- Speaker #0
La Sportive Outdoor, le podcast des sports outdoor aux féminins pour s'inspirer, apprendre et oser. Bonjour à toutes, aujourd'hui je reçois Laurine Thomas, triathlète amateur qui a participé au championnat du monde d'Ironman à Kona. Laurine va nous parler de son parcours, de ce qui l'a amené à se lancer sur une telle épreuve et nous raconter cette aventure. Bienvenue Laurine, pour commencer est-ce que tu peux te présenter s'il te plaît ?
- Speaker #1
Bonjour, merci de me recevoir, je suis Laurine Thomas, une triathlète amateur. passionnée par le sport d'endurance. J'ai toujours grandi dans le sud-est et puis pour des raisons professionnelles je suis maintenant dans les Landes. Donc un terrain propice pour s'entraîner avec la météo, que ce soit d'aller courir, faire du vélo et aller nager. Donc mon sport de prédilection est le triathlon.
- Speaker #0
Forcément. Est-ce que tu as toujours été sportive ou est-ce que c'est arrivé plus tard ?
- Speaker #1
C'est quand même arrivé sur le tard. J'ai commencé à courir il y a 10 ans pour des raisons... professionnelle et pour entretenir une petite santé et la forme physique. Et en 2023, j'ai commencé à vouloir faire plus de courses avec des objectifs structurés. J'ai voulu faire mon premier marathon, le marathon de Paris. J'ai suivi une préparation pendant 4 mois pour arriver à la finish line. J'ai réussi à faire un sub 4 heures au marathon Schneider Electric de Paris en 2024. Et j'ai été tirée au sort pour faire aussi le marathon pour tous des JO. Donc j'ai enchaîné avec une deuxième prépa marathon pour faire le mythique marathon de Paris, enfin des Jeux Olympiques. Et après, je me dis pourquoi pas faire du vélo, parce que dans la préparation, faire du vélo est intéressant, pour faire la caisse, comme on dit, pour avoir une bonne santé pour le cœur, sans trop dégrader physiquement les jambes ou des blessures liées à la fatigue, et un petit peu de natation pour la récup. Donc c'est comme ça qu'est née la... La passion du triathlon, je dirais que ça fait que deux ans que le triathlon rythme mes journées.
- Speaker #0
C'est marrant en fait, tu es arrivée par là à la base pour t'aider finalement à progresser en course à pied et finalement tu as changé de sport.
- Speaker #1
C'est ça, des fois on a des petits chemins qui se présentent, on les prend et on se dit « ah, on pense que ça raccourcit » , et bien non.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Et qu'est-ce qui te plaît particulièrement alors dans le triathlon ?
- Speaker #1
Dans le triathlon, c'est que c'est moins chronophage je dirais qu'être en monodiscipline forcément. C'est qu'on peut varier déjà les sports et en fait on va construire tout un objectif avec des séances variées, que ce soit de la haute intensité, de la basse intensité, des sorties longues avec les copains. Et finalement le vélo, ce qui est intéressant, c'est qu'on peut faire des kilomètres et des kilomètres, rouler pendant des heures sans ressentir la fatigue sur le corps, telle que la course à pied par exemple.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Alors, moins chronophage, par contre, moi, j'ai l'impression que le triathlon, c'est justement le truc hyper chronophage parce qu'on s'entraîne quand même beaucoup, non ?
- Speaker #1
Alors oui, on s'entraîne beaucoup. Ça représente un volume qui est adapté en fonction de l'objectif, bien entendu. Mais effectivement, il faut compter dans les 10, 15 heures, voire 20 heures par semaine d'entraînement.
- Speaker #0
Ça fait pas mal. Et toi, du coup, après, en fait, à peine deux ans après tes débuts dans le triathlon, tu t'alignes déjà sur un premier Ironman. Alors avant toute chose, comme tout le monde n'est pas forcément hyper au courant des types d'épreuves, est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est qu'un Ironman ?
- Speaker #1
Un Ironman, c'est 3800 mètres de natation, 180 kilomètres de vélo et 42 kilomètres de course à pied, donc un marathon.
- Speaker #0
Ce qui fait beaucoup.
- Speaker #1
Ce qui fait quelques kilomètres.
- Speaker #0
C'est clair. Pourquoi est-ce que tu as choisi alors de t'attaquer assez vite finalement après tes débuts en triathlon à ce format-là ?
- Speaker #1
Eh bien, j'ai grimpé au fur et à mesure les différents formats. J'ai commencé par un S, ça m'a plu, mais je me suis dit, ça va trop vite. J'ai fait un M, là il y avait des bonnes sensations, mais encore une fois, je me suis dit, un petit peu de frustration en fait. C'est à peine que je commençais à avoir des bonnes sensations dans ma tête, dans mon corps, etc. que j'arrivais à la fin de l'épreuve. Et donc, j'ai été tirée au sort pour un format L, donc un half Ironman, donc 1900 mètres de natation, 90 de vélo et 21 de course à pied. Et là, j'ai vraiment aimé ce format. Et à partir de ce moment-là, je me suis dit, OK, j'aime le long, j'aime la longue distance, l'endurance. Je me retrouve avec moi-même, je repousse mes limites. Et forcément, on se dit, est-ce que je suis capable d'aller au-delà et franchir le cap de l'Ironman ?
- Speaker #0
Excellent ! Et quand tu as fait ton premier Ironman au Sable d'Olonne, est-ce que tu avais aussi un peu en tête de pouvoir te qualifier pour les championnats du monde à Kona ou pas du tout ?
