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Les femmes dans le journalisme de sport avec Mejdaline Mhiri | Femmes journalistes, Sport féminin, Journalisme sportif

Les femmes dans le journalisme de sport avec Mejdaline Mhiri | Femmes journalistes, Sport féminin, Journalisme sportif

29min |19/11/2024
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Les femmes dans le journalisme de sport avec Mejdaline Mhiri | Femmes journalistes, Sport féminin, Journalisme sportif

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29min |19/11/2024
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Description

Dans cet épisode de La Sportive Outdoor, nous avons le plaisir d'accueillir Mejdaline Mhiri, une journaliste de sport freelance qui se bat pour la représentation des femmes dans le sport. Mejdaline est également coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport, un rôle qui lui permet de porter haut la voix des femmes sportives dans un milieu encore largement dominé par les hommes. Elle partage avec nous son parcours atypique, qui l'a conduite à embrasser le journalisme sportif après des études de cinéma et théâtre.


Au fil de la conversation, Mejdaline aborde les défis qu'elle a rencontrés en tant que femme dans le journalisme sportif, un domaine où seulement 15 % des journalistes sont des femmes. Elle évoque le syndrome de l'imposteur, une réalité pour beaucoup de femmes dans le sport, et la nécessité de prouver ses compétences face à des stéréotypes persistants. Mejdaline nous raconte également ses moments marquants, comme sa première couverture d'une compétition internationale et son expérience en tant que rédactrice en chef au magazine Les Sportives.


L'épisode met en lumière l'importance de l'égalité et de la diversité dans le milieu du sport. Mejdaline explique les actions menées par son association pour promouvoir une meilleure couverture médiatique du sport féminin et pour encourager davantage de femmes à s'engager dans le journalisme sportif. Elle insiste sur le besoin crucial de se soutenir mutuellement et de persévérer dans un secteur qui peut parfois sembler hostile.


À travers ce témoignage inspirant, Mejdaline nous rappelle que le sport au féminin mérite d'être mis en avant, tout comme les femmes sportives qui brillent dans leurs disciplines respectives.


Suivre Mejdaline:

Linkedin: https://fr.linkedin.com/in/mejdaline-mhiri-a03a71a6

Site de l'association: https://femmesjournalistesdesport.fr/association/


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Musique du générique:

Titre: Running (ft Elske)

Auteur: Jens East

Source: https://soundcloud.com/jenseast

Licence: https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Laurène

    La Sportive Outdoor,

  • Mejdaline

    le podcast.

  • Laurène

    Bonjour à toutes et bienvenue sur La Sportive Outdoor. Aujourd'hui, je reçois Mejdaline Mhiri, qui est journaliste de sport freelance et coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport. J'ai trouvé intéressant de la recevoir pour qu'elle vienne nous parler de ce milieu qui est encore assez masculin et qu'elle partage son expérience avec nous. Bienvenue Mejdaline.

  • Mejdaline

    Bonjour, merci de m'inviter.

  • Laurène

    Et est-ce que vous pouvez vous présenter, s'il vous plaît ?

  • Mejdaline

    Oui, alors je m'appelle Mejdaline Mhiri, j'ai 35 ans, donc je suis effectivement journaliste piégiste, donc journaliste indépendante, donc ça veut dire que je travaille pour plusieurs médias. Pendant 8 ans, j'ai travaillé pour le magazine Les Sportives et le média Les Sportives. J'ai été 4 ans rédactrice en chef de ce magazine qui parle uniquement de sport au féminin, mais ce n'était pas un temps plein. J'ai commencé ma carrière à Sud-Ouest, à Angoulême, en Charente. Et depuis 4 ans, depuis 2020, je suis rentrée à Paris et je travaille pour différents médias, Eurosport par exemple, mais aussi l'Humanité. J'ai des projets un petit peu, j'ai écrit des livres ces derniers temps, ce qui n'était pas forcément prévu dans mon parcours, mais ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir et notamment le livre officiel des Jeux Olympiques qui va sortir le 4 novembre, le 6 novembre. Enfin bref, c'est ça mon soupeux quoi. Et voilà.

  • Laurène

    On va lire ça avec attention. Et qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir journaliste sportif ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez toujours voulu faire ?

  • Mejdaline

    Pas du tout. En fait, moi, j'ai fait des études supérieures en cinéma et en théâtre. Et je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. Et puis, quand j'ai eu 23 ans, quand j'ai fini mon master en cinéma, je me suis rendu compte que ce que j'aimais dans la vie, c'était parler de handball en permanence, de refaire les matchs, de discuter avec... les coachs, avec les joueurs, etc. Je n'avais pas du tout envie d'être entraîneuse moi-même. Je n'avais pas du tout le niveau pour être joueuse. Mais même, ce n'était pas ça qui m'intéressait, c'était vraiment l'analyse. Et du coup, je me suis dit que j'avais envie d'être payée pour parler de handball. Donc, j'ai fait des stages, j'ai avancé. Et puis, une chose en enlève une autre, j'ai fini par me dire que ce qu'il fallait, c'était surtout de devenir journaliste, journaliste sportive. Et voilà, c'est comme ça que l'aventure a commencé.

  • Laurène

    Est-ce que ça a été compliqué d'arriver à ça, du coup, sans avoir eu les études un peu typiques école de journalisme ?

  • Mejdaline

    Il a fallu accepter de commencer tout en bas de l'échelle, de ne pas être bien payé au départ, de se remettre beaucoup en question, de faire preuve, je pense, vraiment d'humilité parce que j'écrivais comme un pied, je pense, au début, parce que je n'avais pas les bases. Et donc, du coup... C'est dur de savoir qu'on n'a pas le niveau et de commencer. Je me rendais compte à l'époque que ce n'était pas satisfaisant, mais j'avais tellement envie de le faire que je regardais comment les autres faisaient et puis j'essayais de me corriger moi-même et d'avancer. J'ai fini par faire une année en alternance, en gros, au CELSA à Paris, donc une école de journalisme pour valider un petit peu tous mes acquis. Parce qu'en fait, j'ai commencé ce métier comme on pouvait peut-être le commencer il y a longtemps, en le pratiquant. Et voilà, j'ai eu mon master et je pense que ça m'a confortée dans l'idée que je n'étais pas... Enfin voilà, le syndrome de l'imposteur, j'ai commencé à m'en débarrasser à ce moment-là. Et voilà, et puis surtout, j'ai eu de plus en plus de boulot. Donc le journaliste, c'est vraiment un métier de relation. C'est un métier où, voilà, une fois qu'on bosse bien quelque part... La personne va nous conseiller ailleurs, va faire le lien, etc. Et comme ça s'est globalement toujours très bien passé dans toutes mes expériences, ça m'a permis d'avoir d'autres piges, d'autres pistes. Et aujourd'hui, je suis tellement ravie de faire ce métier de manière libre, de ne pas appartenir à une rédaction précisément, mais de travailler avec plusieurs et de fonctionner au projet. C'est quelque chose que j'aime beaucoup.

  • Laurène

    C'est un super beau parcours. Et est-ce que vous disiez que c'était peut-être un peu comme à l'époque, le fait de monter les échelons comme ça, est-ce que c'est quelque chose qui est toujours possible maintenant ? Ou est-ce que ça a changé et qu'on demande vraiment ?

  • Mejdaline

    Non, en fait, c'est toujours possible. C'est juste qu'a priori, ce sera plus dur. Évidemment, si les employeurs voient que sur votre CV, vous n'avez pas fait parmi les grandes écoles, vous avez un peu moins de chance. Mais c'est surtout que quand on fait une école, On fait des stages, on est en alternance. Donc, on met déjà un pied dans les entreprises. Et en fait, généralement, quand ça se passe bien, on peut être embauché derrière. Donc, ça, évidemment, quand on ne passe pas par un cursus classique, c'est plus difficile. C'est plus difficile de se faire son réseau, sa place dans ce métier. Mais non, non, c'est encore pas impossible. Il faut être au bon endroit, au bon moment, accepter de beaucoup travailler. Et puis voilà, mais quand j'ai commencé à Sud-Ouest, j'étais à la fois correspondante de presse et à la fois je travaillais à Décathlon, Rayon, Chasse et Pêche pour pouvoir compléter, arriver difficilement à un SMIC. Bon, c'est des trucs qui forment, après tu n'as plus envie de retourner à Rayon, Chasse et Pêche, donc tu travailles. beaucoup, beaucoup, beaucoup pour plus jamais y retourner.

  • Laurène

    Oui, il y a pas mal de métiers au final où ça demande beaucoup d'investissement pour y arriver. Donc, il faut le faire si on est motivé au moins. Et quels ont été les moments les plus marquants ou gratifiant de votre carrière ? Alors, évidemment, elle n'est pas du tout terminée, vu que vous avez 35 ans, mais jusque-là.

  • Mejdaline

    Franchement, il y en a eu plein des moments qui ont été très satisfaisants. Je pense à la fois où... La toute première compétition que je couvre à l'étranger, quand la Fédération Européenne de Handball me prend pour couvrir l'Euro 2016 en Pologne, sur ses réseaux sociaux, et où je pars deux semaines ou trois semaines à Krakow, pour couvrir la compétition, je suis seule dans un hôtel, il fait froid et il y a de la neige dehors, et c'est en face du gymnase, et donc du coup, comme je ne connaissais pas encore très bien les journalistes en plus, et ça... À l'époque, j'ai surtout fait hôtel-gymnase, hôtel-gymnase. J'ai trouvé ça génial. J'ai adoré. Et du coup, je me suis dit que j'étais vraiment faite pour ça. C'était vraiment une expérience qui m'a tout de suite... Ouais, ça m'a confirmé que j'avais envie de faire ce métier. Et après, évidemment, quand Aurélie Bresson m'a proposé d'être rédactrice en chef du magazine Les Sportives en 2020, ça a été un moment important pour moi parce qu'en fait... même si ce n'est pas le média le plus reconnu, il n'empêche qu'on vous fasse confiance. C'est quelque chose qui est extrêmement gratifiant. Et puis, pour en citer encore un autre de moment, forcément les Jeux Olympiques, c'était couvrir les Jeux Olympiques et Paralympiques. Ça a été énorme, et peut-être particulièrement les Jeux Paralympiques. C'était vraiment des moments d'émotion et d'apprentissage. intense quoi.

  • Laurène

    Ah oui ça devait être incroyable j'imagine. Pour celles qui ne connaissent pas le magazine Les Sportifs, je mettrais un lien, c'est vraiment un super magazine qui existait en papier, qui ne va plus exister qu'en ligne, mais il existe toujours en ligne donc on peut le retrouver. Moi j'ai adoré découvrir ça parce que forcément ça met en avant le sport féminin et je trouve que le travail que toute l'équipe que vous avez fait est vraiment top donc félicitations aussi pour ça. On va passer au défi. Je le disais en introduction que c'était un milieu encore masculin. Mais est-ce que vous pouvez nous dire quelle est la proportion de femmes et d'hommes dans le milieu du journalisme de sport ?

  • Mejdaline

    Alors, c'est 85-15%. Donc, 15% de femmes dans les rédactions sportives et donc 85% d'hommes. Une écrasante majorité. En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que quand... quand on a créé l'association Femmes Journalistes de Sport au printemps 2021, on a tout de suite voulu se compter, parce qu'en fait, on entend comme une petite musique que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans la profession et que ça va de mieux en mieux, et que de toute façon, ça va forcément aller de mieux en mieux. Et on s'est dit qu'il fallait se compter. On a travaillé avec une scientifique pour que ce soit un petit peu établi de manière très sérieuse et qu'on puisse dire quelques années après, oui, effectivement. ça augmente, on est un petit peu plus qu'il y a 3 ans ou 5 ans ou bien non, on est exactement au même nombre ou voire on a régressé, on va recompter dans les années à venir, soit l'année prochaine soit l'année encore d'après, on n'a pas encore décidé de ça mais voilà, c'est très important de se compter pour être capable de calicher la situation à un moment ou à un autre parce qu'en fait on s'est rendu compte qu'on était un petit peu plus nombreuses en télévision qu'en presse écrite et qu'en radio, c'est en radio où on est les moins nombreuses parce qu'en radio, il y a beaucoup de commentaires sportifs et le commentaire, c'est quelque chose qui est vraiment un espace encore totalement dévolu aux hommes. Il y a très, très peu de femmes qui commentent. On ne nous fait pas confiance. On ne fait pas confiance à notre expertise, à notre voix, à notre manière de travailler. Je pense que le nombre de femmes dont c'est le métier, dont c'est l'occupation principale, Je pense que si on est à 15 femmes en tout et pour tout, c'est bien le maximum. Et je ne parle pas de celles qui commentent... Enfin, il faut regarder ensuite qui commente du sport au masculin ou du sport au féminin. Les femmes qui commentent du sport au masculin en tant qu'expertes et donc pas d'anciennes athlètes de haut niveau, ça se compte peut-être sur les doigts d'une main. Mais voilà, on est vraiment très peu nombreuses et ça rend du long sur notre profession.

  • Laurène

    C'est incroyable. Je me rendais bien compte qu'il y avait évidemment moins de femmes, mais je ne pensais pas vraiment à ce point-là. C'est assez fou. Mais c'est top votre démarche d'avoir vraiment fait ce comptage, parce que sinon, c'est toujours des ressentis. Et en plus, je pense qu'il y a toujours une tendance à se dire mais si, mais ça va mieux Et en fait, au final, on n'a rien d'objectif et ça n'avance pas. Donc, hâte de voir les prochains chiffres. J'espère que ça aura un peu progressé. J'imagine que la réponse à ma question est positive, mais je vais vous la poser pour que vous nous donniez des exemples. Est-ce que vous avez ressenti des obstacles particuliers dans la pratique de votre métier, avec des situations aussi de discrimination, de sexisme ?

  • Mejdaline

    Comme j'ai toujours été globalement à la pige, le fait de travailler chez moi, de ne pas être dans une rédac, je pense que ça a forcément minimisé les situations. Ce qui est sûr, c'est qu'au tout premier stage que j'ai fait, quand je me demandais si c'était vraiment le métier que je voulais faire, J'ai été dans une rédaction parisienne et j'y étais un mois sur la moitié du temps parce que j'avais déjà un appart, une voiture, etc. Il fallait absolument que je travaille, j'avais moi-même payé ma convention de stage, etc. Bref, j'étais vraiment dans une situation assez précaire. Mais donc, j'ai passé en alternance, à l'équivalent de 17 heures par semaine, quatre semaines dans le Parisien. Et à la fin de ce stage, il y a un des journalistes sportifs du Parisien qui m'envoie un message. On ne s'était quasiment pas parlé pendant le stage. Il a l'âge d'être mon père. Et moi, à ce moment-là, j'ai 23 ans. Il m'envoie un message pour me demander si je ne veux pas aller à New York avec lui. Et en fait, moi, je crois que... C'est pour couvrir l'US Open. Et du coup, je m'enflamme et je me dis, mais trop bien. Et la rédaction m'a remarqué. Et bon, au bout de trois messages, je comprends que ce n'est pas ça. Et du coup, je suis hyper déçue parce que j'ai cru que ça allait être pour du boulot. Je me suis tout de suite demandé si c'était de ma faute, si je ne sais pas quoi. Et voilà. Et bon, il n'a pas été au final le plus insistant que ça. Et il y a, comme ça maintenant, c'était il y a un peu plus de dix ans. Il y a deux, trois ans, je lui avais renvoyé un message en lui disant écoute, j'aimerais bien rediscuter avec toi de ça. Et il avait accepté qu'on se voit. Et je lui avais dit mais tu te rends compte de ce que tu as déclenché ? Enfin, ce n'est pas la bonne manière de se comporter en fait. Et il ne comprenait pas quoi. Il m'a dit mais écoute... enfin qu'il avait eu un coup de foudre pour moi, que c'était sincère etc. Il voyait pas le truc de on a 25 ans d'écart, lui il est grand reporter dans un média archi reconnu, moi je commence ma carrière, il ne comprenait pas. Je voyais bien que j'avais un homme dépassé en face de moi donc donc voilà. Quand je parle de ça, c'est pour donner un petit exemple, c'est à la fois rien du tout quand je vois ce que certaines collègues ont subi et ont pu témoigner dans le documentaire de Marie Portolano, notamment, évidemment, ça c'est Peanuts. Et en même temps, je trouve que c'est assez significatif de... En fait, on est tout de suite rappelé à notre condition de femme. Et donc, on ne peut pas ignorer ce qu'on a entre les jambes, pas possible d'être juste journaliste sportif. Il y a tout de suite ce rapport-là, sexué, etc. Et ce que disent les femmes qui ont témoigné dans le documentaire de Marie Portolano, c'est que... Finalement, ceux qui posent le plus problème, c'est les collègues et les chefs. On pourrait se dire que c'est peut-être les athlètes ou les supporters, etc. En vérité, il y a un effet de meute en raison de la disproportion femmes-hommes. Évidemment, tous les hommes ne se comportent pas comme des saguans, mais entre ceux qui se le permettent, ceux qui rigolent, ceux qui laissent faire sans rien dire, à la fin, ça donne des situations qui ne sont absolument pas agréables. Et après, les hommes et les chefs se disent Mais pourquoi il n'y a pas plus de femmes que ça ? Moi, je n'en recrute pas parce qu'elles ne postulent pas. C'est un cercle vicieux. Et c'est un milieu qui ne se remet clairement pas assez en question encore et qui n'est pas encore assez dans une recherche profonde de mixité dans sa rédaction. On est loin du 50-50. Mais ne serait-ce que d'arriver à 5, 10, 15% de plus, notre objectif avec l'association, ce serait d'arriver à 30%. Parce qu'il y a des scientifiques qui ont établi qu'à 30%, il y a une forme de rapport, de domination, en gros, qui diminue franchement. Et qu'à partir de 30%, on est dans des rapports au travail qui sont corrects. Donc ça voudrait dire doubler le nombre de femmes dans les années à venir. On a fait signer une charte aux principaux responsables des médias l'année dernière, en 2023, pour qu'ils s'engagent à embaucher davantage de femmes et que ça se passe mieux pour celles qui sont en poste. Et voilà, il reste beaucoup de chemin. Et je lisais ce matin un article juste avant notre échange sur deux commentateurs qui se sont fait... qui ont pris un blâme suspendu, qui se sont fait suspendre par Canal+, deux commentateurs dans le Golfe, parce qu'ils ont discuté trois minutes de la merde d'un golfeur, avec des propos assez vulgaires, obscènes, etc. Et c'est cette ambiance-là dans laquelle on travaille. Je répète, pas tous les hommes, évidemment, mais il y a une ambiance qui est propice au sexisme, clairement encore.

