- Speaker #0
La Sportive Outdoor, le podcast des sports outdoor aux féminins pour s'inspirer, apprendre et oser.
- Speaker #1
Bonjour à toutes, aujourd'hui je reçois la grimpeuse Nina Caprez qui a récemment publié une autobiographie intitulée La Voie devant Soi aux éditions Paulsen que j'ai lue et beaucoup aimée. Nous allons parler de son parcours dans l'escalade, de sa vie en général, mais aussi de vulnérabilité et de cycle de vie. Bienvenue Nina, je suis ravie de te recevoir. Pour commencer, est-ce que tu veux bien te présenter pour celles et ceux qui ne te connaîtraient pas encore ?
- Speaker #0
Je m'appelle Nina Capresse, je suis née en Suisse, j'ai bientôt 40 ans cette année et je suis grand-pèce professionnelle. Je vis en France depuis plus de 15 ans et je suis mère de deux enfants.
- Speaker #1
Et tu as grandi dans les Grisons. Est-ce que, pour peut-être celles qui ne connaissent pas, en Suisse c'est quand même une région où il y a de très belles montagnes. Est-ce que c'est cet environnement qui t'a immédiatement donné envie de te mettre à l'escalade ? Est-ce que c'est toujours quelque chose qui a été un peu ancré en toi ?
- Speaker #0
Et d'aaab... Pour être honnête, l'escalade en soi, non. Après, on a grandi en montagne, donc c'est sûr qu'on a grandi avec les promenades le dimanche, les randonnées, le sport de glisse, le snowboard. J'étais sur le ski à deux ans, j'ai basculé sur le snowboard à cinq ans. Et voilà, en fait, on touche un peu à tout à la montagne. Mais c'est vrai que ça m'a pris du courage et beaucoup de temps pour vraiment mettre à l'escalade, si je pendais sur une corde.
- Speaker #1
Quel a été l'élément déclencheur alors ? Mon frère et ma sœur.
- Speaker #0
Voilà, moi, je suis la petite dernière. On a un fratré de trois. Eux, ils ont trois et quatre ans de plus. Et c'est vrai que moi, comme la dernière, la petite, je voulais toujours tout faire comme eux. Et voilà, ils sont inscrits au club d'escalade, enfin au club d'escalade d'Ata, voilà, dans la petite section où ils amènent plein de jeunes à grimper, à faire des skis de rando et tout et tout. Enfin, vraiment, on peut toutes les activités de la montagne. Et du coup, un jour, j'ai eu le courage de les suivre, d'en inscrire aussi. Et j'ai commencé l'escalade.
- Speaker #1
Et est-ce que tu as tout de suite aimé ? Tu as tout de suite eu envie de faire de la compétition ?
- Speaker #0
Bon, alors non. Alors, la compétition, loin de ça. Donc, j'avais 13 ans. Et voilà, c'était la première sortie avec les guides, avec les autres membres et tout. Et c'est vrai que j'étais vraiment la toute petite. Il y avait une grande différence d'âge quand même, une grande différence d'âge. Et j'ai fait une fois aux moulinettes. Et après ça, je me suis dit, non, c'est bon, j'ai envie de faire comme les grands. Donc voilà, comme d'hab, je me suis encordée. Le guide m'a bien demandé si j'avais compris comment il fallait faire la manip au haut du relais. Tout et tout pour l'instant, j'ai dit ouais. Donc je suis montée là-haut et arrivée au relais, je n'avais plus aucune idée comment il fallait faire la manip. Donc j'étais là-haut, j'ai pleuré. Il y a le guide qui est monté de l'avant de côté pour me sauver. Mais c'est vrai que depuis ce jour-là, je n'ai quasiment plus jamais fait de la moulinette. j'ai toujours eu, adoré ce mélange d'excitation, de peur, d'inconnu. En fait, c'est un truc qui m'a vraiment animée. La chute, tout ce qui va avec, en fait, pour moi, c'était un peu le monde des grands et j'ai adoré.
- Speaker #1
Ah oui, c'est incroyable même d'aimer un peu tous ces aspects-là, enfin les aspects même de peur, etc. C'est rigolo, en fait. Oui, c'est rigolo, oui. Dans ton parcours, ensuite, tu as fait de la compétition. Et puis, assez vite, tu t'es dit que finalement, ce n'était pas forcément pour toi, que tu avais plutôt envie d'aller en falaise sur les grandes voies. Comment tu t'es rendu compte de ça ?
- Speaker #0
Alors, du coup, j'ai commencé à 13 ans avec le club, justement avec le CAF. Et pendant 4 ans, on était vraiment un groupe soudé. On a fait toutes les activités dans la montagne. Les grandes voies, les camps d'au-dessus, les camps d'escalade au-dessus, le ski de rando. 4000 l'été. On a touché tout et c'est surtout le groupe qui était vraiment soudé. C'était assez incroyable d'avoir cette bienveillance, cette entraide. C'était rigolo. Et puis on s'en foutait du libre, du dégré. Ça n'avait aucune importance. Et l'hiver, on est allé à la salle d'escalade à Coire, qui est notre capitale des Grisons, qui est à une heure de train. Et c'est vrai que j'ai pris goût là aussi, grimper l'hiver et pas que l'été, printemps et automne. Et là, il y avait le cadre régional qui m'a vu grimper. Du coup, ils m'ont demandé si je voulais faire partie du cadre régional. Donc, j'ai grimpé deux fois la semaine. J'ai appris un peu trois fois. Et voilà, du coup, j'ai un peu changé de groupe. Enfin, j'ai changé de groupe. Il y a un autre groupe qui s'est rajouté. C'était vraiment le groupe de l'entraînement et des compètes et tout ça. Après tout ça, ça ne nous a pas empêché d'aller en falais ensemble. Mais c'était vraiment... Et c'était les gens de la ville. Nous, on habitait vraiment la campagne. C'était un peu un autre monde. Pourtant, c'était à une heure. Mais voilà, du coup, ça m'a un peu... Puis je suis allée là-dessus et à 17 ans, j'avais fait ma première Coupe Suisse à l'ESA. Voilà, où je n'ai rien compris du tout au système de compétition, de points, de réglementation. Mais alors rien du tout, j'étais là pour tricher. Enfin, je trichais, j'ai triché tout le temps, quoi,
- Speaker #1
pour marrer.
