- Speaker #0
Bonjour et bienvenue chez Reset Your Mind. Aujourd'hui, nous allons aborder un sujet que j'adore mettre en lumière, vous le savez, un changement de parcours, un changement de vie qui est à la fois une réinvention et aussi une reconstruction. Donc aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Géraldine Lemaitre-Renaud. Bonjour Géraldine. Tu peux nous parler un petit peu de ce parcours complètement atypique et hors norme ?
- Speaker #1
Bonjour Stéphanie, merci de me recevoir, je suis ravie.
- Speaker #0
A toi qui écoute cet épisode, je le répète souvent, Reset Your Mind n'est pas un espace pour performer plus coûte que coûte. C'est un espace pour déprogrammer ce qui a tenu trop longtemps sous l'eau. Les fausses obligations, les exigences qui ne sont pas les tiennes. Les rôles que tu as endossés pour être à la hauteur. Ici, nous ne cherchons pas à améliorer pour améliorer. nous invitons à refaire surface, à libérer de l'espace dans la tête, à relâcher la pression inutile et tout ce qui fait que l'on t'a fait croire que tu devais serrer les dents pour avancer, pour avoir de la valeur, pour mériter ta place. Reset your mind, c'est un lieu où on remet du fun, de la légèreté, du vrai et surtout où tu redécolles cette évidence simple. Oubliez. Pour ton fondatrice, tu es assez, déjà assez, pour créer une vie personnelle et professionnelle qui te ressemble vraiment. Avant effectivement de démarrer, j'avais très envie de te demander de te présenter en quelques lignes, toi déjà.
- Speaker #1
Oui, je suis auteure de livres dans plusieurs sections, ça peut être en jeunesse, en essai, en littérature aussi et en livre de cuisine. sur les plantes sauvages. Et à côté de ça, je suis cueilleuse sauvage dans le Perche, en Normandie.
- Speaker #0
Alors effectivement, cueilleuse sauvage et autrice, j'adore et je pense que très vite, les auditeurs et auditrices vont savoir pourquoi j'ai tenu à t'avoir à notre micro. Donc ça, c'est toi qui te présentes comme ça. Mais qu'est-ce que c'est au juste être cueilleuse sauvage ? Parce que tu t'es formée aussi et tu n'es pas arrivée à ce métier-là, à ce métier à la fois cueilleuse sauvage et autrice, comme ça du jour au lendemain. Qu'est-ce que c'est que ce métier ? Raconte-nous.
- Speaker #1
Non, en effet, je ne suis pas arrivée du jour au lendemain. Il y a eu un avant et un après, puisqu'il y a eu le confinement. Avant, j'étais scénariste, diplômée de l'atelier de la FEMIS, où j'ai travaillé pendant longtemps à écrire des scénarios. Et quand j'ai été confinée, c'était la première fois que j'étais confinée. C'est vrai qu'on était à la campagne, et que c'était la première fois que j'étais à la campagne pendant le printemps. Et du coup, il y a eu une espèce de swift à ce moment-là où j'ai bifurqué et j'ai commencé à cueillir assez spontanément au départ. Ça s'est fait très naturellement au début parce que je découvrais la nature autour de moi et je n'y connaissais rien. Donc du coup, j'ai commencé comme ça en téléchargeant PlantNet, qui est une application qui permet d'identifier les plantes. Et j'avais très envie aussi de soulager, j'avais des voisines plus âgées qui étaient très... anxieuse et du coup j'ai assez vite compris qu'il y avait pas mal d'aubépines de choses comme ça sur mon chemin et j'ai assez vite compris que je pouvais éventuellement soulager leurs maux juste en faisant des infusions donc j'ai commencé comme ça et après c'est vrai qu'après j'ai dû me former parce que j'ai voulu aller plus loin, écrire d'autres livres sur la cueillette sauvage plus technique et du coup là j'ai fait l'école des plantes de Paris je me suis inscrite dans le 14ème à Paris et j'ai suivi une formation et après j'ai... beaucoup appris sur le terrain aussi. Ça s'est fait comme ça au départ.
