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Super Docteur - médecine générale

1/2 Le rire, un soin puissant ! (Podcasthon 2025)

1/2 Le rire, un soin puissant ! (Podcasthon 2025)

16min |18/03/2025
Play
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16min |18/03/2025
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Description

Le Rire Médecin, c'est une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels!


***


👉 Abonnez-vous à la newsletter Super Récap’ pour recevoir un mail à lire en 1mn récapitulant les grands points des épisodes de la semaine (c'est gratuit et sans spam!): https://superdocteur.substack.com/


***


A l'occasion du podcasthon 2025, j’ai choisi de vous faire découvrir Le Rire Médecin, une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels.


J’ai eu le plaisir d’échanger avec Pauline Réant, comédienne-clown et directrice artistique du Rire Médecin. Ensemble, nous avons exploré le rôle fondamental du rire dans le soin, et la manière dont ces artistes interviennent en hôpital, en hospitalisation à domicile et même en maternité.


  • Comment devient-on clown hospitalier et quelles sont les compétences requises ?

  • Comment se déroule une journée type au sein d’un service pédiatrique ?

  • Nous parlerons de la collaboration avec les équipes médicales.

  • Mon invité me rapportera des anecdotes poignantes sur l’impact du clown sur les enfants et leurs familles.

  • Vous découvrirez l’intervention des clowns lors de soins médicaux et leur rôle dans la gestion de la douleur.

  • Pourquoi le rire est un levier thérapeutique puissant et comment les soignants peuvent, eux aussi, l’intégrer dans leur pratique? Nous verrons ça dans cet épisode!


💡 Soutenir l’association
Le Rire Médecin intervient chaque jour dans de nombreux hôpitaux, mais son action repose en grande partie sur la générosité du public. Vous pouvez les soutenir en faisant un don, en rejoignant une course solidaire, ou simplement en parlant de leur action autour de vous.


📍 Toutes les informations sont disponibles sur : www.leriremedecin.org


🙏 Un grand merci à Pauline pour ce moment rempli d’émotion et de poésie.


📩 Retrouvez plus de ressources et d’informations dans Super Récap’, la newsletter du podcast !


Si cet épisode vous a plu, partagez-le et laissez une note ⭐⭐⭐⭐⭐ sur votre plateforme d’écoute préférée.


Mon livre est disponible ici: https://www.chroniquesociale.com/comprendre-les-personnes/1315-medecine-integrative.html


Insta:

https://www.instagram.com/dr.matthieu.cantet


Youtube:

https://www.youtube.com/channel/UCbZG3thgg8pWjhv-1Ksh1AA


Linkedin:

https://www.linkedin.com/in/matthieu-cantet-4a5591294/


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Super Docteur, c'est le podcast des médecins généralistes. Le podcast qui vous transmet les recommandations de bonne pratique et les résultats des grandes études qui vont changer vos habitudes. Super Docteur, c'est la découverte de méthodes de soins innovantes et des interviews de soignants inspirants qui boosteront votre motivation. Un contenu court et pratique, chaque semaine, pour tous les médecins. Bienvenue dans Super Docteur, le podcast des médecins généralistes. Aujourd'hui... je vous propose un épisode spécial. Il s'inscrit en effet dans le podcaston, un événement caritatif qui mobilise des centaines de podcasters pour mettre en lumière des associations engagées. À travers cet épisode, je souhaite vous démontrer comment le rire peut prendre place dans nos soins. Je vous propose donc de découvrir le Rire Médecin, une association qui apporte de l'humour et de la légèreté aux enfants hospitalisés grâce à des clowns professionnels. Parce que le rire est bien plus qu'un simple divertissement, Il est un puissant levier thérapeutique, un moyen d'apaiser, de redonner du pouvoir aux enfants, dans un environnement qui leur échappe souvent, et même de faciliter le travail des soignants. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Pauline Réan, comédien clown au rire médecin. Avec elle, on va explorer son métier, son quotidien à l'hôpital, la relation unique qu'elle tisse avec les jeunes patients, leur famille, mais aussi avec les équipes médicales. Elle nous partagera des anecdotes de soins et nous fera comprendre à quoi elle est intéressée. quel point un simple éclat de rire peut transformer un moment difficile. Cet épisode est aussi l'occasion de soutenir l'association. Si ce qu'on va partager vous touche, je vous invite à découvrir le rire médecin et pourquoi pas aller soutenir à votre manière. Vous trouverez les informations à la fin de cet épisode, dans ces notes, dans la newsletter du podcast. Salut Pauline !

  • Speaker #1

    Salut ! Salut Mathieu !

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation, je suis très content d'être avec toi.

  • Speaker #1

    C'est un plaisir, c'est un plaisir de parler de ce beau métier de comédienne-crune à l'hôpital.

  • Speaker #0

    Génial. Est-ce que tu peux, Pauline, s'il te plaît, te présenter tout d'abord et puis nous raconter comment tu es devenue clown hospitalier et qu'est-ce qui t'a attiré dans ce métier ?

  • Speaker #1

    Alors, je suis comédienne clown à l'hôpital depuis une vingtaine d'années et plus spécifiquement depuis trois ans, je suis maintenant à la directrice artistique du Rire Médecin. Donc, ça a changé un petit peu ma façon aussi de travailler. J'ai commencé, comme tous les comédiens, par une école de théâtre, un conservatoire. Et puis, comme beaucoup de clowns, j'ai senti qu'il y avait un léger décalage. lors des ateliers d'imprimatisme. Et j'ai commencé à sentir que quand on est sur scène et qu'on arrive à débloquer du rire, et bien finalement ça développait une émotion qui était très intense et très agréable aussi. Donc je suis montée sur Paris, parce que je suis poète-vine d'origine, et j'ai fait l'école du Saint-Novar, qui est une école de clowns. Et c'est là que j'ai eu la chance de découvrir mes premiers pédagogues en clowns. Et ces premiers pédagogues font aussi partie du rire médecin. Donc je suis formée par Laurie Léchine, Amia Tab, qui sont des clowns à l'hôpital au sein du Réun Médecin et qui m'ont formée aussi dans cette pratique-là. Et petit à petit, j'ai construit ma carrière à la fois en mélangeant le clown à l'hôpital, mais aussi le théâtre, le théâtre de rue. Et comme tous les artistes qui interviennent dans Réun Médecin, je ne suis pas que comédienne clown à l'hôpital, je suis artiste au sens large du terme.

  • Speaker #0

    Génial, c'est hyper intéressant. Et qu'est-ce qui t'a attirée dans ce métier spécifique de clown hospitalier ?

  • Speaker #1

    De toute façon, moi, depuis petite, j'ai toujours mélangé le milieu du soin et le milieu de l'art. Mon papa était jardinier dans un hôpital psychiatrique. Et du coup, il y a eu cette notion de prendre soin de l'autre différemment. Et puis, j'ai commencé mes ateliers théâtre avec ma maman, toute jeune. Et en parallèle de ça, j'ai toujours vécu dans une famille qui est une famille d'accueil. Donc, l'idée d'accueillir, l'idée de prendre soin différemment des autres, je crois que c'était en moi. Et quand j'ai découvert le métier du clown, ça a été une évidence. Je me signe évidemment que c'est cet endroit-là que j'ai envie de faire et que l'hôpital et le milieu de l'art étaient un joyeux mélange et un bon endroit pour traverser des choses.

  • Speaker #0

    C'est clair, introduire l'art et le rire, on va en parler, mais à l'hôpital, c'est vraiment une excellente idée. Et c'est peut-être ce qui manque beaucoup dans ces murs blancs, dans cette ambiance aseptisée, parfois super difficile. Ça a l'air d'être un très, très beau métier. Je sais que dans le rire médecin, Vous faites beaucoup, beaucoup de choses, notamment à l'hôpital, mais pas que. Je crois que vous faites aussi de l'hospitalisation à domicile, on va en parler. Est-ce que tu peux me dire comment se passe une journée type d'un clown dans le soin, à l'hôpital par exemple ?

