- Speaker #0
La Sportive Outdoor, le podcast des sports outdoor aux féminins pour s'inspirer, apprendre et oser.
- Speaker #1
Bonjour à toutes, aujourd'hui on part à la rencontre d'Estelle Fischer, une passionnée de vélo qui a participé à la course Le Tour du Mont Blanc Cyclo. Elle a relevé un beau défi à travers la France, l'Italie et la Suisse et elle va nous en parler, ainsi que de son parcours cycliste. Bienvenue Estelle, est-ce que déjà tu peux te présenter et nous dire comment tu as découvert le vélo ?
- Speaker #0
Salut Lorraine, merci de me recevoir aujourd'hui. Alors moi c'est Estelle Fischer. J'habite en Alsace, dans la région mulhossienne. J'ai 47 ans, je suis mariée, j'ai trois enfants de 20, 18 et 14 ans. On pratique tous un petit peu le vélo dans la famille, mais je pense que je suis vraiment la plus droguée. J'ai découvert le vélo, c'est venu petit à petit dans ma vie. On a fait au départ des voyages à vélo avec les enfants. Alors quand ils sont petits, c'est super facile, ils sont toujours partants. Et puis ensuite, ma fille aînée s'est mise au VTT dans l'école du village d'à côté. Et au départ, je faisais taxi. Et je me suis dit, tiens, pourquoi pas moi ? Et c'est comme ça que petit à petit, j'ai pu arrêter. Ça fait maintenant une dizaine d'années où je suis à fond dans le vélo.
- Speaker #1
C'est excellent. Et je sais que tu as quand même une grosse expérience du vélo. Est-ce que tu peux nous expliquer ? Donc là, tu as débuté comme ça. Mais ensuite, qu'est-ce que tu as fait au fur et à mesure ? Et à quoi tu as participé ?
- Speaker #0
Petit à petit, je me suis pris au jeu. C'est vrai que j'allais tous les samedis à l'école de VTT. Ensuite, je me souviendrai toute ma vie de la première course où je me suis inscrite. C'était du cross-country. C'est la course du club et on s'est motivé avec une copine pour essayer de passer les petites zones techniques et prendre le départ avec tout le monde. C'était vraiment grisant. Oser rouler devant les autres, s'afficher en tant que femme parce qu'il n'y avait quand même pas beaucoup de femmes. Sur cet événement-là, vraiment, j'ai adoré et j'ai enchaîné comme ça six années de compétition.
- Speaker #1
Trop cool. Et maintenant, tu fais du VTT, du vélo de route, du gravel. Est-ce que tu as une préférence pour une des disciplines ou juste tu aimes bien varier ?
- Speaker #0
J'aime bien varier parce qu'en fait, de toute façon, simplement, dès que je suis sur un vélo, je suis heureuse. C'est vraiment mon sport de prédilection. J'ai trouvé ma voie, je pense, avec le vélo. C'est vrai qu'au départ, je faisais de la route en hiver pour faire toute la partie foncière avec mon club. C'est là que j'ai découvert les sorties qui duraient 2-3 heures dans des nouveaux secteurs que je ne connaissais pas forcément avec le VTT. Je me suis aussi mise au VTT enduro. Là, ça va plus être la pratique en descente technique. Quand on me demande « qu'est-ce que tu aimes ? » , c'est aller au Baipark parce que franchement, je préfère mille fois la descente par rapport à la montée. J'ai fait aussi un petit peu en compétition du cyclocross. Alors je trouve que cette discipline, elle est très, très difficile parce que se pratique en hiver, dans la boue, dans le froid. Tu es toujours à fond en train de faire du portage, monter des escaliers, monter et descendre du vélo. Enfin, c'était une expérience très enrichissante. Et puis le gravel, je me suis mis un petit peu récemment là et je trouve que c'est vraiment le vélo sans limite parce qu'en fait, tu peux partir à la découverte d'un territoire. Et ce n'est pas parce que tu vas arriver sur un chemin en gravier que... que tu t'arrêtes, tu peux toujours continuer à rouler et à l'explorer.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a un côté sympa, c'est flexible.
- Speaker #0
Voilà, donc en fait, je fais de tout toute l'année.
