- Speaker #0
J'ai pris ces sentiments qui étaient ceux de mon agresseur. Parce qu'à aucun moment, j'allais me sentir coupable. Parce qu'à aucun moment, j'allais me sentir honteuse ou sale. J'étais arrivée à un point dans ma vie où si je ne le disais pas, j'allais mourir. On m'a déjà trahi de par ces agressions où j'ai donné ma confiance à un homme et où on me l'a volé, où on me l'a sali. Est-ce que ça ne va pas être le cas si je le répète une seconde fois ? Je te crois. C'est trois mots. Trois mots qui changent la vie de quelqu'un. Qu'est-ce que les gens vont penser de moi une fois que je leur ai dit ? Tout est beaucoup plus mature et beaucoup plus réfléchi parce que mon innocence, on me l'a volé. Si vos agresseurs sont encore en vie, si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour les autres, faites-le pour tous ceux qui sont en danger.
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous. Bonjour Gladys.
- Speaker #0
Coucou Elsa.
- Speaker #1
Et bienvenue à toi qui nous regarde ou qui nous écoute dans le podcast Sans Culpabilité. Ici, on va parler vrai, on va parler sans tabou, sans filtre, sans honte et surtout sans culpabilité.
- Speaker #0
Exactement, tu as totalement résumé ce qu'on est venu faire ici Elsa, puisque je pense qu'on va devoir leur expliquer un petit peu le pourquoi du comment de ce podcast.
- Speaker #1
En effet, parce qu'on va connaître un petit peu dans ce podcast ton parcours. ton histoire, pourquoi on a décidé de faire ce podcast. Peut-être pour commencer, tu pourrais nous dire ce qui t'a donné envie de faire ce podcast.
- Speaker #0
L'envie, elle est partie d'un manque, d'un manque de ressources, d'un manque de contenu. Tout simplement, je n'ai pas eu ces épisodes, je n'ai pas eu ces moments de vérité, je n'ai pas eu ces mots que je vais essayer de prononcer, ces choses que j'aurais aimé connaître quand j'avais peur, quand j'étais seule. et c'est des ressources qui sont précieuses alors je dis pas que tout ce que je vais dire va être incroyablement bien dit et hyper bien cité c'est juste l'histoire d'une petite fille qui est tombée 100 fois qui a essayé de se relever et qui s'est relevée 100 une fois pour être ici aujourd'hui et l'objectif c'est juste comme tu l'as dit, sans culpabilité oser parler de ce dont on ne parle pas tous les tabous après trauma tous les tabous post-agression sexuelle qui sont aujourd'hui méconnus par tous
- Speaker #1
C'est ça. Ce mot, tu sais comment il est venu à toi ? Parce qu'il est fort quand même, sans culpabilité. Qu'est-ce qui t'a amené à choisir ce titre ?
- Speaker #0
Comme tu dis, ce mot n'est pas venu par hasard à moi. La culpabilité, c'est l'un des sentiments que j'ai le plus connu dans mon enfance, dans ma vie. C'est ce qu'on a ici, dans le ventre, ce qu'on a très souvent aussi dans la gorge, où on n'arrive pas à parler, où on n'arrive pas à dire ce qu'on ressent, tout simplement parce que... On se sent tellement mal, on se sent tellement coupable. Moi, j'ai eu très, très longtemps honte de le dire et même de le penser, mais je me suis sentie plus coupable que mon agresseur. Je m'en voulais plus que mon grand-père.
- Speaker #1
On va peut-être justement, du coup, rentrer dans le vif du sujet, commencer par le commencement, à savoir ce premier épisode qu'on a décidé de donner comme thématique le fait de briser le silence. qui est donc un peu le point de départ, on va dire, ou j'ai envie de dire, vers ta guérison. On va voir aussi, est-ce que ça peut être la guérison commune ? Pour que tout le monde comprenne bien, est-ce que tu peux raconter ton histoire, ton parcours ?
- Speaker #0
Évidemment. Alors, si je te raconte mon histoire, je te dirais que les premiers souvenirs remontent à l'âge de 4 ans. Je vais dire 4 ans pour ne pas me tromper et pour ne pas mentir, mais rien ne me dit que ma mémoire ne me cache pas des souvenirs. Tout simplement pour me protéger. C'est ce qu'on appelle la mémoire traumatique, je pense qu'on y reviendra un peu plus tard. Mais mon premier souvenir remonte à 4 ans parce que je vois la taille de mon short. Je porte un mini-short et je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je raconte cette histoire, j'ai l'image de la taille marquée sur ce short qui est écrit 4 ans. Et c'est ça qui me fait me rappeler mon âge parce que ce qu'on doit rappeler, c'est aussi que tous les souvenirs sont totalement embrouillés. On ne comprend pas forcément ce qu'on vit. On ne comprend pas et on n'a pas forcément la date de ce qu'on a vécu. C'est ça la mémoire traumatique. C'est ça aussi parfois les amnésies traumatiques où on a des blackouts d'années entières. Et ça m'est longtemps arrivé. Mais je ne sais pas pourquoi ce souvenir, il est toujours resté. Je suis très très jeune donc et je me balade. parce que c'est un anniversaire, donc on est dans une maison qui est remplie de monde. Et c'est aussi ça qui est important que je veux délivrer aujourd'hui, c'est que le loup, l'agresseur, ne se cache pas dans la forêt, ne se cache pas dehors, dans la rue. Les agresseurs, ils sont partout, ils sont chez nous, ils sont à table, ils sont nos frères, nos cousins, nos grands-pères, nos oncles, nos tantes. Et c'est ce que j'aimerais vraiment qu'on comprenne pour prendre conscience qu'il faut faire attention à nos enfants. Parce que moi, ce souvenir, j'ai 4 ans, il y a une maison qui est remplie de monde et pourtant personne n'a rien vu. Personne n'a rien vu parce que les agresseurs sont extrêmement manipulateurs. Pour le coup, je me souviens me promener autour de cette maison et je fais un premier tour, seule, comme une enfant de 4 ans jusqu'il marche. Et le deuxième tour, il me rejoint sur le tour.
