Speaker #0Est-on légitime après un 200 heures ? Ça faisait longtemps que je voulais parler de ce sujet, d'autant que j'ai créé une formation complémentaire à un 200 heures ou à toute formation initiale, justement parce que moi-même, en sortant de ma toute première formation, j'étais à la fois hyper excitée d'enseigner, et puis je sentais qu'il me manquait encore pas mal de clés. Je me sentais minuscule face à l'immensité de ce qui s'ouvrait à moi, et je manquais de clarté sur pas mal de sujets. Je sais que je ne suis pas la seule, je reçois de nombreuses profs qui, après leur formation, étaient soit découragés, soit dégoûtés, soit détanisés devant le fait de se lancer. Alors aujourd'hui, j'avais envie de creuser ça, parce que je crois qu'il y a beaucoup de confusion autour de cette question, beaucoup d'attentes irréalistes aussi, et surtout beaucoup de culpabilités qu'on pourrait éviter. Bienvenue dans Sous le tapis. Ici, on parle yoga, au-delà des clichés. Ce podcast, c'est pour les passionnés qui aiment creuser, comprendre, décoder. Les profs qui veulent enseigner avec plus de confiance, de discernement et de liberté. Celles et ceux qui pratiquent et aiment autant réfléchir qu'éprouver. Les esprits curieux, fascinés et intrigués. Ceux qui pensent que le yoga est un truc trop rigide ou trop perché. Bref, les gens qui doutent, qui s'étonnent, qui se questionnent. Ici, pas de formule magique ni de vérité figée, juste un espace pour penser, affiner, nuancer. Je suis Marie, prof de yoga et formatrice, passionnée et curieuse. surtout de ce qui se cache sous la surface. On se lève le tapis ? C'est parti ! Donc voilà la question, est-on légitime après un 200 heures ? Quand je dis 200 heures, on s'entend, ça signifie toute formation initiale assez facile d'accès, dans le sens où on ne nous demande pas des prérequis incroyables, relativement courtes et condensées. Et ma réponse, clin d'œil à mes élèves de Yoga Next Step qui connaissent bien la formule, ça dépend. Je sais que ce n'est pas la réponse rassurante qu'on aimerait entendre, qu'on préfère un oui bien sûr ou un non clairement pas. Et en vrai, c'est vraiment ça la réponse, en tout cas ma réponse, c'est ça dépend. Ça dépend de tellement de choses que répondre de façon binaire, ce serait prendre un raccourci que je ne trouve pas juste. Ça dépend premièrement de la qualité de la formation. Tous les 200 heures ne se valent pas. Il y a des formations qui sont très solides avec des formateurs compétents dans leurs domaines respectifs. Un programme cohérent, complet, du temps pour digérer, de la pratique, du temps pour mettre en application, de l'anatomie, de la pédagogie, tout ça appliqué intelligemment au yoga, de l'histoire et de la philo du yoga. Puis il y a des formations qui cochent juste les cases pour avoir le label Yoga Alliance, mais dont on ressort plein de confusion. Il y a des formations qui sont plus poussées sur les aspects techniques, anatomiques. et d'autres qui sont plus poussées sur les aspects philo, histoire du yoga ou encore ésotérisme, mais qui peuvent laisser un peu de côté d'autres aspects. Donc déjà, la base de départ, elle n'est pas la même pour tout le monde et c'est important de le reconnaître. Ensuite, ça dépend de notre expérience de pratiquant, pratiquante. Je ne parle pas de depuis combien de temps on pratique, parce que ça veut un peu tout et rien dire. Si on pratique depuis 10 ans, mais qu'on fait une séance tous les 36 du mois. versus quelqu'un qui pratique depuis deux ans, mais qui pratique cinq fois par semaine. Donc, c'est pour moi la durée de notre... Enfin, depuis combien de temps on pratique, ça ne veut pas dire grand-chose. Ce qui compte, c'est la consistance, la fréquence, la régularité, la profondeur de notre pratique. Donc, est-ce qu'on a une pratique solide, personnelle ? Est-ce qu'on connaît bien notre corps ? Est-ce qu'on a déjà exploré les postures en sentant des ajustements un peu plus subtils ? Au-delà de la partie un peu plus superficielle de