- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous. Bonjour Gladys.
- Speaker #1
Salut Elsa.
- Speaker #0
Merci à vous de nous suivre dans ce podcast sans culpabilité. Ici, on parle sans filtre, sans honte, sans tabou et surtout sans culpabilité.
- Speaker #1
Exactement, je pense que je n'aurais pas pu dire mieux.
- Speaker #0
Aujourd'hui, dans ce nouvel épisode, on va parler des agressions sexuelles que tu as fait subir ton grand-père et de l'impact qu'elles ont eu sur ton enfance et ton adolescence. Alors voilà Gladys, j'aurais une première question à te poser. Comment tu te sens à l'idée d'en parler aujourd'hui ?
- Speaker #1
Si je suis honnête, il y a pas mal de peurs. Il y a pas mal de peurs qui sont remontées. Ce matin, je réfléchissais à tout ce que je voulais dire, tout ce dont je voulais parler. Et ouais, il y a pas mal de peurs qui m'ont rattrapée et qui m'ont dit non mais tu peux pas dire ça. Tu vas pas dire ça au monde entier. Tu vas pas dire ça aux gens qui t'écoutent. Mais si, si je vais dire ça parce que cette peur, Comme je le disais dans l'épisode dernier, vraiment, si vous ne l'avez pas écouté, je vous invite à aller l'écouter. Parce que j'ai dit des choses importantes sur lesquelles je ne reviendrai peut-être pas aujourd'hui pour celles et ceux qui ont déjà écouté l'épisode. Mais la peur est un sentiment vicieux qui se nourrit de l'énergie et de l'attention qu'on lui donne. Et pour le coup, ce matin, je sais que je lui en ai donné un peu trop. Et que ça a commencé à me dire, non mais tu ne vas pas. Et si tu dis ça, qu'est-ce que les gens vont penser de toi ? Et si tu parles de ça ? Qu'est-ce que ta famille va penser ? Parce qu'il y a des choses que je veux dire aujourd'hui dont je n'ai jamais parlé, même à ma famille, par honte, justement, par peur et par culpabilité. Mais vu qu'on a décidé d'appeler ce podcast sans culpabilité, je ne peux pas me permettre de ne pas le faire. Donc, je lui ai dit au revoir à cette peur.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux rappeler rapidement aux auditeurs, auditrices qui nous écoutent et qui n'ont pas encore vu le premier épisode, ce que tu as vécu ? Ton histoire, très rapidement.
- Speaker #1
C'est compliqué ce que tu me demandes. Résumer 1h30 d'épisode en quelques minutes à peine. Mais pour vous rappeler un petit peu, justement, cette peur a été présente en moi très très longtemps parce que j'ai vécu des agressions sexuelles, des attouchements notamment, mais aussi des viols répétés de manière conséquente, voire toutes les semaines, tous les jours, par mon grand-père paternel. Mon premier souvenir, comme je le disais, remonte à l'âge de mes 4 ans. Mais rien ne me dit que ma mémoire traumatique ne me protège pas. Et mon dernier souvenir remonte à 10 ans où c'est vraiment le dernier car après il a été malade et il n'a pas pu me faire plus de mal. Bien heureusement. Puis j'ai ensuite compris grâce à un témoignage que ce que j'avais vécu n'était pas normal. Bien au contraire et que je devais pouvoir en parler pour libérer la parole et pour déjà comprendre que ce que j'avais vécu n'avait rien à voir avec de l'amour sain. et que c'était en... aucun cas normal.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais que pendant toute cette période où tu as subi ces agressions sexuelles de façon répétée et sur une longue durée, est-ce que tu dirais que tu survivais ou que tu vivais ?
- Speaker #1
Ta question est très très intéressante et je trouve qu'il y a une grande nuance entre les deux. Donc c'est intéressant d'en parler et pour te répondre en toute franchise, je ne me sentais pas en fait. Je ne me ressentais pas parce que je ne prenais pas ce temps de me ressentir, parce que c'était un chaos tel que si je prenais le temps de me ressentir, j'aurais compris que rien n'allait et que ce que j'étais en train de vivre n'était absolument pas normal. Donc on va dire que je refoulais à l'intérieur de moi. Mais la vérité, c'est que je me sentais extrêmement mal, à tel point que je me disais « tu ne vas pas passer la primaire, ce n'est pas possible. Tu ne passeras pas la primaire parce que tu t'aurais suicidé avant » . t'arriveras pas à encaisser ce qui se passe. Et même sans comprendre, parce que je savais pas encore que c'était des agressions sexuelles. J'avais pas encore internalisé l'information. Mais pour toutes celles et ceux qui l'ont vécu, savent, on ressent quelque chose dans notre corps qui est inexplicable, mais t'as ce poids, t'as cette douleur, ces crampes au ventre, et vraiment cette envie de rien. En fait, tu voyais comme un truc où tout s'allait... Tout. Tout allait forcément s'arrêter et c'est toi qui allais y mettre fin ? Tu voyais ça comme ça en fait ? Je voulais y mettre fin parce que pour moi c'était une sorte de contrôle. Et c'est ça, les pensées suicidaires, ça ne vient pas de nulle part. Ça vient vraiment d'un mal-être profond. Et c'est des idées qui s'incrutent parce que ça devient la seule solution. À partir du moment où j'ai compris que mon grand-père me faisait ça systématiquement quand je rentrais de l'école, j'ai compris que je ne pouvais pas y échapper. Donc le seul moyen pour moi d'y échapper, c'est horrible. Mais c'était de mettre fin à ma vie. Et ça, c'est le cas pour nombreux d'entre nous. Donc, cette survie, oui, je l'ai eue pendant très, très, très longtemps. Et ça a été quasi quotidien parce que je me disais aussi que la vie me voulait du mal. Que si ça m'arrivait, parce que je suis quelqu'un qui est très spirituel, qui est très pourquoi, pourquoi, pourquoi. Et il me faut une réponse. Il me faut un pourquoi est-ce que ça se passe dans ma vie ? Donc, je me suis souvent posé ces questions. Et la seule réponse que j'ai pu trouver en moi... C'est tu mérites ça. Tu mérites ce mal-être. Pour te dire à tel point c'est puissant, à mes fêtes d'anniversaire, quand tout le monde était heureux, les moments qui sont censés être les plus joyeux, les jours que t'attendais le plus, je ne voulais pas les passer. Parce que ça voulait dire que j'avais passé une année de plus à souffrir. Et qu'il y allait en avoir un prochain. Mais tu vois, sans avoir la conscience de ok, ce que je vis c'est mal, et c'est ces agressions sexuelles qui me font me sentir tant sale. Et bah, j'avais pas cette envie. Pas cette envie de vivre. Pas ce peps que tu vois aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que t'étais détachée de toi-même, du coup ? Tu dirais ça ?
- Speaker #1
Totalement. Vraiment totalement. Et je pense qu'il faut être détachée pour survivre. Sinon, tu meurs. Et ça, ça survient justement. Tu fais très très bien d'en parler. La dissociation, c'est un truc dont on parle beaucoup. Mais on sait pas vraiment de quoi on parle. Et moi, c'est survenu la première fois pendant l'acte, pendant qu'il était en train de me violer. Et je me souviens avoir comme une montée de corps où en fait, je ne suis plus cette personne qui subit. Je ne suis plus là. Et les gens vont dire que c'est assez spirituel, mais c'est très, très réel quand tu le vis. Et c'est la seule manière de l'expliquer. C'est comme si j'étais dans mon corps, là actuellement, mais que d'un coup, mon âme partait. Et elle nous voyait toutes les deux en train de parler.
- Speaker #0
Tu te voyais au-dessus de toi, en fait, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement. Et c'est quelque chose que tu as du mal à décrire aux gens qui n'ont pas vécu ça. Mais une fois que tu t'es dissociée une fois, tu peux le faire de façon très récurrente. Et c'est ça qui est terrible, c'est que même encore aujourd'hui, parfois je dois me retenir et me dire, attends, stop. Il faut que tu reviennes là maintenant parce que tu n'as pas de raison de faire ça. Tu n'es pas en danger. Et c'est ça qui peut être... dangereux après même par la suite, c'est que ce matin, j'ai senti une main dans le métro. Enfin, totalement anodin, tu vois. C'était même pas une main baladeuse, c'était vraiment je sors du métro, le métro est bondé, donc une main m'a frotté la cuisse et je suis repartie. Je suis repartie alors qu'aujourd'hui j'ai fait un certain travail sur moi et que, tu vois, je suis à l'aise avec le fait d'en parler, mais je veux juste faire comprendre aux gens que c'est pas parce que ça revient que c'est mal. C'est juste... vous pouvez l'accueillir différemment. Vous pouvez faire des choix différents. Moi ce matin, ce que j'ai choisi de faire c'est ok, aujourd'hui t'es en sécurité. Pas parce qu'il n'y a pas de danger autour de toi. On sait qu'il y a du danger autour de soi. Mais parce qu'aujourd'hui tu es forte. Aujourd'hui t'as la capacité de revenir dans ton corps et que s'il y a quelque chose qui se passe, d'arrêter. Parce que le souci avec cette dissociation, c'est que du coup si tu commences à te sortir de ton corps, s'il se passe réellement quelque chose, tu n'es pas là pour te défendre.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que j'avais te demandé. C'est que quand, du coup, pour revenir sur l'épisode où ton grand-père t'a violée et que tu as eu cette sensation de te voir de l'extérieur, finalement, tu étais absolument, je suppose, incapable de réagir.
