- Elsa Trinquesse
Bonjour à toutes et à tous. Bonjour Gladys.
- Gladys
Coucou Elsa et coucou à toi qui nous écoutes.
- Elsa Trinquesse
Bienvenue dans ce nouvel épisode de Sans Culpabilité. Dans ce podcast, on parle évidemment sans honte, sans filtre, sans tabou, mais surtout sans culpabilité. Alors on espère déjà que vous avez passé de très belles fêtes de fin d'année, que vous êtes bien reposés et que tout s'est bien passé pour vous, avec ou sans vos proches. Et pour ce nouvel épisode, nous allons parler en fait des conséquences que les agressions sexuelles ont eues sur toi Gladys et sur vous qui nous écoutez.
- Gladys
Je vais me permettre de faire un petit aparté pour dire que j'ai quelque chose de très très important à vous annoncer à la fin de cet épisode. Alors à toi qui m'écoutes, reste bien jusqu'à la fin parce que j'ai vraiment une annonce très très importante à vous faire. Comme vous avez pu le voir, on a mis plus de temps que ce qui était prévu pour tourner l'épisode parce qu'il y a eu quelques choses qui se sont passées dans nos vies personnelles. Et je tiens à vous le dire en toute honnêteté parce que c'est ce qu'on promet ici. Donc c'est important pour moi de vous transmettre ça et je vous en parlerai un peu plus longuement à la fin de cet épisode. Donc restez bien jusqu'à la fin. Alors Gladys, pour commencer cet épisode,
- Elsa Trinquesse
j'aimerais bien te demander pourquoi tu as tenu ? À le faire cet épisode, en quoi pour toi ça a de l'importance de revenir sur les conséquences que les agressions sexuelles ont sur le corps et sur le cerveau ?
- Gladys
Comme tu l'as dit, on revient un petit peu sur cette thématique parce qu'on l'a déjà abordé dans l'épisode numéro 2 ou 3, il me semble. Et c'est important, je te l'ai souvent dit quand on a préparé cet épisode, c'est important, c'est important pour moi, c'est important pour nous, c'est important pour elles et eux. Et je pèse mes mots parce que ça touche, réellement. Ça m'a touchée, moi, de plein fouet, de par l'histoire d'une de mes proches, qui a, elle aussi, vécu l'inceste, qui m'a un jour appelée, pas en pleurs, mais sidérée, en colère. Et je comprends cette colère. Et qui m'a annoncé qu'en fait, elle avait passé un examen. dans son sommeil et que dans son sommeil, elle se réveillait 55 fois par minute. Et ça, ce n'est pas juste une des conséquences du trauma, c'est l'une des conséquences du trauma.
- Elsa Trinquesse
55 fois par minute, c'est-à-dire qu'en fait, elle ne dort pas ?
- Gladys
C'est-à-dire qu'elle ne dort pas. C'est-à-dire qu'elle ne dort pas, c'est quelqu'un qui a la fibromalgie, c'est quelqu'un qui a déjà un passé lourd, qui a déjà beaucoup de conséquences. de ses incestes, et en fait on vient lui rajouter ça, on vient lui rajouter cette incapacité à se reposer, et je sais que tu vas te reconnaître, parce qu'on est très très nombreuses à l'avoir, on va l'aborder, mais ça ce n'est qu'une des conséquences. Et en fait ça m'a frappée ce soir-là, parce que je me suis dit, on a déjà vécu quelque chose d'extrêmement lourd, et on a ça en plus, et le pire, c'est qu'on n'en parle pas. Parce qu'un corps, si on serait reconnu et qu'on en prendrait en charge comme il le faut, tu vois, cet examen, elle le passe aujourd'hui. Mais si elle l'avait passé bien plus tôt, elle aurait pu agir en conséquence. Là, c'est des heures de sommeil, des années de sommeil qui sont parties, tu vois. Et ça, c'est ce dont je veux parler aujourd'hui pour essayer d'éveiller les professionnels, mais aussi celles et ceux qui le subissent, pour leur dire vous n'êtes pas seuls. Et les mots que vous avez ont des noms. Et c'est pas juste de la folie.
- Elsa Trinquesse
Les mots M-A-U-X.
- Gladys
Exactement.
- Elsa Trinquesse
Pour qu'on comprenne bien ce que ça change dans la vie, ces agressions sexuelles, par quoi est-ce que tu voudrais qu'on commence de parler ?
- Gladys
J'aimerais qu'on commence par parler du cortisol, ce qu'on appelle l'hormone du stress. Parce que pour moi, c'est l'une des choses les plus importantes et c'est l'une des choses dont on ne parle pas, alors que cette hormone peut être comprise de manière très très simple. Sans l'aborder théoriquement de manière scientifique, on peut tout à fait en parler. L'hormone du stress, le cortisol, on en reçoit tous. Ça t'est déchargé quand tu fais face à un danger, ça m'est déchargé quand je fais face à un danger. Et là tu vas très vite comprendre, le danger survient de manière conséquente. Lorsqu'on est violé, lorsqu'on est agressé sexuellement, je t'imagine que quand tu es face à cette violence, c'est pas une petite dose. Le cortisol que tu reçois, c'est une dose qui est... conséquente qui est déchargée dans ton cerveau. Donc ça, on le sait. Mais ce dont on ne parle pas, c'est le fait que cette hormone, elle revient. Un corps et un corps. Lorsque ça se produit de plusieurs manières, plusieurs fois, moi par exemple, puisque c'était de l'inceste, je ne l'ai pas reçu une journée dans ma vie ce cortisol. Je l'ai reçu chaque jour et ce qu'on ne sait pas. Et ce dont on parle trop trop peu, c'est que ce cortisol, il peut ressurgir rien qu'en entendant le nom de la personne, rien qu'en voyant un objet qui est similaire. Par exemple, je vois une lampe derrière, si cette lampe ressemble à la lampe qui était lors des lieux quand je me suis fait violer, le cortisol peut remonter. Et ça, on n'en parle pas ?
- Elsa Trinquesse
Est-ce que tu pourrais nous expliquer en quoi le cortisol s'active automatiquement lors d'une agression sexuelle ? Qu'est-ce qui se passe en fait à ce moment-là ?
