Speaker #0Bonjour et bienvenue dans cet épisode de podcast dans lequel on va parler des chakras. Il n'y a pas longtemps, je disais à quelqu'un que j'étais prof de yoga et la personne m'a demandé si je travaillais sur les chakras pour les réharmoniser. Alors Eratom, finalement c'était il y a un an, un peu plus d'un an même précisément, que j'ai croisé cette personne qui m'a posé cette question-là. J'avais écrit l'intro de cet épisode il y a longtemps et puis le temps est passé et puis c'est un sujet que... Voilà, je trouvais un peu touchy à aborder, mais aujourd'hui, il y a eu un élément déclencheur qui a fait que je me suis dit, allez, c'est le moment. Je suis tombée aujourd'hui sur un poste qui parlait du chakra sacré et de faire tel type de posture et tel mouvement pour débloquer telle problématique dans sa vie, etc. Bref, je reviens sur la personne il y a un an qui m'a dit ça, qui m'a dit, est-ce que tu fais du travail sur les chakras pour les réharmoniser ? Et là, c'était un moment un peu gênant parce que je ne sais jamais trop comment répondre à ça sans avoir l'air... méprisante. Genre je réponds quoi en fait ? Je crois que j'ai dit un truc du genre non, pas vraiment, ce genre d'approche ne me parle pas forcément. C'est un cliché qui est assez tenace. Prof de yoga égale travail sur les chakras égale ésotérisme new age. Et je sais que ce cliché a été pas mal débunké déjà, mais il colle encore solidement à la peau des profs de yoga. Et en même temps, je me dis que c'est un peu normal parce que même dans le milieu du yoga, on n'est pas hyper clair sur ce que sont vraiment les chakras. d'où ça vient, ce qu'on peut en dire ou pas. Donc aujourd'hui, j'ai envie d'en parler pour expliquer d'où ça vient, ce qu'on en a fait aujourd'hui et surtout comment est-ce qu'on peut en parler dans nos cours de yoga si c'est quelque chose qu'on a envie de faire, sans tomber dans le dogmatisme, sans tomber dans le fait de transmettre des croyances de façon parfois presque inconsciente et sans non plus tout rejeter en bloc. Parce que je crois que le vrai sujet, finalement, ce n'est pas les chakras, c'est bien ou c'est mal, c'est plutôt comment est-ce qu'on peut transmettre intelligemment, faire preuve de discernement et d'honnêteté dans ce qu'on partage en tant que prof de yoga. Bienvenue dans Sous le tapis. Ici, on parle yoga au-delà des clichés. Ce podcast, c'est pour les passionnés qui aiment creuser, comprendre, décoder. Les profs qui veulent enseigner avec plus de confiance, de discernement et de liberté. Celles et ceux qui pratiquent et aiment autant réfléchir qu'éprouver. Les esprits curieux, fascinés et intrigués. Ceux qui pensent que le yoga est un truc trop rigide ou trop perché. Bref, les gens qui doutent, qui s'étonnent, qui se questionnent. Ici, pas de formule magique ni de vérité figée. Juste un espace pour penser, affiner, nuancer. Je suis Marie. prof de yoga et formatrice, passionnée et curieuse, surtout de ce qui se cache sous la surface. On se lève le tapis ? C'est parti ! Alors de quoi on parle concrètement quand on parle de chakra dans le yoga moderne ? Il y a ce package assez standardisé, les 7 chakras classiques de la base de la colonne jusqu'au sommet du crâne, chacun a sa couleur associée, un petit peu comme les couleurs de l'arc-en-ciel, rouge, orange, jaune, vert. Bleu ciel, bleu indigo et violet, il me semble. Donc chacun a sa pierre, chacun a son mantra, son élément, même parfois son animal totem, selon les écoles. C'est devenu un vrai package hyper marketé, visuellement, qu'on retrouve absolument partout. On voit souvent ce dessin de quelqu'un assis en tailleur avec ses sept points colorés qui remontent tout le long de la colonne vertébrale. Et le souci, c'est qu'on a tendance à présenter ça comme une vérité ancestrale, immuable, qui existe depuis des millénaires exactement sous cette forme-là, sauf que ce n'est pas le cas. Donc d'où ça vient vraiment ? On va faire un petit point histoire, même si je ne suis pas une experte en la matière, mais j'ai quand même pas mal dégrossi ces sujets-là. Et je trouve que c'est là justement que ça devient intéressant, quand on s'intéresse un petit peu et qu'on va