- Laurène
La Sportive Outdoor, le podcast. Bonjour à toutes et bienvenue sur La Sportive Outdoor. Aujourd'hui, je reçois Alice Lévesque, qui est kiné, diététicienne nutritionniste et ancienne handballeuse professionnelle. C'est aussi elle qui vous écrit les articles nutrition sur La Sportive Outdoor. Alice vient témoigner aujourd'hui car elle a été dans le passé touchée par le syndrome Red S. En français, c'est le syndrome de déficience énergétique relatif dû au sport. Et c'est un syndrome qui a un corps assez méconnu, y compris chez les professionnels de santé. Et donc j'ai trouvé important qu'elle vienne témoigner aujourd'hui pour vous en parler, pour que vous puissiez le découvrir et peut-être prendre des mesures si vous êtes touché. Bienvenue Alice ! Est-ce que tu peux te présenter ?
- Alice
Ouais, du coup, moi c'est Alice Lévesque. Comme tu l'as dit, je suis diététicienne nutritionniste. Je travaille avec le CREPS de Bourgogne-Franche-Comté auprès de jeunes athlètes. Je fais également de suivi en cabinet, donc je suis spécialisée dans le sport mais aussi en micronutrition. Je suis aussi kiné depuis une dizaine d'années. Je travaille dans le domaine de la prévention en entreprise. Donc j'ai un peu la double casquette. Moitié de la semaine j'ai le métier de kiné et puis moitié de la semaine j'ai mon métier de nutritionniste. J'étais handballeuse professionnelle pendant plus de dix ans. Et c'est un petit peu au cours de cette carrière que j'ai été touchée par le syndrome Red S. C'est pour ça que j'avais à cœur d'en témoigner aujourd'hui, surtout pour plus que ça n'arrive, ou que ça arrive, on va dire, un petit peu moins, et proposer des solutions aux athlètes qui peuvent en souffrir.
- Laurène
Et comment ça s'est passé, en fait ? À quel moment de ta carrière, est-ce que tu as commencé à remarquer des changements ou des problèmes liés à ta santé ?
- Alice
Alors, pour resituer un petit peu, moi, c'était du coup aux alentours de l'année 2015, donc ça fait bientôt presque dix ans. Je venais d'être diplômée de kiné, du coup je me consacrais vraiment à mon activité de handballeuse professionnelle. Et en fait, j'ai commencé un petit peu à retrouver les chemins de l'équipe de France. Et je me suis dit, bon, il faut que je mette des choses en place pour pouvoir travailler sur les facteurs de la performance, mon alimentation, etc. Donc j'ai vraiment cherché à... combler ou à cocher on va dire tous ces facteurs et je me suis dit bon bah le dernier facteur qui me manque c'est l'alimentation donc j'ai commencé un peu à modifier mon alimentation et très très vite en fait peut-être deux trois mois après j'ai commencé à sentir que j'étais au ralenti j'avais du mal à me lever le matin j'étais en bradycardie enfin j'étais à 30 de pulsation voire 28 de pulsation la nuit j'arrivais vraiment plus avancé mon corps répondait plus aux entraînements enfin je comprenais vraiment pas ce qui se passait quoi
- Laurène
C'est vraiment hyper marqué. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu'est le syndrome Red S pour celles qui ne connaîtraient pas ?
