- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, bonjour Gladys,
- Speaker #1
coucou Elsa et coucou à toutes celles et ceux qui nous écoutent.
- Speaker #0
On est ravis de vous retrouver après ces fêtes de Noël.
- Speaker #1
On espère que tout s'est bien passé de votre côté, que vous avez mangé à table avec le respect comme l'a dit Elsa dans l'épisode numéro 3. On espère surtout un peu plus sérieusement que tout s'est bien passé pour vous, que vous avez pu fêter comme il se doit ce Noël sans culpabilité, avec beaucoup de bonheur, avec vos proches ou pas. avec votre famille de cœur ou votre famille de sang. Et on espère que ça s'est bien passé.
- Speaker #0
En effet. Donc dans ce nouvel épisode, on va parler de reconstruction et de justice et de ce lien qui existe entre l'agresseur et sa victime. Parce qu'on va rappeler quand même que 90% des agressions sexuelles sont commises par un proche. Alors Gladys, pour commencer, si cet épisode n'avait qu'un seul but, ce serait lequel ?
- Speaker #1
Je te dirais que je me pose souvent la question et j'aimerais que toutes celles et ceux qui nous écoutent se la posent aussi. Combien de petites filles s'endorment en disant « c'est mon papa donc c'est normal » qui posent sa main sur moi ? Combien de petits garçons sont rentrés par la sexualité par un « t'es un homme donc tu dois faire ça avec moi » ? Combien d'adultes, aujourd'hui, femmes ou hommes, peu importe, se disent « Mais pourquoi j'y repense ? » « Pourquoi j'arrive pas à surpasser cet événement ? » « Pourquoi j'ai encore des souvenirs qui reviennent ? » « Comment j'ai pu aimer mon agresseur ? » « Comment j'ai pu partager un lien avec lui ? » Parce que c'est des questions qui restent. C'est des questions qui restent et qui font profondément mal parce qu'on a l'impression d'être seul. Parce qu'on a l'impression d'être les seuls à ressentir ce genre d'émotions. Et comme on le disait, c'est cette culpabilité qui te ronge, qui t'oblige à te mettre seule et qui très souvent te détruit. Donc moi, j'aimerais vraiment qu'on pense à toutes ces personnes. Et si cet épisode avait un seul but, Elsa, je te dirais que ce serait d'apaiser toutes celles et ceux qui ont vécu l'inceste, des agressions sexuelles, des attouchements, pour vous dire que vous n'avez jamais été seule. Ce que vous ressentez, je l'ai ressenti et je le partage avec vous. et surtout Il y a des moyens, il y a des termes psychologiques qui expliquent ce qu'on a ressenti, ce qu'on a fait pour survivre et ce lien, comme tu l'expliques, avec son agresseur. Ce serait ça le but.
- Speaker #0
Quand on parle d'agression sexuelle, les victimes, on associe souvent haine et colère. Est-ce que tu peux nous expliquer, toi, si c'est toujours le cas, si ça l'a été et si ça l'est toujours ?
- Speaker #1
C'est hyper intéressant parce que tu as raison. La première chose à laquelle... la société pense et tu vas comprendre pourquoi je dis la société parce que c'est une projection de ce que la société veut qu'on ressente en tant que victime d'inceste on se dit mais tu dois être en colère, tu dois avoir de la haine tu dois détester cette personne mais la réalité c'est que ça fonctionne pas comme ça et c'est ce que vraiment je veux essayer de faire comprendre à tous ceux et celles qui nous écoutent quand tu l'as vécu tu le sais et quand tu l'as pas vécu tu dois te l'imaginer c'est bien plus complexe C'est pas oui ou non, c'est pas binaire, c'est pas linéaire, c'est pas je l'aime ou je le déteste, c'est le mélange des deux. Et c'est le mélange des deux qui nous rend si complexes en tant qu'humains, mais surtout qui fait qu'on se sent sales et qu'on se sent coupables après une agression sexuelle. C'est pas ce qu'on imagine, c'est pas la haine, c'est pas la colère, c'est pas la tristesse, c'est la sidération. C'est ce fameux je me suis figée et là j'arrive plus à bouger. Et même si, tu vois, la scène était passée, entre guillemets, t'as ton cerveau qui fait tout pour ne pas conscientiser ce qui s'est passé. Parce qu'on n'en parle pas, mais conscientiser que t'as été victime d'un viol, c'est une seconde violence. C'est revivre et ressentir que c'était pas juste des gestes, juste un acte, c'était un viol.
- Speaker #0
Oui. Dans ton cas précis, Gladys, c'était ton grand-père. Tu m'as déjà dit que forcément tu avais ressenti beaucoup d'amour pour lui, même de la tristesse, de la peine. Comment tu fais pour ressentir ça alors qu'il te fait subir l'atroce ?
- Speaker #1
J'aimerais te poser la question inverse et je vais te mettre dans mon cas de petite fille. Comment tu fais pour ne pas aimer ton grand-père ? Alors que depuis ta naissance, c'est ta famille, c'est la personne qui te donne à manger, c'est la personne qui est là à Noël, qui t'offre des cadeaux. C'est la personne qui te chouchoute finalement. Alors oui, il y a ses viols, il y avait ses attouchements, mais en fait, il y avait tout le reste. Et comme je le dis, ce n'est pas blanc ou noir, c'est la complexité d'une enfant. Pour te mettre dans ma peau, depuis ma naissance, j'ai cette personne qui fait partie de ma famille et je veux l'expliquer. L'attachement à nos proches, il se fait avant la moindre perception de violence. Ça veut dire qu'avant de comprendre que ce que je subissais, c'était des agressions sexuelles, j'aimais mon grand-père, j'aimais ma famille. Et il y a quoi de plus normal ?