- Speaker #0
Et après, alors ? Mais du coup, j'ai un peu suivi ce parcours. Ben voilà, j'ai fait quelques compétitions nationales, régionales. Et après, il y a l'équipe suisse qui m'a un peu vu grimper. Ils ont donné si je voulais faire partie de l'équipe suisse. Et du coup, j'ai commencé à faire des compétitions internationales. Et ma dernière compétition, c'était en 2009. J'avais 22 ans. Voilà. Et puis, c'était rigolo. C'est surtout rigolo parce que je sortais avec le grimpeur le plus fort de l'équipe suisse. Donc, c'était dingue de faire tous les voyages à deux, d'aller au bout du monde, en Chine, pour des Coupes du Monde et tout ça. Mais je n'ai jamais été très, très bonne. Enfin, j'ai commencé quand même. relativement tard à l'escalade et je me suis commencé très très tard à faire de la compète ou de la salle notamment et voilà du coup j'étais un peu biaisée parce que moi j'étais une montagnarde à la base, voilà,
- Speaker #1
mais c'était fun c'est vraiment une autre ambiance finalement l'ambiance c'est surtout le plastique en fait,
- Speaker #0
moi j'ai grandi sur la neige sur le rocher en montagne et là c'était le plastique c'était la salle, c'était la lecture des prises colorées, tout ça Donc voilà, c'était rigolo, mais aussi très répétitif. Les Coupes du Monde, finalement, avaient lieu toujours un peu à mon endroit. L'ambiance de l'équipe suisse, moi, je n'ai pas trop aimé quand même. Il y avait beaucoup de rivalités. Et moi, j'ai vraiment grandi dans l'esprit cordé. Et du coup, je n'étais pas très heureuse quand même.
- Speaker #1
Donc c'était bien que ça se termine, que tu aies passé autre chose. Oui,
- Speaker #0
et puis surtout, après, ça m'a libérée, ça m'a dégagée du temps. pour vraiment faire ce que j'aime faire. Parce que je m'emmerde un peu quand même là, avec les entraînements à Berne, avec le cadre hyper rigide, les entraîneurs qui étaient quand même... Bref, c'était pas très rigolo quand même. Et après, j'ai très vite retrouvé mes copains d'avant, mes compagnons de cordée. Et surtout à ce moment-là, j'ai vraiment compris que j'avais vraiment un truc pour la falaise. J'avais vraiment... Une bonne tête, un bon mental, peur de rien, pas peur de la chute, pas peur d'attaquer des choses hauts, dures. Et ça, c'était quand même vraiment un avantage. Et surtout, je pouvais vraiment gérer mon effort, gérer mon emploi de temps, y aller quand je me sentais prête au fond de moi, et vraiment l'effort que j'avais envie de mettre, sans pression de temps, sans chrono, sans date.
- Speaker #1
On me dit souvent que tu as un mental d'acier, justement. Est-ce que c'est quelque chose que tu crois que tu avais déjà depuis toute petite ou est-ce que c'est aussi l'escalade qui a forgé ce trait de caractère ?
- Speaker #0
Je pense que dans une fratrie, toujours les dernières, de toute façon, ils se battent. Ils ont toujours envie de faire comme les grands, ils ont envie de suivre. Je me rappelle très bien quand j'ai vu grimper mon frère et ma sœur sur un arbre. J'avais trois ans. quatre ans, je ne me rappelle plus. Je voulais faire comme eux. J'ai grimpé sur l'arbre, je suis tombée, je me suis cassée un bras. Mais n'empêche, ça ne m'a pas du tout freinée de ne plus faire pareil qu'eux. En fait, j'avais besoin de les suivre. J'avais besoin de prouver que je pouvais aussi. Oui, j'étais chiante. J'étais vraiment chiante. Et après, j'avoue que je ne suis pas compétitrice dans le sens où en fait, ça ne me parle pas trop, mais quand même, j'aime bien gagner dans le sens où j'aime bien aller au bout des choses. ce soir sur une compète ou sur un effort en général. En fait, j'aime bien me dépasser. J'aime bien vraiment l'effort en soi. Ça me plaît beaucoup. C'est un peu bête à dire, mais je crois que j'aime bien aussi souffrir. Mais pas souffrir, c'est un peu... C'est toujours un peu négatif ce mot. Mais c'est un truc qui m'intrigue, oui. De pousser très fort, dépasser. Le dépassement de soi, je trouve ça fascinant.
- Speaker #1
C'est sûr qu'en plus, là, toi, tu as plusieurs exemples de dépassement de soi vraiment impressionnants. Tu as réalisé plein de voix vraiment mythiques et dont des premières féminines. Est-ce que justement, c'était vraiment ce côté-là, ce côté de dépassement de soi que tu allais chercher dans ces défis ?
- Speaker #0
En fait, le dépassement de soi, ça ne le calcule pas. Et je pense d'ailleurs, c'est une des raisons pourquoi j'ai arrêté la compétition, parce que je n'ai jamais réussi en compétition de me dépasser. J'ai toujours été limitée, freinée par le stress, par le regard des autres, par la pression que je me suis mise. Je n'avais jamais l'esprit libre pour se dire, ben là, waouh, vas-y quoi. Et en falaise, et notamment en grande voie, je ne sais pas, il y a un truc qui s'installe en moi. Je pense que c'est vraiment cette sensation de la liberté, de m'envoler, de m'approcher du ciel, qui a fait que, en fait, je suis tellement dans ma bulle, tellement... avec l'univers, qu'en fait, j'ai fait des choses incroyables. Et oui, on ne le calcule pas, en fait. Et après, en nature, il y a aussi des circonstances, parfois, qui arrivent, qui nous arrivent, et plein de choses, la météo qui change, une corde qui reste coincée. Et en fait, il y a plein d'éléments qui font que, souvent, on arrive à des postes montoirs, mais ce n'était pas tellement calculé. C'est juste parce que les circonstances font ou les événements font qu'en fait, on n'a plus le choix.
- Speaker #1
Donc, on va parler, j'ai déjà parlé en intro, mais de ton livre que j'ai sous la main et que j'ai lu avec plaisir. Tu parles notamment de ton projet sur le Nose. Est-ce que tu peux déjà nous expliquer le projet pour des gens qui n'auraient pas le livre ?