- Speaker #1
Alors, pas du tout. J'étais vraiment dans l'optique de finir, d'essayer d'y arriver, voir ce qu'on ressent à travers une épreuve telle que l'Ironman. J'ai eu de la chance d'être coachée, donc j'ai appartient à un club, le Sadom Toit Triathlon, et j'ai eu un coach qui a lui-même fait des Ironman et a été à Kona. Et forcément, il me mettait des petites graines parfois en disant « mais et si ? Et si à Kona ? » Déjà, avec l'objectif juste de le terminer, j'aurais été très heureuse. Je me suis dit non, non, pas Kona, c'est bon. Un, c'est déjà très bien, parce que pour le corps, absorber la charge. Et financièrement aussi, parce qu'un voyage à Kona, par rapport à la France, ce n'est pas forcément le plus accessible. Mais j'ai commencé à arriver et à ne pas me fermer la porte. C'est-à-dire que quand j'ai pris le départ des Sables d'Olonne, donc mon premier full, mon but, c'était de le terminer. de ne pas me dégoûter de la discipline, de ne pas me blesser, donc de ne pas aller au-delà de mes limites. Et forcément, il y avait l'idée du « Ah, et si ça se passe, si ça se produit, est-ce que je dis oui, est-ce que je dis non ? » Bon, dans tous les cas, ça aurait été oui et ce fume.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu peux nous expliquer comment ça fonctionne, justement, cette qualification ? Parce qu'en fait, tu fais ton épreuve et après, en fait, comment ça se passe ?
- Speaker #1
Alors, les règles ont changé en plus cette année, en 2025. en 2026, pardon. Donc en 2025, en gros, par compétition, Ironman attribue un certain nombre de slots, qui correspondent à une place de qualification pour le championnat du monde, en fonction du sexe. Donc les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes. Et ensuite, en fonction de la représentation des catégories d'âge, au pro-rata, un certain nombre de slots est attribué à la catégorie. Donc moi, je vais concourir dans les 30-34 femmes. Et c'était une catégorie les plus représentées. Donc, on avait six slots à se partager entre toutes les femmes de ce groupe d'âge. Ce qui est aussi intéressant, c'est qu'en fonction de quand on fait l'Ironman, si c'est en début de saison ou fin de saison, l'attractivité n'est pas la même. Moi, ayant eu fait l'Ironman en juin, on est en fin de saison. C'est-à-dire que beaucoup de personnes étaient déjà qualifiées. Donc, au classement général, le premier est appelé, il a son slot. il le prend, il n'en restera plus que 5. La personne peut refuser pour diverses raisons ou alors est déjà qualifiée. Et en fait, c'est comme ça qu'on appelle le roll-down où ça descend au deuxième, au troisième, au quatrième, etc. Et de cette manière, j'ai été appelée et en fait, il faut répondre immédiatement. On se lève avec la carte bleue et on y va.
- Speaker #0
Ah ouais, genre tu paies un à compte ou tu paies le prix du dossard direct ?
- Speaker #1
Exactement, il y a tout un protocole. C'est une cérémonie, la cérémonie des slots. Donc, il faut être présent déjà à cette cérémonie. On ne peut pas se faire représenter. Et quand on est appelé, on se lève, on dit oui ou non. Et quand on dit oui, on va sur la scène. Alors, ils nous donnent la lettre de convocation, un petit coin en souvenir, le petit collier hawaïen. Et après, on va s'inscrire.
- Speaker #0
C'est drôle. Donc, ça implique quand même d'y avoir déjà réfléchi en amont. Je m'imagine qu'on ne prend pas une décision sinon en deux minutes comme ça. C'est super bien organisé, leur truc.
- Speaker #1
C'est ça. Ils suscitent l'envie, très clairement. Ils en parlent avec tous les réseaux sociaux qu'il y a, qui vont bien. Ça donne envie, c'est stimulant, c'est galvanisant. Après, il faut quand même y penser. Moi, j'ai eu de la chance d'y avoir été confrontée par mon coach qui m'a dit « Pense-y, si ça se passe, est-ce que tu dis oui, est-ce que tu dis non ? » l'impact ? Parce que c'est repartir sur une prépa derrière qui n'était pas forcément prévue, avec un temps qui était court, puisque j'avais que 3-4 mois entre les deux Ironman pour rebondir. Et financièrement, est-ce qu'on a les ressources pour assumer cette décision ?
- Speaker #0
Oui, il faut prendre pas mal de choses en compte. Et justement, tu dis que c'est quand même une course qui est mythique. Même moi, je connais, alors je ne fais pas de triathlon. Mais justement, quand on est triathlète, j'imagine qu'on a tout un imaginaire autour de cette course. Est-ce que ça représentait vraiment quelque chose de particulier pour toi d'y participer ?
- Speaker #1
Eh bien, vu que j'étais très jeune dans la discipline, j'imagine que ça n'a pas eu le temps de devenir un objectif presque de vie de triathlète amateur. Néanmoins, l'ayant vécu à travers mon coach, je sais ce que ça représentait, j'avais eu son feedback. avec ses points forts, ses points faibles, etc. Puis forcément, on les a mis à regarder des vidéos pour voir le retour d'expérience des gens qui y sont allés. Et ça reste, oui, effectivement, je pense, le but ultime d'un triathlète qui aime la longue distance, qui aime les défis et de... d'avoir l'opportunité d'aller dans ces lieux mythiques. Je pense que c'est un rêve de beaucoup. Et des fois, je me dis, est-ce que je n'ai pas été trop vite pour avoir cette stimulation derrière ? Mais je me dis que c'est une chance exceptionnelle que d'y avoir été. Et c'est tellement fort. Et c'est très bien. Là, j'ai encore les frissons d'en parler.
- Speaker #0
Et peut-être aussi que ça t'a enlevé un peu de pression finalement, parce que quand on rêve limite toute une vie de faire ça et qu'on y est, j'imagine que ça doit être compliqué à gérer. Alors que toi, tu y es allée vraiment en disant bon allez, je savoure et puis tu as peut-être moins cette pression. Est-ce que tu as réussi à te détacher justement un peu du côté de la grosse pression qui peut y avoir avant un événement comme ça ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Alors effectivement, une fois qu'on a décroché son petit cas d'entrée, on se dit bah maintenant, c'est que du plaisir. Alors il faut continuer l'entraînement pour... pas subir le jour J, être en mesure d'affronter les défis qui vont se présenter, de se faire confiance, de se sentir prêt aussi après le départ parce que les éléments là-bas sont des redoutables ennemis.
- Speaker #0
Tu vas nous en parler.