- Speaker #0
Oui, ben oui.
- Speaker #1
Tu vois ce que je veux dire ? Et pour te mettre dans la peau de cette petite fille qui subissait de l'inceste jour après jour, t'as ce côté, tous les adultes l'aiment. Donc il faut que je rationalise. Comment moi je peux le détester alors qu'il est aimé par tout le monde ? C'est moi le souci. Deuxième chose, tu minimises. Ce n'est qu'un petit secret. C'est un jeu entre nous. Ça c'est des paroles qui font que dans la tête d'un enfant, tu te dis ok, peut-être que c'est que ça. Et peut-être que c'est qu'un jeu entre nous qui dure 5 minutes et après ça redevient mon grand-père. Et pour le jeu, peut-être qu'il est obligé de se mettre dans ce rôle. En fait, il faut se dire que tu vis ça comme une enfant. Donc, tu fais ce qu'on appelle la rationalisation de survie. Tu réécris ton histoire. Mais littéralement, pour toi, avec ton regard d'adulte, j'ai vécu des violences sexuelles, des agressions sexuelles. Pour moi, avec mon regard d'enfant qui subissait ça, c'était un jeu avec mon grand-père qui durait cinq minutes et qui allait s'arrêter.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais que tu as un peu besoin de rationaliser les émotions à ce moment-là ?
- Speaker #1
totalement, ouais il y a besoin d'en parler déjà de les faire sortir de soi et de pas juste ça dans son coin parce que ça les fait rester tu vois c'est comme un petit peu tu fais bouillir quelque chose dans une casserole si tu mets le couvercle, ça reste ou t'as cette armoire où tu ranges tous tes habits, tu les jettes tu les jettes, je vais jeter ma haine ma colère en me disant ça va passer, on va fermer on va tasser, ah ouais mais non ça passe pas, et le jour où tu te retrouves à devoir ouvrir cette armoire tu te prends tout et là il faut faire un peu plus de travail c'est pour ça que c'est beaucoup plus intéressant et beaucoup plus important de devoir ranger à chaque fois vos émotions en en parlant ok je ressens ça et c'est légitime de ressentir de la haine envers mon agresseur c'est légitime mais par contre il faut pas que je reste là dedans
- Speaker #0
Pour revenir de nouveau sur ton histoire à toi Gladys, ton grand-père il est décédé. Et tu m'as déjà dit que tu avais dû faire plusieurs deuils. A savoir d'abord le deuil de ton grand-père et aussi le deuil du coup de l'agresseur. C'est quoi la différence entre les deux ?
- Speaker #1
La différence entre les deux c'est qu'ils se sont fait à deux moments très distincts. Le premier il s'est fait le jour de sa mort, le second il s'est fait le jour où je l'ai choisi. Et ça a tout changé. Parce qu'encore une fois, en tant qu'enfant, j'avais que ce regard de grand-père et pas d'agresseur. J'avais pas cette identité, absolument pas, vu que j'avais réécrit toute mon histoire soigneusement pour que ça reste mon grand-père et pas un agresseur. Donc ce deuil, ce fameux deuil de mon grand-père, il s'est fait le jour où on m'a annoncé sa mort, et où en tant qu'enfant, j'étais triste d'apprendre la mort de mon grand-père, profondément triste, et je l'ai pleuré. Et je vais te raconter le souvenir qui, moi, aujourd'hui, me paraît très souvent le plus honteux. C'est le souvenir où il est décédé, où je me retrouve face à un pupitre, devant près d'une centaine de personnes, et je prononce les mots pour dire à quel point mon grand-père était un homme génial, à quel point j'ai aimé jouer aux cartes avec lui, à quel point j'ai aimé passer des souvenirs. Mais si tu demandes à la petite Gladys si elle mentait ce jour-là... La réponse, elle est non. Elle ne mentait pas. Elle n'inventait pas des sentiments.
- Speaker #0
Ni même des souvenirs.
- Speaker #1
Ni même des souvenirs.
- Speaker #0
Tu as vraiment joué aux cartes avec ton grand-père. Et tu as vraiment passé des bons moments avec lui.