- Speaker #0
Donc, il y a plein de falaises sur cette planète connue ou moins connue. Il y a une paroi aux États-Unis, c'est dans le parc national du Yosemite. et ça s'appelle El Capitan. C'est une paroi en granit de 1000 mètres et elle est très très impressionnante parce qu'en fait, tu as la route et en cinq minutes, on est au pied de la voie et elle est tellement lisse et tellement peu structurée qu'en fait, depuis le bas, on va au sommet. C'est vraiment une sensation incroyable. Donc, là-bas est née l'escalade aux US, aux Etats-Unis. Comme nous en France, dans la forêt de Fontainebleau, dans le sud à Bioux, là-bas, il y a vraiment l'histoire d'escalade qui s'est créée. Et notamment, il y a la première voie sur cette paroi qui a été libérée, ça s'appelle le Nose. Et cette voie a été libérée par une femme, Lénile. Donc il n'y avait pas d'homme, il n'y avait pas de femme, c'était vraiment la première personne à libérer une voie sur la haie capitaine. Et du coup, Lynn est vraiment entrée dans l'histoire en libérant ses doigts. Donc ses doigts, la particularité de ses doigts, c'est que c'est relativement facile avec quelques longueurs clés. Et même si on n'est pas bon grimpeur, on arrive à monter la paroi parce que les longueurs en clé, qui sont vraiment d'une très grande difficulté, on arrive à les passer en artif. C'est-à-dire, on prépose des freins, des coinceurs. C'est du matériel de protection qu'on pose dans les fissures. Et on peut mettre une échelle, on se tire dessus, on passe un artif. Et le reste, c'est plus facile, on peut grimper. Donc il y a quand même quasi... Le no, c'est un passage obligatoire d'un grimpeur, d'une grimpeur. Sauf la passion libre, il n'y a qu'une poignée de gens qui ont réussi. Donc moi, je me suis mis un objectif de la libérer.
- Speaker #1
Et pourquoi est-ce que tu penses que ce projet, il est devenu aussi obsessionnel, en quelque sorte, que quand on lit le livre ? On a vraiment l'impression que ça devient vraiment le truc au centre de ta vie et une vraie obsession.
- Speaker #0
Alors il faut s'imaginer que dans justement mes vingtaines, j'ai fait grimper, J'avais vraiment l'objectif d'être une grande peste polyvalente et de pouvoir monter à toutes les parois possibles sur cette terre. Et après, j'ai eu 30 ans, 31, 32. Et c'est vrai que la différence entre la vie à la verticalité et la vie à l'horizontale, était devenue, il y avait un gap énorme. Parce qu'en fait, toute mon existence, toute mon identité était escalade, était quand même performance, c'était la vie autour des sponsoring, la vie des voyages, les aventures, les copains d'escalade, tout, Et en fait, une vie privée, je ne l'avais plus en fait. C'était tout mélangé. C'était mon identité. Et je pense que le seul moment privé que j'ai eu quand j'étais... pas assez justement accrochée sur une paroi, c'était quand je passais du temps avec mon frère. Et mon frère, ben voilà, si t'as lu le livre, ça a toujours été un peu mon idée, idole. Quelque part, il a remplacé un rôle masculin dans ma vie. Et ouais, c'était mon grand frère, frère que je l'adorais comme tout. Et lui, ben très tôt, il a eu une compagne, c'était ma meilleure copine d'ailleurs, et il a fondé une famille et en fait, il avait une vie épousée. Voilà, très... calé, très stable, un bonheur assez stable. Et en fait, je l'enviais quelque part pour l'engagement qu'il a fait et le temps qu'il a investi pour construire une telle vie. Et moi, j'étais mais loin, Mais quand même, ça m'a donné envie. Du coup, c'était bizarre. C'est comme si à chaque fois, je redansais une paroi. J'avais besoin de lui pour qu'il me rattrape, qu'il m'accueille. Et c'était dur d'être avec eux parce que c'était beau. mais c'était tout ce que je n'avais pas. Et du coup, je me suis dit, j'aimerais bien faire encore une ose, grimper une ose, libérer une ose, ce serait mon dernier objectif. Et après, c'est bon, je vais prendre du temps pour trouver un copain, pour me fonder une famille, pour m'approcher un peu de la vie de mon frère. Donc je voyais ça très noir et blanc. Et c'est de là où en fait le nose est devenu un peu une obsession. Parce que je voyais le bout. Je me suis dit il faut que j'aille au bout de cette chose. Parce que pour être honnête, à part le nose en fait, j'avais un peu fait ou au moins essayé tout ce que j'avais envie d'essayer. Ou de faire ou de grimper et tout. J'avais plusieurs moments de grands rêves où je me suis dit waouh, si je ne fais pas ça, je vais être frustrée. Non, c'était vraiment le nose. Et du coup, je voulais vraiment le grimper en libre. Et ensuite passer à autre chose. Sauf que l'habit, ce n'est pas noir et blanc. Puis moi, comme j'étais passionnée, c'était un peu idiot de penser comme ça.
- Speaker #1
C'est intéressant de comprendre aussi, et à postériori, de comprendre le sens de tout ça, pourquoi tu l'as fait. C'est chouette d'arriver à l'identifier aussi. Après coup, oui. Oui, après coup, mais bon, c'est quand même bien. Au moins, on fait les choses en général. On n'a pas toutes les clés de compréhension. C'est ce qui fait le charme. Et sans révéler peut-être tout le détail, parce que je trouve que c'est bien expliqué dans le livre et j'en ai tout le monde à lire. Mais est-ce que tu veux nous expliquer un peu en deux mots comment s'est passé ce long projet ?