- Gladys
Ce qui se passe, pour vraiment vulgariser, c'est que tu perçois du danger. Ton cerveau perçoit une menace de mourir ou de... D'une interférence, tu vois. C'est une interférence dans ton intimité. C'est quelque chose qui ne devrait pas se passer. Quand tu fais un rapport qui est consenti, c'est toi qui choisis l'action. Quand c'est quelqu'un qui arrive en face de toi et qui te montre une partie sexuelle ou qui t'oblige à faire certaines choses, ce n'est pas un choix. Et donc, c'est perçu comme un réel danger. Et il y a cette alarme qui commence à sonner et cette alarme cortisol qui s'active. Et le cortisol, il est aussi là. Merci pour ta question. pour nous permettre de se mobiliser au plus vite possible. Tu es en danger, tu dois faire quelque chose. Et c'est le fameux fight, flight or move. C'est cette fameuse réaction qui survient. Et du coup, très souvent, tu as par exemple de la transpiration, tu as tes muscles qui se crispent comme si tu devais être prêt à courir, prêt à bouger ou alors une totale sidération. Et tu as aussi du coup tout le reste du corps qui... est paralysée dans son mode de fonctionnement. Ce qui signifie que tout ce qui n'est pas pour ta survie s'arrête. Ta digestion, elle se bloque, elle se coupe, parce qu'elle n'est pas essentielle à ce qui est en train de se passer maintenant. Donc oui, ta respiration, elle continue, mais ta digestion, elle se coupe.
- Elsa Trinquesse
Ce n'est pas vital.
- Gladys
Exactement. Et même tes hormones sexuelles, elles s'arrêtent. Avoir ces règles, ce n'est pas le plus important quand tu es face à ce danger qui est permanent et continuel. Donc tu as beaucoup, beaucoup de choses dont on ne parle pas, mais qui restent bloquées ici, dans ton ventre. De vraies incidences.
- Elsa Trinquesse
De vraies incidences. Ok, et en quoi cet état de stress quand il est justement... presque normal. En quoi ça a une incidence biologique à la fois sur le cerveau et sur le corps ?
- Gladys
L'incidence, elle arrive à partir du moment où c'est répété et où le cortisol, comme tu l'as dit, devient normal. Parce que tu vas percevoir un danger, je vais percevoir un danger. Il n'y a aucun souci à ça. Tu vas avoir ton cortisol qui est activé et il est là pour les bonnes raisons. Pour te protéger, pour te prévenir que tu es en mode danger. Le souci, c'est que moi. Dans mon enfance, le cortisol, il faisait partie de ma vie. Je l'avais chaque jour, et quand tu l'as chaque jour, ça laisse pas le temps à ton corps de redescendre. C'est comme si t'étais plus jamais en mode zéro. T'avais le 1 qui était activé, le 2, le 3, et en fait, tu te reçois ces shots. Mais à aucun moment, tu n'as le temps de les extraire de ton corps. Donc du coup, c'est très dangereux parce que ça devient addictif et que tu es limite plus mal dans une position où tu n'as pas de cortisol. Entre pot,
- Elsa Trinquesse
entre guillemets.
- Gladys
Exactement. Qu'en position où ça sécrète du cortisol. Et c'est pour ça que très souvent, comme je te le disais, on recherche ce danger. On recherche le pic. On recherche cet instant où on reviendra à la norme.
- Elsa Trinquesse
Est-ce qu'il y a des conséquences sur le long terme ? Est-ce qu'il y a des conséquences sur le long terme sur la santé ?
- Gladys
Alors oui, parce que du coup, tu t'en doutes que garder autant d'hormones de stress dans son corps, c'est pas... C'est pas possible. Donc il y a ce que j'appelle les mécanismes du corps qui ressortent. C'est-à-dire, en fait, c'est pas normal ce qui est en train de se passer et peut-être qu'il faut aller creuser parce que cette norme ne l'est pas en réalité. Je fais vraiment ça parce que tu vois, c'est un trou plein. Et à partir du moment où ça devient trop, il y a des maladies auto-immunes qui s'activent, il y a une inflammation corporelle, il y a vraiment, comme je le disais, ma maladie d'Hashimoto, c'est vraiment ce stress qui s'est déclenché et tu as ton corps qui commence à s'attaquer lui-même parce qu'il est toujours en danger. Et tu ne peux pas rester continuellement en danger, ce n'est pas possible.
- Elsa Trinquesse
Qu'est-ce que tu aimerais répondre ? à toutes celles et ceux qui nous écoutent ou qui nous regardent et qui ont encore tendance à se dire « Allez, ce n'est pas si grave, c'était que des agressions » ou « Ce n'est pas si grave, ce qui m'arrive à moi. »
- Gladys
J'aimerais te dire que la minimisation peut te tuer. Qu'en fait, avoir perdu le contrôle de ton corps, c'est la chose la plus horrible qui puisse être. Et il n'y a pas de hiérarchie de violence. Il n'y a pas de « tu as vécu ça et c'est beaucoup moins grave que moi, c'est beaucoup plus grave que moi » . En fait, peu importe. Juste pour une fois, essaye de penser à toi. Et de comprendre que ce que tu as vécu, ça a fait du mal à la petite toi. Parce que pour ceux et celles qui ont vécu l'inceste... Et très souvent, quand je discute avec des femmes et des hommes qui l'ont vécu, ils me disent « Non mais aujourd'hui, ça va. » « Ok, aujourd'hui, ça va. » Mais comment la petite toi, elle l'a perçue ? Comment ça s'est passé le jour ? Enfin, je veux dire, t'as pas besoin de revenir dans les émotions, mais juste accepter que ça t'a fait du mal et que c'était hyper violent. Juste ça. En fait, c'est aussi te rendre une certaine partie de toi que d'accepter cette vérité. Donc je pense que c'est vraiment, vraiment important de ne pas minimiser.
- Elsa Trinquesse
Est-ce que tu dirais que le cerveau fait la différence entre un viol et une agression sexuelle ? Est-ce que biologiquement, il se passe entre guillemets moins de choses, à la fois sur le cerveau et sur le corps, quand il n'y a pas de viol à proprement parler ?