  • Laurène

    Le documentaire dont vous parlez, je l'ai vu récemment, je mettrai le lien bien sûr dans la description. J'avoue que j'ai halluciné de tout ce qui se passait, parce qu'effectivement, qu'il puisse y avoir des comportements sexistes, on n'en doute pas trop. Mais je trouve que ce qui est marquant, c'est aussi le fait que les autres ne réagissent pas, en fait. Parce qu'on se dit en 2024 que personne à un moment ne... ne disent en fait à un homme qui dit des choses comme ça ou qui a des comportements complètement déplacés, ne lui disent non mais stop, on ne fait plus ça là, ce n'est pas possible. Et ça, j'ai l'impression que c'est quand même assez long le temps que ça évolue. J'espère que ça évolue, mais en tout cas, je trouve ça incroyable de voir encore ça maintenant.

  • Mejdaline

    Le fait que par exemple, les deux journalistes aient tout de suite été suspendus, ça montre que la chaîne a réagi. Donc ça veut bien dire qu'il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Pour autant, ça a été dit à... Tout le monde a pu l'entendre, en fait. Les téléspectateurs et téléspectatrices ont pu l'entendre. Donc, évidemment, la réaction, elle est plus rapide. Ce qu'il faut maintenant, c'est que quand on entend ça dans une rédaction, il y ait une réaction aussi vite de la part de la hiérarchie et puis qu'il y ait davantage de femmes dans les rédactions. Parce qu'en fait, ce n'est pas vrai que ce sont seulement les hommes qui s'y connaissent en sport. En fait, je crois que... Le problème, c'est que ce succès est encore très, très ancré.

  • Laurène

    Ça, c'est incroyable. Et comment est-ce que vous arrivez à gérer ce stéréotype ? Est-ce que vous essayez d'avoir une approche particulière ? Est-ce qu'on est encore obligé, du coup, de prouver que oui, en fait, on est une femme et on s'y connaît ? Ou comment est-ce qu'on aborde le truc ?

  • Mejdaline

    Oui, bien sûr qu'on est obligé de prouver. Oui, évidemment. Évidemment. Et non, non, pour l'instant, on n'en est pas sortis. Il faut continuer à parler fort. Il faut continuer à être bonne. Il faut continuer à... Voilà. à travailler. Heureusement, on a quand même quelques alliés dans ce combat-là. Je parle d'alliés masculins. Mais si, bien sûr qu'il y a ce soupçon encore qui plane au-dessus de nos têtes. Et quand je regarde un peu le profil, parce que maintenant, j'en connais beaucoup des journalistes sportifs avec l'association, je vois bien que nos profils, ils sont... pas exactement les mêmes, on est plus de 250. Mais je vois qu'il y a des schémas qui se répètent, c'est-à-dire qu'on était souvent la fille, l'une des seules filles qui jouait au foot avec les garçons dans la cour. Ce côté un peu affranchi, tête brûlée, je m'en fous de ce que disent les autres et j'aime le sport et je suis à fond, en fait, j'ai l'impression qu'on est beaucoup. Et il y a encore, majoritairement, j'ai la sensation, ce profil-là. Donc ça veut dire qu'il y a plein de filles qui, elles, ne jouaient pas au foot dans la cour avec les garçons. qui ne sont pas encore là dans le métier. Et je pense que le métier souffre aussi d'autres choses. C'est que dans les rédactions totalement sportives, comme Eurosport ou L'Équipe, c'est prestigieux de travailler dans ces médias-là. Mais dans tous les autres médias, la rédaction sportive, c'est un peu une rédaction dans la rédaction et parfois considérée comme une sous-rédaction. C'est moins prestigieux que politique ou économie ou ce genre de choses-là. Et donc, ce qu'on a lu dans les études, c'est que, en gros, les jeunes filles dans les écoles de journalisme, entre elles, le syndrome de l'imposteur et se disant je vais moins bien m'y connaître que les garçons parce que le garçon, ça fait 15-20 ans qu'il joue au foot et qu'il va au foot tous les week-ends avec son papa entre ça et le fait qu'elles se disent dans les rédactions, je vais subir de sport, je vais subir des trucs pas dingues et en plus, ce n'est pas le plus prestigieux, autant que je me dirige vers la politique ou quoi, à la fin, elles sont moins nombreuses à postuler.

  • Laurène

    C'est vraiment l'effet répulsif, limite. Et donc là, vous avez quand même observé une évolution au cours de votre carrière. Et est-ce que vous êtes confiante du coup quant à l'avenir ? Ou quand même, c'est encore très compliqué.

  • Mejdaline

    Vous voulez dire pour moi ou de manière générale ?

  • Laurène

    De manière générale.

  • Mejdaline

    Alors je pense que c'est compliqué, mais je pense que si on n'est pas optimiste, on arrête de se battre. Donc on va dire que je le suis forcément. Non, non, j'espère qu'on va y arriver. Je pense que, en tout cas j'espère que la société est en train de comprendre un certain nombre de choses sur les questions de genre et sur le besoin d'égalité. C'est pas gagné, on voit bien, on est en plein procès de Mazon, donc il n'y a rien qui est gagné du tout. Juste on en parle plus de ces sujets-là qu'avant. Il faut continuer d'en parler, il faut continuer de se former là-dessus, il faut continuer de… de parler fort et non, j'espère que ça va avancer. En fait, on est déjà tellement peu nombreuses dans les rédactions que je me dis qu'on ne peut pas être vraiment beaucoup moins. Donc, j'espère que ça va avancer. Il y a des signes aux Jeux Olympiques, dans la couverture des Jeux, le service public, je crois, avait une équipe à parité, de journalistes et de consultants, consultantes. pour couvrir les jeux. Alors, il y a beaucoup de consultantes. Ils demandent beaucoup à des sportifs de parler de sport, enfin d'anciennes sportives. Encore trop peu à des journalistes, mais il y en a quelques-unes quand même sur le service public. Donc, voilà, il faut que ça inspire les autres, il faut que ça avance. Et non, non, j'ai envie d'y croire.

  • Laurène

    J'ai envie d'y croire aussi, je dois dire. Je pense quand même que, oui, et aussi grâce à des associations comme la vôtre, ça m'a quand même forcément aidée, même si c'est un peu lent. Et concernant le sport féminin ou au féminin, parce que c'est vrai que le thème, enfin, juste le choix des mots n'est jamais très simple, ça reste du sport. Est-ce que vous pensez que les médias couvrent suffisamment le sport fait par les femmes ?

  • Mejdaline

    Ça, ce n'est pas dur de répondre à cette question-là, tellement les chiffres sont hallucinants. C'est 4,8% en télévision et c'est environ 9% en presse écrite. Donc non, évidemment qu'ils ne couvrent pas assez. On méprise globalement les athlètes féminines. C'est jamais assez. Leurs performances ne sont jamais assez intéressantes. Ça prend toujours le pas. Une compétition masculine ou une affaire, prend toujours le pas sur le sport féminin. Et on a tellement pris l'habitude de cette disproportion qu'elle évolue très peu. ces dernières années. Et en fait, le sport au féminin, aujourd'hui, il est encore trop cantonné à des événements. Quand il y a une Coupe du Monde, quand il y a des Jeux, etc., on redécouvre Cassandre Beaugrand, on redécouvre l'équipe de France féminine de handball, quand elles vont jusqu'en finale et que du coup, on a enfin la demi-finale en clair. Donc non, non, il faut en faire beaucoup. plus et c'est une évidence en fait c'est respectueux pour les athlètes et c'est se couper de toute une partie du sport quoi on a bien vu pendant les jeux olympiques et paralympiques c'est l'émotion véhiculée qui comptait j'adore le foot mais il faut sourire à d'autres sports que le foot à d'autres récits et aller voir d'autres athlètes et vraiment on loupe toute une partie du sport à être ultra cantonnés sur sur certaines disciplines

  • Laurène

    Est-ce que là-dessus, il y a quand même une petite évolution dans des médias généralistes qui essaient d'allouer un peu progressivement un peu plus de place au sport, au féminin ? Ou pour l'instant, ils disent...

  • Mejdaline

    Alors là, je n'ai plus les chiffres. Mais l'Arcom, tous les ans, donne les chiffres. Tous les ans, c'est assez désespérant quand même. Il faut noter que, tout à l'heure, je disais que c'était 4,8%. Le service public, si je ne dis pas de bêtises, est à 9%. Donc, il fait deux fois plus que les autres. et c'est tant mieux mais peut-être qu'il faut qu'ils fassent encore plus c'est le service public donc là où d'autres disent ça se vend pas, ça se vend pas etc le service public doit s'affranchir totalement de ça et couvrir bien plus régulièrement du sport pratiqué par les femmes là encore on part de tellement rien qu'on va forcément faire mieux dans les prochaines années 4,1% c'est

  • Laurène

    absolument ridicule c'est vraiment ridicule à nouveau c'est un cercle vicieux parce que moi on montre de femmes, moins les gens les connaissent et moins ils les suivent. C'est absurde, mais du coup...

  • Mejdaline

    Moins les sponsors les soutiennent, moins ils ont les moyens de la performance, moins ils ont de chances de performer. Et du coup, on ne parle pas d'elles et c'est un cercle vicieux qui s'entretient comme ça depuis des années.

  • Laurène

    Bon, on espère que ça évoluera un petit peu. Et à votre avis, quelles seraient des actions à mettre en place ? pour essayer d'encourager les femmes à rejoindre le journalisme de sport.

  • Mejdaline

    Je dirais vraiment aux femmes de rejoindre ce métier, déjà parce que le métier de journaliste sportive, enfin de journaliste de sport, il est très divers, comme le journalisme de manière générale, mais d'être au contact des athlètes, je trouve ça vraiment très inspirant, parce qu'évidemment, il et elle ont des parcours extrêmement différents, mais à la fin, c'est des gens qui sont tellement déterminés, des personnes qui sont tellement... investi, entêté, acharné que ouais c'est inspirant et c'est beau à suivre au quotidien moi j'ai aussi fait ce métier parce que je trouve que le monde dans lequel on vit parfois est vraiment dur et que j'avais besoin d'un espace où il y avait un peu de légèreté finalement à la fin le sport ça reste que le sport et bon perdre un match c'est terrible mais en même temps c'est pas si terrible par rapport à beaucoup de choses qui se passent dans le monde quoi donc c'est Voilà, alors après, je constate aussi que j'ai choisi cette voie-là avec cette idée-là et que finalement, j'y ai remis un peu de la difficulté du politique en travaillant beaucoup sur la place des femmes dans le sport de manière générale. Mais donc, voilà, c'est un métier qui est extrêmement plaisant, amusant. Et là, oui, couvrir les Jeux olympiques et paralympiques, c'était probablement la plus belle compétition que je pouvais faire à Paris. Et j'en ai profité à fond. Le matin, je partais de chez moi, il était 9h, je rentrais, il était minuit. J'ai fait ça pendant les cinq semaines de compétition entre les Olympiques et les Paralympiques. Il y avait tellement d'adrénaline, d'émotion. C'est extraordinaire de pouvoir vivre ça.

  • Laurène

    Oui, ça devait être vraiment incroyable. Et pour terminer, si vous deviez donner des conseils à des femmes qui... hésiteraient, qui aimeraient bien se lancer, mais peut-être qui n'oseraient pas parce qu'on a vu que c'était quand même pas facile, qu'est-ce que vous leur diriez ?

  • Mejdaline

    Il faut absolument foncer, il ne faut surtout pas hésiter, elles verront bien au bout de quelques années si ça ne leur plaît pas. Il faut foncer, ne pas avoir peur de se spécialiser. Moi, j'avais peur que d'être... Voilà, d'avoir un... Mon sport à moi de prédilection, c'est le handball et... Et j'avais peur que finalement, ça me ferme des portes, etc. Et en fait, ça m'en a plutôt ouverte. Ensuite, en me spécialisant sur la place des femmes dans le sport, pareil, j'avais peur que ça me ferme des portes. Et au contraire, je pense que ça m'a plutôt ouvert des portes. Donc, en fait, ne pas avoir peur d'être qui on est, de s'affirmer et je crois de s'associer vraiment. Le fait d'être dans une organisation où il n'y a que des femmes, etc., c'est hyper réconfortant. Dans l'association, à chaque fois qu'il y a une jeune femme qui adhère, on lui propose d'avoir une marraine plus expérimentée pour qu'elle ne soit jamais seule. Toutes les adhérentes savent à peu près qui est dans le coin, dans le département, etc. Donc, si elles veulent se rencontrer entre elles, elles le peuvent. De toute façon, on fait régulièrement des temps conviviaux pour que tout le monde échange. Je pense que dans l'association... ou bien dans sa rédac, ce qui est important, c'est jamais d'être isolé, d'avoir toujours une ou plusieurs personnes qui veillent à ce que vous avancez bien, parce que c'est quand même un métier qui est difficile au sens où on a des horaires décalés, ou c'est un métier qui est très concurrentiel. Il y a beaucoup de gens qui aimeraient le faire et beaucoup moins qui le pratiquent. Donc parfois, on peut se dire, mais qu'est-ce que je fous là ? Et quand ça ne marche pas, se dire, mais je n'arrive pas à avoir de boulot, je ne vais jamais y arriver. Et en fait... il faut être têtu et bosser et bosser et bosser.

  • Laurène

    Parfait, merci beaucoup, c'est un beau message pour la fin et bien merci énormément pour cet échange, j'ai appris plein de choses donc je pense que les auditrices en auront appris aussi et je mettrai tous les liens vers le site de l'association le documentaire dont on parlait et puis comment vous contacter aussi éventuellement pour échanger Merci beaucoup, à bientôt

  • Mejdaline

    Merci beaucoup, à bientôt

  • Laurène

    Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner au podcast et à mettre une bonne note sur les plateformes. Cela nous aide. A bientôt !