- Speaker #1
Exact. Et ça, c'est hyper important. Ce que tu viens de dire, c'est hyper important. Parce que ces souvenirs-là, ils n'étaient pas effacés et évincés de par le fait qu'ils m'avaient agressée parce que je ne l'avais pas conscientisé. Donc, il n'y a que ces souvenirs-là qui existaient. Tu vois, c'est comme si une partie de ma mémoire était divisée. Et je voyais que ce côté grand-père. Donc, j'ai fait ce discours. Et je dis avoir très honte aujourd'hui. Mais la honte, elle survient parce que j'ai cette perception. adulte, mais je me mets pas dans les bottes de la petite Gladys. Dans les bottes de la petite Gladys, c'est évidemment que tu aimes ton grand-père. Parce que t'as que ces aimants-là. Parce que tu dépends de cette personne pour survivre. C'est la personne qui te donne à manger. C'est la personne qui te garde chaque semaine. Comment tu peux t'imaginer que c'est la personne qui te fait le plus de mal ? Ces sentiments, ils peuvent pas coexister dans le cerveau d'une enfant. Tu vois, et ça me fait mal rien que de le dire. C'est pas possible. C'est pas inimaginable, c'est inimaginable. Et j'aimerais dire que le deuxième deuil, il s'est produit par choix, comme je te le dis, parce qu'il y a eu ce moment où j'ai donc conscientisé tout ce qui m'était arrivé. J'ai ressenti cette immense claque de colère et de haine. Et je me suis dit, il faut que tu transformes cette émotion en action. Parce que si tu fais pas cette transformation, tu vas devenir une personne haineuse. tu vas devenir même une personne qui peut faire du mal à ton tour. Et j'ai donc commencé à écrire des lettres, des lettres où je rédigeais tout ce que je ressentais pour lui, toute la colère, tout ce que je n'aurais pas osé dire à mes proches pour ne pas leur faire du mal. Et je le conseille à toutes celles et ceux qui nous écoutent d'écrire ces lettres sincèrement, de prendre un papier, de prendre le temps qu'il faut, juste un stylo, pas de téléphone et tous vos sentiments. Les déposer sur le papier, se téléfermer. existaient ailleurs que dans ma tête. Et ce que je faisais après ça, c'était les brûler. Les brûler comme, tu vois, pour les effacer. Et au bout d'un moment, ça ne me suffisait pas. J'avais tellement un trop-plein de colère que je me suis dit, pour que je trouve quelque chose de plus fort. Et ce jour-là, j'ai décidé d'aller sur sa tombe, alors que je n'y étais pas allée depuis près d'un an. Tu vois, depuis l'enterrement, je voulais plus y retourner. Et quand j'y suis allée, j'ai été crier ma douleur et ma colère. Et ça peut être tout bête, mais symboliquement, je l'avais en face de moi. Il y avait enfin ce face-à-face où je ne parlais pas simplement à des lettres, je lui parlais à lui. Et je lui disais à quel point c'était horrible ce qu'il m'avait fait ressentir et que je lui en voulais. Que pour une fois, je ne lui parlais pas en tant que grand-père. Mais en tant qu'agresseur. Et ça m'a fait tellement de bien. Parce qu'à partir de ce moment-là, je me suis dit, tu clôtures ce chapitre de ta vie. Tu clôtures cette haine. A chaque fois que cette émotion de haine reviendra dans ta tête, tu te diras que tu l'as clôturée le jour où tu as été sur sa tombe. Et tu vois, je n'y suis plus jamais retournée. Pas parce que je n'en ai pas le besoin, mais parce que cette partie de ma vie, entre guillemets, ces sentiments, j'ai voulu les enterrer finalement. Avec lui ce jour-là. Donc oui, ces deux deuils ont été extrêmement différents. Mais tous les deux, tout aussi importants. Et tu vois, les deux deuils ont été très différents parce que l'un était passif. Le deuil de mon grand-père, très souvent quand tu perds un être cher, t'as pas grand-chose à faire malheureusement que le temps. Que le temps qui peut te soigner et apaiser cette douleur et ces sentiments. Et autant le deuxième deuil, celui de mon agresseur, il est nécessaire d'être... actif, de transformer ses émotions en quelque chose d'autre.
- Speaker #0
Et oui, justement, peut-être pour celles et ceux qui nous écoutent et qui nous regardent et dont l'agresseur n'est pas encore décédé, il est toujours en vie, comment on peut faire pour justement faire le deuil de cet agresseur ? Comment on peut dépasser tout ça ?
- Speaker #1
C'est intéressant ce que tu dis parce que je pense que ce deuil, il est faisable même si l'agresseur n'est pas mort et il est même ... primordial pour pouvoir continuer de vivre sa vie parce que sinon tu t'en sors pas tu vois, tu gardes toujours cette image et tu la ressasses encore et encore et comme je le dis vraiment ce fait d'écrire des lettres ça prend 10 minutes mais ça soulage énormément d'écrire, de poser sur le papier ces émotions, si vous êtes peut-être plus visuel, le fait de peindre, le fait de vraiment faire quelque chose avec ses mains avec Tchuuu ! Avec son corps, comme je le disais, la boxe, ça peut être aussi un très grand moyen de se défouler. Et peut-être pas ce face-à-face, mais ce dernier message. Et après, on efface, on bloque la personne. Cette dernière chose, vraiment. Et à partir de ce moment-là, on ne revient plus en arrière. On ne revient plus lié, tu vois. Parce que c'est en quelque sorte couper ce lien qui détruit.
- Speaker #0
On le sait, les victimes d'agressions sexuelles, et surtout quand ça a été fait sur les enfants, on le sait maintenant, les souvenirs traumatiques peuvent revenir longtemps après, et souvent par fragments. Comment on fait pour vivre avec ça ?
- Speaker #1
On le comprend. On commence par le comprendre parce que, comme tu le dis, on parle beaucoup des flashbacks. On sait très très peu ce que c'est. C'est un grand trou noir. Ça fait extrêmement peur parce que ça peut revenir à tout moment, parce que ma mémoire me joue des tours, parce que j'ai des bribes qui reviennent et qui m'empêchent de vivre. Mais si on les comprenait, ça serait beaucoup moins douloureux. Pour te faire comprendre à toi et à toutes celles et ceux qui nous écoutent, les flashbacks, c'est quoi ? C'est un album photo. On a tous ces albums photos qu'on a faits et c'est comme ça que notre mémoire elle fonctionne. Notre mémoire elle se fait inconsciemment, automatiquement. Je prends une photo de ce qui est en train de se passer, je date, on est en 2025, on est le 22 décembre et il est 13h. Je date, je colle et je range soigneusement dans l'album. Ça c'est ce que notre mémoire elle fait chaque jour. Et c'est comme ça que j'ai le souvenir dans 1990, avoir fait cette chose là. avoir été voyager au Portugal avec cette personne. C'est comme ça que ça fonctionne. Et c'est fait inconsciemment, automatiquement, et c'est important de le comprendre parce que très souvent on l'oublie. Du coup, on se dit que c'est inné et qu'il n'y a même pas ce processus qui se fait. Mais la vérité, c'est que ce processus se fait. Et là, c'est ce qu'on appelle la mémoire traumatique. Et ce terme, il est important parce que ça explique pourquoi les souvenirs y reviennent. Les souvenirs, ils ne sont pas fixés. Ils se baladent quelque part. Et du coup, c'est une mémoire qui est sensorielle, qui est émotionnelle, qui se déclenche avec des odeurs, avec des sons, avec des noms.
