- Speaker #0
Bonjour à toutes et tous, je suis Stéphanie Pelleret-Delga. Vous écoutez le podcast Sois, Vis, Aime. Oser un leadership authentique et inspirant, au service de soi, des autres, de son écosystème et du vivant. Tous les mois, je reçois des dirigeantes, dirigeants, experts, expertes, entrepreneurs, entrepreneuses qui ont fait ce chemin entre vulnérabilité et puissance, qui ouvrent leur cœur et partagent leurs expériences professionnelles les plus personnelles. Par leur parcours et personnalité, ils, elles, sèment des graines sources d'inspiration. Et vous, quelles graines avez-vous envie de semer ? Quel leadership souhaitez-vous incarner ? À mon micro, aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Anne Mollet. Bonjour Anne.
- Speaker #1
Bonjour Stéphanie.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté mon invitation dans Sois, Vie, Aime. Je suis très heureuse de t'interviewer. Et on enregistre cette interview après une petite balade, méditation en forêt. Alors chère Anne, tu es une relieuse. Tu aimes relier les mondes qui se parlent peu. privé, associatif et public. Tu es une athlète de la coopération. Tu aimes faire coopérer entre différents acteurs, le SS, le public, le politique, le privé, les entreprises, les associations. Tu aimes les sujets de transition juste. Tu es une professionnelle du logement et de l'impact écologique et social, entre autres choses bien sûr. Tu as pris la direction générale de la Fédération Solidarité Nouvelle pour le Logement en mars 2024, structure qui œuvre pour trouver des solutions concrètes face au mal-logement. Avant, tu avais rejoint le secteur de l'ESS en 2020, en devenant la première directrice générale de la Communauté des entreprises à mission. Après, 23 ans dans le secteur privé, dont 18 ans chez Nexity. Tu as occupé le poste de directeur du développement durable, marketing stratégique et innovation et tu as été la directrice générale de la filiale Perle. Alors chère Anne, passer de Nexity à la communauté des entreprises à Mission, puis aujourd'hui à Solidarité Nouvelle pour le Logement, SNL, vu de l'extérieur, on pourrait y voir un déplacement vers un engagement de plus en plus direct. Comment tu vois les choses, toi ?
- Speaker #1
L'engagement n'est pas venu avec mon départ du privé pour aller dans l'ESS. J'étais déjà, je crois que j'ai toujours été engagée dans ma vie professionnelle et dans ma vie personnelle, parce qu'on peut aussi agir pour l'intérêt général dans les entreprises. C'est-à-dire qu'on n'a pas besoin d'être dans un secteur, dans le secteur de l'ESS, dans le secteur de l'intérêt général pour agir. Bien souvent, c'est vrai qu'on rencontre des personnes qui disent oui, je veux bouger, je ne me sens pas à ma place. Je veux travailler pour l'intérêt général, mais en fait, vous pouvez déjà le faire là où vous êtes. Et ça, c'est ce que j'ai ressenti parce que quand j'étais chez Nextcity, je travaillais notamment sur les sujets de marketing stratégique. Mais je voulais développer des produits et des services un peu différents, qui raisonnaient en moi, qui avaient un sens effectivement pour l'entreprise, mais qui apportaient quelque chose à la société. Dans ce cadre-là, j'ai pu travailler sur, par exemple, des innovations produits comme la construction bois, donc des immeubles de bureaux en bois. Et là, on parle de 2007-2008. A l'époque, ce n'était pas du tout développé. Et on a essuyé les plâtres avec le CSTB, avec toutes les réglementations techniques, pour pouvoir mettre en œuvre et réaliser des immeubles de bureaux éco-conçus en structure bois. On était les pionniers vraiment de cela.
- Speaker #0
Merci. Est-ce que tu peux rappeler Nextcity, son activité principale, pour ceux qui ne connaissent pas ?
- Speaker #1
Oui, c'est toujours un grand groupe, un grand groupe immobilier, qui à l'époque regroupait beaucoup de filiales différentes et de secteurs différents, que ce soit dans la promotion immobilière, donc logement et tertiaire, donc le bureau. Et aussi des services immobiliers au particulier, donc tout ce qui est gestion locative, syndic de copropriété, et aussi pour le property management. Donc ça, c'est la même chose, mais pour le bureau.
- Speaker #0
Donc toi, déjà à ce moment-là, tu es déjà très sensible au sujet de l'environnement et tu prends un peu les choses en main depuis le poste que tu occupes pour proposer justement des services qui soient en ligne avec ta sensibilité.
- Speaker #1
C'est exactement ça, ma sensibilité écologique et aussi ma sensibilité sociale. Je me souviens en 2006, quand j'ai dû intervenir devant tous les directeurs de filiales pour présenter l'opportunité de développer l'accession sociale à la propriété dans les quartiers de rénovation urbaine, parce qu'une loi venait de passer et on pouvait faire bénéficier à nos acquéreurs une TVA réduite à partir du moment où ils achetaient pour la première fois. Donc comment... travailler sur la mixté sociale, travailler sur le parcours résidentiel aussi des personnes qui pensaient ne pas pouvoir acheter un jour. Donc ça, ça m'a toujours animée. Lors de cette première réunion, tout le monde me regardait avec des grands yeux, on me disait, mais qu'est-ce qu'elle raconte ? Et en fait, on cherche des alliés, on cherche des personnes qui acceptent, qui ont envie d'expérimenter. Et quand les premières réalisations sont là, ça éclaire aussi le chemin et les autres y vont. Et peu de temps après, on était le premier opérateur immobilier à intervenir dans les quartiers de rénovation urbaine. Donc ça, je pourrais vous donner plein d'exemples différents, mais je n'avais pas spécifiquement un poste lié à cet engagement-là, mais j'en ai fait cela grâce à... à la fois la confiance de la direction et aussi en montrant qu'on pouvait faire des choses différemment et que ça entrait dans la raison d'être de l'entreprise.
- Speaker #0
Très inspirant. Et donc tu dis, ce qui a été aidant, c'est de pouvoir convaincre des premières personnes, réaliser des premiers chantiers et de là embarquer. Qu'est-ce qui, au tout départ, chez toi, fait que tu as cette sensibilité ? à cet endroit-là, dans ton histoire, un petit peu, qu'est-ce qui fait que tu dis « moi, en fait, je vais proposer ça, et je vais embarquer tous les directeurs de filiales pour pouvoir mettre en œuvre des projets qui t'animent » .