- Speaker #1
Qui ça,
- Speaker #0
il ? Il, mon grand-père, qui me rejoint, qui me prend tout simplement la main, tel un grand-père parfait, devant tout le monde, il m'aille parfaitement. Et le troisième tour, il m'arrête un coup. coin où plus personne nous voit et il me dit, enlève ton short. Et là, t'as une petite fille de 4 ans, je comprends pas. Ce serait mentir que de te dire que je comprends. Je suis à la fois sidérée et je me dis, c'est mon grand-père. C'est mon grand-père, donc ça peut pas être bizarre, ça peut pas être mal. Et je le fais pas parce que je sens quand même qu'il y a quelque chose dans mon corps qui me dit non. C'est pas normal, personne t'a jamais demandé d'enlever ton short comme ça, sans contexte. Et il le fait. Il le fait alors que j'ai 4 ans. Et il commence à me toucher alors même qu'il y a une fête d'anniversaire ce jour-là. Et c'est ça qui est important à faire comprendre à celles et ceux qui nous écoutent et à leurs proches. Je veux pas effrayer, je veux éveiller. Le danger, il peut être chez nous. Et c'est simplement faire comprendre à nos enfants et être vigilant avec nos enfants. Un enfant qui dit j'ai un petit secret avec papy, c'est pas normal. Il y a quelque chose derrière et il faut aller chercher, il faut aller creuser. Même si c'est compliqué aussi, on en parlera, pour les proches certaines fois de voir la vérité en face. Donc pour revenir à ta question, je dirais que mon histoire commence à 4 ans et puis s'enchaînent les souvenirs d'attouchements. Ça devient de plus en plus violent, de plus en plus intrusif. Il ne se passe pas une semaine sans que ça se produise. Il ne se passe pas une journée limite sans que ça se produise. Le quotidien d'une enfant à cet âge-là, c'est on va à l'école, on rentre, on prend le goûter. Et moi, ça ne s'arrêtait pas là.
- Speaker #1
Mais ton grand-père était là tout le temps ?
- Speaker #0
Il était toujours là parce que du coup, j'étais extrêmement gardée par eux. essentiellement du lundi jusqu'au vendredi. Ils m'emmenaient à l'école, ils venaient me chercher parce que mes parents travaillaient beaucoup, donc ils m'ont confiée à ce qu'ils pensaient être le grand-père parfait.
- Speaker #1
Quelle horreur. T'as mis combien de temps avant d'en parler, avant de pouvoir libérer cette parole, tu dirais, toi ?
- Speaker #0
J'ai mis énormément de temps, énormément de temps tout simplement à le... conscientiser parce que avant de vouloir en parler, il y a un vrai travail qui a été de comprendre que ce que j'avais vécu, ça n'était pas normal. Comprendre que ce qui s'était passé, ce n'était pas un amour sain d'un grand-père qui aime sa petite fille.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que c'est simplement parce que ton grand-père t'a dit c'est un petit secret et on n'en parle pas que tu ne l'as pas dit ? Ou est-ce que pour toi, ce silence, il était parce que tu avais peur ? parce que tu avais plein de peurs possibles ? Tu te sentais peut-être coupable ?
- Speaker #0
Alors, je pense qu'il y a eu un peu des deux. Honnêtement, je pense qu'il y a la manipulation de dire à une enfant, c'est notre petit secret, si tu le dis à la famille, tu vas la détruire. Ça brise une enfant. Ça brise une enfant parce que tu as ce côté loyauté. Il t'a dit,
- Speaker #1
tu te rappelles, tu penses, il t'a dit ça ?
- Speaker #0
Il m'a dit ça, oui. Il m'a dit, si tu le dis, tu vas détruire ta famille. Et dans tous les cas, c'est notre petit secret. Personne ne doit être au courant. Et c'est des phrases comme ça qui, dites dans le cerveau d'un adulte, ne font peut-être pas la différence. Mais dites dans le cerveau d'une enfant qui n'a pas conscience de ce qui se passe et qui est face à quelqu'un qui a l'autorité, parce que très souvent, c'est ces rapports de force aussi. C'était un adulte, j'étais une enfant. Parfois, c'est des hommes sur des femmes qui ont des cadres supérieurs. qui ont des fonctions supérieures, et c'est parfois même des hommes qui se font violer, parce que ça existe aussi par des plus grands, par le voisin, par la mère, ça peut être femme ou homme. Donc oui, cette peur, elle était présente, cette peur de détruire ma famille. En fait, il faut comprendre que lorsqu'on subit ce genre de traumatisme, on accumule les responsabilités. On ne les vit pas tel un enfant, on est confronté à la violence d'un monde adulte. Donc forcément, tout est vécu dix fois plus puissamment, tout est beaucoup plus mature et beaucoup plus réfléchi parce que mon innocence, on me l'a volé. À un âge où j'étais censée jouer aux poupées, je suis devenue ma propre mère, mon propre père, pour pouvoir me dire « Ok, comment tu dois réagir quand cette porte-là s'ouvre ? Comment tu dois réagir quand plus lui arrive ? »
- Speaker #1
Est-ce que tu te rappelles à quel âge tu as commencé à conscientiser que ce n'était pas normal ?