la posture, est-ce qu'on a compris ce qui se passe vraiment quand on fait tel ou tel mouvement ? Parce que si on a juste pris des cours sans jamais pratiquer seul, sans jamais explorer, sans jamais se poser de questions, on va peut-être avoir un peu de mal à transmettre avec profondeur, avec authenticité, avec compréhension de ce qu'on fait. Ça dépend aussi de quoi on parle, légitime à quoi, à faire quoi. Parce que légitime, c'est un mot un peu vague. Est-ce qu'on est légitime à enseigner des postures avancées si on ne les pratique pas ? Est-ce qu'on est légitime à enseigner à des publics qui ont des blessures complexes ou à créer des séquences thérapeutiques ? Clairement pas si on n'est pas formé à ça. Donc le 200 heures, c'est une base, ce n'est pas un diplôme de spécialiste. Et je crois qu'on se met une pression de dingue parce qu'on confond un peu les deux. Ça dépend aussi de ce qu'on enseigne. Un cours de Yin, ce n'est pas la même chose qu'un cours de Vinyasa. Un cours en petit groupe dans notre salon, ce n'est pas la même chose qu'une classe de 30 personnes. Et donc, quand on débute, peut-être qu'on sera plus à l'aise à commencer avec des petits groupes, un petit comité, des personnes qu'on connaît parce qu'on débute et qu'on ne se sent pas encore d'aller affronter des grands groupes, de personnes qui ont peut-être des attentes, qui viennent avec des habitudes de pratique. Personne ne nous demande d'être expert en tout dès la sortie de notre formation, sauf peut-être nous-mêmes. Je voulais parler du coup du syndrome de l'imposteur parce que même si objectivement on est légitime, selon les critères qu'on vient de voir, on peut quand même se sentir comme une imposture et c'est normal. On vient de passer en formation initiale, peut-être 200 heures, peut-être plus ou un peu moins, à absorber, à ingurgiter une quantité massive d'informations en très peu de temps. Anatomie, philosophie, séquençage, ajustement, histoire du yoga, sanscrit. pédagogie et j'en passe. Notre cerveau est plein à craquer et plein, ça ne veut pas dire que c'est digéré. Il y a une différence entre savoir et comprendre, savoir et mettre en application, entre comprendre et incarner, et puis entre incarner et être capable de transmettre. Le 200 heures, c'est la phase d'absorption. Après, il faut je crois, un temps de digestion. Après, ça dépend évidemment de notre background et d'où on vient avant ça. Donc le temps peut être plus ou moins long. Et puis pendant ce temps-là, c'est normal de ne pas se sentir encore super solide. Quand on débute, on débute. Donc on compare un peu l'incomparable. On regarde des profs qui nous inspirent, qui ont l'air super à l'aise, super confiants, confiantes. Et on se dit qu'on ne sera jamais comme ça. Sauf qu'on compare notre jour 1 à l'heure année 2, 5, 10, 15. C'est comme si on commençait le piano et qu'on se comparait à Mozart. Donc bien sûr qu'il y aura des hésitations, des petits couacs. C'est normal, ça s'appelle débuter. Et puis, le milieu du yoga, il faut le dire, et je le dis très souvent, entretient un peu cette imposture. J'en ai déjà parlé dans d'autres épisodes. Le milieu du yoga est rempli d'injonctions, parfois contradictoires. Ces injonctions, elles nous mettent une pression de dingue, elles nourrissent notre sentiment d'imposture. Parce que quoi qu'on fasse, il y aura toujours quelqu'un pour nous dire que ce n'est pas bien, que ce n'est pas authentique, que ce n'est pas assez, que ceci, que cela. Donc évidemment, tout ça, ça entretient le doute. Le piège classique, c'est de confondre nos compétences et la confiance. On peut être compétent et ne pas se sentir confiance, ce sont deux choses différentes. On peut avoir toutes les connaissances nécessaires et être capable de faire un super cours et de quand même se sentir comme une imposture, parce que la confiance, ça ne vient pas forcément avec un diplôme, ça vient avec l'expérience, le temps, les heures de vol, avec le fait de se planter, de se relever. Le 200 heures, ça nous