- Speaker #1
En fait, ça vient d'assez loin. Je crois que j'ai toujours été sensibilisée à ces sujets. Quand j'étais enfant, ma mère est bretonne, et dans une vie mystérienne, pour être précise. Et je me souviens des conséquences du naufrage de la Mokokalix sur les côtes bretonnes. Des questions que je me posais, pourquoi il y a tant d'oiseaux qui sont morts ? Pourquoi les côtes sont noires ? Et j'étais toute petite, la Mokokalix était en 1974, donc j'avais deux ans. Bon, la prise de conscience était un peu plus tard, mais en tout cas c'était là. Et donc, je me suis dit que ce n'est pas possible, quand j'ai un peu grandi depuis, de laisser faire des grands pétroliers sans agir à notre niveau. Donc c'est vrai que très tôt, quand j'ai commencé mes études supérieures, je voulais faire du droit de l'environnement, comme Corinne Lepage qui avait travaillé sur ce sujet et qui avait ouvert la voie à l'époque. Malheureusement, à Aix-en-Provence, il n'y avait pas encore de cursus droit de l'environnement. Et donc, j'ai fait des pas de côté. Et donc, c'est dans ma vie professionnelle que j'ai décidé après de me former à tous ces sujets-là et d'agir à mon niveau avec les expertises et les expériences que je pouvais avoir. Ne pas attendre pour agir.
- Speaker #0
Donc, de pouvoir être force de proposition convainc, j'imagine, en premier lieu, une direction. Donc, pouvoir fédérer sur ce sujet-là et embarquer après les différents dirigeants des filiales. Et puis, essaimer pour que ça se développe et que ça soit une entité, un actif. Qu'est-ce qui, d'après toi, fait qu'à un moment donné, ta direction, tu les as embarqués sur ce projet-là ?
- Speaker #1
Ce qui m'a permis de convaincre la direction générale de l'entreprise dans laquelle j'étais, donc Nextcity, c'était à la fois, je me suis mis à leur place. en disant qu'est-ce qui pourrait les intéresser dans ce que je dis. Et bien entendu, en tant que dirigeant d'entreprise, ils étaient très attentifs, ils sont très attentifs à toutes les opportunités de développement pour l'entreprise. Mais aussi, ce sont des hommes et des femmes qui sont des citoyens et qui ont une sensibilité, qui sont attentifs à des enjeux sociétaux. Et en l'occurrence, Alain Dinin, président de... de Nextcity, avec qui j'ai travaillé pendant 18 ans, a une forte sensibilité sociale. Et donc, je savais très bien que, autant l'environnemental, il était un peu plus loin au départ, mais il s'y est mis. Et aujourd'hui, il n'est plus président de Nextcity, mais il investit dans des projets à impact. Il devient business angel pour des entreprises, des startups de l'impact, comme quoi.
- Speaker #0
Et peut-être que tu n'y es pas pour rien dans cette trajectoire-là.
- Speaker #1
Bon, il me l'a dit après, je ne sais pas.
- Speaker #0
Voilà, pardon, parce que je te coupe du coup. Et donc, tu savais qu'il était sensible aux aspects sociaux. Tout à fait. Et donc, à la fois centré, bien sûr, sur des sujets sensibles aussi aux sujets de développement, mais à la fois aussi citoyen et sensible. à ces sujets socio-sociétaux.
- Speaker #1
Et donc, amener des projets qui pouvaient à la fois permettre à l'entreprise de se développer, de rayonner et qui répondaient aussi à sa sensibilité. Du coup, on a le duo gagnant. Et puis, ça ne suffit pas, bien entendu. Après, il faut trouver des alliés au sein de l'entreprise. Il faut avoir des opérationnels avec soi, tester, coopérer. Et là, c'est trouver les bonnes personnes pour se développer des projets. Et ça, c'est ce que j'adore.
- Speaker #0
Ça s'entend, ça se voit. Et tu dis que c'est ce que tu as à refaire. Pourquoi, d'après toi ?
- Speaker #1
Si... de se dire que, seul, un projet est trop grand pour soi. Et que si on y allie les bonnes personnes, les compétences complémentaires des nôtres, avec une sensibilité, une approche, une expertise, une vision différente, ensemble, on peut faire quelque chose de beaucoup plus grand. Et passer du projet à la réalisation concrète. Et quand on arrive à mettre en place tous ces éléments-là, et que ça y est, on passe le cap. de la réalisation et que ça est devant nous un objet, parce qu'on est dans l'immobilier quand même ça se fait quand on rencontre les premiers clients quand on quand on voit le bâtiment monter et qu'on a réussi ensemble, il y a une grande fierté collective.
- Speaker #0
Merci Anne J'entends le sens, c'est-à-dire le sens en lien avec cette sensibilité que tu as à la base par rapport aux aspects sociaux, sociétaux. Donc cette envie d'aller proposer des projets qui ont du sens, cette capacité à pouvoir embarquer autour de toi justement, d'avoir d'abord un go de ta direction qui te suit et d'embarquer les bonnes personnes. Et donc j'entends aussi ce plaisir de la magie du collectif, de transformer dans la matière l'idée en projet concret et de... Waouh !
- Speaker #1
Je pense notamment, ça me revient en discutant avec toi, je parlais tout à l'heure des projets de logement dans les quartiers de rénovation urbaine et je me souviens d'une rencontre avec un monsieur qui habitait dans le quartier, un quartier très pauvre, c'était un des quartiers les plus pauvres de France. Il habitait dans un logement social depuis des années et des années, avec sa famille. Et il était venu me voir parce qu'il était intéressé par l'acquisition d'un logement. Mais on voyait que ce n'était pas simplement acheter un logement. C'était vraiment une réalisation dans son parcours de vie pour lui et sa famille. C'est-à-dire que le logement, c'est ce qui nous ancre, c'est ce qui nous permet de se construire, de se reconstruire, d'être bien. C'est la base de la pyramide de Maslow, le logement. Et là, il faisait accéder à sa famille à quelque chose auquel il n'avait pas pensé avant. Dans ses yeux, on voyait ses étoiles. Et quand il est revenu avec sa femme, ses enfants, et qu'il se projetait dans un futur différent, oui, ça touche.
- Speaker #0
Merci d'illustrer là concrètement un peu ce que... ta trajectoire, ce que tu as pu faire, développer et mettre en place chez Nextcity. Est-ce que tu as d'autres étapes que tu aimerais nous partager dans cette première partie de 17 ans, quand même, tu as dit, qui ont été marquantes pour toi dans les projets que tu as développés ?