- Speaker #0
J'ai conscientisé que ce n'était pas normal, pas avec un âge, mais plutôt avec un événement. Un événement qui m'a fait avoir le déclic et me dire ce qui s'est passé, c'était pas normal. Que ton grand-père mette sa main dans ton pantalon, mette sa main sur tes parties intimes, c'était pas normal. Et il y a un bien, il y a un mal, et là il a franchi des limites.
- Speaker #1
C'était quoi cet événement ?
- Speaker #0
Cet événement, c'était une femme qui témoignait sous le mouvement MeToo. qui a fait énormément de bruit et que je ne remercierai jamais assez parce que peut-être que je ne me serais jamais éveillée sans ça. Mais je passe devant la télé d'une manière tout à fait anodine et en fait, je tombe sur son témoignage et je suis juste happée par son témoignage parce que je me reconnais, parce que ce qu'elle dit, c'est ce que j'ai vécu. Mais elle, elle le nomme agression sexuelle. Et il faut se rendre compte que c'était la première fois que j'entendais parler de ce mot. C'était la première fois que j'assimilais ce que j'avais vécu à ça. Donc forcément, c'était un immense déclic. Le fait qu'on en parlera aussi, mais que mon grand-père soit décédé m'a déchargée d'une certaine forme. Ce serait mentir de dire que j'aurais eu la force d'en parler s'il avait été encore vivant. Je n'ai pas vécu cette situation, donc je ne peux pas parler depuis ce point-là. Mais oui, le fait qu'il soit mort, qu'il soit plus présent... Il y avait une sorte de menace qui était écartée.
- Speaker #1
Ok. Quand MeToo a commencé, il était déjà décédé, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses que s'il n'y avait pas eu MeToo, tu ne serais peut-être pas là aujourd'hui ? Tu n'aurais peut-être pas réussi à en parler ?
- Speaker #0
Ce n'est pas une certitude parce qu'on ne sait pas de quoi la vie est faite. Parfois, il y a de belles rencontres qui nous mettent la puce à l'oreille. Parfois, il y a des choses qui se passent et qui nous permettent de comprendre des choses qu'on n'aurait jamais pensées. Tu vois, par exemple, j'en avais parlé avec ma meilleure amie à l'époque, alors que je ne savais pas de quoi il s'agissait. Je n'avais pas encore ce mot agression sexuelle. J'en avais parlé avec elle. J'en avais parlé avec elle, mais du coup, comme une enfant, comme une enfant qui ne comprend pas ce qui se passe. Et à l'époque, elle m'avait dit, ce serait bien que tu en parles. Juste, ce serait bien que tu en parles. A tout changer, parce qu'il a semé une graine dans ma tête de, déjà, tu es cru, tu es écouté. et c'est peut-être pas si normal. Alors avec sa voix d'enfant, parce qu'on était extrêmement jeunes, on devait avoir 10 ans, 9 ans, elle a su trouver les mots. Et c'est ces mots de « je te soutiens, je te crois, ce que t'as vécu c'est légitime, tu n'es pas en train de me mentir » qui ont fait une certaine différence, je pense, aussi dans mon cerveau. Donc oui, le mouvement MeToo a bel et bien participé, mais je pense que cette discussion avec ma meilleure amie a ouvert un petit peu la voie.
- Speaker #1
Quand on vit des agressions répétées, comme c'est le cas chez toi, des agressions sexuelles qui sont répétées et qui sont sur une durée qui est longue, j'imagine que le silence est encore plus lourd à porter. C'est-à-dire que tu rentres dans un genre de cercle vicieux où le fait de ne pas en parler, tu te sens quand même protégé. Non ?
- Speaker #0
Oui, il y a un peu cet effet de piège doré, de je me sens un peu plus à l'aise à ne pas en parler plutôt qu'à en parler. Parce qu'en parler fait peur. En parler fait peur parce qu'on ne l'a jamais fait. Et tout ce qui est nouveau et détesté par notre cerveau, on préférera toujours un enfer connu qu'un paradis inconnu. Parce que pour franchir le palier de l'enfer au paradis, il y aura cette étape, il y aura cette porte où on ne sait pas finalement ce qu'il y aura derrière. Donc oui, je comprends tout à fait ce que tu veux dire, ce sentiment d'être un petit peu protégé par ce silence, mais c'est une fausse protection. C'est une fausse protection qui nous fait pourrir de l'intérieur. Et moi, je vois un peu ça comme une montagne, c'est-à-dire que t'es en bas de la falaise. Tu es en bas, tu n'as rien, t'as aucune fondation, t'as aucun sac à dos, t'as aucun équipement et tu vois le haut de la montagne et tu te dis, j'y serai jamais. Mais évidemment que tu peux y être, il faut juste commencer à grimper. Et ce que je veux faire comprendre, c'est que quand t'es en bas, tu vois uniquement la hauteur de la falaise et tu vois uniquement à quel point c'est lourd. à quel point tu as du mal à en parler, à quel point il peut y avoir ceci. Et si j'en parlais, est-ce qu'on me croirait ? Est-ce qu'on ne me dirait pas que j'exagère un petit peu ? Est-ce que c'est réel ce que j'ai vécu ? Est-ce que je n'ai pas un petit peu inventé certains morceaux ?
- Speaker #1
Tu as pu douter, toi ? Tu as douté de ta parole ?