  • Speaker #1

    Une journée à l'hôpital, ça se passe toujours par une première rencontre du duo. Nous, on intervient toujours en duo. C'est le cœur, l'âme du Rénex. Ça fait écho aussi à l'art clownesque avec l'Auguste et le clown blanc et à la tradition du cirque. Mais ça fait aussi qu'à deux, c'est toujours mieux pour toutes les situations. Et que pour créer du spectacle et de l'improvisation, l'écriture théâtrale se fait mieux à deux. On peut proposer des scénarios qui sont différents. Et puis, on commence par un café. Ça a l'air anodin comme ça, mais c'est très important parce qu'on a besoin de déposer finalement ce qu'on est, nous. Au Rire Médecin, on explique que finalement, on est un peu trois personnes. Donc, quand on arrive à l'hôpital, on est nous, avec toute notre vie, toute notre émotion, tout ce qui s'est passé. Et puis, on va commencer à s'accorder avec notre partenaire, avec ce petit café qui a l'air de rien. Et donc, petit à petit, on va basculer vers le monde professionnel. Et après, on va donc aller voir les professionnels de santé en civile. mais en Sylvine professionnelle. Donc on a aussi des transmissions à ce moment-là. Ces transmissions sont essentielles à notre travail, puisque le clown travaille en improvisation, et pour pouvoir savoir comment ajuster, le comédien qui est derrière le clown doit savoir l'entièreté de son cadre de travail. Toutes ces transmissions se passent avec les soignants, on va avoir l'humeur du jour, on va avoir comment ça va, on va avoir la pathologie. Ça fait aussi écho aux formations qu'on a, donc on va pouvoir savoir en fonction de telle ou telle pathologie, comment ça va interagir avec l'enfant, tel ou tel soin aussi, soit le mobiliser, le rendre douloureux, ou plusieurs raisons, le rendre un peu différent. Et puis après, on va faire décoller notre clown, donc on va s'habiller, se costumer, et on va ouvrir la porte de notre vestiaire, et c'est toujours un saut dans le vide. Donc on a notre petit échauffement avant pour se connecter en clown, donc ça monte petit à petit. Et puis il y a cette porte qui s'ouvre, et une fois que la porte est ouverte, on est en jeu. Et on va être en jeu toute la journée. Et on va traverser les couloirs, aller de chambre en chambre, et interagir avec tout ce qui va se présenter devant nous. Et on va aller au chevet des enfants, dans leur chambre, leur créer un moment sur mesure, avec leurs parents, les équipes soignantes, et avec tout ce qu'il y aura ce jour-là à faire avec eux.

  • Speaker #0

    Dès que tu es maquillé, dès que tu es en clown, tu es clown, tu oublies Pauline. Je crois que c'est très important pour les clowns de changer complètement de personnage. Tu ne peux pas mélanger les jeux. Il faut choisir ton personnage et une fois que tu l'investis, tu y restes et tu l'incarnes jusqu'à ce que tu enlèves ton maquillage et ton costume.

  • Speaker #1

    On a un code qui s'appelle Mépané avec les expérients, parce que c'est très important de savoir avec qui tu joues. Les soignants, ils ont besoin de savoir avec qui ils jouent, à quel moment on joue et à quel moment on ne joue pas. Parce qu'il y a des moments, il y a un moment pour tout. Donc ils font généralement ce signe-là. Donc on baisse notre nez. Et quand on baisse notre nez, on a notre professionnel intelligent qui va parler différemment et qui va comprendre aussi. On est capable de faire des ruptures immédiates par rapport à ça. Et dès que le nez est reposé, rechaussé, c'est le clown qui va transparaître. Alors on n'oublie jamais notre comédien. Ami à table parle du pilote. C'est très représentatif de comment on fonctionne. On a vraiment notre pilote derrière notre clown, qui est en cachette, et qui va du coup travailler et construire toute l'improvisation avec le partenaire, avec l'enfant, avec les soignants, pour pouvoir justement être au plus juste de la situation. Et c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    Dis-moi Pauline, est-ce que tu as une préparation spécifique avant de rentrer dans une chambre ou d'encadrer un soin, d'animer quelque chose auprès d'un jeune patient ? Est-ce que tu te prépares ?

  • Speaker #1

    Alors, en fait, on a une préparation initiale qui fait partie de la formation continue que tous les comédiens ont, qui ne se fait pas forcément juste avant de jouer, mais qui participe au fait que les comédiens, ce sont des professionnels et qui sont formés finalement tout au long de l'année. Donc ça, le temps de formation, il est essentiel au RER Médecins. On les forme en médico-social, en artistique. Donc en fait, on a un bagage commun. On a vraiment une valise commune avec des outils d'écriture, d'improvisation, avec... tous les petits bonus que chaque clown a, sa marionnette, la qualité de chant, un instrument de musique. On a des petites pépites comme ça que chaque clown a. Et je dirais que la première chose qu'on fait quand on est dans nos vestiaires, c'est la connexion à son partenaire. C'est essentiel pour pouvoir interagir, intervenir dans des milieux, avec aussi cette fragilité constante qu'on a lors de nos interventions. Il est primordial d'être connecté à 400% avec son partenaire. Donc, la première chose qu'on fait, c'est s'accorder avec son partenaire. Et après, on saute ensemble.

  • Speaker #0

    Très bien. Donc, tu es obligé de t'accorder avec ton partenaire, même si tu as passé une mauvaise nuit, même si tu as des soucis, si lui aussi. Et vous arrivez tout le temps à vous mettre en symbiose, en duo ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que de toute façon, l'hôpital oblige à ça. Et le clown, il a cette richesse d'être dans l'ici et maintenant. Et là, pour le coup, c'est notre âme. Donc, en fait, quand on va porter notre nez et qu'on va ouvrir cette... porte, on va vraiment être dans l'ici et maintenant. Donc on va faire et on va jouer avec l'autre, avec tout ce qui se passe. Mais la formation de clown nous apprend aussi à utiliser nos émotions et à les transformer pour en faire du jeu. Parce que finalement, ce qui est très beau dans le clown, c'est que pour que ça fonctionne, il faut que ça vienne de la sincérité. Le clown, ça ne marche pas si le comédien n'est pas sincère. Sinon, c'est un peu mauvais. Et on peut en voir certains qui peuvent être comme ça. Il faut être très connecté et très sincère dans le jeu.

  • Speaker #0

    C'est hyper profond, l'art clownesque. Parce qu'il y a la façade qui est très enfantine, que tout le monde connaît. Mais il y a la philosophie du clown qui est vraiment très belle et qui véhicule des choses universelles, transcendantales, et puis des choses importantes. Tu l'as rappelé, l'ici et maintenant, le rire, le fait de se connecter aux autres. C'est beau.

  • Speaker #1

    Moi, ce qui m'avait vachement touchée dans ça, c'est lors de nos interventions auprès des enfants maltraités. On intervient dans des programmes spécifiques, dont les UAPED, qui commencent à se développer beaucoup. Et on s'est beaucoup interrogé sur la manière de jouer pour ces enfants-là. Et finalement, ces enfants-là, ils sont au cœur de ce qu'est le clown. Et pour pouvoir répondre en écho à ce qu'ils sont, il faut se reconnecter à l'enfance le plus pure. Et c'était très beau de voir les comédiens clowns jouer, parce que vraiment, on est dans des émotions qui sont vraiment de l'ordre de l'enfance, et qui, dans ce cadre-là de la maltraitance, permet à l'enfant de se reconnecter finalement, parce que l'enfant s'éteint. avec l'hôpital, avec la maltraitance, avec tout ce qui est dur. Donc petit à petit, ils se renferment en fait. Et le clown, il vient réveiller avec douceur des portes sur l'imaginaire et qui vont le réactiver sur ce qu'il est. Parce qu'un enfant, ça joue. Pour être vivant, il faut jouer en fait. Et on reconnaît vraiment à ce cœur de métier-là.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu ressens ton impact, l'impact de ton travail sur les enfants hospitalisés, sur leurs parents et sur les soignants qui t'entourent ?

  • Speaker #1

    C'est assez magique, on ne va pas se cacher. Généralement, quand on parle de notre métier, on nous dit « ça doit être difficile » . Je crois qu'on reçoit un milliard de fois plus que ce qu'on donne. C'est pour ça qu'on est si attaché à ce métier-là. On est toujours surpris pour avoir traversé des moments compliqués aussi, dans des instants de vie très fragiles. Jamais j'aurais pu penser que le clown avait sa place dans des moments d'incertitude totale. Et le clown m'a toujours appris. qu'une porte est toujours ouverte et qu'il ne faut jamais décider à la place de l'autre et que finalement, c'est toujours l'enfant qui est le roi dans cette interaction-là, dans ce jeu-là. Et c'est lui qui nous guide, c'est lui notre metteur en scène. Et toutes nos idées, des fois, d'adultes, de choses établies, de croire que ce n'est pas possible, et bien finalement, le clown, il ouvre cette porte-là et il rend possible à des moments et à des moments qu'on n'imagine pas du tout.