- Speaker #1
Et comment est-ce que tu as évolué au fur et à mesure des années ? Tu t'es mise d'abord au VTT, et comment est-ce que tu as eu envie d'aller découvrir les autres disciplines ?
- Speaker #0
Le VTT, c'est vrai que je m'étais fixée des objectifs. J'avais vraiment à cœur d'obtenir le maillot de championne nationale que j'ai eu en 2019. C'était vraiment un challenge pour moi à l'époque, et j'en suis très fière aujourd'hui. Et j'ai eu envie de m'engager dans la promotion du sport au féminin. J'avais connu la même année que mon titre la communauté Donons des ailes au vélo, qui réalise l'ensemble des étapes du Tour de France masculin un jour avant les pros. Et j'ai roulé avec elle sur deux, trois étapes. Et je me suis dit, un petit peu au fond de moi, sans vraiment y croire, qu'un jour je ferais partie de ces filles-là et je partirais à l'aventure pour faire la promotion de notre sport à travers toute la France.
- Speaker #1
C'est trop cool d'avoir fait ça. Et tu organises aussi des sorties en groupe. Comment ça t'est venu de faire ça ?
- Speaker #0
Alors du coup, ça faisait partie de mon projet d'ambassadrice nationale donnant des ailes au vélo. Donc j'ai fait l'ensemble des étapes en 2023. Et donc cette année-là, j'ai commencé à organiser des social rides. Donc l'idée, c'était d'organiser des social rides mixtes parce que je trouve qu'on peut évoluer dans notre sport en mixité. C'est très intéressant, mais je voulais toujours avoir plus de nanas sur mes sorties. Donc après, les hommes sont toujours les bienvenus, mais c'est les femmes qui donnent le rythme. Et j'ai des anecdotes sur des sorties où c'était assez rigolo parce qu'on était plein vent de face et les hommes sont restés derrière, ils nous ont gentiment laissé devant en disant « ben voilà les filles, c'est votre sortie » . On ne va pas prendre le lead, c'est vous qui donnez le rythme et nous on est là pour vous accompagner dans vos efforts.
- Speaker #1
C'est cool, c'est vraiment un chouette état d'esprit pour le coup, c'est inverse qu'on voit assez souvent quand même.
- Speaker #0
Tout à fait, oui.
- Speaker #1
Et comment est-ce que tu as eu envie de participer aussi à des épreuves type Tour du Mont Blanc, des épreuves longues comme ça, ça t'est venu progressivement ?
- Speaker #0
Alors j'avais besoin de me refixer un challenge, c'est vrai qu'en 2020... Donc en 2023, j'ai fait le tour. En 2024, je me suis beaucoup investie justement dans les sorties. J'ai continué à proposer des sorties pour les femmes et à découvrir les routes autour de chez moi parce qu'il y a vraiment des coins sympas. Je roule en forêt noire, dans le Jura suisse et puis dans tout le Haut-Rhin. Donc on a vraiment un terrain de jeu qui est génial. Et j'avais envie de me fixer un nouveau défi en fait. Je sentais qu'à un moment donné, il fallait que je sorte de nouveau de ma zone de confort, que je me trouve un petit challenge. un peu fou parce que forcément le tour du Mont-Blanc, ça fait tout de suite un peu flipper. Mais voilà, ça m'a redonné envie de m'entraîner, envie d'aller un peu plus loin, de travailler mes faiblesses. Parce que je sais qu'en montée, je ne suis pas très, très rapide et qu'à un moment donné, il fallait s'entraîner pour y arriver.
- Speaker #1
Là, tu as un sacré dénivelé à faire, quand même pas mal de montées. Est-ce que tu peux nous expliquer en quelques mots ce qu'est le Tour du Mont-Blanc, la cyclo du coup, Tour du Mont-Blanc ? Pour nous présenter l'épreuve, en fait.