- Alice
Oui, c'est une faible disponibilité énergétique qui peut être due soit à un déficit d'apport, soit à un excès d'entraînement, soit à une combinaison des deux. En somme, vous brûlez plus de calories que vous en consommez, vous allez augmenter un peu le risque de développer ce syndrome. Et il va avoir des conséquences nombreuses sur la santé. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que ça peut toucher les femmes. mais aussi les hommes, parce qu'on parle beaucoup des femmes, avec des dysfonctions, du cycle menstruel, des choses comme ça. Mais ça peut aussi toucher les hommes, même si c'est plus rare, ça arrive. Ce qu'on peut juste dire aussi, c'est que le CIO avait sorti un consensus en 2023. Là, en 2024, un article est sorti, notamment de Asker Jockendrup, qui remet un petit peu en question, enfin, pas remise en cause, mais plutôt en question, le terme du syndrome Red S, de dire... Non, ça ne se définit pas uniquement par des troubles du comportement alimentaire et une faible disponibilité énergétique. Il peut y avoir d'autres causes, comme par exemple la santé mentale, l'immunité, des problèmes de sommeil, des choses comme ça, qui peuvent concourir à tomber dans ce Red S. Donc aujourd'hui, dire Red S, ça paraît réducteur. Je pense que le terme va changer d'ici quelques années. parce qu'on ne peut pas se dire que c'est que cette faible disponibilité énergétique qui va nous produire tous ces symptômes. Donc le panel de symptômes qu'on peut citer, il est très très large, ça peut aller des perturbations de sommeil comme des problèmes osseux, l'ostéoporose précoce, il peut y avoir une réduction de la masse musculaire ou une difficulté de prise de masse musculaire, des troubles cardiovasculaires, des troubles de l'immunité, à long terme des troubles de la fertilité, et j'en passe, donc c'est vraiment quelque chose de très très large, et je pense que... Quand on bosse dans la santé, qu'on est professionnel de la santé, notamment spécialisé dans le sport, il faut absolument qu'on réussisse à dépister le plus vite possible chez les athlètes. Dès qu'il y a un symptôme qui nous met un petit peu la puce à l'oreille, de dire tiens, je vais aller chercher un peu plus loin, voir un peu ce qui se passe et ce qui se produit. Une fois que c'est installé, c'est difficile d'en sortir. Personnellement, j'accompagne aujourd'hui des jeunes athlètes qui souffrent, qui n'ont plus leurs règles depuis des années, qui sont en permanence blessées, qui ne peuvent plus retrouver les chemins de la compétition et qui sont dans un torrent émotionnel terrible parce que du coup, elles ne s'entraînent plus, elles sont frustrées. Et on leur demande en plus de ne pas s'entraîner et de manger plus. Et c'est très, très difficile pour elles et on met beaucoup, beaucoup de temps. des mois, voire des années, à retrouver le chemin de la compétition et surtout les chemins d'une bonne santé. Donc vraiment, s'il y a des signes avant-coureurs, il faut se faire accompagner, il faut en parler à des professionnels de santé compétents.
- Laurène
Effectivement. Et tu parlais de l'arrêt des règles, est-ce que c'est un peu le symptôme où s'il y a ça directement, ça doit alerter ?
- Alice
Ça doit alerter, pas forcément pour se dire tout de suite qu'il y a un arrêt d'aise, mais l'arrêt des règles, clairement, il n'est pas normal. ou même un des cycles qui dure au-delà de 34 jours. On sait qu'aujourd'hui, c'est un cycle qui est trop long et ça donne des indications. Alors, ça ne veut pas forcément dire qu'on est dans un RAIDES, ça veut juste dire qu'il se passe quelque chose. Ça peut expliquer justement une surcharge d'entraînement, il peut y avoir un surentraînement, il peut y avoir d'autres facteurs associés. Effectivement, des problèmes de troubles du comportement alimentaire, ce qu'on retrouve fréquemment aussi chez les jeunes sportifs. Ça doit alerter à un moment donné. Il faut se dire, voilà, tiens, mes règles, ça a changé. Je vais en parler. Et surtout, j'ai envie aussi de préciser quelque chose, c'est de dire que la pilule n'est pas une solution. Ce n'est pas de dire, oui, tiens, je n'ai plus mes règles ou alors j'ai mes règles trop régulièrement, trop abondamment avec des douleurs. Tiens, je vais prendre la pilule pour stopper tout ça. Non, la pilule n'est pas une solution. Il y en a d'autres, des solutions, comme passer par de la biologie fonctionnelle, c'est-à-dire faire d'abord des dosages hormonaux, comprendre vraiment ce qui se passe. Et après... que ce soit dans l'assiette ou dans la partie complément alimentaire en micronutrition, il y a plein de choses à faire pour réguler ces problèmes-là. Avant de se dire qu'on va prendre une contraception pour réguler les cycles, c'est quelque chose dont je parle beaucoup, mais c'est important.
- Laurène
C'est super important. Et est-ce qu'à l'inverse, si on continue à avoir ces règles normalement, est-ce qu'il peut quand même y avoir un red S ? Ou est-ce que c'est vraiment... C'est toujours associé à ça ou pas ?