  • Speaker #0

    Donc tu viens de le mentionner, tu interviens dans différents cas, parfois très difficiles. Tu viens de me parler des cas de maltraitance par exemple. Est-ce qu'il faut adapter son jeu à ce moment-là ? Est-ce qu'il faut parfois même refuser d'intervenir en tant que clown ? Ou alors il y a de la place tout le temps, partout pour les clowns ?

  • Speaker #1

    Alors non, il n'y a pas de la place tout le temps et c'est pour ça que c'est un métier. Il faut pouvoir ajuster son intervention. On n'est pas des super-héros, on ne vient pas sauver les enfants. Donc il y a un temps. pour les clowns, et il y a un temps où les clowns ne sont pas là. Et ça, on le sait en le faisant. C'est hyper important de respecter ça. Et c'est vraiment l'alliance avec le personnel aussi qui fait que on va finalement naviguer comme ça pour pouvoir trouver notre place par rapport à ça.

  • Speaker #0

    Parfois, tu refuses d'intervenir ?

  • Speaker #1

    Oui. Alors après, ça dépend. Il y a plein de refus qui sont des refus différents. Par exemple, les enfants, certains enfants vont... pour refuser les clowns et finalement on va s'apercevoir que c'est un jeu. Et on va, nous, parce qu'on a l'expérience de ça, activer ce jeu-là. Et une des plus belles émotions que j'ai eues, c'est à un moment donné où l'enfant est très mutile, ne parlait vraiment très peu et les parents nous avaient dit non mais il n'a pas envie, les soignants nous avaient dit non mais il n'a pas envie et on a toqué à la porte et il n'a pas trop entendu, il a juste levé la tête. Mais lever la tête, c'est déjà énorme. Donc nous, c'était un marqueur de se dire, OK, il y a peut-être quelque chose. On a retoqué. Et comme on est à deux, on peut tout à fait jouer là-dessus. C'est-à-dire que l'autre peut lui dire, non, mais il a dit qu'il ne voulait pas. Tu ne rentres pas dans cette chambre. Tu fais n'importe quoi. C'est vrai, tu es très mauvais. Et l'enfant, en entendant ça, a répété avec une plaide voix, en disant, je ne veux pas des clowns. Je n'ai pas envie d'avoir des clowns. Ce n'est pas possible aujourd'hui. Et nous, on a fait, merci. Et on est partis. Et les parents sont venus nous voir après en disant, il a parlé, il s'est exprimé, et après on a discuté ensemble. Et on n'avait pas eu de discussion par rapport à ça. Et finalement, ces fenêtres, c'est possible avec le clown. Parce qu'il ne peut pas refuser un soin à l'enfant. Il ne peut pas refuser une piqûre ou il ne peut pas refuser le médecin. Mais les clowns, il a la totale liberté. Il peut se faire plaisir à virer un clown. C'est un plaisir inouï de virer un clown.

  • Speaker #0

    C'est génial.

  • Speaker #1

    Et il faut écrire avec ça. Et ça, c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    C'est vrai que ça ouvre des perspectives étonnantes, assez originales. dans les soins, ça offre l'opportunité de dire non dans une situation où, en général, on nous offre peu le loisir de refuser beaucoup d'interventions. Bravo, vous êtes bien arrivé à la fin de cette partie. La suite vous attend dans le prochain épisode. Pour ne rien manquer de Superdocteur, pensez à vous abonner dès maintenant à ce podcast. Et si vous aimez mon travail, le meilleur moyen de me soutenir, c'est d'en parler autour de vous, à vos consoeurs ou vos confrères. Enfin, un petit geste qui fait une grande différence. Laissez-moi une belle note de 5 étoiles sur votre application de podcast préférée. Ça m'encourage énormément et ça aide d'autres médecins à découvrir Superdocteur, partager ensemble des idées pour améliorer nos soins et enrichir nos pratiques. A très vite sur le podcast !

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Le Rire Médecin, c'est une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels!


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A l'occasion du podcasthon 2025, j’ai choisi de vous faire découvrir Le Rire Médecin, une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels.


J’ai eu le plaisir d’échanger avec Pauline Réant, comédienne-clown et directrice artistique du Rire Médecin. Ensemble, nous avons exploré le rôle fondamental du rire dans le soin, et la manière dont ces artistes interviennent en hôpital, en hospitalisation à domicile et même en maternité.


  • Comment devient-on clown hospitalier et quelles sont les compétences requises ?

  • Comment se déroule une journée type au sein d’un service pédiatrique ?

  • Nous parlerons de la collaboration avec les équipes médicales.

  • Mon invité me rapportera des anecdotes poignantes sur l’impact du clown sur les enfants et leurs familles.

  • Vous découvrirez l’intervention des clowns lors de soins médicaux et leur rôle dans la gestion de la douleur.

  • Pourquoi le rire est un levier thérapeutique puissant et comment les soignants peuvent, eux aussi, l’intégrer dans leur pratique? Nous verrons ça dans cet épisode!


💡 Soutenir l’association
Le Rire Médecin intervient chaque jour dans de nombreux hôpitaux, mais son action repose en grande partie sur la générosité du public. Vous pouvez les soutenir en faisant un don, en rejoignant une course solidaire, ou simplement en parlant de leur action autour de vous.


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🙏 Un grand merci à Pauline pour ce moment rempli d’émotion et de poésie.


📩 Retrouvez plus de ressources et d’informations dans Super Récap’, la newsletter du podcast !


Si cet épisode vous a plu, partagez-le et laissez une note ⭐⭐⭐⭐⭐ sur votre plateforme d’écoute préférée.


Mon livre est disponible ici: https://www.chroniquesociale.com/comprendre-les-personnes/1315-medecine-integrative.html


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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  • Speaker #0

    Super Docteur, c'est le podcast des médecins généralistes. Le podcast qui vous transmet les recommandations de bonne pratique et les résultats des grandes études qui vont changer vos habitudes. Super Docteur, c'est la découverte de méthodes de soins innovantes et des interviews de soignants inspirants qui boosteront votre motivation. Un contenu court et pratique, chaque semaine, pour tous les médecins. Bienvenue dans Super Docteur, le podcast des médecins généralistes. Aujourd'hui... je vous propose un épisode spécial. Il s'inscrit en effet dans le podcaston, un événement caritatif qui mobilise des centaines de podcasters pour mettre en lumière des associations engagées. À travers cet épisode, je souhaite vous démontrer comment le rire peut prendre place dans nos soins. Je vous propose donc de découvrir le Rire Médecin, une association qui apporte de l'humour et de la légèreté aux enfants hospitalisés grâce à des clowns professionnels. Parce que le rire est bien plus qu'un simple divertissement, Il est un puissant levier thérapeutique, un moyen d'apaiser, de redonner du pouvoir aux enfants, dans un environnement qui leur échappe souvent, et même de faciliter le travail des soignants. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Pauline Réan, comédien clown au rire médecin. Avec elle, on va explorer son métier, son quotidien à l'hôpital, la relation unique qu'elle tisse avec les jeunes patients, leur famille, mais aussi avec les équipes médicales. Elle nous partagera des anecdotes de soins et nous fera comprendre à quoi elle est intéressée. quel point un simple éclat de rire peut transformer un moment difficile. Cet épisode est aussi l'occasion de soutenir l'association. Si ce qu'on va partager vous touche, je vous invite à découvrir le rire médecin et pourquoi pas aller soutenir à votre manière. Vous trouverez les informations à la fin de cet épisode, dans ces notes, dans la newsletter du podcast. Salut Pauline !

  • Speaker #1

    Salut ! Salut Mathieu !

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation, je suis très content d'être avec toi.

  • Speaker #1

    C'est un plaisir, c'est un plaisir de parler de ce beau métier de comédienne-crune à l'hôpital.