- Speaker #1
Exact. Parce que je n'étais pas là. Il y a un film qui est sorti, Muganga, je ne sais pas si tu l'as vu, Celui qui soigne, c'est sur les viols qui se sont passés dans l'Afrique, qui étaient utilisés comme une arme de guerre, le fait de violer comme une arme de guerre. et des femmes qui se sont fait violer des dizaines de fois. Il faut vraiment aller le voir parce que c'est un devoir de mémoire au-delà de tout ce qu'on peut y voir qui est assez violent. Et je voulais te parler de ça parce que, justement, ça montre très très bien à quel point ça détruit, à quel point ça fait énormément de mal et à quel point on a du mal à revenir dans notre corps. C'est hyper puissant. Et il y a cet instinct de... Parfois, on prend leurs enfants pour leur faire du mal et c'est là où t'as un corps puissant. plus de douleur. C'est le fait de visualiser qu'on fait du mal aux autres.
- Speaker #0
Juste avant, tu as parlé que tu te sentais mal et que tu te sentais sale. Est-ce que, comme certaines victimes, justement, après les agressions, tu te sentais particulièrement sale et tu avais un besoin d'aller tout de suite te nettoyer, prendre des douches ? Est-ce que tu prenais des douches à répétition ?
- Speaker #1
Je vois totalement de quoi tu parles. parce qu'il y a pas mal de tabous qui se sont libérés autour de ça, de justement, je me sens sale et je le comprends. Je le comprends parce que... Je fais souvent ce truc sur mon Instagram où je me peins et je mets du violet, je mets des traces de mains qui sont souvent les miennes parce que j'accepte pas trop qu'on les refasse. Parce que pour moi, c'est un réel impact. Parce que ces traces, je les ai. Je les ai quelque part en moi. Là, elles sont invisibles à l'écran. Mais moi, je les ai et je les ressens encore parfois. Et c'est ce truc où non, j'ai pas fait des centaines de douches et tu sais pourquoi ? Parce que mon corps me dégoûtait tellement que je ne pouvais pas le voir. Je me suis souvenu d'une époque où je me sentais tellement sale, où je n'arrivais tellement pas à regarder mon corps dans le miroir, que j'étais obligée de me doucher en pull. Parce que voir mon ventre, parce que voir mes seins, ça me dégoûtait. Et je ne pouvais pas rester plus de 10 secondes dans le miroir. Donc oui, ça me parle totalement. Et c'est pour ça que j'ai développé après cette technique où j'avais besoin de nettoyer ces traces. Donc je me peignais pour les faire réapparaître sur mon corps. Et c'était puissant, sur le moment où ça me faisait du mal, de les re-ressentir. Mais à la fois ce côté où je me frottais et j'osais enfin, tu vois, cette main sur mon corps, j'osais enfin me laver moi-même. C'était une délivrance.
- Speaker #0
Tu m'étonnes. Quelle horreur. Est-ce que tu as développé du coup, j'ai entendu que aussi certaines victimes pouvaient développer des sortes de manies particulières, des tocs, des genres de rituels. Est-ce que ça t'est arrivé ?
- Speaker #1
Oui, tu fais très très bien d'en parler aussi parce qu'on se prend pour folle et fou dans cette période-là. Toutes celles et ceux qui nous écoutent ont trouvé une sorte de manière à... à comprendre que s'ils faisaient certaines choses parfaitement, peut-être que la vie leur rendrait. C'est comme si on avait besoin de ces choses-là pour instaurer une forme de cadre, une sorte de contrôle de « Ok, je fais ça, moi je faisais tout trois fois. » Et ça paraît totalement ridicule.
- Speaker #0
Et pourquoi trois fois ?
- Speaker #1
Parce que le chiffre 3 me paraissait important. Je ne pourrais pas te dire pourquoi, mais comme tout toc. Pour quelqu'un qui... qui est à l'extérieur de ma tête, ça paraît complètement fou, mais moi ça me donnait une sorte de sécurité, un sentiment de j'ai le contrôle pour une fois. C'est pas les autres qui vont décéder pour mon corps ou pour moi, c'est moi qui décide d'éteindre et d'allumer la lumière trois fois. C'est extrêmement bête et surtout c'est extrêmement handicapant parce qu'au début tu le fais juste comme ça et puis au final je devais éteindre, comme je te dis, la lumière une fois, deux fois, trois fois. Si je touchais mon bras, il fallait que je le fasse une fois, deux fois, trois fois. Et c'est hyper compliqué parce que ça s'instaure très vite comme une habitude. Et l'expliquer et comprendre que ça me donnait une forme de contrôle, ça m'a tellement soulagée que c'est parti. Cette forme de compréhension m'a permis de l'évacuer et de me dire, OK, aujourd'hui, j'en ai plus besoin. Et d'ailleurs, paradoxalement, c'est arrivé à sa mort. où ce toque a disparu, j'ai pas fait le rapprochement directement, mais à partir du moment où mon grand-père est décédé, ce toque de tout faire trois fois ne m'a plus jamais traversé l'esprit.
- Speaker #0
Ça s'est arrêté. Automatiquement. Est-ce que tu dirais, parce que du coup, les agressions ont quand même été répétées sur une période assez longue, est-ce que tu dirais que ça fait des blessures qui sont encore plus aggravées ? Ou alors est-ce qu'il suffit d'une fois pour que ce soit vraiment déjà trop tard, déjà trop fort, déjà trop puissant ?
- Speaker #1
C'est compliqué pour moi de répondre à cette question parce que je me suis toujours dit qu'il n'y avait pas d'échelle de douleur. Quelqu'un qui est traumatisé, quelqu'un qui a vécu quelque chose de fort, que ce soit un viol, une agression, mais aussi des violences verbales ou autres, toute forme de maltraitance ou même de violence au-delà, même perdre un proche, c'est déjà extrêmement violent. Tout dépend de la manière dont c'est fait et du lien qu'on avait avec lui. Donc c'est compliqué pour moi de te dire que c'est plus ou moins difficile. Ce que je peux te dire, c'est qu'un viol, effectivement, ne laisse personne indifférent. Et même des attouchements ne laissent personne indifférent. Mais il y a en effet une différence dans ce que ça crée plus tard. Parce que notre épisode parle aussi des conséquences du trauma. Et j'ai découvert il y a peu de temps qu'il y avait deux sortes de diagnostics post-traumatiques. Post-trauma. Donc, je n'aime pas trop les diagnostics. C'est pour ça que je bégaye un petit peu. Mais ça me paraît important parce que ça a mis beaucoup. beaucoup, beaucoup de réponses à des questions que je me suis longtemps posées, à des symptômes que j'ai eus, à des choses que j'ai eues mentalement et que je ne comprenais pas, que je trouvais incompréhensibles et que quand j'allais chercher des ressources, même chez des médecins, etc., on me disait « Ok, tu as ce trouble-là, tu as ceci, tu as cela » , mais je ne me reconnaissais absolument pas dedans. Et je n'ai jamais été très case, mais pour le coup, là, je me suis retrouvée dans ces phrases. C'est plutôt cette manière de dire. Et il s'agit du stress post-traumatique qu'on connaît tous aujourd'hui parce qu'il a été extrêmement démocratisé. Mais il y a aussi le complexe stress post-traumatique. Donc le PTSD et le CPTSD. Je suis certaine que tu ne connaissais pas le deuxième. Non. Et pourtant, il a été popularisé et théorisé par une psychiatre en 1992.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc tu vois, ce n'est pas non plus tout récent.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Et pourtant, on n'en entend pas parler parce qu'il est très souvent confondu avec des troubles de la personnalité, avec une dépression, parce que ça confond un petit peu les symptômes, tu vois. Donc, pour vous expliquer un petit peu la différence à tous ceux qui nous écoutent, on a le stress post-traumatique qui survient après un trauma. Un trauma, c'est un choc, c'est un événement qui est violent. Par exemple, tu prends ta voiture, tu te mets à conduire, tu te fais percuter par une voiture. Il y a un traumatisme. tu ne remonteras pas dans une voiture de la même manière. Tu ne remonteras pas directement dans une voiture. Et peut-être qu'à chaque fois que tu remonteras dans cette voiture, tu auras du mal à respirer, tu vas, tu auras tes mains qui vont trembler. Et c'est juste normal. C'est ce qu'on appelle du coup les symptômes d'anxiété, toutes ces choses-là. Tu peux avoir aussi des flashbacks, c'est-à-dire des images où dès que tu t'assoies sur le siège de ta voiture, même si ce n'est pas la même voiture... Tu ressens, tu revis la scène et tu ne sais même plus si c'est au présent ou au passé. Ça, c'est ce qu'on a beaucoup, beaucoup théorisé. Maintenant, le complexe PTSD, ça survient quand c'est un événement qui, comme tu l'as dit, est répété de manière conséquente. Déjà, rien que le fait que ce soit répété plusieurs fois crée quelque chose de différent. C'est soit répété, soit sur une longue durée. Donc les séquestrations, par exemple, rentrent aussi dans... ce genre de diagnostic, entre guillemets. Et là, il va y avoir des symptômes en plus parce que très souvent, ça détruit l'image de soi. Parce que ça dure tellement longtemps que c'est renforcé. Tu te fais violer tous les jours, tu as l'impression de le mériter. Je ne dis pas que lorsque ça se produit qu'une seule fois, tu ne peux pas avoir cette pensée, mais moi, c'était ancré.
