- Speaker #0
La Sportive Outdoor, le podcast des sports outdoor aux féminins pour s'inspirer, apprendre et oser.
- Speaker #1
Bonjour à toutes, aujourd'hui j'ai le plaisir d'accueillir une figure emblématique du snowboard français, la double médaillée olympique Chloé Trespuch. Chloé a fait le choix de concilier sport de haut niveau et maternité et elle raconte cette étape dans le documentaire Trajectoire dont elle va nous parler. Bienvenue Chloé, pour commencer est-ce que tu peux te présenter s'il te plaît ?
- Speaker #0
Oui bonjour, je suis Chloé Trespuch, athlète en snowboard cross. Double médaillé olympique et je reviens récemment des derniers Jeux de Milan Cortina.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous raconter déjà comment le snowboard est entré dans ta vie ?
- Speaker #0
Oui, j'ai eu la chance de grandir à Val Thorens et quand on est en station de ski, on commence assez tôt les sports de glisse. Pour moi, ça a été le ski à deux ans et rapidement vers six ans le snowboard parce que mon grand frère en faisait déjà en compétition. Donc c'était le sport partagé en famille.
- Speaker #1
Et après le snowboard cross, comment tu y es venue ? Et déjà, est-ce que peut-être tu peux nous expliquer en quoi ça consiste pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore ?
- Speaker #0
Oui, le snowboard cross, c'est un parcours avec des virages relevés, des sauts. On est 4 par 4, donc on est vraiment en confrontation directe. Et c'est le premier qui arrive en bas qui a gagné. Je me suis mise au snowboard cross très tôt. Mais au début, en snowboard, je faisais toutes les disciplines, donc le freestyle, le half. pipe, le slop style et c'était important pour moi parce que j'aimais tout et en plus, plus on est polyvalent, plus longtemps on l'est plus on devient bon pour moi quand on se spécialise surtout que le snowboard cross les parcours sont toujours différents et c'est bien d'être à l'aise, d'être un bon snowboarder en tout pour être bon en snowboard cross je trouve. Et donc je me suis spécialisée vers 15 ans En snowboard cross parce qu'au bout d'un moment, la fédération veut que tu te spécialises aussi parce que c'est très dur d'être très bon dans toutes les disciplines. D'ailleurs, ça n'a jamais été le cas pour personne.
- Speaker #1
Et pourquoi est-ce que tu as choisi particulièrement le snowboard cross ? Qu'est-ce qui te plaisait en particulier ?
- Speaker #0
L'adrénaline, la vitesse. Et puis les autres sports sont plutôt des sports de jury, de freestyle où il y a des figures. C'est moins dans mon ADN. Moi, j'aime bien aller vite, j'aime bien faire la course. J'adore le fait qu'on soit 4 par 4 dans le parcours et qu'il faille vraiment construire ses dépassements, être stratégique. Et puis, l'adrénaline vaincre un peu cette peur, ce challenge. J'adore.
- Speaker #1
Oui, j'imagine. A regarder, déjà, c'est super impressionnant, je trouve, pour celles qui n'auraient jamais regardé. Regarder les images, c'est juste dingue. J'imagine, quand on est dessus, que ça va être incroyable. Et à quel moment tu as compris que ça allait devenir vraiment ton métier et que tu allais être athlète élite ?
- Speaker #0
Je suis rentrée en sport études très tôt, en sixième. J'étais à l'internat à Moutier, à une heure et quart de chez moi, en gros. Et là, déjà, on avait un peu plus de sport que les autres. On était libérés le mercredi pour s'entraîner, le vendredi après-midi aussi. Donc voilà, tout le collège, j'ai commencé à me dire j'aime bien la compète, j'aime quand même vraiment bien cette vie, le sport est vraiment important pour moi. Et puis je pense que là où ça a vraiment basculé, où j'ai commencé à vraiment me projeter en tant qu'athlète, c'est au lycée en seconde. À partir de la seconde, c'est un lycée Pôle France. Donc on est libérés tout l'hiver pour les compétitions et on passe le bac en quatre ans au lieu de trois. sport tous les jours. On a cours le matin et sport l'après-midi ou inversement. C'est du sport qui commence à être vraiment exigeant. Ça commence à être vraiment de l'entraînement. Je pense que c'est là que je me suis dit que j'aime bien. C'est dur mais j'aime bien. J'ai toujours envie de progresser. J'ai envie d'aller plus vite. J'ai envie d'aller plus loin. À partir du lycée, j'étais piqué.