- Speaker #0
Il est certain qu'il y a vraiment ce côté apprendre sur le terrain, dans la vraie vie. Surtout que là, on parle de reconnexion au vivant et on va venir sur ce sujet-là, bien évidemment. Il y a aussi ce côté enseignement théorique, cette curiosité de départ qui est, j'ai envie d'en savoir plus, j'ai envie de comprendre plus. Et ce que j'entends, c'est aussi ce lien aux autres, cette connexion aux autres. Est-ce que ça t'avait manqué dans ta précédente vie d'ailleurs ? Parle-nous un petit peu de ta précédente vie, être scénariste, qu'est-ce que c'est ? C'était quoi ton quotidien ? Et justement, on va parler après de cette bascule, ce point de bascule que tu as évoqué.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. En fait, la vie de scénariste, c'est une vie très solitaire. On passe d'un projet à un autre. C'est souvent des projets qui n'arrivent pas à terme parce qu'il faut les financer et que parfois c'est compliqué. Donc, on peut s'engager pendant deux ans d'écriture sur plusieurs projets. projets et puis en avoir aucun qui soit finalement produit. Donc, c'est assez douloureux. On est très solitaire aussi. Donc, c'est vrai que quand tu évoques ce lien, il est très succinct. Et surtout, moi, je vivais complètement hors sol. Je les réalisais après. Ça faisait des années que j'ai toujours été coupée du lien au vivant puisque j'étais citadine, j'ai toujours grandi dans la capitale. J'ai beaucoup bougé à l'étranger et quand j'étais jeune et j'habitais dans des capitales, donc je n'étais pas du tout en lien avec le vivant. Vraiment, j'avais un rapport avec le vivant comme une carte postale l'été où je partais en vacances. C'était coupé de moi. C'était un environnement chaleureux de vacances ponctuelles, mais je ne me sentais pas du tout.
- Speaker #0
Mais pas de famille.
- Speaker #1
Voilà, je ne me sentais pas partie du tout. Et c'est vrai que quand j'ai vécu… que j'ai vécu le confinement et que j'ai commencé à regarder autour de moi, lever la tête, j'ai vu ce printemps incroyable et toutes mes angoisses, je pense, du monde, quelque chose de la limite de l'humain, en fait, tout d'un coup, s'est mis dans cette renaissance, ce printemps et cette certitude que finalement, la nature est cyclique et revient et fait avec les choses, enfin, fait avec son environnement et surtout, cohabite ensemble. Et du coup, moi, je me suis sentie à ce moment-là particulièrement... prenante de ce tout. Et cet écosystème, j'en faisais partie et ça a été très fort, d'ailleurs même physiquement, parce que j'ai ressenti un apaisement soudain de me dire non, je ne suis pas coupée en fait. Je fais partie de cet environnement et du coup, ça a été comme un... un voile qui tombait. Tout d'un coup, je l'ai vu comme le monde autrement. C'est-à-dire, je fais partie de ce tout. Donc, de quoi j'ai envie de me nourrir ? De quoi j'ai envie de construire ma vie aujourd'hui par rapport à cette nouvelle façon de voir les choses ? Et en fait, j'ai radicalement changé ma façon de vivre. C'est-à-dire, comment dire, commencer à... à mettre mon écriture au service du vivant, à animer des ateliers autour du vivant. Et je me suis dit, il faut que je transmette. Ce n'est pas possible. Il faut que je sois utile.
- Speaker #0
Et d'où c'est venu, justement ? Parce qu'effectivement, en 2020, il y a eu un avant et un après pour quasiment la planète entière. Toi, au milieu du cinéma hyper impacté, j'imagine, au milieu de l'audiovisuel, si je puis dire, au sens large en tant que scénariste, qu'est-ce qui se passe quand même pour t'autoriser à... créé cet espace de prise de conscience en fait, parce qu'il y a soit souvent ce qui se passe, c'est soit quelque chose d'assez désagréable, traumatique, bon là 2020 Covid, lockdown, etc. Je pense que la table était d'entrée déjà retournée, mais est-ce qu'il y a un petit quelque chose en particulier qui te revient à l'esprit de ce fameux déclic que tu évoques ?