- Gladys
Alors, merci pour cette question, parce que ça va me permettre de mettre en lumière un certain point. J'ai une question pour toutes celles et ceux qui nous écoutent, et pour toi Elsa. Qu'est-ce que tu répondrais ? Un soldat qui vient de sortir de la guerre. Est-ce que tu le questionnerais sur est-ce que tu t'es pris des balles ? Quelle était la profondeur de ta blessure ? Combien de temps t'es resté à la guerre ? Il revient de la guerre, quoi. Point. Voilà. Ce que développent les soldats, c'est un PTSD. Ça a été prouvé, ça a été théorisé, comme on en a discuté. Ce que développent les victimes d'abus sexuels, de viols, Merci. et d'attouchement, c'est un PTSD ou un CPTSD. Pourquoi est-ce que quand les soldats reviennent de la guerre, on prend soin d'eux ou en tout cas on les traite comme des valeureux, courageux et chevaliers parce que c'est ce qu'ils sont, ils sont extrêmement courageux ? Et pourquoi toi, tu as vécu des attouchements et tu te remets en cause alors que finalement tu as peut-être développé la même chose qu'un soldat qui sort de la guerre ? Tu vois ce que je veux dire ? Quand tu te brûles avec l'eau, on ne va pas te demander à combien de degrés tu t'es brûlée. La première chose qu'on va faire, même avant de te demander ce qui s'est passé, c'est que tu as été brûlée, je te prends en charge, je te soigne. Et en fait, ça a été prouvé que les victimes d'attouchements ont autant de chances de développer des agressions. Ça a été prouvé que les victimes d'attouchements ont autant de chances de développer un PTSD que celles qui ont vécu des viols. Donc non, ce n'est que des attouchements.
- Elsa Trinquesse
Ce n'est pas de différence.
- Gladys
Exactement. Ce que tu as vécu compte. Et même s'il y a une différence qui compte, c'est ce que tu as ressenti dans ton cœur et dans ta tête.
- Elsa Trinquesse
Récemment, tu nous as partagé sur tes réseaux sociaux une IRM particulièrement marquante. Est-ce que tu pourrais nous décrire ce que ça montre, ce que montrent ces images et en quoi c'est important que les victimes voient ces images ?
- Gladys
Alors effectivement, pour toutes celles et ceux qui ne l'ont pas encore visionné, je vous invite à aller justement sur le Instagram Ressalir pour pouvoir l'avoir. Moi, cette image, elle m'a choquée et c'est pour ça que je l'ai partagée. C'est parce que quand je suis tombée sur cette image, je me suis dit mais ça image. tellement bien ce que j'ai ressenti. Et ce dont on m'a dit, non mais t'appuies un petit peu, ou ça va, enfin ok, tout le monde a des soucis dans son cerveau, ou tout le monde est un petit peu en mode vigilance, c'est pas si grave. C'est la preuve que c'est, et c'est la preuve que c'est dans ma tête, mais c'est réellement dans ma tête. C'est pas juste une façon de parler. Exactement, c'est pas juste une expression. Et donc cette image qu'on va mettre justement à l'écran, On voit un cerveau dit normal, donc un cerveau sain. Et on voit un cerveau qui a été traumatisé, qui a été abusé sexuellement. Et on voit visuellement la différence. C'est impossible, même pour les plus dubitatifs, de dire qu'il n'y a aucune différence. Il y a une différence de couleur et il y a une différence d'activation. Il y a des zones qui sont dites allumées. Donc sur le premier cerveau, on peut voir deux zones qui sont allumées de couleur verte et jaune un petit peu. Le vert, c'est pour dire que l'activation est dite normale. Et le jaune, c'est une activation dite moyenne. Rouge, orange, tu t'en doutes, c'est vraiment le top de l'activation. Donc très très actif. Et sur ce cerveau qui est traumatisé, on voit énormément de taches rouges. Rouges ou oranges, mais ça n'est jamais vert. Le pire...
- Elsa Trinquesse
Oui, ça n'est jamais vert et même la différence, c'est que dans le cerveau pas traumatisé, il y a un peu de vert, un peu de jaune et puis beaucoup de noir, de tout va bien. Dans l'autre, tout est rouge quasiment.
- Gladys
Exactement. Et ce noir que tu appelles, c'est justement les zones qui ne sont pas activées, qui sont au repos. Parce que ce qui m'a le plus choquée, c'est que ce n'est pas un IRM d'une personne face à un danger, c'est des IRM de cerveau qui ont les yeux fermés. Donc ça signifie que le moment où tout le monde est censé être le plus au repos, c'est le moment où notre cerveau... s'active comme s'il était en feu, comme si la maison brûlait en face de nous. Et c'est là où tu vois qu'il y a une inégalité qui est profonde. Une inégalité. Une inégalité qui est profonde, exactement. Parce qu'on est censés être tous au même niveau. On est censés être tous au repos quand tu fermes les yeux.
- Elsa Trinquesse
C'est ça, quand on se repose, on se repose.
- Gladys
Exactement. Quand on se repose, on se repose, on reprend soin de nous, on recharge nos batteries. Et en fait, non. Et c'est ça qui est épuisant. C'est le fait que, de un, on ait cette activation qui est juste anormale, vraiment, il faut le dire, qui est anormale et qui est inégalitaire, alors qu'on est censé se recharger. Et de deux, qu'on ne nous écoute pas, qu'on ne nous donne pas la parole. Enfin, moi, cette image, je ne l'ai pas vue à TF1. T'entends les victimes, mais t'entends pas les conséquences. T'entends, il y a eu ce viol dans le 95, ok génial.
- Elsa Trinquesse
Mais ça fait quoi du coup ?
- Gladys
Ouais, ça fait quoi du coup ? Ça fait quoi réellement ? Et comment est-ce qu'on peut améliorer ça ? Comment est-ce qu'on peut pousser les recherches là-dedans ? Parce que cette CRM, c'est pas le plus montré, c'est pas le plus trouvé. Et c'est ça que je reproche aussi.
- Elsa Trinquesse
Bien sûr. Si on devait parler de l'hypervigilance, justement, comment à quelqu'un qui ne connaît pas du tout ce concept, ce que ça représente, comment tu pourrais présenter les choses, comment tu pourrais le décrire ?