- Speaker #1
Quand je suis passée de ce poste transversal pour l'ensemble de Nextcity à la direction générale de Perle, une filiale de Nextcity, Alain Dinat et Jean-Philippe Ruggieri, à l'époque le président et directeur général, m'avaient confié cette mission pour réinsuffler de l'innovation et de l'engagement social et environnemental dans cette structure qu'ils avaient rachetée quelques temps avant. Je suis arrivée, on a travaillé avec les équipes pendant plusieurs années, sur l'immobilier, un peu entre le logement... La vocation de Perle, c'est de développer du logement social grâce à l'épargne de particuliers. Donc là encore, entre les deux mondes, entre le monde de l'investissement immobilier et le monde des bailleurs sociaux. Et comment on crée ce lien-là, ce pont qui permet de faire des logements sociaux dans des communes et des quartiers trop chers pour le développer ? Et donc là, c'est une réponse assez intelligente qui avait été mise en place. dizaines d'années auparavant par les fondateurs de cette entreprise. À ce moment-là, je manquais un peu de souffle, je me suis un peu fatiguée à un moment donné dans cette mission. Lors d'une discussion avec Laurence Meignery, Je crois que tu as interviewé Laurence Meilleret dans un de tes précédents podcasts.
- Speaker #0
J'ai fait un petit coucou.
- Speaker #1
Elle m'a fait part d'un projet qu'elle avait avec d'autres entrepreneurs et d'autres dirigeants d'entreprises engagés dans la transition écologique et sociale. Donc ce petit collectif qu'ils avaient monté un peu avant la loi Pacte pour porter le projet d'introduction dans la loi Pacte de la société à mission. qui était une qualité qui avait été travaillée depuis au moins dix ans par les chercheurs de Mine Paris. Et puis, Emery Jaquia, que tu as aussi interviewée, Laurence Meignerie. Et le but du jeu, c'était de créer ce...
- Speaker #0
Pardon, un petit coucou aussi à Emery.
- Speaker #1
Un petit coucou aussi à Emery. Et le but du jeu, c'était de se créer ce collectif pour soutenir cette qualité dans le cadre de l'AulaPact, pour le passage. Et elle m'a dit, toi, je te connais, tu es engagée à la fois dans ta vie personnelle et puis ton entreprise pourrait bien correspondre à ça. Est-ce que tu voudrais rejoindre ce collectif ? Et j'y suis allée. J'y suis allée et c'est là que j'ai rencontré des personnes fantastiques. Et la première réalisation de ce petit collectif, qui était l'ancêtre de la communauté des entreprises à mission. mais qui n'avait pas encore ce nom. C'était de faire une tribune dans la tribune justement pour porter la voix de cette nouvelle façon d'appréhender l'entreprise. Au-delà de son intérêt propre, mais pour œuvrer pour l'intérêt général, pour quelque chose de plus grand que.
- Speaker #0
Et donc là, à ce moment-là, tu les rejoins en tant que directrice générale de Perles.
- Speaker #1
C'est cela. Je les rejoins en tant que directrice générale de Perles. L'association se crée, j'intègre l'association. Et la grand défi, je trouve ce modèle extrêmement intéressant, je me suis dit, pourquoi ne pas faire de Perle une société à mission ? Ça paraissait évident vu sa vocation.
- Speaker #0
On parlait déjà de raison d'être à l'époque.
- Speaker #1
Alors, on parlait de raison d'être, c'était le début. La raison d'être aussi a été introduite dans la loi Pacte. Donc, on parlait de raison d'être, mais autant la raison d'être seule me parlait assez peu. Je suis quelqu'un d'assez pragmatique et la raison d'être, c'était un peu trop pour moi hors sol. Et ça se rapprochait trop d'une démarche de communication, même si j'ai beaucoup, et uniquement de communication sans être ancrée dans la réalité de l'entreprise. Ce qui est intéressant dans la société à mission, c'est qu'on a effectivement cette raison d'être, mais derrière, on a des objectifs concrets qui permettent de réancrer justement la raison d'être dans la réalité et dans le chemin que l'entreprise doit prendre pour réaliser au mieux sa mission.
- Speaker #0
Et là, tu te dis donc, pourquoi pas faire de
- Speaker #1
Perle ? Une société à mission, avec une complexité quand même. au démarrage, qui était Perle et donc Phil à l'Unexity qui est coté en bourse.
- Speaker #0
C'est pas rien.
- Speaker #1
C'est pas rien, donc un peu de difficulté dans l'appréhension de ce projet. Parce que ça engageait quoi ?
- Speaker #0
Ça engage quoi pour l'entreprise ? Tu peux rappeler à nos auditrices et nos auditeurs le fait de, à ce moment-là, de devenir société à mission, ça engage et ça oblige à quoi ?
- Speaker #1
Alors déjà, quand on devient société à mission, on intègre la mission dans les statuts de l'entreprise. Et cela engage parce qu'on met en place une gouvernance de mission avec un comité de mission, avec des personnes internes et externes à l'entreprise, qui viennent justement donner leur regard sur à la fois les objectifs statutaires, les objectifs opérationnels et les indicateurs. La façon dont l'entreprise, justement, passe de l'intention à la réalité. Et le but du jeu aussi, c'est de suivre, d'avoir cette vraie gouvernance de mission qui suit les avancées de l'entreprise, parce que c'est un chemin de progrès, la société à mission, et les avancées de l'entreprise dans la bonne réalisation de ses objectifs sociaux et environnementaux. Ce qui est très important aussi à comprendre, c'est que la société à mission vient transformer le business model de l'entreprise. C'est-à-dire que... Et là,
- Speaker #0
tu touches au cœur du cœur.
- Speaker #1
On touche au cœur du cœur et business model. Et comme chaque entreprise aussi est différente, la mission doit être singulière. doit répondre au mieux aux enjeux que se donne l'entreprise. Donc il n'y a pas une mission qui ressemble à une autre, parce qu'il n'y a pas une entreprise qui ressemble à une autre, parce que sinon elle n'existerait pas. Et donc sur la gouvernance de mission, c'est très important. Et puis après aussi, l'entreprise est auditée régulièrement par un organisme tiers indépendant qui vient vérifier la bonne réalisation des objectifs. Donc c'est engageant. Et c'est engageant directement pour l'entreprise, mais aussi pour ses actionnaires.
- Speaker #0
Et donc, du coup, comment tu t'y prends, ce nouveau défi, cette nouvelle idée ?