Chapters

  • Introduction et présentation de Mejdaline Mhiri

    00:00

  • Le parcours atypique de Mejdaline dans le journalisme sportif

    00:32

  • Les défis d'être femme dans un milieu masculin

    01:36

  • Moments marquants et gratifiants de sa carrière

    05:44

  • La représentation des femmes dans le journalisme sportif

    07:51

  • Obstacles, sexisme et comportements inappropriés

    10:43

  • Gérer les stéréotypes et prouver ses compétences

    17:29

  • Encouragement pour les femmes dans le journalisme sportif

    25:10

Description

Dans cet épisode de La Sportive Outdoor, nous avons le plaisir d'accueillir Mejdaline Mhiri, une journaliste de sport freelance qui se bat pour la représentation des femmes dans le sport. Mejdaline est également coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport, un rôle qui lui permet de porter haut la voix des femmes sportives dans un milieu encore largement dominé par les hommes. Elle partage avec nous son parcours atypique, qui l'a conduite à embrasser le journalisme sportif après des études de cinéma et théâtre.


Au fil de la conversation, Mejdaline aborde les défis qu'elle a rencontrés en tant que femme dans le journalisme sportif, un domaine où seulement 15 % des journalistes sont des femmes. Elle évoque le syndrome de l'imposteur, une réalité pour beaucoup de femmes dans le sport, et la nécessité de prouver ses compétences face à des stéréotypes persistants. Mejdaline nous raconte également ses moments marquants, comme sa première couverture d'une compétition internationale et son expérience en tant que rédactrice en chef au magazine Les Sportives.


L'épisode met en lumière l'importance de l'égalité et de la diversité dans le milieu du sport. Mejdaline explique les actions menées par son association pour promouvoir une meilleure couverture médiatique du sport féminin et pour encourager davantage de femmes à s'engager dans le journalisme sportif. Elle insiste sur le besoin crucial de se soutenir mutuellement et de persévérer dans un secteur qui peut parfois sembler hostile.


À travers ce témoignage inspirant, Mejdaline nous rappelle que le sport au féminin mérite d'être mis en avant, tout comme les femmes sportives qui brillent dans leurs disciplines respectives.


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Linkedin: https://fr.linkedin.com/in/mejdaline-mhiri-a03a71a6

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Musique du générique:

Titre: Running (ft Elske)

Auteur: Jens East

Source: https://soundcloud.com/jenseast

Licence: https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Laurène

    La Sportive Outdoor,

  • Mejdaline

    le podcast.

  • Laurène

    Bonjour à toutes et bienvenue sur La Sportive Outdoor. Aujourd'hui, je reçois Mejdaline Mhiri, qui est journaliste de sport freelance et coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport. J'ai trouvé intéressant de la recevoir pour qu'elle vienne nous parler de ce milieu qui est encore assez masculin et qu'elle partage son expérience avec nous. Bienvenue Mejdaline.

  • Mejdaline

    Bonjour, merci de m'inviter.

  • Laurène

    Et est-ce que vous pouvez vous présenter, s'il vous plaît ?

  • Mejdaline

    Oui, alors je m'appelle Mejdaline Mhiri, j'ai 35 ans, donc je suis effectivement journaliste piégiste, donc journaliste indépendante, donc ça veut dire que je travaille pour plusieurs médias. Pendant 8 ans, j'ai travaillé pour le magazine Les Sportives et le média Les Sportives. J'ai été 4 ans rédactrice en chef de ce magazine qui parle uniquement de sport au féminin, mais ce n'était pas un temps plein. J'ai commencé ma carrière à Sud-Ouest, à Angoulême, en Charente. Et depuis 4 ans, depuis 2020, je suis rentrée à Paris et je travaille pour différents médias, Eurosport par exemple, mais aussi l'Humanité. J'ai des projets un petit peu, j'ai écrit des livres ces derniers temps, ce qui n'était pas forcément prévu dans mon parcours, mais ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir et notamment le livre officiel des Jeux Olympiques qui va sortir le 4 novembre, le 6 novembre. Enfin bref, c'est ça mon soupeux quoi. Et voilà.

  • Laurène

    On va lire ça avec attention. Et qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir journaliste sportif ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez toujours voulu faire ?

  • Mejdaline

    Pas du tout. En fait, moi, j'ai fait des études supérieures en cinéma et en théâtre. Et je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. Et puis, quand j'ai eu 23 ans, quand j'ai fini mon master en cinéma, je me suis rendu compte que ce que j'aimais dans la vie, c'était parler de handball en permanence, de refaire les matchs, de discuter avec... les coachs, avec les joueurs, etc. Je n'avais pas du tout envie d'être entraîneuse moi-même. Je n'avais pas du tout le niveau pour être joueuse. Mais même, ce n'était pas ça qui m'intéressait, c'était vraiment l'analyse. Et du coup, je me suis dit que j'avais envie d'être payée pour parler de handball. Donc, j'ai fait des stages, j'ai avancé. Et puis, une chose en enlève une autre, j'ai fini par me dire que ce qu'il fallait, c'était surtout de devenir journaliste, journaliste sportive. Et voilà, c'est comme ça que l'aventure a commencé.

  • Laurène

    Est-ce que ça a été compliqué d'arriver à ça, du coup, sans avoir eu les études un peu typiques école de journalisme ?

  • Mejdaline

    Il a fallu accepter de commencer tout en bas de l'échelle, de ne pas être bien payé au départ, de se remettre beaucoup en question, de faire preuve, je pense, vraiment d'humilité parce que j'écrivais comme un pied, je pense, au début, parce que je n'avais pas les bases. Et donc, du coup... C'est dur de savoir qu'on n'a pas le niveau et de commencer. Je me rendais compte à l'époque que ce n'était pas satisfaisant, mais j'avais tellement envie de le faire que je regardais comment les autres faisaient et puis j'essayais de me corriger moi-même et d'avancer. J'ai fini par faire une année en alternance, en gros, au CELSA à Paris, donc une école de journalisme pour valider un petit peu tous mes acquis. Parce qu'en fait, j'ai commencé ce métier comme on pouvait peut-être le commencer il y a longtemps, en le pratiquant. Et voilà, j'ai eu mon master et je pense que ça m'a confortée dans l'idée que je n'étais pas... Enfin voilà, le syndrome de l'imposteur, j'ai commencé à m'en débarrasser à ce moment-là. Et voilà, et puis surtout, j'ai eu de plus en plus de boulot. Donc le journaliste, c'est vraiment un métier de relation. C'est un métier où, voilà, une fois qu'on bosse bien quelque part... La personne va nous conseiller ailleurs, va faire le lien, etc. Et comme ça s'est globalement toujours très bien passé dans toutes mes expériences, ça m'a permis d'avoir d'autres piges, d'autres pistes. Et aujourd'hui, je suis tellement ravie de faire ce métier de manière libre, de ne pas appartenir à une rédaction précisément, mais de travailler avec plusieurs et de fonctionner au projet. C'est quelque chose que j'aime beaucoup.

  • Laurène

    C'est un super beau parcours. Et est-ce que vous disiez que c'était peut-être un peu comme à l'époque, le fait de monter les échelons comme ça, est-ce que c'est quelque chose qui est toujours possible maintenant ? Ou est-ce que ça a changé et qu'on demande vraiment ?

  • Mejdaline

    Non, en fait, c'est toujours possible. C'est juste qu'a priori, ce sera plus dur. Évidemment, si les employeurs voient que sur votre CV, vous n'avez pas fait parmi les grandes écoles, vous avez un peu moins de chance. Mais c'est surtout que quand on fait une école, On fait des stages, on est en alternance. Donc, on met déjà un pied dans les entreprises. Et en fait, généralement, quand ça se passe bien, on peut être embauché derrière. Donc, ça, évidemment, quand on ne passe pas par un cursus classique, c'est plus difficile. C'est plus difficile de se faire son réseau, sa place dans ce métier. Mais non, non, c'est encore pas impossible. Il faut être au bon endroit, au bon moment, accepter de beaucoup travailler. Et puis voilà, mais quand j'ai commencé à Sud-Ouest, j'étais à la fois correspondante de presse et à la fois je travaillais à Décathlon, Rayon, Chasse et Pêche pour pouvoir compléter, arriver difficilement à un SMIC. Bon, c'est des trucs qui forment, après tu n'as plus envie de retourner à Rayon, Chasse et Pêche, donc tu travailles. beaucoup, beaucoup, beaucoup pour plus jamais y retourner.

  • Laurène

    Oui, il y a pas mal de métiers au final où ça demande beaucoup d'investissement pour y arriver. Donc, il faut le faire si on est motivé au moins. Et quels ont été les moments les plus marquants ou gratifiant de votre carrière ? Alors, évidemment, elle n'est pas du tout terminée, vu que vous avez 35 ans, mais jusque-là.

  • Mejdaline

    Franchement, il y en a eu plein des moments qui ont été très satisfaisants. Je pense à la fois où... La toute première compétition que je couvre à l'étranger, quand la Fédération Européenne de Handball me prend pour couvrir l'Euro 2016 en Pologne, sur ses réseaux sociaux, et où je pars deux semaines ou trois semaines à Krakow, pour couvrir la compétition, je suis seule dans un hôtel, il fait froid et il y a de la neige dehors, et c'est en face du gymnase, et donc du coup, comme je ne connaissais pas encore très bien les journalistes en plus, et ça... À l'époque, j'ai surtout fait hôtel-gymnase, hôtel-gymnase. J'ai trouvé ça génial. J'ai adoré. Et du coup, je me suis dit que j'étais vraiment faite pour ça. C'était vraiment une expérience qui m'a tout de suite... Ouais, ça m'a confirmé que j'avais envie de faire ce métier. Et après, évidemment, quand Aurélie Bresson m'a proposé d'être rédactrice en chef du magazine Les Sportives en 2020, ça a été un moment important pour moi parce qu'en fait... même si ce n'est pas le média le plus reconnu, il n'empêche qu'on vous fasse confiance. C'est quelque chose qui est extrêmement gratifiant. Et puis, pour en citer encore un autre de moment, forcément les Jeux Olympiques, c'était couvrir les Jeux Olympiques et Paralympiques. Ça a été énorme, et peut-être particulièrement les Jeux Paralympiques. C'était vraiment des moments d'émotion et d'apprentissage. intense quoi.

  • Laurène

    Ah oui ça devait être incroyable j'imagine. Pour celles qui ne connaissent pas le magazine Les Sportifs, je mettrais un lien, c'est vraiment un super magazine qui existait en papier, qui ne va plus exister qu'en ligne, mais il existe toujours en ligne donc on peut le retrouver. Moi j'ai adoré découvrir ça parce que forcément ça met en avant le sport féminin et je trouve que le travail que toute l'équipe que vous avez fait est vraiment top donc félicitations aussi pour ça. On va passer au défi. Je le disais en introduction que c'était un milieu encore masculin. Mais est-ce que vous pouvez nous dire quelle est la proportion de femmes et d'hommes dans le milieu du journalisme de sport ?

  • Mejdaline

    Alors, c'est 85-15%. Donc, 15% de femmes dans les rédactions sportives et donc 85% d'hommes. Une écrasante majorité. En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que quand... quand on a créé l'association Femmes Journalistes de Sport au printemps 2021, on a tout de suite voulu se compter, parce qu'en fait, on entend comme une petite musique que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans la profession et que ça va de mieux en mieux, et que de toute façon, ça va forcément aller de mieux en mieux. Et on s'est dit qu'il fallait se compter. On a travaillé avec une scientifique pour que ce soit un petit peu établi de manière très sérieuse et qu'on puisse dire quelques années après, oui, effectivement. ça augmente, on est un petit peu plus qu'il y a 3 ans ou 5 ans ou bien non, on est exactement au même nombre ou voire on a régressé, on va recompter dans les années à venir, soit l'année prochaine soit l'année encore d'après, on n'a pas encore décidé de ça mais voilà, c'est très important de se compter pour être capable de calicher la situation à un moment ou à un autre parce qu'en fait on s'est rendu compte qu'on était un petit peu plus nombreuses en télévision qu'en presse écrite et qu'en radio, c'est en radio où on est les moins nombreuses parce qu'en radio, il y a beaucoup de commentaires sportifs et le commentaire, c'est quelque chose qui est vraiment un espace encore totalement dévolu aux hommes. Il y a très, très peu de femmes qui commentent. On ne nous fait pas confiance. On ne fait pas confiance à notre expertise, à notre voix, à notre manière de travailler. Je pense que le nombre de femmes dont c'est le métier, dont c'est l'occupation principale, Je pense que si on est à 15 femmes en tout et pour tout, c'est bien le maximum. Et je ne parle pas de celles qui commentent... Enfin, il faut regarder ensuite qui commente du sport au masculin ou du sport au féminin. Les femmes qui commentent du sport au masculin en tant qu'expertes et donc pas d'anciennes athlètes de haut niveau, ça se compte peut-être sur les doigts d'une main. Mais voilà, on est vraiment très peu nombreuses et ça rend du long sur notre profession.

  • Laurène

    C'est incroyable. Je me rendais bien compte qu'il y avait évidemment moins de femmes, mais je ne pensais pas vraiment à ce point-là. C'est assez fou. Mais c'est top votre démarche d'avoir vraiment fait ce comptage, parce que sinon, c'est toujours des ressentis. Et en plus, je pense qu'il y a toujours une tendance à se dire mais si, mais ça va mieux Et en fait, au final, on n'a rien d'objectif et ça n'avance pas. Donc, hâte de voir les prochains chiffres. J'espère que ça aura un peu progressé. J'imagine que la réponse à ma question est positive, mais je vais vous la poser pour que vous nous donniez des exemples. Est-ce que vous avez ressenti des obstacles particuliers dans la pratique de votre métier, avec des situations aussi de discrimination, de sexisme ?

  • Mejdaline

    Comme j'ai toujours été globalement à la pige, le fait de travailler chez moi, de ne pas être dans une rédac, je pense que ça a forcément minimisé les situations. Ce qui est sûr, c'est qu'au tout premier stage que j'ai fait, quand je me demandais si c'était vraiment le métier que je voulais faire, J'ai été dans une rédaction parisienne et j'y étais un mois sur la moitié du temps parce que j'avais déjà un appart, une voiture, etc. Il fallait absolument que je travaille, j'avais moi-même payé ma convention de stage, etc. Bref, j'étais vraiment dans une situation assez précaire. Mais donc, j'ai passé en alternance, à l'équivalent de 17 heures par semaine, quatre semaines dans le Parisien. Et à la fin de ce stage, il y a un des journalistes sportifs du Parisien qui m'envoie un message. On ne s'était quasiment pas parlé pendant le stage. Il a l'âge d'être mon père. Et moi, à ce moment-là, j'ai 23 ans. Il m'envoie un message pour me demander si je ne veux pas aller à New York avec lui. Et en fait, moi, je crois que... C'est pour couvrir l'US Open. Et du coup, je m'enflamme et je me dis, mais trop bien. Et la rédaction m'a remarqué. Et bon, au bout de trois messages, je comprends que ce n'est pas ça. Et du coup, je suis hyper déçue parce que j'ai cru que ça allait être pour du boulot. Je me suis tout de suite demandé si c'était de ma faute, si je ne sais pas quoi. Et voilà. Et bon, il n'a pas été au final le plus insistant que ça. Et il y a, comme ça maintenant, c'était il y a un peu plus de dix ans. Il y a deux, trois ans, je lui avais renvoyé un message en lui disant écoute, j'aimerais bien rediscuter avec toi de ça. Et il avait accepté qu'on se voit. Et je lui avais dit mais tu te rends compte de ce que tu as déclenché ? Enfin, ce n'est pas la bonne manière de se comporter en fait. Et il ne comprenait pas quoi. Il m'a dit mais écoute... enfin qu'il avait eu un coup de foudre pour moi, que c'était sincère etc. Il voyait pas le truc de on a 25 ans d'écart, lui il est grand reporter dans un média archi reconnu, moi je commence ma carrière, il ne comprenait pas. Je voyais bien que j'avais un homme dépassé en face de moi donc donc voilà. Quand je parle de ça, c'est pour donner un petit exemple, c'est à la fois rien du tout quand je vois ce que certaines collègues ont subi et ont pu témoigner dans le documentaire de Marie Portolano, notamment, évidemment, ça c'est Peanuts. Et en même temps, je trouve que c'est assez significatif de... En fait, on est tout de suite rappelé à notre condition de femme. Et donc, on ne peut pas ignorer ce qu'on a entre les jambes, pas possible d'être juste journaliste sportif. Il y a tout de suite ce rapport-là, sexué, etc. Et ce que disent les femmes qui ont témoigné dans le documentaire de Marie Portolano, c'est que... Finalement, ceux qui posent le plus problème, c'est les collègues et les chefs. On pourrait se dire que c'est peut-être les athlètes ou les supporters, etc. En vérité, il y a un effet de meute en raison de la disproportion femmes-hommes. Évidemment, tous les hommes ne se comportent pas comme des saguans, mais entre ceux qui se le permettent, ceux qui rigolent, ceux qui laissent faire sans rien dire, à la fin, ça donne des situations qui ne sont absolument pas agréables. Et après, les hommes et les chefs se disent Mais pourquoi il n'y a pas plus de femmes que ça ? Moi, je n'en recrute pas parce qu'elles ne postulent pas. C'est un cercle vicieux. Et c'est un milieu qui ne se remet clairement pas assez en question encore et qui n'est pas encore assez dans une recherche profonde de mixité dans sa rédaction. On est loin du 50-50. Mais ne serait-ce que d'arriver à 5, 10, 15% de plus, notre objectif avec l'association, ce serait d'arriver à 30%. Parce qu'il y a des scientifiques qui ont établi qu'à 30%, il y a une forme de rapport, de domination, en gros, qui diminue franchement. Et qu'à partir de 30%, on est dans des rapports au travail qui sont corrects. Donc ça voudrait dire doubler le nombre de femmes dans les années à venir. On a fait signer une charte aux principaux responsables des médias l'année dernière, en 2023, pour qu'ils s'engagent à embaucher davantage de femmes et que ça se passe mieux pour celles qui sont en poste. Et voilà, il reste beaucoup de chemin. Et je lisais ce matin un article juste avant notre échange sur deux commentateurs qui se sont fait... qui ont pris un blâme suspendu, qui se sont fait suspendre par Canal+, deux commentateurs dans le Golfe, parce qu'ils ont discuté trois minutes de la merde d'un golfeur, avec des propos assez vulgaires, obscènes, etc. Et c'est cette ambiance-là dans laquelle on travaille. Je répète, pas tous les hommes, évidemment, mais il y a une ambiance qui est propice au sexisme, clairement encore.