- Speaker #0
Ok. Alors, la cyclo du Tour du Mont-Blanc se passe au mois de juillet. C'est une épreuve qui se déroule sur un jour. Donc, c'est un départ à 5h du matin. Et pour être finisher, il faut arriver avant 24h, avant minuit, en fait. C'est 330 kilomètres. Donc, on traverse, on part des saisies, on traverse trois pays. On va en Suisse, puis après en Italie, avant de revenir de nouveau en France. C'est une épreuve en fait, quand tu t'inscris, tu peux t'inscrire en solo ou en duo aussi. Donc voilà, moi j'avais décidé d'y aller toute seule, sans assistance, parce que c'est vrai que j'avais vraiment envie de vivre le défi jusqu'au bout. Et au niveau dénivelé, on n'en a pas parlé, mais c'est 8300 de députés. Donc, il y a quand même cinq montées majeures. Il y a la montée, alors j'aurais pu te dire exactement lesquelles, mais en tout cas, il y a le Grand Saint-Bernard, le Petit Saint-Bernard et le Cormé de Roseland. Après, c'est 154 kilomètres de montée.
- Speaker #1
Si c'est comme ça,
- Speaker #0
c'est très tentant. Ça donne envie sur un jour. Et du coup, c'est entre 12 et 19 heures d'effort.
- Speaker #1
C'est bien long. Et qu'est-ce qui t'a donné envie de t'inscrire à celle-ci spécifiquement ?
- Speaker #0
En fait, c'était pour découvrir un nouveau secteur que je ne connaissais pas forcément, être dans des paysages grandioses. Et puis, me dire qu'à un moment donné, pourquoi pas tenter ce gros événement.
- Speaker #1
Une grosse aventure. Et comment est-ce que tu t'es préparée alors, déjà physiquement, pour faire ça ?
- Speaker #0
Alors c'est vrai que ça fait quelques années que je roule quand même beaucoup. C'est vraiment devenu... Je fais plus de 10 heures de vélo par semaine, donc j'ai déjà un bon foncier. Après, pour le Tour du Mont-Blanc, j'avais aussi fait toute une prépa physique en hiver. C'est vraiment important de travailler aussi le renforcement musculaire, travailler avec des poids, donc j'essaye d'alterner des séances chargées, des séances plutôt poids de corps. Et puis après, pour le défi, pour soulager un petit peu mon esprit, j'avais pris un entraîneur aussi qui m'a fait un programme structuré qui me permettait de ne pas trop me poser de questions. Je savais, j'avais donné mes plannings de dispo et en fonction de ça, il m'avait planifié des entraînements et j'ai mangé beaucoup de dépuis.
- Speaker #1
Ça ressemblait à quoi ? Dans les grandes lignes, tu ne peux pas te souvenir du détail, mais tu faisais du renfort combien de fois par semaine ? Quel type de séance tu faisais à vélo ? Est-ce que ça faisait comme volume ?
- Speaker #0
En renfort, je suis sur deux séances par semaine. Après, à côté de ça, je fais aussi un petit peu de yoga et beaucoup d'étirements, parce que c'est aussi important, à un moment donné, de travailler sa souplesse. Et après, au niveau des séances, je pense qu'on était sur quatre séances de vélo par semaine, avec des séances très spécifiques, avec du travail soit de vélocité, soit de force. Et après, des sorties plus longues pour enchaîner du D+.
- Speaker #1
Ouais, donc bon petit voleur. Et mentalement, tu avais mis en place quelque chose de spécial pour te préparer à ça ? Je sais que tu avais quand même déjà beaucoup d'expérience, donc peut-être que ce n'était pas un sujet de...
- Speaker #0
Après, j'essaie toujours de voir le positif dans tout ce que je fais, même si c'est difficile. Donc, c'est vrai que j'avais travaillé le sujet. Je sais que quand je me fixe un objectif, à un moment donné, il faut se donner des moyens, il faut se donner du temps. C'est vrai que se préparer un tour du Mont Blanc, ça... C'est quand même beaucoup d'heures de travail, il ne faut pas le négliger non plus.
- Speaker #1
Oui, effectivement. Et au niveau matériel ? Déjà, quel vélo tu avais ? Quel développement tu avais ? Même le cuissard ? C'est du matos, j'imagine que tu avais quand même utilisé pas mal avant, mais est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #0
Oui, alors ce qui est important au niveau du matériel, c'est de bien tester avant l'épreuve. Ne pas venir le jour J avec un nouveau cuissard, ce n'est pas la bonne idée. Donc moi, je roule sur un Specialized Tarmac SL8. C'est un vélo qui est plutôt typé un peu race. Mais qui est super pour de la longue distance. Franchement, tout ce que j'ai fait avec, j'étais toujours super bien dessus. Après, le réglage est très important. La selle, je pense que c'est aussi un point important. J'ai la mimique, si on peut faire un peu de publicité.