- Speaker #1
En fait, je l'ai pris comme un projet d'entreprise en tant que tel. C'est-à-dire que l'entre-perle avait été racheté quelques années auparavant par Annex City. Avec tout ce que cela induit, j'ai senti qu'il y avait besoin d'un nouveau souffle interne. Et donc, comment se réunir autour du projet de l'entreprise ? Et comment faire en sorte que les salariés et les dirigeants de l'entreprise soient tous convaincus de là où l'entreprise... Qui est l'entreprise ? Qui est ce collectif ? Et qu'est-ce qu'on a envie de faire ensemble ? Et donc, ça vient à toucher à ça. Et donc, j'ai commencé par réunir les... les cadres de... J'ai commencé par réunir une vingtaine de collaborateurs. Chez Perle, à l'époque, on était 100. Une vingtaine de collaborateurs pour leur expliquer un peu de quoi il s'agissait, pour les faire travailler en séminaire là-dessus. Et ça a pris tout de suite.
- Speaker #0
Ok. Voilà.
- Speaker #1
personnes engagées. Chaque salarié est un citoyen aussi, encore une fois. Il n'y a pas de différence. On est les mêmes femmes et hommes. Quand ça vient toucher quelque chose de sensible, tout de suite, ça réveille une envie. C'est ce qu'on a senti à ce moment-là. Après, on a retravaillé, on a présenté à l'ensemble de l'entreprise, des 100 collaborateurs, la démarche. Et on leur a demandé qui veut Euh... passer du temps un peu à travailler, à réfléchir sur ces sujets-là, qui veut s'inscrire et on va faire en sorte d'y travailler. Et là, on a eu 50 collaborateurs qui ont levé la main. On veut y aller, au-delà de notre métier propre, on veut travailler sur cette ambition collective. Donc là aussi, on voit bien l'aspect humain de l'entreprise, c'est-à-dire que c'est l'aspect organique. d'une entreprise dont la valeur dépend des femmes et des hommes qui la composent, notamment dans une entreprise de service. Et donc, en fait, on a beaucoup travaillé en collectif, en groupe, etc. pour travailler sur cette rédaction de raison d'être et d'objectifs statutaires et opérationnels. Et après, venait le temps d'interroger les parties prenantes externes. Donc, on se met un peu à nu parce que c'est un travail... C'est un travail interne et quand on passe à l'externe, on se dit mince, mais comment on va être jugé ? Et là aussi, c'était fantastique. On était en plein Covid. Donc, des réunions, des soirs, on pensait à faire des réunions un peu groupées avec des parties prenantes externes. Et là,
- Speaker #0
juste pour que ce soit clair aussi pour nos auditeurs et auditrices, quand tu parles des parties prenantes externes, tu parles par exemple de qui ?
- Speaker #1
Par exemple, Emmanuel Kos, ancienne ministre du logement et maintenant présidente de l'ESH, donc des bailleurs sociaux. Nadia Bouyer, qui est directrice générale de l'action logement, donc dans le logement social. Il y avait aussi un promoteur en représentant des actionnaires. À l'époque, Julien Carmona, qui était directeur général de Next City, qui est maintenant président du Crédit Mutuel Arkea. qui venaient au nom des actionnaires. Et puis d'autres parties prenantes avec lesquelles on travaille, enfin des professionnels qu'on avait choisis parce qu'ils avaient un regard différent, un regard sur notre activité. Ils nous connaissaient bien. Et là aussi, c'était un moment incroyable. Incroyable parce qu'ils se sont pris au jeu. Ils se sont pris au jeu.
- Speaker #0
Tu sèmes de l'envie.
- Speaker #1
Je ne sais pas, mais bon, en tout cas, on s'est mis d'accord sur la formulation, sur le fait d'y aller. Et puis, après... Ça a été un peu plus long avec les services juridiques, etc. Convaincre les uns les autres. Et puis, c'est vrai que c'était à un moment donné où je sentais quelque part que j'allais passer à une nouvelle étape de vie. Et que c'était le Covid, comme beaucoup, en fait. Cette période a été assez complexe et a libéré aussi des... femme.
- Speaker #0
On s'est rendu compte qu'on n'avait plus le temps. En tout cas, j'ai senti que ça faisait 18 ans que je travaillais chez Next City et que si j'avais envie de changer, c'était maintenant. Il ne fallait plus attendre. Dans cette période, c'était assez incroyable parce que des décisions qu'on remettait au lendemain arrivaient comme étant, à ce moment-là, évidentes et urgentes.
- Speaker #1
Et dans ce que tu as fait, de porter... Perle et d'embarquer à la fois en interne, l'actionnariat, les pouvoirs publics, les partenaires, pour faire de Perle, faire rejoindre Perle dans la... Alors, ce n'était pas encore la communauté des entreprises. Si,
- Speaker #0
ça a été. Effectivement, oui, on l'avait rejoint dès le début, en fait. Et on était, à l'époque, il y avait très, très... il y a peu de sociétés à mission qui s'étaient déclarées en France. On n'était même pas les dix premiers.
- Speaker #1
Ce que j'entends, c'est que tu as su écouter ce qui était vivant chez toi et de le partager et de pouvoir inspirer depuis un espace qui est celui à la base du citoyen avant d'être celui du salarié. Donc de parler un peu au cœur de ces hommes, de ces femmes, de pouvoir du coup constituer une équipe qui, grâce à la magie, la puissance du collectif rend l'idée en projet transforme cette idée en projet et puis après stratégiquement aussi de pouvoir embarquer ceux qui vont te donner le goût et la transformation sur les statuts c'est quoi tes qualités principales au delà de cette intuition au delà de cette capacité à fédérer euh C'est quoi d'après toi les qualités chez toi qui t'ont permis de rendre... Parce que tu en parles, ça paraît facile, mais en fait, c'est quand même un sacré challenge que tu as fait.
- Speaker #0
Souvent, convaincre en interne est plus compliqué que de convaincre en externe. Dans les différents projets que j'ai menés, projets d'innovation que j'ai menés, à chaque fois, ça s'est présenté. Les résistances internes sont bien souvent... plus dures à dénouer que ce qui se passe en externe.
- Speaker #1
La fameuse peur du changement.
- Speaker #0
Oui, alors que moi, pour le coup, c'est le contraire. C'est-à-dire que rester dans quelque chose que je sais faire, ne pas bouger, et puis se reposer sur l'expérience, sur on l'a toujours fait comme ça, ça a toujours marché,
- Speaker #1
c'est pas ton ADN.
- Speaker #0
C'est pas mon ADN. Globalement, comment on peut changer ? Comment on peut... Bouger les lignes, comment on peut aller...
- Speaker #1
Impulser.