- Speaker #0
Enfin,
- Speaker #1
évidemment que tu le mérites. Évidemment que tu mérites de te faire violer. Tu vois ce que je veux dire ? Ouais,
- Speaker #0
c'était dans ton schéma.
- Speaker #1
Exact, c'est dans ton schéma. Et encore plus enfant, et c'est pour ça que l'inceste est extrêmement destructeur, parce que ça te crée une personnalité de timidité ou de parfois extravertie, qui n'est pas forcément réellement la tienne, mais que tu développes en tant que masque, et t'as une image de toi où t'as absolument pas confiance en toi. Je connais des personnes qui ont été traumatisées, qui ont vécu des agressions sexuelles. qui en apparence ont énormément confiance en elles, qui adorent draguer, sortir, etc. Mais qui en réalité n'ont aucune confiance en elles. Parce qu'elles ne peuvent pas penser plaire pour autre chose que leur corps. Et je comprends tout à fait ça, puisque j'ai été l'une d'elles aussi. Donc t'as ces côtés où du coup t'as la perception de soi qui est totalement détruite, et les relations aux autres, je t'en doute, qui sont extrêmement... impacté ou t'as beaucoup de mal à refaire confiance et t'as beaucoup de mal à être attiré par l'amour mais l'amour sain, tu recherches plutôt ce pic de toxicité que t'as ressenti parce que encore une fois ça brouille ce qui est normal et ce qui ne l'est pas donc t'auras tendance à aller chercher chez tes partenaires ou chez même tes amitiés, des gens qui vont te pousser à bout, des gens qui vont vraiment pas te prendre et et t'aimer pour qui tu es, mais pour ce que tu parais.
- Speaker #0
On reviendra d'ailleurs dans un prochain épisode sur l'amour et comment on peut revivre l'amour ou pas après un parcours comme le tien. Est-ce que tu dirais qu'il y a, ok, très bien, le complexe de stress post-traumatique, mais est-ce qu'il peut y avoir encore d'autres symptômes, d'autres... Chose qui se développe.
- Speaker #1
Alors déjà, j'aimerais préciser, parce que je ne l'ai pas précisé, que ce n'est pas parce que tu as un complexe stress post-traumatique que tu n'as pas les symptômes du stress post-traumatique. Puisqu'ils partagent les flashbacks, l'anxiété, etc. Ça, ça me paraît important aussi à préciser. Et oui, des symptômes, il y en a eu énormément. Et c'est surtout corporellement. Le corps dit ce que tu ne veux pas entendre. Le corps te montrera jusqu'à ce que tu comprennes. Et ça, pour moi, ça fait totalement sens et ça fera sens pour toutes les personnes qui nous écoutent. Parce qu'on n'a pas besoin d'avoir vécu une agression sexuelle pour ressentir parfois que notre corps nous parle. T'enchaînes les migraines sur migraine, tu prends des cachets. Mais qu'est-ce que tu penses soigner ? Tu vois, tu mets des pansements sur une plaie qui est ouverte. Et moi, il y avait beaucoup de choses. Il y avait énormément de tremblements. J'avais beaucoup, surtout dans les mains. Des mains qui ne s'arrêtaient pas de trembler. J'ai compris aujourd'hui que ces mains, elles essayaient de ressortir tout le stress. C'était beaucoup de stress qui du coup provoquait les tremblements. Mais c'était aussi tous ces gestes. Je sais que quand je dormais et que j'étais censée être la plus détendue possible, allongée et que je me disais ok je vais m'endormir, j'avais mon bras qui partait. Et je n'ai jamais compris pourquoi. Et aujourd'hui je me rends compte que c'est parti au fur et à mesure. Mais que c'était les gestes. que j'aurais aimé faire pendant mes agressions. Mais que j'ai pas pu faire parce que justement, comme j'ai dit dans l'épisode 1, on se fige. On se fige et on est incapable de bouger. Et du coup, ces mouvements de bras, c'était ce que j'aurais voulu faire, vraiment, pour me protéger, mais que j'ai été en incapacité à faire. Donc oui, t'as ça, t'as les tremblements, donc t'as l'anxiété qui se voit. Moi, j'ai développé du psoriasis, qui est une maladie de peau où euh... Les insomnies étaient extrêmement fréquentes et ce que je faisais, c'est que je me grattais la tête jusqu'à avoir des plaques. Et une fois que j'avais ces plaques, jusqu'au sein. Donc si tu as ça, tu peux l'avoir aussi au niveau des coudes, donc les coudes extrêmement secs, au niveau du nombril aussi. Et ça, je sais que c'est peu connu. On connaît beaucoup aussi l'eczéma, on connaît beaucoup les gloroses plaques rouges. On connaît aussi beaucoup l'acné qui peut être dû parce que c'est... Beaucoup d'anxiété. Alors, l'acné, l'eczéma ne veut pas dire qu'on a été victime d'agressions sexuelles, mais ça révèle un certain stress. Donc oui, il y avait des symptômes, effectivement, au niveau de tout mon corps qui me disaient, Clédis, il faut que tu regardes la réalité. Et tant que tu ne la regarderas pas, ton état va s'empirer. Ça a développé d'autres maladies ? Ça a développé une maladie assez conséquente, qui est la maladie d'Hashimoto. Je dis conséquente parce qu'elle m'a handicapée, réellement. Elle m'a enlevé certains mois de ma vie, je te dirais. Ou vraiment, je me sentais vide.
- Speaker #0
C'est quoi cette maladie ?