- Speaker #1
Et est-ce qu'aujourd'hui, qu'est-ce qui te fait encore vibrer après toutes ces années, tu vois, quand tu prends le départ d'une compétition ?
- Speaker #0
Toujours pareil, le fait de chercher à progresser, de chercher à être la meilleure de ce que je peux donner. Ouais, maintenant, j'aime vraiment bien l'entraînement aussi parce que ça fait partie de... Forcément de la vie d'athlète, mais du chemin pour être la meilleure, pour essayer de chercher des petits détails, toujours se remettre en question année après année, pas rester sur les acquis, pas rester sur ce qui a marché une fois et toujours vouloir progresser. Donc j'aime vraiment ce chemin. Et puis après, le jour J, il y a de l'enjeu, il y a de la pression. J'adore ressentir ce stress, cette excitation. C'est un effort très rapide, en 1 minute 15, il faut réussir à tout aligner pour gagner le run et passer les tours, donc c'est cool.
- Speaker #1
C'est sûr que ça doit être incroyable. Je le disais en intro, on va parler de la manière dont tu as réussi à concilier ta carrière sportive, la maternité, de ton documentaire Trajectoire qui est sorti tout récemment. À quel moment déjà est-ce que tu as ressenti vraiment ce désir de devenir maman et comment tu as géré aussi ce désir avec ta carrière sportive ?
- Speaker #0
Je ne me suis jamais posé la question jeune que j'allais avoir un bébé pendant ma carrière parce que les modèles faisaient que de toute façon, c'était quelque chose qu'on faisait après la carrière. Et puis, j'ai mis du temps à avoir envie d'avoir un enfant. Au début, je me disais que ce n'était pas obligatoire. Et puis après, quand j'ai eu envie et mon conjoint a eu vraiment envie aussi et pas forcément. On n'avait tous les deux pas forcément envie d'attendre la fin de ma carrière. Moi, je n'avais pas envie d'écourter ma carrière pour avoir un bébé non plus. Donc, on s'est dit après 2022, les JO de 2022 de Pékin, on le tente d'avoir un bébé entre les deux Jeux et puis de revenir sur les Jeux. Donc, après 2022, le plus tôt était le mieux pour me laisser le temps de revenir avant les JO.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Est-ce que tu disais, ce n'est pas quelque chose qui est commun finalement, d'allier les deux en même temps ? Est-ce que tu avais quand même un peu des rôles modèles d'athlètes que tu connaissais qui avaient réussi à concilier ça et qui t'aidaient à te projeter toi aussi ?
- Speaker #0
Dans mon sport, il n'y avait jamais eu de retour d'athlète au JO après une pause maternité. Donc c'est vrai que c'était le grand vide au niveau des exemples. Dans les sports qui se rapprochent, dans le type d'efforts, donc ski alpin. même dans tout ce qui est freestyle il y avait Marie Martineau et Ophélie David en ski mais ça reste très très rare dans les sports de fond un peu plus avec Justine Brezaz et dans les sports d'été un petit peu plus aussi mais ça reste des exceptions mais c'est un poil plus commun donc oui j'ai échangé avec beaucoup d'autres sportives pour en savoir plus plus sur le timing, sur le corps, sur comment on peut s'entraîner concrètement pendant la grossesse. Et puis, ce qui est spécifique à ma discipline, c'est que je n'ai pas pu en faire du tout pendant ma grossesse. Je suis allée glisser, j'ai fait quelques jours de snowboard, mais rien à voir avec ce que je fais d'habitude, pas de snowboard cross parce que c'est trop dangereux enceinte. Donc, j'avais vraiment cette question de, est-ce que je vais pouvoir retrouver mon niveau après une si grande coupure en snowboard cross, sachant que c'est un sport aussi de feeling. Et le feeling, il vient avec la pratique et le fait de très peu pratiquer pendant toute cette période, plus le fait que le corps change quand même beaucoup et que c'est un challenge de retrouver sa force physique, son explosivité, son endurance. Beaucoup de questions. Et ça a été pour ça que je me suis dit, si moi je me suis posé autant de questions, que j'ai manqué un peu d'exemples, de films, de livres, de recherches scientifiques sur le sujet. de faire un petit documentaire, ce sera toujours ma contribution pour les femmes qui ont l'idée et qui veulent se renseigner sur ça.