creuser un petit peu historiquement. Dans les textes anciens, on retrouve... la notion de chakra, mais pas du tout à l'image qu'on en a aujourd'hui. Le concept vient essentiellement des textes et des traditions tantriques. Mais alors, quelle forme ça prenait à l'époque ? C'était une forme complètement différente de ce qu'on connaît aujourd'hui. D'abord, le nombre de chakras peut varier énormément. On en trouve avec 5, 6, 7, parfois plus. Ce n'est pas du tout fixé à 7 comme aujourd'hui. Ensuite, il n'y avait pas du tout de couleurs associées. Ce système de couleurs qu'on connaît avec le rouge à la base et le violet au sommet n'existe pas. pas dans les textes originaux. A l'origine, les chakras, c'était des points de visualisation. C'était vraiment des zones impalpables qu'on considérait comme des points de visualisation qu'on utilisait dans des pratiques méditatives et spirituelles. C'était des outils pour la concentration, pas du tout des centres énergétiques anatomiques. Il n'y avait pas de notion de centre énergétique. Encore moins associé à des organes ou des zones anatomiques. Donc pourquoi est-ce qu'aujourd'hui on a cette version-là ? D'où ça vient ? Il faut regarder du côté de l'Occident au XIXe, XXe siècle, des mouvements ésotériques et de courants New Age qui émergent à cette époque, qui se sont emparés du concept, qui l'ont réinterprété, standardisé, associé à des couleurs, des pierres, des organes, des émotions, des aliments, etc. C'est cette vision-là, ce package, complet et bien ficelé, qui s'est diffusé et qui est devenu le truc qu'on connaît aujourd'hui. Et c'est une construction relativement récente, on parle de 100-150 ans, pas des millénaires. Donc quand quelqu'un nous dit les chakras, c'est une science ancestrale, un petit peu comme d'ailleurs quand on vient de dire que le yoga a 5000 ans, ce n'est pas totalement faux, le concept existe depuis longtemps, mais ce n'est pas non plus totalement vrai parce que la version qu'on connaît est très récente, est très occidentalisée et très standardisée. D'ailleurs, quand on parle des chakras ou du yoga, c'est exactement la même chose. Yoga postural moderne, même combat, même si on ne parle pas des mêmes sujets tout à fait. Donc, moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'est-ce qu'on fait avec ça ? La vraie question pour moi, c'est est-ce qu'il faut enseigner en parlant des chakras ? Je n'ai pas de réponse. Pour moi, il faut comprendre ce que c'est vraiment, d'où ça vient, pourquoi est-ce que ça a été réinterprété. Savoir que finalement, cette réinterprétation, c'est vraiment un système de croyance. Donc je crois beaucoup en cette idée de discernement plutôt que de rejet total. On peut parler de tout, mais pas avec n'importe qui. Non, je rigole. Mais surtout pas n'importe comment. Ce qui compte, ce n'est pas de bannir le concept parce qu'il n'est pas authentique ou pas assez ancestral. Ce qui compte pour moi, c'est vraiment la clarté avec laquelle on en parle, mais surtout la sincérité, l'honnêteté intellectuelle et le discernement derrière. Il y a une différence énorme entre dire « je vais vous parler des chakras tels qu'ils sont compris dans le yoga moderne » C'est-à-dire une réinterprétation assez récente qui mélange plusieurs traditions, etc. Et d'expliquer les choses et de le voir comme une grille de lecture, comme un outil qui peut être intéressant pour des points de visualisation, pour se relier à des intentions, des sensations. Why not ? Je connais des profs avec qui j'ai pratiqué qui font ça très bien, qui associent parfois des pratiques à un chakra, mais pour se connecter plus à une intention, plus à, pourquoi pas, une émotion, une sensation. mais sans être dans la croyance que faire telle posture va soigner telle problématique. Il y a vraiment une différence énorme entre expliquer les choses et dire votre premier chakra, il est lié à votre besoin de sécurité. En faisant telle posture, vous allez vous sentir plus en sécurité. Bon, énorme raccourci, surtout basé un peu sur des choses, du coup, erronées. La première phrase, on est dans l'honnêteté, en l'explication, dans la clarté. OK, voilà, c'est un outil que j'ai envie de vous