donne... une base, et ensuite c'est à nous de construire, cours après cours, la confiance. Donc la vraie question pour moi, c'est comment on avance ? Comment on passe de syndrome de l'imposteur à « Ok, je sais ce que je fais, je me sens à ma place » . Je pense que d'abord, il faut arrêter de croire qu'on doit être 100% prêt avant de commencer. Je pense qu'on ne le saura jamais, que personne ne l'est. Enseigner, ça s'apprend en enseignant. Tu peux lire tous les bouquins du monde, prendre toutes les formations. Ça ne remplacera jamais le fait d'être face à un groupe et de gérer en temps réel. Donc, je pense que la meilleure des choses, c'est de commencer. Commencer petit, peut-être à des amis, donner des cours, pourquoi pas, gratuits, à des petits groupes de personnes que tu connais, mais commence. Et puis, une fois que tu es dans l'action, ça va te permettre d'identifier les vrais points d'achoppement. Se poser honnêtement la question de qu'est-ce qui me manque vraiment ? Est-ce que c'est au niveau de l'anatomie ? Est-ce que c'est en séquençage où je ne suis pas super sûre ? Est-ce que c'est dans ma capacité à proposer des variations adaptées, à ajuster dans la compréhension de la philosophie, si j'ai envie de transmettre la philosophie ? Donc le but ici, c'est d'être précise, parce que le fait de juste se dire « je ne me sens pas légitime » , ça ne suffit pas, c'est un peu vague. Donc l'idée, c'est de creuser un petit peu pour pouvoir travailler sur les réels. sujets sur lesquels on a besoin d'apprendre encore et d'évoluer. Parfois, en creusant, on se rend compte que ce n'est pas forcément que des compétences techniques qui nous manquent. Ça peut être aussi le fait de comprendre qui nous, on est en tant que prof, d'identifier nous, notre positionnement, d'assumer nos choix pédagogiques. Pourquoi je choisis de faire ça et pas ça ? De développer notre propre voie plutôt que de reproduire. ce qu'on nous a transmis, de savoir expliquer la logique derrière nos séquences, pas juste reproduire. Et ça, c'est rarement enseigné dans les 200 heures parce qu'on ne peut pas tout faire. On nous apprend à faire, mais on ne nous apprend pas forcément à comprendre tout ce qu'on fait. Et ça peut créer le doute. Pour moi, accumuler les certifications, ça ne canne pas forcément le syndrome de l'imposteur. Je le dis parce que moi-même, j'ai empilé les formations. Ce qui m'a permis vraiment de calmer tout ça, c'est de comprendre profondément ce que je fais, ce que je dis. Pourquoi je le fais ? Pourquoi je le dis ? Quand on peut expliquer pourquoi on a mis telle posture après celle-ci, pourquoi on a choisi cette intention, pourquoi on a ajusté comme ça, proposé telle variation. Quand on passe de « je fais de telle façon parce que c'est comme ça que j'ai appris à je, je comprends ce que je crée » , là, moi je trouve que c'est à ce moment-là que j'ai commencé à me sentir beaucoup plus légitime. Ça m'a demandé pas mal de travail en amont. à travers des formations entre autres, à travers aussi des accompagnements individuels, et puis à travers mes propres questionnements et ma propre évolution, ça m'a demandé de clarifier mon identité de prof, de sortir de l'imitation pour développer ma propre voie, de comprendre les mécaniques plutôt que de juste répéter des recettes qui fonctionnent, et puis d'assumer mes choix même s'ils ne ressemblent pas à ceux de mes formateurs et à ceux du monde entier. Donc, continuer à se former, oui, parce qu'on a toujours besoin d'apprendre, d'évoluer, de remettre en question certaines choses. Et parce que le yoga aussi évolue, mais pas en mode je vais faire 15 formations pour me sentir enfin légitime, parce que c'est un peu la fuite en avant. Se former sur ce qui nous manque concrètement, donc se former intelligemment. Si tu galères avec l'anatomie, prends une formation d'anatomie. Si tu veux mieux comprendre la philo, forme-toi à la philo. mais surtout aussi se former et avancer sur ces questions de fond. Comment développer son identité