Speaker #0Pourquoi est-ce qu'on a besoin d'opposer ? absolument les choses. Pourquoi est-ce qu'on a besoin de mettre les choses dans des cases ? J'ai l'impression qu'on a tendance à vouloir s'accrocher à un camp pour se rassurer. Je crois que c'est humain ce besoin d'appartenir, ça donne un cadre. Mais le problème, c'est qu'on a vite tendance à se dire « Moi, je suis dans le vrai et tout le reste, c'est faux. » Et en gros, tout ce qui n'est pas comme moi, c'est de la merde. Légèrement enfermant, alors qu'il y a de la richesse partout, on peut aimer et respecter l'histoire et les racines et en même temps pratiquer de façon moderne, adaptée à notre époque, remettre en question certaines traditions. Les deux ne sont pas incompatibles. On peut aussi préférer pratiquer des yogas plus entre guillemets traditionnels mais en sachant de quelle tradition on parle sans être dans le rejet de la modernité et on peut pratiquer de façon moderne sans être dans le rejet de la entre guillemets encore une fois tradition. Je crois que d'ailleurs la tradition, ça mérite vraiment clarification. Est-ce qu'on peut vraiment parler de yoga traditionnel au singulier ? Ça sous-entend qu'il y aurait un yoga originel, alors qu'il y a une multitude de traditions. La tradition par exemple de l'Ashtanga Yoga, celle de la méthode Ayanga, le Hatha Yoga selon telle ou telle lignée par exemple. Et encore tous les exemples que je viens de vous citer, ce sont des yogas... finalement à l'échelle de l'histoire du yoga très récent. Le yoga tel qu'on le pratique aujourd'hui de façon posturelle est très récent et moderne. Et pourtant, même dans ce camp moderne, il y a des oppositions de modernité versus tradition, parce qu'on a tendance à figer les yogas type Iyengar, Ashtanga, etc., qui sont des yogas assez codifiés. On a tendance à les qualifier de traditionnels, alors que finalement, c'est... c'est quoi le traditionnel ? Chaque approche porte l'empreinte de son époque et de ses enseignants et de ses inspirations. Et peut-être qu'il ne serait plus juste de dire je pratique dans la tradition 2 ou dans la lignée 2 plutôt que de parler de yoga traditionnel de façon un peu nébuleuse, comme si c'était une chose unique. La modernité, le yoga moderne, on a tendance, quand on est du coup du point de vue un peu plus traditionnaliste, à le voir comme une déviance. Sauf que, en fait, le yoga change avec notre époque, évidemment. On y ajoute parfois des influences nouvelles, effectivement, parfois la musique, parfois le flow, ou des connaissances scientifiques modernes en fonction des différentes découvertes qu'on fait aussi au fur et à mesure du temps qui passe. Est-ce que ça veut dire que c'est moins bien ? Moins pur ? Je ne crois pas. Pour moi, ce qui compte, c'est de savoir pourquoi on fait les choses, est-ce qu'on les fait en conscience, est-ce qu'on les choisit pour les bonnes raisons ? Quand on comprend pourquoi on adapte, quand on le fait avec réflexion, ça devient une évolution et pas une déviance. Pour moi, c'est juste une preuve de... flexibilité de l'esprit, d'ouverture d'esprit, de curiosité, de capacité à remettre en question. Pourquoi est-ce qu'on veut appartenir, se rattacher à une lignée, à une école, à un label ? Ça rassure, c'est un peu le tampon qui vient valider. C'est comme si ça nous donnait une légitimité. Je fais partie de ce groupe, donc j'ai le droit d'enseigner, donc j'ai de la valeur. Le problème, c'est quand ça devient enfermant, quand ça devient une prison, on n'ose plus sortir du cadre. On a peur d'essayer autre chose, on a peur d'être jugé si on fait différemment, mais du coup, on ne remet rien en question. On applique finalement, pardon, mais bêtement, ce qu'on a appris, sans le questionner, sans chercher à comprendre finalement. Pendant longtemps, moi je me suis demandé à quel clan j'appartenais, est-ce que j'appartenais à un clan ? Puis un jour, à force d'avoir un peu creusé tous ces sujets-là, j'ai compris que j'appartenais à aucun clan et que c'était ok en fait. Ma réponse, elle est aucun. J'ai des influences multiples et c'est ce qui fait ma pratique. Parfois je pratique avec de la musique, parfois dans le silence, parfois je suis très précise, très structurée, parfois je laisse beaucoup de liberté. Mon yoga il varie, il évolue selon mes inspirations, selon les enseignants, enseignantes avec qui j'ai pratiqué, selon mes formations, selon mes envies. Et c'est ok. Ça ne le rend pas pour autant moins valable, en tout cas pour moi, et je crois que c'est ça qui compte. Je crois qu'on n'a pas besoin de s'opposer pour exister. ni d'être validé. On n'a pas besoin d'un tampon de validation pour enseigner ou pour pratiquer. Ce qui compte, c'est est-ce que ça résonne avec nous ? Qu'est-ce que ça nous apporte ? Est-ce que c'est sincère ? Est-ce que c'est juste aligné, tout simplement ? Donc, tradition ou modernité, est-ce qu'il faut choisir ? Ce que je retiens, c'est qu'il n'y a pas une seule bonne réponse. Il y a de la richesse dans l'ancien et dans le nouveau. On peut être nourri par une histoire et ses racines. et en même temps adapter sa propre façon de pratiquer et d'enseigner. Ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est un dialogue permanent, c'est justement ça qui rend le yoga vivant. C'est une vraie richesse, cette mixité, cette évolution permanente. Et puis je trouve ça tellement dommage finalement d'être dans ce rejet, parce que c'est ça qui se passe, c'est qu'on voit beaucoup d'opposition qui se crée. On voit des posts Instagram... Yoga machin versus yoga machin, où ça c'est bon et ça c'est pas bon. Et en fait, ça manque de nuances finalement tout ça, et je trouve que ça manque de précision dans qu'est-ce qu'on entend par yoga traditionnel, qu'est-ce qu'on entend par yoga moderne. Donc je pense que tout ça, ça mérite d'être nuancé, ça mérite d'être précisé, et tout simplement qu'on n'a pas besoin de se construire en opposition, qu'on peut juste avancer vers ce qui nous convient. ce qui nous parle, ce qui est adapté pour nous, sans pour autant rejeter ce qui ne l'est pas. Si tu es prof de yoga et que ces questions-là te parlent, que tu te sens parfois perdue entre toutes ces influences, ces étiquettes, c'est le genre de choses qu'on explore aussi dans ma formation. La prochaine session, elle se fera à Montpellier du 23 au 25 octobre en présentiel. Il existe aussi une version en ligne, mais qui est pour l'instant clôturée puisqu'il y a une session en cours. C'est trois jours pour gagner en confiance, pour clarifier ta manière d'enseigner, pour développer ton discernement, savoir d'où viennent les choses, choisir ce que tu veux transmettre et te sentir légitime sur ton chemin sans avoir besoin de coller à un cadre ou à une mode. Si ça te parle, toutes les infos sont dans le lien de l'épisode. Peut-être qu'on aura la chance de creuser tout ça ensemble en vrai sur le tapis. Quoi qu'il en soit, merci pour ton écoute. Je te donne rendez-vous la semaine prochaine pour le dernier épisode de cette mini-série de l'été. Quatre épisodes pour mettre un petit peu quelques clichés en lumière dans l'univers du yoga. Je te dis à très bientôt, que ce soit sur le tapis ou sur le tapis.