- Speaker #1
C'est une promenade matinale, je faisais beaucoup d'insomnie, j'étais très anxieuse parce que c'est vrai qu'en effet tout a été paralysé dans le milieu du cinéma, les tournages, l'écriture, tout. Et du coup, je me suis dit, à un moment donné, qu'est-ce que je vais faire ? Donc, il y a eu beaucoup d'anxiété. Il y a eu un effondrement intime aussi, général, mais aussi intime, en me disant, toutes mes bases s'effondrent. Et c'est un matin, en fait. Je me promenais le matin, je me réveillais même la nuit. Et du coup, j'allais me promener avec ma lampe de poche. Et c'est un chemin que j'ai fini par connaître. parce que je le faisais tous les matins. Donc, au début, c'était deux heures. Après, c'était trois heures. Après, c'était au lever du soleil. Puis après, c'était avant le lever du soleil pour voir le lever du soleil sur la colline. Et en fait, ce matin-là, je ne sais pas ce qui s'est passé. C'était un matin comme les autres. Il faisait très, très beau. Les couleurs étaient chatoyantes. C'était magnifique. Mais j'ai ressenti une épiphanie. Et c'est vraiment ce que je décrivais avant, c'est-à-dire tout d'un coup, ce sentiment d'avoir une place, en fait, dans ce tout et d'en faire partie malgré tout ce que je pouvais faire. de ressentir cette énergie qui circulait entre les arbres, les oiseaux, le vent, et que je faisais partie de cet environnement-là et que rien ne pouvait m'arriver. En fait, c'est très curieux. Même aujourd'hui, je me pose la question, même de l'engagement après, parce que j'ai l'impression que c'est comme un converti. En fait, c'est presque quelque chose comme un converti qui, tout d'un coup, découvre Dieu et s'engage pleinement. Il y a quelque chose de proche de ça. J'ai du mal à l'analyser, mais en tous les cas, ça a été un engagement tellement profond que ma vie est au service vraiment des plantes sauvages, de la nature. Je m'en rends compte tous les jours. Il y a eu un avant et un après.
- Speaker #0
Comment tu as réussi à créer une vie, une carrière, une activité autour de cette épiphanie ? Parce que ça n'a pas dû arriver du jour au lendemain. il y a ce lien de l'écriture et il y a ce lien de la connexion que l'on retrouve. C'est quand même très, très différent.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'au début, je ne savais pas que j'allais autant m'engager au départ parce que j'ai eu les aides du Covid en tant que scénariste. Je ne me suis pas dit tout de suite, c'était assez clair quand même, je me suis dit que je ne voulais pas continuer dans le cinéma, mais je ne me suis pas dit tout de suite, ça y est, je vais me former à l'école des plantes de Paris, je vais animer des ateliers, non. J'ai dû suivre la voie des plantes. Et c'est vrai qu'il y a un lâcher prise qui a été très déroutant au départ parce que je ne savais pas du tout où j'allais. Tous les matins, je me levais et je ne savais pas où ça allait me mener. Et même financièrement, je me suis dit comment ça va se passer une fois qu'on va sortir de cette période de confinement, comment les choses vont se mettre en place. Et en fait, ça a été très, très vite parce que j'ai écrit un premier livre pendant le confinement qui a tout de suite été publié. chez Gallimard Jeunesse, qui était un livre sur la cueillette autour des enfants. Et assez vite, j'ai animé des ateliers et j'ai fait des sorties nature pour les enfants. J'ai commencé par les enfants. Et en fait, assez vite, j'ai trouvé du travail sur des choses qui étaient un peu nouvelles aussi. Donc, j'ai commencé à travailler pour une association qui faisait des sorties nature pour les enfants le mercredi et pendant les vacances scolaires. Et après, une deuxième. Et c'est vrai que ça s'est fait comme ça au départ, un peu avec des nouvelles choses, des nouvelles choses qui se montaient aussi post-confinement. Donc, c'était un peu hybride comme ça. Et en fait, aujourd'hui, c'est des associations qui sont très grosses, qui marchent très bien. Et moi, je me suis formée comme ça au départ, c'est-à-dire dans le lien au vivant, comment transmettre le lien au vivant aux enfants. Ça a été comme ça.