de prof ? Comment gérer ses doutes permanents ? Au-delà de ça, même comment gérer le fait d'être entrepreneur et indépendant dans notre quotidien ? Parce que ça peut aussi souvent être ça qui nous manque vraiment. Et c'est pour moi en tout cas ce qui a fait la différence entre j'ai un savoir, j'ai des compétences et je me sens légitime. Il y a une autre chose pour moi aussi qui va permettre de continuer à faire évoluer notre sentiment de légitimité, c'est la pratique. Notre pratique personnelle, elle nourrit notre enseignement. Plus on explore sur notre tapis, plus on comprend dans notre corps, plus on est solide et précis dans la transmission. Donc je parle de vraiment sentir, comprendre, affiner, pratiquer avec curiosité, avec attention et développer notre propre langage corporel. Et puis, il y a une chose, je pense, qui est importante, c'est d'assumer notre, entre guillemets, niveau et notre style de le dire. Je débute dans l'enseignement, je sors de formation, j'apprends encore. Il n'y a pas de honte à ça, au contraire, c'est honnête. D'assumer ce qui nous plaît, d'assumer ce qui ne nous plaît pas, d'assumer notre approche, même si elle ne ressemble pas à celle de la voisine. Si toi, tu as envie d'intégrer de la philo, c'est OK, enseigne de la philo dans tes cours de yoga. Si tu adores l'anatomie et les approches très bioméca, etc., fais-en ton truc. La légitimité, pour moi, ne vient pas du fait de cocher toutes les cases, mais d'assumer et de comprendre ce que nous, on fait, qui on est en tant que prof. Je pense qu'il y a une chose qui est importante aussi, c'est de bien s'entourer, avoir des collègues bienveillants avec qui on peut échanger, poser des questions, partager nos doutes. Parce que je pense que... L'isolement nourrit un peu ce syndrome de l'imposteur, cette tendance à se comparer. Alors que quand on réalise qu'on est tous dans le même bateau, que tout le monde a des doutes, que même les profs qu'on admire ont eu ces mêmes questions, ça nous déculpabilise et ça fait beaucoup de bien. Donc pour résumer, est-ce qu'on est légitime après un 200 heures ? Ça dépend. Et surtout, arrêtons de nous mettre la pression d'être expertes tout de suite. Le 200 heures, c'est une base, c'est une fondation. Ce n'est même pas d'ailleurs obligatoire. Il y a d'autres formations sous d'autres formats qui nous permettent aussi de démarrer le yoga, parfois sur un week-end par mois, pendant un an, deux ans, trois ans, quatre ans. Donc, c'est une base, notre formation. Et ensuite, on va construire cours après cours, formation après formation, pratique après pratique. Donc, ce syndrome de l'imposteur, pour moi, c'est normal. Ça veut dire qu'on est conscient de ce qu'on ne sait pas encore. C'est même plutôt sain. Maintenant, je pense que c'est intéressant de l'utiliser pour avancer. Pas de se laisser paralyser par ça. Si, en écoutant cet épisode, tu t'es reconnu dans ces questions. Comment je développe mon identité de prof ? Comment je sors de la pure imitation, reproduction de ce que j'ai appris ? Comment je crée mes cours avec confiance ? Comment je les enseigne avec confiance ? Comment je gère ce doute permanent ? J'ai créé quelque chose pour toi. En tout cas, je suis en train de le créer. Ça sera un atelier gratuit. dans lequel je décortique exactement ces questions-là. Comment est-ce qu'on passe du doute qui nous envahit à plus de confiance, à trouver un petit peu plus ce qui nous ressemble ? C'est du concret et j'espère que ça va t'aider à clarifier ce qui te manque vraiment pour te sentir plus légitime. Je partage le lien pour t'inscrire à la liste d'attente qui te permettra de recevoir les infos dès qu'elles vont sortir. Cet atelier sortira dans le mois de mars, je ne sais pas encore exactement quand je vais y travailler. Donc inscris-toi sur la liste d'attente pour être prévenu dès que ça sort pour pouvoir recevoir l'accès à l'atelier. Merci à tout le monde de m'avoir écouté. On se retrouve j'espère très vite sur le tapis ou sous le tapis.