- Speaker #1
Mais au final, oui, j'ai réussi à passer outre en disant je ne suis qu'amatrice, ce n'est pas mon métier. Alors oui, on s'aligne derrière les pros. Pendant une semaine, on vit aux entraînements où on voit les pros. pro, on voit les meilleurs du monde s'entraîner et c'est stimulant. C'est une expérience incroyable. Mais j'ai réussi à me dire, mon objectif, là, c'est juste du plaisir. J'y suis, profite, c'est beau, c'est incroyable. Ça ne sera peut-être qu'une fois dans ma vie, donc autant vivre le moment à chez moi.
- Speaker #0
C'est génial. On va parler de ta préparation parce que j'imagine qu'il y avait beaucoup d'entraînement. À quoi ressemblait une semaine de type d'entraînement pour toi ? Je sais bien que ça varie en fonction de la période, mais disons pour donner une idée aux auditrices et aux auditeurs.
- Speaker #1
Ça représentait entre 15 et 20 heures par semaine. 20 heures, c'était vraiment le pic de la prépa pendant les semaines bien chargées. Ça allait progressivement avec du travail de VO2 max, après un peu plus d'endurance et après faire monter la charge. La semaine type, c'était le lundi, j'avais de la natation. Le mardi, j'avais dû fractionner course à pied. À chaque fois, ça représente une heure, une heure et demie d'entraînement. Le mercredi, j'avais natation et du home trainer, du travail spécifique sur le vélo. Le jeudi, c'était repos, parce que c'est important aussi de mettre des jours de repos pour ne pas exploser, pour ne pas se blesser. Et le vendredi, j'avais du home trainer à vélo. avec enchaînement course à pied pour habituer le corps à faire la transition et le samedi dimanche c'était les warrior week-end où là on commençait, où le samedi c'était natation, vélo avec de l'allure visée et de l'enchaînement course à pied avec de l'allure visée et donc j'ai un souvenir d'une de mes pires journées où j'ai fait 10 heures d'entraînement dans la journée c'était assez rude mais ça fait un bon souvenir, même là on se dit mais ouais c'est... C'est peut-être ça le plus dur, la prépa. Et surtout, comme on sait qu'après, le lendemain, le dimanche, il y avait sortie langue à vélo avec les copains, donc cinq heures de vélo le lendemain. Donc c'est galvanisant, c'est l'épique, mais c'est ce qui nous permet de gagner confiance et de prendre le départ en disant « je suis prête » . J'ai fait pire pendant la prépa, donc là, il y a juste à s'abonner.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr, c'est tellement important. Et donc toi, tu disais que tu t'entraînes au sein d'un club. Est-ce que c'est quelque chose qui est important pour toi d'avoir un effet aussi groupe ? Du coup, est-ce que tu t'entraînais beaucoup vraiment avec d'autres personnes ou seule aussi ?
- Speaker #1
Alors, ma difficulté, c'est que dans le club, on est une cinquantaine. J'ai eu la chance, on était cinq à faire l'aéronan des Sables d'Olonne. Donc, on a pu vraiment s'entraîner quand c'était possible ensemble. Donc ça, c'est stimulant parce qu'on partage. Ça rend moins chronophage effectivement les sorties longues. où là on fait juste de l'endurance fondamentale et le but, c'est de borner. Donc là, c'est toujours mieux d'être avec les copains, prendre des relais, faire des pancartes, c'est rigolo. Néanmoins, vu que j'étais la seule fille, il faut être honnête, il y a une différence de niveau. Donc, il y a un moment où j'ai lâché le train, entre guillemets, donc les gars continuaient entre eux. Mais même au sein d'eux, il y avait des différences de niveau, donc ça a un petit peu décroché. Mais la fin de prépa, j'étais seule. J'ai quelques amis qui me rejoignaient. Elles faisaient un bout de séance avec moi, donc je prenais. Mais effectivement, même au sein d'un club, les différents niveaux et objectifs, ça limite un petit peu la préparation.
- Speaker #0
C'est vrai que ce n'est pas facile d'avoir forcément quelqu'un qui fait la même chose qu'à le même niveau.
- Speaker #1
C'est ça, c'est rare. Ça peut exister et tant mieux. Mais après, être au sein d'un club et être accompagnée avec des amis, c'est un gros... Un gros avantage parce que ça fait durer, ça donne envie d'y aller quand on n'a pas envie, parce que c'est motivant et puis c'est presque un contrat de se dire, ben oui, allez, on y va, ça va être un bon moment, même si je n'ai pas envie. Une fois que je serai lancée, je serai contente d'y être et je serai contente de l'avoir fait.
- Speaker #0
Ouais, c'est sûr. Et tu parlais un peu des conditions météo, de climat à Hawaï. C'est quand même réputé pour être compliqué, avec beaucoup d'humidité, beaucoup de vent. Comment est-ce que ça, tu l'as préparé en fait en amont ? Est-ce qu'on peut préparer ça d'ailleurs ?
- Speaker #1
Alors, le préparer, on peut. Déjà, ce qui tombe bien, c'est que ça tombe au mois d'octobre. Donc, on est quand même post-été chez nous. Donc, on a toute la saison estivale pour s'entraîner. Donc, ce n'est pas forcément ce qui est recommandé de faire par l'OMS, mais c'est aller s'entraîner dans les conditions les plus chaudes. Donc, je ne ménageais pas mes horaires d'entraînement, c'est-à-dire que je n'allais pas à la fraîche. J'allais en condition là où il faisait plus chaud. Et après, il y avait même le home trainer à l'intérieur quand il fait 30 degrés. Alors, il y en a qui disent de mettre même des bouilloires pour faire des conditions climatiques qui ressemblent à Kona. Il y en a qui mettent des kawais et s'entraînent avec des kawais pour suer et pour s'entraîner à tout ça. Je me dis déjà, faire du home trainer sur 35 degrés sans clim, c'est déjà pas mal.
- Speaker #0
C'est super dur. J'imagine qu'il faut être vigilant pour ne pas risquer une pertermie.
- Speaker #1
Il faut trouver le seuil et se dire que je tolère les points de rupture qui mèneraient à l'accident et à se dégoûter de la discipline qui n'est pas le but du loisir.