- Speaker #1
On peut, franchement.
- Speaker #0
Voilà, c'est la selle que j'ai depuis des années, à la fois sur mon VTT et sur mon vélo de route. Et franchement, je n'ai jamais mal aux fesses. Et combinée avec un cuissard de chez Castelli, pour cette journée-là, franchement j'ai pas eu Pas eu de soucis, de douleurs particulières. Après, au niveau du développement, tu me posais la question. C'est vrai que comme je savais que je ferais beaucoup de montagnes cette année, j'ai monté une cassette de 36 pour pouvoir avoir le plus de vélocité possible. Et franchement, j'en avais bien besoin.
- Speaker #1
Oui, je comprends. Quand on a tous des niveaux à faire, c'est normal. Et avant le départ, quelle était ta plus grande crainte ?
- Speaker #0
Ma plus grande crainte avant le départ, c'était de ne pas nous réveiller. C'est d'avoir du mal à m'endormir le soir en me disant, voilà, je suis super excitée. Demain, je me lève à 4 heures, je vais faire du vélo toute la journée, ça va être génial. Mais voilà, d'un autre côté, il fallait que je me lève assez tôt, que je prenne le temps de manger et de partir dans les meilleures dispositions. C'était une de mes craintes.
- Speaker #1
On s'en attend que c'est que ça.
- Speaker #0
D'être trop énervée pour pouvoir y aller. Et puis après la météo, je savais qu'elle serait favorable. Donc c'est vrai que ça aide aussi pour ce genre de journée.
- Speaker #1
Et ça démarrait à quelle heure ?
- Speaker #0
Du coup, on était sur la ligne de départ à 5h du matin. C'était le coup d'envoi. Donc, on était, il me semble, 650 participants. Alors, je n'ai pas vu beaucoup de femmes parce qu'on n'était que 20, d'après ce que j'ai vu. Ah oui, là,
- Speaker #1
c'est du faible pourcentage.
- Speaker #0
Tout à fait. Et du coup, c'est un départ groupé, neutralisé. Donc, comme c'est la descente des saisies, ça permet de descendre tous ensemble à allure contrôlée. Et c'est magique parce que tu vois toutes ces petites lumières rouges dans la nuit. C'est vraiment un bon souvenir.
- Speaker #1
Ça doit être incroyable. Et après, tu roules de nuit au départ, mais du coup pas tant que ça. Et après, ça se termine à minuit, c'est ce que tu dis.
- Speaker #0
C'est l'heure maximum pour arriver. Donc c'est vrai qu'il y a quand même pas mal de personnes qui arrivent de nuit. Donc après, on est obligé d'avoir de l'équipement nécessaire, lumière avant, arrière, gilet réfléchissant. C'est des choses qui sont obligatoires pour participer à l'épreuve.
- Speaker #1
Et comment est l'ambiance entre les participants sur cette course ? Est-ce que c'est très compétitif ? Est-ce qu'il y a un côté relation bienveillant ? Du coup, il y a beaucoup d'hommes. Est-ce que ça change quelque chose ? Et comment est l'atmosphère ?
- Speaker #0
Je trouve que l'ambiance était plutôt bonne sur la ligne de départ. Les gens étaient tous « qu'est-ce qu'on fait là ? » J'ai papoté un petit peu sur la ligne de départ. Après, c'est un départ qui est neutralisé. Donc, du coup, tu es très longtemps dans la descente avec pas mal de monde et toute la traversée de la première vallée jusqu'à Cham où il y a du monde. Donc là, c'est sympa parce qu'on a pu les grouper, prendre les roues et puis vraiment avoir une bonne moyenne. Après, j'avais la chance d'avoir des copains qui m'ont rejoint sur une petite portion dans la vallée de Cham. Donc là, j'ai pu un peu souffler en me disant ça va aller. Voilà, ils m'ont soutenue, donc c'est top. Mais sinon, le reste de la journée, je n'ai trouvé personne pour rouler en Italie. Parce que c'est quand même une grosse route dans cette portion-là. Et on m'avait dit que ça serait bien si tu arrives à trouver des roues pour te mettre en groupe. C'est quand même plus sympa. J'ai trouvé quand même un homme qui m'a du coup, on s'est fait des petits relais pour arriver jusqu'au prochain ravito et ça c'était quand même bien. Et après dans cette dernière montée, j'avais aussi deux personnes qui avaient à peu près le même rythme. En fait c'est difficile aussi dans une épreuve comme ça de rouler avec quelqu'un parce qu'on est tous différents par rapport à l'effort et par rapport au temps qu'on va prendre au niveau des pauses.