- Gladys
Quelqu'un qui a vécu une agression sexuelle, quelqu'un qui a vécu des abus sexuels, se dira toujours « qu'est-ce qui se passe autour de moi ? » « Qu'est-ce qui se passe autour de moi ? » « Qui est présent autour de moi ? » Qui peut me faire du mal ? Qui peut me toucher ? Où sont les mains des personnes autour de moi ? Et je te le dis avec pas mal d'émotion, parce que c'est ce qui m'arrive même encore aujourd'hui, où j'ai beau avoir fait un travail sur moi, en fait j'arrive dans un restaurant, je suis obligée de regarder autour de moi qui est présent. Et c'est d'autant plus aggravé s'il y a des enfants, parce que j'ai peur pour ces enfants. Et mentalement, dès que je vois une petite fille, un petit garçon, peu importe, avec son grand-père, avec sa grand-mère, en fait, j'enlève mes AirPods, je coupe ma musique, juste pour m'assurer que ce grand-père ou que cette grand-mère ne fait pas du mal à cet enfant. Et je suis très très vigilante sur tous les enfants qui sont autour de moi. Peu importe que ce soit leurs parents à côté, que ce soit leurs proches, je suis toujours en panique. Et j'ai deux choses pour t'imaginer l'hypervigilance. Un jour, j'étais dans un train et juste vraiment, je m'apprête à prendre le train. Donc, je suis totalement sereine, normale, mais je regarde beaucoup autour de moi. Tu vois, cette activité sereine pour moi, c'est regarder quand même autour de moi. Et je vois une femme qui est assise à côté d'un homme et cet homme lui enlève. Elle avait un hijab, lui enlève. s'amuse à le enlever et elle le remet. Donc je comprends que ce n'est pas juste une blague, que vraiment elle n'est pas en sécurité et que ce n'est pas voulu. Et tu vois, juste pour moi et pour pouvoir la mettre en sécurité, j'étais obligée d'aller m'asseoir face à cet homme pour qu'il s'arrête de faire ce qu'il était en train de faire. Et tu vois, c'est cette hyper-vigilance qui m'a permis de remarquer directement ça. Et en fait, je la remercie parce qu'en soi, ça me permet de prendre soin des autres. Mais on le sait.
- Elsa Trinquesse
Ah, tu remercies ton hyper-vigilance. Je croyais que tu remerciais la personne.
- Gladys
Non, je remercie cette hyper-vigilance. Mais en soi, c'est à double tranchant parce que si tu nous écoutes et si tu as cette hyper-vigilance, tu sais à quel point c'est... En fait, c'est juste pesant. de toujours devoir faire attention à tout, constamment, tout le temps. Peu importe que ce soit nos proches ou non. Parce que ma deuxième expérience qui m'a le plus marquée, c'est d'avoir été dormir chez mon frère quand il a eu son appartement. Donc j'étais vraiment heureuse de cette journée, heureuse de pouvoir découvrir son appartement. Et c'est cette hyper vigilance qui revient. Parce qu'il est l'heure de dormir, je me couche, il se couche, on ne dort même pas dans le même lit mais dans la même pièce parce que c'est un appartement parisien donc c'est un cas de note carré. Et en fait je n'arrive pas à dormir. Je suis à côté de mon frère, la personne en qui j'ai le plus confiance au monde et je n'arrive pas à dormir. Parce que je me dis, imagine s'il me fait du mal. Imagine si en fait c'est pas la personne que tu penses. Imagine que tu te réveilles et il est sur toi. Et vraiment j'ai des flashs, alors que ça ne s'est jamais produit et que mon frère est la personne que j'affectionne le plus au monde. Mais c'est juste pour permettre aux personnes de déculpabiliser si ça t'arrive. C'est tout à fait normal, c'est juste comme on dit. Ces zones du cerveau qui ont tellement... eu tendance de s'activer, qu'elle se réactive dès que même il y a un homme à côté de toi. Et même pour aller plus loin, aux soirées pyjamas, j'étais celle qui s'endormait le plus tard. T'étais certaine qu'à 16h du matin, à 6h du matin, j'étais encore debout parce que j'avais peur. Et pourtant, j'avais passé une bonne soirée et pourtant j'avais confiance.
- Elsa Trinquesse
T'étais avec tes copines, t'étais...
- Gladys
Exactement. Mais t'as ce truc de... On ne sait jamais. Et toi, t'auras tendance, toi et tous les cerveaux sains auront tendance à rationaliser, à se dire, ok, peut-être que j'abuse, tu vois, je suis en sécurité, il y a six autres personnes avec moi, j'ai confiance, je les connais depuis longtemps. Pour moi, tout ça, ça sera des déclencheurs. Mon grand-père, je le connaissais depuis longtemps. C'était quelqu'un en qui j'avais confiance. Et tu vois, c'est tout ce système neuronal. Qui est complètement biaisé.
- Elsa Trinquesse
Oui, c'est ça. Tout est biaisé, c'est ça. On entend souvent, moi-même en tant que maman, j'ai tendance à le dire très souvent à mes enfants, que dormir c'est important. Bien dormir, c'est important. En quoi, d'après toi, c'est particulièrement fondamental quand il y a eu un traumatisme ?
- Gladys
J'ai été la première frustrée à entendre cette phrase de « il faut dormir » . Et je pense que toutes celles et ceux qui nous écoutent l'ont déjà entendue. « Faut dormir 8h par nuit » , « Pourquoi tu dors pas assez » , « Le sommeil c'est important » , mais pourquoi ? Qui nous a expliqué pourquoi ? Personne. On a tous répété ces phrases en boucle et en boucle. On sait aujourd'hui que le sommeil est hyper important, mais on ne mesure pas à quel point. Et je pense que le problème vient de là. On le sait, on est des milliers à ne pas réussir à s'endormir, on est des milliers à se retourner un corps et un corps, à négliger le sommeil, à prioritiser ce fait de toujours faire plus, de moins dormir. Mais en fait derrière il y a un immense trou noir qu'on ne sait pas. Le sommeil est la seule chose qui est capable de réguler ton appétit, réguler ton anxiété, donc diminuer tes pensées suicidaires. réguler tes hormones sexuelles, donc faire que tu aies des cycles réguliers ou irréguliers, et réguler ton appétit pour toutes celles et ceux qui ont des TCA, c'est immense. Et en fait, ton sommeil, il permet de faire tout ça. C'est la seule chose qui est capable de faire toutes ces choses en même temps. Et pourtant, on le néglige. Et moi, la première, je l'ai négligée à cause de cette hyper-vigilance. Je l'ai énormément négligée et même pas finalement par choix. Oui,
- Elsa Trinquesse
par nécessité biologique presque.
- Gladys
Exactement, parce qu'il fait nuit, j'ai peur. Tu me demandes d'aller dans un lit et de me calmer, alors que c'est la chose qui va le plus me traiter au monde. Et tu vois, pendant longtemps, j'étais incapable de m'endormir avant minuit, où tu me mettais au lit à 22h, génial, mais en fait, j'allais mettre 3h à m'endormir. Et vraiment, je ne dis pas, j'allais mettre 3h à m'endormir par habitude. C'était 3h. Et c'est 3h où tu te retournes, c'est 3h où tu Ausha, c'est 3h où t'es pas bien. Donc oui, je pense qu'il est très très très important de comprendre à quel point le sommeil est important. Et de parler de ça, de trouver des techniques, parce qu'il y a cette hyper-vigilance, et pour revenir à cette CRM.