- Speaker #0
Justement, comment tu expliques que les souvenirs traumatiques, à un moment, ils arrivent, mais si longtemps après, pourquoi à ce moment-là ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui explique ?
- Speaker #1
Pourquoi à ce moment-là ? C'est hyper intéressant. C'est une question que je me suis posée un nombre de fois, incalculable, où je me suis dit, mais... Pour une fois, je vais bien. Pourquoi vous me faites ça ? Enfin, pourquoi maintenant ? Pourquoi vous venez tout détruire alors que je suis en train de tout reconstruire finalement ? Et en fait, je ne les comprenais pas. Mais il faut comprendre que ces souvenirs, ils reviennent quand tu es prête. Et c'est fou de le voir comme ça. Ce truc que je voyais comme le souvenir qui était capable de me déconstruire, qui était capable de ruiner ma vie, il apparaissait parce qu'en fait, j'étais prête. J'étais en sécurité et j'avais la conscience de l'accueillir. Mais quand tu le vois comme ça, ça change tout. Ça veut dire que ton cerveau a compris que tu avais aujourd'hui la puissance de retrouver ce souvenir.
- Speaker #0
Et la possibilité, l'espace.
- Speaker #1
De l'intégrer. Et ça, c'est magique. Et tu vois, je vais te faire part de ce fameux souvenir que j'ai un petit peu abordé la semaine dernière. Où j'ai retrouvé un souvenir. qui était sous forme de mémoire somatique, donc c'est la mémoire du corps. Et je ne l'ai même pas revue, je l'ai revécue. C'est-à-dire que j'ai commencé à gigoter, telle une enfant. Une enfant de 3 ans gigote, pas une enfant de 5-6 ans. Et je me suis donc mise à gigoter et avoir une douleur au niveau du bas-ventre, au niveau des parties intimes, extrêmement, extrêmement intense. Un déchirement. Vraiment un déchirement hyper puissant. Et je me suis mise à pleurer telle une enfant. Et à continuer de gigoter. Et en fait, quand je me suis remise de ce souvenir, quand je suis sortie, je me suis dit non. Non, c'est pas possible. Tu peux pas retrouver un souvenir de quand t'avais 3 ans. Ça existe pas. Ta mémoire, elle est pas enclenchée. Donc j'ai douté énormément de moi. Et c'est ce qui se passe après. Un flashback. C'est qu'on doute... Sauf qu'en faisant ça, ce dont on ne se rend pas compte, c'est qu'on ne le laisse pas s'intégrer. Tu vois, très souvent, on coupe le flashback. On se dit, c'est trop violent, je ne peux pas. Mais en faisant ça, tu vas juste le retarder à ce qu'il revienne plus tard et ne pas finir par le reconstruire. Donc, pour une fois, quand ce souvenir est revenu il y a quelques semaines maintenant, au lieu de me dire, c'est la petite Gladys, c'est elle qui a vécu ça, ce n'est pas toi, je me suis dit, c'est moi. C'est la moi de trois ans, mais c'est moi. Et c'est pas parce que t'avais trois ans que tu peux pas t'en souvenir. C'est pas parce que ton souvenir, il est incomplet qu'il est faux. C'est juste parce qu'il faut te laisser le temps de l'intégrer. C'est la mémoire traumatique. Et pour une fois, être fière de retrouver ce souvenir, me dire, ça veut dire que j'ai la capacité aujourd'hui de l'accueillir. Quelle force c'est ! Donc ça change tout. Vraiment de comprendre comment ça fonctionne, ça change réellement tout. Donc merci pour ta question qui est d'une grande importance.
- Speaker #0
On a sûrement des gens qui nous écoutent et qui ont déjà ressenti des choses pas normales ou bizarres ou qui se sentent bizarres. Qu'est-ce que tu pourrais leur dire à tous ceux-là ?
- Speaker #1
Vous ne l'êtes pas. Vous ne l'êtes pas et si tu penses être bizarre, attends d'entendre ce que je vais te dire. Parce qu'il y a des souvenirs qui restent. Il y a des souvenirs qui restent et qui laissent une honte extrêmement profonde. Une honte qui dévore. Moi, c'est le souvenir d'une enfant. Je ne le partage pas souvent parce que je sais qu'il choque et il est peu compris. Mais si tu l'as vécu, tu vas totalement comprendre et tu vas te reconnaître dans ce que je vais dire. C'est le souvenir d'une enfant qui a 8 ans, 7 ans et qui en fait est obligée de revivre les scènes dans son esprit pour pouvoir s'endormir. Ça veut dire que la petite Gladys, pour qu'elle s'endorme chaque soir, pour qu'au lieu de transformer sa nuit en insomnie, elle doit se souvenir de où son grand-père a mis sa main sur elle. Et tous ceux qui nous écoutent vont peut-être trouver ça dégueulasse, sale, mais c'est la réalité. Et je te dis que j'en ai honte parce que quand j'allais chercher ces souvenirs dans ma tête, je me disais mais t'es pas normale. Enfin t'es bizarre, sérieusement t'es bizarre. Et je me répugnais moi-même de faire ça parce que je me disais c'est censé être quelque chose de sale et toi tu vas chercher ça pour te calmer. Et je suis mais certaine qu'on est des mignons à avoir ça, à avoir développé cette technique et à ressentir un apaisement, une excitation même paradoxale en se disant mais je suis dégueulasse de penser ça. Alors que c'est tout l'inverse, alors qu'il y a des mécanismes psychologiques. Et je te le dis aujourd'hui parce que je l'ai compris, il y a de vraies choses derrière ça. Si tu l'as vécu, si tu l'as ressenti, je t'en supplie reste parce que c'est trop important pour ne pas en parler. Parce que j'ai honte de te dire ça. Mais je suis fière à la fois d'avoir compris pourquoi ça m'arrivait. Et j'ai donc compris que j'avais une forme de contrôle. Pour la première fois dans ma vie, c'est pas mon grand-père qui venait me faire du mal. C'est moi qui choisissais de me faire du mal. C'est moi qui choisissais d'appuyer sur play et de lancer ce souvenir. Et c'est comme ça que tu transformes 30 minutes. à penser, à ressasser et à être finalement dans l'imprévisibilité de quel souvenir va me ressortir, quel flashback je peux avoir, quel cauchemar je vais faire. Là, c'est moi qui choisissais. Je vais déclencher ce souvenir dans ma mémoire. Et du coup, tu as cette forme de contrôle paradoxal.