- Speaker #0
Et puis,
- Speaker #1
assez vite, j'ai... J'ai écrit un deuxième livre, un troisième livre, et là j'ai commencé à animer des ateliers pour les adultes, et voilà, ça s'est mis en place. Mais il y a eu une période de latence, c'est certain que la première année, financièrement, je n'ai pas eu de rentrée d'argent, et surtout, le milieu avec lequel je travaillais, ça a été un peu un choc aussi, dans les relations que j'avais tissées pendant toutes ces années, parce que ça s'est fait du jour au lendemain, ça a été très radical comme changement.
- Speaker #0
Et comment tu gères, comment tu as géré justement ce changement de posture, ce changement de position et ce regard des autres qui devaient aussi te renvoyer quelque chose, confortable ou inconfortable, peu importe, mais qui devait te renvoyer quelque chose que tu n'avais pas imaginé ou pas prévu jusqu'à présent ?
- Speaker #1
C'est inconfortable au départ parce qu'il y a beaucoup de doutes, en fait, même dans son entourage. Des amis ou des gens qui vous disent « mais t'es sûre ? » « Mais qu'est-ce que tu vas faire ? » « Pourquoi tout d'un coup les plantes sauvages ? » Et en fait... Je n'ai jamais cessé de repenser à cette épiphanie. En fait, ça revient tout le temps. Quand j'ai des doutes, je me remémore ce que j'ai vécu à ce moment-là qui était vrai, qui était juste. Et personne n'a parasité ce moment intense. Et du coup, dans les moments de doute, où je peux douter parce que ça m'arrive encore aujourd'hui, où il y a des moments où je ne sais pas trop où je vais, parce que c'est vrai que c'est un peu une invention de carrière de dire je suis cueilleuse sauvage et autre. auteurs et les uns, c'est quelque chose que moi j'ai constitué au fur et à mesure du temps, mais c'est vrai que les autres peuvent de temps en temps remettre en question ces choix-là et c'est vrai que souvent je reviens sur ce moment très fort pour consolider en fait. À chaque fois que j'ai un choix par exemple, je reviens à ce moment-là, cette épiphanie où il n'y a pas de doute et du coup ça me donne de l'énergie pour monter la marche suivante, passer à l'étape suivante.
- Speaker #0
Pourquoi est-ce que tu as choisi au démarrage de passer par les enfants ? Pourquoi est-ce que c'est venu si naturellement pour toi au début ?
- Speaker #1
C'est la spontanéité, je pense, de l'enfant. Et puis, je n'ai pas vraiment cherché, c'est venu à moi. En fait, je... Je présentais, en sortant du Covid, une petite production d'infusions sauvages. Je m'étais lancée là-dedans, je m'étais dit, tiens, j'ai peut-être envie de faire que ça, de faire des infusions, un peu la suite de mon livre Potions Magiques qui a été publié chez Gallimard pour les enfants. Naturellement, je vendais mes infusions et j'étais en train de dédicacer mes livres. Et en fait, naturellement, il y avait cette personne de Pousse Montessori qui a créé cette association. Anne-Jeanne qui est devenue une amie et qui m'a proposé en fait, parce qu'il y avait quelqu'un qui était parti et elle cherchait quelqu'un. Voilà, du coup, ça s'est fait naturellement. Et je pense que la spontanéité aussi du changement de vie me rapproche aussi de l'enfant, de la spontanéité de l'enfance en fait.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, avec Le Recul, donc ça va faire plus de cinq ans maintenant, tu as écrit Potions magiques chez Gallimard, mais tu as aussi écrit plusieurs livres, tu en as parlé, il y a ce livre. de recettes aussi autour de la Reine des Prés, que je trouve génial. Ton objectif, là, c'est transmission, c'est partage, c'est connexion aux autres à travers ces livres.