  • Laurène

    Le documentaire dont vous parlez, je l'ai vu récemment, je mettrai le lien bien sûr dans la description. J'avoue que j'ai halluciné de tout ce qui se passait, parce qu'effectivement, qu'il puisse y avoir des comportements sexistes, on n'en doute pas trop. Mais je trouve que ce qui est marquant, c'est aussi le fait que les autres ne réagissent pas, en fait. Parce qu'on se dit en 2024 que personne à un moment ne... ne disent en fait à un homme qui dit des choses comme ça ou qui a des comportements complètement déplacés, ne lui disent non mais stop, on ne fait plus ça là, ce n'est pas possible. Et ça, j'ai l'impression que c'est quand même assez long le temps que ça évolue. J'espère que ça évolue, mais en tout cas, je trouve ça incroyable de voir encore ça maintenant.

  • Mejdaline

    Le fait que par exemple, les deux journalistes aient tout de suite été suspendus, ça montre que la chaîne a réagi. Donc ça veut bien dire qu'il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Pour autant, ça a été dit à... Tout le monde a pu l'entendre, en fait. Les téléspectateurs et téléspectatrices ont pu l'entendre. Donc, évidemment, la réaction, elle est plus rapide. Ce qu'il faut maintenant, c'est que quand on entend ça dans une rédaction, il y ait une réaction aussi vite de la part de la hiérarchie et puis qu'il y ait davantage de femmes dans les rédactions. Parce qu'en fait, ce n'est pas vrai que ce sont seulement les hommes qui s'y connaissent en sport. En fait, je crois que... Le problème, c'est que ce succès est encore très, très ancré.

  • Laurène

    Ça, c'est incroyable. Et comment est-ce que vous arrivez à gérer ce stéréotype ? Est-ce que vous essayez d'avoir une approche particulière ? Est-ce qu'on est encore obligé, du coup, de prouver que oui, en fait, on est une femme et on s'y connaît ? Ou comment est-ce qu'on aborde le truc ?

  • Mejdaline

    Oui, bien sûr qu'on est obligé de prouver. Oui, évidemment. Évidemment. Et non, non, pour l'instant, on n'en est pas sortis. Il faut continuer à parler fort. Il faut continuer à être bonne. Il faut continuer à... Voilà. à travailler. Heureusement, on a quand même quelques alliés dans ce combat-là. Je parle d'alliés masculins. Mais si, bien sûr qu'il y a ce soupçon encore qui plane au-dessus de nos têtes. Et quand je regarde un peu le profil, parce que maintenant, j'en connais beaucoup des journalistes sportifs avec l'association, je vois bien que nos profils, ils sont... pas exactement les mêmes, on est plus de 250. Mais je vois qu'il y a des schémas qui se répètent, c'est-à-dire qu'on était souvent la fille, l'une des seules filles qui jouait au foot avec les garçons dans la cour. Ce côté un peu affranchi, tête brûlée, je m'en fous de ce que disent les autres et j'aime le sport et je suis à fond, en fait, j'ai l'impression qu'on est beaucoup. Et il y a encore, majoritairement, j'ai la sensation, ce profil-là. Donc ça veut dire qu'il y a plein de filles qui, elles, ne jouaient pas au foot dans la cour avec les garçons. qui ne sont pas encore là dans le métier. Et je pense que le métier souffre aussi d'autres choses. C'est que dans les rédactions totalement sportives, comme Eurosport ou L'Équipe, c'est prestigieux de travailler dans ces médias-là. Mais dans tous les autres médias, la rédaction sportive, c'est un peu une rédaction dans la rédaction et parfois considérée comme une sous-rédaction. C'est moins prestigieux que politique ou économie ou ce genre de choses-là. Et donc, ce qu'on a lu dans les études, c'est que, en gros, les jeunes filles dans les écoles de journalisme, entre elles, le syndrome de l'imposteur et se disant je vais moins bien m'y connaître que les garçons parce que le garçon, ça fait 15-20 ans qu'il joue au foot et qu'il va au foot tous les week-ends avec son papa entre ça et le fait qu'elles se disent dans les rédactions, je vais subir de sport, je vais subir des trucs pas dingues et en plus, ce n'est pas le plus prestigieux, autant que je me dirige vers la politique ou quoi, à la fin, elles sont moins nombreuses à postuler.

  • Laurène

    C'est vraiment l'effet répulsif, limite. Et donc là, vous avez quand même observé une évolution au cours de votre carrière. Et est-ce que vous êtes confiante du coup quant à l'avenir ? Ou quand même, c'est encore très compliqué.

  • Mejdaline

    Vous voulez dire pour moi ou de manière générale ?

  • Laurène

    De manière générale.

  • Mejdaline

    Alors je pense que c'est compliqué, mais je pense que si on n'est pas optimiste, on arrête de se battre. Donc on va dire que je le suis forcément. Non, non, j'espère qu'on va y arriver. Je pense que, en tout cas j'espère que la société est en train de comprendre un certain nombre de choses sur les questions de genre et sur le besoin d'égalité. C'est pas gagné, on voit bien, on est en plein procès de Mazon, donc il n'y a rien qui est gagné du tout. Juste on en parle plus de ces sujets-là qu'avant. Il faut continuer d'en parler, il faut continuer de se former là-dessus, il faut continuer de… de parler fort et non, j'espère que ça va avancer. En fait, on est déjà tellement peu nombreuses dans les rédactions que je me dis qu'on ne peut pas être vraiment beaucoup moins. Donc, j'espère que ça va avancer. Il y a des signes aux Jeux Olympiques, dans la couverture des Jeux, le service public, je crois, avait une équipe à parité, de journalistes et de consultants, consultantes. pour couvrir les jeux. Alors, il y a beaucoup de consultantes. Ils demandent beaucoup à des sportifs de parler de sport, enfin d'anciennes sportives. Encore trop peu à des journalistes, mais il y en a quelques-unes quand même sur le service public. Donc, voilà, il faut que ça inspire les autres, il faut que ça avance. Et non, non, j'ai envie d'y croire.

  • Laurène

    J'ai envie d'y croire aussi, je dois dire. Je pense quand même que, oui, et aussi grâce à des associations comme la vôtre, ça m'a quand même forcément aidée, même si c'est un peu lent. Et concernant le sport féminin ou au féminin, parce que c'est vrai que le thème, enfin, juste le choix des mots n'est jamais très simple, ça reste du sport. Est-ce que vous pensez que les médias couvrent suffisamment le sport fait par les femmes ?

  • Mejdaline

    Ça, ce n'est pas dur de répondre à cette question-là, tellement les chiffres sont hallucinants. C'est 4,8% en télévision et c'est environ 9% en presse écrite. Donc non, évidemment qu'ils ne couvrent pas assez. On méprise globalement les athlètes féminines. C'est jamais assez. Leurs performances ne sont jamais assez intéressantes. Ça prend toujours le pas. Une compétition masculine ou une affaire, prend toujours le pas sur le sport féminin. Et on a tellement pris l'habitude de cette disproportion qu'elle évolue très peu. ces dernières années. Et en fait, le sport au féminin, aujourd'hui, il est encore trop cantonné à des événements. Quand il y a une Coupe du Monde, quand il y a des Jeux, etc., on redécouvre Cassandre Beaugrand, on redécouvre l'équipe de France féminine de handball, quand elles vont jusqu'en finale et que du coup, on a enfin la demi-finale en clair. Donc non, non, il faut en faire beaucoup. plus et c'est une évidence en fait c'est respectueux pour les athlètes et c'est se couper de toute une partie du sport quoi on a bien vu pendant les jeux olympiques et paralympiques c'est l'émotion véhiculée qui comptait j'adore le foot mais il faut sourire à d'autres sports que le foot à d'autres récits et aller voir d'autres athlètes et vraiment on loupe toute une partie du sport à être ultra cantonnés sur sur certaines disciplines

  • Laurène

    Est-ce que là-dessus, il y a quand même une petite évolution dans des médias généralistes qui essaient d'allouer un peu progressivement un peu plus de place au sport, au féminin ? Ou pour l'instant, ils disent...

  • Mejdaline

    Alors là, je n'ai plus les chiffres. Mais l'Arcom, tous les ans, donne les chiffres. Tous les ans, c'est assez désespérant quand même. Il faut noter que, tout à l'heure, je disais que c'était 4,8%. Le service public, si je ne dis pas de bêtises, est à 9%. Donc, il fait deux fois plus que les autres. et c'est tant mieux mais peut-être qu'il faut qu'ils fassent encore plus c'est le service public donc là où d'autres disent ça se vend pas, ça se vend pas etc le service public doit s'affranchir totalement de ça et couvrir bien plus régulièrement du sport pratiqué par les femmes là encore on part de tellement rien qu'on va forcément faire mieux dans les prochaines années 4,1% c'est

  • Laurène

    absolument ridicule c'est vraiment ridicule à nouveau c'est un cercle vicieux parce que moi on montre de femmes, moins les gens les connaissent et moins ils les suivent. C'est absurde, mais du coup...

  • Mejdaline

    Moins les sponsors les soutiennent, moins ils ont les moyens de la performance, moins ils ont de chances de performer. Et du coup, on ne parle pas d'elles et c'est un cercle vicieux qui s'entretient comme ça depuis des années.

  • Laurène

    Bon, on espère que ça évoluera un petit peu. Et à votre avis, quelles seraient des actions à mettre en place ? pour essayer d'encourager les femmes à rejoindre le journalisme de sport.

  • Mejdaline

    Je dirais vraiment aux femmes de rejoindre ce métier, déjà parce que le métier de journaliste sportive, enfin de journaliste de sport, il est très divers, comme le journalisme de manière générale, mais d'être au contact des athlètes, je trouve ça vraiment très inspirant, parce qu'évidemment, il et elle ont des parcours extrêmement différents, mais à la fin, c'est des gens qui sont tellement déterminés, des personnes qui sont tellement... investi, entêté, acharné que ouais c'est inspirant et c'est beau à suivre au quotidien moi j'ai aussi fait ce métier parce que je trouve que le monde dans lequel on vit parfois est vraiment dur et que j'avais besoin d'un espace où il y avait un peu de légèreté finalement à la fin le sport ça reste que le sport et bon perdre un match c'est terrible mais en même temps c'est pas si terrible par rapport à beaucoup de choses qui se passent dans le monde quoi donc c'est Voilà, alors après, je constate aussi que j'ai choisi cette voie-là avec cette idée-là et que finalement, j'y ai remis un peu de la difficulté du politique en travaillant beaucoup sur la place des femmes dans le sport de manière générale. Mais donc, voilà, c'est un métier qui est extrêmement plaisant, amusant. Et là, oui, couvrir les Jeux olympiques et paralympiques, c'était probablement la plus belle compétition que je pouvais faire à Paris. Et j'en ai profité à fond. Le matin, je partais de chez moi, il était 9h, je rentrais, il était minuit. J'ai fait ça pendant les cinq semaines de compétition entre les Olympiques et les Paralympiques. Il y avait tellement d'adrénaline, d'émotion. C'est extraordinaire de pouvoir vivre ça.

  • Laurène

    Oui, ça devait être vraiment incroyable. Et pour terminer, si vous deviez donner des conseils à des femmes qui... hésiteraient, qui aimeraient bien se lancer, mais peut-être qui n'oseraient pas parce qu'on a vu que c'était quand même pas facile, qu'est-ce que vous leur diriez ?

  • Mejdaline

    Il faut absolument foncer, il ne faut surtout pas hésiter, elles verront bien au bout de quelques années si ça ne leur plaît pas. Il faut foncer, ne pas avoir peur de se spécialiser. Moi, j'avais peur que d'être... Voilà, d'avoir un... Mon sport à moi de prédilection, c'est le handball et... Et j'avais peur que finalement, ça me ferme des portes, etc. Et en fait, ça m'en a plutôt ouverte. Ensuite, en me spécialisant sur la place des femmes dans le sport, pareil, j'avais peur que ça me ferme des portes. Et au contraire, je pense que ça m'a plutôt ouvert des portes. Donc, en fait, ne pas avoir peur d'être qui on est, de s'affirmer et je crois de s'associer vraiment. Le fait d'être dans une organisation où il n'y a que des femmes, etc., c'est hyper réconfortant. Dans l'association, à chaque fois qu'il y a une jeune femme qui adhère, on lui propose d'avoir une marraine plus expérimentée pour qu'elle ne soit jamais seule. Toutes les adhérentes savent à peu près qui est dans le coin, dans le département, etc. Donc, si elles veulent se rencontrer entre elles, elles le peuvent. De toute façon, on fait régulièrement des temps conviviaux pour que tout le monde échange. Je pense que dans l'association... ou bien dans sa rédac, ce qui est important, c'est jamais d'être isolé, d'avoir toujours une ou plusieurs personnes qui veillent à ce que vous avancez bien, parce que c'est quand même un métier qui est difficile au sens où on a des horaires décalés, ou c'est un métier qui est très concurrentiel. Il y a beaucoup de gens qui aimeraient le faire et beaucoup moins qui le pratiquent. Donc parfois, on peut se dire, mais qu'est-ce que je fous là ? Et quand ça ne marche pas, se dire, mais je n'arrive pas à avoir de boulot, je ne vais jamais y arriver. Et en fait... il faut être têtu et bosser et bosser et bosser.

  • Laurène

    Parfait, merci beaucoup, c'est un beau message pour la fin et bien merci énormément pour cet échange, j'ai appris plein de choses donc je pense que les auditrices en auront appris aussi et je mettrai tous les liens vers le site de l'association le documentaire dont on parlait et puis comment vous contacter aussi éventuellement pour échanger Merci beaucoup, à bientôt

  • Mejdaline

    Merci beaucoup, à bientôt

  • Laurène

    Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner au podcast et à mettre une bonne note sur les plateformes. Cela nous aide. A bientôt !