- Speaker #0
Tu maîtrises ton malaise, quoi, enfin ton mal-être.
- Speaker #1
Exact, exactement. Et donc, du coup... Assez paradoxalement, tu as un coxelle d'hormones avec l'ocytocine, la dopamine et une troisième hormone qui fait que l'hypervigilance baisse. Parce que tu revis quelque chose que tu connais déjà. Et donc c'est mille fois moins malaisant, c'est mille fois moins effrayant que de se dire mais quel cauchemar va venir. Tu vois ce que je veux dire ? Donc pour une fois, cette notion d'avoir le contrôle, ça me calmait. et de revivre une situation qui finalement était devenue familière.
- Speaker #0
Merci pour ces moignages. On va parler maintenant un petit peu plus du processus de reconstruction par la justice. Qu'est-ce qui se passe si on ne peut pas, ou si on ne veut pas engager un procès ? Est-ce qu'il n'y a pas une culpabilité ? qui va se réveiller chez la victime, est-ce que ça ne va pas la faire douter aussi de la légitimité de sa souffrance et de tout ce qu'elle subit ?
- Speaker #1
Déjà, il faut comprendre qu'est-ce que porter plainte signifie. Porter plainte, c'est déclarer à l'État qu'il reconnaisse sa faute, qu'il reconnaisse qu'il y a eu crime ou délit, qu'il y a eu viol ou agression sexuelle. Mais en fait, t'as pas besoin de ce tampon de l'État qui dit victime pour te considérer comme victime d'inceste ou d'agression sexuelle. Et ça, c'est essentiel. En fait, tout change le jour où tu commences à te croire. Tout change le jour où, quand tu reçois ces flashbacks, quand tu reçois ces souvenirs, tu oses dire « ça fait partie de mon histoire » . Et même si j'en tremble, même s'il y a des choses qui me font peur, j'ose dire que j'ai vécu une agression sexuelle, que j'en ai été victime, que je l'ai subie, mais que ça ne me définit pas pour autant et que je n'ai pas besoin. de la reconnaissance de qui que ce soit. Ça, c'est essentiel. Parce que sinon, oui, tu vas l'avoir, cette culpabilité. Mais ça veut dire que ton état, il dépend du regard des autres. Et ça, c'est tellement, tellement dangereux. Et c'est tellement destructeur. Parce que tu te bases sur quelque chose dont tu n'as pas le contrôle.
- Speaker #0
Ok. Mais pour autant, je pense que parmi toutes celles et ceux qui nous écoutent, Il y en a un paquet qui se pose la question. Comment on fait pour porter plainte ?
- Speaker #1
Je vais essayer de vous répondre avec tous les éléments que j'ai appris, que j'ai recherchés, pour ne pas me tromper parce que du coup ça n'a pas été mon cas. Donc je m'excuse par avance si ces éléments ne sont pas les meilleurs. Je vais essayer de vous mettre un maximum d'informations parce que c'est quelque chose qui, comme tu le dis, est important. On a beau se dire... Bon Je ne vais pas porter plainte, on a envie de savoir ce qui se passe derrière ce mot. On a envie de savoir comment faire concrètement pour savoir si on en a le courage, on en a l'envie. Donc déposer plainte, en théorie, ça paraît plutôt simple, puisqu'il faut se diriger vers un commissariat de police ou de gendarmerie. Ou alors on peut avoir la troisième motion qui est d'écrire une lettre à un procureur. Envoyer une lettre à un procureur en écrivant tous les faits, etc. Si on choisit les options qui sont les plus souvent choisies, le commissariat de police ou la gendarmerie, ça signifie qu'on va devoir raconter notre histoire, raconter les faits. Et c'est une déclaration qui dit « Je me reconnais comme étant victime d'agression sexuelle ou de viol et je souhaite déposer plainte pour que l'État, donc français, enquête et déclare si oui ou non j'ai été victime de ce délit, de ce crime. C'est ça concrètement, déposer plainte. Pendant cette plainte, il y a des questions qui vont vous être posées pour pouvoir savoir ce qui s'est passé, pour pouvoir écrire justement tous les faits. Tout va être écrit, tout va être rédigé par la personne qui va prendre votre plainte. Et suite à cette plainte, normalement vous allez devoir la signer. Une copie doit vous être mise. et le commissariat en garde l'autre copie. Et suite à ça, soit des poursuites vont être engagées, soit ça peut être classé sans suite. En tout cas, il va y avoir une enquête, donc on va rechercher le maximum de preuves. Les preuves, ça peut être les témoignages des proches qui ont vu. Ça peut être aussi les témoignages de proches à qui on a dit, parce que très souvent, il n'y a personne lorsque les faits se passent. On nous demande très souvent des témoignages, mais si quelqu'un était là, ça serait sûr. Donc, témoignages de ce que j'ai dit à l'époque, à ma copine, à mon cousin, ce jour-là, où ça s'est passé. Il peut y avoir aussi des messages, des textos, des photos, des vidéos, mais très souvent, ce n'est pas le cas. Donc, c'est compliqué d'obtenir des preuves. Il peut y avoir des examens médicaux qui sont passés pour voir s'il y a eu des déchirures, s'il y a eu ce genre de choses. pour pouvoir constater que ça a été non consenti. Donc c'est ça, concrètement, le dépôt de plainte.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des délais ? Parce que je crois que les choses ont un petit peu changé, et notamment, me semble-t-il, pour les victimes d'agressions quand elles sont mineures.