- Speaker #0
Des centièmes de fois. J'ai énormément douté. Et ça, c'est l'amnésie traumatique, c'est la mémoire traumatique qui fait que en fait, tu reçois tellement de choses. au moment où ça se produit. Comme tu l'as dit, tu es face au danger, tu sais qu'il est répété. Donc il y a ton cerveau qui commence à l'anticiper, mais c'est pas pour autant que tu te reçois pas des shots d'adrénaline, de neuroadrénaline, de cortisol. Et ce sont des choses qui sont tellement envoyées de manière puissante à ton cerveau et à ton corps que ton cerveau ne peut pas encaisser. C'est donc la partie, ce qu'on appelle le reptilien, qui prend le contrôle. C'est la partie qui est juste faite pour la survie. Donc qu'est-ce qui se passe ? T'as soit le fight, flight or freeze. Donc soit tu te figes, soit tu te bats ou soit tu fuis. Sauf que le stress, il est tellement engourdissant. Et quand c'est répété, tu sais tellement que t'as pas le choix. Je savais que j'avais pas à avoir le choix. Alors du coup, ton cerveau se fige et ton corps lui aussi se fige. Et c'est ça qui m'a fait douter. C'est que je me suis dit, mais en fait... tu n'as rien fait pour te protéger tu n'as rien fait pour te sortir de cette situation tu n'as même pas dit non et j'étais incapable de dire non et quand tu comprends que ce mécanisme il est là pour te protéger parce que oui il est là pour protéger on a du mal à le comprendre pour toutes celles et ceux qui nous écoutent ce mécanisme est bel et bien là pour vous protéger il est là pour faire en sorte que vous survivez face à cette douleur face à cette violence parce que c'est un miracle de survivre à cette violence, d'avoir un proche qui arrive et qui interfère dans notre intimité. Donc oui, évidemment que j'ai douté le fait que certains souvenirs aient totalement disparu et que je les retrouve sous forme complètement distordue, pas dans l'ordre, que d'un coup je sois beaucoup plus jeune, plus vieille. Ça m'a fait énormément douter de ce que je pensais. Mais au bout d'un moment, il y a les ressentis et les ressentis, ils mentent pas. Il y a tout ce... Tout ce dont on se souvient, on n'invente rien. Le corps ne fait que ressortir ce qui a déjà existé. Et lorsqu'on comprend ça, il y a vraiment cette part de culpabilité qui s'en va. Parce qu'on comprend qu'on doit se faire confiance avant tout. Et comme je te le disais, tu es un peu plus armée pour monter cette montagne quand tu commences à te faire confiance. Parce que tu sais que tu as la capacité de grimper jusqu'en haut.
- Speaker #1
Et donc justement, pour grimper jusqu'en haut... Si on reprend le schéma pour savoir comment tu en es arrivé à libérer vraiment la parole, tu as commencé d'abord à en parler à ta meilleure amie, sans savoir vraiment exactement ce que tu avais déposé. Ensuite vient MeToo. Là, tu arrives à poser les mots. Tu arrives à dire, bon, ok, très bien, c'est ça que j'ai vécu, en fait. Et une fois que ça, ça s'est passé, qu'est-ce qui... Comment t'as avancé encore après derrière ? À qui tu l'as dit la première fois ? Vraiment, en le sachant.
- Speaker #0
Le deuxième pied qui est passé, c'est le doute. Le doute de, ok, c'est peut-être ça, mais c'est différent. Parce que le témoignage que j'avais entendu ne parlait pas des agressions qu'elle avait subies de son grand-père. Donc je me suis dit, peut-être que c'est différent parce que moi, c'était mon grand-père. Un grand-père ne peut peut-être pas faire ça. Ça reste toujours beaucoup plus flou quand c'est soi-même et on a tendance à énormément minimiser. Donc le pas suivant, c'était plutôt chasser ce doute, me faire confiance et réfléchir à comment je pouvais le dire. Parce qu'en fait, la réalité, c'était que j'étais arrivé à un point dans ma vie où si je ne le disais pas, j'allais mourir. J'allais mourir de solitude, de porter un fardeau qui était extrêmement lourd. Parce que j'avais l'impression de protéger ma famille, mais derrière, la vérité, c'est que moi, je me tuais. À chaque fois que je n'en parlais pas, alors que j'avais l'envie de sortir ces mots, alors que j'avais l'envie de me décharger. C'est moi que je tuais. Tu vois, c'est ma confiance que je brisais.
- Speaker #1
Oui, mais tu devais quand même être en flip total d'annoncer à ta famille, justement, que ton grand-père avait fait ça. Si maintenant, tu étais en capacité de comprendre ce qui s'était passé réellement, quoi.
- Speaker #0
Ah, mais totalement, totalement. La peur est aussi un sentiment très vicieux, je tiens à le préciser, qui se nourrit de l'énergie qu'on lui donne, qui se nourrit de toute l'attention qu'on lui donne. Et malheureusement, je lui ai donné, pendant ces dix ans de silence... énormément de crédit, énormément d'attention. Ce qui fait que cette peur faisait partie de moi. J'avais du mal à me dire « tu n'es pas cette peur et tu peux passer outre cette peur » . Ça demande énormément de courage, ça demande énormément de recul. Ça, ce n'est même pas une question, mais il faut le faire.
- Speaker #1
Est-ce que, au-delà de la peur, est-ce que même tu ne t'es pas sentie parfois coupable ? de ne pas avoir réussi à dire non, de ne pas t'être opposée à ton grand-père, alors que quelque part, tu savais quand même, tu sentais, tu ne savais pas, mais tu sentais que les choses n'étaient pas normales, tu ne les voulais pas forcément et tu ne les disais pas. Est-ce que du coup, tu as pu te dire, peut-être que je l'ai cherché ou peut-être que c'est un peu de ma faute ? Tu as ressenti cette culpabilité ?