- Alice
Comme je l'ai dit tout à l'heure, comme ça peut toucher les hommes aussi, ce n'est pas forcément un symptôme qui... Ce n'est pas le seul symptôme. Et ce n'est pas parce qu'on continue à avoir ces règles de manière tout à fait normale qu'on n'est pas touché par un Red S. De la même façon qu'à une époque, on a pu penser que c'était souvent des personnes qui étaient trop maigres ou trop minces qui pouvaient être touchées par cela. Aujourd'hui, on sait que des personnes avec un IMC tout à fait normal dans la norme, euh... peuvent être touchés aussi par le syndrome Red S. C'est pour ça qu'en fait, il faut tenir compte de toutes les causes, de tout ce panel de causes possibles.
- Laurène
C'est vraiment multifactoriel et il y a plein de choses à prendre en compte. Quelque part, il faut un peu l'avoir en tête et y penser pour explorer au cas où.
- Alice
Quand j'ai un athlète qui vient me consulter en me disant j'ai plus mes règles depuis six mois et j'ai du mal à manger, à m'alimenter forcément, on va aller là-dedans tout de suite. Quand il n'y a pas l'arrêt des règles, quand il y a… il faut y aller un peu plus finement. Ça peut prendre un peu plus de temps sur le dépistage, effectivement.
- Laurène
Et dans ton cas, est-ce que tu avais été diagnostiquée rapidement ou est-ce que ça avait pris du temps avant de comprendre ce qui se passait ?
- Alice
Alors, tu m'as dit tout à l'heure, un petit peu en off, que tu avais eu un discours de quelqu'un qui t'avait dit que même un médecin du sport aujourd'hui n'avait pas connaissance du Red S. Donc, imagine dix ans en arrière ce que ça devait être. Donc, clairement, pour te dire... En fait, je n'ai jamais été diagnostiquée Redes. Je me suis entre guillemets un peu auto-diagnostiquée et ça me paraît une évidence quand j'ai commencé à comprendre ce que c'était. Moi, si tu veux, au début, j'étais diagnostiquée dans la bonne case de Ah bah tiens, elle est en surentraînement, puis si elle peut tendre vers un petit peu le côté burn-out, ça nous va bien. Tiens, il doit y avoir un truc mental qui doit se tramer là derrière. Parce qu'en fait, sur le côté mental, c'est vrai que même moi, je me suis dit ça doit être ça Dès que je mettais les pieds dans une salle de handball, je me mettais à pleurer. Alors qu'il ne se passait rien, je rentrais dans la salle, j'avais un truc qui me montait et qui m'oppressait, il fallait que je sorte de là. Je ne pouvais plus aller voir les matchs, ça a été très complexe. Mais moi je me suis dit, tiens, tu es en train de faire un truc un peu burn-out, tu n'en peux plus. Tu n'en peux plus de handball, tu n'en peux plus de manger, dormir, respirer handball, il faut que tu coupes. Et moi aussi je m'étais dit que c'était ça en fait. Donc ça a pris beaucoup de temps avant que je comprenne ce qui m'était réellement arrivé.
- Laurène
Et comment ça s'est passé ? Parce que du coup, à ce moment-là, tu n'as pas un médecin qui t'a accompagné pour essayer de surmonter ça. Comment ça s'est passé pour que tu arrives à guérir ? Est-ce qu'à l'époque, tu as réussi à identifier le truc et qu'au final, c'est toi-même qui as mis en place des mesures, ce qui n'est quand même pas simple ? Ou est-ce que tu as été accompagnée, même s'ils n'avaient pas mis le terme Red S, ils t'ont quand même accompagnée pour que ça aille mieux ?