- Speaker #1
Exactement. Exactement, on ne les connaît pas. Enfin, moi personnellement, je ne les connaissais même pas, ces délais de prescription. Et je me disais, même si moi j'aurais voulu porter plainte, finalement aujourd'hui c'est trop tard.
- Speaker #0
Et j'aimerais vous dire qu'il n'est jamais trop tard pour porter plainte si tu as vécu une agression sexuelle ou un viol. Parce qu'en effet, surtout pour les mineurs, les délais de prescription étaient rallongés, parce qu'on le sait. C'est hyper compliqué d'en parler. La parole, elle se libère, mais des années plus tard. Mais je ne parle pas d'un an ou deux ans. On le sait très bien, c'est dix ans, c'est vingt ans plus tard qu'on commence à en parler, qu'on commence aussi à retrouver ses souvenirs.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Avant même de pouvoir en parler, il faut d'abord...
- Speaker #0
Exact. Donc oui, ces délais ont changé. Sur les mineurs, ça ne fonctionne pas à partir du jour où les faits ont été commis. C'est plutôt à partir de ta majorité. Tu as jusqu'à 30 ans, il me semble. Donc si c'était un viol, c'est reconnu comme un crime par le code pénal français. Il faut le savoir. Donc c'est des délais de prescription qui sont plus longs. Il me semble que tu as jusqu'à tes 38 ans. Donc ça veut dire que peu importe si tu l'as subi alors que tu avais 15 ans, 6 ans ou 17 ans, tu as jusqu'à tes 38 ans pour porter plainte. Donc ça, c'est réellement à savoir. Maintenant, si tu es mineure et tu as vécu des agressions sexuelles, je crois que c'est 10 ans de moins. Donc tu as jusqu'à tes 28 ans pour déposer plainte.
- Speaker #1
C'est encore pas beaucoup. 28, 38, qu'est-ce qu'on fait des victimes ?
- Speaker #0
Alors je crois que c'est 28, je sais plus si c'est 38 ou 28, mais c'est ce genre de chiffres, on les affichera encore une fois. Et pour ce qui est de viol sur personne majeure, je crois là qu'on a jusqu'à 12 ans après les faits. Enfin ça fonctionne différemment du coup, une fois qu'on est majeur c'est un délai après les faits et on a jusqu'à 6 ans après les faits si c'est des agressions sexuelles pour les majeurs. Et pour les mineurs, pour les agressions sexuelles, il y a une vraie dépendance en fonction de si on a moins de 15 ans, puisque c'est la majorité sexuelle, ou si on a moins de 18 ans. Donc aussi avoir entre ces délais-là. Et c'est quand même à prendre en compte, c'est des délais qui sont quand même essentiels à rappeler, parce que même si ça reste court, ça nous laisse un temps de plus. Et c'est déjà bien qu'il y ait eu une reconnaissance pour comprendre qu'il pouvait y avoir un laps de temps plus ou moins long. avant d'en parler, avant de retrouver ses souvenirs. C'est vraiment important.
- Speaker #1
Et concernant les procédures, est-ce qu'il y a des infos qui sont un peu taboues ou qu'on ne connaît pas forcément et que tu voudrais pouvoir nous partager ?
- Speaker #0
Alors oui, il y en a un bon nombre. J'aimerais commencer par les fondamentaux qu'on ne connaît pas. Tu as le droit d'être accompagné lorsque tu vas déposer plainte. Et ça, peu importe par qui. Un membre de ta famille, un membre d'une association, ton copain, ta copine, tu as le droit d'être accompagné. Moi, quand j'ai appris ça, évidemment que ça change quelque chose. Tu te sens bien moins seule de pousser cette porte de commissariat qui peut paraître très imposante.
- Speaker #1
Oui, surtout quand tu viens déposer une parole comme celle-ci face à un homme, par exemple, qui pourrait t'impressionner un petit peu ou le fait d'être accompagné.
- Speaker #0
Exactement. Et ça, c'est pareil. C'est très, très important. Et je te coupe parce que c'est vraiment important. Tu as le droit de demander à ce que ce soit une personne du même sexe. Tu étais au courant ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Je ne l'étais pas non plus. Et sachant que...
- Speaker #1
Tellement.