- Speaker #0
Je n'ai pas choisi sans culpabilité par hasard, parce que j'ai vraiment... envie d'anéantir ce sentiment qui a longtemps été le mien. Donc oui, ce serait mentir encore une fois que de dire que je n'ai pas ressenti ces moments. Et j'ai ces moments en tête, ces petits flashs de la scène est finie, il a fait ce qu'il faisait à chaque fois et je remets mes bottes et encore une fois, je me sens plus coupable que lui. Je me dis, c'est toi qui te fais du mal. Tu as participé. T'as rien dit, donc t'as fait en sorte que ça se produise. Et j'étais plus dure avec du recul avec moi-même que je l'étais avec lui. Je le protégeais. Mais le souci, c'est que, encore une fois, c'est une métaphore, mais cette métaphore, je pense qu'elle parlera à beaucoup de monde parce que je ressentais un poids juste immense sur mon dos. Et je comprenais pas. Mais aujourd'hui, avec le recul, je comprends que je portais des poids qui n'étaient pas les miens. C'est comme si pendant ces agressions, il semait des cailloux en face de moi. Mais pas des minuscules cailloux, des énormes pierres. Et il les semait parce que lui ne les prenait pas. Il me disait, moi j'en veux pas. Et ces cailloux, c'était la honte, c'était la culpabilité, c'était la saleté. Et moi, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai pris ces cailloux et je les ai mis dans mon sac. Et j'ai commencé à les traîner tout au long de ma vie. Mais ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'ils ne nous appartiennent pas. c'est que j'ai pris ces cailloux mais c'était pas les miens, j'ai pris ces sentiments qui étaient ceux de mon agresseur parce qu'à aucun moment j'allais me sentir coupable parce qu'à aucun moment j'allais me sentir honteuse ou sale ou répugnante, c'est sa saleté c'est ses actes, c'est pas les miens et encore une fois le fait de comprendre que mon corps se figeait et que j'étais incapable de bouger ça m'a aussi énormément aidé à conscientiser que c'est pas de ma faute que face à cette violence, je ne pouvais juste rien faire.
- Speaker #1
Et du coup, qu'est-ce qui t'a amenée à parler et à libérer ta parole à un moment donné ? Tu as réussi à dépasser cette peur, cette culpabilité. Qu'est-ce qui t'a poussée d'un coup ? Est-ce que c'est venu, tu as senti que c'était plus fort que toi ? Ou alors est-ce que c'est quelque chose qui a provoqué les... Comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
J'ai énormément réfléchi. Il y a eu un très long laps de temps, je ne saurais même pas te dire le nombre de mois, mais ça se compte en mois, entre j'écoute le témoignage MeToo et finalement, vraiment, je me décide à prononcer les premières paroles qui me sortent du silence. Et ça a été compliqué parce qu'encore une fois, j'étais tellement mature que je prenais la responsabilité de toute ma famille. Mais qu'est-ce qui va se passer si je leur dis ? Est-ce que je ne vais pas les détruire ? Est-ce qu'ils vont réussir à encaisser ça ? Parce qu'en quelque sorte, je me disais, moi, je suis capable de l'encaisser pendant des années. Mais est-ce qu'eux voudront voir la vérité ? Est-ce qu'ils ne vont pas m'abandonner ? Il y a cette peur aussi qui est extrêmement présente de, finalement, on m'a déjà trahi de par ces agressions où j'ai donné ma confiance à un homme et où on me l'a volé, où on me l'a sali. Est-ce que ça ne va pas être le cas si je le répète une seconde fois ? Donc oui, je me suis posé la question pendant des mois et des mois jusqu'à ce que, en fait, j'en avais marre. Et j'avais un réel besoin, donc tu me demandais à qui j'en ai parlé la première fois. C'était à mon frère, à mon frère qui a toujours été là pour moi, m'a toujours soutenue, a toujours été l'oreille qui m'écoutait. Et je pense que c'est ce que je veux faire comprendre aussi dans cet épisode, c'est que la personne à qui vous le direz doit être une personne de confiance. Vos mots ne seront peut-être pas parfaits, mais la personne à qui vous allez le dire doit être quelqu'un avec qui vous vous sentez en confiance et avec qui vous partagez un réel lien. C'est peut-être pas quelqu'un de votre famille, c'est peut-être pas un ami, mais c'est quelqu'un qui vous connaît, c'est quelqu'un avec qui vous savez que vous pouvez avoir confiance, que vous pouvez parler. Sans honte, qui en tout cas pourra vous aider à sortir de ce fardeau, tout simplement. Moi, ça a été mon frère parce qu'il a toujours été là. Même sans comprendre pourquoi, même sans comprendre pourquoi j'allais si mal fondamentalement, il a toujours été là, toujours. Et ce soir-là, je me souviens, c'était absolument pas le moment parfait puisqu'on sortait d'un repas familial avec ma tante et mes cousins. donc Un soir d'été, il devait être 23h minuit, pas le genre de moment pour enclencher cette discussion. Mais ça faisait des mois et des mois que je me disais, il faut que je lui en parle à ce moment-là. Et à chaque fois, je ne trouvais pas le courage. Le moment qui était parfait, à chaque fois, j'avais cette boule qui remontait et qui me disait non, non, non, non, fais pas ça. Et ce soir-là, j'étais plus tendue et j'ai prononcé ces mots qui aujourd'hui... me font sourire parce qu'ils n'avaient aucun sens, mais je lui ai dit, Cyril, les gens ne sont pas toujours ce qu'on pense qu'ils sont. Et c'est une phrase de philosophe pour une jeune fille qui avait à l'époque que 11 ans.
- Speaker #1
11 ans, t'avais.
- Speaker #0
Mais ces mots-là, ils m'enclenchaient dans une démarche de, tu ne peux plus reculer. À partir du moment où t'as prononcé ces mots, tu sais que t'as enclenché quelque chose. Il va être curieux, il va vouloir savoir. Et ça a été le cas, il a été curieux et m'a dit « qu'est-ce que tu me racontes ? Pourquoi tu me dis ça ? » Et je lui ai sorti, je lui ai balbutié quelques mots du genre « tu sais, notre grand-père Cyril, il n'était pas ce qu'on pense qu'il était, il m'a fait du mal. » Et je crois qu'à l'époque, j'ai dit « il m'a touchée » parce que je n'avais pas encore toutes ces étapes et je n'avais pas encore retrouvé toute ma mémoire et tout ce qui s'en était suivi. Et à ce moment-là, il a brillé.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Comment il a réagi, lui ?
