des journées. Et l'autre moitié, je peux encore faire des choses, mais mon cerveau, il dit niette, en fait.
- Speaker #0
Alors là, petit partage, tu sais ce que j'ai découvert ?
- Speaker #1
Dis-moi.
- Speaker #0
Au mois de février, j'ai découvert qu'en modifiant quelque peu mon organisation, j'étais capable sans aucune pression ni aucune panique ou quoi que ce soit, sans me presser. À faire rentrer, anciennement, 8 heures. Alors, hors consultation, on est d'accord. À faire rentrer 8 heures de boulot dans 4. Et ça, ça m'a quand même bien détendue du papayou. Parce que pour le coup, à un moment donné, tu te dis, mais comment je vais faire à un moment donné ? Avec les consultations, les machins, les trucs, je sais que je suis lente. Enfin, je m'estime lente parce que je sais que j'ai besoin de temps. même si j'ai une capacité de réalisation qui est très rapide, j'ai quand même besoin de beaucoup de temps pour intégrer et assimiler les choses. Et là, vraiment, juste sur un ajustement d'organisation, de routine, de me dire, en fait, j'ai divisé le machin par deux, mais qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #1
Magnifique.
- Speaker #0
Donc, il y a des pistes. Le seul truc qui ne sera jamais compressible, c'est le temps de durée de consultation, parce que la consultation d'une heure et demie, elle durera toujours une heure et demie. Pas côté de ça, sur tout ce qui est admin et production autour, ça, c'est quand même juste merveilleux parce que ça te permet de te dire, mais waouh, en fait, j'ai des ressources que j'utilisais pas de façon optimale.
- Speaker #1
En plus, par exemple, tu as sorti ton podcast, tu t'es mise deux semaines dessus, il me semble, puisque tu as réussi à lancer… Trois. Trois, c'est ça, ouais. Mais c'était quand même impressionnant parce que tu avais le contenu… Enfin, voilà, c'était… T'avais ta première saison qui était prête à peu près ?
- Speaker #0
Presque, ouais presque. Moi je fonctionne beaucoup par objectif. C'est-à-dire que je peux pas dire un jour peut-être je sortirai mon podcast, quand ce sera le bon moment, et puis quand j'aurai fait une petite prière d'intention à l'univers alignée sur Stonehenge, direction nord-nord-est, en alignant des cailloux et trois bougies vers Arc-en-Ciel. Non, si j'avais fait ça... ça serait resté une chimère non en réalité je pense que j'ai dû rencontrer Manon au mois de mai mais pour moi c'était très vite je l'ai pas posé tout de suite parce que j'hésitais un peu, j'avais besoin de me mettre d'accord avec moi même mais à partir du moment où c'était clair que c'était ça sortait le jour de mon anniversaire bah il n'y avait plus de sujet en fait, il n'y avait plus de sujet je savais déjà avec quel compositeur je voulais travailler pour le générique je savais des gens. Je connaissais déjà le thème de mon émission. Et puis, quand on est arrivé un mois avant, je me suis dit, OK, c'est le mois prochain. Et puis, je me suis enfermée pendant trois semaines chez moi. Et puis, j'ai bourré de nants. Et puis, ça s'est fait. C'est vrai que moi, je fonctionne beaucoup. Le planning est très... TDAH ou pas, je pense que ça, c'est une partie TDAH. S'il n'y a pas de planning, c'est foutu. En tout cas, pour moi, c'est comme ça. Si je me dis que je vais le faire quand j'aurai le temps, tu peux être sûre que les probabilités que je le fasse sont quasi inexistantes.
- Speaker #1
Oui, je vois trop bien, très trop bien ce que tu veux dire. Non, tout à fait. Est-ce que tu as justement un petit conseil par rapport à l'organisation, par rapport aux personnes qui sont ou ne sont pas d'ailleurs diagnostiquées TDAH par rapport à l'organisation ? Est-ce qu'il y a des choses qui... qui te semblent intéressantes pour tout le monde en fait que fonctionner par objectif déjà je trouve que c'est très bien parce que ça évite de rester dans le flou et puis c'est rassurant c'est assez tangible en fait puis en plus c'est motivant donc on a envie de la produire cette dopamine pour arriver à cet objectif là on l'a en tête mais si t'avais un petit un conseil par rapport à l'organisation quelque chose qui a marché pour toi alors ouais
- Speaker #0
Ce qui a fonctionné, là où ça me facilite beaucoup la vie en termes d'organisation, c'est que tous mes objectifs convergent vers le même endroit. Dans le sens où ce que je vais produire sur un sujet, ça va aussi travailler pour les autres thèmes. Et ça va me faire gagner un temps fou. Ça va me faire gagner un temps fou parce que, plutôt que de planifier des sessions de travail pour... Donc les projets, de toute façon, moi je travaille par groupe de trois projets à la fois, je prends jamais plus que trois projets à la fois, mais qui tirent tous dans le même sens. C'est-à-dire que de sorte à ce que ce que je produis pour l'un des trois soit aussi utilisable et exploitable pour les deux autres. Si je donne un exemple très concret, je suis aussi régisseur pour le spectacle vivant. Mais je ne travaille que sur des productions qui abordent le thème de la santé mentale. Parce que je sais que si j'ai besoin de sujets ou de contenus ou quoi que ce soit sur le thème, je peux aussi aller puiser dans ces ressources-là. Et en réalité, c'est de créer tout un écosystème qui se co-alimente. Et ainsi, quel que soit le volet, le projet sur lequel tu travailles, tu sais qu'il travaille pour tous les autres aussi, parce qu'ils s'imbriquent tous ensemble.
- Speaker #1
Du coup, ça donne vraiment un sens au global. Et ça donne de la cohérence et de la motivation.