- Speaker #1
C'est une maladie où c'est la glande qui est ici, qui est la glande thyroïdienne, qui régule beaucoup de choses, notamment la TCH et la TFH, si je ne dis pas de bêtises. Et ça régule tes émotions, comment tu contrôles la chaleur du corps, etc. C'est pour ça que je rougis aussi énormément. Ça régule ton poids, ça joue sur vraiment énormément de facteurs, alors que c'est une toute petite glande comme ça, mais insoupçonnée. Et j'en étais arrivée à un point où j'étais dans une extrême fatigue. Mais vraiment, je suis quelqu'un qui a quand même une sorte de vie, qui a de l'entrain, parce que c'était pas à l'époque, c'était vraiment il y a 3-4 ans, je te dirais. Et j'en étais arrivée à un point où je me souviens, j'allais au sport tous les soirs avec ma mère. Donc j'essayais de maintenir une routine, je mangeais bien, etc. Et quand elle me déposait de mon école jusqu'au sport, le trajet durait 25 minutes, je m'endormais. J'ai toujours détesté les siestes, je faisais des insomnies presque tous les soirs, etc. Donc je déteste dormir. mais tellement j'étais à un niveau de fatigue corporelle et surtout mentale, tellement important que j'étais obligée de m'endormir. Pour te décrire, j'avais cette sensation de vide même quand je me réveillais ou je me posais la question mais qu'est-ce que je fais ? Et je me suis dit mais je suis en train de rentrer dans une période où je suis dépressive et je ne veux pas l'être, etc. Je ne comprends pas, j'ai tout pour être heureuse, j'ai une maison, j'ai de quoi manger. Enfin, c'est des besoins qui sont quand même fondamentaux. Je lui ai dit si tu ne peux pas te... plaindre, tu vois ce que je veux dire ? Enfin, un minimum. Je sais, je sais, mais t'as ce truc où, à la fois, je suis toujours aujourd'hui, depuis que j'ai compris ce que j'ai vécu, au qu'est-ce que tu as vécu, c'est lourd. Mais tu peux regarder soit le verre qui est à moitié plein ou à moitié vide. Il y a des gens qui ont des vies extrêmement difficiles. Ça n'empêche pas que tu as souffert. Mais ça n'empêche pas que tu peux relativiser certaines choses. Et au lieu d'être heureuse de faire ce trajet avec ma mère et de discuter avec elle, je m'endormais. Vraiment, je m'endormais. Et quand je me réveillais, j'étais encore plus fatiguée. Donc j'ai commencé à me dire, là, il y a un souci. Il faut qu'on trouve. Parce que vraiment, ma mère me voyait... Pas bien du tout, je perdais mes cheveux énormément par poignée, vraiment, et je commençais à me dire qu'il y a un souci. J'ai fait des analyses de sang en me disant, ok, c'est un manque de fer, je vais me réguler. Et là, on me dit, il faudrait peut-être faire un bilan sanguin un peu plus complet parce qu'il y a quelque chose qui n'est pas normal. Je fais ok, on le fait, je vais voir le médecin, il me dit c'est très très rare, mais vous avez la maladie d'Hashimoto. Alors moi, je ne comprends pas. Il m'explique que c'est la glande thyroïdienne qui fonctionne mal et qui sous-produit ces hormones et qui du coup il faut que je prenne des cachets pour booster parce que sinon j'en produirais pas assez et ça fait que je facilite la prise de poids, ça fait que t'es plus souvent perturbable au niveau de tes émotions. Pareil, ça c'est dans le complexe PTSD, on a énormément de mal à réguler nos émotions. C'est-à-dire que tu peux passer d'une colère intense à la joie. sans déclencheur, tu vois. Toi, tu peux te mettre en colère, même extrême colère, parce que t'as une dispute. Moi, je pouvais me mettre en colère pour un rien. Et pour te dire, mon frère, que j'aime profondément et que je remercie profondément pour tout ce qu'il a fait pour moi, il y avait des moments où il entrait dans ma chambre et j'avais tellement de colère en moi que je la déversais sur lui. Et je comprenais pas et ça te fait te mettre dans une boucle où en fait, tu déverses ta colère. tu te sens encore plus mal, tu te sens encore plus coupable donc tu te renfermes sur toi et donc lorsque il y a des gens qui viennent te voir tu sais même plus comment réagir et t'as tellement peur de mal faire que tu ne fais plus et donc tu t'isoles, tu t'isoles énormément et en ayant découvert cette maladie ça m'a certes confortée dans le fait qu'il y avait des choses qui s'expliquaient un peu plus, pourquoi je prenais du poids alors que je faisais beaucoup plus attention, je faisais du sport que je régulais mon alimentation ... pourquoi j'avais du mal à gérer mes émotions, etc. Mais à la fin, je me suis dit, je vais devoir prendre des médicaments à vie sans comprendre pourquoi. Donc, comprendre qu'Hashimoto et les maladies auto-immunes, un peu plus en général, c'est très souvent lié au stress. Le stress que l'on garde en soi. Moi, je sais que c'est ces 10 ans de silence qui m'ont provoqué cette maladie. Il n'y a aucun doute là-dessus. Et le fait que ça soit sur la gorge... Les dix ans où je suis restée avec une boule qui ne voulait pas sortir, qui sont ressorties sur ma glande thyroïdienne, ça fait tellement sens quand j'ai compris ça. Donc oui, ça peut bel et bien provoquer des choses réelles, plus que mentales, même si mentales, c'est déjà extrêmement pesant. Ça peut provoquer des choses comme des maladies, parce que tant que tu ne verras pas les signaux, ton corps... amplifiera l'intensité de tes émotions, l'intensité de ce qui se produit en toi jusqu'à ce que tu te dises, il y a un truc qui ne va pas. Il y a quelque chose qui ne va pas et il faut que je me prenne en main. Parce que c'est ça que notre corps attend. Il n'est pas contre nous, en réalité. Il est juste là pour nous faire passer des messages et pour que on prenne enfin soin de nous. Donc moi, ça a été ce... Il a dû me pousser à bout pour que je le fasse. T'es...
- Speaker #0
Premier souvenir, il remonte à un âge quand même très très jeune, 4 ans. Tu dis qu'à cette période-là, tu savais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas bien. Est-ce que du coup, la petite fille Gladys, parce qu'aujourd'hui, je vois une jeune femme enjouée et pleine de vie, tu étais comment petite ? Tu étais quand même, malgré tout, tu arrivais à tout cacher et tu étais enjouée ou alors au contraire, tu étais réservée et un peu pas éteinte. Mais comment tu étais ?
- Speaker #1
Je mettais beaucoup, beaucoup de masques. C'est comme si les masques étaient mes meilleurs amis et je les quittais jamais. Et même moi, je ne savais plus que j'étais sans masque. Le masque de « je suis là pour tout le monde » , je suis la personne qui sourit, je suis la personne qui rigole, je suis celle qui écoute les autres. Et cette forme d'empathie limite extrême, aujourd'hui, je la comprends parce que j'avais ce besoin, finalement, d'être autant là pour les autres que ce que j'attendais d'eux. Et je me disais, je ne veux pas que quelqu'un souffre autant que ce que je suis en train de souffrir. Je ne veux pas que quelqu'un garde ce silence autant que ce que je suis en train de garder.
- Speaker #0
Et c'est paradoxal parce que sur le moment tu te dis juste je suis quelqu'un d'extrêmement empathique, je suis quelqu'un qui aime écouter, mais en réalité ça cache quelque chose de beaucoup plus profond qui est que tu es devenu toi-même comme je le disais tes propres parents, tu es devenu cette personne qui devait t'accompagner et t'as pas envie, je souhaite ça à personne même pas aux pires ennemis que de devoir gérer sa propre douleur parce que certes ça t'apprend énormément mais ça te fait tellement souffrir que de... perdre cette innocence de devoir devenir mature. Parce que j'ai pas l'impression d'avoir fait ce choix d'être mature. Ça a été soit tu le deviens, soit on arrête tout. On arrête tout, c'est ta vie. C'est pas juste on arrête un film. Y'a pas de next chance. Donc oui, y'avait ce vide intérieur comblé par le besoin d'écouter, de servir, de servir à quelque chose. Je fais quoi ? Je peux mettre la table ? Je peux faire ça ? Je peux... Tu vois ? Non mais j'aime pas rien faire, s'il vous plaît, donnez-moi quelque chose à faire. Parce que peut-être que si on me donnait rien à faire, j'aurais commencé à réfléchir. J'aurais commencé à creuser quelque part en moi. Donc ouais, c'était vraiment essayer de combler ce vide de partout. Combler ce vide aussi par overmanger. Je faisais énormément de TCA. Qu'aujourd'hui j'appelle TCA parce que j'ai compris, mais qui à l'époque était normal pour moi. Et aujourd'hui, c'est bien plus démocratisé. On parle bien plus de la nourriture. On a beaucoup à avoir des relations toxiques avec. Mais moi, quand je te dis toxique, c'est que je rentrais de chez mes grands-parents tellement épuisée que j'avais mon premier repas qui était déjà conséquent. On mangeait vraiment à notre faim. Et lorsque tout le monde se mettait à dormir, lorsqu'il était minuit et que moi, je ressentais cet insomnie, je commençais à cauchemarder, je descendais et je me sousins, j'ouvre. le chorizo. Et je me mangeais les douze tranches de chorizo. Et ça ne me suffisait pas. Il fallait que j'aie encore, encore, encore, encore, jusqu'à ce que j'ai envie de vomir et que vraiment mon ventre me dise mais là c'est stop. A l'époque, je ne me faisais pas énormément vomir parce que je préférais limite garder tout ce que je venais de manger pour dégoûter les autres.
- Speaker #1
Et ça, personne autour de toi s'en est rendu compte ? Il n'y avait pas des signes quand même que... Moi, je suis maman aujourd'hui et je me dis,
- Speaker #0
mais quels sont les signes qui peuvent être identifiables ?
- Speaker #1
Comment on peut le voir ?