- Speaker #0
C'est sûr. Et ce qui t'attendait, c'était quoi les températures et le taux d'humidité pour une idée ?
- Speaker #1
Il faisait 23, 25. Et au plus chaud, il faisait 35. Et puis, vu que c'est sur l'autoroute, dans les champs de lave, le sol est noir, donc ça dégage de la chaleur. Même si on est sur une île, au final, il y a les entrées d'air. Finalement, c'est du vent, donc ce n'est pas forcément un allié en fonction de la discipline. Et là, la meilleure stratégie, c'est de s'acclimater aux conditions réelles.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Ça, du coup, tu étais allée en amont avant l'épreuve pour t'acclimater ?
- Speaker #1
Oui, j'ai eu la chance de partir environ une grosse semaine avant. Mais ce qui a été un petit peu regrettable, et ça, c'est un paramètre qu'on ne maîtrise pas, c'est la météo. En fait, toute ma première semaine d'acclimatation, il y a eu une petite vague de fraîcheur sur l'île. Donc, c'était agréable parce qu'on ne subissait pas. Mais finalement, à deux jours avant la compétition, les conditions réelles sont arrivées et la climatisation n'était pas optimale.
- Speaker #0
Oui, forcément. Ce n'est pas de bol quand même.
- Speaker #1
Il pleuvait tous les jours au final. Donc, ça ne nous permettait pas d'avoir chaud. Mais l'inédité était là. Et le jour J, on se dit, ah, Balou, la pluie de la semaine dernière.
- Speaker #0
C'est ça, on doit la regretter. Et pour s'alimenter aussi dans de telles conditions, déjà sur une course sur un Ironman, et puis en plus avec ces conditions-là, comment est-ce que tu avais préparé ça et est-ce que tu avais mis en place certaines choses ?
- Speaker #1
Oui, l'avantage d'avoir été coachée, c'est que mon coach, dès le début de la prépa, on a aussi entraîné mon organisme à digérer. Donc on est parti sur une base au début de 40-50 grammes de glucides par heure. Et on est monté à 60, 70, 90. Et moi, à partir de 90, j'ai démontré des signaux de non-tolérance. Donc, on a réduit un petit peu le curseur pour durer et pour me permettre de m'alimenter tout du long et de ne pas exploser. Il y a toujours des fins de course.
- Speaker #0
C'est déjà énorme.
- Speaker #1
Oui, mais ça fait partie de la prépa au même titre qu'on s'entraîne à aller nager ou courir ou faire du vélo. habituer son organisme à tolérer cette charge de glucides qui n'est pas naturelle au quotidien.
- Speaker #0
Je suis en train de me dire, moi j'ai un peu le truc en tête, mais tout n'a pas forcément en tête, donc je veux bien que t'expliques.
- Speaker #1
Pendant les sorties d'entraînement, par exemple le samedi-dimanche, qui étaient des gros blocs d'entraînement, on s'entraîne avec la même quantité de glucides, ce sont les gels. C'est plus facile à digérer, à consommer pour l'organisme, parce que ça évite de mâcher. De temps en temps, on peut prendre une barre pour avoir la sensation quand même d'avoir le ventre plein parce que quand on part pendant des heures, on doit avoir le ventre creux. Et moi, ça m'est arrivé de me dire, mais là, j'ai faim. Vraiment, je veux manger du solide. Donc, je prenais soit une gomme ou alors une barre et avec mon taux de glucides, soit en gel, en barre ou alors aussi dans les boissons hydro parce qu'il ne faut pas négliger l'hydratation. De l'eau, mais l'eau ne s'échit pas. Il faut vraiment les électrolytes, parce qu'avec la transpiration qu'on a, il faut vraiment nourrir avec du magnésium, du potassium, du zinc, etc. pour éviter de cramper. Donc des électrolytes et aussi les boissons de l'effort dans les bidons. Et très, très, très généreux.
- Speaker #0
Donc on s'entraîne à tout ça bien en amont. On ne fait pas ça juste le jour de la course.
- Speaker #1
On n'improvise pas le jour J.
- Speaker #0
Une règle de base, mais bon. Et sur le plan mental aussi, comment est-ce qu'on fait pour se préparer à une telle épreuve ?
- Speaker #1
Ça dépend si on a plus ou moins l'habitude de s'entraîner mentalement, faire la visualisation, la visualisation positive. Moi, je sais que ma stratégie mentale, c'était de découper la course et de la découper vraiment en petits blocs, en disant, par exemple, le marathon, c'est un 4 fois 10 kills. En 10 kilos, c'est les petites sorties du dimanche, ça prend une heure, etc. Et pendant le vélo, je me disais, d'accord, 40 kilomètres, ça représente telle boucle que je fais dans mon village. Et de me familiariser avec les distances pour que ce soit moins dur pour le cerveau, parce que oui, parfois, ça m'est arrivé de me dire, 180 kilomètres, ça donne le vertige. On se dit, mais pourquoi ? Pourquoi je vais faire ça ? Et puis derrière, un marathon. C'est pas possible. On se dit non, mon corps ne va pas tenir.
- Speaker #0
Donc tu divisais tout pour te faciliter la vie.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et le jour de la course, alors, si tu peux nous raconter déjà le départ. J'imagine que ça doit être plein d'émotions différentes. Le fait d'être là, en fait. Comment tu as ressenti ça ?