- Speaker #1
Ouais c'est clair et par contre du coup c'est autorisé de rouler ensemble parce que je sais qu'il y a des courses genre d'ultra où en fait c'est même pas autorisé de rouler ensemble.
- Speaker #0
Ah non non là il n'y a pas de soucis c'est totalement libre de se flotter là.
- Speaker #1
Non ça c'est cool. Et comment ça s'est passé alors est-ce que tu peux nous raconter vraiment du début à la fin de la course comment ça s'est passé pour toi ?
- Speaker #0
Alors au niveau du début, déjà il y avait quand même un briefing la veille, je trouve que ça c'est quand même super important d'y assister, où à un moment donné on nous a redonné des réglementations, parce qu'on roule quand même sur route ouverte, il y a juste le départ qui est neutralisé, après on est sur route ouverte. Donc c'est important d'avoir les consignes, les rappels au niveau de la météo, qu'est-ce qui va se passer, les dernières indications. Et ce qui est bien aussi sur cette épreuve-là, c'est qu'on peut mettre des sacs sur les ravitaux. Donc on a le droit de mettre deux sacs sur les ravitaux de notre choix. Donc moi j'avais choisi de mettre un sac sur le premier ravitaux pour pouvoir me décharger de ma veste du matin, parce que moi j'étais quand même un petit peu frais. Je savais qu'il fallait que je garde une veste depuis, au cas où il y avait un orage ou... ou si je savais que je terminerais tard, donc il fallait que je puisse me recouvrir. En tout cas, ça m'a permis de me soulager quand même un petit peu de mes affaires. Et puis après, roule ma poule. De toute façon, il y a des barrières horaires à tenir. Donc moi,
- Speaker #1
je m'étais fait vraiment un petit suivi avec les différents calls, savoir quand c'est qu'il y avait un ravito pour se ravitailler en eau et en nourriture, sachant que j'avais emmené quand même pas mal de choses à manger sur moi.
- Speaker #0
Voilà, je sais que je les digère bien et derrière, je n'ai pas envie d'être avec ce stress-là, de m'arrêter quelque part pour trouver un truc à manger. Je m'étais noté aussi les horaires, à quel moment je devais être à peu près à tel endroit pour pouvoir tenir le rythme. Parce qu'on a vite fait, à un moment donné, de commencer un petit peu, je me connais, je commence à rêver assez, assez joli. Je fais mes marais, je fais une photo et puis le temps file et puis tu ne vas jamais y arriver dans les délais,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Après, comme je te disais, la météo était géniale. Donc c'est vrai, quand on est arrivé en haut de Champex, par exemple, là, c'était grand soleil, il y avait le but sur le lac.
- Speaker #1
J'avais juste envie de me poser. C'est trop beau là-bas, en fait.
- Speaker #0
Mais voilà, il fallait y retourner. Après, ce qui était assez difficile quand même sur l'épreuve, je trouve, c'était des routes avec beaucoup de circulation. Donc c'est vrai que la montée du col du Grand Saint-Bernard, qui est quand même relativement longue, c'est plus de 20 kilomètres, On a doublé beaucoup, beaucoup de voitures parce qu'il y avait des travaux, il y avait des bouchons. Ça, c'était vraiment la partie pénible parce que du coup, c'est du bruit. Ça demande beaucoup d'attention pour être au niveau sécurité. Et après, ça a déroulé comme il fallait, avec beaucoup de plaisir dans les descentes. Parce que c'était vraiment... Je t'ai dit avant, il y avait 154 kilomètres de montée. Moi, dans ma tête, il y avait 170 kilomètres de descente. Je venais pour ça.