  • Speaker #0

    Génial. Est-ce que tu peux, Pauline, s'il te plaît, te présenter tout d'abord et puis nous raconter comment tu es devenue clown hospitalier et qu'est-ce qui t'a attiré dans ce métier ?

  • Speaker #1

    Alors, je suis comédienne clown à l'hôpital depuis une vingtaine d'années et plus spécifiquement depuis trois ans, je suis maintenant à la directrice artistique du Rire Médecin. Donc, ça a changé un petit peu ma façon aussi de travailler. J'ai commencé, comme tous les comédiens, par une école de théâtre, un conservatoire. Et puis, comme beaucoup de clowns, j'ai senti qu'il y avait un léger décalage. lors des ateliers d'imprimatisme. Et j'ai commencé à sentir que quand on est sur scène et qu'on arrive à débloquer du rire, et bien finalement ça développait une émotion qui était très intense et très agréable aussi. Donc je suis montée sur Paris, parce que je suis poète-vine d'origine, et j'ai fait l'école du Saint-Novar, qui est une école de clowns. Et c'est là que j'ai eu la chance de découvrir mes premiers pédagogues en clowns. Et ces premiers pédagogues font aussi partie du rire médecin. Donc je suis formée par Laurie Léchine, Amia Tab, qui sont des clowns à l'hôpital au sein du Réun Médecin et qui m'ont formée aussi dans cette pratique-là. Et petit à petit, j'ai construit ma carrière à la fois en mélangeant le clown à l'hôpital, mais aussi le théâtre, le théâtre de rue. Et comme tous les artistes qui interviennent dans Réun Médecin, je ne suis pas que comédienne clown à l'hôpital, je suis artiste au sens large du terme.

  • Speaker #0

    Génial, c'est hyper intéressant. Et qu'est-ce qui t'a attirée dans ce métier spécifique de clown hospitalier ?

  • Speaker #1

    De toute façon, moi, depuis petite, j'ai toujours mélangé le milieu du soin et le milieu de l'art. Mon papa était jardinier dans un hôpital psychiatrique. Et du coup, il y a eu cette notion de prendre soin de l'autre différemment. Et puis, j'ai commencé mes ateliers théâtre avec ma maman, toute jeune. Et en parallèle de ça, j'ai toujours vécu dans une famille qui est une famille d'accueil. Donc, l'idée d'accueillir, l'idée de prendre soin différemment des autres, je crois que c'était en moi. Et quand j'ai découvert le métier du clown, ça a été une évidence. Je me signe évidemment que c'est cet endroit-là que j'ai envie de faire et que l'hôpital et le milieu de l'art étaient un joyeux mélange et un bon endroit pour traverser des choses.

  • Speaker #0

    C'est clair, introduire l'art et le rire, on va en parler, mais à l'hôpital, c'est vraiment une excellente idée. Et c'est peut-être ce qui manque beaucoup dans ces murs blancs, dans cette ambiance aseptisée, parfois super difficile. Ça a l'air d'être un très, très beau métier. Je sais que dans le rire médecin, Vous faites beaucoup, beaucoup de choses, notamment à l'hôpital, mais pas que. Je crois que vous faites aussi de l'hospitalisation à domicile, on va en parler. Est-ce que tu peux me dire comment se passe une journée type d'un clown dans le soin, à l'hôpital par exemple ?

  • Speaker #1

    Une journée à l'hôpital, ça se passe toujours par une première rencontre du duo. Nous, on intervient toujours en duo. C'est le cœur, l'âme du Rénex. Ça fait écho aussi à l'art clownesque avec l'Auguste et le clown blanc et à la tradition du cirque. Mais ça fait aussi qu'à deux, c'est toujours mieux pour toutes les situations. Et que pour créer du spectacle et de l'improvisation, l'écriture théâtrale se fait mieux à deux. On peut proposer des scénarios qui sont différents. Et puis, on commence par un café. Ça a l'air anodin comme ça, mais c'est très important parce qu'on a besoin de déposer finalement ce qu'on est, nous. Au Rire Médecin, on explique que finalement, on est un peu trois personnes. Donc, quand on arrive à l'hôpital, on est nous, avec toute notre vie, toute notre émotion, tout ce qui s'est passé. Et puis, on va commencer à s'accorder avec notre partenaire, avec ce petit café qui a l'air de rien. Et donc, petit à petit, on va basculer vers le monde professionnel. Et après, on va donc aller voir les professionnels de santé en civile. mais en Sylvine professionnelle. Donc on a aussi des transmissions à ce moment-là. Ces transmissions sont essentielles à notre travail, puisque le clown travaille en improvisation, et pour pouvoir savoir comment ajuster, le comédien qui est derrière le clown doit savoir l'entièreté de son cadre de travail. Toutes ces transmissions se passent avec les soignants, on va avoir l'humeur du jour, on va avoir comment ça va, on va avoir la pathologie. Ça fait aussi écho aux formations qu'on a, donc on va pouvoir savoir en fonction de telle ou telle pathologie, comment ça va interagir avec l'enfant, tel ou tel soin aussi, soit le mobiliser, le rendre douloureux, ou plusieurs raisons, le rendre un peu différent. Et puis après, on va faire décoller notre clown, donc on va s'habiller, se costumer, et on va ouvrir la porte de notre vestiaire, et c'est toujours un saut dans le vide. Donc on a notre petit échauffement avant pour se connecter en clown, donc ça monte petit à petit. Et puis il y a cette porte qui s'ouvre, et une fois que la porte est ouverte, on est en jeu. Et on va être en jeu toute la journée. Et on va traverser les couloirs, aller de chambre en chambre, et interagir avec tout ce qui va se présenter devant nous. Et on va aller au chevet des enfants, dans leur chambre, leur créer un moment sur mesure, avec leurs parents, les équipes soignantes, et avec tout ce qu'il y aura ce jour-là à faire avec eux.

  • Speaker #0

    Dès que tu es maquillé, dès que tu es en clown, tu es clown, tu oublies Pauline. Je crois que c'est très important pour les clowns de changer complètement de personnage. Tu ne peux pas mélanger les jeux. Il faut choisir ton personnage et une fois que tu l'investis, tu y restes et tu l'incarnes jusqu'à ce que tu enlèves ton maquillage et ton costume.

  • Speaker #1

    On a un code qui s'appelle Mépané avec les expérients, parce que c'est très important de savoir avec qui tu joues. Les soignants, ils ont besoin de savoir avec qui ils jouent, à quel moment on joue et à quel moment on ne joue pas. Parce qu'il y a des moments, il y a un moment pour tout. Donc ils font généralement ce signe-là. Donc on baisse notre nez. Et quand on baisse notre nez, on a notre professionnel intelligent qui va parler différemment et qui va comprendre aussi. On est capable de faire des ruptures immédiates par rapport à ça. Et dès que le nez est reposé, rechaussé, c'est le clown qui va transparaître. Alors on n'oublie jamais notre comédien. Ami à table parle du pilote. C'est très représentatif de comment on fonctionne. On a vraiment notre pilote derrière notre clown, qui est en cachette, et qui va du coup travailler et construire toute l'improvisation avec le partenaire, avec l'enfant, avec les soignants, pour pouvoir justement être au plus juste de la situation. Et c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    Dis-moi Pauline, est-ce que tu as une préparation spécifique avant de rentrer dans une chambre ou d'encadrer un soin, d'animer quelque chose auprès d'un jeune patient ? Est-ce que tu te prépares ?

  • Speaker #1

    Alors, en fait, on a une préparation initiale qui fait partie de la formation continue que tous les comédiens ont, qui ne se fait pas forcément juste avant de jouer, mais qui participe au fait que les comédiens, ce sont des professionnels et qui sont formés finalement tout au long de l'année. Donc ça, le temps de formation, il est essentiel au RER Médecins. On les forme en médico-social, en artistique. Donc en fait, on a un bagage commun. On a vraiment une valise commune avec des outils d'écriture, d'improvisation, avec... tous les petits bonus que chaque clown a, sa marionnette, la qualité de chant, un instrument de musique. On a des petites pépites comme ça que chaque clown a. Et je dirais que la première chose qu'on fait quand on est dans nos vestiaires, c'est la connexion à son partenaire. C'est essentiel pour pouvoir interagir, intervenir dans des milieux, avec aussi cette fragilité constante qu'on a lors de nos interventions. Il est primordial d'être connecté à 400% avec son partenaire. Donc, la première chose qu'on fait, c'est s'accorder avec son partenaire. Et après, on saute ensemble.