- Speaker #1
Oui, c'était important pour moi de cibler aussi tous les publics. Donc, c'est vrai que ça fait partie des doutes que j'ai eus au départ, parce que j'avais envie d'à la fois écrire en jeunesse, mais j'avais aussi envie de partir. partager mes recettes sauvages que je faisais. Voilà, et je me suis dit comment je peux faire. Et en fait, je ne me suis pas trop posé de questions. À chaque nouveau projet, je cherche une nouvelle maison d'édition qui s'adapte au projet que je fais. Et du coup, c'est vrai que j'ai commencé par, j'ai fait Potions Magiques. Après, j'ai fait un livre Breuvages Sauvages pour les adultes qui a été publié chez Ulmer. Et c'est vrai que c'était super parce que j'ai pu faire mes photos, mettre en avant aussi. Le Perche, la Normandie, où je travaille tous mes livres, où vraiment j'ai un lien particulier avec ce territoire. Parce que quand j'étais jeune, on avait une maison de famille à une heure d'ici, de là où je suis. Et puis après, j'ai eu envie d'écrire un essai sur ce Relis au vivant qui a été publié chez Actes Sud. Et en fait, c'est un essai sur ce dont on parlait tout à l'heure, c'est-à-dire comment rester en lien avec le vivant quand on marche sur du béton, quand on mange des choses achetées dans des supermarchés. Comment se nourrir du vivant quand on est dans une ville ? Voilà, donc j'ai eu envie d'écrire ça. Et puis après, il y a eu la Reine des Prés. La Reine des Prés, c'est parce que c'est une très jolie maison d'édition que j'adore, qui s'appelle Les Pures, qui fait des très jolis petits carnets. Et en fait, la Reine des Prés, ça a été une des premières plantes que j'ai rencontrées en Normandie, qui est magnifique, très noble comme ça, et qui sent un peu la vanille et l'amande quand on passe, il y a des odeurs comme ça. Et donc, ça me rappelle vraiment les petits gâteaux que cuisinait ma grand-mère quand j'étais petite, qui avaient un goût de vanille. Donc, moi, ça me reconnecte avec mon enfance, avec une certaine innocence. Et puis après, j'ai eu envie d'écrire un roman parce que je voulais aussi retransmettre par une fiction la joie et la beauté et surtout le bien-être de se promener en forêt et de pratiquer la cueillette.
- Speaker #0
Aujourd'hui, qu'est-ce qui nous manque le plus ? justement, à ton avis, en tant qu'être humain, citadin au quotidien ?
- Speaker #1
Le temps, je pense. De prendre le temps, juste même cinq minutes, c'est un peu ce que je disais dans ce Reli au vivant pour le petit essai, c'est qu'en fait, il n'y a pas besoin de beaucoup, c'est juste un rituel, peut-être cinq minutes, dix minutes, où on prend le temps de contempler. En fait, c'est même de contempler, c'est prendre le temps de regarder, parce que c'est vrai qu'on n'a plus le temps. On n'a plus le temps de regarder les nuages glisser dans le ciel. On n'a plus le temps de regarder une plante. Et du coup, c'est compliqué de renouer avec sa musique intérieure. C'est compliqué aussi de trouver une forme d'apaisement. C'est un peu comme de la méditation. Les gens qui méditent, ils peuvent comprendre ce temps, même si ça dure cinq minutes.