- Speaker #1
Vers moitié plein.
- Speaker #0
Voilà, donc comme c'est vraiment ma partie préférée, j'ai pris beaucoup de plaisir dans les descentes. Et puis voilà, après j'ai vu que l'heure tournait et qu'il fallait toujours continuer à repartir et pas trop s'arrêter longtemps au ravito. Ça, c'est vraiment super important si tu veux arriver dans les temps.
- Speaker #1
Et les montées, tu les as vécues comment ? Comme des montées. Ça fait beaucoup de montées quand même.
- Speaker #0
Je les ai vécues en regardant les paysages. Comme ça, ça occupe un petit peu. Après, c'est vrai que sur certaines montées, j'avais trouvé deux, trois personnes avec qui papoter. Alors voilà, on s'est raconté un peu nos histoires à vélo. Et puis non, mais le temps, il passe. Je n'ai pas trouvé la journée longue. Je n'ai pas trouvé la journée non plus pénible parce que je savais que j'avais fait ce qu'il fallait pour me préparer. Et puis de toute façon, je me suis dit, voilà, tu te donnes du temps pour toi. Profite-en. Tu n'as que ça à faire, en fait. Pédaler et avancer, quoi.
- Speaker #1
C'est sûr. Est-ce que tu as eu un moment où c'est quand même difficile ? Tu l'as quand même un peu moins mal vécu ou finalement ça s'est bien passé pour toi ?
- Speaker #0
Il y a dans une montée, la montée du petit col Saint-Bernard où j'ai eu mal aux pieds. C'est vraiment un problème que je n'ai pas réussi à résoudre à l'entraînement. J'ai des brûlures au niveau de la voûte plantaire avec la transpiration. Et si quelqu'un a une astuce, je suis preneuse parce que j'avais... Je mets de la petite poudre, de la crème, mais une fois que ça commence à chauffer, ça chauffe. Et là, je suis obligée de m'arrêter dans le lit des chaussettes. C'était la pause qui n'était pas prévue. Et puis après, ce qui était difficile, c'est quand la montée vers le Cormet de Roseland, où mon corps a commencé à me dire merde. J'ai commencé à avoir très mal au dos, mais je voulais quand même arriver jusqu'en haut du Cormet de Roseland. C'était mon objectif au minimum. Et j'y suis arrivée, mais avec la voiture balai collée à moi.
- Speaker #1
Et c'est là que tu t'es arrêtée ?
- Speaker #0
J'ai fait encore la descente du camp Medrosan dans la nuit, parce que moi, comme j'adore rouler la nuit, je me suis dit, si je peux faire ça, j'y vais. Et puis après, je me suis arrêtée. Je n'ai pas fait la dernière ascension jusqu'au saisie.
- Speaker #1
Ok, il ne manquait pas grand-chose.
- Speaker #0
Il manquait 15 kilomètres, quand on dit ça comme ça. Ça ne paraît pas grand-chose, mais il aurait fallu que je souffre. C'était vraiment de la souffrance après, que je souffre encore pendant une heure et demie. Et ça, je n'avais pas envie. Je me suis dit, tu as déjà fait un truc formidable. Tu n'as jamais roulé aussi longtemps, aussi dur. C'est génial.
- Speaker #1
C'est clair. Je trouve ça franchement trop bien d'arriver à se dire ça. Et pas juste de se dire, il faut que je finisse. Non, parce que de toute façon,
- Speaker #0
je savais que je n'arrivais plus dans les temps. J'étais au corps Medroselon à 22h30. Donc, ça aurait été compliqué. Je me suis bien ravitaillée. Ça aurait été compliqué d'être avant minuit. ils ont été un stress finalement avec la douleur. Et puis je suis super contente en fait parce que j'ai appris à écouter mon corps, ce qui est des fois pas évident. Et voilà, je sais qu'il y a des choses qu'il faut que je retravaille et qui me permettront peut-être un jour de faire le tour en entier.