- Alice
En fait, ils m'ont accompagnée pour faire les bilans. Si tu veux, au début, j'ai fait pas mal de bilans. J'ai porté un... J'avais un halter pendant 48 heures pour prendre vraiment ma tension, mes pulsations cardiaques au repos la nuit. C'est là qu'on avait vu que j'étais vraiment descendue très bas sur mes pulses, que tout mon corps fonctionnait en ralenti. J'ai fait toute une batterie d'examens avec des prises de sang, des choses comme ça. Et en fait, rien n'en était ressorti. En fait, tout allait bien. J'ai même fait une épreuve d'effort. Il n'y avait rien au niveau cardio. Tout allait très bien. Et donc, la seule chose qu'on m'a proposée, c'est va voir un psy et puis arrête l'entraînement pendant quelques mois. Puis, ça ira mieux. Donc, j'ai arrêté pendant deux mois quasiment de m'entraîner. Et en fait, j'ai repris par un stage, je me souviens, en équipe de France en Corse. Et je n'avais aucune envie d'aller à ce stage. Alors, heureusement que c'était en Corse avec du soleil. Mais franchement, je ne prenais aucun plaisir à m'entraîner. Sauf que, tu n'oses pas le dire, parce qu'en soi, c'est quoi le but d'un athlète professionnel ? C'est d'être en équipe de France, d'être en sélection nationale. Donc... Attends, tu veux quoi ? Déjà, tu es en équipe nationale et en plus tu te plains, tu n'as pas envie d'être là. C'est très complexe parce que vu de l'extérieur, ça peut être difficilement compréhensible. Mais quand on le vit de l'intérieur, c'est juste horrible parce que d'une, on vit ses symptômes et on vit ses difficultés, que ce soit physique ou mentale. Et en plus de ça, personne ne nous propose quelque chose, on n'est pas accompagné, on nous laisse comme ça. Du coup, j'ai fait mon stage en équipe de France. Puis après, j'ai changé de club, je suis partie à Metz. qui est quand même un des plus grands clubs du championnat de France sur le handball féminin avec de nombreux titres. Donc un gros challenge aussi pour moi, changer de club, etc. Et en fait, du mois de août à novembre, tous les soirs, je rentrais de l'entraînement en pleurant. Je n'en ai parlé à personne, je ne disais rien. Enfin, juste mon entourage qui était au courant et qui me soutenait, heureusement. Mais je veux dire, autour de moi, coéquipières, entraîneurs, personne ne savait. Oui, ça a été très dur. Et en fait, je pense que c'est l'élément un peu déclencheur qui m'a fait me dire, il faut que tu t'intéresses à l'alimentation. Puis j'ai commencé à lire plein de trucs. Et j'ai surtout rencontré Anthony Berthoud, à l'époque, qui est formateur sur le domaine de la micronutrition, qui était nutritionné sur les équipes de France Triathlon, qui m'a beaucoup aidé, en fait, notamment parce que j'avais des gros troubles digestifs, qui m'a beaucoup aidé sur la partie digestive, qui n'a pas forcément mis le point tout de suite sur le Red S. Et c'est quand je suis allée en formation avec lui, où on a commencé à aborder le Red S. Et là, j'ai dit, mais attends. Tu es en train de cocher toutes les cases. Oui, tu as. Donc, j'avais mis moi à l'époque, pour te faire la petite histoire, pour que les gens comprennent bien, c'est que j'avais été suivie par une personne du domaine de la micronutrition sur Bordeaux, du coup, et qui m'avait demandé d'arrêter toutes les sources de sucre. Donc, que ce soit effectivement les féculents, mais toutes les sources de glucides, et même, ça allait jusqu'aux carottes, à la betterave, tu vois, même les légumes un peu au goût sucré. J'avais tout arrêté, sauf que moi, j'avais aucune connaissance. Ça avait marché sur d'autres sportifs. Je me suis dit, pourquoi ça ne marcherait pas sur moi ? Je vais m'affûter. Alors oui, clairement, je me suis affûtée très, très rapidement. Sauf qu'à tous les endroits...
- Laurène
Ce n'est plus de l'affûtage, en fait. C'est juste du danger. C'est ça.
- Alice
Et donc, en fait, il me laissait un joker par semaine en me disant, une fois par semaine, je peux manger un peu de sucre et tout. Mais en fait, j'étais dans un truc où dès que je voyais du sucre, c'était horrible. Je me gavais tellement j'en avais besoin. J'étais à l'entraînement, je voyais des étoiles. Et en fait, tu peux imaginer qu'au bout de même pas deux mois... Tout s'est ralenti. Et effectivement, il y a eu d'abord ce ralentissement cardiaque et au niveau mental. Puis après, il y a eu l'arrêt des règles. Donc, je n'ai plus eu mes règles pendant six mois suite à ça.
- Laurène
Mais donc, le point de départ, c'était ce changement de nutrition, en fait.