- Speaker #1
Alors déjà, on se lève. tôt parce que le triathlon est une grosse préparation, on va s'occuper de son vélo et un peu, chacun se met dans sa bulle, c'est un peu particulier, chacun a sa méthode de gérer le stress et là on prépare son équipement, on se dit bon, en espérant de rien avoir oublié, que ce soit la nutrition, l'hydratation, les chaussettes, l'équipement, la vaseline, l'atome solaire tout ce qui peut tout ce qui a été déposé dans les sacs et ce qui sera fondamental pour partir sur la course Et en fait, l'ambiance est magnifique. On se rend compte de la beauté. On est face à la plage. C'est le Pacifique, elle est cocotier. On est à Hawaii. Forcément, il y a le spectacle d'Iron Man avec le speaker qui met l'ambiance. Il y a tout d'abord le départ des pros. Et c'est là où, finalement, on se rattache aux vidéos historiques. Puisque pendant une semaine à Kona, c'est le triathlon, l'histoire. La jeunesse, comment ça a été créé, qu'ils n'étaient que 15 à la première édition et 12 à le terminer. Et on se dit, je suis dans leur pas, une cinquantaine d'années après, et ça rend le moment fort. Et avec le coup de départ du canon, toutes ces femmes par sas, par niveau, on est toutes avec nos bonnets et nos tenues. Et on se dit, ça peut être une grosse journée. Et on espère juste toute franchir la ligne d'arrivée. Il y a beaucoup de femmes qui se font des câlins et au final... Quelques jours auparavant, on fait la parade des nations. Donc, on se regroupe toutes par nation avec notre drapeau. Et donc, ça permet de créer un lien avec toutes les Françaises. On s'est regroupées, on a fait connaissance. Et ça permet de dire, tiens, tu t'es qualifiée sur lequel ? C'est ton premier, pas ton premier ? Il y a vraiment une petite émulation qui est créée parce que les filles qui l'ont déjà fait, entre guillemets, elles nous donnent des petits conseils aux toutes nouvelles. Et on se dit, waouh, c'est trop cool.
- Speaker #0
C'est cool, il y a une bonne ambiance. Et la partie natation, alors, comment ça s'est passé pour toi ?
- Speaker #1
En moi, la natation, ce n'est pas vraiment mon point fort. Et alors, j'ai pris du plaisir à aller m'entraîner là-bas parce qu'ils organisent des courses, etc. Et pendant toute une semaine, les vagues étaient favorables. Et on voyait les poissons, les tortues, les dauphins. C'est un régal. Et le jour J, ce n'était pas la même chose. Il y avait beaucoup de vagues. Mais bon, il faut y aller. Et au bout de 500 mètres, j'ai eu des brûlures au niveau des aisselles à cause des frottements. Et pourtant, j'avais mis de la vaseline pour éviter ce genre de situation. Et là, je me suis dit, c'est long. Parce que j'ai fait que 500 mètres, il en reste encore 3 500. Et là, je me suis mise à pleurer, à paniquer et à me dire, je suis qu'au début et j'ai déjà des difficultés. Comment ça va être la journée ? Et là, j'essaye de reprendre le dessus. Et finalement, j'arrive à trouver une femme qui nage à peu près comme moi. Et je me cale dans ses pieds. Et on a fait toute la course ensemble. Ça permet d'éviter de trop dériver. On a déroulé et je me suis dit, attends, c'est l'origine. Là, c'est aujourd'hui, donc je n'ai pas le droit de me laisser emporter par les idées parasites. Vraiment, encore une fois, c'est le mental qui reprend le dessus, à se recentrer sur l'instant présent et me dire, oui, la douleur, elle est là, OK. Mais ce qu'il y a autour est encore plus fort que la douleur. Donc, essayons de se concentrer là-dessus. Donc, la natation, ça se poursuit. Et puis, quand on sort de l'eau, ce qui est bien, c'est qu'on peut se rincer pour enlever l'eau salée. Et après, l'arrivée au parc à vélo, là, il faut... OK, où est mon vélo ? Donc, nouvelle épreuve, rester lucide. Et là,
- Speaker #0
c'est parti.
- Speaker #1
C'est ça. Donc, on récupère son sac avec ses affaires, son casque. Et là, il faut... OK, j'ai tout. On prend le vélo. Et c'est là où on voit la foule. On est un peu lucide. Et on se dit... Moi, je vais chercher mes parents et ma sœur pour me dire ils sont où ? OK, ils sont là. Et puis, c'est parti pour 180 kilomètres de vélo. Et... L'ambiance est folle parce que sur les triathlons, les gens, c'est un peu comme l'ambiance Tour de France, surtout à vélo, où il y a des cloches, il y a des IP, il y a des pancartes et ça crie dans tous les sens. Et les gens, ils nous donnent leur énergie. Ça donne... Hop, ça repart, quoi.
- Speaker #0
Ça doit être dingue. Et c'est le vélo qui est sur l'autoroute, là ?
- Speaker #1
Oui. En fait, à vélo, on remonte une petite... Il y a un petit mur quand même dès le début, donc ça active bien les jambes. Et après, on est sur l'autoroute. Et ça, c'est très bien, parce qu'ils ferment la route. Donc, pour des raisons de sécurité, c'est mieux, c'est plus confortable. Et en fait, on va... Donc, Renoy est à l'ouest de Lille. On est sur l'autoroute et on va jusqu'au nord. Donc là, à gauche, on a l'océan, les coucotiers, c'est paradisiaque. À droite, c'est les grands champs de lave avec le volcan, qui est majestueux. Et puis, en face de nous, on a la tête d'un guidon et on voit les concurrentes. qui nous double, puis hop, on en redouble. Et puis ça monte et ça descend. Du coup, tout au nord, il y a un petit col. Donc là, le vent tournant, en fait, la difficulté qu'on a, c'est le vent tournant. Il y a du vent, on a l'impression qu'il est en permanence ou quasi permanence face à nous. Et là, on voit le compteur, on gère les watts, on gère la fréquence cardiaque parce qu'on sait de quoi on est capable, certes, mais on se dit, il ne faut pas se griller parce que les conditions ne sont pas les mêmes qu'en métropole. Et puis... Faire un bon vélo, c'est bien, mais pour faire une ligne d'arrivée, il faut finir le marathon derrière.
- Speaker #0
C'est toute une gestion qui doit être très complexe quand même.