- Speaker #0
C'est compliqué parce que paradoxalement, comme je te le disais, je ne pourrais jamais en vouloir à mes parents de ne pas l'avoir vue, ni à ma famille. Je mettais des masques. J'étais la première personne à faire en sorte qu'ils ne voient pas. J'étais devenue la meilleure actrice pour masquer mes émotions. pour masquer mon mal-être. C'est horrible de dire ça. C'est horrible de devenir cette personne qui sait si bien gérer tout de l'extérieur, mais pour qui il y a un réel chaos à l'intérieur. Tu vois ? Paradoxalement, t'as cette notion d'ordre. Donc c'est compliqué, mais les signes aujourd'hui, oui, qui moi me font tilt, c'est le « j'ai envie de faire pipi tout le temps » . J'ai envie de faire pipi tout le temps, maman ça me gratte, maman ça me pique. Je me suis retrouvée avec des infections urinaires, j'avais 7 ans pour la première fois. Qu'est-ce qui, il y a 7 ans, te provoque des infections urinaires ? Mais là, ça nous paraît évident parce qu'on est dans le sujet des agressions sexuelles. Et des tas que je veux faire comprendre aussi, c'est qu'il faut être vigilant, mais pas survigilant non plus. Il faut essayer de comprendre ce qui a mené à ça. Parce que c'est vrai que sur une enfant de 7 ans, à part si on va faire pipi dans des endroits qui sont très très sales... Il n'y a pas de bactéries qui rentrent. Et moi aujourd'hui, je comprends totalement que les bactéries qui étaient rentrées, c'était par ses doigts. Tu vois ce que je veux dire ? Donc oui, ça, ça peut porter la puce à l'oreille. Et ce côté, j'ai envie de faire pipi. Pour toutes les femmes qui nous écoutent et les hommes. Parce que je sais que les hommes en parlent un peu moins, mais je connais des hommes qui sont très « Faut que j'aille aux toilettes, faut que j'aille aux toilettes » . Je vais me permettre de parler de ça parce que je suis cette femme. je l'ai longtemps été et je le suis même encore aujourd'hui Et ce que je m'apprête à révéler, c'est ce que j'aurais aimé entendre depuis si longtemps pour comprendre pourquoi j'étais cette fille qui sortait des toilettes et qui avait déjà envie d'y retourner. Cette meilleure amie que tu dois accompagner aux toilettes toutes les 30 minutes. Et au début, ça fait sourire tout le monde, parce que c'est drôle et parce qu'il n'y a rien de méchant à avoir envie de faire pipi tout le temps. Sauf que t'as envie de faire pipi toutes les heures, c'est quand même handicapant. Très vite... Tu rates des discussions, tu rates des moments. Les trajets en voiture. Les trajets en voiture, c'était Qatar. Tu vois, mon souvenir qui m'a fait me dire là c'est stop, c'est trop, c'est vraiment beaucoup et ça commence à me peser énormément. Vraiment cette sensation de c'est lourd là. Alors que tu vois, on parle de quelque chose qui au début peut être drôle, c'est devenu lourd parce que je suis d'origine portugaise. Donc on a, comme toute famille portugaise, ce rituel d'y aller en voiture parce que c'est bien plus pratique de faire 15 heures de voiture. Et donc du coup il y avait ces 15 heures de voiture qui, aujourd'hui je le dis en rigolant mais là je vais rentrer de manière plus sérieuse parce que c'est vraiment les sentiments que je ressentais, étaient un enfer. Parce que 15 heures pour moi c'est découpé en il va falloir que j'aille aux toilettes mais combien de fois ? Comment je vais pouvoir leur dire que j'ai envie d'aller aux toilettes ? Donc même si c'était la famille la plus compréhensible chose que j'avais, je m'assois dans la voiture et même... une semaine avant d'avoir le voyage, tu appréhendes, tu te sens un peu mal, mais est-ce que je vais réussir à tenir ? Il va falloir que je me retienne. Tu vois, tu anticipes déjà ces moments de frustration, ce qui est horrible, tu vois.
- Speaker #1
Tu construis presque ta journée et ta vie en fonction de ces postes. Où il y a des toilettes, quoi.
- Speaker #0
Exactement. Aujourd'hui, tu peux pas rentrer dans un café s'il y a pas de toilettes, parce que je sais que je vais devoir en trouver un autre. Donc, t'as ces fameux voyages qui se poursuivent et au début, tout se passe bien. La première heure arrive, j'ai envie de faire pipi. J'ai envie de faire pipi, mais on n'a même pas encore quitté Paris, tu vois. Donc tu te dis, ok, je vais prendre sur moi, je ne vais pas y aller, je n'y vais pas. Déjà, ça te sert, tu vois, quand ça te gaine, etc. Et puis, très vite, je demande d'aller faire pipi, mais je redemande d'aller faire pipi. Et en fait, au bout d'un moment, tu te sens... tellement gênée d'être cette personne qui doit insister pour aller aux toilettes que tu te tais, que tu te tais et que tu te retiens et du coup tu passes des mauvais moments parce que t'es plus en train de réfléchir à où seront les prochains toilettes quand est-ce qu'on va s'arrêter, quand est-ce que je vais pouvoir y aller que le moment que j'étais en train de partager avec ma famille, à écouter de la musique ou dans toutes sortes de contextes tu vois, et ça j'étais arrivée à un point où c'était trop sans que je puisse comprendre ... C'était ok, là ça devient vraiment beaucoup, je commence à être limite handicapée par ça, je commence à manquer des moments importants, je commence à vraiment me retenir et ça commence à être trop. Et quand j'ai compris par quoi c'était provoqué, ça a tout changé.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que ça te fait comprendre qu'il y a un moyen pour solutionner ça. Et pour toutes ceux et celles qui nous écoutent et qui ont ça aujourd'hui, je vous le dis, si vous faites pipi... Toutes les heures et que vous sortez des toilettes, vous avez déjà envie de retourner aux toilettes, il y a quelque chose, il faut creuser. Et je sais qu'on connaît tous cette personne à qui on peut partager cette vidéo en lui disant c'est toi et ça soulève quelque chose derrière, écoute bien ça. Ce qu'on a sous le bassin, c'est des muscles qui sont tendus, ce qu'on appelle le plancher pelvisant. Donc on va dire que c'est sous forme d'amac parce que ça consomme réellement. et ces tissus Ces muscles qui sont tendus soutiennent trois organes. Trois organes qui sont vraiment importants. Je vais prendre l'exemple de la femme. Ça soutient le vagin, l'urètre et le rectum. Donc trois organes, je vais en reconnaître un très rapidement. Celui avec lequel on peut aller aux toilettes. Celui avec lequel on peut faire pipi. Sauf que comme je l'ai dit, ce plancher palaisien soutient ses organes, mais il les laisse passer un petit peu. Ce qui veut dire que, comme tout muscle, il se contracte et se décontracte. Donc, quand toi, t'as envie, toi et moi d'ailleurs, on a envie d'aller faire pipi, qu'est-ce qu'on fait ? On décontracte ce plancher pelvien et ça laisse passer le liquide, donc pour le coup, le pipi. Jusque là, tout va bien. Ça, c'est les personnes lambda. Quand moi, j'ai envie d'aller aux toilettes, mon plancher pelvien se contracte. Il comprend pas qu'on doit se relâcher. Et c'est même pire qu'il ne comprend pas,
- Speaker #1
il n'y arrive pas.
- Speaker #0
Il n'y arrive pas. Et pourquoi il n'y arrive pas ? Parce qu'il est traumatisé. Exact. Exactement. Et ça, j'en avais jamais entendu parler avant. Et pourtant, ça m'aurait tellement appris sur moi-même de comprendre que c'était pas j'étais bizarre ou c'était pas j'avais une sorte de maladie. C'est vraiment, il faut que j'apprenne à décontracter ce plancher pèle-visant pour pouvoir faire pipi. Parce que sinon... Aujourd'hui, je me retrouve dans des situations où je suis tellement habituée à le contracter et c'est tellement inconscient. Parce que je vais à la salle de sport, je sais comment contracter mon biceps. Tu fais des exercices, mais comment je décontracte mon plancher pelvien ? Tu le sens pas, tu vois. Donc on dit qu'il y a cette technique où il faut que tu aies l'impression que quand tu contractes, tu serres une fraise et tu desserres la fraise. Moi, je trouve ça hyper compliqué. Parce que la partie basse de mon corps, c'est une partie basse que j'ai voulu... oublier, que j'ai négligé, que j'ai moi-même violenté, que j'ai moi-même pas du tout apprécié. Donc c'est réapprendre à prendre conscience de son corps et il y a des exercices aussi qui te permettent de savoir contracter, relâcher. Mais aujourd'hui, je suis vraiment dans cet apprentissage parce que j'en étais arrivée à un point où du coup, j'allais aux toilettes, je faisais pipi, je tirais la chaise d'eau.
- Speaker #1
Et t'avais pas vidé complètement la vessie donc t'avais encore envie d'y aller puisque tu t'étais pas relâchée totalement.
- Speaker #0
Exactement. Exactement.
- Speaker #1
Est-ce que ça ne joue pas non plus sur le digestif ? Parce que si tu parles du plancher pelvien, si on va jusqu'au bout...