- Speaker #0
En fait, ça s'est fait gentiment. C'est une idée que j'ai en tête depuis des années et des années. Je suis allée une première fois en 2017 avec mon ex-copain et on l'a fait en trois jours en mot d'artif et tout. Et c'est vrai que je vais passer ces longueurs clés. en tirant sur des points. Et je me suis dit, oh là là, mais ça va être dingue de grimper sans libre. C'est des prises minuscules, c'est des structures, mais je me suis dit, c'est fou, je n'ai jamais vu ça. Et lui, il n'avait plus envie de retourner avec moi, et du coup, j'avais justement envoyé des messages à Linil. Là, Linil, qui l'avait grimpé en libre comme première personne. Et du coup, quelques mois après, on a répondu, il m'a dit, ça tombe bien parce que moi, j'ai envie de retourner dans le NOS pour célébrer les 25 ans de la libération d'El Cap. Donc voilà, on a créé l'équipe en 2018 où j'ai libéré une très, très grande portée de la voie. Et après, l'année d'après, il m'a encore une fois accompagnée pour que je puisse vraiment aller au bout, au bout. Et voilà. Et du coup, je suis vraiment allée au bout. Mais bon, ça, il faudra lire le livre parce que c'est intense. Et déjà dans le livre en soi, je me livre quand même d'une manière différente parce que justement quand on ne connaît pas ou justement quand on connaît dans le monde d'escalade, en fait, j'ai toujours été une femme brillante qui a eu beaucoup de réussite, beaucoup de détermination, un peu un bulldozer. J'allais droit au but, pas d'excuses. pas de « ah, j'ai mal au ventre » , pas genre… Voilà, j'étais très, très, très directe, très aiguisée. Et là, en fait, je me suis vraiment livrée. Parce qu'on ne peut pas toujours fonctionner comme ça. Au bout d'un moment, ça ne marche plus. Au bout d'un moment, on devient trop exigeante. Ça nous mine, en fait. Voilà, physiquement, moralement, en fait, c'est trop dur d'être… toujours à la pointe, c'est trop dur. Donc au bout d'un moment, on craque. Et le nose...
- Speaker #1
C'est ça qui est intéressant dans ton livre aussi.
- Speaker #0
Et dans le nose en particulier, j'avais vraiment envie et besoin d'écrire le procès. Mentalement, physiquement, parce que physiquement, j'ai vraiment dépassé les limites. Et je trouvais ça intéressant aussi de voir un peu l'envers de la médaille. Parce que si ça marche, après coup... ben voilà, on avait un peu mal aux pieds et tout et tout, on s'est un peu sacrifié mais c'est pas très grave, on oublie très vite les médias oublient très vite les fans, de toute façon, ils voient pas ça ils oublient très vite, ça fait un peu perdre les trucs mais si on réussit pas, ah non on oublie pas, on n'oublie plus jamais et c'est vrai que du coup, en tout cas pour ma part il était temps que je n'arrive pas que je réussisse pas pour une fois c'est là que c'est super intéressant,
- Speaker #1
et est-ce que l'idée d'écrire le livre, c'est venu bien après ? Où tu as eu justement un temps un peu de digestion, de compréhension.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Après, c'est vrai qu'après cette chute au nose, enfin, c'est une chute entre guillemets, je n'ai pas fait une grande chute, mais c'était une chute dans la vie. C'était un atterrissage par terre, au sol où tout le monde marche. Il fallait vraiment que je fasse face à la vie réelle. Enfin, pas la vie réelle, mais... Mais ouais, que je dise, non, mais c'est bon, là. tu ne vas quand même pas finir à 70 ans toujours accroché sur un bout de pare-oeuf. Ce n'est quand même pas possible. Et à part ça, à côté de ça, tu ne construis pas grand-chose. Donc, il était vraiment ça. Et puis, c'est vrai que cette chute, ça m'a laissé un grand vide. Et du coup, ce vide, en fait, était là pour être rempli aussi avec des belles choses, des nouvelles choses. Juste après ça, je me suis mis ensemble avec Jérémy. On a créé un magnifique projet ensemble qui s'appelle Andrea, qui est vraiment basé sur l'humain, sur le social. Après un an et demi, je suis tombée enceinte. Donc, il y a eu Lya. Après, il y a eu Dune, notre deuxième fille. En fait, c'était incroyable. Ça m'a peut-être fermé quelques portes. Mais en tout cas, ça m'a ouvert les plus belles portes de la vie. Vraiment, la famille, l'amour, les enfants, heureusement.
- Speaker #1
C'est génial d'avoir ce témoignage-là. Et justement, je trouve que cette vulnérabilité dont tu parles, elle ressort du coup très bien dans le livre. Et est-ce que c'était quand même... Là, évidemment, maintenant, tu as vachement de recul pour te dire que c'était nécessaire, etc. Mais est-ce que quand même, c'est dur quand on est... Enfin, toi, tu es une grimpeuse légendaire. Est-ce que c'est dur quand même de révéler ça ? Ou est-ce qu'il y a aussi un peu une forme de soulagement de se dire, ok c'est bon, c'est écrit ?