- Speaker #1
Oui, c'est clair, c'est génial. Effectivement, ça fait une belle contribution. J'imagine qu'on se pose plein de questions parce que déjà, quand on n'est pas sportif élite, on s'en pose. Ensuite, tu disais, quand on est sportif de haut niveau, encore plus, mais encore plus dans ton type de discipline où on ne peut pas du tout pratiquer. Donc, ça fait quand même beaucoup de choses. Et toi, tes plus grandes craintes parmi tout ça, c'était quoi à la base ?
- Speaker #0
De retrouver le niveau physique. Le niveau physique et la stratégie de course. Vraiment, le côté technique en snow, justement, cette capacité à être à plat, à bien glisser, cette capacité à construire les dépassements, à aller au contact des autres. Ouais. Tout ça, en fait.
- Speaker #1
Oui. Et quand tu as annoncé ta grossesse, comment ça a été accueilli ?
- Speaker #0
Ça, j'ai eu vraiment de la chance. J'avais un peu la pression de l'annoncer parce que, déjà, vu que ça n'arrive jamais dans mon sport, ce n'est pas commun. Donc, c'est quelque chose qui allait, je pense, surprendre. Et en plus, je suis tellement compétitrice, je suis tellement à fond dans mon sport. Je me dis aussi que j'avais peur qu'ils aient plus confiance en moi pour mon retour. J'avais peur de changer d'identité, de ne plus être la Chloé fonceuse en snowboard, mais de devenir l'athlète maman. Et de me transformer en quelque chose d'un peu plus fragile et qu'ils ne croient pas forcément en mon retour parce que c'est peu commun. Je m'étais fait une montagne de cette annonce. Et en fait, ils ont été trop contents pour moi. Ils l'ont vraiment pris comme un challenge. Ils ont dit qu'on n'a jamais accompagné de sportives qui revenaient de maternité. Mais on va t'accompagner, on va réfléchir à te mettre dans les meilleures dispositions. Et ça va rouler, on sera là. Donc le fait de les avoir avec moi, c'était super. Et ça m'a amené une sérénité. dans ce moment parce que je me suis dit au retour, quoi qu'il arrive, je pourrais compter sur eux. Et vu qu'on se sent un peu seul parce qu'il y a très peu de gens formés sur l'entraînement de la femme enceinte, sur le retour, pareil. Déjà, d'avoir leur soutien émotionnel et humain, c'était déjà beaucoup.
- Speaker #1
Ça doit être incroyable. Au moins, tu t'es un peu portée aussi par un projet d'équipe. Tu te sens moins seule. Et ton documentaire, qui suit ton avant-grossesse, ta préparation olympique post-maternité, quel était le message que tu voulais passer à travers ce film ?
- Speaker #0
Justement, je trouve qu'on se met beaucoup de limites quand on est enceinte. On a aussi beaucoup de contraintes parfois, ou de réflexions du moment de la grossesse, si c'est approprié avec nos évolutions de carrière, avec nos ambitions pro. Je trouve que... On manque un peu de liberté sur quand est-ce qu'on choisit notre moment. Et on le voit dans le sport, les femmes finissent souvent plus tôt leur carrière pour avoir un enfant. Et ce n'est pas quelque chose qui touche les hommes. Donc d'un point de vue aussi égalité, d'un point de vue apporter cette liberté aux femmes de choisir leur moment, c'était important pour moi. Et puis après, le moment où on est enceinte, il y a énormément d'interdits, de principes de précaution. De choses qui paraissent impossibles et ce que je voulais c'était de montrer ce qui était possible quand tout se passe bien, si on en a envie. Mais juste individualiser les grossesses, les suivis de grossesses et permettre aux femmes qui ont envie de continuer à faire du sport et qu'ils le peuvent, de le faire en fait. Et de ne pas vivre cette période comme une peur parce qu'on sent aussi la peur de notre entourage qu'on en fasse trop, qu'on ne se repose pas assez. Et moi, j'ai trouvé ça un peu limitant, en fait. Et après, j'ai pris le temps de me renseigner, d'appeler les autres sportives, de voir des médecins spécialisés vraiment dans le sport et la maternité, ce qu'il n'y en a pas beaucoup. Et ça m'a vraiment amené cette sérénité de me dire « Ok, en fait, je peux faire plein de trucs, il faut juste que je m'écoute. » Et le meilleur guide, c'est la sensation de la femme qui vit la grossesse et pas tous les avis qui viennent autour.