- Speaker #0
Totalement. Et c'est là où les souvenirs de honte remontent. Parce que là, c'est tabou. Là, on touche à quelque chose où on n'en a jamais parlé. On ne parle pas de ça, c'est sale, etc. Mais moi, j'aimerais dire à tous ceux qui ont vécu des moments où ils étaient dans les toilettes en train de s'efforcer de pousser, à tous ceux qui ont eu de la constipation, à tous ceux qui se sont sentis sales et qui se sont empêchés d'aller aux toilettes tellement ils savaient que ça allait servir à rien. Moi, j'ai eu des semaines, des mois entiers où je n'ai pas pu aller aux toilettes. Où vraiment, ce n'était pas possible. Et je n'en rigole pas parce que c'était un profond mal-être de, au bout d'un moment, tu as tellement qui s'accumulent dans ton ventre que ça me faisait me dégoûter encore plus et que je redoutais ce moment. Et ça, c'est un vrai signaux. Parce que moi, pour te dire... Je bouchais les canalisations. C'est-à-dire que les tuyaux sont adaptés, on va dire, aux sels classiques. Mais quand tu n'as pas des sels classiques, c'est révélateur. Ça bouche les toilettes. Donc mon grand frère qui se moquait de moi toute mon enfance en me disant « Glazis, elle a encore bouché les toilettes, les toilettes sont bouchées. » C'est de sa faute. Mais en fait, tilt. Parce qu'ils ont fait une étude sur 40 femmes qui avaient été abusées sexuellement. Sur les 40 femmes. C'était 39. 39 femmes à présenter. On appelle ça de l'anisme. Ou pour ce qui est de la difficulté à aller à la selle, on appelle ça le mégarectum. Parce qu'encore une fois, ce plancher pelvien est tellement contracté qu'il ne laisse pas passer ni les liquides ni le solide. Et ça fait qu'on se retient, on se retient, on se retient. Et comme tu le sais, plus tu te retiens, plus t'es incapable d'y aller. Et ça créait des choses monstrueuses, des sentiments de honte. Vraiment, je me sens encore plus sale parce que j'ai l'impression d'être... Même ça, même le truc le plus classique, je suis incapable de le faire. Qu'est-ce que ça révèle de moi ? Tu vois ce que je veux dire ? Alors que, finalement, je me rends compte aujourd'hui que c'est normal vis-à-vis de tout ce que j'avais vécu. Et pareil, cette constipation, à quoi elle est due ? Au fait que tu serres ton estomac. Ça laisse pas passer tout ce que t'as mangé. Tu peux pas digérer de la bonne manière. Tu peux pas digérer de la bonne manière non plus quand tu te prives de nourriture ou quand tu en manges trop parce que c'est trop conséquent. Donc oui, et cette honte a été reliée à une peur. Une peur très très profonde parce que mon souvenir le plus honteux, si on part vraiment dans les profonds souvenirs dont j'ai vraiment jamais osé parler, C'était de comprendre que j'en étais arrivée à un point où je ne gérais plus mes appareils génitaux, où je ne me gérais plus, où c'était la peur qui me dirigeait. Il y a un moment, j'avais 7 ans, je me souviens, je me vois très bien, j'entends les pas de l'escalier. Je sais qu'il va arriver, je sais très bien ce qui va se passer, je sais très bien où il va mettre sa main, comment il va me parler. En fait, c'est comme si j'étais une poupée et que je devais juste rester là, ne rien faire et encaisser. Et avant qu'il ait le temps de monter la seconde marche, j'enlève mon pantalon et je fais caca dans une boîte. Et là, tous ceux et celles qui vont nous écouter, les proches, ne comprendront pas. Mais toi qui as vécu l'inceste, tu comprendras. Parce que c'est ce moyen de... Peut-être que si je fais ça, il va me laisser tranquille. Peut-être que si j'en arrive à ce point, je vais le dégoûter et il va partir. C'est à quel point je veux montrer... que la peur est capable de te faire tout. Même ce qu'il y a de plus inhumain, parce que ça te paraît complètement inimaginable. Une petite fille de 7 ans qui sait très bien où aller aux toilettes, le fait dans une boîte, juste pour avoir cette odeur qui se dégage, et pour pas qu'il puisse monter et lui faire du mal. T'imagines le niveau de détresse de cet enfant ?
- Speaker #1
Oui, c'est terrible.
- Speaker #0
Et ça, je suis certaine que si vous avez le courage... oser nous partager vraiment dans les commentaires vos histoires parce que ça nous touche et il n'y a pas de honte ici, il y a sans culpabilité vraiment et je le dis parce que ce souvenir j'en avais pas parlé à mes proches jusqu'à une semaine, jusqu'à il y a une semaine où j'ai eu l'une des discussions les plus incroyables avec une femme qui m'a révélé elle aussi avoir vécu ce genre de choses et qui m'a dit mais moi aussi, et c'est ce moi aussi qui m'a sauvé de la honte et qui me permet aujourd'hui de vous en parler face caméra
- Speaker #1
Quel courage ! Est-ce que tu dirais que tout ça, c'était pendant les agressions et qu'une fois que les agressions se sont arrêtées, ça s'est stoppé instantanément, un peu comme les TOC ? Ou alors, est-ce que ça s'est poursuivi après ? Est-ce que quand les agressions se sont arrêtées, tu t'es sentie plus apaisée ? Est-ce qu'il y a eu un avant-après-agression ?
- Speaker #0
Il n'y a pas eu de avant-après niveau constipation. Ça, c'est une certitude. Parce que du coup, je n'ai pas appris à décontracter. Je n'ai pas appris... En fait, j'avais tellement peur que quelqu'un rentre encore une fois dans mon intimité. Et la Gladys adulte te le dit autant que la Gladys enfant.
- Speaker #1
Encore aujourd'hui.
- Speaker #0
Je suis certaine qu'à l'heure où je te parle, je suis contractée. Mais inconsciemment, tu vois... Je suis rentrée en toi. Je suis heureuse. Et c'est ça aussi, les douleurs sexuelles. On en parlera dans l'un des épisodes. Mais c'est ça, je comprends pas pourquoi ça m'a fait autant mal alors que là j'étais prête avec ce partenaire, alors qu'il y avait ce consentement mutuel et que c'était un beau moment. Parce que t'étais contractée, parce que t'as associé, il peut rentrer dans mon intimité et je ne veux plus que personne n'y entre. Même si, en fait c'est cette forme de contrôle, ça bloque, pourquoi ? Pour te sécuriser, pas pour t'empêcher de vivre, mais pour te sécuriser. Moi, c'était ma manière de dire non. J'ai pas réussi à le dire verbalement. Mais mon corps était en train de le dire. Donc, il n'y a pas eu de avant-après à ce niveau-là. Après, il y a eu un vrai avant-après pour que je puisse me libérer, enfin, déposer cette parole. Il y a eu un petit poids en moins qui s'est enlevé, où je me disais, là, déjà, je détruirais moins ma famille, parce qu'il est déjà décédé. Tu vois ? Il y a eu ce genre de choses. moins d'eczéma, moins de stress, parce que du coup, le danger était moins présent, effectivement. Donc je comprends, et c'est pour ça que je conseille à toute personne, pour les agresseurs qui sont en vie, parce que c'est malheureusement très souvent le cas, de s'éloigner, de vraiment s'éloigner, quitte à briser la famille. Il n'y a rien qui n'est brisé si ce n'est pas construit. C'est-à-dire que si une maison est construite sur des fondations solides et saines, elle ne tombera pas. Vous, vous faites que révéler la vérité. Si la vérité, elle casse la maison, c'est que la maison, en fait, c'était une maison de paille. Mais c'est important. C'est vrai que tu souris, et je souris aussi face à cette vérité, mais c'est important parce que je me suis tellement dit mais tu vas briser toute ta famille. Et c'est là. Et c'est là, et c'est là. Et du coup, tu n'en parles pas, parce que dès que tu en parles, ça monte et ça t'arrête, tu vois. Mais tu ne brises rien. Tu ne brises rien, vraiment
- Speaker #1
Ton grand-père, les agressions a priori se sont arrêtées autour de 10-11 ans, sensiblement aussi à l'âge où il est décédé. Quand tu es rentrée dans l'adolescence, tu te décrirais comment ? Parce que c'est en général une période où on commence à s'ouvrir un peu aux autres, à avoir ses premiers émois, ses premiers amoureux. Tu étais comment toi à ce moment-là ?
- Speaker #0
Très seule, très très seule. Très seule, mais très entourée, paradoxalement. Je ne te dirais pas que j'avais un cercle de 100 personnes, puisque ce n'est pas la vérité. Mais j'avais un cercle. J'avais vraiment mes amis, avec qui je m'entendais très bien, qui étaient présentes pour moi vraiment. Je sais que si j'avais besoin de parler, c'était un vrai cercle. Mais j'avais cette image de, dans tous les cas, je vais partir. Donc je vais les laisser. Il ne faut pas que je m'attache. Ça, c'est le complexe PTSD. J'y reviens parce que c'est vraiment là où on se rend compte. à quel point ça met des mots sur ce que j'ai jamais réussi à nommer, c'est cette image de « je laisse parfois mes meilleurs amis partir vers l'avant » . Et moi, je les regarde de l'arrière en me disant, mais de toute façon, tu ne peux pas t'attacher à elles. Tu vas décéder. Ou dans tous les cas, tu vas leur faire du mal. Enfin, tu ne peux pas faire ça.
- Speaker #1
Tu n'arrivais pas à te projeter dans le futur ?