- Alice
Ah bah, clairement. Ah oui,
- Laurène
donc tu as arrêté les glucides.
- Alice
Je n'avais jamais eu de trouble alimentaire avant. En fait, j'ai arrêté de manger des féculents. Je veux dire, je m'entraînais deux fois par jour. Je ne mangeais quasiment plus aucun féculent. Ce n'était pas juste pas tenable, en fait.
- Laurène
C'est complètement fou.
- Alice
C'est complètement fou. Donc, oui. Moi, ce qui est le plus frustrant aujourd'hui pour moi qui bosse maintenant dans le domaine, c'est de dire mais pourquoi je l'ai écouté ? Pourquoi j'ai écouté une personne comme ça ? De toute façon, c'est les dangers quand on trompe sur quelqu'un qui est mal formé ou peu formé et qui, du coup, nous fait faire des choses...
- Laurène
C'est ça qui est compliqué parce qu'à la base, tu es quand même allé voir quelqu'un qui était censé être professionnel, en tout cas qui en avait le titre. Et du coup, on a tendance à perdre confiance et à se dire non, c'est bon, il doit avoir raison mais pas forcément il y a des bons et des mauvais professionnels comme dans tous les professions exactement,
- Alice
donc si tu veux les symptômes je les ai tous su parce qu'après j'ai aussi fait un bilan au niveau osseux et je veux dire à 25 ans j'étais en situation d'ostéoporose précoce
- Laurène
C'est ça aussi, je pense qu'il faut expliquer, c'est que ça a des conséquences très importantes et qui ne sont pas faciles ensuite à contrebalancer.
- Alice
C'est ça. Et heureusement, je pense que j'avais quand même une bonne hygiène de vie et que j'ai réussi quand même à assez vite contrebalancer la chose parce que du coup, ce régime alimentaire, je l'ai tenu quatre mois. De toute façon, je sentais que mon corps, il n'en pouvait plus. Donc, j'ai vite rechangé. Par exemple, les règles, j'ai mis quasiment un an à retrouver des cycles. juste avoir mes règles donc j'étais passée par une phase où j'avais plus du tout de règles et après j'ai eu des règles très abondantes pendant 2 voire 3 mois de suite donc là aussi ça a été compliqué et ce que je peux dire aujourd'hui c'est que 10 ans après je n'ai pas retrouvé des cycles menstruels réguliers ils sont si réguliers mais ils sont longs par exemple ça peut aller jusqu'à 40 jours et c'est encore difficile pour retrouver quelque chose donc dis toi tu vois ça a duré 4 mois le régime alimentaire, puis derrière, on va dire, six mois pas de règles, plus derrière encore le fait d'avoir beaucoup ces règles. Donc, t'imagines des filles qui me disent aujourd'hui, ça fait deux ans qu'elles n'ont plus leurs règles. Ça prend énormément de temps, en fait, et derrière, on rame beaucoup pour retrouver une situation, on va dire, à la norme.
- Laurène
D'où l'importance de vraiment faire de la prévention pour surtout éviter de tomber dedans, parce qu'après, une fois que... que ça a démarré, c'est vraiment compliqué. Je ne me rendais pas compte que ça pouvait avoir un impact aussi long terme. Je savais que c'était assez long, mais c'est vrai que dix ans après, alors que ça a duré que quatre mois, c'est fou.
- Alice
Sur les cycles menstruels, c'est très compliqué de revenir à quelque chose de normal. Il y a des phases où des fois, il y a des mois, je me dis que ça est revenu à 28-30 jours, puis d'un coup, je ne sais pas pourquoi, c'est de nouveau 40 jours. Après, je sais, je n'ai pas arrêté de m'entraîner. Maintenant, je fais de la course à pied. Je sais aussi que quand je fais beaucoup de courses à pied et que je m'entraîne énormément, que je suis en prépa d'un trail ou d'un marathon, effectivement, ça va reperturber un peu le cycle. Ça, je le sais. Donc, j'essaye d'y faire vraiment attention parce qu'on sait derrière que ça entraîne vraiment d'autres problématiques. Notamment, comme on l'a dit, sur les troubles osseux, les troubles cardiovasculaires, la thyroïde. C'est vraiment important de garder ça en tête.