Chapters

  • Introduction et présentation de Mejdaline Mhiri

    00:00

  • Le parcours atypique de Mejdaline dans le journalisme sportif

    00:32

  • Les défis d'être femme dans un milieu masculin

    01:36

  • Moments marquants et gratifiants de sa carrière

    05:44

  • La représentation des femmes dans le journalisme sportif

    07:51

  • Obstacles, sexisme et comportements inappropriés

    10:43

  • Gérer les stéréotypes et prouver ses compétences

    17:29

  • Encouragement pour les femmes dans le journalisme sportif

    25:10

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Description

Dans cet épisode de La Sportive Outdoor, nous avons le plaisir d'accueillir Mejdaline Mhiri, une journaliste de sport freelance qui se bat pour la représentation des femmes dans le sport. Mejdaline est également coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport, un rôle qui lui permet de porter haut la voix des femmes sportives dans un milieu encore largement dominé par les hommes. Elle partage avec nous son parcours atypique, qui l'a conduite à embrasser le journalisme sportif après des études de cinéma et théâtre.


Au fil de la conversation, Mejdaline aborde les défis qu'elle a rencontrés en tant que femme dans le journalisme sportif, un domaine où seulement 15 % des journalistes sont des femmes. Elle évoque le syndrome de l'imposteur, une réalité pour beaucoup de femmes dans le sport, et la nécessité de prouver ses compétences face à des stéréotypes persistants. Mejdaline nous raconte également ses moments marquants, comme sa première couverture d'une compétition internationale et son expérience en tant que rédactrice en chef au magazine Les Sportives.


L'épisode met en lumière l'importance de l'égalité et de la diversité dans le milieu du sport. Mejdaline explique les actions menées par son association pour promouvoir une meilleure couverture médiatique du sport féminin et pour encourager davantage de femmes à s'engager dans le journalisme sportif. Elle insiste sur le besoin crucial de se soutenir mutuellement et de persévérer dans un secteur qui peut parfois sembler hostile.


À travers ce témoignage inspirant, Mejdaline nous rappelle que le sport au féminin mérite d'être mis en avant, tout comme les femmes sportives qui brillent dans leurs disciplines respectives.


Suivre Mejdaline:

Linkedin: https://fr.linkedin.com/in/mejdaline-mhiri-a03a71a6

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Musique du générique:

Titre: Running (ft Elske)

Auteur: Jens East

Source: https://soundcloud.com/jenseast

Licence: https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Laurène

    La Sportive Outdoor,

  • Mejdaline

    le podcast.

  • Laurène

    Bonjour à toutes et bienvenue sur La Sportive Outdoor. Aujourd'hui, je reçois Mejdaline Mhiri, qui est journaliste de sport freelance et coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport. J'ai trouvé intéressant de la recevoir pour qu'elle vienne nous parler de ce milieu qui est encore assez masculin et qu'elle partage son expérience avec nous. Bienvenue Mejdaline.

  • Mejdaline

    Bonjour, merci de m'inviter.

  • Laurène

    Et est-ce que vous pouvez vous présenter, s'il vous plaît ?

  • Mejdaline

    Oui, alors je m'appelle Mejdaline Mhiri, j'ai 35 ans, donc je suis effectivement journaliste piégiste, donc journaliste indépendante, donc ça veut dire que je travaille pour plusieurs médias. Pendant 8 ans, j'ai travaillé pour le magazine Les Sportives et le média Les Sportives. J'ai été 4 ans rédactrice en chef de ce magazine qui parle uniquement de sport au féminin, mais ce n'était pas un temps plein. J'ai commencé ma carrière à Sud-Ouest, à Angoulême, en Charente. Et depuis 4 ans, depuis 2020, je suis rentrée à Paris et je travaille pour différents médias, Eurosport par exemple, mais aussi l'Humanité. J'ai des projets un petit peu, j'ai écrit des livres ces derniers temps, ce qui n'était pas forcément prévu dans mon parcours, mais ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir et notamment le livre officiel des Jeux Olympiques qui va sortir le 4 novembre, le 6 novembre. Enfin bref, c'est ça mon soupeux quoi. Et voilà.

  • Laurène

    On va lire ça avec attention. Et qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir journaliste sportif ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez toujours voulu faire ?

  • Mejdaline

    Pas du tout. En fait, moi, j'ai fait des études supérieures en cinéma et en théâtre. Et je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. Et puis, quand j'ai eu 23 ans, quand j'ai fini mon master en cinéma, je me suis rendu compte que ce que j'aimais dans la vie, c'était parler de handball en permanence, de refaire les matchs, de discuter avec... les coachs, avec les joueurs, etc. Je n'avais pas du tout envie d'être entraîneuse moi-même. Je n'avais pas du tout le niveau pour être joueuse. Mais même, ce n'était pas ça qui m'intéressait, c'était vraiment l'analyse. Et du coup, je me suis dit que j'avais envie d'être payée pour parler de handball. Donc, j'ai fait des stages, j'ai avancé. Et puis, une chose en enlève une autre, j'ai fini par me dire que ce qu'il fallait, c'était surtout de devenir journaliste, journaliste sportive. Et voilà, c'est comme ça que l'aventure a commencé.

  • Laurène

    Est-ce que ça a été compliqué d'arriver à ça, du coup, sans avoir eu les études un peu typiques école de journalisme ?

  • Mejdaline

    Il a fallu accepter de commencer tout en bas de l'échelle, de ne pas être bien payé au départ, de se remettre beaucoup en question, de faire preuve, je pense, vraiment d'humilité parce que j'écrivais comme un pied, je pense, au début, parce que je n'avais pas les bases. Et donc, du coup... C'est dur de savoir qu'on n'a pas le niveau et de commencer. Je me rendais compte à l'époque que ce n'était pas satisfaisant, mais j'avais tellement envie de le faire que je regardais comment les autres faisaient et puis j'essayais de me corriger moi-même et d'avancer. J'ai fini par faire une année en alternance, en gros, au CELSA à Paris, donc une école de journalisme pour valider un petit peu tous mes acquis. Parce qu'en fait, j'ai commencé ce métier comme on pouvait peut-être le commencer il y a longtemps, en le pratiquant. Et voilà, j'ai eu mon master et je pense que ça m'a confortée dans l'idée que je n'étais pas... Enfin voilà, le syndrome de l'imposteur, j'ai commencé à m'en débarrasser à ce moment-là. Et voilà, et puis surtout, j'ai eu de plus en plus de boulot. Donc le journaliste, c'est vraiment un métier de relation. C'est un métier où, voilà, une fois qu'on bosse bien quelque part... La personne va nous conseiller ailleurs, va faire le lien, etc. Et comme ça s'est globalement toujours très bien passé dans toutes mes expériences, ça m'a permis d'avoir d'autres piges, d'autres pistes. Et aujourd'hui, je suis tellement ravie de faire ce métier de manière libre, de ne pas appartenir à une rédaction précisément, mais de travailler avec plusieurs et de fonctionner au projet. C'est quelque chose que j'aime beaucoup.

  • Laurène

    C'est un super beau parcours. Et est-ce que vous disiez que c'était peut-être un peu comme à l'époque, le fait de monter les échelons comme ça, est-ce que c'est quelque chose qui est toujours possible maintenant ? Ou est-ce que ça a changé et qu'on demande vraiment ?

  • Mejdaline

    Non, en fait, c'est toujours possible. C'est juste qu'a priori, ce sera plus dur. Évidemment, si les employeurs voient que sur votre CV, vous n'avez pas fait parmi les grandes écoles, vous avez un peu moins de chance. Mais c'est surtout que quand on fait une école, On fait des stages, on est en alternance. Donc, on met déjà un pied dans les entreprises. Et en fait, généralement, quand ça se passe bien, on peut être embauché derrière. Donc, ça, évidemment, quand on ne passe pas par un cursus classique, c'est plus difficile. C'est plus difficile de se faire son réseau, sa place dans ce métier. Mais non, non, c'est encore pas impossible. Il faut être au bon endroit, au bon moment, accepter de beaucoup travailler. Et puis voilà, mais quand j'ai commencé à Sud-Ouest, j'étais à la fois correspondante de presse et à la fois je travaillais à Décathlon, Rayon, Chasse et Pêche pour pouvoir compléter, arriver difficilement à un SMIC. Bon, c'est des trucs qui forment, après tu n'as plus envie de retourner à Rayon, Chasse et Pêche, donc tu travailles. beaucoup, beaucoup, beaucoup pour plus jamais y retourner.

  • Laurène

    Oui, il y a pas mal de métiers au final où ça demande beaucoup d'investissement pour y arriver. Donc, il faut le faire si on est motivé au moins. Et quels ont été les moments les plus marquants ou gratifiant de votre carrière ? Alors, évidemment, elle n'est pas du tout terminée, vu que vous avez 35 ans, mais jusque-là.

  • Mejdaline

    Franchement, il y en a eu plein des moments qui ont été très satisfaisants. Je pense à la fois où... La toute première compétition que je couvre à l'étranger, quand la Fédération Européenne de Handball me prend pour couvrir l'Euro 2016 en Pologne, sur ses réseaux sociaux, et où je pars deux semaines ou trois semaines à Krakow, pour couvrir la compétition, je suis seule dans un hôtel, il fait froid et il y a de la neige dehors, et c'est en face du gymnase, et donc du coup, comme je ne connaissais pas encore très bien les journalistes en plus, et ça... À l'époque, j'ai surtout fait hôtel-gymnase, hôtel-gymnase. J'ai trouvé ça génial. J'ai adoré. Et du coup, je me suis dit que j'étais vraiment faite pour ça. C'était vraiment une expérience qui m'a tout de suite... Ouais, ça m'a confirmé que j'avais envie de faire ce métier. Et après, évidemment, quand Aurélie Bresson m'a proposé d'être rédactrice en chef du magazine Les Sportives en 2020, ça a été un moment important pour moi parce qu'en fait... même si ce n'est pas le média le plus reconnu, il n'empêche qu'on vous fasse confiance. C'est quelque chose qui est extrêmement gratifiant. Et puis, pour en citer encore un autre de moment, forcément les Jeux Olympiques, c'était couvrir les Jeux Olympiques et Paralympiques. Ça a été énorme, et peut-être particulièrement les Jeux Paralympiques. C'était vraiment des moments d'émotion et d'apprentissage. intense quoi.

  • Laurène

    Ah oui ça devait être incroyable j'imagine. Pour celles qui ne connaissent pas le magazine Les Sportifs, je mettrais un lien, c'est vraiment un super magazine qui existait en papier, qui ne va plus exister qu'en ligne, mais il existe toujours en ligne donc on peut le retrouver. Moi j'ai adoré découvrir ça parce que forcément ça met en avant le sport féminin et je trouve que le travail que toute l'équipe que vous avez fait est vraiment top donc félicitations aussi pour ça. On va passer au défi. Je le disais en introduction que c'était un milieu encore masculin. Mais est-ce que vous pouvez nous dire quelle est la proportion de femmes et d'hommes dans le milieu du journalisme de sport ?

  • Mejdaline

    Alors, c'est 85-15%. Donc, 15% de femmes dans les rédactions sportives et donc 85% d'hommes. Une écrasante majorité. En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que quand... quand on a créé l'association Femmes Journalistes de Sport au printemps 2021, on a tout de suite voulu se compter, parce qu'en fait, on entend comme une petite musique que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans la profession et que ça va de mieux en mieux, et que de toute façon, ça va forcément aller de mieux en mieux. Et on s'est dit qu'il fallait se compter. On a travaillé avec une scientifique pour que ce soit un petit peu établi de manière très sérieuse et qu'on puisse dire quelques années après, oui, effectivement. ça augmente, on est un petit peu plus qu'il y a 3 ans ou 5 ans ou bien non, on est exactement au même nombre ou voire on a régressé, on va recompter dans les années à venir, soit l'année prochaine soit l'année encore d'après, on n'a pas encore décidé de ça mais voilà, c'est très important de se compter pour être capable de calicher la situation à un moment ou à un autre parce qu'en fait on s'est rendu compte qu'on était un petit peu plus nombreuses en télévision qu'en presse écrite et qu'en radio, c'est en radio où on est les moins nombreuses parce qu'en radio, il y a beaucoup de commentaires sportifs et le commentaire, c'est quelque chose qui est vraiment un espace encore totalement dévolu aux hommes. Il y a très, très peu de femmes qui commentent. On ne nous fait pas confiance. On ne fait pas confiance à notre expertise, à notre voix, à notre manière de travailler. Je pense que le nombre de femmes dont c'est le métier, dont c'est l'occupation principale, Je pense que si on est à 15 femmes en tout et pour tout, c'est bien le maximum. Et je ne parle pas de celles qui commentent... Enfin, il faut regarder ensuite qui commente du sport au masculin ou du sport au féminin. Les femmes qui commentent du sport au masculin en tant qu'expertes et donc pas d'anciennes athlètes de haut niveau, ça se compte peut-être sur les doigts d'une main. Mais voilà, on est vraiment très peu nombreuses et ça rend du long sur notre profession.

  • Laurène

    C'est incroyable. Je me rendais bien compte qu'il y avait évidemment moins de femmes, mais je ne pensais pas vraiment à ce point-là. C'est assez fou. Mais c'est top votre démarche d'avoir vraiment fait ce comptage, parce que sinon, c'est toujours des ressentis. Et en plus, je pense qu'il y a toujours une tendance à se dire mais si, mais ça va mieux Et en fait, au final, on n'a rien d'objectif et ça n'avance pas. Donc, hâte de voir les prochains chiffres. J'espère que ça aura un peu progressé. J'imagine que la réponse à ma question est positive, mais je vais vous la poser pour que vous nous donniez des exemples. Est-ce que vous avez ressenti des obstacles particuliers dans la pratique de votre métier, avec des situations aussi de discrimination, de sexisme ?

  • Mejdaline

    Comme j'ai toujours été globalement à la pige, le fait de travailler chez moi, de ne pas être dans une rédac, je pense que ça a forcément minimisé les situations. Ce qui est sûr, c'est qu'au tout premier stage que j'ai fait, quand je me demandais si c'était vraiment le métier que je voulais faire, J'ai été dans une rédaction parisienne et j'y étais un mois sur la moitié du temps parce que j'avais déjà un appart, une voiture, etc. Il fallait absolument que je travaille, j'avais moi-même payé ma convention de stage, etc. Bref, j'étais vraiment dans une situation assez précaire. Mais donc, j'ai passé en alternance, à l'équivalent de 17 heures par semaine, quatre semaines dans le Parisien. Et à la fin de ce stage, il y a un des journalistes sportifs du Parisien qui m'envoie un message. On ne s'était quasiment pas parlé pendant le stage. Il a l'âge d'être mon père. Et moi, à ce moment-là, j'ai 23 ans. Il m'envoie un message pour me demander si je ne veux pas aller à New York avec lui. Et en fait, moi, je crois que... C'est pour couvrir l'US Open. Et du coup, je m'enflamme et je me dis, mais trop bien. Et la rédaction m'a remarqué. Et bon, au bout de trois messages, je comprends que ce n'est pas ça. Et du coup, je suis hyper déçue parce que j'ai cru que ça allait être pour du boulot. Je me suis tout de suite demandé si c'était de ma faute, si je ne sais pas quoi. Et voilà. Et bon, il n'a pas été au final le plus insistant que ça. Et il y a, comme ça maintenant, c'était il y a un peu plus de dix ans. Il y a deux, trois ans, je lui avais renvoyé un message en lui disant écoute, j'aimerais bien rediscuter avec toi de ça. Et il avait accepté qu'on se voit. Et je lui avais dit mais tu te rends compte de ce que tu as déclenché ? Enfin, ce n'est pas la bonne manière de se comporter en fait. Et il ne comprenait pas quoi. Il m'a dit mais écoute... enfin qu'il avait eu un coup de foudre pour moi, que c'était sincère etc. Il voyait pas le truc de on a 25 ans d'écart, lui il est grand reporter dans un média archi reconnu, moi je commence ma carrière, il ne comprenait pas. Je voyais bien que j'avais un homme dépassé en face de moi donc donc voilà. Quand je parle de ça, c'est pour donner un petit exemple, c'est à la fois rien du tout quand je vois ce que certaines collègues ont subi et ont pu témoigner dans le documentaire de Marie Portolano, notamment, évidemment, ça c'est Peanuts. Et en même temps, je trouve que c'est assez significatif de... En fait, on est tout de suite rappelé à notre condition de femme. Et donc, on ne peut pas ignorer ce qu'on a entre les jambes, pas possible d'être juste journaliste sportif. Il y a tout de suite ce rapport-là, sexué, etc. Et ce que disent les femmes qui ont témoigné dans le documentaire de Marie Portolano, c'est que... Finalement, ceux qui posent le plus problème, c'est les collègues et les chefs. On pourrait se dire que c'est peut-être les athlètes ou les supporters, etc. En vérité, il y a un effet de meute en raison de la disproportion femmes-hommes. Évidemment, tous les hommes ne se comportent pas comme des saguans, mais entre ceux qui se le permettent, ceux qui rigolent, ceux qui laissent faire sans rien dire, à la fin, ça donne des situations qui ne sont absolument pas agréables. Et après, les hommes et les chefs se disent Mais pourquoi il n'y a pas plus de femmes que ça ? Moi, je n'en recrute pas parce qu'elles ne postulent pas. C'est un cercle vicieux. Et c'est un milieu qui ne se remet clairement pas assez en question encore et qui n'est pas encore assez dans une recherche profonde de mixité dans sa rédaction. On est loin du 50-50. Mais ne serait-ce que d'arriver à 5, 10, 15% de plus, notre objectif avec l'association, ce serait d'arriver à 30%. Parce qu'il y a des scientifiques qui ont établi qu'à 30%, il y a une forme de rapport, de domination, en gros, qui diminue franchement. Et qu'à partir de 30%, on est dans des rapports au travail qui sont corrects. Donc ça voudrait dire doubler le nombre de femmes dans les années à venir. On a fait signer une charte aux principaux responsables des médias l'année dernière, en 2023, pour qu'ils s'engagent à embaucher davantage de femmes et que ça se passe mieux pour celles qui sont en poste. Et voilà, il reste beaucoup de chemin. Et je lisais ce matin un article juste avant notre échange sur deux commentateurs qui se sont fait... qui ont pris un blâme suspendu, qui se sont fait suspendre par Canal+, deux commentateurs dans le Golfe, parce qu'ils ont discuté trois minutes de la merde d'un golfeur, avec des propos assez vulgaires, obscènes, etc. Et c'est cette ambiance-là dans laquelle on travaille. Je répète, pas tous les hommes, évidemment, mais il y a une ambiance qui est propice au sexisme, clairement encore.