- Speaker #0
Ce n'est pas la même chose que de raconter la partie de sa vie la plus intime devant un homme que devant une femme. Donc ça, c'est aussi à savoir. Si la personne du sexe que tu veux n'est pas disponible, il n'y en a aucune qui est présente dans ce commissariat, il n'y a aucun souci d'aller faire un autre commissariat. juste pour que tu te sentes plus à l'aise parce que c'est important troisième chose la personne n'a pas le droit de te poser des questions qui ne vont pas faire avancer l'enquête et qui sont dites subjectives tu portais quoi ce jour là ? est-ce que ça va faire avancer l'enquête ? et pourtant je pense que c'est des questions qui sont souvent posées et pourtant oui pour te dire à quel point ça peut être violent quand tu vas déposer plainte et je ne le dis pas pour faire plainte peur. Je le dis parce qu'on a dit que c'était sans culpabilité et parce qu'il faut absolument que toute personne soit prévenue de ce qui peut se passer. J'ai une amie à moi qui a été agressée sexuellement par le fils de sa baby-sitter, qui avait 18 ans et elle en avait 4. Garde bien cet âge en tête, 4 ans. Elle est allée déposer plainte avec ses parents, ce qu'on lui a dit, ce que le policier lui a dit. Est-ce que tu ne l'as pas un peu provoqué ?
- Speaker #1
À 4 ans. Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Tu as l'air d'avoir un regard provocateur.
- Speaker #1
À 4 ans.
- Speaker #0
Comment tu peux dire ça à une enfant ? Comment déjà tu peux dire ça à quelqu'un qui vient te déposer sa plainte ? Parce qu'on le rappelle, peu importe que tu aies 18, que tu en aies 4 ou que tu en aies 38, tu ne provoques pas un viol. Tu ne provoques pas une agression sexuelle. Et ça peut importe ta tenue, peu importe ton regard, peu importe ton âge, peu importe ce que tu l'as dit, si tu étais bourré ou non. Tu ne provoques pas une agression sexuelle. J'insiste et je laisse ça. C'est trop important. Mais à 4 ans, comment tu peux te retourner face à cette petite fille et oser lui prononcer ses paroles ?
- Speaker #1
C'est pas possible.
- Speaker #0
Est-ce que tu te rends compte que tu peux détruire une vie ? Est-ce que tu te rends compte que ces 4 petits mots peuvent rester dans sa tête jusqu'à sa mort ? Et après, on s'étonne des chiffres. Mais ce gap, parce qu'il y a un gap qui est immense, parce que sans parler des chiffres, si on fait une théorie en général depuis les pourcentages, si on prend 100 femmes qui ont vécu des violences sexuelles, c'est 8 d'entre elles qui vont aller penser aller jusqu'au commissariat ou jusqu'à la police. Sur ces 8, c'est 6 d'entre elles qui vont réellement porter plainte. Sur 100 femmes. Donc ça signifie que 94 d'entre elles ne vont pas déposer plainte. Mais là, on parle de vie, on ne parle pas de chiffres. On parle de personnes qui n'auront pas la reconnaissance.
- Speaker #1
Souhaitées.
- Speaker #0
Souhaitées, exactement. Parce qu'elles auront peur, et cette peur, on ne la comprend pas. On invite à aller porter plainte, mais lorsque l'on dépose plainte, on nous reçoit avec ce genre de parole. On nous reçoit avec comment t'étais habillée ? Est-ce que tu l'as pas provoquée ? Quelle pull, quelle robe t'as portée ? Mais c'est pas possible. Donc oui, je pense qu'il faut réellement en parler. Et il faut aussi parler de cette longueur de la procédure. Moi, j'ai la chance de connaître énormément de femmes courageuses qui ont décidé de porter plainte et qui me racontent leur parcours du combattant parce qu'on peut... littéralement l'appeler comme ça. Je connais quelqu'un qui a déposé plainte en 2022, son procès aura lieu en 2027. Comment tu peux demander à une personne de se reconstruire alors que tu la laisses 4 ans, 5 ans avant d'avoir la fin, avant d'avoir même ce mot posé de victime ? C'est pas possible. T'imagines le courage que ça demande de ressasser ? Parce que c'est aussi ça. C'est des interrogatoires, c'est des questions intimes, c'est des examens médicaux. Et tu peux pas laisser ça durer sur 5 ans. C'est une douleur que tu ravives à chaque fois. Donc, c'est des choses qu'il faut savoir, en connaissance de cause, avant de déposer plainte. Toi comme moi, je pense qu'on est là pour faire peur à personne. Mais on est là pour dire la vérité. On est là pour... parler sans culpabilité et c'est juste important pour moi de vous donner ces éléments parce que je ne suis personne pour juger si il est bon ou non de porter plainte parce que je ne suis personne pour te dire tu dois le faire et d'ailleurs personne n'a à le faire peu importe que ce soit ta famille, ta psy ton entourage, personne n'a à t'obliger à aller porter plainte parce que c'est pas eux qui vont vivre cette procédure oui et puis comme tu l'as dit un petit peu plus tôt
- Speaker #1
quelque part, le processus de guérison, il ne passe pas forcément par la plainte. En fait, je pense que ça dépendra de chaque histoire, de chaque personne, de ses ressources, de sa situation actuelle. Pour autant, parmi tous ceux qui nous écoutent et qui nous regardent, il y en a peut-être qui veulent vraiment aller jusqu'au bout et déposer plainte. Est-ce qu'il y aurait une seule clé que tu pourrais leur offrir pour leur donner l'envie ? et le courage de se lancer.
