Speaker #0La semaine dernière, j'ai posté un carousel sur Instagram, assez simple, dans le sens où je listais tout ce que je ne suis pas en tant que prof de yoga, toutes les cases que je ne coche pas, tout ça pour dire que finalement, ça ne m'empêchait pas aujourd'hui d'enseigner le yoga depuis 8 ans. J'y partage par exemple que je ne médite pas, que je ne suis jamais allée en Inde, que je ne suis pas la reine des postures en équilibre sur les mains et les avant-bras. que j'aime pas le matcha, etc. Donc j'y fais un peu des blagues. C'était assez léger pour moi de le partager, un peu décomplexé et dans l'idée justement de déculpabilité. Ce post a suscité énormément de réactions, des centaines de profs qui se sont lâchés en commentaire, en message privé. Beaucoup de personnes qui m'ont dit merci finalement d'oser partager ce genre de message, que ça faisait du bien, que c'était nécessaire. De se rendre compte que finalement, on est tous humains et on est tous un peu pareil. On a tendance tous à se complexer. Alors que quand on libère un petit peu la parole, on se rend compte qu'on est pour beaucoup, en tout cas, dans le même cas, dans la même situation. Donc, je crois que c'était finalement nécessaire de partager ce message-là. Et tout ça, toutes ces réactions, ça m'a fait réaliser un truc. Quand je travaille avec les profs de yoga, puisque j'ai lancé depuis deux ans, presque deux ans, une formation pour les profs de yoga. qui est dédié justement aux profs de yoga qui ne se sentent pas légitimes, qui manquent de confiance, qui vivent un peu dans le doute permanent par rapport à ce qu'ils font, à ce qu'ils sont, à ce qu'ils doivent dire ou pas dire. Donc c'est vraiment quelque chose qui revient énormément. Et derrière tout ça, j'ai l'impression que c'est un petit peu toujours la même chose. C'est pas, en tout cas c'est rarement un vrai manque de compétence. C'est pas forcément un problème de formation. c'est vraiment beaucoup, je le crois, la peur du regard des autres, la peur du jugement, la peur de ce qu'on va pouvoir en dire. Donc souvent, je ne suis pas souple, je ne sais pas faire telle posture, je ne suis pas allée en Inde, je ne médite pas tous les jours, je n'ai pas de morning routine, je ne suis pas végane, je n'ai pas lu tous les textes fondateurs du yoga. Et puis à chaque fois, je me dis, mais en fait, qui a décidé que ça devait être ça, être légitime ? Bienvenue dans Sous le tapis. Ici on parle yoga au-delà des clichés. Ce podcast c'est pour les passionnés qui aiment creuser, comprendre, décoder. Les profs qui veulent enseigner avec plus de confiance, de discernement et de liberté. Celles et ceux qui pratiquent et aiment autant réfléchir qu'éprouver. Les esprits curieux, fascinés et intrigués. Ceux qui pensent que le yoga est un truc trop rigide ou trop perché. Bref, les gens qui doutent, qui s'étonnent, qui se questionnent. Ici pas de formule magique ni de vérité figée. Juste un espace pour penser, affiner, nuancer. Je suis Marie, prof de yoga et formatrice, passionnée et curieuse, surtout de ce qui se cache sous la surface. On se lève le tapis ? C'est parti ! Je crois qu'il y a le regard qu'on imagine et puis qui a tendance un peu à nous bouffer, parce que soyons honnêtes, la peur du jugement, elle vient rarement de nos élèves. Nos élèves, je crois d'ailleurs qu'ils s'en foutent. qu'on soit allé en Inde ou pas. Enfin, en tout cas, ceux qui viennent dans nos cours à nous. Ils veulent juste un cours clair. Ils veulent une présence. Ils veulent un espace dans lequel ils peuvent respirer, bouger, se déposer, en se sentant en confiance, en sécurité. Donc, je crois que la peur du jugement, elle vient plutôt du milieu du yoga. Beaucoup des profs, entre eux, on a peur de nos pères, de ce que vont dire les collègues. Et encore, même pas tous. Je pense que c'est vraiment... lié à certaines personnes. Le regard des autres profs, le regard d'un yoga fantasmé, idéalisé, parfois sacralisé. Et puis ce regard-là, on finit un petit peu par l'intégrer. On s'auto-censure, on se corrige, on a tendance un peu à se lisser et à finalement oublier, en tout cas s'éloigner de qui on est, de ce qu'on est vraiment à la base. Jusqu'à parfois même plus savoir pourquoi