partager parce qu'il m'est familier, parce que ça me parle beaucoup. Voilà, je veux dire pourquoi. Pourquoi est-ce qu'on est dans cette démarche-là ? On n'est pas en train de transmettre une croyance, alors que la deuxième version, pour moi, c'est carrément trompeur, même si j'ai conscience que ce n'est pas forcément conscient. Parfois, et d'ailleurs souvent, j'imagine qu'on n'est pas là pour être des escrocs et tromper les gens, mais je pense que ça fait partie de l'héritage de notre enseignement, des formations qu'on a pu suivre, des pratiques qu'on a pu faire avec des profs. Et pourquoi pas, si ça nous parle vraiment, je pense que c'est comme tout, on a tous et toutes des croyances. Maintenant, il y a une différence entre transmettre quelque chose de l'ordre de la croyance comme étant une vérité absolue ou transmettre avec discernement, éclaireté et sincérité. Sincérité, ce n'est même pas le bon mot parce que finalement, je pense qu'il y a plein de profs qui font ça sincèrement. La personne sur laquelle je suis tombée, le poste sur lequel je suis tombée ce matin et qui m'a impulsé la volonté de tourner cet épisode enfin. Je pense que c'était sincère, je pense qu'elle croit vraiment à ce qu'elle transmet, et juste qu'elle n'est peut-être pas suffisamment renseignée, qu'elle n'a peut-être pas voulu, ou qu'elle ne sait même pas, parce qu'on lui a transmis cette information-là, et elle ne l'a pas forcément remise en question. Moi, il y a plein de choses que j'ai transmises au début de mon enseignement, sans les avoir remises en question, et puis un jour, je me suis rendue compte que c'était des conneries, ou que c'était faux, ou que c'était carrément vraiment n'importe quoi. Eh bien, je me suis renseignée sur le sujet. Soit j'ai arrêté d'en parler, soit je me suis renseignée parce que c'est des choses que j'aimais transmettre et que je me suis dit, j'ai envie de continuer parce que c'est vraiment des outils qui, moi, m'aident et que j'aime beaucoup. Mais voilà, je veux en savoir plus pour pouvoir adapter mon discours et être beaucoup plus lucide, finalement, sur tous ces sujets-là. Donc, comment est-ce qu'on enseigne ça avec clarté, avec discernement ? Personnellement, je trouve ça hyper simple, c'est vraiment situer ce qu'on dit, d'où ça vient, ce que c'est vraiment, est-ce que c'est une construction, une grille de lecture, un outil symbolique. Laisser les gens se faire leur propre avis avec une info qui est... juste et qu'on peut justifier. Ça n'enlève rien à la beauté ou à l'utilité d'un concept, ça enlève juste le mensonge, même si, encore une fois, pas d'offense, le mensonge n'est pas forcément conscientisé, mais en tout cas que les potentielles erreurs sur l'origine d'un concept. Concrètement, est-ce qu'on peut enseigner le yoga sans être dans le bullshit ? Je pense que oui. Le problème, c'est vraiment la façon dont on le fait. Il y a un monde entre dire « t'as mal au dos, c'est ton chakra du cœur qui est bloqué » ou « je dis n'importe quoi » et dire « on va explorer la symbolique du chakra du cœur aujourd'hui » qui est traditionnellement associée à… je ne sais pas quoi, du coup je n'ai pas envie ici d'en dire plus, et voir comment ça peut résonner dans la pratique d'aujourd'hui si on se relie à cette symbolique-là. L'idée, c'est d'éviter de faire des promesses pseudo-médicales avec un concept qui n'a aucune base scientifique parce que ça peut aller loin et ça peut être grave. de donner des conseils à des personnes qui ont des vraies problématiques, qu'elles soient physiques ou psychologiques. On peut littéralement empêcher quelqu'un d'aller consulter un médecin en lui faisant croire que son mal de dos est énergétique, par exemple. Donc, je pense que c'est important d'assumer l'aspect symbolique du domaine de la croyance, de dire qu'on utilise un outil de visualisation à la base qui a été transformé plus récemment. et qu'on peut utiliser aujourd'hui comme une grille de lecture, sans faire de promesses, sans inventer de vérités universelles. Personnellement, la symbolique des chakras, bien qu'aujourd'hui ça me parle un peu moins et que je l'utilise un peu moins, c'est quelque chose qui m'a pendant longtemps