- Speaker #0
Impulser, c'est sûr que ça c'est... Quand tu parlais de caractère, effectivement, j'aime bien l'impulsion, j'aime bien la notion d'impulsion, donner l'impulsion, et que les choses, après, se mettent en place, pas forcément avec moi d'ailleurs, moi je suis plutôt une développeuse en fait, donc j'aime bien donner l'impulsion, et que ça fait une vibration, on est toujours dans l'organique, ça fait une vibration... qui permet de développer des choses. On ne sait pas encore trop parfois où ça va, mais en tout cas, le mouvement est là. Et le mouvement, c'est la vie. C'est clair.
- Speaker #1
T'es une créative aussi.
- Speaker #0
Oui, je suis une créative. Je fais beaucoup confiance à mon intuition, ça c'est sûr.
- Speaker #1
C'est inné chez toi ou t'as appris à aller l'écouter ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est inné, parce que quand on est enfant, je sais... Oui, remarque, oui. Oui, oui, j'ai toujours écouté. Je l'ai toujours écouté et ça m'a permis de prendre des décisions qui pourraient de l'extérieur faire peur, mais que j'ai prises sans crainte. Vraiment. Parce que j'avais confiance. C'est un peu la conscience, confiance. détermination, si tu veux des mots, qui me porte.
- Speaker #1
Donc aussi, cette présence à toi pour être au plus près de la conscience de ce qu'il y a et des idées qui émergent chez toi et la confiance et la détermination pour les développer en projet. Et donc, tu nous partageais qu'à cette période-là du Covid, il y avait cet élan chez toi aussi d'un moment de vie peut-être qu'elle est passée, qui était un tournant. avec une envie de ne pas repousser au lendemain des choses qui avaient peut-être un peu émergé. Est-ce que tu peux nous dire un peu ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
Alors, c'était à la veille de mes 50 ans. Oui, oui, c'est à la veille. Je devais avoir 48-49 ans à l'époque. Et je me suis dit, bon, qu'est-ce que tu fais maintenant ? C'est quoi la prochaine étape ? Et puis j'ai écouté mon intuition, effectivement. Je me suis dit, ça fait 18 ans que je suis dans cette entreprise que j'ai beaucoup aimée. Et maintenant, c'est bon, il faut que je passe à autre chose. Et dans ce qui résonnait, dans ce qui j'avais... Quand je me suis raccrochée à mes envies profondes, il y avait ce sujet de l'entreprise à mission que je voyais émerger et qui m'a beaucoup portée. Et je me suis dit, peut-être que c'est le moment de passer de l'autre côté, de passer de l'autre côté et de lâcher, on va dire quelque part, le confort de l'entreprise, de la grande entreprise, pour me réaliser au travers d'un projet entrepreneurial, associatif certes, mais entrepreneurial tout de même. Parce qu'à l'époque, l'association reposait que... sur le bénévolat des dirigeants d'entreprises qui étaient là depuis la première heure. Et on sentait bien que quelque chose émergeait du point de vue des politiques publiques, et des entreprises qui étaient en attente, qui étaient en demande, que le modèle d'entreprise à mission interpellait. Et donc j'ai proposé de devenir la première DG de la communauté des entreprises à mission.
- Speaker #1
Et donc de structurer et de développer, d'étoyer.
- Speaker #0
Et de structurer et de développer. Alors la première réaction, c'était de Emery, de Laurence et des autres. C'est-à-dire, mais on ne sait pas, parce qu'on n'a même pas de quoi payer au bout de trois mois, parce qu'il n'y avait pas de trésorerie de vent. C'était vraiment un modèle porté par le bénévolat, vraiment. Et je dis, ce n'est pas grave, on y va, j'ai confiance. Pour le coup, j'ai l'intuition que ça va marcher. C'est maintenant. pour l'intérêt général c'est maintenant qu'il faut y aller et là c'est la détermination c'est la fenêtre de tir tout est aligné toutes les planètes sont alignées pour que ça marche donc on y va c'est pas grave, si ça marche pas je retrouverai quelque chose ailleurs confiance aussi dans ce que je sais faire j'avais aucune peur là-dessus de me lancer sur quelque chose, sur un nouveau projet dont je ne connaissais à l'époque pas les contours.
- Speaker #1
Et tu parles là de 100 parachutes. Je crois, de par quelques échanges que nous avons pu avoir, que tu en as une fameuse, toi, de l'histoire de parachute.
- Speaker #0
Oui, en effet. Quand j'avais 18 ans, j'ai eu un accident de parachutisme. C'était ma passion dans la vie, le parachute. J'en ai fait pendant trois ans. Et j'en faisais tout le temps.
- Speaker #1
Moi, juste pour te dire quand même que ça m'impressionne quand même beaucoup et que déjà là, quand tu m'avais dit que tu étais une parachutiste, je me suis dit, mais quelle femme !
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est une question de femme de courage ou quoi, mais je le sentais comme ça, en fait. En fait, quand on fait du parachutisme, quand on saute, on ne sent pas le vide. On sent qu'on est vraiment porté, porté par les éléments, porté par l'air. Et que tout mouvement a des répercussions. Et ça, on peut aussi faire des parallèles.
- Speaker #1
L'écoute de l'environnement, des éléments.
- Speaker #0
Et surtout, l'absence de vide. Donc, ne pas avoir peur de sauter.
- Speaker #1
Ce n'est pas accessible à tout le monde, ça, quand même, non ? Si. Qu'est-ce qui fait que chez toi, il y avait cette appétence-là ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui m'a motivée ? Qu'est-ce qui m'a donné envie de faire du parachutisme à l'époque ? Non, j'étais jeune, moi j'étais adolescente. C'était ce sentiment aussi de liberté. Ah,
- Speaker #1
la fameuse.
- Speaker #0
La fameuse liberté. De ne pas être entravée. D'être dans les éléments et d'y aller complètement et pleinement. Donc, pour revenir à ta question sur l'accident de parachutisme, j'ai effectivement, je ne vais pas raconter le détail de cet accident, mais globalement, je suis tombée à 2000 mètres.
- Speaker #1
Tu peux quand même nous dire juste un petit peu. Donc tu sautes, comme tu en as l'habitude, et qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #0
Alors qu'est-ce qui se passe ? Quand on fait du saut en parachute, on saute, c'est la chute libre qui est intéressante. On prend un axe d'exercice et on fait ces mouvements. Et généralement, la personne qui saute après nous fait attention à ne pas prendre le même axe d'exercice que la personne qui a sauté avant. Sauf que la personne qui a sauté après moi n'a pas fait attention. Et donc quand j'ai ouvert le parachute, Il était juste au-dessus et il a traversé ma voile en jeu de libre. Donc il m'a tapé la tête. Et puis tout s'est entouré, tous les fils se sont entourés les uns aux autres. Donc je ne pouvais même pas enlever le parachute de principal avant de tirer le secours. Parce que tout était vraiment embrouillé. Et donc du coup, j'ai tiré le secours, mais qui s'est entouré autour de l'autre. Et donc je suis descendue par un coup.