- Speaker #1
C'est trop bien, franchement bravo. Et le haut niveau alimentation, là t'en parlais un peu, donc t'avais emmené pas mal de choses. Comment t'as fait déjà, qu'est-ce que t'as emmené, qu'est-ce qu'il y avait sur les ravitaux ? Parce que déjà de manière générale, les vélos quand même, on mange quand même pas mal. Mais là, en plus, ça monte tout le temps. Ça vous fait griller un nombre de calories énorme.
- Speaker #0
C'est vrai que l'alimentation, c'est pareil. C'est un truc qui se travaille à l'entraînement. C'est super important de voir ce que tu peux digérer, d'arriver à absorber assez. Parce qu'il faudrait au moins absorber 60 grammes de glucides par heure. C'est vrai que ce n'est pas toujours évident. Toutes les barres, elles ne se valent pas non plus. Donc, c'est vrai que j'avais fait pas mal de tests à l'entraînement. J'avais acheté des boissons qui n'étaient pas que isotoniques, mais aussi avec des glucides à l'intérieur.
- Speaker #1
c'est des boîtes où il y a des glucides ouais ouais
- Speaker #0
Enfin, où j'étais...
- Speaker #1
Pas juste des minéraux, tu vois. Voilà, pas juste des minéraux.
- Speaker #0
Tout à fait. Donc du coup, après, c'était des boissons qu'on avait aussi sur les ravitaux. Donc il y a quand même 7 ravitaux sur le parcours. Il y a 2 ravitaux où tu as des pasta box. Après, c'est vrai que moi, comme je n'y arrivais pas dans les premiers, au niveau ravitaux, c'était des fois un petit peu juste ce qu'il pouvait y avoir. Donc j'étais bien contente d'avoir mes barres dans ma petite sacoche.
- Speaker #1
Ouais, c'est quand même pas mal. Puis ça permet de diviser aussi.
- Speaker #0
tout à fait, après si tu es bien avec les ravitaux, si tu le faisais en solo, il faudrait que tu gères les points d'eau, alors que là le fait d'avoir les ravitaux, tu sais qu'à chaque fois tu peux remplir tes gourdes et repartir,
- Speaker #1
ouais c'est quand même chouette et l'orgas, est-ce que tu as bien aimé est-ce que tu es bien organisée, est-ce qu'il y a des choses que tu n'as pas aimé enfin à l'inverse,
- Speaker #0
alors l'orgas je trouve que s'ils veulent voir un peu plus de femmes sur leur sur leur course, ça serait bien à un moment donné qu'ils mettent à disposition des toilettes pour les femmes C'est un truc qui peut paraître tout basique, mais c'est vrai que si tu veux limiter le nombre d'arrêts et pas te soulager au ravito devant tout le monde, à un moment donné, ce n'est pas forcément évident à gérer. Après, non, je trouvais que l'organisation, elle était bien. Il n'y avait pas grand-chose à dire. Peut-être un petit peu plus de diversité à manger.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà, pour ceux qui arrivent plus derrière.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. C'est vrai que sinon, c'est un peu la double peine. Ce n'est pas très cool, c'est ça. Et quelle est la partie, je ne sais pas, que tu as préférée, tu vois, ou un souvenir en tout cas marquant vraiment le moment que tu as adoré pendant la course ?
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'était chouette du début à la fin. Je me suis vraiment fait plaisir. Comme je te disais avant, j'étais là pour ça. J'avais que ça à penser, à faire de ma journée. Non, vraiment. Enfin, moi, j'en garde un super souvenir. Même si je ne suis pas arrivée jusqu'au bout, franchement, je recommande. c'est génial et tu aurais envie de le refaire alors ce que tu disais peut-être que si je travaille certaines choses j'arriverais à faire tout le tour alors là c'est vrai que cet objectif du Mont Blanc c'était aussi un peu une transition parce que je suis en reconversion professionnelle pour devenir éducatrice sportive dans le vélo donc c'est vrai je savais que j'avais la possibilité encore de m'entraîner autant que je voulais dans une vie avec beaucoup de routines où mes temps de travail étaient plus plus réguliers là je sais que cette année là ça va pas être possible de le refaire j'ai trop trop de sujets en même temps. Après, je le referai peut-être en off, peut-être pas avec l'organisation parce que peut-être je le referai sur deux jours pour un peu plus apprécier les paysages. Mais voilà, je me suis comme fixé un petit objectif.