servi à moi-même. Je trouve ça hyper riche comme outil pour visualiser certaines intentions, pour se connecter à certaines idées, certaines symboliques. Pourquoi pas structurer une séquence autour d'un thème, donner une trame symbolique à un cours. Le chakra racine, par exemple, pour parler d'ancrage. Le chakra, comment on l'appelle ? Manipura, le chakra du plexus solaire, pour développer du courage ou de la confiance dans la pratique. Pourquoi pas ? Ça peut être des outils vraiment intéressants. C'est parlant, ça peut faire sens pour beaucoup de personnes. Quand je le fais, même si je ne le fais plus, mais quand je le faisais, je le présentais comme ce que c'était finalement, une symbolique. pas une vérité anatomique, pas une science, une grille de lecture parmi d'autres. Et je crois vraiment que c'est là toute la nuance. On n'est pas gourou si on parle de chakra, mais on est limite border si on n'explique jamais ce que c'est réellement et qu'on laisse les gens croire qu'on va littéralement guérir leurs problèmes de couple avec des flexions arrières, par exemple. Comment est-ce qu'on peut éviter ce genre de dérive pseudo-scientifique dans notre façon d'enseigner ? en gardant ce qui fait sens pour nous, mais en étant justement dans cette clarté, dans cette transparence, dans cette connaissance du sujet, dans ce discernement. Et pour moi, c'est ça, faire preuve de discernement, c'est vraiment choisir les outils en conscience, en connaissance de cause et les présenter honnêtement. Donc pour récapituler, les chakras, clairement, on peut en parler, mais je pense que c'est hyper important de connaître l'histoire qu'il y a derrière. Ça nous donne de la liberté, ça nous donne une certaine assise aussi. Ça permet d'en parler avec beaucoup plus de clarté, sans tomber dans le dogme, sans faire de fausses promesses, sans plus avoir peur du sujet ou le rejeter en bloc. Le problème, c'est jamais, ou presque jamais, le concept en lui-même, c'est la façon dont il est présenté. D'ailleurs, si ces sujets-là t'intéressent et que tu as envie de creuser encore plus, le contexte historique, notamment tout ce qui touche au New Age, à comment le yoga moderne s'est construit avec ses influences occidentales. J'ai créé une formation pour les profs de yoga qui existe en ligne, mais qui aussi existe en présentiel une fois par an à Montpellier. Dans la version en ligne, j'ai fait intervenir Zineb Fassi, qui est une experte vraiment de l'histoire et des philosophies du yoga, qui a fait toute une masterclass pour aller plus loin justement sur ces questions historiques. passionnant. Je trouve ça très utile et même, j'ai envie de dire, indispensable pour enseigner en connaissance de cause, pour pouvoir contextualiser ce qu'on transmet. Son intervention est accessible depuis la plateforme dans la formation en ligne. Dans la formation, de manière générale, il y a tout un module dans lequel je viens déconstruire justement certains mythes. Là, je parle des chakras, mais il y en a beaucoup d'autres. Et ce n'est pas forcément que des choses liées à la philosophie de yoga. Ça peut être aussi des consignes anatomiques. des croyances anatomiques ou autres. Donc si jamais c'est quelque chose qui te parle, tu peux aller regarder la page de présentation de cette formation qui va bien au-delà d'ailleurs de Déconstruis les croyances. C'est vraiment toute une formation qui est comme un complément à une formation initiale ou même pas spécialement formation initiale, mais qui est une vraie boîte à outils d'épreuve de yoga dans lequel on va approfondir et affiner toutes les facettes, toutes les casquettes du métier, que ce soit dans l'enseignement pur, transmission, verbalisation, choix des mots, création de séquences, séquençage, etc. au positionnement, qu'est-ce que j'ai envie d'enseigner, qu'est-ce qui me ressemble, qu'est-ce qui fait mon identité de prof, mais aussi à toute la dimension entrepreneuriale, comment entreprendre sans y laisser nos plumes. Donc voilà, si ça t'intéresse, je mets le lien de cette formation dans la description de cet épisode. Merci de m'avoir écoutée jusqu'ici. On se retrouve, j'espère, très vite sur le tapis ou sous le tapis.