Speaker #1On prend une carte du monde, et en particulier de l'ancien monde, l'Europe et l'Asie. L'Europe n'est jamais que la partie occidentale de l'Asie. C'est un continent qui se prolonge assez loin à l'ouest, et la frontière physique, géographique, biologique entre Asie et Europe est assez difficile à saisir. On dit souvent la chaîne de l'Oural, mais c'est un peu symbolique. Et en fait, il y a une progression entre les deux. Mais cette partie occidentale du bloc eurasiatique, finalement, a été soumise aux glaciations durant l'ère quaternaire. Ces glaciations ont fortement marqué les paysages, la végétation et la faune qui habitait à ce moment-là. L'Europe telle qu'on la connaît ou telle que nos ancêtres l'ont connue à la fin des glaciations, c'est-à-dire il y a à peu près 10 000 ans, c'était vraiment la faune qui avait survécu au froid et qui a commencé à regagner le nord lorsque les glaciers ont reculé. On avait certainement une faune assez différente de celle qu'on a connue au temps historique avec des grandes espèces que les premiers humains ont connues, comme les mammouths, les fameux rhinocéros laineux. Mais cette faune-là n'a pas duré très très longtemps. Et avec le réchauffement de l'époque, qui est arrivé à un climat tempéré sur une grande partie de l'Europe, on a peu à peu retrouvé une faune que nos ancêtres ont connu avec des grands bisons, avec les aurochs qui sont les ancêtres des bovins, avec de la grande faune comme les loups, les ours et les lynx pour les prédateurs. Et cette faune s'est mise en place à peu près il y a donc 10 000 ans.
Pour la faune française, européenne et française, on a deux types d'animaux avec des adaptations assez originales. Et on a ceux qui habitent par exemple dans la haute montagne et qui s'adaptent à la haute montagne, et ceux qui habitent vraiment beaucoup dans l'eau, qui sont amphibies, comme nos loutres ou par exemple nos castors, qui sont vraiment équipés pour surmonter le risque de rafraîchissement ou de refroidissement lié à la température de l'eau qui est toujours plus fraîche que celle du corps. Donc il faut lutter contre cette baisse de température et donc on a des adaptations pour l'altitude et pour l'eau. On a vraiment dans les Alpes deux espèces très particulières, chez les mammifères, qui sont la marmotte d'un côté et le lièvre variable, qu'on appelle blanchon en Savoie en particulier, qui sont des animaux qui étaient autrefois dans des climats vraiment extrêmement froids et qui, lorsque le climat européen s'est réchauffé, ont trouvé refuge, c'est vraiment le mot refuge, en haute montagne, pour retrouver quelque chose qui rappelait le climat froid des glaciations. Et leurs plus proches parents habitent la Sibérie d'un côté, la Scandinavie de l'autre et sont vraiment extrêmement éloignés. Et en fait avec le réchauffement actuel qui n'est plus du tout le même qu'à la fin des glaciations, la marmotte comme le lièvre variable qui supporte des températures extrêmement fraîches, qui supporte des vents, des conditions difficiles comme la neige, ces animaux sont poussés vers le haut par le réchauffement. Et le haut, c'est quand même 4 807 mètres à peu près au Mont Blanc. Et après, il n'y a plus rien. Et la partie supérieure de la montagne, c'est du rocher. Il n'y a pas grand-chose à manger. Le premier, ce sera le lièvre sans doute qui va disparaître parce qu'il n'a pas beaucoup d'échappatoire. Et la marmotte avec l'hibernation, avec une stratégie de vie un peu différente pourra survivre. Mais ce sont vraiment deux espèces extrêmement bien adaptées à leur milieu, mais avec le réchauffement qui sont vraiment en difficulté et probablement en voie disparition dans le massif alpin d'ici la fin de ce XXIe siècle. L'autre adaptation, ce sont les animaux amphibies, aquatiques au sens où ils sont souvent dans l'eau, mais ils ne sont pas que comme les baleines dépendants de l'eau à 100%. Ils passent une partie de leur vie à terre et ils ont des adaptations pour la plongée, pour la nage. Et alors, ce qui est un peu triste pour eux, c'est que pour avoir une bonne protection pour supporter la température de l'eau, y compris en hiver, Qu'est-ce qu'ils ont ? Ils ont une très belle fourrure. Et la très belle fourrure, il y a des gens qui ont dit que ça serait mieux sur mon dos que sur leur dos. Et depuis des siècles, ce sont des animaux qui ont été pourchassés pour leur fourrure, parce que c'était vraiment extrêmement chic d'avoir ça sur le dos. Alors les deux sont protégés maintenant, mais l'un comme l'autre sont passés vraiment tout près de l'extinction. Le castor a failli disparaître de toute l'Europe. Et la France a été un des seuls pays où il a survécu. Et à partir de la Basse-Vallée du Rhône où il a survécu, Il a reconquis peu à peu les bassins versants avec des réintroductions qui l'ont aidé. Et l'autre espèce, la loutre, est également protégée un peu plus tard. Elle a commencé à regagner du territoire, beaucoup plus spontanément d'ailleurs que le castor. Elle se déplace facilement, elle peut passer d'un bassin versant à un autre sans forcément être tout le temps dans l'eau. Et si elle ne se fait pas écraser en traversant des routes, elle peut retrouver des rivières oubliées depuis quelques décennies. Donc c'est à la fois des animaux extrêmement adaptés à leur milieu, je pense aux animaux amphibies. Et avec en ce moment deux belles histoires de reconquête, et c'est un peu à nous de les aider à s'épanouir, à continuer à s'épanouir, une rivière où il y a des loutres et des castors, c'est quand même plus rigolo qu'un canal où il n'y a pas grand chose d'autre que des péniches.