- Elsa Trinquesse
C'est ça, si ce cerveau, il n'est jamais en repos, en fait.
- Gladys
Eh bien, ça ne fonctionne pas. Parce que ce qu'on n'explique pas, c'est que la pire chose à faire pour s'endormir, c'est se dire, « Ok, quelle heure il est ? Je ne suis pas en train de m'endormir. Il faut que demain, j'aille au boulot ou il faut que j'aille à l'école à 8h. » « Alors,
- Speaker #0
je n'ai plus que tant d'heures à dormir. »
- Gladys
La pire phrase à faire pour s'endormir. Mais ça, on n'en parle pas. Et pareil, il y a ces questions d'écran. Mais d'abord, pour revenir à ça, il faut savoir qu'il y a deux systèmes. Le système parasympathique et le système sympathique. Le système sympathique, c'est celui qui réfléchit, qui ordonne, qui raisonne. Donc c'est celui qu'on active toute la journée. Et le soir, il y a le système parasympathique qui s'active. C'est celui qui fait les choses automatiquement, donc qui te permet d'être totalement relâché et t'endormir. Sauf que si tu as vécu l'inceste, si tu as vécu des abus sexuels, des agressions sexuelles, tu détestes, tu perds le contrôle. Tu détestes être dans ton lit parce que tu n'as plus le contrôle. Et parce que tu es dans un lit, peut-être que c'est là où ça s'est aussi produit, parce qu'il fait nuit. La nuit, c'est énormément d'insécurité, c'est énormément de cauchemars, c'est là où toutes les pensées reviennent. Donc ça fait très très peur.
- Elsa Trinquesse
Oui, puis c'est le moment où tu te retrouves seule, face à toi-même.
- Gladys
Seule, face à toi-même ou face à tes cauchemars ? Et voilà. Parfois, le pire, c'est même pas nous-mêmes, mais c'est ce qu'on peut imaginer, ce qu'on peut se faire imaginer. Donc c'est réellement important de comprendre que tu ne vas pas dire à quelqu'un qui a vécu des agressions sexuelles, il faut que tu dormes. C'est ridicule. C'est ridicule parce qu'il ne dormira pas.
- Elsa Trinquesse
C'est même contre-productif.
- Gladys
C'est contre-productif parce que lui, il a son système sympathique, donc qui raisonne, qui pense, qui réfléchit, qui garde le contrôle. Et tant qu'il aura ce système qui est activé, il n'y aura pas de sommeil qui est possible. Et tu auras beau te battre et te dire quelle heure il est, il faut que je m'endorme, c'est la pire chose que tu vas faire parce que tu vas commencer à penser à qu'est-ce que je dois faire demain ? Comment je peux m'endormir ? Ça ne fonctionnera pas.
- Elsa Trinquesse
Dans le prochain épisode, on verra justement quelle technique toi-même t'as adoptée et tu pourras donner ces techniques à celles et ceux qui nous écoutent pour justement retrouver un sommeil un peu plus apaisé.
- Gladys
Exactement et j'aimerais parler de quelque chose parce que tu l'as dit, on parle souvent de ces 8 heures de sommeil qui sont importantes. On sait aujourd'hui en tant que femme ou comme on a besoin de 8 heures de sommeil minimum. Mais ce qu'on ne sait pas, c'est que tu peux dormir 8h et être tout aussi fatigué. Tu peux te coucher plus tôt et être encore plus fatigué que la veille alors que tu as dormi 4h. Comment on explique ça ? Tout simplement grâce à ces cycles de sommeil.
- Elsa Trinquesse
La qualité du sommeil.
- Gladys
La qualité du sommeil, exactement. Ce n'est pas le nombre d'heures que tu vas passer au lit qui compte, c'est la qualité de ton sommeil. Et si on m'avait dit ça plus tôt, je peux te dire que tout aurait changé. Tu vois, j'aurais arrêté de me forcer d'aller coucher à 22h ou à minuit, alors qu'en fait, je dois me coucher bien plus tard pour réellement m'endormir. Donc, comme je l'ai dit, quatre cycles du sommeil très importants. On va juste les aborder parce qu'il y a une vraie importance à les comprendre. Un cycle de sommeil, c'est 90 minutes. C'est ok pour tout le monde. Il y en a plusieurs durant la nuit, tu t'en doutes. Et ce qui va être important, c'est ces 4 cycles qui vont compenser ce cycle de 90 minutes. Première phase, de 0 à 10 minutes, sommeil léger. Endormissement, pardon. Endormissement de 0 à 10 minutes, pas encore le sommeil léger. Donc c'est la phase où très souvent, je vais toucher le bras, tu vas me dire « Non, non, je ne dormais pas. Je n'étais pas encore en train de m'endormir. » C'est cette phase-là, on est très très actif encore, mais on commence doucement à rentrer et à laisser ce système parasympathique nous prendre. Donc ça c'est génial, c'est la mélatonine aussi qui est sécrétée durant cet instant, c'est l'hormone du sommeil. Donc c'est en gros ce qui dit à ton cerveau, coucou, il est l'heure d'aller dodo parce qu'il fait nuit. Donc ça c'est régulé quand il fait nuit.
- Elsa Trinquesse
C'est le marchand de sommeil qui vient faire piquer les yeux aux enfants.