- Speaker #0
Pas du tout. Pas du tout, vraiment. Pas du tout et encore moins à m'attacher. Parce que m'attacher, c'était sensiblement pouvoir faire du mal à quelqu'un.
- Speaker #1
Ou que lui ou elle puisse te faire du mal.
- Speaker #0
Mais ma plus grande peur, c'était plus faire du mal que... Qu'on me fasse du mal. Tu vois ce que je veux dire ? Et ouais, du mal à m'attacher réellement, profondément. J'étais celle qui évitait les soirées pyjama, tu vois. Enfin, un bout en train est toujours là pour tout le monde, mais m'inviter pas trop loin. Ou, ok, on parle de toi, y'a aucun souci, on va pouvoir s'y attarder pendant des heures et des heures. Et tu me poses des questions sur moi, attends, j'ai un truc à faire. Il faut que j'aille là. Et vraiment, c'était ce truc de « il faut que je fuis dès que je sens que ça devient trop sérieux pour moi » .
- Speaker #1
Trop personnel.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Trop personnel de mon côté.
- Speaker #1
Est-ce que, du coup, tu dirais que c'était quoi le plus dur ? C'était le fait de ne pas réussir à en parler, de ne pas pouvoir en parler, ou le fait de te sentir seule ?
- Speaker #0
Le fait de me sentir seule. Le fait de me sentir seule parce que... Je pense que les deux sont reliés, en quelque sorte, tu vois. Le fait de ne pas en parler, t'emprisonnes. Le fait de ne pas en parler, tu te dis, je suis la seule au monde à vivre ça. Et c'est pour ça que les réseaux sociaux, le podcast qui est aujourd'hui en train de tourner, est très très important pour moi. C'est ce sentiment de, une fois que tu libères la parole, une fois que tu poses les questions même à tes proches, tu te rends compte que t'as jamais été seule. Tu te rends compte que premièrement, il y a des gens qui sont là pour te tendre la main, mais juste, t'es tellement concentré sur le fait de partir ou de ne pas être à la hauteur que tu ne veux pas leur en parler. Mais il y a des mains qui sont quelque part autour de toi. Et deuxièmement, on est des millions à avoir vécu ça. Aujourd'hui, il y a des chiffres qui sortent. Je ne suis pas comprise dans ces chiffres parce que je n'ai jamais rempli de questionnaires et parce que je n'ai jamais porté plainte. Donc on est combien ? Et cette solitude, elle vient vraiment du fait que j'en parle pas, c'est tabou, etc. Mais dès que tu commences à en parler, dès que tu commences à creuser, tu te rends compte que t'as jamais été seule en réalité.
- Speaker #1
Tu parlais à l'instant du fait que t'arrivais pas à te projeter, tu voyais pas d'avenir. Quand il y a des agressions comme ça, avec ce que t'as vécu, est-ce qu'il t'est arrivé d'avoir des gestes auto-destructeurs ?
- Speaker #0
Énormément. énormément, puisque je détestais mon corps, je détestais ce que j'étais, ce que je pouvais représenter, donc évidemment des gestes destructeurs, j'en ai eu énormément, et pour te reprendre le plus commun, celui qu'on connaît le plus, les scarifications, que j'ai pas énormément fait, parce que très vite, je me suis rendue compte que ça se voyait trop, et que ça pouvait attirer l'attention, c'est un petit peu... Je vois le trauma comme la chose la plus profonde, la chose la plus difficile et la chose la plus douloureuse. Mais vraiment, je pense qu'il n'y a pas plus douloureux que le traumatisme. Peu importe le traumatisme. Mais il n'y a pas plus invisible. J'aurais beau te dire, mais regarde Elsa, regarde ce que mon grand-père m'a fait, j'ai une plaie. Il m'a tiré dessus, il m'a vraiment profondément fait mal. Tu vois quoi ?
- Speaker #1
Rien.
- Speaker #0
C'est le trauma. Alors que Jean qui va marcher dans la route et qui va s'ouvrir la tête, tu vas lui dire mais Jean tu saignes, attends, il faut que t'ailles voir les pompiers, t'es sûr de te sentir bien, tu veux pas qu'on t'aide ? Moi tu vas me dire quoi ? Rien.
- Speaker #1
Rien.
- Speaker #0
Parce que tu ne vois rien. Et pourtant moi je la vois.
- Speaker #1
Tu la sens.
- Speaker #0
Je la sens. Dans mon cœur, dans mon corps. Et pourtant elle m'impacte vraiment chaque jour. Pourquoi ? Parce que moi, je n'ai pas enlevé la balle. Parce que je n'arrive pas à l'enlever. Parce que je n'arrive pas à la regarder. Et parce que ça me fait encore plus de mal. Et c'est ce sentiment, justement, de solitude dont tu parlais. De, mais regardez, regardez. Et personne ne la voit, personne ne la comprend. Et donc là, ça te fait énormément de mal et tu te sens seule. Mais j'ai envie de te dire, ça n'a pas été fait pour rien. Parce qu'en te laissant seule à la voir, tu restes la seule à pouvoir te la retirer. Tu restes la seule à pouvoir t'en occuper. Et quand tu comprends ça, c'est juste incroyable. Parce que t'arrêtes de mettre des pansements. C'est pour ça qu'on met des pansements. C'est parce que moi je la vois, toi tu la vois pas. Je me sens extrêmement seule. Je me dis ok, y'a pas de soucis, je vais mettre un pansement. Je vais commencer à trop manger. Comme ça je la verrai plus, je verrai plus le sang qui coule. Parce qu'on va pas se mentir, elle est horrible à regarder. Cette cicatrice. Elle me fait juste repenser à tout ce que je suis. Et tout ce que je ne veux pas être. Et tout ce que j'ai vécu. donc je vais mettre un pansement Je vais trop manger. Ça ne fonctionne pas.
- Speaker #1
Quel conseil tu pourrais donner justement à toutes celles et ceux qui nous écoutent et...
- Speaker #0
Et qui mettent ces pansements ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il va falloir les arracher. Et ça va faire mal. Mais il va falloir le faire. Parce que tant que tu n'enlèves pas ces pansements, tant que tu ne vas pas traiter réellement à l'intérieur, que tu ne nommes pas cette balle, donc tant que tu n'en parles pas de ton traumatisme, cette douleur, elle restera. Et ce sang, il ne va pas s'arrêter de couler. Bien au contraire, il va affluer jusqu'à ce que tu comprennes que réellement, il faut que tu prennes soin de toi. Et que tu es la personne la plus amène à prendre soin de toi. Parce qu'on est les meilleurs chirurgiens quand il s'agit du trauma des autres. Il faut que tu fasses ça, il ne faut pas que tu désinfectes comme ça. Il faut que je te prenne en charge. Mais toi, quand est-ce que tu te prends en charge ? Quand est-ce que tu regardes tes propres blessures ? Et donc c'est vraiment ce travail de... Je sais que ça va être douloureux, je sais que ça va faire mal parce que je dois arracher les pansements que j'ai mis et que j'ai accumulés. Mais si je le fais pas, personne le fera pour moi et personne le fera mieux que moi. Donc c'est vraiment les enlever. Et je sais qu'on parle très souvent des comportements autodestructeurs comme la drogue, la fumette, les sorties, les soirées. Mais il y a tous les autres. Tous les autres qui sont je surfais, je surtravaille, je... vais beaucoup au sport, je m'occupe beaucoup des autres, c'est pas pour autant qu'ils sont moins destructeurs.
- Speaker #1
Tout ce qui est un peu addictif, quoi.
- Speaker #0
Exactement, tout ce qui est un petit peu addictif et qui se tourne vers « je regarde pas, je regarde plutôt de ce côté-là » . C'est juste t'emmener ailleurs. Et c'est ce qu'arification, j'y reviens, c'est justement ce fait de « ok, je vais prendre mon autre bras et je vais me faire du mal, du mal qui se verra ou peut-être on viendra me prendre en charge » . Et surtout, comme je te disais, ce vide que tu ressens intérieurement de ne plus appartenir à rien. Pour une fois, je ressentais une douleur. Pour une fois, ce n'était pas mon trauma qui me faisait mal.
- Speaker #1
Tu avais besoin de le vivre physiquement.
- Speaker #0
Exact. J'avais besoin de ressentir quelque chose, même plus que vivre. J'avais besoin de ressentir que j'étais encore vivante. Parce que je me sentais tellement vide et tellement mal que sans cette douleur de scarification, sans ces... comportements autodestructeurs, je ne savais pas que j'étais encore en vie. Est-ce qu'aujourd'hui, t'arrives encore d'avoir justement des moments, des angoisses, des trucs où tout remonte,
- Speaker #1
où t'arrives pas à gérer, encore aujourd'hui, alors que maintenant, quand même, t'as libéré la parole depuis déjà quelques années ?