  • Laurène

    Le documentaire dont vous parlez, je l'ai vu récemment, je mettrai le lien bien sûr dans la description. J'avoue que j'ai halluciné de tout ce qui se passait, parce qu'effectivement, qu'il puisse y avoir des comportements sexistes, on n'en doute pas trop. Mais je trouve que ce qui est marquant, c'est aussi le fait que les autres ne réagissent pas, en fait. Parce qu'on se dit en 2024 que personne à un moment ne... ne disent en fait à un homme qui dit des choses comme ça ou qui a des comportements complètement déplacés, ne lui disent non mais stop, on ne fait plus ça là, ce n'est pas possible. Et ça, j'ai l'impression que c'est quand même assez long le temps que ça évolue. J'espère que ça évolue, mais en tout cas, je trouve ça incroyable de voir encore ça maintenant.

  • Mejdaline

    Le fait que par exemple, les deux journalistes aient tout de suite été suspendus, ça montre que la chaîne a réagi. Donc ça veut bien dire qu'il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Pour autant, ça a été dit à... Tout le monde a pu l'entendre, en fait. Les téléspectateurs et téléspectatrices ont pu l'entendre. Donc, évidemment, la réaction, elle est plus rapide. Ce qu'il faut maintenant, c'est que quand on entend ça dans une rédaction, il y ait une réaction aussi vite de la part de la hiérarchie et puis qu'il y ait davantage de femmes dans les rédactions. Parce qu'en fait, ce n'est pas vrai que ce sont seulement les hommes qui s'y connaissent en sport. En fait, je crois que... Le problème, c'est que ce succès est encore très, très ancré.

  • Laurène

    Ça, c'est incroyable. Et comment est-ce que vous arrivez à gérer ce stéréotype ? Est-ce que vous essayez d'avoir une approche particulière ? Est-ce qu'on est encore obligé, du coup, de prouver que oui, en fait, on est une femme et on s'y connaît ? Ou comment est-ce qu'on aborde le truc ?

  • Mejdaline

    Oui, bien sûr qu'on est obligé de prouver. Oui, évidemment. Évidemment. Et non, non, pour l'instant, on n'en est pas sortis. Il faut continuer à parler fort. Il faut continuer à être bonne. Il faut continuer à... Voilà. à travailler. Heureusement, on a quand même quelques alliés dans ce combat-là. Je parle d'alliés masculins. Mais si, bien sûr qu'il y a ce soupçon encore qui plane au-dessus de nos têtes. Et quand je regarde un peu le profil, parce que maintenant, j'en connais beaucoup des journalistes sportifs avec l'association, je vois bien que nos profils, ils sont... pas exactement les mêmes, on est plus de 250. Mais je vois qu'il y a des schémas qui se répètent, c'est-à-dire qu'on était souvent la fille, l'une des seules filles qui jouait au foot avec les garçons dans la cour. Ce côté un peu affranchi, tête brûlée, je m'en fous de ce que disent les autres et j'aime le sport et je suis à fond, en fait, j'ai l'impression qu'on est beaucoup. Et il y a encore, majoritairement, j'ai la sensation, ce profil-là. Donc ça veut dire qu'il y a plein de filles qui, elles, ne jouaient pas au foot dans la cour avec les garçons. qui ne sont pas encore là dans le métier. Et je pense que le métier souffre aussi d'autres choses. C'est que dans les rédactions totalement sportives, comme Eurosport ou L'Équipe, c'est prestigieux de travailler dans ces médias-là. Mais dans tous les autres médias, la rédaction sportive, c'est un peu une rédaction dans la rédaction et parfois considérée comme une sous-rédaction. C'est moins prestigieux que politique ou économie ou ce genre de choses-là. Et donc, ce qu'on a lu dans les études, c'est que, en gros, les jeunes filles dans les écoles de journalisme, entre elles, le syndrome de l'imposteur et se disant je vais moins bien m'y connaître que les garçons parce que le garçon, ça fait 15-20 ans qu'il joue au foot et qu'il va au foot tous les week-ends avec son papa entre ça et le fait qu'elles se disent dans les rédactions, je vais subir de sport, je vais subir des trucs pas dingues et en plus, ce n'est pas le plus prestigieux, autant que je me dirige vers la politique ou quoi, à la fin, elles sont moins nombreuses à postuler.

  • Laurène

    C'est vraiment l'effet répulsif, limite. Et donc là, vous avez quand même observé une évolution au cours de votre carrière. Et est-ce que vous êtes confiante du coup quant à l'avenir ? Ou quand même, c'est encore très compliqué.

  • Mejdaline

    Vous voulez dire pour moi ou de manière générale ?

  • Laurène

    De manière générale.

  • Mejdaline

    Alors je pense que c'est compliqué, mais je pense que si on n'est pas optimiste, on arrête de se battre. Donc on va dire que je le suis forcément. Non, non, j'espère qu'on va y arriver. Je pense que, en tout cas j'espère que la société est en train de comprendre un certain nombre de choses sur les questions de genre et sur le besoin d'égalité. C'est pas gagné, on voit bien, on est en plein procès de Mazon, donc il n'y a rien qui est gagné du tout. Juste on en parle plus de ces sujets-là qu'avant. Il faut continuer d'en parler, il faut continuer de se former là-dessus, il faut continuer de… de parler fort et non, j'espère que ça va avancer. En fait, on est déjà tellement peu nombreuses dans les rédactions que je me dis qu'on ne peut pas être vraiment beaucoup moins. Donc, j'espère que ça va avancer. Il y a des signes aux Jeux Olympiques, dans la couverture des Jeux, le service public, je crois, avait une équipe à parité, de journalistes et de consultants, consultantes. pour couvrir les jeux. Alors, il y a beaucoup de consultantes. Ils demandent beaucoup à des sportifs de parler de sport, enfin d'anciennes sportives. Encore trop peu à des journalistes, mais il y en a quelques-unes quand même sur le service public. Donc, voilà, il faut que ça inspire les autres, il faut que ça avance. Et non, non, j'ai envie d'y croire.

  • Laurène

    J'ai envie d'y croire aussi, je dois dire. Je pense quand même que, oui, et aussi grâce à des associations comme la vôtre, ça m'a quand même forcément aidée, même si c'est un peu lent. Et concernant le sport féminin ou au féminin, parce que c'est vrai que le thème, enfin, juste le choix des mots n'est jamais très simple, ça reste du sport. Est-ce que vous pensez que les médias couvrent suffisamment le sport fait par les femmes ?

  • Mejdaline

    Ça, ce n'est pas dur de répondre à cette question-là, tellement les chiffres sont hallucinants. C'est 4,8% en télévision et c'est environ 9% en presse écrite. Donc non, évidemment qu'ils ne couvrent pas assez. On méprise globalement les athlètes féminines. C'est jamais assez. Leurs performances ne sont jamais assez intéressantes. Ça prend toujours le pas. Une compétition masculine ou une affaire, prend toujours le pas sur le sport féminin. Et on a tellement pris l'habitude de cette disproportion qu'elle évolue très peu. ces dernières années. Et en fait, le sport au féminin, aujourd'hui, il est encore trop cantonné à des événements. Quand il y a une Coupe du Monde, quand il y a des Jeux, etc., on redécouvre Cassandre Beaugrand, on redécouvre l'équipe de France féminine de handball, quand elles vont jusqu'en finale et que du coup, on a enfin la demi-finale en clair. Donc non, non, il faut en faire beaucoup. plus et c'est une évidence en fait c'est respectueux pour les athlètes et c'est se couper de toute une partie du sport quoi on a bien vu pendant les jeux olympiques et paralympiques c'est l'émotion véhiculée qui comptait j'adore le foot mais il faut sourire à d'autres sports que le foot à d'autres récits et aller voir d'autres athlètes et vraiment on loupe toute une partie du sport à être ultra cantonnés sur sur certaines disciplines

  • Laurène

    Est-ce que là-dessus, il y a quand même une petite évolution dans des médias généralistes qui essaient d'allouer un peu progressivement un peu plus de place au sport, au féminin ? Ou pour l'instant, ils disent...

  • Mejdaline

    Alors là, je n'ai plus les chiffres. Mais l'Arcom, tous les ans, donne les chiffres. Tous les ans, c'est assez désespérant quand même. Il faut noter que, tout à l'heure, je disais que c'était 4,8%. Le service public, si je ne dis pas de bêtises, est à 9%. Donc, il fait deux fois plus que les autres. et c'est tant mieux mais peut-être qu'il faut qu'ils fassent encore plus c'est le service public donc là où d'autres disent ça se vend pas, ça se vend pas etc le service public doit s'affranchir totalement de ça et couvrir bien plus régulièrement du sport pratiqué par les femmes là encore on part de tellement rien qu'on va forcément faire mieux dans les prochaines années 4,1% c'est

  • Laurène

    absolument ridicule c'est vraiment ridicule à nouveau c'est un cercle vicieux parce que moi on montre de femmes, moins les gens les connaissent et moins ils les suivent. C'est absurde, mais du coup...

  • Mejdaline

    Moins les sponsors les soutiennent, moins ils ont les moyens de la performance, moins ils ont de chances de performer. Et du coup, on ne parle pas d'elles et c'est un cercle vicieux qui s'entretient comme ça depuis des années.

  • Laurène

    Bon, on espère que ça évoluera un petit peu. Et à votre avis, quelles seraient des actions à mettre en place ? pour essayer d'encourager les femmes à rejoindre le journalisme de sport.

  • Mejdaline

    Je dirais vraiment aux femmes de rejoindre ce métier, déjà parce que le métier de journaliste sportive, enfin de journaliste de sport, il est très divers, comme le journalisme de manière générale, mais d'être au contact des athlètes, je trouve ça vraiment très inspirant, parce qu'évidemment, il et elle ont des parcours extrêmement différents, mais à la fin, c'est des gens qui sont tellement déterminés, des personnes qui sont tellement... investi, entêté, acharné que ouais c'est inspirant et c'est beau à suivre au quotidien moi j'ai aussi fait ce métier parce que je trouve que le monde dans lequel on vit parfois est vraiment dur et que j'avais besoin d'un espace où il y avait un peu de légèreté finalement à la fin le sport ça reste que le sport et bon perdre un match c'est terrible mais en même temps c'est pas si terrible par rapport à beaucoup de choses qui se passent dans le monde quoi donc c'est Voilà, alors après, je constate aussi que j'ai choisi cette voie-là avec cette idée-là et que finalement, j'y ai remis un peu de la difficulté du politique en travaillant beaucoup sur la place des femmes dans le sport de manière générale. Mais donc, voilà, c'est un métier qui est extrêmement plaisant, amusant. Et là, oui, couvrir les Jeux olympiques et paralympiques, c'était probablement la plus belle compétition que je pouvais faire à Paris. Et j'en ai profité à fond. Le matin, je partais de chez moi, il était 9h, je rentrais, il était minuit. J'ai fait ça pendant les cinq semaines de compétition entre les Olympiques et les Paralympiques. Il y avait tellement d'adrénaline, d'émotion. C'est extraordinaire de pouvoir vivre ça.

  • Laurène

    Oui, ça devait être vraiment incroyable. Et pour terminer, si vous deviez donner des conseils à des femmes qui... hésiteraient, qui aimeraient bien se lancer, mais peut-être qui n'oseraient pas parce qu'on a vu que c'était quand même pas facile, qu'est-ce que vous leur diriez ?

  • Mejdaline

    Il faut absolument foncer, il ne faut surtout pas hésiter, elles verront bien au bout de quelques années si ça ne leur plaît pas. Il faut foncer, ne pas avoir peur de se spécialiser. Moi, j'avais peur que d'être... Voilà, d'avoir un... Mon sport à moi de prédilection, c'est le handball et... Et j'avais peur que finalement, ça me ferme des portes, etc. Et en fait, ça m'en a plutôt ouverte. Ensuite, en me spécialisant sur la place des femmes dans le sport, pareil, j'avais peur que ça me ferme des portes. Et au contraire, je pense que ça m'a plutôt ouvert des portes. Donc, en fait, ne pas avoir peur d'être qui on est, de s'affirmer et je crois de s'associer vraiment. Le fait d'être dans une organisation où il n'y a que des femmes, etc., c'est hyper réconfortant. Dans l'association, à chaque fois qu'il y a une jeune femme qui adhère, on lui propose d'avoir une marraine plus expérimentée pour qu'elle ne soit jamais seule. Toutes les adhérentes savent à peu près qui est dans le coin, dans le département, etc. Donc, si elles veulent se rencontrer entre elles, elles le peuvent. De toute façon, on fait régulièrement des temps conviviaux pour que tout le monde échange. Je pense que dans l'association... ou bien dans sa rédac, ce qui est important, c'est jamais d'être isolé, d'avoir toujours une ou plusieurs personnes qui veillent à ce que vous avancez bien, parce que c'est quand même un métier qui est difficile au sens où on a des horaires décalés, ou c'est un métier qui est très concurrentiel. Il y a beaucoup de gens qui aimeraient le faire et beaucoup moins qui le pratiquent. Donc parfois, on peut se dire, mais qu'est-ce que je fous là ? Et quand ça ne marche pas, se dire, mais je n'arrive pas à avoir de boulot, je ne vais jamais y arriver. Et en fait... il faut être têtu et bosser et bosser et bosser.

  • Laurène

    Parfait, merci beaucoup, c'est un beau message pour la fin et bien merci énormément pour cet échange, j'ai appris plein de choses donc je pense que les auditrices en auront appris aussi et je mettrai tous les liens vers le site de l'association le documentaire dont on parlait et puis comment vous contacter aussi éventuellement pour échanger Merci beaucoup, à bientôt

  • Mejdaline

    Merci beaucoup, à bientôt

  • Laurène

    Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner au podcast et à mettre une bonne note sur les plateformes. Cela nous aide. A bientôt !

Chapters

  • Introduction et présentation de Mejdaline Mhiri

    00:00

  • Le parcours atypique de Mejdaline dans le journalisme sportif

    00:32

  • Les défis d'être femme dans un milieu masculin

    01:36

  • Moments marquants et gratifiants de sa carrière

    05:44

  • La représentation des femmes dans le journalisme sportif

    07:51

  • Obstacles, sexisme et comportements inappropriés

    10:43

  • Gérer les stéréotypes et prouver ses compétences

    17:29

  • Encouragement pour les femmes dans le journalisme sportif

    25:10

Description

Dans cet épisode de La Sportive Outdoor, nous avons le plaisir d'accueillir Mejdaline Mhiri, une journaliste de sport freelance qui se bat pour la représentation des femmes dans le sport. Mejdaline est également coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport, un rôle qui lui permet de porter haut la voix des femmes sportives dans un milieu encore largement dominé par les hommes. Elle partage avec nous son parcours atypique, qui l'a conduite à embrasser le journalisme sportif après des études de cinéma et théâtre.