- Speaker #0
Il a été extrêmement en colère. Beaucoup, beaucoup de colère. Parce que c'était lui, à l'époque, aussi un jeune garçon qui n'avait que 18 ans, qui avait côtoyé cette personne à chaque repas de famille. Enfin, je veux dire, on était constamment avec eux. Donc c'est horrible de savoir ce qui s'est produit, pas sous leurs yeux, mais ce qui s'est produit sous leur nez, sans qu'ils puissent le voir, sans qu'ils puissent finalement le savoir. Donc, il est parti en colère sur toute la route, en train de courir. Mais ce qui m'a fait du bien ce soir-là, c'est surtout le fait que je savais que j'étais crue. Et ce qui m'a fait du bien, en visualisant cette colère, paradoxalement, c'est de comprendre que ça n'a jamais été normal et que c'était bel et bien violent ce que j'avais vécu. Parce que même après avoir entendu ce témoignage MeToo, je continuais de minimiser mentalement. Mais cette réaction m'a fait... prendre conscience de la violence que c'était et de, ok, on l'a dit, on est cru, donc c'est possible de réellement être cru et de ne pas être minimisé.
- Speaker #1
Justement Gladys, pour toutes celles et tous ceux qui nous écoutent, est-ce que peut-être tu pourrais donner un conseil sur les personnes qui seraient à même de recevoir une parole comme ça ? Comment ils doivent réagir ? Parce que c'est pas toujours facile.
- Speaker #0
Pour les personnes qui doivent écouter. Oui,
- Speaker #1
comment ? Parce que je pense que...
- Speaker #0
Pour tous les proches qui nous écoutent,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Je comprends. C'est vrai que ces questions, elles reviennent souvent. Comment je fais ? Qu'est-ce que je suis censée dire ? Et je comprends parce que c'est un événement qui est juste très compliqué. Je dis souvent qu'il y a un ricochet trauma. Il y a le trauma que nous, on vit victime d'inceste, d'abus sexuels, peu importe, de maltraitance. Et il y a ceux à qui on l'annonce qui partent ricochet, qu'on le veuille ou non. sont touchés et doivent recevoir notre parole. Et ce que j'aimerais d'abord dire à toutes les victimes qui en ont parlé ou qui souhaitent en parler, c'est qu'il y aura une réaction. Il y aura une réaction qui sera différente en fonction de chaque personne. Et ça n'a rien à voir avec vous. Ça n'a rien à voir avec ce que vous allez leur annoncer. Ça a à voir avec leur trauma. Ça a à voir avec leur passé. Avec leur émotion de la journée. Avec tout ce qu'ils ont reçu dans cette journée. Avec leur relation avec cette personne. Mais ça n'a rien à voir avec vous. Moi j'ai reçu tellement de réactions différentes. Auxquelles j'étais totalement inattendue. Et pourtant ils m'ont cru. Mais ils ont réagi tout à fait différemment. J'ai eu mon frère qui a donc eu cette colère. J'ai eu, on en parlera peut-être, ma mère qui a réagi directement dans la compréhension de qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, est-ce que tu veux qu'on aille voir un psy ? Donc très compréhensive, j'ai eu mon père, donc c'était le père de mon père, mon grand-père, qui a reçu d'une manière totalement différente, qui lui aussi a été sidéré, qui n'a pas su me parler pendant les premières minutes.
- Speaker #1
Mais du coup Gladys, toi, quelle phrase t'aurais aimé entendre de la part de tes proches quand tu as libéré ta parole et quand tu leur as dit ? Est-ce qu'il y a des mots ou des phrases que tu aurais aimé entendre et qui ne sont pas forcément venues ? Ou alors elles sont venues, mais...
- Speaker #0
Un peu plus tard.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
La phrase qui m'a fait le plus de bien, et je vais le dire aujourd'hui même si je ne l'ai pas reçue à l'époque, je l'ai reçue il y a quelques semaines, il y a quelques mois, quelques semaines seulement, c'est « Je suis désolée de ne pas avoir été là pour toi à l'époque. Je sais que tu avais besoin de moi. » Et j'ai pas su être là. Et pour tous les proches qui nous écoutent et qui ont déjà reçu cette parole et qui ont eu des réactions qui ont été les leurs et qui ont peut-être été violentes, peut-être malheureusement accusatrices, un petit peu pourquoi tu me l'as pas dit plus tôt, pourquoi maintenant et pourquoi tu me décharges ça comme ça, parce qu'ils étaient sous le choc. Vraiment, prenez conscience à quel point ces mots sont importants. De reconnaître qu'on a peut-être pas été là mais qu'on peut l'être aujourd'hui. Parce qu'il n'est jamais trop tard pour l'être. Donc à toutes les personnes qui nous écoutent et qui ont des proches qui ont souffert, n'hésitez pas à leur dire que vous êtes là pour eux. Ça comptera. Ça comptera même si aujourd'hui il est peut-être un peu plus tard. Ça fera toujours le même effet, ça fera toujours autant de bien de savoir qu'on est là pour eux, qu'on les aime et qu'on peut être une vraie épaule pour s'appuyer. Donc les phrases que j'aurais aimé entendre c'est « Merci de me l'avoir dit » . Parce qu'il faut tellement de courage pour prononcer ces mots, qu'on aimerait que ce soit un peu plus reconnu, un peu plus valorisé, tout simplement. Je te crois. C'est trois mots, trois mots qui changent la vie de quelqu'un. Juste de savoir qu'on est cru, qu'on est soutenu, qu'on est écouté. Tu sais, si t'as besoin, vraiment, je suis là, tu peux me parler de n'importe quoi. Que ce soit de ça, de tes sentiments, y'a aucun souci. Enfin, c'est... Tellement apaisant de savoir qu'on a une épaule sur laquelle se reposer ou juste une oreille où on sera écouté parce qu'on a eu tellement tendance à encaisser que c'est important pour nous de savoir qu'il y a quelqu'un.