- Speaker #0
Je te dirais même pire. Parfois, j'ai tendance à aller les chercher. Ces pics d'adrénaline, ces pics de... de moments de stress, de tensions, de je vais lancer ça, je vais faire ça, je vais rencontrer cette personne alors que je ne la connais pas vraiment. Et je suis sûre qu'on est des centaines et des milliers à se reconnaître, à chercher en quelque sorte le danger, tu vois. Parce que tu t'es reçu un shot tellement fort d'adrénaline, de tellement de substances fortes que tu te dis quand est-ce qu'il va être mon prochain. J'ai besoin de ça pour vivre, tu vois. Tu prends des risques. Tu prends des risques. Tu prends des risques, tu prends ta vie... Tu fais des choses que tu conseillerais pas aux autres parce que tu sais que ça serait hyper dangereux. Mais toi, tu le fais parce que t'as ce besoin de ressentir et t'as ce besoin de sentir que t'es vivante, en fait. De sentir que t'es encore présente. Donc oui, tu vas loin. Et ces moments, aujourd'hui, je les gère comme... Est-ce que ce que t'es en train de faire, ça va se faire du bien sur le long terme ou sur le court terme ? Parce qu'on sait tous que ce qui te fait du bien sur le court terme n'est pas ce qui va te faire du bien sur le long terme. Je vais rencontrer ce garçon que je connais à peine dans une ville parisienne. T'as cette adrénaline de « Ok, je vais rencontrer quelqu'un. Ok, c'est génial. Je me mets en danger en réalité. » Et sur le long terme, il peut m'arriver quoi ? Je peux vraiment être blessée, je peux être kidnappée, je connais pas cette personne. C'est plutôt quel intérêt j'ai ? Rencontrer quelqu'un, tu peux le faire de manière beaucoup plus sécure. Tu vois, donc c'est vraiment se poser ces questions de pour qui je le fais ? Est-ce que c'est pour la Gladys d'aujourd'hui qui va recevoir son petit shot, mais qui sur le long terme prend beaucoup de danger ? et qui aussi va se dégoûter d'aller chercher encore plus, encore plus. Et est-ce que je le conseillerais à ma meilleure amie ? Ça, c'est devenu mes deux questions que je me pose à chaque fois. Parce que si tu ne le conseillerais pas à ton ou ta meilleure amie de faire cette chose, de se scarifier, de se faire du mal, d'aller encore à la salle de sport, alors qu'en réalité, il a ce rendez-vous chez le psy qui ne veut pas y aller, je sais que tu ne devrais pas le faire non plus au fond.
- Speaker #1
Tu m'as déjà dit qu'il y avait un avant-après. Aujourd'hui, tu es une jeune femme belle et épanouie. Comment tu fais pour incarner ce après ? Comment tu as fait pour trouver la lumière ?
- Speaker #0
Tu conscientises que tu es dans le tunnel, paradoxalement. Parce que tu ne pourras pas trouver la lumière si tu ne veux pas sortir. Et moi, j'étais dans ce tunnel. Et je vais prendre cette métaphore parce que c'est la métaphore qui fait vibrer mon cœur. Vraiment. C'est celle qui représente ce dans quoi j'étais. Je vois les choses comme j'étais dans une voiture, mon agresseur a conduit cette voiture, m'a mis dans le tunnel, je l'ai laissé m'y amener, en quelque sorte. Et c'est lui qui m'y a mis, qui a conduit la voiture, qui a jeté les clés, qui est parti, et qui m'a laissé dans ce tunnel extrêmement sombre, pensée suicidaire, tout ce que l'on peut imaginer, tout ce que j'ai nommé dans cet épisode. Et cette tension de... Ok, mais maintenant, je fais quoi ? Je suis qui ? Et où est-ce que je sors ? Est-ce que déjà, je peux sortir d'ici ? Et c'est vraiment ce fait de conscientiser ce qui m'était arrivé, de conscientiser que c'était ma voiture, que c'était ma vie, que c'était moi qui devais la conduire, que c'était moi qui devais prendre mes décisions. C'était me mettre dans ce siège passager, de ne plus me mettre, pardon, justement, tu vois, par habitude, dans ce siège passager et me mettre... dans le siège de la conductrice de ma vie. Je vais prendre mes décisions. Je vais avancer. Je ne sais pas où ça va me mener, mais je vais avancer. Et y croire, j'y ai cru. J'y ai cru tellement fort au bout d'un moment. Tu vois, à un moment, je ne me laissais pas le choix de voir ce mal-être. Et à partir du moment où je me suis dit ok, je vais prendre ma vie en main, je me suis dit, je ne sais pas, je ne vois rien pour l'instant. Je ne vois que du noir. mais on va rouler, on va conduire va conduire parce que c'est pas possible qu'il n'y ait rien au bout de ce tunnel. Et je le dis à toutes celles et ceux qui nous écoutent, c'est pas possible qu'il n'y ait rien au bout de ce tunnel. Il y aura forcément une lumière, il y aura forcément peut-être quelqu'un qui vous rejoindra et qui vous guidera. Ok, il faut prendre cette sortie-là, il faut aller de ce côté-là, mais il y aura quelque chose parce que c'est ce qu'on mérite, parce que c'est ce qu'on mérite, mais pour ça, il faut prendre les responsabilités et il faut oser avancer. Alors je dis pas que c'est pas effrayant et hyper... super compliqué, mais qu'est-ce que ça en vaut la peine ? Je ne serais pas là aujourd'hui en train de te parler, en train de vous parler, si je n'avais pas pris les clés de ma voiture.
- Speaker #1
Merci beaucoup Gladys, merci beaucoup pour ta sincérité, pour le courage et l'honnêteté de tous tes propos, de tout ce que tu nous as dit, ce témoignage qui est vraiment poignant. Merci beaucoup et merci à vous de nous avoir suivis. Dans le prochain épisode, on parlera du rôle de la famille qui peut jouer ou pas dans ton parcours. Quel rôle ils ont joué ?
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Sachez aussi, chers auditeurs, que Gladys, vous pouvez la suivre sur les réseaux sociaux.
- Speaker #0
Exact. Au nom de Résalir sur Instagram, j'essaye d'y partager avec autant d'authenticité et surtout au plus grand public. à tout le monde, à nos proches, à toutes les victimes d'inceste qui souhaitent se reconstruire, mais toutes les victimes de viols, de traumatismes, qu'on n'est pas seules, qu'on a toujours été ensemble et que réellement, les voix comptent et elles peuvent changer des choses. Aujourd'hui, j'y crois fort parce que j'ai déjà vos premiers retours et parce que ce qu'on crée est puissant et je pense qu'on est vraiment en train de s'éveiller et de faire en sorte que les choses changent.
- Speaker #1
Et si ce podcast te... plaît, te touche, que ces témoignages te touchent. Sache que tu peux t'abonner. Il est disponible sur toutes les plateformes. Et n'hésite pas à t'abonner, à nous laisser aussi des commentaires ou des étoiles.
- Speaker #0
Vraiment, n'hésite pas à t'abonner. Moi, j'irai même plus loin. Abonne-toi. C'est hyper important pour nous montrer ton soutien. C'est aussi hyper important pour nous faire comprendre que ce qu'on fait te plaît et compte pour toi et que t'as envie de voir plus. de ce contenu, plus de vérité, plus d'authenticité, parce que je vous mens pas que ça me coûte, comme je l'ai dit en commençant cet épisode, de révéler toutes ces histoires, de révéler toutes ces choses dont j'ai pas parlé, mais je sais qu'aujourd'hui je suis face à un public qui ose écouter et qui osera me renvoyer l'appareil, donc pareil, vos commentaires, si vous n'avez pas le courage et la force de révéler toutes vos histoires, un simple petit cœur, un simple petit je l'ai vécu, je l'ai ressenti, C'est déjà énorme pour nous. C'est déjà largement suffisant. Une petite note, simplement, de à quel point vous avez ressenti ce qu'on était en train de vous partager, à quel point vous avez aimé. Ça nous touche tout autant,
- Speaker #1
vraiment. Toi comme moi, Elsa, on met beaucoup de temps dans ce podcast, mais on met aussi et surtout beaucoup d'amour. Tout ce qu'on veut, c'est vos retours. Parce que ce podcast, on le fait pour nous. Exact. Et surtout sans culpabilité. Exactement. Et si toi aussi, tu vis actuellement une situation difficile, compliquée, il existe un numéro, il est gratuit, il est anonyme, il est disponible 24h sur 24, 7 jours sur 7, c'est le 119. Parce que toi aussi, tu as le droit d'être cru, tu as le droit d'être entendu et tu as le droit de vivre sans honte et sans culpabilité. Parce qu'encore aujourd'hui, en moyenne, c'est trois enfants par classe qui vivent l'inceste. Et toutes les trois minutes, un enfant... en France vit un viol, un inceste ou une agression sexuelle. Alors en parler, c'est déjà commencer à se libérer. Et nous, on se retrouve la semaine prochaine sans culpabilité. Merci à vous.