Au fil de la conversation, Mejdaline aborde les défis qu'elle a rencontrés en tant que femme dans le journalisme sportif, un domaine où seulement 15 % des journalistes sont des femmes. Elle évoque le syndrome de l'imposteur, une réalité pour beaucoup de femmes dans le sport, et la nécessité de prouver ses compétences face à des stéréotypes persistants. Mejdaline nous raconte également ses moments marquants, comme sa première couverture d'une compétition internationale et son expérience en tant que rédactrice en chef au magazine Les Sportives.


L'épisode met en lumière l'importance de l'égalité et de la diversité dans le milieu du sport. Mejdaline explique les actions menées par son association pour promouvoir une meilleure couverture médiatique du sport féminin et pour encourager davantage de femmes à s'engager dans le journalisme sportif. Elle insiste sur le besoin crucial de se soutenir mutuellement et de persévérer dans un secteur qui peut parfois sembler hostile.


À travers ce témoignage inspirant, Mejdaline nous rappelle que le sport au féminin mérite d'être mis en avant, tout comme les femmes sportives qui brillent dans leurs disciplines respectives.


Suivre Mejdaline:

Linkedin: https://fr.linkedin.com/in/mejdaline-mhiri-a03a71a6

Site de l'association: https://femmesjournalistesdesport.fr/association/


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Musique du générique:

Titre: Running (ft Elske)

Auteur: Jens East

Source: https://soundcloud.com/jenseast

Licence: https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Laurène

    La Sportive Outdoor,

  • Mejdaline

    le podcast.

  • Laurène

    Bonjour à toutes et bienvenue sur La Sportive Outdoor. Aujourd'hui, je reçois Mejdaline Mhiri, qui est journaliste de sport freelance et coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport. J'ai trouvé intéressant de la recevoir pour qu'elle vienne nous parler de ce milieu qui est encore assez masculin et qu'elle partage son expérience avec nous. Bienvenue Mejdaline.

  • Mejdaline

    Bonjour, merci de m'inviter.

  • Laurène

    Et est-ce que vous pouvez vous présenter, s'il vous plaît ?

  • Mejdaline

    Oui, alors je m'appelle Mejdaline Mhiri, j'ai 35 ans, donc je suis effectivement journaliste piégiste, donc journaliste indépendante, donc ça veut dire que je travaille pour plusieurs médias. Pendant 8 ans, j'ai travaillé pour le magazine Les Sportives et le média Les Sportives. J'ai été 4 ans rédactrice en chef de ce magazine qui parle uniquement de sport au féminin, mais ce n'était pas un temps plein. J'ai commencé ma carrière à Sud-Ouest, à Angoulême, en Charente. Et depuis 4 ans, depuis 2020, je suis rentrée à Paris et je travaille pour différents médias, Eurosport par exemple, mais aussi l'Humanité. J'ai des projets un petit peu, j'ai écrit des livres ces derniers temps, ce qui n'était pas forcément prévu dans mon parcours, mais ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir et notamment le livre officiel des Jeux Olympiques qui va sortir le 4 novembre, le 6 novembre. Enfin bref, c'est ça mon soupeux quoi. Et voilà.

  • Laurène

    On va lire ça avec attention. Et qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir journaliste sportif ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez toujours voulu faire ?

  • Mejdaline

    Pas du tout. En fait, moi, j'ai fait des études supérieures en cinéma et en théâtre. Et je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. Et puis, quand j'ai eu 23 ans, quand j'ai fini mon master en cinéma, je me suis rendu compte que ce que j'aimais dans la vie, c'était parler de handball en permanence, de refaire les matchs, de discuter avec... les coachs, avec les joueurs, etc. Je n'avais pas du tout envie d'être entraîneuse moi-même. Je n'avais pas du tout le niveau pour être joueuse. Mais même, ce n'était pas ça qui m'intéressait, c'était vraiment l'analyse. Et du coup, je me suis dit que j'avais envie d'être payée pour parler de handball. Donc, j'ai fait des stages, j'ai avancé. Et puis, une chose en enlève une autre, j'ai fini par me dire que ce qu'il fallait, c'était surtout de devenir journaliste, journaliste sportive. Et voilà, c'est comme ça que l'aventure a commencé.

  • Laurène

    Est-ce que ça a été compliqué d'arriver à ça, du coup, sans avoir eu les études un peu typiques école de journalisme ?

  • Mejdaline

    Il a fallu accepter de commencer tout en bas de l'échelle, de ne pas être bien payé au départ, de se remettre beaucoup en question, de faire preuve, je pense, vraiment d'humilité parce que j'écrivais comme un pied, je pense, au début, parce que je n'avais pas les bases. Et donc, du coup... C'est dur de savoir qu'on n'a pas le niveau et de commencer. Je me rendais compte à l'époque que ce n'était pas satisfaisant, mais j'avais tellement envie de le faire que je regardais comment les autres faisaient et puis j'essayais de me corriger moi-même et d'avancer. J'ai fini par faire une année en alternance, en gros, au CELSA à Paris, donc une école de journalisme pour valider un petit peu tous mes acquis. Parce qu'en fait, j'ai commencé ce métier comme on pouvait peut-être le commencer il y a longtemps, en le pratiquant. Et voilà, j'ai eu mon master et je pense que ça m'a confortée dans l'idée que je n'étais pas... Enfin voilà, le syndrome de l'imposteur, j'ai commencé à m'en débarrasser à ce moment-là. Et voilà, et puis surtout, j'ai eu de plus en plus de boulot. Donc le journaliste, c'est vraiment un métier de relation. C'est un métier où, voilà, une fois qu'on bosse bien quelque part... La personne va nous conseiller ailleurs, va faire le lien, etc. Et comme ça s'est globalement toujours très bien passé dans toutes mes expériences, ça m'a permis d'avoir d'autres piges, d'autres pistes. Et aujourd'hui, je suis tellement ravie de faire ce métier de manière libre, de ne pas appartenir à une rédaction précisément, mais de travailler avec plusieurs et de fonctionner au projet. C'est quelque chose que j'aime beaucoup.

  • Laurène

    C'est un super beau parcours. Et est-ce que vous disiez que c'était peut-être un peu comme à l'époque, le fait de monter les échelons comme ça, est-ce que c'est quelque chose qui est toujours possible maintenant ? Ou est-ce que ça a changé et qu'on demande vraiment ?

  • Mejdaline

    Non, en fait, c'est toujours possible. C'est juste qu'a priori, ce sera plus dur. Évidemment, si les employeurs voient que sur votre CV, vous n'avez pas fait parmi les grandes écoles, vous avez un peu moins de chance. Mais c'est surtout que quand on fait une école, On fait des stages, on est en alternance. Donc, on met déjà un pied dans les entreprises. Et en fait, généralement, quand ça se passe bien, on peut être embauché derrière. Donc, ça, évidemment, quand on ne passe pas par un cursus classique, c'est plus difficile. C'est plus difficile de se faire son réseau, sa place dans ce métier. Mais non, non, c'est encore pas impossible. Il faut être au bon endroit, au bon moment, accepter de beaucoup travailler. Et puis voilà, mais quand j'ai commencé à Sud-Ouest, j'étais à la fois correspondante de presse et à la fois je travaillais à Décathlon, Rayon, Chasse et Pêche pour pouvoir compléter, arriver difficilement à un SMIC. Bon, c'est des trucs qui forment, après tu n'as plus envie de retourner à Rayon, Chasse et Pêche, donc tu travailles. beaucoup, beaucoup, beaucoup pour plus jamais y retourner.

  • Laurène

    Oui, il y a pas mal de métiers au final où ça demande beaucoup d'investissement pour y arriver. Donc, il faut le faire si on est motivé au moins. Et quels ont été les moments les plus marquants ou gratifiant de votre carrière ? Alors, évidemment, elle n'est pas du tout terminée, vu que vous avez 35 ans, mais jusque-là.

  • Mejdaline

    Franchement, il y en a eu plein des moments qui ont été très satisfaisants. Je pense à la fois où... La toute première compétition que je couvre à l'étranger, quand la Fédération Européenne de Handball me prend pour couvrir l'Euro 2016 en Pologne, sur ses réseaux sociaux, et où je pars deux semaines ou trois semaines à Krakow, pour couvrir la compétition, je suis seule dans un hôtel, il fait froid et il y a de la neige dehors, et c'est en face du gymnase, et donc du coup, comme je ne connaissais pas encore très bien les journalistes en plus, et ça... À l'époque, j'ai surtout fait hôtel-gymnase, hôtel-gymnase. J'ai trouvé ça génial. J'ai adoré. Et du coup, je me suis dit que j'étais vraiment faite pour ça. C'était vraiment une expérience qui m'a tout de suite... Ouais, ça m'a confirmé que j'avais envie de faire ce métier. Et après, évidemment, quand Aurélie Bresson m'a proposé d'être rédactrice en chef du magazine Les Sportives en 2020, ça a été un moment important pour moi parce qu'en fait... même si ce n'est pas le média le plus reconnu, il n'empêche qu'on vous fasse confiance. C'est quelque chose qui est extrêmement gratifiant. Et puis, pour en citer encore un autre de moment, forcément les Jeux Olympiques, c'était couvrir les Jeux Olympiques et Paralympiques. Ça a été énorme, et peut-être particulièrement les Jeux Paralympiques. C'était vraiment des moments d'émotion et d'apprentissage. intense quoi.

  • Laurène

    Ah oui ça devait être incroyable j'imagine. Pour celles qui ne connaissent pas le magazine Les Sportifs, je mettrais un lien, c'est vraiment un super magazine qui existait en papier, qui ne va plus exister qu'en ligne, mais il existe toujours en ligne donc on peut le retrouver. Moi j'ai adoré découvrir ça parce que forcément ça met en avant le sport féminin et je trouve que le travail que toute l'équipe que vous avez fait est vraiment top donc félicitations aussi pour ça. On va passer au défi. Je le disais en introduction que c'était un milieu encore masculin. Mais est-ce que vous pouvez nous dire quelle est la proportion de femmes et d'hommes dans le milieu du journalisme de sport ?

  • Mejdaline

    Alors, c'est 85-15%. Donc, 15% de femmes dans les rédactions sportives et donc 85% d'hommes. Une écrasante majorité. En fait, ce qu'il faut savoir, c'est que quand... quand on a créé l'association Femmes Journalistes de Sport au printemps 2021, on a tout de suite voulu se compter, parce qu'en fait, on entend comme une petite musique que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans la profession et que ça va de mieux en mieux, et que de toute façon, ça va forcément aller de mieux en mieux. Et on s'est dit qu'il fallait se compter. On a travaillé avec une scientifique pour que ce soit un petit peu établi de manière très sérieuse et qu'on puisse dire quelques années après, oui, effectivement. ça augmente, on est un petit peu plus qu'il y a 3 ans ou 5 ans ou bien non, on est exactement au même nombre ou voire on a régressé, on va recompter dans les années à venir, soit l'année prochaine soit l'année encore d'après, on n'a pas encore décidé de ça mais voilà, c'est très important de se compter pour être capable de calicher la situation à un moment ou à un autre parce qu'en fait on s'est rendu compte qu'on était un petit peu plus nombreuses en télévision qu'en presse écrite et qu'en radio, c'est en radio où on est les moins nombreuses parce qu'en radio, il y a beaucoup de commentaires sportifs et le commentaire, c'est quelque chose qui est vraiment un espace encore totalement dévolu aux hommes. Il y a très, très peu de femmes qui commentent. On ne nous fait pas confiance. On ne fait pas confiance à notre expertise, à notre voix, à notre manière de travailler. Je pense que le nombre de femmes dont c'est le métier, dont c'est l'occupation principale, Je pense que si on est à 15 femmes en tout et pour tout, c'est bien le maximum. Et je ne parle pas de celles qui commentent... Enfin, il faut regarder ensuite qui commente du sport au masculin ou du sport au féminin. Les femmes qui commentent du sport au masculin en tant qu'expertes et donc pas d'anciennes athlètes de haut niveau, ça se compte peut-être sur les doigts d'une main. Mais voilà, on est vraiment très peu nombreuses et ça rend du long sur notre profession.

  • Laurène

    C'est incroyable. Je me rendais bien compte qu'il y avait évidemment moins de femmes, mais je ne pensais pas vraiment à ce point-là. C'est assez fou. Mais c'est top votre démarche d'avoir vraiment fait ce comptage, parce que sinon, c'est toujours des ressentis. Et en plus, je pense qu'il y a toujours une tendance à se dire mais si, mais ça va mieux Et en fait, au final, on n'a rien d'objectif et ça n'avance pas. Donc, hâte de voir les prochains chiffres. J'espère que ça aura un peu progressé. J'imagine que la réponse à ma question est positive, mais je vais vous la poser pour que vous nous donniez des exemples. Est-ce que vous avez ressenti des obstacles particuliers dans la pratique de votre métier, avec des situations aussi de discrimination, de sexisme ?

  • Mejdaline

    Comme j'ai toujours été globalement à la pige, le fait de travailler chez moi, de ne pas être dans une rédac, je pense que ça a forcément minimisé les situations. Ce qui est sûr, c'est qu'au tout premier stage que j'ai fait, quand je me demandais si c'était vraiment le métier que je voulais faire, J'ai été dans une rédaction parisienne et j'y étais un mois sur la moitié du temps parce que j'avais déjà un appart, une voiture, etc. Il fallait absolument que je travaille, j'avais moi-même payé ma convention de stage, etc. Bref, j'étais vraiment dans une situation assez précaire. Mais donc, j'ai passé en alternance, à l'équivalent de 17 heures par semaine, quatre semaines dans le Parisien. Et à la fin de ce stage, il y a un des journalistes sportifs du Parisien qui m'envoie un message. On ne s'était quasiment pas parlé pendant le stage. Il a l'âge d'être mon père. Et moi, à ce moment-là, j'ai 23 ans. Il m'envoie un message pour me demander si je ne veux pas aller à New York avec lui. Et en fait, moi, je crois que... C'est pour couvrir l'US Open. Et du coup, je m'enflamme et je me dis, mais trop bien. Et la rédaction m'a remarqué. Et bon, au bout de trois messages, je comprends que ce n'est pas ça. Et du coup, je suis hyper déçue parce que j'ai cru que ça allait être pour du boulot. Je me suis tout de suite demandé si c'était de ma faute, si je ne sais pas quoi. Et voilà. Et bon, il n'a pas été au final le plus insistant que ça. Et il y a, comme ça maintenant, c'était il y a un peu plus de dix ans. Il y a deux, trois ans, je lui avais renvoyé un message en lui disant écoute, j'aimerais bien rediscuter avec toi de ça. Et il avait accepté qu'on se voit. Et je lui avais dit mais tu te rends compte de ce que tu as déclenché ? Enfin, ce n'est pas la bonne manière de se comporter en fait. Et il ne comprenait pas quoi. Il m'a dit mais écoute... enfin qu'il avait eu un coup de foudre pour moi, que c'était sincère etc. Il voyait pas le truc de on a 25 ans d'écart, lui il est grand reporter dans un média archi reconnu, moi je commence ma carrière, il ne comprenait pas. Je voyais bien que j'avais un homme dépassé en face de moi donc donc voilà. Quand je parle de ça, c'est pour donner un petit exemple, c'est à la fois rien du tout quand je vois ce que certaines collègues ont subi et ont pu témoigner dans le documentaire de Marie Portolano, notamment, évidemment, ça c'est Peanuts. Et en même temps, je trouve que c'est assez significatif de... En fait, on est tout de suite rappelé à notre condition de femme. Et donc, on ne peut pas ignorer ce qu'on a entre les jambes, pas possible d'être juste journaliste sportif. Il y a tout de suite ce rapport-là, sexué, etc. Et ce que disent les femmes qui ont témoigné dans le documentaire de Marie Portolano, c'est que... Finalement, ceux qui posent le plus problème, c'est les collègues et les chefs. On pourrait se dire que c'est peut-être les athlètes ou les supporters, etc. En vérité, il y a un effet de meute en raison de la disproportion femmes-hommes. Évidemment, tous les hommes ne se comportent pas comme des saguans, mais entre ceux qui se le permettent, ceux qui rigolent, ceux qui laissent faire sans rien dire, à la fin, ça donne des situations qui ne sont absolument pas agréables. Et après, les hommes et les chefs se disent Mais pourquoi il n'y a pas plus de femmes que ça ? Moi, je n'en recrute pas parce qu'elles ne postulent pas. C'est un cercle vicieux. Et c'est un milieu qui ne se remet clairement pas assez en question encore et qui n'est pas encore assez dans une recherche profonde de mixité dans sa rédaction. On est loin du 50-50. Mais ne serait-ce que d'arriver à 5, 10, 15% de plus, notre objectif avec l'association, ce serait d'arriver à 30%. Parce qu'il y a des scientifiques qui ont établi qu'à 30%, il y a une forme de rapport, de domination, en gros, qui diminue franchement. Et qu'à partir de 30%, on est dans des rapports au travail qui sont corrects. Donc ça voudrait dire doubler le nombre de femmes dans les années à venir. On a fait signer une charte aux principaux responsables des médias l'année dernière, en 2023, pour qu'ils s'engagent à embaucher davantage de femmes et que ça se passe mieux pour celles qui sont en poste. Et voilà, il reste beaucoup de chemin. Et je lisais ce matin un article juste avant notre échange sur deux commentateurs qui se sont fait... qui ont pris un blâme suspendu, qui se sont fait suspendre par Canal+, deux commentateurs dans le Golfe, parce qu'ils ont discuté trois minutes de la merde d'un golfeur, avec des propos assez vulgaires, obscènes, etc. Et c'est cette ambiance-là dans laquelle on travaille. Je répète, pas tous les hommes, évidemment, mais il y a une ambiance qui est propice au sexisme, clairement encore.