- Speaker #1
Et si parmi ceux qui nous écoutent, il y en a qui n'ont pas encore réussi à parler, quel conseil tu pourrais leur donner pour qu'ils puissent déposer leurs mots sans se sentir jugés ou coupables ?
- Speaker #0
Poser un mot. Le deuxième et le troisième. Ça paraît bateau, mais c'est le meilleur conseil que j'ai à donner. Parce qu'à partir du moment où on réfléchit, la peur rentre. Et la peur nous terrorise et elle nous fige. Elle m'a figée dix fois. Dix fois aux mains avant que j'en parle à mon frère. Donc vraiment, je dirais, c'est important de comprendre qu'il n'y aura pas de moment parfait, il n'y aura pas de mot parfait, il y aura les vôtres et ce sera les bons. Parce que ça sera enclenché et parce que ça sera dit. Donc cette culpabilité, elle existe parce que vous n'en avez pas parlé. Alors que lorsqu'on franchit le pas d'en parler, elle est un peu plus détruite. Elle perd de sa valeur, elle perd de son pouvoir sur nous parce qu'on se rend compte qu'on est bien plus forte que ça.
- Speaker #1
Avec le recul aujourd'hui, que maintenant tu as libéré ta parole et que même justement tu pousses à... à la libérer de toutes les personnes, toutes les victimes d'agressions sexuelles. Est-ce que pour autant, encore aujourd'hui, il t'arrive d'avoir parfois des difficultés à en parler ?
- Speaker #0
Je dirais que oui, parce que la peur remonte parfois. La peur ressurgit. C'est une vieille amie qui vient me dire coucou. Je suis là, je ne t'oublie pas. Mais mes réactions aujourd'hui, elles sont différentes. Face à elle, là où avant je la laissais s'éprendre de moi et en fait je lui donnais mon attention en me disant « Et si en fait elle avait raison ? » Et tu vois, je bégayais et je me sentais tellement coupable que je n'arrivais plus à en parler. Aujourd'hui, je n'attends plus cette peur. Et quand je la ressens, c'est le moment où je me dis, en fait, il faut que tu en parles. Si tu ressens de la peur, c'est qu'il y a un souci, c'est qu'il y a quelque chose à franchir. Et moi, je prends souvent la métaphore de la porte. Je l'ai fait avec l'une de mes rencontres récentes qui me disait, mais j'ai peur d'avoir cette discussion avec mon père. J'ai peur d'en parler encore une fois. Et je lui ai dit, mais prends juste une feuille et liste, j'ai peur d'eux. Ta peur paraîtra ridicule. J'ai peur que mon père ne me croit pas. Et s'il ne me croit pas, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Et pourquoi la porte ?
- Speaker #0
Pourquoi la porte ? Parce qu'en fait, en quelque sorte, on ouvre. Qu'est-ce qu'il y a derrière cette peur ? Est-ce qu'il y a vraiment quelque chose ? Et c'est cette métaphore de la porte parce qu'on se rend compte que derrière, il n'y a rien. Il y a une pièce vide. c'est que nos croyances, c'est que ce qu'on nous a dit
- Speaker #1
Est-ce que tu pourrais peut-être conseiller nos chers auditeurs et auditrices ? Certains, peut-être, ont encore peur de parler parce qu'ils ont peur de briser la famille ou parce qu'ils ont peur de ternir une réputation. Qu'est-ce que tu pourrais leur donner comme conseil ?
- Speaker #0
Je leur dirais de penser aux autres. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour les autres. Moi, il y avait du monde autour de moi. Il y avait du monde qui aurait pu être agressé, attouché par ce grand-père. Et même au-delà de, pour nous, pour notre connaissance, pour notre construction, je le comprends ce « j'ai peur de détruire ma famille » , même si au fond, je sais très bien que c'est soi qu'on détruit. Et au fond, je pense qu'on le sait, paradoxalement, qu'on se fait plus de mal que ça, mais il y a cette loyauté, comme je l'ai dit, en quelque sorte envers l'agresseur. Et il y a ce... Peut-être que je vais ternir sa réputation, mais surtout, ce qui pèse, c'est qu'est-ce que les gens vont penser de moi une fois que je l'aurai dit. Donc c'est important de se détacher de ça. Et si vous n'arrivez pas à le faire, pensez aux autres, encore une fois, de manière altruiste. J'ai eu un témoignage de l'une de mes cousines, il y a quelques mois à peine, qui me disait « Mais en fait, si j'en avais parlé, tu ne l'aurais peut-être pas subi. » Et c'est ce genre de réflexion qui pousse à en parler. Si je ne l'avais pas fait pour moi, il fallait que je le fasse pour quelqu'un d'autre. Si vos agresseurs sont encore en vie, si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour les autres, faites-le pour tous ceux qui sont en danger. Parce qu'il y a des familles autour, il y a d'autres enfants, il y aura d'autres victimes. Et ça, c'est trop dangereux. Ça vaut bien plus que la peur.