- Speaker #0
Il y a aussi cette notion de reconnexion ou revalorisation au temps long. Je trouve dans ce que tu dis que moi, je vois énormément dans mes accompagnements de coaching, de dirigeants, cadres dirigeants ou autres, où en fait, on est toujours, toujours dans le plus et dans le faire. Et on oublie parfois que ne rien faire, c'est aussi investir dans du temps long, pas ne rien faire, rien du tout. Mais comme tu me disais, regardez, juste prendre cinq minutes, regarder les nuages, regarder ce qui se passe dehors. C'est une des pratiques que je recommande très régulièrement de marcher dans la nature ou au moins tous les jours être un peu dehors. On est enfermés dans le bureau, on est enfermés dans notre maison, on est enfermés dans le métro, pour ceux qui sont sur Paris, en Ile-de-France, ou en tout cas dans la voiture. Donc oui, il y a une espèce de bulle et de distance qui nous font oublier cette humanité, cette animalité que tu évoques, que la nature nous renvoie.
- Speaker #1
Oui, on est enfermés 22h sur 24, je crois, c'est effarant. J'avais lu une étude et du coup, il y a en effet, il y a la marche, le souffle, tout est lié. En fait, l'ouverture des poumons. de baisser le taux de cortisol aussi, parce qu'en 45 minutes, c'est prouvé. Vous marchez en forêt ou vous marchez dans un bois, en 45 minutes, le taux de cortisol, il baisse. Donc, c'est vrai que ça interroge aussi sur nos modes de fonctionnement. C'est se relier aussi, se relier, je trouve, avec le vivant, c'est aussi se relier avec soi-même. Moi, je trouve, c'est se relier avec cette partie vivante en nous qui n'est pas le cerveau qui va organiser des réunions. va organiser son planning, va se relier avec cette partie vivante qui est en nous et qui sent. Parce que moi, tous mes ateliers, par exemple, je les fais démarrer par les cinq sens. Parce que c'est vrai que pour mémoriser une plante sauvage, la façon de la mémoriser, c'est en passant par les cinq sens. Ce n'est pas que visuel, en fait. Donc, on fait un petit atelier où ils vont toucher la plante, ils vont la sentir, ils vont la goûter. Et pour moi, se relier avec cette partie vivante en nous, c'est aussi se relier à ces cinq sens. C'est-à-dire, quand je marche dans la rue pour aller à un rendez-vous à Paris, je vais regarder les arbres qu'il y a autour de chez moi, je vais sentir l'odeur. Il y a tout ce cheminement qui est nécessaire, qui fait qu'on n'est pas des robots.
- Speaker #0
D'autant plus que tu le dis toi-même, tu fais aussi des sorties dans Paris, dans la ville.
- Speaker #1
Dans la ville, mais dans les parcs. J'ai fait des sorties, oui, j'en ai fait à Vincennes, j'ai fait au parc de Sceaux. dans le 92 et j'ai fait après plein de sorties nature dans divers endroits en France mais c'est surtout l'idée comme tu disais tout à l'heure de prendre le temps et surtout aussi, moi ce que j'aime bien c'est prendre le temps et aussi partir sans savoir ce qu'on va récolter parce que finalement je trouve ça très philosophique et proche de la vie qu'on mène c'est-à-dire qu'on n'a jamais ce qu'on veut au départ c'est toujours métamorphosé, changé, modifié, c'est jamais exactement ce qu'on voudrait puisqu'on ne maîtrise pas grand-chose. Et ce que j'aime bien avec la cueillette, c'est cet acte aussi de partir en se disant, on va cueillir, mais en fait, on ne sait pas où va nous mener l'aventure. Est-ce qu'on va ramener aussi comme butin ? Et ça, je trouve que c'est un merveilleux travail sur le lâcher-prise. Je trouve qu'en entreprise, par exemple, ça marche très, très bien d'amener les participants à comprendre que la cueillette, c'est aussi un peu comme une chasse au trésor. On renoue aussi avec cette période de l'enfance où on part chercher le trésor et puis on ne sait pas si on va le trouver. Mais il y a des étapes comme ça, un peu d'excitation et en même temps de lâcher prise. On ne peut pas contrôler. Moi, ça m'arrive plein de fois de partir en forêt, de revenir un panier vide. Je ne sais pas forcément trouver ce que je cherche. Et ça, c'est une belle leçon.