on enseigne finalement. Moi, j'ai reçu plusieurs fois des messages ou des commentaires ou des réactions me disant que ce que je faisais, ce n'était pas du vrai yoga, parce que si, parce que ça. Donc, on pourrait croire qu'on manque de respect à la tradition. Et puis, ça vient piquer un peu forcément, puisqu'on vient juger, critiquer ce qu'on fait. Donc, ça vient un petit peu ébranler nos fondations, nos croyances, nos habitudes aussi. Et ce qui compte, je crois, au final, c'est que ça ne nous empêche pas de continuer, de faire ce qu'on aime. Dans mon cas, j'ai des élèves qui sont là depuis des années. J'ai mon studio en ligne qui tourne bien. Je sais ce que je transmets, je sais pourquoi je le transmets. Alors, à partir du moment où ça me fait du bien, où je suis sincère avec ce que je fais et où ça fait du bien aux personnes qui viennent prendre mes cours, qui d'ailleurs ne sont pas attachées, elles sont libres d'aller et venir, je ne vois pas où est le problème et je ne vois pas de quoi je me mêle. Je pense qu'il ne faut pas confondre copier versus s'inspirer. C'est un peu le piège de la conformité. Au début, on s'inspire tous et toutes, c'est normal, donc avec cette tendance au début à copier, à recopier ce qu'on a appris, ce qu'on nous a appris, ce qui nous inspire, les enseignants qui nous ont transmis. Donc c'est normal, on va imiter, on emprunte, on répète ce qu'on a appris. Le problème n'est pas de copier, le problème c'est quand on ne s'autorise jamais à s'en détacher et à essayer finalement de... transmettre ce qui nous touche réellement, à mettre notre identité, notre patte dans ce qu'on transmet. Quand on croit qu'il existe une seule et unique bonne façon d'enseigner, une façon plus pure ou plus légitime ou plus respectable, je crois que ça peut nous éloigner un petit peu de ce qui nous anime vraiment. Moi-même, par exemple, je m'inspire forcément de flots que je vois passer, de cours que j'ai pris, de... de ma propre pratique, mais aussi de mes lectures, de plein de choses finalement. Je m'arrive de voir passer quelque chose et de me dire « Ah tiens, cette transition, elle a l'air cool, je vais essayer. » Puis ensuite, je l'expérimente, j'essaye de l'adapter à moi, à ce que moi j'ai envie de transmettre, de l'intégrer à ma façon de faire. Et ça devient mon truc. Parce que s'inspirer, c'est créer à partir de quelque chose, d'une idée existante, en sachant que Merci. Je crois qu'on n'invente rien, même si on va passer du temps seul sur notre tapis à essayer des trucs et à dire « Ah tiens, ça c'est trop bien ! » Donc on l'aura trouvé nous-mêmes, mais il y a, je crois, forcément quelqu'un d'autre qui l'aura trouvé déjà aussi, et qui va potentiellement se dire « Oh là là, elle m'a copié ! » Bon ben non ! Donc, en fait, s'inspirer, c'est prendre une idée quelque part et la faire sienne. C'est-à-dire que ce n'est pas copier, coller, bêtement, entre guillemets, sans avoir... réadapté, sans avoir essayé, intégré, compris et digéré finalement les informations. Petite parenthèse, mais je crois d'ailleurs que quand on ne fait que copier-coller les choses, souvent c'est pas naturel, c'est pas hyper incarné et donc ça se sent. Nous, on le ressent nous-mêmes et puis ça se ressent à l'extérieur. Je crois aussi qu'il y a un point que Ce qui est important à comprendre, c'est qu'accumuler ne suffit pas. Il y a un moment où accumuler le savoir, l'expérience, les formations ne suffit plus. Plus de formation, plus de lecture, plus de certification, ça rassure, ça amène évidemment une assise et des informations. Mais ça ne calme pas toujours le doute, parce que ce qui apaise vraiment, ce n'est pas tellement d'en savoir plus, c'est de comprendre ce qu'on fait déjà, ce qu'on sait déjà, d'accepter que ce soit suffisant pour aujourd'hui. Moi, j'ai mis des années à comprendre ça, donc j'ai empilé les formations. Je les ai vraiment multipliées du début jusqu'à maintenant, comme si ça allait me rendre plus légitime. Alors ça y a contribué un peu, mais ce n'est pas finalement ce qui m'a fait me sentir vraiment légitime. Ce qui m'a fait me sentir légitime, c'est de rester connectée à pourquoi je fais ça, mon identité en tant que prof. les choses que j'ai envie