- Speaker #1
C'est tellement important comme message. Et tu parles aussi, il y a un des aspects qui m'a frappé, c'est que tu parles au début du documentaire du fait d'avoir eu recours à la PMA et que ce n'était pas une période simple. Ça, personnellement, je trouve ça top aussi d'en parler parce que c'est un aspect qui est un peu tabou encore et je trouve ça dommage. Comment, du coup, tu as vécu cette période et que tu l'as conciliée avec le fait de continuer ta carrière ? Déjà, ce n'est pas simple en général pour les femmes, mais là, en plus, tu es sportive.
- Speaker #0
Oui, alors ça, j'étais pas sûre de vouloir en parler, mais en fait, c'était une période où je me sentais vraiment seule et isolée. Alors mon conjoint était à fond avec moi, à me soutenir, mon entourage aussi, mais j'avais un peu l'impression que j'étais la seule femme, enfin, entre guillemets, à ne pas arriver à tomber enceinte. On a une espèce de culpabilité de se dire, bon, c'est la nature humaine. le truc principal de la femme et moi j'y arrive pas et en fait en en parlant un peu et oui et puis c'est un peu tabou on n'en parle pas beaucoup donc c'est presque un peu comme une honte et je me suis dit bah si on en parle plus on en parle plus on se sentira aussi soutenu plus on aura d'exemples que c'est arrivé à plein d'autres gens peut-être que ça on l'acceptera un peu mieux parce qu'on se sentira moins seul Donc c'était vraiment aussi cette volonté de donner de la force à toutes les femmes qui traversent ça, parce que c'est émotionnellement très dur. Et donc c'était le message que je voulais envoyer. Et après, oui, c'est sûr que ce n'était pas facile à concilier avec ma carrière, parce que la logistique de la PMA est très, très lourde. Il y a beaucoup, beaucoup de rendez-vous médicaux, beaucoup de... Oui, beaucoup de contraintes, tout simplement. Et donc, avec les déplacements, c'était vraiment un équilibre fragile. Mais j'ai eu la chance de tomber sur un bon docteur qui a eu l'ouverture d'esprit aussi de m'accompagner et de ne pas m'interdire un peu cette vie sportive. Parce que le premier gynéco que j'ai vu, il m'a dit « Si vous voulez tomber enceinte, il faut arrêter le sport deux ans. » C'est marrant, mais ce n'est pas ce qui va me rendre heureuse. Je ne suis pas sûre que ce soit ça qu'il faille faire non plus. J'ai eu la chance de tomber sur une personne plus ouverte et de continuer le snowboard. Au final, ça m'a aussi réconfortée parce que c'était ma meilleure saison de tous les temps. Je gagnais des Coupes du Monde, j'ai eu le globe de cristal. Et puis, à la fois, il y avait ce côté perso qui était un peu plus dur. Donc, ça a équilibré un peu mon équilibre émotionnel.
- Speaker #1
C'est de l'importance aussi peut-être de prendre parfois plusieurs avis parce que là, dans ton cas, d'abord, on t'a opposé quand même un nombre un peu catégorique. Et en fait, c'était possible et en trouvant de bons professionnels, ça s'est bien passé. Et une fois que tu as accouché, comment ça s'est passé la reprise de l'entraînement ?
