François MoutouComment protéger nos cousins mammifères ? Parce que biologiquement, nous sommes un mammifère, nous sommes un primate, on se place dans la classification zoologique en particulier, mais exclusivement dans la classification des mammifères, donc on a des proximités, on partage des quantités d'histoires, que ce soit des gènes, que ce soit des microbes, d'ailleurs on partage plein plein de choses. Comment protéger ces animaux ? Est-ce que ça passe par de la connaissance ? Est-ce que ça passe par une bienveillance spontanée ? Est-ce que ça passe par de l'éducation ? Est-ce que ça passe par des rencontres avec l'un ou avec l'autre ? J'imagine qu'il y a des quantités de façons de cohabiter avec la faune. C'est bien que dans l'éducation des enfants, on leur parle du fait que voilà, on est sur Terre, mais on n'est pas que nous, humains. Il y a des quantités d'autres formes de vie extrêmement intéressantes à observer. Chez beaucoup d'enfants, à l'époque, c'était possible parce qu'il n'y avait pas de réglementation particulière, mais on pouvait ramasser des têtards dans une mare. Maintenant, ce n'est plus autorisé. On les ramenait à la maison dans un aquarium. Il fallait que les parents comprennent à quoi ça pouvait servir. Et on voyait les têtards devenir grenouilles. C'était extraordinaire de voir, ce n'était pas un mammifère, mais de voir cette transformation, cette métamorphose de la vie d'une forme aquatique à une forme qui était terrestre. Et après, on pouvait aller dehors dans la forêt, regarder les grenouilles en sachant qu'elles avaient eu un moment têtard tout petit avant et qu'elles avaient réussi à surmonter toutes les étapes. Mais on voyait également les écureuils, on voyait les martres, on voyait les chevreuils. On entendait aboyer au mois de juillet. Dans la forêt, qu'est-ce qui aboie ? Ce n'est pas un chien, c'est le chevreuil à l'époque du rute du chevreuil, de la reproduction. Le mâle aboie, défend un bout de territoire dans la forêt et essaye de faire venir des chevrettes, des femelles pour la reproduction, pour avoir des bébés chevreuils l'année suivante. Donc si on a une certaine connaissance, connivence, proximité avec un certain nombre d'espèces qu'on a la chance de croiser, il faut les regarder, il faut peut-être s'arrêter. Moi j'aimais bien en forêt m'asseoir contre un arbre, quitte à d'ailleurs somnoler un petit peu, ce n'était pas grave, on était tranquille. Et du coup, on voyait arriver un chevreuil qui vous avait repéré, parce qu'il avait bien vu qu'il y avait quelque chose de différent au pied de l'arbre, et il venait voir ce que c'était. Alors il ne s'approchait pas trop, mais il faisait un petit détour pour vérifier si c'était dangereux, pas dangereux. Puis si on ne bougeait pas, il passait son chemin. On voyait des petits campagnols forestiers, comme le petit campagnol roussâtre, qui faisaient leurs petites affaires devant, à droite, à gauche. Une petite musaraigne qui passait dans les feuilles mortes. Et on cohabitait un tout petit peu avec eux, et on était avec eux, on était chez eux. On essayait d'être discret, de ne pas les ennuyer trop fort. Et en partageant cette expérience-là avec d'autres, on pouvait emmener des gens pour faire la même expérience. On pouvait, en ce moment-là, on est fin septembre, c'est le brame du Cerf, c'est un spectacle extraordinaire. Alors il faut respecter les cerfs à ce moment-là, parce que si ça devient un spectacle comme le samedi soir, où on voit des voitures dans la forêt qui ne coupent même pas le moteur, ni la radio qui est à fond dans l'habitacle, et qui demandent où sont les cerfs qui brament. Évidemment, on ne va rien entendre, il faut y aller à pied, il faut être plus humble que ça, savoir qu'on rentre chez l'autre et qu'on est là pour bénéficier du spectacle, mais pas pour le déranger, pas pour l'empêcher. Ce n'est pas rigolo pour les cerfs, ils se battent entre eux à l'occasion. L'enjeu, c'est la génération prochaine de faons au printemps qui pourront perpétuer l'espèce, enfin en tout cas cette population. Il faut un petit peu savoir comment... Je pense qu'il faut les connaître, il faut savoir qu'ils sont là, il faut accepter de ne pas les voir tous les jours, il faut accepter de ne pas les ennuyer, il faut les accepter pour ce qu'ils sont et pas pour ce qu'on aimerait qu'ils soient pour nous. Ils ne sont pas là pour nous, ils sont là pour eux, et c'est à nous de trouver la façon de les observer, de les approcher, de les étudier, si on a un peu les compétences, et tout le monde ne doit pas le faire de n'importe quelle façon. Pour trouver des réponses à plein de questions, comment on fait pour vivre un peu plus heureux, dans un plus beau paysage. C'est vrai pour les gens qui s'intéressent aux oiseaux, c'est vrai pour les gens qui s'intéressent aux insectes, et c'est cet ensemble-là qui fait notre monde, notre pays en particulier, mais aussi l'Europe et le reste de la planète, jusqu'à preuve du contraire. C'est la seule qui soit habitée, avec une forme de vie que l'on peut garantir, et pour l'instant, on a un peu tendance, nous humains, à réduire cette diversité-là. Et c'est assez paradoxal de vouloir aller chercher d'autres planètes dans la galaxie, voire au-delà, alors qu'on n'est pas encore tout à fait capable de maîtriser notre cohabitation avec le reste des vivants de notre planète. Donc les mammifères en font partie. Nous sommes un mammifère. Soyons tout petit peu intelligents, essayons d'être intelligents pour vivre avec tous ces gens-là de façon satisfaisante, cohérente et bienveillante.