- Speaker #1
Exactement. Et moi, c'est ça que je trouve intéressant dans le long et dans les trois disciplines, c'est la gestion. Parce que je pense qu'on n'a jamais fini d'apprendre. Encore aujourd'hui, j'apprends. J'ai fait une compétition récemment et je me dis, OK, j'étais en gestion sur le vélo, ça m'a permis de faire une bonne course à pied. Mais parfois, quand je ne suis pas en gestion sur le vélo, après, je regrette parce que la course à pied, c'est catastrophique ou j'ai mal partout et je ne prends pas plaisir. Et c'est ça qui est intéressant, c'est que la gestion d'effort pour se dire je suis capable de faire ce qui va arriver par la suite.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Et donc là, pendant les championnats, c'est l'épreuve de vélo. Toi, tu l'as vécu comment ? Déjà un peu porté par les encouragements, d'après ce que je comprends, mais est-ce que c'était mieux quelque part que la natation où tu as commencé à avoir des difficultés tout de suite ?
- Speaker #1
C'était trop bien, le vélo, j'ai trop adoré, c'était trop beau, les paysages. Et vu que j'ai découpé, ça me semblait beaucoup moins dur que les 180 kilomètres comme ça. Et j'avais eu la chance, la semaine auparavant, de reconnaître le parcours. Donc par petits blocs, je savais à quoi m'attendre, je savais où étaient les difficultés. Et ça enlève énormément d'appréhension que de pouvoir reconnaître le parcours en amont. C'est encore dans la prépa mentale, etc. Ça évite les petits pièges, reconnaître les ravitaillements. Mon coach m'avait dit, les ravitaillements, tu les prends tous. Tu prends de l'eau pour t'hydrater et surtout se mouiller. Parce qu'il fait tellement chaud, on se déshydrate et la température corporelle, elle dégringole. Donc là, je prenais de l'eau, on se mouillait. Et puis, ce qui a été dur quand même, c'est qu'au 140, au 145 kilomètres... il était 14h local, mais 2h du mat en France et je me suis dit mais là c'est long parce que j'étais sur l'autoroute côté retour, là je me suis dit c'est long quand même c'est quand ça s'arrête et on sait qu'il reste encore 40km donc là on commence à calculer si je roule à telle vitesse il me reste tant de temps donc et après on se dit non reste focus roule en fonction de tes capacités, va pas te dégrader et prends plaisir C'est tout. Cette petite phase de gestion m'a permis de gagner du jus et après d'envoyer un peu plus les voix, de redoubler vers la fin.
- Speaker #0
Et puis, il y avait de retrouver la foule, puisqu'au final, effectivement, il y a du monde. C'est trop bien, c'est la fête. Mais la difficulté aussi, c'est que quand on est tout seul sur l'autoroute, eh bien, là, on est face à soi-même, à ses questions et à son introspection. Après, croiser les pros aussi, c'est un moment fort, parce que vu que c'est un aller-retour, elles, quand elles font leur retour, nous, on les croise et c'est incroyable. On se dit, je suis sur les mêmes compétitions que Lucie Charles, Marjolaine Pierret et tous ces noms de triathlons, Ironman, etc.
- Speaker #1
Ça doit être incroyable, effectivement. Le tout est fou. J'aime bien le fait d'être sur une autoroute. C'est tellement insolite pour le coup.
- Speaker #0
C'est américain.
- Speaker #1
C'est sûr. Et tu disais, quand tu as eu ce moment un peu plus bas, que c'était l'équivalent de deux heures du mat chez nous. Est-ce que ça, l'aspect décalage horaire, ça te suffisait d'être arrivée une semaine en amont ? Ou est-ce que quand même tu as senti les effets ?
- Speaker #0
Je dirais que je me suis bien adaptée parce que même en France, j'essayais d'adopter un rythme pour réduire l'impact. C'est-à-dire que je me couchais tôt pour essayer d'adapter mon cycle circadien à l'horaire de la base. Et très vite, je m'imposais de me coucher. D'accord, ma compétition, je vais devoir me coucher à 20h et me réveiller très tôt. je me suis imposé ce rythme-là pour habituer mon organisme le plus vite.
- Speaker #1
Ah oui, donc c'était vraiment même en amont. En fait, ça paraît très logique, effectivement, de faire ça. Et tu as fait ça pendant combien de temps avant ?
- Speaker #0
Une semaine.
- Speaker #1
OK. Donc une semaine avant, une semaine sur place. Il faut anticiper un petit peu. Et ensuite, alors, l'arrivée du vélo, la transition et le marathon. Est-ce que ça, tu peux nous raconter aussi ?
- Speaker #0
Alors, ben... le vélo, c'était bien parce que par rapport à mes irritations sous les bras, j'étais sur les prolongateurs, donc je ne bougeais pas. C'était juste les moments où je bougeais, je sentais que ça existait. Donc là, je pose mon vélo, la transition, et ce qui est bien, c'est qu'ils nous mettaient des serviettes froides, remplies d'eau, comme autour de France, pour nous faire baisser la température, et là, on se dit « Ah, c'est trop bien ! » Mais ça donne envie de rester là, de nous reposer. Et là, on regarde nos baskets, on se dit « Bon, bah, allez ! » il faut y aller et alors c'est plutôt bien fait parce qu'il y a les 10 premiers kilomètres ils sont dans la ville de Kona on fait des petites boucles, on traverse des lotissements et donc c'est la fête c'est la fête vraiment, il y a de l'ambiance partout il y a de la musique, il y a des gens devant leur portail ils prenaient des jets d'eau et ils nous arrosaient et pour remplir les gourdes, c'était super bien il y avait des grands seaux avec des glaçons pour eux. pour nous rafraîchir. Et ça, c'est hyper agréable parce que vu qu'il y a moins de vent relatif qu'à l'hélo, en course à pied, tout de suite, on a l'impression de se prendre un mur de chaleur. Puis, on part, il est 15-16 heures, le soleil tape, il fait chaud. Alors, les 10 premiers kilomètres, c'est la fête. On retourne sur l'autoroute.
- Speaker #1
Ah, il y a l'autoroute aussi pour la course à pied.