- Speaker #1
Tu sais que là, on ne respire plus quand même.
- Speaker #0
Ouais, mais moi non plus à l'époque. J'ai descendu par à-coups. Et là, je me suis dit, je vais mourir. Je vais mourir. Je me suis vue mourir à 18 ans. L'expérience personnelle que j'ai eue, c'était vraiment de voir toutes les personnes que j'aimais passer devant mes yeux, leur visage passer, et je leur disais au revoir, C'était à la fois un temps très long et très court. J'ai du mal à définir vraiment cette temporalité, mais qui reste ancrée en moi, très présente encore aujourd'hui. Et à un moment donné, j'ai été ramenée à la réalité, parce que j'étais dans ma bulle, par un lygiophone qui me disait « plie les jambes, plie les jambes » . Et là, je me suis dit « mais qu'est-ce qui se passe ? Non, je ne suis pas morte encore. Il y a peut-être quelque chose à faire. » Et donc, j'ai atterri, en suivant les consignes. J'ai atterri à près de 80 km heure, donc extrêmement violemment. Et j'ai eu beaucoup de chance. Ce n'était pas mon heure, parce que j'ai atterri... Devant moi, il y avait un champ de vignes avec des barbelés, des piquets en fer. Derrière moi, c'était une plaque de béton. Et vraiment, c'était un carré de 3 mètres sur 3. C'est là où le tracteur tournait pour labourer son champ de vignes. Donc, c'est de la terre meuble. C'est ce qui m'a sauvée. Ma meilleure précision d'atterrissage sans le vouloir. En lâchant prise. Et donc, bon. Je vous passe les détails après les pompiers, etc.
- Speaker #1
Mais toi, tu étais en conscience.
- Speaker #0
Oui, j'avais pas beaucoup de... J'étais à neuf de tension, mais j'étais toujours là. En tout cas. J'étais très en conscience que c'était pas fini et que j'allais commencer une autre étape de ma vie. En tout cas. Et qu'il fallait que je fasse quelque chose de ma vie.
- Speaker #1
Waouh ! Merci, Anne. J'entends à la base cette de... Sensation de ne pas sentir le vide, cette appétence à la fameuse liberté et aussi la pleine présence aux éléments. Et puis ta capacité en pleine présence à lâcher prise. Et puis ce moment-là où tu te dis que...
- Speaker #0
Qu'il y a une raison pour laquelle ça s'est passé, on va dire. Que ma vie n'était pas terminée. et essayer de trouver toujours euh qu'est-ce qui peut me porter et qu'est-ce qui peut... Beaucoup de gratitude aussi vis-à-vis de la vie qui se poursuit. Et on peut dire que oui, je suis une... Enfin, je ne sais pas, on me dit miraculée ou autre, je ne sais pas. Une survivante. Une survivante, voilà. Et une survivante. Et ce qui m'a permis aussi, très jeune, donc j'avais 18 ans, je venais de passer mon bac, et ce qui m'a permis très jeune de... Ne pas avoir peur de ce qui n'est pas essentiel. Et je pense que ça m'a guidée aussi dans le cadre professionnel, de ne pas avoir peur de prendre des décisions, de ne pas avoir peur de faire ceci ou cela. De partir,
- Speaker #1
de prendre une pause.
- Speaker #0
Voilà, d'avoir confiance. Parce que l'essentiel, c'est d'être en vie.
- Speaker #1
Et donc, je comprends aussi tout ce qui est... en toi aussi a dû impacter ta trajectoire de choix dans cette expérience-là ?
- Speaker #0
Cette trajectoire de choix et de ne pas remettre au lendemain. Parce que parfois, on se dit qu'on n'est pas à la bonne place, je n'ai plus envie, je ne suis plus motivée. Mais parce que des raisons X ou Y me poussent à ne pas agir, je ne le fais pas. Et la vie est courte, je suis très à l'écoute. des bons moments quand ça se déclenche. Par contre, quand ça se déclenche, c'est tout de suite. Et puis, j'ai quitté Nexity, j'ai rejoint la communauté des entreprises à mission et j'ai structuré avec le conseil d'administration, toute l'association, ce travail de lobbying, de plaidoyer vis-à-vis des pouvoirs publics, ce travail de donner envie aux entreprises de rejoindre ce mouvement. de donner de donner de la perspective aux entreprises les entreprises c'est un formidable lever de transformation en fait de sens et donc je l'ai travaillé pendant 3 ans à la communauté des entreprises à mission et quand j'en suis partie il y avait 10 collaborateurs et plus de 1000 entreprises à mission donc voilà Waouh
- Speaker #1
Bravo. Et de tout ça aussi, moi j'ai envie de souligner quand même que c'est pas non plus complètement rien, même si tu le racontes de façon comme si c'était facile. C'est pas rien de lâcher un confort, une forme de sécurité en quelque sorte. Mais j'ai l'impression à travers ce que tu nous partages que c'était évident. C'était maintenant et qu'il n'y avait pas de parachute, mais qu'il n'y en avait pas besoin. Ça c'est un de tes traits de caractère, tu crois ?
- Speaker #0
Oui. Oui, oui, c'est sûr, il n'y a pas faim. Après, je ne dis pas que c'est simple. Ça demande un travail intérieur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et ça demande aussi cette fameuse confiance.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc confiance en l'avenir, confiance en ce qu'on nous met sur le chemin. Mais quoi qu'il en soit, j'ai toujours eu la conviction que je pouvais rebondir où que je sois.
- Speaker #1
Et tu parles de confiance, c'est un sujet qui est quand même extrêmement intéressant par rapport justement aux postures de leadership. cette confiance, elle passe aussi par la connaissance de soi. Tu as parlé déjà de conscience. Je la relis beaucoup, la confiance à la connaissance et à la conscience de soi. C'est quoi qui t'aide, toi, qui t'a permis d'être vraiment plus près, de bien te connaître et d'être en conscience de toi-même ?
- Speaker #0
Alors, dans ma vie personnelle, depuis plus de 20 ans, je pratique le Qigong et la méditation.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est vrai que ce sont des pratiques qui m'aident au quotidien. Moi qui suis assez active, voire parfois hyper active, qui m'aident pour me recentrer et réinterroger ce qui est essentiel.