- Speaker #0
Oui, et ça te permet de dire non beaucoup plus facilement. Parce que du coup, quand tu as un podcast qui marche un peu, mais je pense que c'est pareil pour tout. qui marche un peu, tu reçois beaucoup de sollicitations, mais souvent aussi des sollicitations pour des trucs qui n'ont rien à voir. Donc, ça te permet aussi d'apprendre à dire non plus facilement. Est-ce que ça alimente mes piliers d'objectifs ? Oui, non. Si c'est non, c'est merci, mais je suis désolée, je ne suis pas intéressée par ce projet-là. Ce qui ne veut pas dire que le projet n'est pas bien, mais ce qui veut dire que le bateau ne va pas à la même destination que moi. Et ce n'est même pas une escale sur la route. Donc ça, ça permet aussi de se libérer l'esprit. Et c'est vachement chouette.
- Speaker #1
Ça désactive même la culpabilité de dire non, parce que tu te dis, ça ne rentre pas dans mon cadre. Il y a un côté, tu as fait un très bel épisode sur le fait de savoir dire non, d'ailleurs, de ton podcast, que j'ai vraiment beaucoup aimé. Et on est beaucoup à ressentir ça. Et c'est vrai que ce qui aide, c'est d'avoir son propre cadre en permanence, comme si on le portait un peu comme ça. Et de se dire, bon, moi, voilà, ce qui sort du cadre, c'est vrai que ce n'est pas possible pour moi. J'ai l'impression que c'est quelque chose qui fait très quarantenaire aussi. Je ne sais pas si j'aurais réfléchi comme ça avant, mais ça aide énormément d'avoir ses limites en tête à tout moment, d'avoir sa jauge, en fait, qui est très, très claire et alignée. Ça aide. On culpabilise un peu moins, beaucoup moins même.
- Speaker #0
J'ai l'impression que la nouvelle génération, elle en a mieux conscience que nous. Je ne sais pas comment ça s'explique. D'un côté, je me dis que ces jeunes adultes-là, c'est aussi les gamins qui ont vu leurs parents faire des burn-out, s'abîmer au travail parce qu'ils ne savaient pas poser leurs limites et que fatalement, ils ont dû le voir aussi. Et que ça a pu jouer un rôle sur le fait qu'ils posent mieux leurs limites. toujours pour les bonnes raisons, mais ça c'est comme chaque individu en fait, que t'aies 20 ans, 40 ou 60, ça joue pas. Mais j'ai l'impression qu'ils sont déjà beaucoup plus conscients de l'importance de savoir dire non et de poser ses limites.
- Speaker #1
C'est fondamental parce que de toute façon, si on met pas ses limites, on se force, on finit par faire des choses à contre-cœur, ça finit mal de toute façon. C'est-à-dire que ça sert à rien de faire quelque chose à contre-cœur, ça n'a pas de sens, ça finit mal le... Ça finira mal. Je veux dire, ça ne marche pas. On va bientôt arriver à la fin de cette interview, mais je voulais te demander justement, pour terminer, si tu as un petit message à la petite fille que tu étais et qui avait ce TDAH, mais qui masquait, ou aux enfants, ou aux jeunes adultes, ou aux adultes qui ont un diagnostic là, en cours, ou qui se posent la question, est-ce qu'il y aurait quelque chose que tu as envie de leur dire, justement, par rapport à tout ce qu'on vient de se dire ?
- Speaker #0
Oui. des gens comme vous, il y en a plein autour de vous. En fait, c'est que la plupart ne le disent pas non plus. Vous allez faire les choses autrement par rapport à ce que vous avez appris, mais c'est OK. C'est OK, vous allez très bien vous en sortir et même mieux vous en sortir à condition, si et seulement si, vous prenez votre diagnostic comme une opportunité et pas comme une excuse. C'est ce que j'aimerais dire, en fait, aux personnes, soit à la petite fille que j'ai été, soit... soit aux personnes qui sont concernées par le TDAH, avec ou sans diagnostic. C'est vraiment important. Le diagnostic permet d'avoir des clés qui vont pouvoir transformer votre existence. Seulement si vous acceptez de prendre votre responsabilité et de ne pas vous cacher derrière votre TDAH en argumentant sans cesse que « Oui, mais c'est normal que vous soyez comme ça ou que vous disiez ça parce que vous avez un TDAH. » Non, ça ne va pas. ça ne va pas bien fonctionner si vous attaquez le morceau de cette façon-là mais vous avez tout à fait toutes les possibilités pour pouvoir Pouvoir passer outre toutes les limitations que vous vous êtes mises ou qu'on vous a mises et que vous vous êtes laissé mettre parce qu'à cette époque-là, vous ne le saviez pas.
- Speaker #1
Il y a des outils. Il y a des choses pour vous aider. Il y a des outils,
- Speaker #0
évidemment. Il y a des outils, il faut aller les chercher. Mais une fois qu'on connaît le réseau, une fois qu'on a intégré le réseau, ils sont accessibles beaucoup plus facilement. Et il ne faut surtout pas hésiter à rentrer en contact avec que ce soit les associations spécialisées. Les drapes, les coachs spécialisés pour aller chercher ces outils-là, parce que ça peut remettre beaucoup de choses à l'endroit dans la vie des gens.
- Speaker #1
Merci beaucoup Sandra pour cet échange, c'était vraiment hyper enrichissant et hyper agréable, comme d'habitude, d'échanger avec toi.
- Speaker #0
Évidemment, merci beaucoup pour l'invitation Marie.
- Speaker #1
Merci encore.
- Speaker #0
Avec grand joie, merci à toi.
- Speaker #1
A très vite.