- Speaker #0
Non, non, moi je pense, le soulagement, j'ai ressenti un soulagement quand j'ai écrit sur mon passé, sur le décès de mon père, sur notre enfance qui était du coup un peu quand même marquée, un peu traumatisée. En fait, je n'ai jamais écrit, on ne parlait pas beaucoup et c'est vrai que c'était là, pas tellement tabou, mais quand même on ne parlait pas beaucoup. Et puis, vu que j'avais que deux ans et demi, que mon papa a décédé, je l'ai pris un peu normal. Je ne connaissais pas d'être parent et je ne connaissais que d'avoir une mère. Et puis après, je me suis débrouillée dans ma vie et c'était très bien. Mais c'est vrai que ça m'a vraiment fait du bien. Je me suis dit, oh là là, j'ai quand même averti ma maman parce que, pour l'histoire un peu drôle, je suis vraiment suisse-allemande, ma langue natale, c'est l'allemand. J'écris le livre en français, mais du coup, je n'ai jamais pu lui donner le livre pour un contre-lecture. Et je me suis dit, oh là là, j'espère qu'elle va pas mal prendre. Donc, je l'ai quand même bien expliqué, tout ce que j'ai écrit. Il m'a dit, Nina, c'est bien, il fallait, il était temps. Donc ça, ça m'a fait bien fou. Après, parce que c'est quand même vraiment des sujets qui sont quand même hyper importants, qui sont assez graves, enfin, assez dramatiques. Et ça arrive quand même à plein de gens. Enfin, voilà, grimpeur ou pas grimpeur, on s'en fiche. Mais bon, ça arrive à plein de gens. Après, sur le nose et mon addiction, enfin, mon addiction, ma... passion, l'obsession du nose, en fait, je trouve, ça ne m'a pas du tout soulagée et j'espère juste que ça peut servir comme leçon. Et en soi, il n'y a rien de grave qui s'est passé, je ne me suis pas fracassée. C'est sûr que j'avais les pieds un peu, j'ai toujours les pieds un peu pourris, mais en fait, je n'ai pas laissé des traces hyper graves. Et je trouve aussi ma carrière jusque-là était une carrière magnifique, très sain. Je pense que j'ai toujours eu le bon dosage entre pousser, se reposer, rigoler, faire la spéléo, boire du vin. C'était toujours quand même dans un équilibre qui a fait que, oui, j'ai quand même tout donné, mais j'ai su me ressourcer. Et puis, voilà, j'ai croqué la vie en plein nom. Et c'est juste, oui, vraiment, à partir de 30 ans, au fait, vraiment, mon horloge... biologique s'est installée, là, je trouve que ça a pris une tournure un peu... Mal ça, c'est un gros mot, mais trop obsessionnel. Trop, genre, bulldozer. Tout ce qui me freine, je dégage de ma vie. Il n'y a que ça. Laissez-moi tranquille. J'ai un objectif. Il ne faut pas m'emmerder. Et voilà, ce n'est pas comme ça qu'on mène une vie, parce que déjà, de un, on va finir toute seule, et de deux, on va droit au mur. Mais je trouve que c'était bien de... Et voilà, du coup, après des pieds, je trouve que j'ai ma vie, mon escalade en tout cas, ils ont vraiment fait une belle évolution. Je suis toujours autant passionnée de l'escalade, ça, il n'y a pas de souci. Mais en avoir traversé quand même deux grossesses, deux accouchements, déjà physiquement, en fait, je n'arrive plus à me faire du mal. Je n'arrive plus à être méchant avec moi-même. Je suis justement reconnaissante de tout ce qu'a fait mon corps. Déjà ça, c'est vraiment bien, je suis très gentille. Et puis juste en général, de voir... Ben voilà, grâce à la grossesse, j'ai fait amie avec la moulinette. Donc voilà, je l'ai fait quand j'étais enceinte. Plein de choses en fait qui ont fait que je suis devenue beaucoup plus douce, beaucoup plus gentille, beaucoup plus ouverte à tout le monde. Là, c'est vrai que parfois j'en chie avec mes enfants. Je ne sais pas comment faire. Du coup, je suis vulnérable comme tout le monde en fait.
- Speaker #1
ça me fait du bien parfois de se rendre compte de ça ah bah oui,
- Speaker #0
mais carrément mais du coup l'escalade aujourd'hui c'est un magnifique ressourcement ça me donne de l'énergie Ça me coupe. Parfois, je vais grimper deux heures et c'est bon, ça me suffit. Je refais le plein, je suis à nouveau bien avec mes enfants et tout. Et en fait, c'est trop bien comme ça va quand même accompagner. Et je suis très, très contente aussi de pouvoir encore grimper, grimper à haut niveau. Là, j'ai vraiment fini avec les maternités. J'ai un corps quand même à nouveau très, très puissant et très, très fort. Et c'est agréable aussi. Mais je ne pense pas que je pourrais retourner. dans ce tunnel de l'obsession. C'est tout simplement pas possible parce que maintenant, il n'y a plus que moi. Il y a mon partenaire, il y a ma famille.
- Speaker #1
Oui, effectivement. C'est vraiment tout un autre cycle qui s'est construit. Et il y a aussi un point qui m'a frappé, c'est le côté très sincère avec lequel tu parles dans le livre de ton combat contre des TCA, donc des troubles du comportement alimentaire. Ce n'est pas quelque chose dont on entend forcément beaucoup parler. Et je trouve aussi que c'est un sujet qui mérite qu'on en parle davantage. Est-ce que ça t'a semblé évident déjà d'en parler directement dans le livre ? Est-ce que c'est quelque chose qui est complètement derrière toi ? Est-ce que ça reste toujours compliqué à gérer ? Enfin, comment tu vis ça encore en fait ?
- Speaker #0
Non, c'est plus du tout compliqué à gérer, bien au contraire. Parce que très vite, j'ai compris un peu la source du problème. Et la source du problème, ce n'était pas lié à un sport où il faut être très léger et tout ça. En fait, moi, ma source de problème, c'était à 17 ans. j'étais malheureuse, je ne savais pas où j'allais, je me suis sentie incompris. Et en fait, je n'avais personne pour parler et je trouvais la source des problèmes, des troubles de comportement. Bon, des troubles, peut-être que ça ne vient pas d'ailleurs, mais en tout cas, tous les troubles, toutes sortes de troubles, ça vient de quelque part. Et moi, j'ai vraiment trouvé la source du mien, c'est que je n'arrivais pas à être dans un cadre. C'était impossible. C'est bizarre, quand on est en Suisse alémanique, on est le roi des quatre.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est paradoxal.
- Speaker #0
Ah oui, mais du coup, j'étais malheureuse parce que tout le monde pensait se projeter, pensait déjà à la retraite, d'avoir un chemin tracé, classique, il faut entrer dans les schémas, il faut plaire, il faut avoir un bon salaire. En fait, je n'étais pas faite pour ça. Et du coup, après coup, c'est un peu drôle parce que je l'écris aussi dans le livre. On ne devient pas anorexique parce qu'il y a un planning d'entraînement ou d'année scolaire. C'est ridicule. En fait, pour moi, c'était le cas. J'étais malheureuse. Je détestais de savoir ce que je faisais demain. Le week-end, toute l'année était planifiée. Donc, il fallait que je sorte un peu du cadre et que je fasse ma voix. C'est ça, en fait. J'avais besoin de tracer moi-même, prendre le stylo et dire ça, c'est ma voix. Je la dessine. Et dans le livre... Je voulais vraiment mettre le point là-dessus en disant que ce n'est pas lié parce que je faisais un sport où le rapport poids-puissance est important. C'est sûr, c'est un sujet dans le sens où, en fait, on fait quand même attention. On fait attention à avoir une bonne hygiène de vie, à beaucoup dormir, à beaucoup boire, à bien manger. Dans des périodes où on sait qu'on a vraiment un projet, on essaie de réduire le fromage, on essaie de réduire le vin. en fait après je trouve que ça fait quand même assez sens mais en tout cas c'était pas lié au sport, je me suis dit j'ai envie d'être le plus âgé possible c'était vraiment ailleurs et du coup j'aimerais juste encourager les jeunes à plus parler à être dans un cadre on parle plus déjà au sein de la famille peut-être dans un contexte scolaire ou autre en tout cas qu'on puisse vraiment parler parler, parler des mots qui ne vont pas, des choses qui ne vont pas.