- Gladys
Exactement, qui est bien plus compliqué du coup avec les écrans, on le sait, parce que ton cerveau ne comprend pas que c'est un écran, il voit juste lumière, il se dit lumière, pas le moment d'activer, hormone du sommeil. Et donc tous les gens qui disent c'est pas bien les écrans, etc., expliquez-nous en fait, pourquoi ce n'est pas bon, au lieu de dire ce n'est pas bon. Donc très important, et ensuite de ça nous avons la deuxième phase du cycle, qui est le sommeil léger. Là, ton rythme cardiaque va commencer à... descendre, ta chaleur corporelle aussi va commencer à se réguler et tu vois, lentement tu vas commencer à t'endormir. Troisième phase, la phase la plus importante, c'est la phase de sommeil profond. C'est la phase où ton corps récupère le plus, c'est la phase où il y a un petit peu tout qui se passe. Je ne veux pas négliger la quatrième, mais vraiment la troisième est extrêmement importante et c'est là où très souvent il y a des réveils. Pour ceux et celles qui ont vécu l'inceste, parce que tu perds le contrôle. Tu as en fait le sommeil profond. Profond, ça signifie que tu n'as plus le contrôle. Et très souvent, moi je sais que je me réveillais dans ces phases-là où j'avais besoin de sortir parce que je sentais que je perdais le contrôle. Et la quatrième phase qui n'est pas à négliger non plus, c'est le sommeil paradoxal. C'est donc la phase où tu as la régulation de tes émotions, ce qu'on appelle les rêves et les cauchemars. C'est la phase aussi qui fait extrêmement, extrêmement peur. à beaucoup d'entre nous parce qu'on revit des scènes, parce qu'on revoit des choses. Mais ce que j'aimerais réellement vous dire, c'est que ces cauchemars n'arrivent pas pour rien. Ces cauchemars arrivent pour que tu puisses intégrer et pour que tu puisses faire face à ces souvenirs en régulant tes émotions. Parce qu'en fait, quand ces cauchemars arrivent dans ton sommeil, ce qui te passe, c'est que ça laisse l'opportunité pour une fois de trier tes émotions et d'y faire face avec... un peu moins d'émotions fortes. Parce que quand tu le vis et qu'il fait jour, c'est extrêmement pesant, t'as ces hormones du stress qui arrivent et qui réellement submergent ton cerveau. Là, pour une fois, ça arrive, t'es censé être dans un confort, t'es censé être en train de dormir. Et donc du coup, ça fait que normalement, t'as tes émotions qui se régulent et ça accepte de faire face à ça. Sauf que très souvent, en tant que survivante, On se réveille dès qu'il y a un cauchemar, parce qu'on prend peur. Alors qu'en soi, vraiment je tiens à le dire, le fait d'avoir des cauchemars ne signifie pas « je suis en train de perdre contrôle, je suis totalement en train de retourner dans mes anciens schémas » . Non.
- Elsa Trinquesse
Au contraire, ils sont bénéfiques.
- Gladys
Ils sont bénéfiques si tu décides de les accueillir. Moi je fais ça. Si tu décides de les accueillir.
- Elsa Trinquesse
J'ai une prochaine question, Gladys. À partir de quand on peut se dire, OK, là, il faut que je vois quelqu'un, ça va trop mal. Quand est-ce qu'on peut voir quelqu'un ? Et surtout, comment est-ce qu'on peut aller voir une personne alors qu'on peut se dire, OK, je vais mal, mais je ne suis peut-être pas si mal que ça. Qui est-ce qu'on va voir, du coup ?
- Gladys
On va se voir soi. Je pense qu'il faut d'abord toquer à cette porte-là.
- Elsa Trinquesse
OK.
- Gladys
Je pense que c'est important d'aller toquer à cette porte de soi, de s'écouter un petit peu, parce qu'on est toujours les premières. Et je parle au nom de nous, parce que je sais qu'on est toutes les deux aussi un petit peu dans ce cas, où très souvent on se dit « je suis un petit peu malade, mais ça va, je peux encore bosser, je vais pousser le truc un petit peu plus loin » . Oui, mais en fait non. Enfin, si ça vient. te faire du mal, c'est qu'il y a quelque chose à aller voir, c'est qu'il y a vraiment quelque chose dans ton corps qui vient te dire prends soin de toi s'il te plaît et on le sait aujourd'hui moi je suis très très j'ai beaucoup été voir la médecine chinoise parce que ça m'a apporté beaucoup de réponses sur mes mots M A U X par exemple mes rougeurs que très longtemps j'ai fait ce truc là en me disant non mais c'est pas si grave je refoule Et puis en fait, c'est moi. Mais à partir du moment où tu les comprends, ça change cette perception. Et tu vois, là, aujourd'hui, peut-être que j'en ai moins que dans les épisodes précédents parce que je les accepte, parce que si elles arrivent, c'est pas si grave. Et j'ai décidé de les comprendre. Et tu vois, quand je me suis accordé ce temps d'aller les comprendre à travers la médecine chinoise, j'ai compris que le rouge, c'était le feu, c'était la colère. Et en fait, c'était énormément de colère que j'avais envers les hommes. Sans dramatiser, c'était énormément de colère que j'avais envers les hommes. Et du coup, à chaque fois qu'un homme venait me parler, venait m'aborder, j'avais ces rougeurs qui apparaissaient. À chaque fois que je parlais de quelque chose, de mes abus sexuels, je me mettais en colère parce que je me disais, pourquoi ? C'est profondément injuste. Et donc du coup, j'avais cette rougeur qui m'enflammait sur les joues. Et je ne comprenais pas, mais c'était visible pour qu'une fois, J'accorde cette importance pour que mon corps me dise, là t'es en feu, là t'as un trop plein d'énergie et tant que tu t'en rendras pas compte, on va continuer de te faire des rougeurs de plus en plus importantes. Donc allez se voir soi, vraiment pour la première fois, allez essayer de creuser et de se dire, en fait j'ai mal au ventre, c'est pas normal, j'ai le ventre qui est hyper gonflé, je connais mon corps, toi tu me dis que c'est normal. Ce n'est pas normal, vraiment, je ne me sens pas bien. Donc arrêtez de minimiser ces ressentis. C'est une des premières techniques. Et le premier professionnel que tu dois aller voir, C'est toi, parce que t'es le premier professionnel de ton corps, t'es le premier à savoir ce qui est bon ou non pour ton corps, et ce qui est bizarre, ce qui est trop, ce qui est pas assez. Et si on parle vraiment en termes de pro, quand on se rend compte qu'il y a vraiment des symptômes qui perdurent sur la longue durée, je pense qu'il est important d'aller consulter, vraiment. Je me suis longtemps dit, je suis forte, au pire ça va passer. Mais en fait t'es juste en train de... Encore une fois, cette plaie, t'es juste en train de la regarder saigner et de rien faire. C'est pas te faire du bien que de te faire ça. Donc, aller voir des professionnels, oui, et ne pas hésiter à aller en voir plusieurs. Parce que c'est pas forcément une bénédiction que d'avoir un seul avis, tu vois. Ça peut être pas l'avis qui correspond, ça peut être un professionnel qui ne correspond pas. Parce que malheureusement, j'en entends beaucoup de médecins généralistes qui sont fâchés de la vie, qui en ont marre. Non mais c'est vrai et on peut les comprendre. Ils font du 8h, 20h et ils refoulent ça sur leurs patients. Donc vraiment ne pas hésiter si on sent que son médecin n'est pas le bon. Je sais qu'on peut consulter des sages-femmes quand il s'agit par exemple des problèmes de gynécologie. Et c'est réconfortant de se dire qu'on aura un professionnel qui tendra l'oreille. Donc vraiment, j'insiste sur ça, d'aller toquer à plusieurs portes, mais de commencer à frapper à la scène.
