François MoutouAlors la faune mammalienne, elle souffre d'une présence humaine qui est toujours en expansion. Il y a beaucoup de personnes qui n'ont rien contre la majorité des animaux qui sont présents en France, mammifères compris, qui ne les connaissent pas très bien d'ailleurs. Est-ce qu'il faut que les gens les connaissent mieux pour mieux les apprécier ? Je ne sais pas. Mais il y a souvent plutôt une indifférence un peu bienveillante par rapport à cette faune. Simplement, quand on aménage le territoire, quand on crée des routes, quand on crée des autoroutes, quand on crée des voies de chemin de fer, on détruit des habitats naturels, forcément, on ne peut pas faire autrement. Quand on développe l'agriculture, si on rase les haies comme on continue à le faire, quand on assèche les zones humides comme on continue à le faire, quels que soient les textes et les grands discours qu'on a entendus, on détruit des milieux d'habitation pour des quantités d'espèces, dont les espèces de mammifères. Et donc ça, c'est vraiment la plus grande source d'inquiétude pour le monde vivant non humain, l'aménagement du territoire qui se ferait uniquement pour l'espèce humaine alors que objectivement on cohabite avec beaucoup d'autres espèces et que ce serait correct, intelligent même d'imaginer, de prendre un tout petit peu en compte les autres dans nos aménagements. Et donc on a cette responsabilité mais il y a également un facteur qui joue contre la faune sauvage ce sont les animaux de la faune domestique. Alors il y a un vrai paradoxe à ce niveau-là, parce que les gens qui ont déjà les animaux de compagnie, des chiens et des chats, vous disent, j'aime les animaux, la preuve, j'ai un chat, j'ai un chien. D'accord, alors si c'est un chien de chasse qui est utilisé pour la chasse, bon, jusqu'où on aime les autres animaux qu'on fait ramasser par le chien ? C'est un tout petit peu paradoxal, alors on peut dire qu'on les aime quand même, très bien. Le chat, lui, il chasse tout seul et il y a pas beaucoup de propriétaires qui imaginent que leur petit félin d'appartement, quand il se trouve à la campagne, il devient un peu différent, en particulier la nuit quand tout le monde dort. Et ça s'est fait en zone périphérique de la grande ville, en appartement c'est quand même un peu différent, mais en zone pavillonnaire, on a équipé des chats de petites caméras GoPro avec point GPS, et puis le soir, les gens voyaient leur chat dans le panier qui faisait un gros ronron avant d'aller se coucher. Le matin, les gens retrouvaient le chat dans le panier qui venaient les accueillir devant le réfrigérateur pour le petit déjeuner. Et quand on récupérait la GoPro et qu'on regardait ce qui s'était passé, la nuit, le chat qui avait une possibilité de sortie était sorti, avait été rencontrer ses copains chats dans les environs, avait fait la fête et avait attrapé des mulots, avait attrapé des musaraignes, avait attrapé peut-être des oiseaux au crépuscule ou à l'aube. Et le chat avait une vie complètement différente que les propriétaires n'imaginaient pas. Et donc peut-être que ce serait bien que les gens en prennent conscience. Il n'est pas question de les responsabiliser, enfin responsabiliser, mais pas culpabiliser. Ce n'est pas de leur faute, mais s'ils ne le savent pas, ils ne pourront pas prendre quelques mesures simples, éventuellement, pour faire en sorte que le chat n'aille pas si loin, ne fasse pas trop de dégâts, puisque aimer les animaux et avoir un qui en tue d'autres, un peu par sport, pour s'occuper, c'est un petit peu paradoxal. Et donc ça, c'est certainement quelque chose qu'on doit prendre en compte. Et puis après, il y a les animaux d'élevage qui prennent de la place. Il faut bien les mettre dehors et c'est certainement mieux de les avoir en pâturage qu'uniquement en stabulation hors sol. C'est vraiment, pour les animaux d'élevage, beaucoup mieux d'être dehors que d'être dedans. Il y a une question de partage de l'espace et il y a une question de partage de micro-organismes qui peuvent être agents de maladie. Et comme nos ruminants domestiques sont assez cousins de nos ruminants sauvages que sont les cervidés, que sont les chamois, que sont les bouquetins, on a des beaux exemples de circulation de Brucella, de tuberculose, dans les deux sens. On a un peu tendance à dire que c'est toujours les sauvages qui contaminent les domestiques. Souvent, ça part dans l'autre sens. Les domestiques ont contaminé les sauvages, qui étant très généreux, leur envoient le microbe en retour. Et donc ça fait des conflits, et ça se termine parfois mal, parce qu'on a des maladies avec des réglementations assez dures au niveau national et européen. Quand on a un cas dans un troupeau, il faut abattre le troupeau. Et quand en face ce sont des animaux protégés, comment fait-on ? Et donc il y a cette cohabitation spatiale et à travers des microbes qui peut poser des problèmes, qui en pose et qu'il faut qu'on soit capable d'affronter sereinement, techniquement, intelligemment, entre acteurs concernés, et sans trop d'idéologie, en essayant d'écouter les autres, de comprendre les enjeux et de trouver des réponses un peu universelles, si l'on peut, même à l'échelle d'un pays comme le nôtre.