- Speaker #1
Oui, c'est tellement important.
- Speaker #0
Oui. Donc du coup, ça m'a quand même fait beaucoup de... Ce n'est pas que ça m'a fait du bien. Je pense que pour moi, c'est évident d'écrire là-dessus parce que c'est vrai que ça m'a quand même accompagnée pendant quelques années, dans mon adolescence et tout. Ce n'est quand même pas facile. Et ensuite, quand j'ai quitté la Suisse, ça m'a soulagée. Et c'est rencontrer la Suisse. C'est juste, en fait, que je n'étais pas faite pour vivre. En Suisse, dans un cadre, j'avais besoin d'être rebelle, de quitter, de casser les règles. Et du coup, t'es venue en France. Ah oui.
- Speaker #1
J'étais heureuse. C'est marrant.
- Speaker #0
J'étais heureuse. La première fois que je rencontrais des gens, leur but, c'était de travailler le moins possible dans la vie. Toutes l'opposé, ce que m'ont appris les Suisses. C'était génial. C'était génial. Non, vous voyez, j'avais besoin de... Ouais, d'être vagabonde, d'être bébé, de voler dans le supermarché. En fait, j'avais besoin. grosse rébellion et suite donc suite au nose etc tu t'expliquais là que t'as quand même complètement évolué que c'était vraiment un nouveau cycle mais comment t'as réussi en fait aussi à faire ce travail là est-ce que t'as eu des choses qui t'ont alors j'imagine que l'histoire du nose t'a aidé de fait mais c'est quand même pas évident d'arriver vraiment à se dire non mais en fait j'ai besoin de nouvel équilibre et... Est-ce que c'est quelque chose qui s'est fait naturellement aussi parce que tu as rencontré ton compagnon à ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, après, moi j'ai toujours dit que je fais confiance à la vie. Donc c'est sûr que sur le moment que j'ai échoué une ose, c'était très très difficile. Mais après, la vie a fait qu'il y a eu des événements qui sont arrivés où c'était un peu forcé, mais quand même c'était assez naturel. Donc déjà, je suis descendue d'une ose et j'avais besoin d'amour en fait. J'étais devenue froide. inaccessible à un mur et j'avais besoin de chaleur, de chaleur humaine, j'avais besoin d'autre chose. Donc justement, j'ai rencontré Jérém et une fois les premiers mois s'est un peu passé, j'avais très vite tendance à repartir en parois genre ok, ciao, je suis sur la parois, pas de nouvelles, je fais mon truc et c'est même pas de... je m'attends pas quoi, je reviens quand la mission est terminée. Et lui m'a fait comprendre que si je voulais avoir une vie de couple, mais en fait, ça ne marchait pas comme ça. Donc au début, c'était dur, conflictuel. Et on est vite allé voir une thérapeute. Genre après quelques mois, je me suis dit, mais ce n'est pas possible. Ça fait quelques mois qu'on sort ensemble et c'est toujours conflictuel. C'est quoi le problème ? Donc on est allé voir une thérapeute de couple pendant deux fois. Et c'est bon, deux séances, c'était terminé. On ne s'est juste pas trop compris, on n'a pas compris nos besoins, on a fait un pas vers l'autre et vraiment depuis c'est juste trop bien. Donc je conseille à tout le monde de ne pas attendre trop longtemps, de ne pas attendre 2-3 ans, d'aller directement. Et après Jérène, ce mec il est fou aussi, en fait il est réveil et justement lui encore pire que moi, il a vraiment peur de la routine et vraiment d'entrer dans le moule. Donc il est créatif, il est fou, il a toujours des idées. Et justement, quand ça a crisé un peu, on s'est dit, mais en fait, pour nous, notre couple, il faut qu'on crée un projet ensemble. Donc, on a créé un projet qui s'appelle Andrea, qui combine vraiment ma passion pour l'escalade.
- Speaker #0
Explique-nous.
- Speaker #1
Donc, on s'est dit, en fait, on a envie de voyager. On a envie de voyager différemment. Peut-être pas forcément pour la performance, mais vraiment pour le sport et pour aller à la rencontre des gens. Parce qu'alors, lui, il a la tchatche. Il tchatche tout le monde. Il est hyper ouvert. à tout et tout le monde. Et moi, je dis, j'aimerais bien quand même voyager pour l'escalader, mais aussi amener une dimension autre et vraiment apporter quelque chose. Donc, on a acheté un Ninimog. C'est un poids lourd. Et on a construit un mur d'escalade à Mobim. Et on voyage avec pour amener des valeurs du sport aux gens qui sont vraiment pauvres, qui habitent dans des lieux pitoyables, qui ont besoin de bonheur, en fait. On est partis quatre mois dans les pays de l'Est, en Roumanie et en Grèce. On a travaillé avec énormément de gens pauvres en Roumanie, notamment en Grèce, avec deux camps de réfugiés différents. Et en fait, ça m'a vraiment ouvert les yeux. Et je dis, waouh, mais c'est incroyable en fait. On a tellement de vies privilégiées. Et là, on a vraiment créé un projet qui nous met en égalité avec tout le monde. On monte un mur d'escalade, on invite tout le monde à venir grimper et tout le monde est paré sur le mur. Et ça nous a vraiment... Ouais, ça nous a vraiment changé. Rien que la démarche du projet, je me suis dit, là, il y a vraiment, oui, c'est pas pour plaire à un sponsor, c'est pas pour plaire à, oui, Nina a fait un truc sympa. C'est genre, vraiment, j'avais une profonde envie de dire, mais là, en fait, 15 ans, c'était qu'autour de moi. Mais là, j'ai envie de donner. J'ai envie de partager ma passion pour l'escalade parce qu'il y a vraiment un truc, vraiment un truc. Donc, on a créé ce projet. On est partis. Après, je suis tombée enceinte à la fin du voyage. J'ai eu l'IA. Et après, on a eu un peu de problèmes de santé avec l'IA. Elle a dû se faire opérer à cœur ouvert quand elle avait trois mois. Donc, ça nous a quand même bien, bien, bien remis les priorités. Et quand elle était vraiment bien, on est partis au Maroc pendant trois mois. On est tombés pile dans le tremblement de terre. Donc, notre camion s'est carrément transformé. Aux missions humanitaires, on a mobilisé énormément d'argent pour acheter de l'argent et des fournitures pour reconstruire. On était sur place, on a aidé à reconstruire. Une fois les routes étaient faites, on est venu avec notre camion pour justement pouvoir offrir une bulle de bonheur pour tous les orphelins. D'une richesse, c'était incroyable, vraiment. Et en fait, je pense vraiment à l'expérience au Maroc, des pieds, en fait, ça nous a tellement changé, on ne peut plus revenir en arrière. C'était trop fort.