de transmettre, les valeurs que j'ai envie de transmettre à travers mon enseignement, assumer mes choix pédagogiques, ce que je choisis de prendre et de ne pas prendre, parce que dans le yoga, il y a plein d'outils et on n'est pas obligé, en tout cas selon moi, de tout prendre. Et puis, ce qui a été vraiment le plus important finalement dans le fait de me sentir légitime, c'est de me détacher du regard des autres, même si ça aura, je pense, toujours un impact. La critique, c'est jamais agréable, mais réussir à faire en sorte que ça puisse venir un peu nous titiller, parfois nous ébranler, nous permettre de nous réaligner en disant « Ok, est-ce que j'ai failli ? Est-ce que je me suis éloignée de ma ligne de conduite à moi ? » Oui, alors dans ce cas-là, je vais redresser la barre, ou non, et en fait, le regard de cette personne, ça la regarde, et moi, je m'en fous, en fait. plein plein d'injonctions, parfois contradictoires, dans le milieu du yoga. Et ça nous épuise, honnêtement, ça nous épuise. Le milieu de gars est rempli d'injonctions. Il faut être spirituel, mais pas trop. Humble, mais quand même, il faut parler de soi, être visible. Rester fidèle à la tradition, mais moderniser notre approche. Bon, là, je vous dis des choses un peu au hasard comme ça, mais il y a forcément un moment où, en fait, on craque. Ce n'est pas un problème individuel, c'est un système qui entretient la confusion. C'est même, je dirais, plein de petits systèmes. qui se contredisent les uns les autres. Et toutes les réactions que j'ai reçues dans ce poste que j'ai partagé la semaine dernière le montrent. Même quand je dis « lâchez-vous la grappe » , il y a des personnes pour venir me dire « tu as raison » ou « tu as tort » ou « tu devrais faire ci » ou « tu prétends ça » . Alors que ce n'est pas du tout ce que je cherche dans ce poste-là. C'est juste « je partage ça, voilà ce que je ne coche pas et c'est OK pour moi. » Et je vous invite à en faire autant parce que ça fait du bien juste d'accepter. ce que vous aimez, ce que vous n'aimez pas, ce que vous êtes, ce que vous n'êtes pas. J'ai quand même une poignée de personnes, vraiment, c'est pas du tout, c'est loin d'être la majorité, mais qui sont venues me donner des leçons. Et ça vient justement montrer mon point, c'est que quoi qu'on fasse, il y aura toujours quelqu'un pour redire quelque chose. Donc autant faire ce qu'on aime, autant faire ce qui nous fait kiffer, ce qui nous fait vibrer, parce qu'en plus, ça se ressentira à l'extérieur et nos élèves le ressentiront et auront d'autant plus envie de pratiquer avec nous. Je crois que ce que les élèves cherchent vraiment, ce n'est pas des modèles parfaits. Ils viennent chercher une présence rassurante. Ils viennent chercher un espace dans lequel ils peuvent se poser, respirer, bouger sans se sentir jugés. Paradoxalement, c'est souvent d'ailleurs quand on arrête de jouer un rôle que cet espace devient possible. Quand on assume ce qu'on est, ce qu'on n'est pas. Quand on enseigne notre yoga et pas celui des autres. Donc je crois, et c'est ce que je dis aussi en conclusion d'ailleurs de mon poste de la semaine dernière, c'est qu'il faut arrêter de jouer au prof parfait. Et ce n'est pas renoncer à l'exigence, c'est changer de repère. C'est passer de « est-ce que je correspond » à « est-ce que ce que je fais est juste pour moi et pour les personnes que j'accompagne ? » Ce n'est jamais figé tout ça d'ailleurs, c'est un chemin, ça évolue, ça bouge en fonction de nous, de nos évolutions, de notre pratique. Et finalement, c'est beaucoup plus simple, je crois, que ce qu'on ne croit. Voilà, j'avais envie d'approfondir un petit peu ces sujets-là que j'ai peu développés finalement dans le poste. J'ai juste listé des choses, des cases que je ne coche pas. J'espère que l'écoute de ce podcast vous aura permis de déculpabiliser encore un peu plus. Si tu es prof de yoga et que tu souhaites être informé des prochaines actualités concernant les formations ou en tout cas les formats que je propose pour les profs de yoga, je t'invite à rejoindre la liste d'attente. que je partage dans la description de cet épisode. Merci de m'avoir écoutée. Et puis, on se retrouve très vite sur ou sous le tapis.