- Speaker #0
On retourne sur l'autoroute. Incroyable. L'autoroute, ça monte. Donc, c'est bien qu'elle se passe. Et là, on va jusqu'à l'aéroport, au final. Donc, c'est la même situation. Là, on est seul au monde, sur l'autoroute. On croise les gens et on se dit, tant mieux, elles ont bientôt fini. Et puis, on voit les panneaux. 10, 15. Là, on se met 42, moins 15. Ouais ! On n'a presque pas envie de voir ces panneaux. Et ensuite, pour faire le demi-tour, on arrive à Energy Lab. Et c'est un des... point réputé pour être le plus chaud. Moi, j'en garde un merveilleux souvenir parce qu'en fait, c'était le coucher du soleil. Et donc, c'est à ce moment-là où le soleil se couche très tôt à Kona, mais il y avait une boule de feu qui descendait sur l'horizon et c'était magnifique. Et je me suis mise presque à me dire, ce moment, il est unique. Capture-le, profite. Et c'était trop, trop bien. Mais plus de soleil, alors oui, il fait moins chaud et c'est agréable, mais il fait nuit. Il fait nuit sur l'autoroute. Et donc là, ils nous ont donné des... Alors moi, j'avais oublié ma lampe torche, enfin ma frontale, pas bonne pour le trail. Mais on avait des petits bracelets fluo, quand même, pour qu'on puisse être vu au cas où. Et au ravitaillement, donc tous les 1,5 km, il y avait des zones de ravitaillement où il y avait des gros spots luminaires qui nous permettaient un petit peu de reprendre nos repères. Et ensuite, on retourne en ville. Et là, c'est chouette. Je sais qu'à 41 kilomètres, on se dit, bon, allez, c'est une dernière. C'est trop bien. Ça redonne un petit coup de boost. Et ma sœur me donne le drapeau de la France. J'avais pris le drapeau bleu-blanc-rouge. Et de là, on se dit, allez, on donne toute l'énergie. On a l'impression de courir à des records vitesse plus plus. On est assez toky. Mais après, c'est tellement stimulant qu'on n'a pas envie que ce moment s'arrête. Et puis vient la grande ligne droite, la finish line. Et on se dit, ça y est, c'est fait. Et toutes les émotions qui arrivent. Est-ce qu'elle va trop vite ? On se dit, non, c'est déjà fini.
- Speaker #1
T'as ressenti quoi en passant la ligne d'arrivée ?
- Speaker #0
Alors, étonnamment, j'ai eu moins d'émotions qu'à mon tout premier, parce que pourquoi pas le premier où on passe en steps. Là, c'était juste « Waouh, je l'ai fait ! » « Ça y est, c'est Kona, j'ai réussi à aller au bout. » En plus, ce qui était bien, c'est que le speaker c'est un français, c'est Jay Style et il était le speaker lors de mon premier triathlon il y a deux ans auparavant. Et je l'avais vu la semaine avant, puis on a parlé, puis ça a été lui qui me tape dans la main, qui me prend dans ses bras, et on se dit, ouais, c'est trop bien. Il y a les parents en face, il y a ma sœur, il y a des têtes familières, et puis les gens se réveillaient en France, donc on se dit, les personnes qui ont cru en moi, qui m'ont soutenue, qui peuvent voir le moment, parce que finalement, c'est partagé sur les réseaux, en direct sur YouTube. Donc on se dit, ouais, c'est... Coucou, je suis là !
- Speaker #1
génial et donc tu avais ta famille présente sur place est-ce que c'est quelque chose qui t'a beaucoup aidé ?
- Speaker #0
oui parce que finalement on traversait un moment comme ça toute seule ça aurait été un peu lourd que là on a transformé un voyage familial autour de cet objectif et ce qui tombait bien c'est que le Noël précédent mes parents nous avaient offert à ma soeur et moi un voyage en famille pour nous rappeler nos vieux souvenirs d'enfance et sur la carte c'était voyage autour du monde Et donc, on dit juste choisir la destination. Et puis moi, quelques mois après, j'arrive avec « Je dois aller à Connard ! » Et donc, c'était super cool parce qu'on a partagé un moment familial et puis qu'il soit présent ce jour-là pour ces championnats du monde, ça reste un moment fort.
- Speaker #1
C'est génial d'avoir vécu ça tous ensemble. Et avec le recul, maintenant, c'est passé depuis quelques temps, qu'est-ce que ça t'a appris sur toi ?
- Speaker #0
Ça m'a appris qu'au final, on peut repousser ses limites et ne pas arrêter de rêver. Parce que rien ne me disposait à faire des championnats du monde, à faire des championnats du monde d'aéronautique au bout de que deux ans de discipline. Et au final, parfois avec l'alignement des planètes, beaucoup de volonté, et de ne pas se dire non, on peut y arriver. Parce qu'on est au bon moment, au bon endroit, et on ose dire oui. Et on ne se met pas des barrières. certains annoncent, moi je suis pas légitime je mérite pas ça ça m'arrive parfois de me dire, mais mince est-ce que je suis au bon endroit est-ce que ça fait que deux ans alors on a ces questions, après on se dit bah j'y suis, faut juste arrêter de te poser ces questions et profite savoure que c'est trop bien c'est chouette.
- Speaker #1
Ouais c'est sûr et est-ce que, comme là, bah justement c'est ce qu'on disait au début, c'est qu'il y a des gens qui ont rêvé de ça limite toute une vie toi tu as atteint cet objectif qui peut être un peu considéré comme le graal du triathlète est-ce que tu vois le retour est-ce que ça fait comme quand on revient dans le long voyage par exemple on peut avoir un moment où on est un peu là genre on se dit bah oui mais du coup c'est quoi le prochain objectif ou est-ce qu'en fait non ça va ça te porte et tout
- Speaker #0
va bien j'ai eu cette phase de blues parce que en plus la coupure qui est nécessaire pour le corps pour la tête etc pour retrouver un équilibre Ça arrive en plein pendant l'hiver, où vraiment tout tombe dans les chaussettes. Et on se dit, oui, quel objectif pourra me stimuler autant que à préparer Kona et savourer ? Il y a toujours, dans le monde de l'endurance, c'est préparer Kona avec un objectif de temps bien meilleur. Ça, je pense que c'est finalement un objectif infini. Néanmoins, les sensations, en plus, moi l'ayant vécu, quand j'ai franchi la ligne de Kona, qu'on a, je me suis dit, c'est trop bien, mais j'ai pas eu les mêmes sensations que quand j'ai traversé la ligne d'arrivée au sable d'Olonne, où là c'était mon premier, et où c'est inexplicable. On se dit, c'est... Tous les choix qu'on a faits, tous les sacrifices, ou les décisions, ou la vie qu'on a menée, un rythme de vie pendant des mois et des mois, où on se disait ben non, là je me couche tôt parce que je vais m'entraîner, et ben non, là je suis désolée, je peux pas venir, etc. C'était pour vivre ce moment-là, et il y a tout qui ressort. et c'est super bien parce que c'est beaucoup de fierté c'est aussi de se dire bah j'ai eu un contrat avec moi même, je me suis dit je veux faire tel objectif, ça engendre beaucoup beaucoup beaucoup de concessions certes mais c'est des choix il faut les assumer, je les assume mais regarde ce que ça offre après et ça c'est inexplicable Est-ce que du coup t'as d'autres objectifs justement ?