- Laurène
Ouais, totalement. Et comment t'avais fait ? À cette époque-là, t'étais toujours en balose professionnelle, tu as réadapté ton alimentation une fois que t'as compris ce dont il s'agissait, et au fur et à mesure, tu t'es sentie quand même mieux rapidement ? Ou est-ce que juste au quotidien, ça a aussi pris beaucoup de temps de se sentir mieux ?
- Alice
Du coup, j'ai réadapté l'alimentation tout simplement parce que mon corps n'en pouvait plus. Donc je l'ai fait, si tu veux, sans comprendre trop ce qui se passait. Donc je l'ai vraiment fait naturellement en écoutant mon corps et mes sensations de faim. J'avais faim, je mangeais et voilà. Et puis du coup, après j'ai été accompagnée par Anthony, par Anthony Berthoud. Donc là ça m'a aussi beaucoup aidée à comprendre les besoins que j'avais. Parce qu'au-delà des symptômes dont je t'ai parlé, j'avais vraiment aussi des troubles de la perméabilité intestinale et une grosse dysbiose. On sait que ça peut avoir un impact sur microbiote et perméabilité intestinale. Et on a dû... prendre ça en charge et traiter ça. Donc ça a été aussi quasiment six semaines où j'avais dû arrêter un peu le gluten, les produits laitiers, pour pouvoir les reprendre bien entendu après. Mais c'était quelque chose qui déclenchait un peu les inflammations à l'époque. Donc c'est des choses que j'avais dû faire, même d'autres choses que j'avais dû mettre en place pendant un court temps pour pouvoir remanger normalement. Et après, effectivement, sur l'année après, j'ai pu remanger à peu près normalement. Et surtout... en fonction de mes besoins et des entraînements que j'avais.
- Laurène
Oui, c'est incroyable. Et comment est-ce que, du coup, après, tu as repris, tu as continué plutôt ta carrière de handballeuse ou est-ce qu'à ce moment-là, tu t'es arrêtée ?
- Alice
Comme je t'ai dit, j'avais coupé pendant deux mois. Puis après, il y a eu ce début de période à Metz où ça a été très difficile. Ça a été en janvier 2016 où vraiment je me suis posé la question de dire En fait, j'arrête, j'en peux plus, je vais arrêter le handball. Et heureusement, j'avais mon entourage qui m'a beaucoup soutenue et qui m'a clairement dit Écoute, là, tu es face à deux chemins, tu as deux choix. Soit clairement, tu dis J'arrête maintenant là-dessus. Et entre guillemets, je risque de regretter. Soit tu te mets à fond et tu passes le cap et tu t'endurcis. Tu passes le cap et tu vas au bout des choses. Tu finis ta saison et tu vois ce qu'il en est. Et en fait, je me suis dit, ouais, je pense que j'ai encore des choses à faire dans le handball. Je ne peux pas arrêter là-dessus. Ce n'est pas possible. Parce qu'en fait, le problème, ce n'est pas le handball finalement. J'avais un peu tout mélangé, je pense aussi. Et le problème, ce n'était pas le handball, c'était juste ma santé physique et effectivement mon bien-être mental. Et j'ai remonté la pente. Après, à côté de ça, je me suis beaucoup documentée aussi sur de la prépa mentale et je ne me suis pas forcément fait accompagner. J'ai bossé un peu toute seule. J'ai bossé aussi beaucoup en méditation, en cohérence cardiaque. Ça a été des choses qui ont été très bénéfiques pour moi. Et j'ai fini ma saison à Metz. Alors, ça a été une saison très, très compliquée. Mais en fait, vu ce que j'avais vécu avant, ce n'est pas illogique. Et je suis revenue sur Besançon pour terminer ma carrière. Et en fait, j'ai pu rejouer pendant quatre ans où j'ai pris un kiff pas possible. Et franchement, je suis trop contente d'avoir...
- Laurène
C'est génial d'avoir ce retour.
- Alice
De ne pas avoir arrêté là-dessus. Mais franchement, c'est tellement bien parce qu'en fait, quand on arrête, c'est tellement dur que d'avoir pu jouer quatre ans et surtout m'éclater, me régaler. Franchement, j'avais une super équipe. J'avais des entraîneurs au top. Donc, clairement, j'ai pu vivre quatre années où je me suis fait plaisir et où je me suis surtout dit, ben non, en fait, le problème, ce n'est pas du handball, en fait.