- Speaker #0
Les premiers jours, je me suis dit ça fait dur de revenir. Mon corps, le corps, il est... T'es fatigué, t'as plus d'abdos, t'as plus de dos, t'es très loin d'un corps d'athlète et tu te demandes à quel point ton projet est encore viable. Même si, par contre, émotionnellement, c'était les plus beaux jours de ma vie. De donner la vie et de découvrir ce petit bébé, c'était incroyable. Concrètement, par contre, le corps, il y avait beaucoup de changements. Et en fait, c'est fou, on récupère vite, on reprend vite des sensations. Après, j'avais été très bien suivie et j'avais fait vraiment beaucoup de travail pendant la grossesse pour me permettre de bien récupérer. J'ai eu la chance d'avoir un accouchement qui s'est bien passé aussi. Donc j'ai très vite repris les routines d'abdos, hypopressifs, de périnée pour être en forme le plus vite possible. Et puis petit à petit, pareil, je me suis écoutée, j'ai fait de plus en plus. les premiers jours quand j'allais marcher je pouvais faire que 250 mètres et je me disais waouh ça va être long et puis en fait si on se laisse le temps au bout de 3 mois j'ai pu reprendre la compétition la coupe du monde en snowboard donc au final mon corps a très bien répondu et tout ça porté par l'envie de concilier les deux l'envie à la fois de profiter de Marlowe mais à la fois de penser à moi pour aussi être heureuse et puis lui apporter des bonnes énergies et qu'on partage un bout de cette histoire sportive ensemble c'est chouette c'est vraiment un tout
- Speaker #1
3 mois seulement, ton retour à la compétition, c'est quand même assez fou. Dans quel état d'esprit t'es quand t'es sur ta ligne de départ 3 mois après ? Oui,
- Speaker #0
ce n'était pas forcément prévu, mais vu que les tests physiques étaient bons et que mon coach m'a proposé cette opportunité, j'y suis allée. Pareil, j'en avais envie. On s'est organisé avec mon conjoint et Marlo, mon bébé, pour que ça convienne à tout le monde. En plus, je la laitais. C'est... Ce n'était pas facile, je l'allaitais juste avant le départ, genre dix minutes avant d'être dans le départ, en enlevant toute ma tenue de course et tout. C'était rigolo à vivre et j'étais très excitée de reprendre. Un peu perdue en tant qu'athlète parce que manque de repères. Je ne me souvenais plus vraiment de ce que je faisais, ma routine d'habitude, mon équipement. Je me posais beaucoup plus de questions sur ça qu'avant. Mais voilà, j'étais en reconstruction et au final, j'ai eu des super bonnes sensations et j'étais trop contente de vivre ce moment. Et sportivement, ça m'a permis de faire un bilan de ce qui était bien, ce qui était à travailler et de repartir sur une prépa avec plein d'infos et aussi d'être rassurée, de me dire, tu sais encore faire du snowboard, ça va aller, il y a plein de choses à mettre en place. Mais déjà, le niveau de départ n'est pas catastrophique, donc ça va rouler.
- Speaker #1
Ça doit être important aussi d'être rassuré là-dessus. Est-ce que finalement c'était mieux que ce que tu avais anticipé au niveau de tes sensations ?
- Speaker #0
Je n'avais pas anticipé grand-chose, je me laissais vraiment le moment présent de voir et vraiment les sensations étaient bonnes, mis à part ces multiples questions qui étaient là toute la journée, alors que d'habitude je suis plutôt assez déterminée et je sais où je vais. Là, j'étais un peu entre deux. Beaucoup de questions en tant que maman débutante, beaucoup de questions en tant qu'athlète un peu en manque de repères. Mais avec l'envie et puis de me sentir soutenue par mon conjoint, par le staff qui a facilité mon retour, c'était quand même super chouette à vivre.
- Speaker #1
Et dans le documentaire, on voit bien des moments aussi d'un peu de tristesse, de doute, au moment où tu reprends les premières compétitions, pas forcément la première, mais toute cette période de reprise, on va dire. Comment tu trouves à ce moment-là les ressources pour persévérer ? Est-ce que tu as un déclic à un moment où c'est bon, en fait, je suis à nouveau... Enfin, la Chloé d'avant, non, parce qu'évidemment, forcément, un bébé, ça change, et le but, ce n'est pas forcément de se retrouver comme avant, mais en tout cas, je suis à nouveau comme j'ai envie d'être dans ma vie sportive, et en plus, je suis maman.
- Speaker #0
Oui, pour cette reprise, trois mois après, c'était en mars, c'était en fin de saison et c'était que du bonus. Je n'avais pas forcément prévu, donc je n'avais pas forcément d'attente envers moi-même. Par contre, la saison après, c'était la saison olympique. Il ne fallait pas trop traîner à performer pour gagner ma place qualificative au JO. Et je reprends en décembre, un an après l'accouchement, avec une très grosse prépa. Tout était aligné, je me sentais bien, en forme, j'avais envie de vivre le moment. Et en fait, premier cours, je suis nulle, mais nulle. Et là, forcément, je suis déçue de moi-même et je me pose vraiment beaucoup de questions. De me dire, ça se trouve, ton rêve était trop ambitieux et tu n'as pas eu le temps. ça se trouve ça... Ça ne reviendra pas. Mais en tout cas, là, ce que tu produis aujourd'hui, c'est nul. Et dans deux mois, il y a les jeux. Donc, une bonne claque. Et après, le lendemain de cette course, je fais une course par équipe. Donc, c'est un garçon et une fille en relais, en gros. Et là, je ride super bien. Je suis à l'attaque. Je n'ai pas peur. Je prends les bonnes décisions. Et là, c'est comme si... tout s'était aligné et où je me suis vraiment rendu compte que j'étais capable de rider au niveau que j'attendais. J'étais capable d'être à fond dans ce que je fais, concentrée, de prendre vraiment les bons choix. Et je pense que ça a été vraiment le déclic. Donc, on fait un podium, un podium en Coupe du Monde à deux, en relais. Je prends Marlowe sur le podium. Le moment, il est incroyable. Et à partir de là, j'ai reperformé sur quasiment toutes les Coupes du Monde. J'ai enchaîné pas mal de podiums, donc c'était super. Jusqu'aux Jeux, qui ne se sont pas très bien passés, parce que je fais 9e, et voilà, parce que je loupe un peu le moment le jour J, mais bon, sur la globalité de la saison, j'étais remise en route après ça.