  • Speaker #0

    Très bien. Donc, tu es obligé de t'accorder avec ton partenaire, même si tu as passé une mauvaise nuit, même si tu as des soucis, si lui aussi. Et vous arrivez tout le temps à vous mettre en symbiose, en duo ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que de toute façon, l'hôpital oblige à ça. Et le clown, il a cette richesse d'être dans l'ici et maintenant. Et là, pour le coup, c'est notre âme. Donc, en fait, quand on va porter notre nez et qu'on va ouvrir cette... porte, on va vraiment être dans l'ici et maintenant. Donc on va faire et on va jouer avec l'autre, avec tout ce qui se passe. Mais la formation de clown nous apprend aussi à utiliser nos émotions et à les transformer pour en faire du jeu. Parce que finalement, ce qui est très beau dans le clown, c'est que pour que ça fonctionne, il faut que ça vienne de la sincérité. Le clown, ça ne marche pas si le comédien n'est pas sincère. Sinon, c'est un peu mauvais. Et on peut en voir certains qui peuvent être comme ça. Il faut être très connecté et très sincère dans le jeu.

  • Speaker #0

    C'est hyper profond, l'art clownesque. Parce qu'il y a la façade qui est très enfantine, que tout le monde connaît. Mais il y a la philosophie du clown qui est vraiment très belle et qui véhicule des choses universelles, transcendantales, et puis des choses importantes. Tu l'as rappelé, l'ici et maintenant, le rire, le fait de se connecter aux autres. C'est beau.

  • Speaker #1

    Moi, ce qui m'avait vachement touchée dans ça, c'est lors de nos interventions auprès des enfants maltraités. On intervient dans des programmes spécifiques, dont les UAPED, qui commencent à se développer beaucoup. Et on s'est beaucoup interrogé sur la manière de jouer pour ces enfants-là. Et finalement, ces enfants-là, ils sont au cœur de ce qu'est le clown. Et pour pouvoir répondre en écho à ce qu'ils sont, il faut se reconnecter à l'enfance le plus pure. Et c'était très beau de voir les comédiens clowns jouer, parce que vraiment, on est dans des émotions qui sont vraiment de l'ordre de l'enfance, et qui, dans ce cadre-là de la maltraitance, permet à l'enfant de se reconnecter finalement, parce que l'enfant s'éteint. avec l'hôpital, avec la maltraitance, avec tout ce qui est dur. Donc petit à petit, ils se renferment en fait. Et le clown, il vient réveiller avec douceur des portes sur l'imaginaire et qui vont le réactiver sur ce qu'il est. Parce qu'un enfant, ça joue. Pour être vivant, il faut jouer en fait. Et on reconnaît vraiment à ce cœur de métier-là.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu ressens ton impact, l'impact de ton travail sur les enfants hospitalisés, sur leurs parents et sur les soignants qui t'entourent ?

  • Speaker #1

    C'est assez magique, on ne va pas se cacher. Généralement, quand on parle de notre métier, on nous dit « ça doit être difficile » . Je crois qu'on reçoit un milliard de fois plus que ce qu'on donne. C'est pour ça qu'on est si attaché à ce métier-là. On est toujours surpris pour avoir traversé des moments compliqués aussi, dans des instants de vie très fragiles. Jamais j'aurais pu penser que le clown avait sa place dans des moments d'incertitude totale. Et le clown m'a toujours appris. qu'une porte est toujours ouverte et qu'il ne faut jamais décider à la place de l'autre et que finalement, c'est toujours l'enfant qui est le roi dans cette interaction-là, dans ce jeu-là. Et c'est lui qui nous guide, c'est lui notre metteur en scène. Et toutes nos idées, des fois, d'adultes, de choses établies, de croire que ce n'est pas possible, et bien finalement, le clown, il ouvre cette porte-là et il rend possible à des moments et à des moments qu'on n'imagine pas du tout.

  • Speaker #0

    Donc tu viens de le mentionner, tu interviens dans différents cas, parfois très difficiles. Tu viens de me parler des cas de maltraitance par exemple. Est-ce qu'il faut adapter son jeu à ce moment-là ? Est-ce qu'il faut parfois même refuser d'intervenir en tant que clown ? Ou alors il y a de la place tout le temps, partout pour les clowns ?

  • Speaker #1

    Alors non, il n'y a pas de la place tout le temps et c'est pour ça que c'est un métier. Il faut pouvoir ajuster son intervention. On n'est pas des super-héros, on ne vient pas sauver les enfants. Donc il y a un temps. pour les clowns, et il y a un temps où les clowns ne sont pas là. Et ça, on le sait en le faisant. C'est hyper important de respecter ça. Et c'est vraiment l'alliance avec le personnel aussi qui fait que on va finalement naviguer comme ça pour pouvoir trouver notre place par rapport à ça.

  • Speaker #0

    Parfois, tu refuses d'intervenir ?

  • Speaker #1

    Oui. Alors après, ça dépend. Il y a plein de refus qui sont des refus différents. Par exemple, les enfants, certains enfants vont... pour refuser les clowns et finalement on va s'apercevoir que c'est un jeu. Et on va, nous, parce qu'on a l'expérience de ça, activer ce jeu-là. Et une des plus belles émotions que j'ai eues, c'est à un moment donné où l'enfant est très mutile, ne parlait vraiment très peu et les parents nous avaient dit non mais il n'a pas envie, les soignants nous avaient dit non mais il n'a pas envie et on a toqué à la porte et il n'a pas trop entendu, il a juste levé la tête. Mais lever la tête, c'est déjà énorme. Donc nous, c'était un marqueur de se dire, OK, il y a peut-être quelque chose. On a retoqué. Et comme on est à deux, on peut tout à fait jouer là-dessus. C'est-à-dire que l'autre peut lui dire, non, mais il a dit qu'il ne voulait pas. Tu ne rentres pas dans cette chambre. Tu fais n'importe quoi. C'est vrai, tu es très mauvais. Et l'enfant, en entendant ça, a répété avec une plaide voix, en disant, je ne veux pas des clowns. Je n'ai pas envie d'avoir des clowns. Ce n'est pas possible aujourd'hui. Et nous, on a fait, merci. Et on est partis. Et les parents sont venus nous voir après en disant, il a parlé, il s'est exprimé, et après on a discuté ensemble. Et on n'avait pas eu de discussion par rapport à ça. Et finalement, ces fenêtres, c'est possible avec le clown. Parce qu'il ne peut pas refuser un soin à l'enfant. Il ne peut pas refuser une piqûre ou il ne peut pas refuser le médecin. Mais les clowns, il a la totale liberté. Il peut se faire plaisir à virer un clown. C'est un plaisir inouï de virer un clown.

  • Speaker #0

    C'est génial.

  • Speaker #1

    Et il faut écrire avec ça. Et ça, c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    C'est vrai que ça ouvre des perspectives étonnantes, assez originales. dans les soins, ça offre l'opportunité de dire non dans une situation où, en général, on nous offre peu le loisir de refuser beaucoup d'interventions. Bravo, vous êtes bien arrivé à la fin de cette partie. La suite vous attend dans le prochain épisode. Pour ne rien manquer de Superdocteur, pensez à vous abonner dès maintenant à ce podcast. Et si vous aimez mon travail, le meilleur moyen de me soutenir, c'est d'en parler autour de vous, à vos consoeurs ou vos confrères. Enfin, un petit geste qui fait une grande différence. Laissez-moi une belle note de 5 étoiles sur votre application de podcast préférée. Ça m'encourage énormément et ça aide d'autres médecins à découvrir Superdocteur, partager ensemble des idées pour améliorer nos soins et enrichir nos pratiques. A très vite sur le podcast !

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Le Rire Médecin, c'est une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels!


***


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***


A l'occasion du podcasthon 2025, j’ai choisi de vous faire découvrir Le Rire Médecin, une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels.


J’ai eu le plaisir d’échanger avec Pauline Réant, comédienne-clown et directrice artistique du Rire Médecin. Ensemble, nous avons exploré le rôle fondamental du rire dans le soin, et la manière dont ces artistes interviennent en hôpital, en hospitalisation à domicile et même en maternité.


  • Comment devient-on clown hospitalier et quelles sont les compétences requises ?