- Speaker #0
Ça, on peut le voir dans un film. Vous avez fait un film qui s'appelle Andrea, d'ailleurs, si je me souviens bien, qui est très bien, du coup, j'ai vu aussi. Je ne sais plus sur quelle plateforme il est disponible. Sur YouTube. C'est YouTube, en fait. Oui, oui, c'est ça. Donc, je recommande aussi. Et donc ça, est-ce qu'il va y avoir une suite, en fait, à ce projet-là ?
- Speaker #1
Oui, carrément. Donc, du coup, la suite, c'était, ben voilà, on a rendu le tremblement de terre et tout. Et puis, je crois, deux mois après, pareil, j'ai ressenti un truc. Je dis, j'ai envie d'avoir un deuxième enfant. J'ai dit, non, si on a un deuxième enfant, il faut changer de camion. J'ai promis. Je dis, non, on ne peut pas. On ne peut pas refuser un deuxième enfant juste parce qu'il faut changer de camion. Donc, on a fait un deuxième enfant. Mais du coup, il fallait qu'on... On se sépare de notre chère Unimog parce que c'était impossible de vivre à quatre dedans. C'était vraiment un logistique qu'on parlait, ce n'était pas possible. Donc on l'a vendu et on a acheté un camion un poil plus grand, mais plus confortable à rouler et qui a vraiment la place pour conduire pour quatre personnes. Et du coup, on est reparti l'année dernière pendant cinq mois, mais vraiment au voyage test, genre on voit comment ça se passe avec les enfants. On a vraiment fait un voyage trip escalade. Je me suis vraiment remise à l'escalade. Et là, on est en plein de travaux. On est en plein de travaux, on médiche un peu l'intérieur pour avoir un dédié pour les filles. On remet le mur d'escalade, on remet la peinture et on part pour deux ans.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
deux ans.
- Speaker #0
Et le projet, alors, c'est d'aller où ?
- Speaker #1
Alors, tout d'abord, fin d'été, on retourne au Maroc parce qu'on a envie de continuer un petit peu les projets qu'on a commencé là-bas. Notre objectif, c'est d'être un peu plus varié. Donc, on va plus s'équiper des voies d'escalade accessibles, du coup, justement, pour des jeunes, pour des enfants. On a pu récupérer plein de panneaux d'une ancienne structure d'escalade en Suisse qu'on a fait livrer au Maroc. Donc on va monter des petits murs d'escalade, des ponts en fait, où on grimpe sur des matelas à trois endroits différents. Vraiment pour que les gens puissent commencer quelque part avec l'escalade et s'y mettre. Et après, on revient ici, on a un petit pied-à-terre, on va louer un petit truc pour que Jérémy puisse faire sa saison d'hiver. Et après, on part longtemps jusqu'en Asie centrale. Voilà. Et en tout, on part à deux ans. Parce que justement, on est resté, on est vraiment resté un peu, enfin, on n'est pas du tout encore au bout de ce projet. On a vraiment envie de faire ça maintenant avec les enfants. Ils sont petits. L'école, c'est encore assez flexible. Et on a envie d'aller au bout de ce projet en vrai.
- Speaker #0
C'est génial. Super projet. Et est-ce qu'il va y avoir un film aussi à nouveau ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. pense pas à un film. Ou plusieurs,
- Speaker #0
parce que c'est vrai que sur deux ans.
- Speaker #1
Oui. Justement, donc, j'ai remis les photographes. Moi, je suis un peu professionnelle. Et c'est vrai que la vidéo, pour nous, c'est pas un truc naturel, intuitif. On avait fait ce film avec Maxime Moulin sur le Maroc, notamment, mais déjà avant, il avait un peu filmé avec nous. Et c'est vrai que de faire un vrai beau film, ça demande une logistique monstrueuse. Parce que nous, on a bien beau à filmer l'instant T avec une petite caméra à main, mais forcément, à des moments clés, il faut des équipes qui viennent et qui font des belles images, des trucs lisses, super beaux. Et en fait, on s'est dit, si on part deux ans, je crois que ça va nous enlever le moment présent. Ça va nous enlever vraiment de vivre l'aventure. Surtout, on part avec deux enfants, donc il y aura toujours une opère avec nous, ça, c'est pas un problème. Mais en fait, c'est juste, je crois que ça va vraiment nous enlever... une partie du présent. Donc là, on est plutôt partis sur un livre. Parce que moi, l'écriture, justement, j'ai vraiment pris goût. Jérôme, la photo, il est fait pour ça. Bien sûr, c'est de l'effort, mais c'est assez naturel pour lui. Donc on est plutôt partis sur un récit d'aventure. Livre, photo, récit d'aventure, ouais.
- Speaker #0
Génial, ça a trop... Effectivement, c'est très logique. Je vois tellement ce que tu veux dire sur... La vidéo, c'est une telle organisation et logistique que ça te coupe un peu de ce que tu es en train de vivre. En plus,
- Speaker #1
sur deux ans... Avec des enfants, on est taqués tout le temps.