- Speaker #1
Réinterroger ce qui est essentiel. C'est quoi qui est essentiel, Anne, dans la vie ?
- Speaker #0
Ce qui est essentiel pour moi. Oui, c'est pour toi. Ce qui est essentiel dans la vie, ce qui est essentiel pour moi. C'est de me sentir utile. C'est d'avoir ce pouvoir d'agir, d'avoir cette liberté d'agir. Parce que je relie beaucoup le pouvoir à la liberté. Pour moi, ce n'est pas avoir le pouvoir sur quelque chose, c'est son propre pouvoir de liberté. Et d'apporter quelque chose au collectif dans lequel je suis. Si je sens que je n'apporte rien ou si je suis en dissonance par rapport à là où en est le collectif, dans le monde professionnel, je me dis que l'étape est passée et que je vais rejoindre un autre collectif. Pour moi, la notion de collectif est très importante.
- Speaker #1
Donc, je te posais la question, qu'est-ce qui est essentiel ? Tu m'as dit pour moi de me sentir utile, d'être dans mon pouvoir d'agir. Tu relis à cette liberté, que ce n'est pas le pouvoir bien sûr. pouvoir sûr, mais vraiment le pouvoir de, au sein du collectif. Et j'entends aussi cette notion d'harmonie, d'être en lien et en cohérence avec ce collectif.
- Speaker #0
C'est exactement cela.
- Speaker #1
Merci, un bel essentiel, je me permets ce petit commentaire. Et je trouve qu'à travers tous ces mots, tu parles aussi de leadership, d'être ce leader, justement, qui est dans ce pouvoir d'agir. Et tu le relis aussi au collectif. Donc, il y a aussi cette notion de pouvoir d'agir des uns et des autres dans le collectif, dans la matrice, dans l'écosystème. Et puis, tu dis aussi, j'entends qu'à certains moments, tu sens que ce n'est plus ta place et que tu as envie d'aller ailleurs. Et donc, du coup, ça nous amène aussi à trois ans, à construire, à poser les bases de la communauté des entreprises à mission. Tu m'as dit plus de 1000 entreprises embarquées, plus de 10 salariés. Qu'est-ce qui fait qu'à ce moment-là, tu te dis, allez hop ! Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, là, tu as posé toutes les bases sur la communauté des entreprises à mission et tu vas voguer vers d'autres projets ?
- Speaker #0
C'est justement le besoin du collectif, de l'association à ce moment-là. C'est-à-dire que j'étais en binôme avec Emry Jaquia, qui était présidente de l'association et moi en tant que directrice générale. Et tous les deux. On est hyperactifs tous les deux, on est très créatifs tous les deux, on est très développeurs. Et à un moment donné, l'association, les salariés, avaient besoin de se poser un peu et de travailler sur l'organisation, de retravailler sur l'interne. Et là, c'est moins moi.
- Speaker #1
Quelle humilité, je trouve aussi, de pouvoir entendre ce genre de... pouvoir se dire dans le besoin du collectif, c'est moins moi. Moi, je trouve que c'est à souligner cette capacité-là. Donc, je peux permettre de la souligner. Et du coup, à ce moment-là, quand tu ressens toujours ton intuition, j'imagine que les besoins du collectif, à ce moment-là, c'est moins toi. Comment est apparu SNL ? Alors,
- Speaker #0
SNL n'est pas arrivé tout de suite. Parce que j'étais très fatiguée. quand on monte une association qui est en forte croissance qui a été très sollicitée par l'écosystème et par les pouvoirs publics par les entreprises et qu'on doit tout monter tout construire c'est aussi une... Un retour que j'ai de travailler dans le monde associatif, c'est qu'il n'y a pas de limite. Et que, en fait, le monde associatif, dans le monde associatif, les dirigeants, on va dire, sont peut-être plus en risque de burn-out que dans d'autres structures où le modèle économique d'une entreprise fait qu'il y a des limites, quelque part. Là, quand on travaille pour l'intérêt général, l'intérêt général n'a pas de limite. Et ce qui m'a permis de ne pas sombrer à ce moment-là, même si j'étais très fatiguée, j'ai beaucoup donné, trop donné peut-être, c'était justement la pratique du Qigong, la pratique de la méditation, qui sont des garde-fous.
- Speaker #1
Et d'être donc dans le corps et dans le cœur.
- Speaker #0
Mais quoi qu'il en soit, ce n'était pas tenable. Ça correspondait aussi à une période où j'ai perdu mon père. Donc, il y a des moments comme ça où on se dit, bon, il faut changer des choses. Il faut changer des choses. Et pour la première fois de ma vie, je me suis autorisée, non pas à ralentir, mais à m'arrêter. Et pour moi qui bouge tout le temps, c'est un vrai cadeau que je me faisais. Et donc, j'ai quitté la communauté des entreprises à mission pour l'inconnu, pour me retrouver moi, pour faire une pause.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Le terme, le mot pause. J'avais 50 ans passé. Et je me suis dit, aujourd'hui, il y a plein de jeunes qui font des pauses après leurs études, ou qui font des pauses, qui font faire des voyages et autres. Et en fait, à 50 ans, je ne me suis pas encore autorisée ça. J'ai envie de le faire maintenant. Et là encore,
- Speaker #1
tu as su écouter ça.
- Speaker #0
Oui, pour vivre, tout simplement, pour avoir ce temps pour moi, pour me retrouver, pour faire ce que j'aimais. Je n'ai pas rien fait en même temps, parce que je me suis mis une formation pour être administratrice indépendante dans des entreprises, mais c'était un peu le... J'avais besoin d'avoir ce petit cadre quand même. Mais je me suis laissée vraiment surprendre chaque jour par ce qui est arrivé. Et ça, c'est un vrai cadeau que je conseille vraiment. Si on le sent, il faut y aller. Parce que c'est les meilleurs six mois que j'ai vécu. C'est tellement... Et ce sentiment de liberté, de pouvoir vivre jour le jour. Mon Dieu que ça fait bien.
- Speaker #1
D'être ouverte à ce que la vie t'offre.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
T'es partie, je crois, non ? T'es partie voyager ?
- Speaker #0
Non, assez peu. Mais j'avais pas... Je suis pas partie vraiment voyager. J'ai fait des petits sauts de puces. Je me suis reliée aux gens que j'aimais. Aussi. Voilà. Donc c'est ça le voyage. Et puis...