- Elsa Trinquesse
Quel lien tu pourrais faire entre les traumatismes et certaines maladies, si tenté qu'il y a des liens à faire ?
- Gladys
Il y en a beaucoup. Il y en a beaucoup et je vais commencer par celui-ci qui m'a le plus choquée. Moi-même, je l'ai découvert de manière mais tout à fait hasardeuse. C'est-à-dire qu'à travers Ressalir, je reçois beaucoup de messages maintenant et j'adore y répondre, j'adore quand je vois les commentaires, aller voir le prénom de la personne, lui répondre avec son prénom. Ce qui fait que tu apparaissas sur le profil et j'ai commencé à voir endométriose. Parce que dans le profil, tu peux mettre ce que tu veux dans ta bio. Et j'ai commencé à avoir endo-girl. Une fois. Deux fois. Cinq fois. Dix fois. Vingt fois. Et en fait, je suis tombée sur plus d'une cinquantaine de profils où à chaque fois, il y avait marqué endo-girl. Et je me suis dit, mais c'est pas possible. Ces filles, elles arrivent sur mon compte. Elles ont l'endométriose. Il y a forcément un lien. Il y a forcément un lien qui doit être fait entre l'endométriose et les abus sexuels, mais que personne n'a révélé. Et je suis allée chercher, chercher, et j'ai trouvé une étude qui m'a profondément choquée sur 60 500 femmes étudiées durant 24 années. Et j'ai trouvé des statistiques qui m'ont glacé le sang. Si tu as vécu des violences dans ton enfance, tu as un taux de 20% de chance de développer de l'endométriose qui est augmenté. Si tu as vécu des abus sexuels, ce taux-là est augmenté de 49%. Et tiens-toi prête pour la dernière statistique. Le taux de développé de l'endométriose est augmenté de 79% si tu as vécu des violences répétées, de manière chronique.
- Elsa Trinquesse
Et on en parle de plus en plus de l'endométriose.
- Gladys
Exactement, parce que ça touche une femme sur dix, l'endométriose. Et en fait, quand tu fais ce lien, tu te dis que peut-être qu'une femme qui va dire à son médecin « j'ai vécu des abus sexuels » tu vas essayer d'aller lui faire passer des examens, lui poser des questions par rapport à ses règles. Et on ne le fait pas. Et on ne le fait pas. Et pire, la personne qui va te dire « J'ai des règles douloureuses, j'ai hyper mal au ventre » , tu vas lui rironner. On va lui dire « C'est bon, tu as tes règles une fois par mois, tu vas supporter cette douleur, ce n'est pas si grave. » Mais en fait, si je te dis que j'ai mal, j'ai mal. Point. Et vraiment, c'est hyper important. Aujourd'hui, on reconnaît, je crois, plus de 3 formes, 3 ou 4 formes d'endométriose parce que très longtemps, ça a été par l'aparoscopie.
- Elsa Trinquesse
C'est quoi l'aparoscopie ?
- Gladys
L'aparoscopie, c'est 3 trous dans ton ventre, 3 ou 2 trous dans ton ventre, donc anesthésie totale, générale, et une caméra qui est insérée pour pouvoir observer au niveau des ovaires s'il y a des kystes. Sauf que c'est une intrusion. Dans ton intimité, en tant que femme, et d'autant plus si t'as vécu une agression sexuelle, t'as pas envie... de te faire anesthésier pour qu'on puisse aller voir dans cette partie de ton corps. Et d'autant plus que cette laparoscopie, elle ne permettait pas d'identifier toutes ces formes d'endométriose. Donc en fait, tu avais des femmes qui se retrouvaient à être opérées, à avoir pris des rendez-vous, à avoir attendu les mois nécessaires, et qui n'avaient pas de diagnostic. Parce que ça ne reconnaît pas toutes les femmes. Donc aujourd'hui, il me semble que le diagnostic est bien plus large, il est bien mieux fait. Donc sincèrement, à toutes les femmes qui nous écoutent et qui ressentent ces douleurs pendant vos règles, ne restez pas seules avec ça. Vraiment, allez en parler à des sages-femmes, à votre médecin. Peu importe, parlez-en autour de vous. Prenez l'avis de plusieurs professionnels et un professionnel qui vous répond. Tes douleurs, elles sont trop petites pour te poser un diagnostic. Allez frapper à d'autres portes, parce que vous savez mieux que quiconque ce qui mérite d'être jugé ou non.
- Elsa Trinquesse
Et sur l'endométriose, on connaît de mieux en mieux, j'ai envie de dire. Enfin, on part de tellement loin aussi. Mais aujourd'hui, il y a des vrais réseaux de professionnels qui existent et qui peuvent vraiment vous aider.
- Gladys
Exactement.
- Elsa Trinquesse
Vous accompagner. Merci beaucoup Gladys, encore une fois un épisode... ultra touchant et où à chaque fois tu nous révèles plein de choses. C'est très, très enrichissant. Merci beaucoup.