- Speaker #1
Ouais, ce qui est vraiment le plus important au final. Et comment tu te sens aujourd'hui ? Et comment tu vis ta double vie de maman et sportive de haut niveau ?
- Speaker #0
J'ai des cernes, ça c'est sûr. J'ai plus de fatigue. Mais c'est tellement cool, tellement cool de partager ça, de les avoir en bas de la course. Tellement cool de rentrer et d'être une maman à fond, de faire du mieux que je peux pour lui montrer le bon exemple, pour l'aimer. lui faire ses purées pour être là quand il en a besoin et le voir grandir et puis trop cool d'être toujours passionné par ma vie d'athlète et donc de réussir à concilier les deux c'est ça qui fait que je suis hyper heureuse et j'espère lui montrer l'exemple que même si c'est jamais gagné d'avance ça vaut vraiment le coup d'oser essayer de faire des nouvelles choses et que c'est le parcours qui compte et j'ai kiffé le parcours
- Speaker #1
donc je suis contente de ce choix c'est un beau message effectivement et concrètement à quoi ça ressemble une journée un peu type pour toi aujourd'hui comment tu gères tout ça ?
- Speaker #0
alors au tout début je l'emmenais à la salle de muscu je l'emmenais vraiment partout donc la salle de muscu c'était trop bien pour lui parce que c'est une salle géante de motricité donc il était tout le temps avec moi Et maintenant, quand je suis en déplacement, c'est le papa qui gère. Sauf sur les Coupes du Monde, on a pu quasiment l'emmener partout. Sauf un grand stage au Chili de trois semaines. Donc là, c'était le papa pendant trois semaines qui a géré. Et moi, émotionnellement, c'était un peu dur d'être loin de lui trois semaines. Mais c'est arrivé qu'une fois et je pense que ça n'arrivera plus. Et après, on a pu s'organiser pour l'emmener. Et sinon, je faisais le yoga ce matin justement avec lui. Après à 9h30, je le dépose à la crèche. Après, là on est ensemble, mais sinon je fais une séance de muscu, d'entraînement. Et puis je retourne le chercher à 16h30. Donc voilà, l'après-midi, je refais une séance d'entraînement. Et puis après, à partir de 16h30, c'est du temps avec lui. Donc là, en ce moment, il fait beau, donc on joue dehors.
- Speaker #1
Trop bien. Je trouve ça chouette aussi de voir que ton conjoint, il a une vraie place aussi et qu'il aide vraiment. J'en ris, mais c'est vrai que ce n'est quand même pas toujours le cas. Et là, on voit bien aussi que ça fonctionne aussi parce que vous êtes deux et que chacun contribue.
- Speaker #0
j'étais contente que le documentaire le met vraiment en avant et ce qui est cool dans le documentaire c'est que c'est des vrais moments de vie et que Ils ne nous ont jamais fait refaire une scène ou quoi. Ils étaient juste là discrètement avec nous, mais sans qu'on soit gênés d'être avec eux. Et il y a un moment, je me suis dit, mais Yo, il n'a même pas eu d'interview sur les deux ans de tournage. Quasiment pas. J'espère qu'il sera quand même assez mis en avant. Et en fait, il n'y a pas besoin d'interview parce qu'on voit qu'il est toujours là, qu'il est au soutien. Et c'est encore plus beau de voir des moments de vie plutôt que des interviews posées. Et ouais, ça m'a émue de découvrir ce documentaire parce que ça a vraiment mis encore plus en avant la place que je connaissais de Yo et la complicité qu'ils sont en train de créer aussi parce que c'est en effet un papa extrêmement impliqué et c'est trop beau et je le souhaite à tout le monde parce que c'est aussi ça qui me permet de continuer de rêver, de continuer de me battre. pour être la snowboardeuse la plus performante du monde et je peux m'appuyer sur lui pour être le meilleur papa du monde. Donc c'est un bon équilibre et c'est vraiment essentiel d'être deux. Franchement, les mamans solo, je respecte fois mille parce que moi, je serais un peu perdue sans être quand même.