- Speaker #1
T'es reliée aux gens que t'aimais ? Excuse-moi parce que soit vie aime. C'est quoi se relier aux gens qu'on aime d'après toi ? Pour toi, pardon.
- Speaker #0
Se relier aux gens que j'aime, c'est de prendre du temps avec eux. D'aller au-delà des mots pour prendre aussi le temps des silences. C'est de vivre des choses, des moments avec ces personnes. Et c'est d'être dans... l'échange vrai. Je ne sais pas comment...
- Speaker #1
Je crois que c'est très clair.
- Speaker #0
Voilà, et puis à un moment donné, j'ai eu un appel téléphonique du dirigeant, de l'ancien directeur général de Solidarité Nouvelle pour le Logement, que j'avais rencontré dans le monde professionnel, et qui m'a dit qu'il allait partir. qu'il avait pensé à moi pour prendre la suite et que si je souhaitais candidater, c'était le moment. Au début, je me suis dit que je ne cherchais pas, j'avais encore envie d'avoir du temps. Et puis, en même temps, c'est vrai que je connaissais un peu SNL, son action, ses valeurs. Et en réfléchissant, je me suis dit que c'est tout ce que j'avais mis sur ma liste, des choses essentielles pour mon prochain job.
- Speaker #1
Et du coup, c'était quoi ? Donc, j'entends déjà la notion de valeur,
- Speaker #0
d'action, d'intérêt général, de collectif. Parce que c'est vrai que quand on quitte une entreprise ou une organisation, quelle qu'elle soit, à 50 ans, on se dit tiens, on va faire du conseil. Et en fait, pour moi, la notion de collectif, la dimension collective est tellement importante que toute seule. Même si ceux qui font du conseil, les consultants, les coachs, me disent non, mais on n'est jamais seul parce qu'on a toujours une relation avec l'autre et tout ça. Mais ce n'est pas être dans un collectif. Moi, c'est ça, c'était primordial pour moi. Donc, je savais qu'il fallait que je retourne dans un collectif.
- Speaker #1
Donc, il y a quelque chose qui pétille un peu à l'intérieur, c'est ça ?
- Speaker #0
C'est ça. Et puis aussi, retourner dans le champ du logement. On ne reste pas, on ne fait pas plus de 20 ans de sa vie professionnelle dans le logement sans que ça ne fasse pas quelque chose, au fond. Et puis, pour avoir expérimenté, et puis travailler sur... Agir pour les plus démunis aussi. C'est vrai que dans le monde de l'ARSE, le monde de l'impact, on pense beaucoup au carbone, on pense beaucoup aux biodiversités. Même quand on parle du vivant, parfois, le vivant n'intègre pas l'humain. Et notamment ceux qui en ont le plus besoin, donc ceux qui vivent en situation de précarité, qui n'ont pas de logement à eux. C'est 4,2 millions de mâles logés en France, quand même. Dans les cercles que je fréquentais auparavant, c'est vrai qu'on misait tout sur la partie écologique et que le social était un peu à part. Et je me suis dit, non mais en fait, on ne peut pas les dissocier, ces deux dimensions. Ce n'est pas possible. Et c'est pour ça, quand tu m'as présenté, tu as parlé de... de transition juste, transition écologique juste et de justice sociale, oui, c'est ce qui m'anime aussi. Et puis dans la dimension sociale, on a l'impression de pouvoir agir tout de suite aussi pour les personnes qui vont trouver le lendemain un logement grâce à notre action, qui vont être logées, qui vont pouvoir commencer à se reconstruire. Et j'avoue qu'après tant d'années sur la dimension écologique, J'étais un peu devenue éco-monctueuse, dans la mesure où on passe toute notre énergie, tout notre temps à travailler sur ce qui devrait être fait. Parce qu'on voit le mur arriver, il est de plus en plus près, et qu'en fait, il y a une inconscience collective par rapport à ça, et qu'on est un peu tout seul, enfin quelques-uns, à essayer de se battre pour réveiller. réveiller la société qui n'a pas envie de le faire parce que des intérêts personnels, propres, etc. Et le fait de passer dans la dimension solidarité sociale, bizarrement, ça m'a beaucoup apaisée aussi. Parce que je pouvais agir concrètement.
- Speaker #1
Tu es au contact de vulnérabilité, de précarité. Est-ce que ça change ton regard sur le monde ?
- Speaker #0
Forcément. Forcément parce que... Quand on parle de manière détachée de la vulnérabilité, de la précarité, on voit des chiffres, 4,2 millions de personnes, mais on ne voit pas les histoires, on ne ressent pas les histoires de trajectoire de vie, les ruptures de vie, les rebonds. Et quand on est au contact de ces familles, de ces personnes, beaucoup de familles monoparentales, donc des femmes seules avec enfants, ce sont des histoires. qui résonnent, en fait. Et des personnes qui ont eu moins de chance que nous, parce que moins entourées. Et l'isolement est une cause aussi de la précarité. Et là aussi, de permettre à ces personnes de se relier à d'autres, à nos bénévoles, par exemple. qui accompagnent ces familles et de se relier à des collectifs. Ça leur redonne aussi du pouvoir d'agir et ça leur permet de remonter. Et puis, je trouve, permets-moi que tu soignes aussi la société en portant ce regard-là, puisqu'on est tous interreliés. Donc, donner du pouvoir d'agir.
- Speaker #1
Et ces personnes nous apportent autant que ce qu'on peut leur apporter. Et d'ailleurs, dans cette association, chez Solidarité Nouvelle pour le Logement, c'est quelque chose de très important, le pouvoir d'agir. C'est qu'on n'est pas dans cette... cette démarche de surplomb. On est sur cette égalité. Je t'apporte, tu m'apportes, on s'apporte. Et ensemble, on peut faire quelque chose. Parce que pour beaucoup, nos bénévoles sont des personnes, des jeunes retraités qui ont envie de donner du temps et pour qui il y a un besoin de cohésion sociale aussi, d'utilité et de cohésion sociale. Donc là aussi, on retrouve du collectif. en accompagnant ses familles. Donc, ça va vraiment dans les deux sens.
- Speaker #0
Merci. On arrive vers la fin de cette interview. J'ai envie de te proposer un petit voyage. Est-ce que tu es d'accord ?
- Speaker #1
Allons-y.
- Speaker #0
Je te propose de te fermer les yeux. Et nous allons nous balader en 2040. En 2040. Anne, qu'est-ce qui fait battre ton cœur ?
- Speaker #1
Une société reliée.
- Speaker #0
Merci pour... toute la reliance que tu viens de nous proposer. Merci beaucoup Anne.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
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