- Laurène
Oui, ce qui est quand même hyper important. Tu as vraiment retrouvé le plaisir. En même temps, c'est vrai que quand on ne se sent pas bien, en général, on n'a pas envie de faire grand chose. Donc, d'autant moins, j'imagine, une carrière comme ça. Ça demande beaucoup d'efforts à la base. Donc, si on n'est pas bien dans son corps, c'est vraiment compliqué. Et tu parlais de ton entourage. Est-ce qu'ils t'ont aidé aussi, donc ils t'ont beaucoup aidé à prendre cette décision, mais est-ce qu'ils t'ont aidé aussi dans la prise de conscience, en fait ? Même par exemple, ça peut être tes amis, ta famille, mais aussi tes entraîneurs à l'époque, la prise de conscience du fait qu'il y avait un souci, et aussi dans la guérison, ou pas spécialement ?
- Alice
Non, parce que je pense que... Alors dans la guérison, pas forcément. Ils m'ont plusieurs fois poussé à me dire, il faudrait peut-être que tu te fasses accompagner, effectivement, par... Peut-être un psychologue ou un prépa mental, ça pourrait t'aider. Après, sur le reste, comme c'est tellement peu connu, je pense qu'ils n'ont pas non plus mesuré l'impact de tout ça. Eux, ils s'étaient aussi arrêtés, je pense, au diagnostic un peu médical, de dire, bon, voilà, oui, il y a un surentraînement, ça va passer avec le temps et puis ça ira mieux. Et tu vois, même quand je l'explique encore aujourd'hui, auprès de l'entourage ou d'un public peu avéré, je pense... c'est pas peu averti mais qui n'a pas connaissance de tout ça, ils ont encore du mal à comprendre en fait vraiment ce qui a pu se produire et à vraiment se rendre compte aussi de l'impact en fait sur la santé tu vois même si ils l'ont vu chez moi mais je pense qu'ils n'ont pas réussi à vraiment tout bien identifier et tout comprendre donc je te dis ils ont été présents pour moi mais après sur le sur tout le reste le cheminement de la guérison j'ai un peu fait mon mon auto chemin
- Laurène
Oui, félicitations. C'était quand même pas évident. Maintenant que tu as du recul, il y a dix ans maintenant, quelle leçon est-ce que tu as tirée de cette expérience, tant sur le plan personnel que sportif ?
- Alice
Personnel, c'est de ne pas... Surtout envers des professionnels de santé, beaucoup plus de méfiance, clairement, et de me dire, ne pas mettre des choses en place n'importe comment, en fonction de ce qu'on nous aura dit. Mais tu vois, ça m'a quand même fait beaucoup grandir. C'est aussi ça qui m'a plongée dans la nutrition aujourd'hui. Je pense que les échecs font grandir et on ne s'en rend pas compte sur le moment. Mais après, ce n'est pas les échecs ou les difficultés de la vie, j'ai envie de dire. Parce que tu as l'impression de gravir une montagne. Et puis derrière, une fois que tu as passé le cap, finalement, ça roule un peu plus. Et puis, moi, j'en suis ressortie grandie personnellement. Ça, c'est une certitude. Même si abîmée un peu physiquement. Du coup, j'ai aussi travaillé sur mon développement personnel, sur ma prépa mentale. Et ça, ça a été des choses qui me servent aujourd'hui dans la vie, que ce soit dans ma vie de tous les jours, dans mon quotidien du travail, etc. Sur le plan sportif, ça me met toujours l'alerte en me disant, attention, parce que quand tu cours trop et que tu cherches effectivement la performance, on peut toujours un petit peu... On est sur la corde, même quand on le sait, on peut vite... de tomber dans quelque chose où on ne se fait pas forcément que du bien. Donc, ça me met des petits signaux d'alerte, en tout cas. Je commence à les connaître. Donc, j'essaie de prendre plus soin de moi, de faire attention. Justement, j'ai refait un peu de la biologie fonctionnelle où j'ai fait des gros bilans pour un peu être sûre qu'il n'y a pas trop de carences. Et voilà, il y a encore des choses sur lesquelles il faut que je travaille aujourd'hui. Mais tu vois, ça laisse des traces quand même. Derrière ça, j'ai quand même eu... un déclencheur de troubles de comportement alimentaire pendant quelques années, alors que je n'en avais pas avant. Et ça laisse quand même des grosses traces à vie, j'ai envie de dire. Mais voilà, on essaye de faire avec et d'affronter le quotidien. Et surtout, une fois qu'on l'a vécu, c'est de dire non, il ne faut pas que ça arrive aux autres, clairement pas. Donc ça me permet peut-être aussi un peu de mieux identifier, même si bien sûr, d'un individu à l'autre, les symptômes ne seront pas les mêmes et les causes ne seront pas les mêmes. On est tous différents, on fait des sports différents, mais... Ça me permet quand même, je pense aussi, de mieux comprendre les gens qui en parlent aujourd'hui.