- Speaker #1
En tout cas, c'est vrai que ça transparaît vraiment du documentaire et j'ai trouvé ça chouette de voir ça. Et le documentaire d'ailleurs, donc tu disais en fait, on vous a suivi du coup sur deux ans, comment est-ce que ça se passait concrètement ? Est-ce qu'il y avait des moments où vous saviez que là vous alliez être suivi à certaines périodes et comment ça s'organisait ?
- Speaker #0
Oui, mais ça s'est super bien passé parce qu'on connaissait un petit peu l'équipe, Justin Galland qui a réalisé, je le connaissais un peu d'avant et puis il a vraiment fait ce travail aussi de venir. Des fois, juste faire un peu plus connaissance parce qu'il allait être dans des moments de vie assez intimes. Donc, c'était cool qu'on se connaisse bien et qu'on soit capable de se dire les choses si ça m'allait, si ça ne m'allait pas. Et oui, ils nous ont suivis sur pas mal de moments de déplacement, pas mal de temps à la maison aussi. Le premier jour, d'ailleurs, on rentre de la maternité. Ils sont là. Il m'a demandé si ça me dérangeait. Évidemment, il était hyper respectueux de ce côté-là. Mais on s'est posé la question, mais on s'est dit, ça fera des souvenirs. Et puis, ils sont restés une demi-heure. Donc, c'est rien sur un retour. Et à la fois, ça permet d'avoir des images assez folles des premiers jours de vie de Marlowe. Donc, j'ai hâte qu'il ait 5 ans, 10 ans et qu'il regarde ce documentaire. Donc, c'était assez facile parce que... Il filmait, il ne nous demandait quasiment rien. On était juste en train de vivre. Et puis, lui, il était dans un coin et il filmait quelques trucs.
- Speaker #1
Donc, ça va, en fait, ce n'est pas trop intrusif au final.
- Speaker #0
Non, mais parce qu'ils ont été excellents de ce côté-là, parce que j'ai déjà fait des reportages où même sur que deux jours, c'était plus contraignant que ça. Donc, ça fait partie de leur talent, je crois.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Et désormais, est-ce que tu as l'impression d'être une athlète différente d'une certaine manière ?
- Speaker #0
Non, pas sur le snow, pas sur ma manière de voir l'entraînement. On m'avait dit peut-être qu'une fois que tu seras maman, tu auras plus peur, tu auras plus peur de te blesser. Et non, franchement, j'ai toujours la même envie d'engagement et de prendre les risques nécessaires pour aller vite. Et après, peut-être que... J'aborde les compétitions avec un peu plus de sérénité parce que les priorités ont changé. C'est le truc qui a changé. Le plus important, c'est Marlowe, c'est la famille. Et puis, le sport vient juste après. Et donc, je pense que je passe peut-être plus vite à autre chose dans le sens où dès que je rentre à la maison et que je le vois, même si j'ai fait une contreperf, il y a d'autres choses qui me nourrissent encore plus. Donc, c'est ce côté-là. Mais après, quand je suis en mode athlète au départ du border, rien n'a changé. C'est intéressant aussi de comprendre parce que c'est vrai que ça peut à la fois changer plein de trucs et là, toi, tu as réussi, semble-t-il, à vraiment trouver un bon équilibre où finalement, ça va t'accompagner, mais ça ne change pas qui tu es au départ. Et quels sont tes prochains objectifs sportifs ?