- Speaker #1
Est-ce qu'on a le droit de savoir ?
- Speaker #0
Oui. En fait, en 2027, il y a un nouveau Paris-Brest-Paris. Donc, c'est une épreuve qui se passe. qui s'anticipe un petit peu parce qu'il faut valider un certain nombre de brevets de randonneurs mondiaux, dont des BRM avant pour pouvoir s'inscrire et pour pouvoir participer donc je sais qu'il va falloir déjà dès 2026 que je m'inscrive à ces fameux BRM pour pouvoir participer à ce nouveau challenge
- Speaker #1
Paris-Brest-Paris donc tu fais au besoin l'indique Paris-Brest et tu reviens à Paris Donc ça fait quoi ? Je n'ai pas mis 200 km ?
- Speaker #0
Ça fait un peu plus de 1200 km, 12 000 de D+, en 90 heures.
- Speaker #1
Ah oui, donc en plus, il ne faut quand même pas traîner. Le petit séjour en Bretagne, là, tu ne peux pas trop profiter.
- Speaker #0
C'est le petit défi avant mes 50 ans.
- Speaker #1
Beau défi. Et les BRM, il faut que tu valides plusieurs distances différentes ?
- Speaker #0
Je ne te l'ai pas forcément par cœur, mais je crois qu'il faut valider un 200, un 400 et un 600. Et si tu valides un BRM 1000, tu peux être prioritaire sur les inscriptions.
- Speaker #1
Ah oui, d'accord. Bon, c'est assez logique en même temps d'avoir validé tout ça avant.
- Speaker #0
Oui, et puis après, le fait de valider, ça te permet aussi d'être sûr. Alors, c'est sûr, ça t'oblige d'aller dans des organisations, mais ça te permet de te préparer aussi. J'ai utilisé aussi les BRM pour préparer mon tour du Mont-Blanc. C'est vraiment des... Des dossards qui ne sont pas chers et des super organisations familiales. Moi, j'aime beaucoup.
- Speaker #1
C'est chouette. C'est organisé par la Fédération française de vélo.
- Speaker #0
De vélo, oui, par des petits clubs.
- Speaker #1
Donc, il y en a un peu partout en France. On peut s'inscrire facilement. Oui,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
Et au global, est-ce que ça t'a appris quelque chose sur toi-même, cette expérience longue distance sur le Mont-Blanc ?
- Speaker #0
Ça m'a appris que rien n'est impossible, en fait. Il ne faut pas se dire... Il faut toujours croire en soi, il faut oser. Alors il faut oser déjà prendre le de ça. Je pense que c'est déjà la première épreuve que j'ai à chaque fois, moi, de dire « waouh, je m'inscris dans un truc, maintenant il faut y aller » . Et puis ça m'oblige à prendre du temps pour moi, du temps pour la préparation en amont. Et puis c'est un peu ma bulle d'oxygène. Enfin, c'était ma bulle d'oxygène, ce Mont-Blanc, avant ma nouvelle vie.
- Speaker #1
C'est bien comme bulle, ça paraît pas mal. Et pour terminer, petite question traditionnelle, est-ce que tu as un conseil ou un message à faire passer aux sportives outdoors qui nous écoutent ?
- Speaker #0
Inscrivez-vous au Mont-Blanc, augmentez le nombre de femmes qui sont présentes sur l'événement. Alors n'éligez pas non plus l'épreuve, parce que c'est quand même une épreuve super difficile. Même en étant préparée, on n'est pas sûr d'arriver au bout. Il faut beaucoup croire en soi. Je trouve qu'oser faire de la longue distance en tant que femme, il n'y a pas de souci. C'est vrai que je me souviens d'une anecdote quand j'avais été prise pour le Tour de France avec le nom des ailes au vélo. On m'avait dit, ça sera facile pour toi, tu es une femme. Et une femme, c'est forcément endurant.
- Speaker #1
C'est une belle manière de terminer. On va garder ce message. Merci beaucoup Estelle.
- Speaker #0
Je t'en prie, merci.
- Speaker #1
Merci de raconter tout ça. Et plein de bonnes choses pour la suite de tes aventures à vélo.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
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