- Speaker #0
Oui, il y a vraiment ce côté aussi. prise de la vie, adaptabilité à avoir, à cultiver nous-mêmes. Parce que tu le dis, mais revenir avec un panier vide, c'est pas forcément une mauvaise balade ou que t'as passé un mauvais moment. Au contraire, les deux... Il y a vraiment, dans ce que j'entends, dans ce que tu dis, c'est qu'il y a aussi cette cohabitation des deux. Et qu'il n'y a pas que le résultat infini qui compte, mais aussi vraiment tout ce qu'on va prendre en cours du chemin, tout ce qu'on va avoir comme bénéfice caché, ne serait-ce que cet apaisement du cortisol, ce genre de choses, qu'on néglige et qu'on oublie complètement aujourd'hui.
- Speaker #1
Oui, et puis c'est vrai que le processus est beaucoup plus important que le résultat. Je réalise aussi, les plantes vraiment m'apprennent beaucoup parce que c'est vrai que moi j'ai été élevée dans une... Voilà, on m'a transmis la culture, on m'a transmis cette obligation d'avoir des résultats. Et c'est vrai que moi je découvre ce processus justement intense qui est la promenade, mais qui n'est pas le résultat final. Et ça soulage, ça apaise beaucoup. parce que finalement, on est dans une société où il faut tout le temps trouver, montrer des résultats. Et c'est ça qui épuise, moi, je trouve. C'est ça qui fatigue, parce qu'on a l'impression d'être pressé tout le temps, comme des citrons, mais on oublie du coup ce processus, comme le tir à l'arc. Finalement, le geste est beaucoup plus important que la flèche qu'on va mettre dans la cible.
- Speaker #0
Je trouve que de plus en plus aujourd'hui, il y a une réappropriation de la valeur du temps long d'observation. qui est à travailler et beaucoup de grands patrons ou de... personnalités inspirantes ou qui sont successfulls, commence à prendre la parole sur ces enjeux-là, je trouve. C'est intéressant. Mais le process, le temps long, l'investissement sur le temps long, le tout tout de suite ne marche pas.
- Speaker #1
Moi, je trouve ça vraiment intéressant et il y a en effet une bascule à faire vraiment dans notre société à ce niveau-là. C'est un luxe aussi. Il y a plein de gens qui ne peuvent pas prendre ce temps, mais je pense que si ça... C'est pour ça que je prône vraiment les 5-10 minutes. Ça peut être aussi un rituel journalier. Ce n'est pas forcément tout d'un coup, je vais prendre 3 heures ou 4 heures pour aller partir en cueillette. Ça peut être aussi un rituel journalier. On ouvre sa fenêtre, on respire, on regarde le ciel et surtout, on se pose la question de qu'est-ce que ce ciel, ces nuages qui glissent là aujourd'hui parce qu'il y a du vent, qu'est-ce que ça fait sur moi ? Qu'est-ce que ça fait dans mon ressenti ce matin ? Et ça prend 5 minutes en fait. C'est juste. de la pleine conscience.
- Speaker #0
Si je comprends bien, Géraldine, de revenir à cette vie d'avant que tu avais, même si tu l'adorais et que tu étais passionnée par ce que tu faisais, ce serait une option aujourd'hui envisageable ou pas ?