  • Comment se déroule une journée type au sein d’un service pédiatrique ?

  • Nous parlerons de la collaboration avec les équipes médicales.

  • Mon invité me rapportera des anecdotes poignantes sur l’impact du clown sur les enfants et leurs familles.

  • Vous découvrirez l’intervention des clowns lors de soins médicaux et leur rôle dans la gestion de la douleur.

  • Pourquoi le rire est un levier thérapeutique puissant et comment les soignants peuvent, eux aussi, l’intégrer dans leur pratique? Nous verrons ça dans cet épisode!


💡 Soutenir l’association
Le Rire Médecin intervient chaque jour dans de nombreux hôpitaux, mais son action repose en grande partie sur la générosité du public. Vous pouvez les soutenir en faisant un don, en rejoignant une course solidaire, ou simplement en parlant de leur action autour de vous.


📍 Toutes les informations sont disponibles sur : www.leriremedecin.org


🙏 Un grand merci à Pauline pour ce moment rempli d’émotion et de poésie.


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Mon livre est disponible ici: https://www.chroniquesociale.com/comprendre-les-personnes/1315-medecine-integrative.html


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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Super Docteur, c'est le podcast des médecins généralistes. Le podcast qui vous transmet les recommandations de bonne pratique et les résultats des grandes études qui vont changer vos habitudes. Super Docteur, c'est la découverte de méthodes de soins innovantes et des interviews de soignants inspirants qui boosteront votre motivation. Un contenu court et pratique, chaque semaine, pour tous les médecins. Bienvenue dans Super Docteur, le podcast des médecins généralistes. Aujourd'hui... je vous propose un épisode spécial. Il s'inscrit en effet dans le podcaston, un événement caritatif qui mobilise des centaines de podcasters pour mettre en lumière des associations engagées. À travers cet épisode, je souhaite vous démontrer comment le rire peut prendre place dans nos soins. Je vous propose donc de découvrir le Rire Médecin, une association qui apporte de l'humour et de la légèreté aux enfants hospitalisés grâce à des clowns professionnels. Parce que le rire est bien plus qu'un simple divertissement, Il est un puissant levier thérapeutique, un moyen d'apaiser, de redonner du pouvoir aux enfants, dans un environnement qui leur échappe souvent, et même de faciliter le travail des soignants. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Pauline Réan, comédien clown au rire médecin. Avec elle, on va explorer son métier, son quotidien à l'hôpital, la relation unique qu'elle tisse avec les jeunes patients, leur famille, mais aussi avec les équipes médicales. Elle nous partagera des anecdotes de soins et nous fera comprendre à quoi elle est intéressée. quel point un simple éclat de rire peut transformer un moment difficile. Cet épisode est aussi l'occasion de soutenir l'association. Si ce qu'on va partager vous touche, je vous invite à découvrir le rire médecin et pourquoi pas aller soutenir à votre manière. Vous trouverez les informations à la fin de cet épisode, dans ces notes, dans la newsletter du podcast. Salut Pauline !

  • Speaker #1

    Salut ! Salut Mathieu !

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation, je suis très content d'être avec toi.

  • Speaker #1

    C'est un plaisir, c'est un plaisir de parler de ce beau métier de comédienne-crune à l'hôpital.

  • Speaker #0

    Génial. Est-ce que tu peux, Pauline, s'il te plaît, te présenter tout d'abord et puis nous raconter comment tu es devenue clown hospitalier et qu'est-ce qui t'a attiré dans ce métier ?

  • Speaker #1

    Alors, je suis comédienne clown à l'hôpital depuis une vingtaine d'années et plus spécifiquement depuis trois ans, je suis maintenant à la directrice artistique du Rire Médecin. Donc, ça a changé un petit peu ma façon aussi de travailler. J'ai commencé, comme tous les comédiens, par une école de théâtre, un conservatoire. Et puis, comme beaucoup de clowns, j'ai senti qu'il y avait un léger décalage. lors des ateliers d'imprimatisme. Et j'ai commencé à sentir que quand on est sur scène et qu'on arrive à débloquer du rire, et bien finalement ça développait une émotion qui était très intense et très agréable aussi. Donc je suis montée sur Paris, parce que je suis poète-vine d'origine, et j'ai fait l'école du Saint-Novar, qui est une école de clowns. Et c'est là que j'ai eu la chance de découvrir mes premiers pédagogues en clowns. Et ces premiers pédagogues font aussi partie du rire médecin. Donc je suis formée par Laurie Léchine, Amia Tab, qui sont des clowns à l'hôpital au sein du Réun Médecin et qui m'ont formée aussi dans cette pratique-là. Et petit à petit, j'ai construit ma carrière à la fois en mélangeant le clown à l'hôpital, mais aussi le théâtre, le théâtre de rue. Et comme tous les artistes qui interviennent dans Réun Médecin, je ne suis pas que comédienne clown à l'hôpital, je suis artiste au sens large du terme.

  • Speaker #0

    Génial, c'est hyper intéressant. Et qu'est-ce qui t'a attirée dans ce métier spécifique de clown hospitalier ?

  • Speaker #1

    De toute façon, moi, depuis petite, j'ai toujours mélangé le milieu du soin et le milieu de l'art. Mon papa était jardinier dans un hôpital psychiatrique. Et du coup, il y a eu cette notion de prendre soin de l'autre différemment. Et puis, j'ai commencé mes ateliers théâtre avec ma maman, toute jeune. Et en parallèle de ça, j'ai toujours vécu dans une famille qui est une famille d'accueil. Donc, l'idée d'accueillir, l'idée de prendre soin différemment des autres, je crois que c'était en moi. Et quand j'ai découvert le métier du clown, ça a été une évidence. Je me signe évidemment que c'est cet endroit-là que j'ai envie de faire et que l'hôpital et le milieu de l'art étaient un joyeux mélange et un bon endroit pour traverser des choses.

  • Speaker #0

    C'est clair, introduire l'art et le rire, on va en parler, mais à l'hôpital, c'est vraiment une excellente idée. Et c'est peut-être ce qui manque beaucoup dans ces murs blancs, dans cette ambiance aseptisée, parfois super difficile. Ça a l'air d'être un très, très beau métier. Je sais que dans le rire médecin, Vous faites beaucoup, beaucoup de choses, notamment à l'hôpital, mais pas que. Je crois que vous faites aussi de l'hospitalisation à domicile, on va en parler. Est-ce que tu peux me dire comment se passe une journée type d'un clown dans le soin, à l'hôpital par exemple ?

  • Speaker #1

    Une journée à l'hôpital, ça se passe toujours par une première rencontre du duo. Nous, on intervient toujours en duo. C'est le cœur, l'âme du Rénex. Ça fait écho aussi à l'art clownesque avec l'Auguste et le clown blanc et à la tradition du cirque. Mais ça fait aussi qu'à deux, c'est toujours mieux pour toutes les situations. Et que pour créer du spectacle et de l'improvisation, l'écriture théâtrale se fait mieux à deux. On peut proposer des scénarios qui sont différents. Et puis, on commence par un café. Ça a l'air anodin comme ça, mais c'est très important parce qu'on a besoin de déposer finalement ce qu'on est, nous. Au Rire Médecin, on explique que finalement, on est un peu trois personnes. Donc, quand on arrive à l'hôpital, on est nous, avec toute notre vie, toute notre émotion, tout ce qui s'est passé. Et puis, on va commencer à s'accorder avec notre partenaire, avec ce petit café qui a l'air de rien. Et donc, petit à petit, on va basculer vers le monde professionnel. Et après, on va donc aller voir les professionnels de santé en civile. mais en Sylvine professionnelle. Donc on a aussi des transmissions à ce moment-là. Ces transmissions sont essentielles à notre travail, puisque le clown travaille en improvisation, et pour pouvoir savoir comment ajuster, le comédien qui est derrière le clown doit savoir l'entièreté de son cadre de travail. Toutes ces transmissions se passent avec les soignants, on va avoir l'humeur du jour, on va avoir comment ça va, on va avoir la pathologie. Ça fait aussi écho aux formations qu'on a, donc on va pouvoir savoir en fonction de telle ou telle pathologie, comment ça va interagir avec l'enfant, tel ou tel soin aussi, soit le mobiliser, le rendre douloureux, ou plusieurs raisons, le rendre un peu différent. Et puis après, on va faire décoller notre clown, donc on va s'habiller, se costumer, et on va ouvrir la porte de notre vestiaire, et c'est toujours un saut dans le vide. Donc on a notre petit échauffement avant pour se connecter en clown, donc ça monte petit à petit. Et puis il y a cette porte qui s'ouvre, et une fois que la porte est ouverte, on est en jeu. Et on va être en jeu toute la journée. Et on va traverser les couloirs, aller de chambre en chambre, et interagir avec tout ce qui va se présenter devant nous. Et on va aller au chevet des enfants, dans leur chambre, leur créer un moment sur mesure, avec leurs parents, les équipes soignantes, et avec tout ce qu'il y aura ce jour-là à faire avec eux.