- Speaker #0
C'est sûr. Justement, sur tes deux filles, je voulais te demander aussi. Il y a plein de femmes, surtout sportives, qui vont avoir tendance à se dire « Si j'ai des enfants, comment je vais continuer à pratiquer ? » Comment, toi, tu as géré ça ? De toute façon, ta pratique... À ce moment-là, tu avais envie que ça évolue. Et du coup, tu as laissé ce nouveau cycle prendre de la place. Comment est-ce que tu gères et que tu gères encore d'ailleurs ?
- Speaker #1
Oui, alors un point, je suis assez contente que j'ai réalisé l'affaire. C'est que moi, je me suis toujours dit, je fais d'abord carrière et ensuite je fais une famille. Et en fait, c'est vraiment ce qui s'est passé aussi. Même si je reste toujours dans l'escalade, j'adore la perf. Là, j'ai hâte de reprendre mes projets parce que physiquement, je suis vraiment en forme. Mais en fait, je savais qu'il était temps et j'avais vraiment envie de faire une famille. Les voyages qu'on faisait, notamment avec Andrea, en fait, au début, on s'est dit, oh là là, est-ce qu'il faut tout arrêter avec un enfant ? En fait, non, on est partis au Maroc, c'était encore dix fois plus puissant. Donc, en fait, c'est juste les projets, ils évoluent. Parce qu'en fait, aussi, j'ai envie de transmettre, j'ai envie de transmettre cette passion. Je n'ai pas envie d'être une mère frustrée, pas là pour les enfants, toujours partie. En fait, j'ai envie de les embarquer dans cette passion. Et physiquement, c'est sûr que c'est un impact assez grand et violent quand même. Un accouchement, c'est violent, on peut se dire. Mais après, c'est aussi... Moi, j'ai fait du sport toute ma vie. J'ai une hygiène de vie bien toute ma vie. Et ce n'est pas de grossesse qui va me faire que là, c'est fini. Je n'ai plus d'apto, je n'ai plus rien. Non, pas du tout. C'est que bien sûr, il faut énormément de temps pour récupérer. Ça a presque pris un an pour les deux. Beaucoup plus pour la deuxième que pour la première. Mais oui, on ramasse quand même bien au niveau... périnée, niveau sensation. Pour d'une, j'avais allaité 11 mois, donc c'est sûr que tout mon corps est resté flex, molle, en mode maman. Donc il faut savoir. Je pense que c'est bien. Mais ça n'empêche pas que derrière, on peut reprendre très fort. Et il y a une chose qui est sûre, qui évolue, qui nous rend plus fortes, c'est vraiment l'efficacité. C'est qu'en fait, maintenant, le temps, il était mon précieux. Le temps que je peux grimper, aller en falaise ou juste m'entraîner sur mon pont était mon précieux. C'est sûr que je ne veux pas trouver des excuses pour ne pas y aller. Je ne veux pas me sentir un peu fatiguée. De toute façon, on est fatigué tout le temps. En fait, c'est maintenant. Tu as deux heures. Vas-y à fond. Et du coup, c'est assez gratifiant, je trouve.
- Speaker #0
Oui, carrément. C'est juste, au final, une nouvelle manière de s'organiser et de faire. Oui,
- Speaker #1
et puis en fait, comme je dis, maintenant, quand je fais une journée falaise avec les copains, en fait, c'est incroyable. Et avant, c'était toute ma vie. Cinq fois par jour, j'étais sur un bout de rocher et même plus. Et en fait, oui, on apprécie beaucoup.
- Speaker #0
Oui, j'imagine. Et alors, dans les prochains projets, j'imagine qu'il y a le projet Andrea qui est le principal. Mais est-ce que tu as d'autres choses aussi dont tu veux nous parler ?
- Speaker #1
Oui, oui. Ben du coup, là, j'aimerais bien... J'ai un petit projet dans le sud que j'ai laissé en stand-by pendant quelques années, un 8B, 8B+, dans une falaise qui s'appelle Saint-Léger. C'est un profil, un panneau 45, une voie bien excellente. Donc, j'aimerais bien l'enchaîner. Et puis après, j'ai un projet en grande voie. L'été, c'est une voie de 1000 mètres dans le sud de la France, vers Gap, au pic de Bure. Donc, c'est une voie alpine qui monte jusqu'à 8. c'est pas extrême et je crois que c'est assez exposé, il faut bien gérer enfin voilà un projet un peu de grandeur et apprendre par son voyage plein de belles choses à venir oui oui c'est génial,
- Speaker #0
on va suivre tes aventures tes prochaines aventures et pour terminer j'ai une petite question que je pose à tout le monde mais quel message est-ce que t'aimerais bien faire passer aux femmes qui nous écoutent ?
- Speaker #1
aux femmes qui nous écoutent, moi je dirais aux femmes et aux hommes qui nous écoutent
- Speaker #0
Ça peut aussi être un message mixte.
- Speaker #1
Ben oui. Moi, j'aimerais bien dire aux gens de vraiment se rendre compte que la vie, elle est vraiment précieuse. Je pense que si on écoute un podcast, on est déjà des gens qui sont privilégiés parce qu'on va dehors, on se laisse inspirer par les activités, par les endroits et tout. C'est quand même assez dingue. Et vraiment de se rendre compte de la chance qu'on a. Ça, c'est vraiment le message qu'elle aurait envie de faire passer.
- Speaker #0
C'est un beau message. Merci beaucoup, Nina. Un grand merci. Je rappelle ton livre « La voie devant soi » que je mettrai, bien sûr, de toute façon, le lien en description de l'épisode. Super livre à lire. Pour compléter cette interview, on vous a mis des petits moments de suspense, mais là, maintenant, vous pouvez lire le livre en entier. C'était hyper intéressant d'échanger sur ton parcours. Moi, à l'inverse, j'avais lu le livre avant, mais j'ai eu plein d'autres éléments. qui m'ont permis de mieux comprendre certaines choses. Donc, grand merci pour tout ce partage et plein de bonnes choses pour tes projets.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode. S'il vous a plu, n'hésitez pas à mettre 5 étoiles sur les plateformes de podcast, à nous laisser un commentaire. On lit tout et ça fait vraiment plaisir. Et vous pouvez aussi nous suivre sur Instagram et surtout vous abonner à la newsletter avec plein d'infos sur le sport outdoor au féminin.