- Speaker #1
Ah non, impossible. Non, et puis surtout, je pense que je suis moins, j'étais moins confortable au départ, voilà, financièrement et tout ça. Et puis même sur l'engagement au départ d'une nouvelle vie, mais je préfère largement cet inconfort. par moment plutôt que de revenir à avant. Non, c'est impossible. En fait, je me rends compte à quel point j'étais coupée déjà de tout. Je menais une vie hors sol et surtout, j'avais l'impression de traverser la vie sans conscience, sans être consciente de ce que je faisais. Que ça soit mes nourritures, ce que je lisais, ce que je mangeais ou je partais en vacances. En fait, quand je dis que ça a changé ma vie, c'est à tous les niveaux. C'est-à-dire que maintenant, je me pose la question de quoi j'ai envie de me nourrir tous les jours. qui j'ai envie de faire rentrer dans ma vie, qu'est-ce que j'ai envie de manger, où est-ce que j'ai envie d'aller au restaurant. C'est vrai que ça change sa façon de consommer, de vivre, vraiment.
- Speaker #0
Quel serait ton conseil justement à quelqu'un qui est en ville, qui faisait course dans un supermarché, malheureusement pour la plupart du temps ? Ça serait quoi le petit trick qui peut faire switcher les choses ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'après, on y échappe. pas. Il y a des gens qui sont... Oui, on est obligés de passer par la case supermarché. C'est pas... Voilà. C'est juste que peut-être que ça serait de juste prendre le temps. C'est toujours une question de temps, mais c'est de choisir pourquoi je choisis cet aliment-là et pas l'autre. Est-ce que c'est une question de prix ? Est-ce que c'est juste parce que... Voilà. C'est de prendre deux secondes de savoir comment je vais remplir mon frigidaire et avec quoi. Et peut-être modifier. C'est pas grand-chose. Ça peut être trois, quatre choses à modifier dans son quotidien, mais où on retrouve du plaisir aussi. Peut-être aussi, moi, je me dis parfois, c'est qu'on n'a pas le temps de cuisiner. Bon, on n'a pas le temps de cuisiner parce que la vie, c'est comme ça. Peut-être c'est d'arriver au moins, même si on n'a pas le temps de cuisiner, de participer à une chose, c'est-à-dire de peut-être acheter quelque chose pratique parce que c'est déjà fait. Mais après, faire la salade à côté, d'essayer de trouver des petits compromis comme ça dans le quotidien. qui font que je ne passe pas deux heures, mais je peux faire cinq minutes par ci, cinq minutes par là. Et puis, petit à petit, on peut retrouver du plaisir aussi, retrouver le plaisir des sens.
- Speaker #0
C'est indispensable. S'il n'y a pas de plaisir, alors on n'aura pas envie de le faire. Alors, on n'aura pas envie, le courage de changer. Il y a vraiment ce côté plaisir et ne pas vouloir faire un truc parfait, immense du premier coup, mais s'autoriser petit à petit.
- Speaker #1
C'est-à-dire, voilà, si on s'intéresse un peu... de la provenance des ingrédients, etc. C'est vrai que je pense qu'on ne s'alimente pas de la même manière.
- Speaker #0
Super. Merci beaucoup Géraldine. Merci de ton temps, merci de ce partage, de ce parcours complètement atypique. J'imagine que tu n'aurais jamais imaginé faire ce métier-là, vivre de cette passion et de cette activité-là. Moi, quand je t'écoute, j'ai créé mon propre job, j'ai créé ma propre carrière en fait.
- Speaker #1
C'est un petit peu ça, oui.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais un mot de la fin ? de l'eslac le mot de la conclusion.
- Speaker #1
Apprendre à voir, j'aurais envie de dire que ça. Apprendre à voir, apprendre à poser son regard sur les choses, les gens, les autres.
- Speaker #0
Et qu'il n'est jamais trop tard pour commencer.
- Speaker #1
Ça, c'est sûr.
- Speaker #0
Super. Mille merci, Géraldine. Je mettrai les liens dans les commentaires de l'épisode vers ton profil et vers tes différents livres aussi, vers ton site. Les livres sont géniaux. J'ai commencé à en lire quelques-uns. Ils sont vraiment très, très sympas. Et puis, j'espère qu'on pourra se croiser au détour d'atelier ou autre. Ça serait avec grand plaisir.
- Speaker #1
Je vous remercie, Stéphanie, en tous les cas, pour ce moment partagé.