  • Speaker #0

    Dès que tu es maquillé, dès que tu es en clown, tu es clown, tu oublies Pauline. Je crois que c'est très important pour les clowns de changer complètement de personnage. Tu ne peux pas mélanger les jeux. Il faut choisir ton personnage et une fois que tu l'investis, tu y restes et tu l'incarnes jusqu'à ce que tu enlèves ton maquillage et ton costume.

  • Speaker #1

    On a un code qui s'appelle Mépané avec les expérients, parce que c'est très important de savoir avec qui tu joues. Les soignants, ils ont besoin de savoir avec qui ils jouent, à quel moment on joue et à quel moment on ne joue pas. Parce qu'il y a des moments, il y a un moment pour tout. Donc ils font généralement ce signe-là. Donc on baisse notre nez. Et quand on baisse notre nez, on a notre professionnel intelligent qui va parler différemment et qui va comprendre aussi. On est capable de faire des ruptures immédiates par rapport à ça. Et dès que le nez est reposé, rechaussé, c'est le clown qui va transparaître. Alors on n'oublie jamais notre comédien. Ami à table parle du pilote. C'est très représentatif de comment on fonctionne. On a vraiment notre pilote derrière notre clown, qui est en cachette, et qui va du coup travailler et construire toute l'improvisation avec le partenaire, avec l'enfant, avec les soignants, pour pouvoir justement être au plus juste de la situation. Et c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    Dis-moi Pauline, est-ce que tu as une préparation spécifique avant de rentrer dans une chambre ou d'encadrer un soin, d'animer quelque chose auprès d'un jeune patient ? Est-ce que tu te prépares ?

  • Speaker #1

    Alors, en fait, on a une préparation initiale qui fait partie de la formation continue que tous les comédiens ont, qui ne se fait pas forcément juste avant de jouer, mais qui participe au fait que les comédiens, ce sont des professionnels et qui sont formés finalement tout au long de l'année. Donc ça, le temps de formation, il est essentiel au RER Médecins. On les forme en médico-social, en artistique. Donc en fait, on a un bagage commun. On a vraiment une valise commune avec des outils d'écriture, d'improvisation, avec... tous les petits bonus que chaque clown a, sa marionnette, la qualité de chant, un instrument de musique. On a des petites pépites comme ça que chaque clown a. Et je dirais que la première chose qu'on fait quand on est dans nos vestiaires, c'est la connexion à son partenaire. C'est essentiel pour pouvoir interagir, intervenir dans des milieux, avec aussi cette fragilité constante qu'on a lors de nos interventions. Il est primordial d'être connecté à 400% avec son partenaire. Donc, la première chose qu'on fait, c'est s'accorder avec son partenaire. Et après, on saute ensemble.

  • Speaker #0

    Très bien. Donc, tu es obligé de t'accorder avec ton partenaire, même si tu as passé une mauvaise nuit, même si tu as des soucis, si lui aussi. Et vous arrivez tout le temps à vous mettre en symbiose, en duo ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que de toute façon, l'hôpital oblige à ça. Et le clown, il a cette richesse d'être dans l'ici et maintenant. Et là, pour le coup, c'est notre âme. Donc, en fait, quand on va porter notre nez et qu'on va ouvrir cette... porte, on va vraiment être dans l'ici et maintenant. Donc on va faire et on va jouer avec l'autre, avec tout ce qui se passe. Mais la formation de clown nous apprend aussi à utiliser nos émotions et à les transformer pour en faire du jeu. Parce que finalement, ce qui est très beau dans le clown, c'est que pour que ça fonctionne, il faut que ça vienne de la sincérité. Le clown, ça ne marche pas si le comédien n'est pas sincère. Sinon, c'est un peu mauvais. Et on peut en voir certains qui peuvent être comme ça. Il faut être très connecté et très sincère dans le jeu.

  • Speaker #0

    C'est hyper profond, l'art clownesque. Parce qu'il y a la façade qui est très enfantine, que tout le monde connaît. Mais il y a la philosophie du clown qui est vraiment très belle et qui véhicule des choses universelles, transcendantales, et puis des choses importantes. Tu l'as rappelé, l'ici et maintenant, le rire, le fait de se connecter aux autres. C'est beau.

  • Speaker #1

    Moi, ce qui m'avait vachement touchée dans ça, c'est lors de nos interventions auprès des enfants maltraités. On intervient dans des programmes spécifiques, dont les UAPED, qui commencent à se développer beaucoup. Et on s'est beaucoup interrogé sur la manière de jouer pour ces enfants-là. Et finalement, ces enfants-là, ils sont au cœur de ce qu'est le clown. Et pour pouvoir répondre en écho à ce qu'ils sont, il faut se reconnecter à l'enfance le plus pure. Et c'était très beau de voir les comédiens clowns jouer, parce que vraiment, on est dans des émotions qui sont vraiment de l'ordre de l'enfance, et qui, dans ce cadre-là de la maltraitance, permet à l'enfant de se reconnecter finalement, parce que l'enfant s'éteint. avec l'hôpital, avec la maltraitance, avec tout ce qui est dur. Donc petit à petit, ils se renferment en fait. Et le clown, il vient réveiller avec douceur des portes sur l'imaginaire et qui vont le réactiver sur ce qu'il est. Parce qu'un enfant, ça joue. Pour être vivant, il faut jouer en fait. Et on reconnaît vraiment à ce cœur de métier-là.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu ressens ton impact, l'impact de ton travail sur les enfants hospitalisés, sur leurs parents et sur les soignants qui t'entourent ?

  • Speaker #1

    C'est assez magique, on ne va pas se cacher. Généralement, quand on parle de notre métier, on nous dit « ça doit être difficile » . Je crois qu'on reçoit un milliard de fois plus que ce qu'on donne. C'est pour ça qu'on est si attaché à ce métier-là. On est toujours surpris pour avoir traversé des moments compliqués aussi, dans des instants de vie très fragiles. Jamais j'aurais pu penser que le clown avait sa place dans des moments d'incertitude totale. Et le clown m'a toujours appris. qu'une porte est toujours ouverte et qu'il ne faut jamais décider à la place de l'autre et que finalement, c'est toujours l'enfant qui est le roi dans cette interaction-là, dans ce jeu-là. Et c'est lui qui nous guide, c'est lui notre metteur en scène. Et toutes nos idées, des fois, d'adultes, de choses établies, de croire que ce n'est pas possible, et bien finalement, le clown, il ouvre cette porte-là et il rend possible à des moments et à des moments qu'on n'imagine pas du tout.

  • Speaker #0

    Donc tu viens de le mentionner, tu interviens dans différents cas, parfois très difficiles. Tu viens de me parler des cas de maltraitance par exemple. Est-ce qu'il faut adapter son jeu à ce moment-là ? Est-ce qu'il faut parfois même refuser d'intervenir en tant que clown ? Ou alors il y a de la place tout le temps, partout pour les clowns ?

  • Speaker #1

    Alors non, il n'y a pas de la place tout le temps et c'est pour ça que c'est un métier. Il faut pouvoir ajuster son intervention. On n'est pas des super-héros, on ne vient pas sauver les enfants. Donc il y a un temps. pour les clowns, et il y a un temps où les clowns ne sont pas là. Et ça, on le sait en le faisant. C'est hyper important de respecter ça. Et c'est vraiment l'alliance avec le personnel aussi qui fait que on va finalement naviguer comme ça pour pouvoir trouver notre place par rapport à ça.

  • Speaker #0

    Parfois, tu refuses d'intervenir ?