- Speaker #1
On va finir par une dernière question, Gladys, que j'ai envie de te poser. Si tu pouvais aujourd'hui reposer la question à Gladys, la petite fille que t'étais, quand t'as subi toutes ces agressions sexuelles, quand t'étais vraiment dans les pires moments de ta vie, dans l'horreur, qu'est-ce que tu pourrais lui dire aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est une belle question, c'est une belle question intime, c'est hyper intéressant. J'essaie de lui parler. J'essaie de lui dire que je suis fière d'elle. Aujourd'hui, j'essaie de reconnecter parce que je comprends qu'elle a fait partie de moi. J'ai longtemps fait elle et moi, celle qui a survécu et celle qui maintenant vit. Et j'ai souvent dissocié les deux. Et aujourd'hui, j'apprends à comprendre que c'est ridicule de faire ça et c'est se faire beaucoup de mal. C'est renoncer à une grande part de soi que de faire ça. Donc pour reprendre ta question, je lui dirais... Je suis fière de toi, vraiment fière. T'as fait ce que tu pensais, impensable, et tu t'es longtemps dit quand est-ce que je gagne, mais aujourd'hui t'as compris que c'était pas une bataille, et t'en es devenue la plus grande guerrière. Parce qu'en fait, à partir du moment où on comprend que c'est pas un combat, on se choisit, on se bat plus en face de quelqu'un, parce que je me battais en face d'un fantôme. Cette petite fille, elle se battait avec sa haine, avec tout ce qu'elle avait, elle avait du ressentiment Et au final, elle finissait par se détruire. Et quand elle a compris que c'était plus un combat, elle a gagné la paix. Et je suis tellement fière. Je suis tellement fière de toi, petite fille. Parce que t'as fait ce que tu pensais, encore une fois, impensable. Parce que t'as pris ton courage à deux mains. Et tu tremblais à l'idée d'en parler, mais tu l'as fait. T'as posé un mot ridicule, mais tu l'as fait. Et c'est ça le plus important. Et tellement merci. Parce que sans toi, je serais pas la femme que je suis aujourd'hui. Et ça, je pense que c'est important de le reconnaître.
- Speaker #1
Merci beaucoup Gladys pour ce témoignage qui était vraiment très sincère et très touchant. Si toi aussi tu as été touchée, tu peux suivre Gladys sur les réseaux sociaux.
- Speaker #0
Exactement, j'ai mon Instagram au nom de Ressalir. J'essaye d'y détruire aussi les tabous, de parler en toute authenticité et surtout de créer cette safe place que je n'ai pas forcément eue où tu peux être cru, tu peux être entendu. Mais au-delà de tout ça, tu sais que tu peux être soutenue et que tu le seras, que ce soit par moi ou par toutes les autres femmes ou hommes qui ont vécu l'inceste ou juste les proches qui veulent nous témoigner de l'amour. Parce que je pense que réellement, aujourd'hui, il y a un vrai combat, là, pour le coup, à mener pour libérer cette parole et pour faire comprendre qu'on n'est pas folle, on n'est pas fou. Ce qu'on a vécu, c'est important et il faut en parler.
- Speaker #1
Et tu peux t'abonner à ce podcast. Il est disponible sur toutes les plateformes. Spotify, Apple Podcasts, Deezer, Amazon Music, YouTube.
- Speaker #0
Si vous nous regardez actuellement. Et on voulait aussi vous dire que vos commentaires comptent, vos voix comptent énormément pour nous. Donc n'hésitez pas en commentaire à nous dire ce que vous avez pensé de ce premier épisode. Nous, sachez qu'on est très très heureuses de le faire. On le fait avec beaucoup d'authenticité, beaucoup de sincérité. On y met beaucoup de... de temps et surtout beaucoup de coeur donc ça m'intéresserait énormément de savoir ce que vous en avez pensé à quelles étapes vous en êtes vous aussi est-ce que vous avez réussi à briser le silence si oui comment vous avez réussi à faire parce que c'est important peut-être que vous vous rendez pas compte mais moi je sais qu'à l'époque justement où je cherchais des réponses à mes questions j'aurais adoré tomber sur ce genre d'épisode et lire les commentaires En me disant, OK, elle, elle a été crue, elle en a parlé comme ça. Elle, elle n'a pas été crue, mais elle a réussi à se reconstruire. Donc, je vous fais confiance pour faire de cet espace commentaire un espace de sororité.
- Speaker #1
Et si toi aussi, tu traverses actuellement une période difficile, sache qu'il existe un numéro, il est gratuit, il est anonyme, c'est le 119. Tu as le droit d'être crue, tu as le droit d'être entendue et tu as le droit de vivre sans honte. et sans culpabilité. Parce qu'encore aujourd'hui, l'inceste concerne encore trop d'enfants, c'est trois enfants par classe en moyenne, et c'est toutes les trois minutes un enfant qui subit un viol ou une agression sexuelle en France. C'est beaucoup trop. Alors libérer sa parole, c'est déjà agir. Et justement, dans le prochain épisode, Gladys, peut-être tu peux nous dire un petit peu de quoi il parlera ce prochain épisode ?
- Speaker #0
Le prochain épisode parle de l'enfance, de comment les traumatismes s'installent dans l'enfance et créent la personnalité qu'on est à l'époque et qu'on devient même adulte. Moi, ça a très longtemps façonné ma vie. Il y a eu, je vous en parlerai, des TCA, de la boulémie, notamment de l'hyperphagie aussi, mais il y a eu des comportements destructeurs, beaucoup de mal-être et même des réactions un peu inattendues. Je pense que... C'est vraiment un épisode à ne pas manquer parce que même moi, j'en ai beaucoup appris sur à quel point ces agressions sexuelles avaient façonné ma manière d'aimer, de penser aux autres, de m'attacher aussi, mais aussi à quel point elle avait troublé mon corps. Donc, si tu es intéressé, n'hésite surtout pas à t'abonner pour ne pas rater ce prochain épisode.
- Speaker #1
Merci Gladys. Merci à toi Elsa.