- Speaker #1
Est-ce que t'as réussi à soit te remobiliser pour un objectif, soit en fait tu dis cet objectif c'était génial, j'ai réussi à le faire mais maintenant j'ai envie de profiter différemment
- Speaker #0
Alors le long est quand même la branche qui me stimule et qui me plaît néanmoins je vais réguler Du coup, là, je pars plus sur des 70.3, donc des Half Ironman, des formats L. Et donc, pour trouver ce fameux équilibre de gestion, pour essayer déjà d'améliorer en natation, parce que ce n'est pas du tout mon point fort, être en mesure de faire un bon vélo et derrière, une bonne course à pied. Donc, sur ce format-là, je pense qu'il y a quand même moyen de pouvoir mieux le travailler et de mieux récupérer. Ça demande quand même beaucoup moins de charge au corps. Et j'ai passé le bourget fédéral de niveau 1 pour encadrer des séances. Au sein du club, maintenant, je suis encadrante. Et avec mon club, on a aussi un autre défi d'ordre organisationnel parce qu'on organise notre tout premier triathlon. Donc c'est après, étant nous-mêmes athlètes, se dire, mince, on en fait un, qu'est-ce qui se cache de l'autre côté du rideau ? Et c'est chouette aussi, c'est stimulant, mais ça prend quand même beaucoup de temps. C'est une autre prépa, mais c'est super. Il y a plein de défis. Et niveau sportif, triathlon, j'ai déjà fait là, il y a dix jours, le Half Ironman à Aix-en-Provence. Ayant vécu dans le Sud-Est, j'avais ma famille, mes amis, en terre familière. C'était super chouette. Et je fais en septembre en Italie un Half Ironman aussi. Et pourquoi pas l'obéissance de me qualifier au championnat du monde 70.3 pour 2027.
- Speaker #1
Ah ouais, donc retour, c'est à Kona aussi ?
- Speaker #0
Non, c'est pas à Kona. Alors, la différence des halfs, alors les fulls, c'est Kona et ça restera Kona. En revanche, pour les halfs, ça change tous les ans. Là, par exemple, ceux de 2026, ça a lieu à Nice, en France. L'année dernière, c'était à Marbella. Ça change.
- Speaker #1
Au moins, ça fait voyage.
- Speaker #0
Exactement. En fait, maintenant, mes vacances, je les adapte en fonction des compétitions.
- Speaker #1
Ce qui est sympa, c'est que là, tu vois les trois facettes finalement, en tant qu'athlète, mais aussi en tant qu'organisatrice d'un triathlon et en tant qu'encadrante.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Tu explores un peu les différentes facettes du sport.
- Speaker #0
Exactement. En fait, en tant qu'athlète soi-même, on apprend sur soi, sur ses capacités. En tant qu'entraînant, c'est aussi le partage. Finalement, on se rend compte qu'on peut inspirer de par son parcours. Parce que les gens posaient des questions, et puis c'est là où on se dit, attention, tiens, les tenues, et puis les petits détails, on pense à mettre de la vaseline pour éviter les brûlures dans le cou, ou sous les bras, ne jamais tester le jour J, la nutrition ou matériel non testé. Toute l'expérience qu'on éprouve en soi-même et qu'on peut retransmettre derrière, ça fait partie du sport à mon sens, c'est parce que sans encadrant, on ne peut pas s'improviser athlète. Alors effectivement, maintenant, on peut s'instruire, mais je pense que le relationnel, c'est quand même un gros, gros poids qui peut mener à la victoire, ou en tout cas à éviter quelques erreurs.
- Speaker #1
C'est sûr. Et j'ai une petite question traditionnelle pour terminer. Si tu devais donner un conseil à une femme qui nous écoute et qui rêve peut-être de s'aligner sur son tout premier triathlon, qu'est-ce que ce serait ?
- Speaker #0
Je dirais de foncer et de vaincre ses peurs s'il y en a, parce qu'effectivement, tout est animé par des peurs. En tout cas, d'écouter cette petite voix qui dit « Si il y a un soupçon d'envie, il faut foncer. Si on a des difficultés à aller nager en eau libre, commencez progressivement. » Il y a les crescendo, il y a les accompagnés. Et puis, de se satisfaire des petites réussites, des petites victoires et à découper finalement la charge. Je dirais que c'est ça. C'est désacraliser.
- Speaker #1
le truc en disant non non ça c'est que mes peurs dépenser l'unitante et d'aller progressivement et puis au final bloc par bloc on y arrive et puis voilà super beau message pour terminer merci beaucoup Laurine c'était intéressant de t'entendre raconter tout ça bravo pour ces championnats et pour ton parcours en général et puis je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite avec tes half Ironman cette fois merci beaucoup pour le temps accordé et puis hâte d'écouter tes prochains podcasts
- Speaker #0
sur d'autres sujets très intéressants.
- Speaker #1
Merci beaucoup. A bientôt sur Esportive Outdoor. Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il vous a plu, n'hésitez pas à mettre 5 étoiles sur les plateformes de podcast, à nous laisser un commentaire. On lit tout et ça fait vraiment plaisir. Et vous pouvez aussi nous suivre sur Instagram et surtout vous abonner à la newsletter avec plein d'infos sur le sport outdoor au féminin.