La cohabitation difficile, souvent elle existe à partir du moment où les humains ne savent pas qu'ils cohabitent avec les animaux. Pensez aux chauves-souris. Qui n'a pas dans sa maison, sous son toit, dans des joints de dilatation, une petite chauve-souris ou deux, ou un peu plus ? Mais qui le sait ? Et souvent, les chauves-souris ne posent problème, quand elles posent problème, que quand les gens savent qu'il y a des chauves-souris chez eux. Et souvent, c'est un accidentel qu'on le découvre, et donc il y a un paradoxe sur une cohabitation qui peut exister sans même qu'on le sache. Alors inversement, il y a des situations qui sont difficiles plutôt pour des raisons... culturel, traditionnel, ce ne sont pas des termes faciles à exploiter d'un point de vue biologique. Par exemple, les grands carnivores. Si on prend le loup, si on prend le lynx, si on prend l'ours, ce sont des carnivores. Et donc, de fait, on a été concurrent pendant très longtemps, puisqu'on avait les mêmes proies pour se nourrir, même si l'ours est beaucoup plus herbivore que carnivore, il a un fond de régime carnivore, et nous, on est omnivore, et on est certainement plus carnivore que ne le sont les ours, par exemple, moins que le lynx, pas très différent du loup finalement. Et donc on a été en concurrence. Et maintenant qu'on a des animaux d'élevage qu'on utilise pour produire notre alimentation carnée, on pourrait les garder, on sait comment faire. On sait quand même que les problèmes de l'élevage ovin, de l'élevage bovin, de l'élevage caprin ne sont pas du tout liés aux grands carnivores. On a des problèmes économiques, on a des problèmes de marché d'implantation, de marché d'exploitation, on a des problèmes de maladie, les vétérinaires le savent bien. Et si on maîtrisait ces problèmes-là de façon assez rationnelle, on pourrait peut-être passer un peu plus de temps de façon appropriée à protéger les troupeaux face aux prédateurs, mais objectivement, la difficulté de cohabitation, elle existe. Certains ne veulent pas l'idée que ces animaux puissent exister chez nous. Alors après, comment faire ? Est-ce que c'est de l'éducation ? Est-ce que c'est de la médiation ? Je ne sais pas quel mot employer. Mais objectivement, il est difficile d'un point de vue biologique d'imaginer qu'ils sont incompatibles avec notre élevage, notre économie en général, ou même notre sécurité. Donc c'est vraiment quelque chose qui n'est pas encore maîtrisé. Donc ces trois carnivores posent des problèmes qui sont connus, qui ont des solutions. Et comme souvent, aucune solution n'est parfaite. Ce sont des compromis avec des acquis d'un côté, parfois des difficultés de l'autre. Est-ce qu'on est capable de trouver la bonne façon de les affronter, ces difficultés ? Moi, j'espère que l'enjeu des années à venir, c'est de maîtriser entre nous, avec nous, et en n'opposant pas les uns contre les autres, mais des réponses satisfaisantes à cette cohabitation qui me paraît beaucoup plus enrichissante qu'un paysage où il n'y aurait ou que des moutons, ou que des vaches, ou que des cochons. C'est la richesse qui fait la diversité, on le sait bien. La sécurité peut-être, à long terme, est dans la diversité, et ça, il ne faut pas l'oublier.