- Speaker #0
J'aimerais commencer par... Je te respecte si tu déposes plainte. Et je te respecte tout autant si tu ne déposes pas plainte. Parce que mon respect envers toi, envers toutes celles qui nous écoutent aujourd'hui et tous ceux qui ont été agressés sexuellement, je veux vous dire que je vous respecte tout autant sincèrement et tout autant puissamment que vous déposez plainte ou non. Ça n'a rien à voir avec ça. Et vraiment. Je le redis et je le redis parce que c'est trop important. Parce qu'on fait croire que déposer plainte, c'est être plus courageuse qu'eux. J'ai survécu, tu as survécu à ce que des personnes ne pourraient imaginer. Notre courage, il n'est pas dans le dépôt de plainte. Notre courage, il est dans le fait de se lever jour après jour. Donc ça, c'est très, très important. Et mon conseil pour celles et ceux qui voudraient et qui... ont vraiment cette envie, cette conviction de déposer plainte, c'est juste ne laisse pas ça définir ton état. Ne laisse pas ça définir qui tu es. Ne te dis pas je serai heureuse quand la justice m'aura donné raison. Ton bonheur, je sais que c'est difficile. Et vraiment, je pèse mes mots. J'imagine à quel point c'est difficile parce que j'ai l'impression de me retrouver dans une posture d'imposteur en disant ça. Parce que je ne l'ai pas vécu, tu vois. Mais... J'ose imaginer à quel point c'est difficile et je veux que tu saches que ton bonheur ne doit pas dépendre de ça. Vraiment, c'est trop important. Supprime le « je serai heureuse quand je suis heureuse » . Ou en tout cas, j'essaie, déjà de l'être. Ce serait mon seul petit conseil en tant que impostrice.
- Speaker #1
Merci beaucoup Gladys. Merci une nouvelle fois pour ton témoignage, particulièrement intime. touchant et ô combien important. Merci aussi à vous pour tous vos commentaires. Vraiment, j'insiste parce que la parole de Gladys, elle est extrêmement importante et elle ouvre le chemin pour tous ceux et celles qui vivent actuellement une situation compliquée. Merci à toi.
- Speaker #0
Merci à toi aussi de m'écouter. Merci à toi d'être là. Merci à vous d'être là. semaine après semaine, vraiment ça nous fait extrêmement plaisir, on essaye de garder une régularité pour vous pour nous parce qu'on adore aussi les faire mais c'est vrai que ça demande beaucoup de travail mais c'est tellement d'amour, tellement de bonnes choses et puis comme l'a dit Elsa vraiment un like, vérifiez que vous avez liké, que vous êtes abonné ça peut tout changer pour ce projet, ça peut tout changer pour celles et ceux qui l'ont vécu et qui ont Merci. Cette envie d'être reconnue pour une fois, c'est aussi ça. C'est cette reconnaissance de voir que ce sujet, il peut toucher sur des plateformes comme celles où on nous écoute. Donc un like, un commentaire, juste un petit cœur violet. Vraiment juste un petit cœur violet. Vous ne vous imaginez pas à quel point, quand je les lis, je suis heureuse de savoir que de un, je n'ai pas été seule et de deux, vous avez été touchée par cette parole. Parce que je n'estime pas ouvrir une voie comme tu le dis. Mais j'estime que je le fais pour vous. Je le fais avec beaucoup d'amour. Et que recevoir vos commentaires, c'est en avoir tout autant que ce que j'en délivre. Et j'en demande pas plus pour faire vivre ce projet. Donc s'il vous plaît, vérifiez ces trois choses. Un like, un commentaire, un abonnement. Et un partage. Et un partage. Un partage aux gens que vous aimez. Surtout en ces périodes de fêtes. Encore une fois, on n'a pas passé la deuxième.
- Speaker #1
Et puis bien sûr, vous le savez, Gladys, vous pouvez la retrouver sur les réseaux sociaux.
- Speaker #0
Exactement. Au nom de Ressalir, on se retrouve toujours plus nombreux pour découvrir aussi parfois les coulisses de ce tournage, les coulisses de ma vie, les hauts et les bas. Quand les flashbacks reviennent, qu'est-ce que je décide d'en faire ? Donc n'hésitez pas. Et puis je crois qu'on se retrouve dans deux semaines.
- Speaker #1
Exactement. Dans 15 jours, on se retrouvera pour parler de... le quotidien d'une victime, tous les impacts que ces agressions ont pu avoir sur toi et surtout, on verra ensemble comment on peut entamer un processus de guérison.
- Speaker #0
Exactement. Je suis vraiment très heureuse de faire cet épisode. Il me semble tous important. Mais celui-ci, n'hésitez pas d'ailleurs, si vous avez des questions sur la santé, si vous avez des questions sur ce que vous ressentez, à nous les poser. en commentaire. Je sais qu'il faut un courage immense, mais je sais aussi que tu l'as, ce courage. Donc vraiment, ça peut nourrir le prochain épisode. Et je pense que c'est aussi important pour moi que pour toi de savoir que cette saison, on l'a fait avec vous, encore une fois. Pas pour vous, avec vous.
- Speaker #1
Et sans culpabilité.
- Speaker #0
Sans culpabilité.
- Speaker #1
Parce que oui, encore aujourd'hui, trois enfants en moyenne par classe subissent un viol en France. Et toutes les trois minutes, c'est un enfant qui subit Un viol, un inceste, une agression sexuelle, donc c'est beaucoup trop. Donc on continuera d'en parler, parce qu'en parler, c'est commencer à agir. Et puis si toi aussi, tu subis actuellement une agression ou un moment compliqué, il existe le 119, c'est un numéro qui est gratuit, qui est anonyme, qui est disponible 24h sur 24, tu seras écouté. Tu seras entendu parce que toi aussi, tu as le droit d'être cru. Tu as le droit d'être entendu. Et tu as le droit de vivre sans honte et sans culpabilité. Merci Gladys.
- Speaker #0
Merci à toi Elsa. Merci à vous encore une fois. Et on se retrouve dans 15 jours, sans culpabilité encore une fois. Et encore merci, prenez le temps de nous écrire ce que vous souhaitez voir dans ce prochain épisode.