- Gladys
Avec plaisir. Et j'aimerais aussi parler d'une dernière maladie, une dernière petite, qui n'est pas si petite, la fibromalgie, dont on parle très peu parce qu'on parle de l'endométriose qui est un peu plus comprise. La fibromalgie, c'est un immense trou noir dans le sens où c'est des douleurs de manière... chroniques, diffuse dans le corps moi pour le coup je n'ai pas la fibromyalgie mais j'ai des personnes dans mon entourage qui en souffrent et je remarque vraiment à quel point c'est des douleurs et ce qui fait le plus mal c'est fondamentalement que c'est pas quelque chose que tu peux montrer encore une fois c'est la douleur qui est dans ta tête et très souvent on se retrouve face à des femmes ou à des hommes qui sont dans une errance médicale parce que on ne les écoute pas, parce qu'on ne les regarde pas, on les envoie balader de radiologie en médecin et qui n'ont totalement rien à voir, on leur dit oui oui t'as mal, reviens la semaine prochaine alors que c'est totalement invalidant c'est invalidant d'une puissance qui est insoupçonnée vraiment qui est insoupçonnée et le pire c'est qu'en fait tu n'as pas juste mal au coude et c'est fini tu as mal à plusieurs endroits tu ne prévois pas à quels endroits ça peut être Maintenant, il me semble que le diagnostic est aussi mieux compris, heureusement. Et tu as 18 points de douleur dans le corps qui s'apparentent à la fibromalgie. Et si on constate plus de 11 sur ces zones, qu'on va essayer de vous faire apparaître à l'écran, vu que je ne pourrais pas vous les citer. Si tu en as plus de 11 qui perdurent pendant plus de 3 mois, là on te pose le diagnostic de sûrement fibromalgie. Enfin c'est vraiment du coup... terrible parce que c'est par élimination on vérifie que c'est pas d'autres maladies et si ce n'est pas tout ce qu'on a listé, alors c'est sûrement ça donc vraiment c'était important pour moi de travailler avec ça parce que je sais qu'il y en a beaucoup qui nous écoutent et qui ont sûrement cette maladie et qui se sentent seules et je veux vous dire que réellement vous n'êtes pas seules ben
- Elsa Trinquesse
voilà, on arrive sur la fin de cet épisode merci beaucoup du coup Gladys, une nouvelle fois Et surtout, restez bien jusqu'à la fin, parce qu'à la fin, c'est là qu'on vous donnera le thème du prochain épisode. On a déjà commencé à en parler un petit peu. Évidemment, pour rappel, Gladys, vous pouvez la suivre sur les réseaux sociaux.
- Gladys
Exactement, au nom de Re-salir, vous êtes de plus en plus nombreuses et nombreux. Et ça me fait toujours autant plaisir de lire vos commentaires, de voir que cette communauté, elle ne cesse de grandir et que ça devient vraiment une famille de cœur. Donc, n'hésite pas. à t'abonner, mais aussi et surtout à commenter. Ta voix, elle compte. Et je ne le dis pas juste un petit peu pour faire croire que... Non, je le dis parce que chaque jour, je suis de plus en plus touchée parce que vous osez me partager en commentaire.
- Elsa Trinquesse
C'est beau. Et peut-être que toi aussi, qui nous regarde ou qui nous écoute, tu es en train de vivre un moment compliqué, une période difficile. N'oublie pas que tu n'es pas seul. Il existe un numéro, c'est le 119. Il est gratuit. anonyme, disponible 24h sur 24 parce que quand tu appelleras ce numéro, tu seras écouté. Et c'est important parce qu'on a tous le droit d'être entendu, d'être écouté, d'être cru et de vivre sans tabou et sans honte et sans culpabilité.
- Gladys
Exactement.
- Elsa Trinquesse
Parce que c'est triste à dire, mais c'est encore en moyenne trois enfants par classe l'inceste en France. Et en France aussi, c'est un enfant toutes les trois minutes qui vit un inceste, une agression sexuelle ou même un viol. Alors commencer à en parler, c'est déjà se libérer.
- Gladys
Exactement. Et j'aimerais dire pour toutes celles et ceux qui sont restés jusqu'à la fin, que j'ai une nouvelle à vous annoncer. Une nouvelle qui me touche énormément et qui tombe au bon timing que je puisse la révéler maintenant. Parce que cette semaine a été très compliquée pour moi. J'ai vécu pas mal de choses qui m'ont fait replonger dans des états pas vraiment cools. Des états que j'avais cru avoir laissé loin de moi. Et qui m'ont rappelé qu'il y avait une seule chose qui comptait réellement dans la vie. C'est la présence. La présence de nos proches, mais aussi la présence d'être dans son corps et de se rendre compte qu'être en vie, c'est déjà une vraie chance. Mais il y a des choses qui comptent plus que tout. Il y a nos proches qui comptent énormément. Et parfois, on n'a pas les proches qu'on aurait aimé avoir. On n'a pas le soutien. On n'a pas les oreilles. On n'a pas ce qu'on aurait mérité. réellement, pas à ce qu'on aurait aimé avoir mais même méritait. Et c'est pour ça que j'ai décidé d'organiser un événement le 21 février à Paris. Un événement qui nous rassemblera, qui est disponible pour toutes les femmes. Je vous mets toutes les informations dans la description. Mais n'hésitez pas à faire vite parce que j'ai décidé de faire cet événement avec uniquement 25 places. 25 places pour pouvoir vraiment vous regarder dans les yeux, pouvoir vous parler, pouvoir partager ces heures avec vous, pouvoir faire des activités, vous allez voir. Je ne vous en dis pas plus mais il y a un planning qui est juste extraordinaire, c'est un événement qui est organisé avec une de mes meilleures rencontres de 2025. Donc j'ai profondément hâte et encore une fois 25 places pour pouvoir créer des liens extrêmement forts, pour pouvoir parler, être présent. C'est le nom de cet événement, Présence, être présent les uns et les unes pour les autres. Donc n'hésite surtout pas à t'inscrire. C'était vraiment hyper important pour moi et encore une fois cette semaine, plus que jamais j'ai compris à quel point cette présence, elle était essentielle.
- Elsa Trinquesse
N'oubliez pas de vous inscrire, les places vont être très très chères. Et donc le prochain épisode, nous reviendrons sur comment on fait pour se reconstruire après justement ces agressions sexuelles. Et tu nous donneras tous tes tips et tous tes conseils pour que vous aussi puissiez vivre plus sereinement.
- Gladys
Exactement, parce que ça existe vraiment, on a listé pas mal de choses qui sont très très pesantes aujourd'hui, notamment le sommeil. auxquels je vais vraiment m'accorder de donner des vraies réponses, des vrais tips, comme tu l'as dit, pour pouvoir aller mieux. Parce que c'est vraiment quelque chose avec lequel on vit, avec lequel on survit même malheureusement. Donc c'est très très important et je veux vous faire comprendre que non, il n'y a pas que cette part qui est extrêmement sombre. On en parle aujourd'hui parce que c'est important d'en parler, mais il y a aussi énormément de solutions qu'on peut et qu'on va trouver ensemble. Donc j'ai déjà hâte. de vous retrouver la semaine prochaine et je pense qu'Elsa aussi. Tout à fait.
- Elsa Trinquesse
Oui. Vivre l'après. Exactement. Donc nous, on se rejoint la semaine prochaine, cette fois sans faute. Et j'ai déjà hâte. Moi aussi. Merci à vous. Merci à vous et à la semaine prochaine.