  • Laurène

    Le documentaire dont vous parlez, je l'ai vu récemment, je mettrai le lien bien sûr dans la description. J'avoue que j'ai halluciné de tout ce qui se passait, parce qu'effectivement, qu'il puisse y avoir des comportements sexistes, on n'en doute pas trop. Mais je trouve que ce qui est marquant, c'est aussi le fait que les autres ne réagissent pas, en fait. Parce qu'on se dit en 2024 que personne à un moment ne... ne disent en fait à un homme qui dit des choses comme ça ou qui a des comportements complètement déplacés, ne lui disent non mais stop, on ne fait plus ça là, ce n'est pas possible. Et ça, j'ai l'impression que c'est quand même assez long le temps que ça évolue. J'espère que ça évolue, mais en tout cas, je trouve ça incroyable de voir encore ça maintenant.

  • Mejdaline

    Le fait que par exemple, les deux journalistes aient tout de suite été suspendus, ça montre que la chaîne a réagi. Donc ça veut bien dire qu'il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Pour autant, ça a été dit à... Tout le monde a pu l'entendre, en fait. Les téléspectateurs et téléspectatrices ont pu l'entendre. Donc, évidemment, la réaction, elle est plus rapide. Ce qu'il faut maintenant, c'est que quand on entend ça dans une rédaction, il y ait une réaction aussi vite de la part de la hiérarchie et puis qu'il y ait davantage de femmes dans les rédactions. Parce qu'en fait, ce n'est pas vrai que ce sont seulement les hommes qui s'y connaissent en sport. En fait, je crois que... Le problème, c'est que ce succès est encore très, très ancré.

  • Laurène

    Ça, c'est incroyable. Et comment est-ce que vous arrivez à gérer ce stéréotype ? Est-ce que vous essayez d'avoir une approche particulière ? Est-ce qu'on est encore obligé, du coup, de prouver que oui, en fait, on est une femme et on s'y connaît ? Ou comment est-ce qu'on aborde le truc ?

  • Mejdaline

    Oui, bien sûr qu'on est obligé de prouver. Oui, évidemment. Évidemment. Et non, non, pour l'instant, on n'en est pas sortis. Il faut continuer à parler fort. Il faut continuer à être bonne. Il faut continuer à... Voilà. à travailler. Heureusement, on a quand même quelques alliés dans ce combat-là. Je parle d'alliés masculins. Mais si, bien sûr qu'il y a ce soupçon encore qui plane au-dessus de nos têtes. Et quand je regarde un peu le profil, parce que maintenant, j'en connais beaucoup des journalistes sportifs avec l'association, je vois bien que nos profils, ils sont... pas exactement les mêmes, on est plus de 250. Mais je vois qu'il y a des schémas qui se répètent, c'est-à-dire qu'on était souvent la fille, l'une des seules filles qui jouait au foot avec les garçons dans la cour. Ce côté un peu affranchi, tête brûlée, je m'en fous de ce que disent les autres et j'aime le sport et je suis à fond, en fait, j'ai l'impression qu'on est beaucoup. Et il y a encore, majoritairement, j'ai la sensation, ce profil-là. Donc ça veut dire qu'il y a plein de filles qui, elles, ne jouaient pas au foot dans la cour avec les garçons. qui ne sont pas encore là dans le métier. Et je pense que le métier souffre aussi d'autres choses. C'est que dans les rédactions totalement sportives, comme Eurosport ou L'Équipe, c'est prestigieux de travailler dans ces médias-là. Mais dans tous les autres médias, la rédaction sportive, c'est un peu une rédaction dans la rédaction et parfois considérée comme une sous-rédaction. C'est moins prestigieux que politique ou économie ou ce genre de choses-là. Et donc, ce qu'on a lu dans les études, c'est que, en gros, les jeunes filles dans les écoles de journalisme, entre elles, le syndrome de l'imposteur et se disant je vais moins bien m'y connaître que les garçons parce que le garçon, ça fait 15-20 ans qu'il joue au foot et qu'il va au foot tous les week-ends avec son papa entre ça et le fait qu'elles se disent dans les rédactions, je vais subir de sport, je vais subir des trucs pas dingues et en plus, ce n'est pas le plus prestigieux, autant que je me dirige vers la politique ou quoi, à la fin, elles sont moins nombreuses à postuler.

  • Laurène

    C'est vraiment l'effet répulsif, limite. Et donc là, vous avez quand même observé une évolution au cours de votre carrière. Et est-ce que vous êtes confiante du coup quant à l'avenir ? Ou quand même, c'est encore très compliqué.

  • Mejdaline

    Vous voulez dire pour moi ou de manière générale ?

  • Laurène

    De manière générale.

  • Mejdaline

    Alors je pense que c'est compliqué, mais je pense que si on n'est pas optimiste, on arrête de se battre. Donc on va dire que je le suis forcément. Non, non, j'espère qu'on va y arriver. Je pense que, en tout cas j'espère que la société est en train de comprendre un certain nombre de choses sur les questions de genre et sur le besoin d'égalité. C'est pas gagné, on voit bien, on est en plein procès de Mazon, donc il n'y a rien qui est gagné du tout. Juste on en parle plus de ces sujets-là qu'avant. Il faut continuer d'en parler, il faut continuer de se former là-dessus, il faut continuer de… de parler fort et non, j'espère que ça va avancer. En fait, on est déjà tellement peu nombreuses dans les rédactions que je me dis qu'on ne peut pas être vraiment beaucoup moins. Donc, j'espère que ça va avancer. Il y a des signes aux Jeux Olympiques, dans la couverture des Jeux, le service public, je crois, avait une équipe à parité, de journalistes et de consultants, consultantes. pour couvrir les jeux. Alors, il y a beaucoup de consultantes. Ils demandent beaucoup à des sportifs de parler de sport, enfin d'anciennes sportives. Encore trop peu à des journalistes, mais il y en a quelques-unes quand même sur le service public. Donc, voilà, il faut que ça inspire les autres, il faut que ça avance. Et non, non, j'ai envie d'y croire.

  • Laurène

    J'ai envie d'y croire aussi, je dois dire. Je pense quand même que, oui, et aussi grâce à des associations comme la vôtre, ça m'a quand même forcément aidée, même si c'est un peu lent. Et concernant le sport féminin ou au féminin, parce que c'est vrai que le thème, enfin, juste le choix des mots n'est jamais très simple, ça reste du sport. Est-ce que vous pensez que les médias couvrent suffisamment le sport fait par les femmes ?

  • Mejdaline

    Ça, ce n'est pas dur de répondre à cette question-là, tellement les chiffres sont hallucinants. C'est 4,8% en télévision et c'est environ 9% en presse écrite. Donc non, évidemment qu'ils ne couvrent pas assez. On méprise globalement les athlètes féminines. C'est jamais assez. Leurs performances ne sont jamais assez intéressantes. Ça prend toujours le pas. Une compétition masculine ou une affaire, prend toujours le pas sur le sport féminin. Et on a tellement pris l'habitude de cette disproportion qu'elle évolue très peu. ces dernières années. Et en fait, le sport au féminin, aujourd'hui, il est encore trop cantonné à des événements. Quand il y a une Coupe du Monde, quand il y a des Jeux, etc., on redécouvre Cassandre Beaugrand, on redécouvre l'équipe de France féminine de handball, quand elles vont jusqu'en finale et que du coup, on a enfin la demi-finale en clair. Donc non, non, il faut en faire beaucoup. plus et c'est une évidence en fait c'est respectueux pour les athlètes et c'est se couper de toute une partie du sport quoi on a bien vu pendant les jeux olympiques et paralympiques c'est l'émotion véhiculée qui comptait j'adore le foot mais il faut sourire à d'autres sports que le foot à d'autres récits et aller voir d'autres athlètes et vraiment on loupe toute une partie du sport à être ultra cantonnés sur sur certaines disciplines

  • Laurène

    Est-ce que là-dessus, il y a quand même une petite évolution dans des médias généralistes qui essaient d'allouer un peu progressivement un peu plus de place au sport, au féminin ? Ou pour l'instant, ils disent...

  • Mejdaline

    Alors là, je n'ai plus les chiffres. Mais l'Arcom, tous les ans, donne les chiffres. Tous les ans, c'est assez désespérant quand même. Il faut noter que, tout à l'heure, je disais que c'était 4,8%. Le service public, si je ne dis pas de bêtises, est à 9%. Donc, il fait deux fois plus que les autres. et c'est tant mieux mais peut-être qu'il faut qu'ils fassent encore plus c'est le service public donc là où d'autres disent ça se vend pas, ça se vend pas etc le service public doit s'affranchir totalement de ça et couvrir bien plus régulièrement du sport pratiqué par les femmes là encore on part de tellement rien qu'on va forcément faire mieux dans les prochaines années 4,1% c'est

  • Laurène

    absolument ridicule c'est vraiment ridicule à nouveau c'est un cercle vicieux parce que moi on montre de femmes, moins les gens les connaissent et moins ils les suivent. C'est absurde, mais du coup...

  • Mejdaline

    Moins les sponsors les soutiennent, moins ils ont les moyens de la performance, moins ils ont de chances de performer. Et du coup, on ne parle pas d'elles et c'est un cercle vicieux qui s'entretient comme ça depuis des années.

  • Laurène

    Bon, on espère que ça évoluera un petit peu. Et à votre avis, quelles seraient des actions à mettre en place ? pour essayer d'encourager les femmes à rejoindre le journalisme de sport.

  • Mejdaline

    Je dirais vraiment aux femmes de rejoindre ce métier, déjà parce que le métier de journaliste sportive, enfin de journaliste de sport, il est très divers, comme le journalisme de manière générale, mais d'être au contact des athlètes, je trouve ça vraiment très inspirant, parce qu'évidemment, il et elle ont des parcours extrêmement différents, mais à la fin, c'est des gens qui sont tellement déterminés, des personnes qui sont tellement... investi, entêté, acharné que ouais c'est inspirant et c'est beau à suivre au quotidien moi j'ai aussi fait ce métier parce que je trouve que le monde dans lequel on vit parfois est vraiment dur et que j'avais besoin d'un espace où il y avait un peu de légèreté finalement à la fin le sport ça reste que le sport et bon perdre un match c'est terrible mais en même temps c'est pas si terrible par rapport à beaucoup de choses qui se passent dans le monde quoi donc c'est Voilà, alors après, je constate aussi que j'ai choisi cette voie-là avec cette idée-là et que finalement, j'y ai remis un peu de la difficulté du politique en travaillant beaucoup sur la place des femmes dans le sport de manière générale. Mais donc, voilà, c'est un métier qui est extrêmement plaisant, amusant. Et là, oui, couvrir les Jeux olympiques et paralympiques, c'était probablement la plus belle compétition que je pouvais faire à Paris. Et j'en ai profité à fond. Le matin, je partais de chez moi, il était 9h, je rentrais, il était minuit. J'ai fait ça pendant les cinq semaines de compétition entre les Olympiques et les Paralympiques. Il y avait tellement d'adrénaline, d'émotion. C'est extraordinaire de pouvoir vivre ça.

  • Laurène

    Oui, ça devait être vraiment incroyable. Et pour terminer, si vous deviez donner des conseils à des femmes qui... hésiteraient, qui aimeraient bien se lancer, mais peut-être qui n'oseraient pas parce qu'on a vu que c'était quand même pas facile, qu'est-ce que vous leur diriez ?

  • Mejdaline

    Il faut absolument foncer, il ne faut surtout pas hésiter, elles verront bien au bout de quelques années si ça ne leur plaît pas. Il faut foncer, ne pas avoir peur de se spécialiser. Moi, j'avais peur que d'être... Voilà, d'avoir un... Mon sport à moi de prédilection, c'est le handball et... Et j'avais peur que finalement, ça me ferme des portes, etc. Et en fait, ça m'en a plutôt ouverte. Ensuite, en me spécialisant sur la place des femmes dans le sport, pareil, j'avais peur que ça me ferme des portes. Et au contraire, je pense que ça m'a plutôt ouvert des portes. Donc, en fait, ne pas avoir peur d'être qui on est, de s'affirmer et je crois de s'associer vraiment. Le fait d'être dans une organisation où il n'y a que des femmes, etc., c'est hyper réconfortant. Dans l'association, à chaque fois qu'il y a une jeune femme qui adhère, on lui propose d'avoir une marraine plus expérimentée pour qu'elle ne soit jamais seule. Toutes les adhérentes savent à peu près qui est dans le coin, dans le département, etc. Donc, si elles veulent se rencontrer entre elles, elles le peuvent. De toute façon, on fait régulièrement des temps conviviaux pour que tout le monde échange. Je pense que dans l'association... ou bien dans sa rédac, ce qui est important, c'est jamais d'être isolé, d'avoir toujours une ou plusieurs personnes qui veillent à ce que vous avancez bien, parce que c'est quand même un métier qui est difficile au sens où on a des horaires décalés, ou c'est un métier qui est très concurrentiel. Il y a beaucoup de gens qui aimeraient le faire et beaucoup moins qui le pratiquent. Donc parfois, on peut se dire, mais qu'est-ce que je fous là ? Et quand ça ne marche pas, se dire, mais je n'arrive pas à avoir de boulot, je ne vais jamais y arriver. Et en fait... il faut être têtu et bosser et bosser et bosser.

  • Laurène

    Parfait, merci beaucoup, c'est un beau message pour la fin et bien merci énormément pour cet échange, j'ai appris plein de choses donc je pense que les auditrices en auront appris aussi et je mettrai tous les liens vers le site de l'association le documentaire dont on parlait et puis comment vous contacter aussi éventuellement pour échanger Merci beaucoup, à bientôt

  • Mejdaline

    Merci beaucoup, à bientôt

  • Laurène

    Merci d'avoir écouté cet épisode. Si cela vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner au podcast et à mettre une bonne note sur les plateformes. Cela nous aide. A bientôt !

Chapters

  • Introduction et présentation de Mejdaline Mhiri

    00:00

  • Le parcours atypique de Mejdaline dans le journalisme sportif

    00:32

  • Les défis d'être femme dans un milieu masculin

    01:36

  • Moments marquants et gratifiants de sa carrière

    05:44

  • La représentation des femmes dans le journalisme sportif

    07:51

  • Obstacles, sexisme et comportements inappropriés

    10:43

  • Gérer les stéréotypes et prouver ses compétences

    17:29

  • Encouragement pour les femmes dans le journalisme sportif

    25:10

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