- Speaker #1
L'année prochaine, il y a les Champions du Monde en Autriche. Il y a ça, un prochain... Enfin, le circuit Coupe du Monde m'attire toujours autant et je rêve d'un autre globe de cristal. Donc, le globe de cristal, pour rappel, c'est quand on gagne le classement général de la Coupe du Monde. Donc, on est le meilleur athlète sur toute la saison. Donc, sportivement, pour nous, c'est vraiment très, très précieux. Et puis après, forcément, en ligne de mire, il y a les JO de 2030 en France. Je vais prendre année par année pour être sûre que l'équilibre me convienne toujours et que j'ai toujours autant la flamme et l'envie de cette vie d'athlète. Mais sur mon plan idéal,
- Speaker #0
je crois que j'ai vraiment envie d'aller jusqu'à là-bas et peut-être finir ma carrière là-bas. Trop bien ! Et avec ce que tu as vécu, est-ce que tu penses qu'il y a des choses qui doivent bouger sur la place des mères dans le sport de haut niveau ? Il y a déjà... pas mal de choses qui évoluent dans l'acceptation du staff.
- Speaker #1
Après, chaque staff sportif est différent et moi, je suis consciente que j'ai une chance et que ce n'est pas toujours le cas. Il y a aussi l'Agence nationale du sport qui a des bourses, donc des bourses en gros de l'État qui permettent aux athlètes, mamans, parents, d'avoir... Si besoin, des aides pour avoir un préparateur physique spécifique, par exemple. Moi, ça m'a beaucoup aidée parce que notre staff de la PERF, à la Fédération Française de Ski, n'est pas formé sur l'entraînement de la femme enceinte. Mais parce qu'il y en a tellement peu que c'est nouveau. Mais ça, ça change tout. Parce que si je n'avais pas eu quelqu'un de spécifique, je n'aurais jamais pu revenir aussi vite et aussi bien. Donc, je pense que sur les... Les évolutions, c'est vraiment la formation sur ces sujets-là, des encadrements. Et après, d'avoir plus de rôles modèles, plus de recherches scientifiques aussi sur lesquelles on peut s'appuyer pour savoir concrètement ce qu'on peut faire quand on est enceinte. Et puis les partenaires, parce que forcément, c'est eux qui nous font vivre. Moi, j'ai eu de la chance, ils m'ont vraiment bien soutenue aussi parce qu'ils sont tous... sur le soutien humain et pas que sur la performance et en plus avec les autres projets que j'avais en parallèle avec le documentaire et ça a valorisé aussi cette pause maternité, ça a permis de communiquer sur une sportive autrement donc voilà tout ça bouge un peu mais il faut que ça bouge plus pour qu'on croit vraiment en le retour des femmes à la performance des femmes mères à la performance et qu'on facilite un peu le chemin et qu'on puisse, nous, s'appuyer sur un staff vraiment solide et renseigné, en fait.
- Speaker #0
Oui, complètement. C'est tellement important. Est-ce que tu peux nous redire où est-ce que ton documentaire est disponible ?
- Speaker #1
Alors, pour l'instant, on vient de faire les trois avant-premières. Il sera en festival et je ne sais pas encore lesquels, mais c'est en cours. Et il finira sur une plateforme dans quelques semaines, peut-être mois. mais pareil on n'a pas encore l'info sur à
- Speaker #0
100% donc c'est en cours donc à suivre tu communiqueras dessus donc peut-être sur ton compte Instagram on est sûr d'avoir l'info c'est ça et pour terminer j'ai une question traditionnelle dans ce podcast quel message t'aimerais bien faire passer aux femmes qui nous écoutent ?
- Speaker #1
D'oser se lancer dans nos projets les plus fous, dans nos idées qu'on pense peut-être peu réalisables. En fait, essayez, tentez, parce que c'est vraiment ça qui est cool. On se sent très vivant dans le doute. C'est aussi une période qui est challengeante, mais quand on arrive à mettre des choses en place pour dépasser ses doutes, c'est quand même super cool à vivre. Donc, go, foncez !
- Speaker #0
Trop bien, merci beaucoup Chloé merci pour ce message final, merci pour ton témoignage et le documentaire, vraiment je conseille c'est très beau et merci d'avoir apporté ça, je suis tellement convaincue que c'est ce genre de pierre à porter à l'édifice qui contribue à un changement global, donc un grand merci et on te souhaite plein de bonnes choses pour la suite de ta carrière.
- Speaker #1
Merci
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode, si il vous a plu n'hésitez pas à mettre 5 étoiles sur les plateformes de podcast, à nous laisser un commentaire on lit tout et ça fait vraiment plaisir Merci. Et vous pouvez aussi nous suivre sur Instagram et surtout vous abonner à la newsletter avec plein d'infos sur le sport outdoor au féminin.