- Laurène
Oui, c'est certain. Et en parlant de ça, quels conseils est-ce que tu donnerais à des femmes pour éviter de tomber dans ce syndrome Red S en fait ?
- Alice
Déjà, de mettre en place un suivi de leur cycle menstruel. Ça, c'est sûr, c'est le premier truc. Peut-être avec une application, des choses pour voir un petit peu, de se questionner, d'aller lire, de s'intéresser un petit peu au sujet, de se questionner quand elles sentent qu'il y a une baisse de performance, qu'elles ont un peu des troubles du comportement alimentaire. Alors, c'est pas obligé d'être... Que ce soit des troubles jusqu'à de l'arnorexie ou de la boulimie, des choses comme ça, ça peut être juste de l'éviction de certains groupes alimentaires. Ce que je retrouve fréquemment quand même, c'est l'éviction des féculents chez les sportifs. Donc il y en a beaucoup qui me disent Ouais, moi là, je n'ai pas de dépenses énergétiques, du coup, ça ne sert à rien, je ne mange pas de féculents, je mange des protéines, des légumes, ça me suffit. Ça, ça doit vous mettre la puce à l'oreille aussi de vous dire Non, ce n'est pas tout à fait normal. des problèmes au niveau de votre sommeil ou de l'immunité, par exemple vous vous trouvez facilement malade dès que vous faites un gros entraînement ou quelque chose, vous êtes tout le temps malade, enfin tous ces symptômes doivent vous mettre un petit peu la puce à l'oreille et vous dire, ben attention, il peut se passer quelque chose, je ne suis pas en train de dire qu'il y a forcément quelque chose, mais il peut, et à ce moment-là vous faire accompagner justement pour investiguer un peu plus loin, comprendre ce qui se passe, et surtout ne pas laisser traîner.
- Laurène
Et peut-être ne pas hésiter à demander plusieurs avis. Si, par exemple, on a un médecin de famille mais qui n'est pas du tout sensible au sujet, peut-être aller consulter quelqu'un d'autre. Ce qu'on disait au départ, il y a encore pas mal, même de médecins qui, en fait, ne connaissent pas vraiment ça. Et du coup, pour éviter de partir complètement d'une autre direction, peut-être au moins demander plusieurs avis pour être sûr.
- Alice
Ça, c'est une certitude. Demandez plusieurs avis, même si vous avez confiance en cette personne. Mais si, au fond de vous, vous êtes persuadé qu'il y a plus, et qu'il y a autre chose à aller chercher. Essayez de trouver la personne qui va au moins pouvoir vous orienter. Ça peut être effectivement un médecin du sport qui, s'il connaît le Red S ou s'il ne le connaît pas, peut-être vous orienter vers un autre professionnel de santé. Ça peut être un diététicien, ça peut être effectivement quelqu'un de spécialisé en micronutrition. Il y a des gynécologues aussi qui s'y connaissent quand même dans le domaine. Donc, essayez d'aller creuser si vraiment vous sentez qu'il y a quelque chose de plus à aller chercher.
- Laurène
Merci beaucoup, on va finir sur ce message-là. Faites attention aux moindres signes et n'hésitez pas à prendre plusieurs avis. Merci beaucoup Alice pour ton témoignage, j'espère que ça pourra aider des femmes. Il faut vraiment parler de ce filu syndrome Red S. Merci de nous avoir écoutés et à bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner au podcast et à mettre une bonne note sur les plateformes, cela nous aide. A bientôt !