  • Speaker #1

    Oui. Alors après, ça dépend. Il y a plein de refus qui sont des refus différents. Par exemple, les enfants, certains enfants vont... pour refuser les clowns et finalement on va s'apercevoir que c'est un jeu. Et on va, nous, parce qu'on a l'expérience de ça, activer ce jeu-là. Et une des plus belles émotions que j'ai eues, c'est à un moment donné où l'enfant est très mutile, ne parlait vraiment très peu et les parents nous avaient dit non mais il n'a pas envie, les soignants nous avaient dit non mais il n'a pas envie et on a toqué à la porte et il n'a pas trop entendu, il a juste levé la tête. Mais lever la tête, c'est déjà énorme. Donc nous, c'était un marqueur de se dire, OK, il y a peut-être quelque chose. On a retoqué. Et comme on est à deux, on peut tout à fait jouer là-dessus. C'est-à-dire que l'autre peut lui dire, non, mais il a dit qu'il ne voulait pas. Tu ne rentres pas dans cette chambre. Tu fais n'importe quoi. C'est vrai, tu es très mauvais. Et l'enfant, en entendant ça, a répété avec une plaide voix, en disant, je ne veux pas des clowns. Je n'ai pas envie d'avoir des clowns. Ce n'est pas possible aujourd'hui. Et nous, on a fait, merci. Et on est partis. Et les parents sont venus nous voir après en disant, il a parlé, il s'est exprimé, et après on a discuté ensemble. Et on n'avait pas eu de discussion par rapport à ça. Et finalement, ces fenêtres, c'est possible avec le clown. Parce qu'il ne peut pas refuser un soin à l'enfant. Il ne peut pas refuser une piqûre ou il ne peut pas refuser le médecin. Mais les clowns, il a la totale liberté. Il peut se faire plaisir à virer un clown. C'est un plaisir inouï de virer un clown.

  • Speaker #0

    C'est génial.

  • Speaker #1

    Et il faut écrire avec ça. Et ça, c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    C'est vrai que ça ouvre des perspectives étonnantes, assez originales. dans les soins, ça offre l'opportunité de dire non dans une situation où, en général, on nous offre peu le loisir de refuser beaucoup d'interventions. Bravo, vous êtes bien arrivé à la fin de cette partie. La suite vous attend dans le prochain épisode. Pour ne rien manquer de Superdocteur, pensez à vous abonner dès maintenant à ce podcast. Et si vous aimez mon travail, le meilleur moyen de me soutenir, c'est d'en parler autour de vous, à vos consoeurs ou vos confrères. Enfin, un petit geste qui fait une grande différence. Laissez-moi une belle note de 5 étoiles sur votre application de podcast préférée. Ça m'encourage énormément et ça aide d'autres médecins à découvrir Superdocteur, partager ensemble des idées pour améliorer nos soins et enrichir nos pratiques. A très vite sur le podcast !

Description

Le Rire Médecin, c'est une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels!


***


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***


A l'occasion du podcasthon 2025, j’ai choisi de vous faire découvrir Le Rire Médecin, une association qui offre aux enfants hospitalisés des moments d’évasion et de légèreté grâce à des clowns professionnels.


J’ai eu le plaisir d’échanger avec Pauline Réant, comédienne-clown et directrice artistique du Rire Médecin. Ensemble, nous avons exploré le rôle fondamental du rire dans le soin, et la manière dont ces artistes interviennent en hôpital, en hospitalisation à domicile et même en maternité.


  • Comment devient-on clown hospitalier et quelles sont les compétences requises ?

  • Comment se déroule une journée type au sein d’un service pédiatrique ?

  • Nous parlerons de la collaboration avec les équipes médicales.

  • Mon invité me rapportera des anecdotes poignantes sur l’impact du clown sur les enfants et leurs familles.

  • Vous découvrirez l’intervention des clowns lors de soins médicaux et leur rôle dans la gestion de la douleur.

  • Pourquoi le rire est un levier thérapeutique puissant et comment les soignants peuvent, eux aussi, l’intégrer dans leur pratique? Nous verrons ça dans cet épisode!


💡 Soutenir l’association
Le Rire Médecin intervient chaque jour dans de nombreux hôpitaux, mais son action repose en grande partie sur la générosité du public. Vous pouvez les soutenir en faisant un don, en rejoignant une course solidaire, ou simplement en parlant de leur action autour de vous.


📍 Toutes les informations sont disponibles sur : www.leriremedecin.org


🙏 Un grand merci à Pauline pour ce moment rempli d’émotion et de poésie.


📩 Retrouvez plus de ressources et d’informations dans Super Récap’, la newsletter du podcast !


Si cet épisode vous a plu, partagez-le et laissez une note ⭐⭐⭐⭐⭐ sur votre plateforme d’écoute préférée.


Mon livre est disponible ici: https://www.chroniquesociale.com/comprendre-les-personnes/1315-medecine-integrative.html


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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Super Docteur, c'est le podcast des médecins généralistes. Le podcast qui vous transmet les recommandations de bonne pratique et les résultats des grandes études qui vont changer vos habitudes. Super Docteur, c'est la découverte de méthodes de soins innovantes et des interviews de soignants inspirants qui boosteront votre motivation. Un contenu court et pratique, chaque semaine, pour tous les médecins. Bienvenue dans Super Docteur, le podcast des médecins généralistes. Aujourd'hui... je vous propose un épisode spécial. Il s'inscrit en effet dans le podcaston, un événement caritatif qui mobilise des centaines de podcasters pour mettre en lumière des associations engagées. À travers cet épisode, je souhaite vous démontrer comment le rire peut prendre place dans nos soins. Je vous propose donc de découvrir le Rire Médecin, une association qui apporte de l'humour et de la légèreté aux enfants hospitalisés grâce à des clowns professionnels. Parce que le rire est bien plus qu'un simple divertissement, Il est un puissant levier thérapeutique, un moyen d'apaiser, de redonner du pouvoir aux enfants, dans un environnement qui leur échappe souvent, et même de faciliter le travail des soignants. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Pauline Réan, comédien clown au rire médecin. Avec elle, on va explorer son métier, son quotidien à l'hôpital, la relation unique qu'elle tisse avec les jeunes patients, leur famille, mais aussi avec les équipes médicales. Elle nous partagera des anecdotes de soins et nous fera comprendre à quoi elle est intéressée. quel point un simple éclat de rire peut transformer un moment difficile. Cet épisode est aussi l'occasion de soutenir l'association. Si ce qu'on va partager vous touche, je vous invite à découvrir le rire médecin et pourquoi pas aller soutenir à votre manière. Vous trouverez les informations à la fin de cet épisode, dans ces notes, dans la newsletter du podcast. Salut Pauline !

  • Speaker #1

    Salut ! Salut Mathieu !

  • Speaker #0

    Merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation, je suis très content d'être avec toi.

  • Speaker #1

    C'est un plaisir, c'est un plaisir de parler de ce beau métier de comédienne-crune à l'hôpital.

  • Speaker #0

    Génial. Est-ce que tu peux, Pauline, s'il te plaît, te présenter tout d'abord et puis nous raconter comment tu es devenue clown hospitalier et qu'est-ce qui t'a attiré dans ce métier ?

  • Speaker #1

    Alors, je suis comédienne clown à l'hôpital depuis une vingtaine d'années et plus spécifiquement depuis trois ans, je suis maintenant à la directrice artistique du Rire Médecin. Donc, ça a changé un petit peu ma façon aussi de travailler. J'ai commencé, comme tous les comédiens, par une école de théâtre, un conservatoire. Et puis, comme beaucoup de clowns, j'ai senti qu'il y avait un léger décalage. lors des ateliers d'imprimatisme. Et j'ai commencé à sentir que quand on est sur scène et qu'on arrive à débloquer du rire, et bien finalement ça développait une émotion qui était très intense et très agréable aussi. Donc je suis montée sur Paris, parce que je suis poète-vine d'origine, et j'ai fait l'école du Saint-Novar, qui est une école de clowns. Et c'est là que j'ai eu la chance de découvrir mes premiers pédagogues en clowns. Et ces premiers pédagogues font aussi partie du rire médecin. Donc je suis formée par Laurie Léchine, Amia Tab, qui sont des clowns à l'hôpital au sein du Réun Médecin et qui m'ont formée aussi dans cette pratique-là. Et petit à petit, j'ai construit ma carrière à la fois en mélangeant le clown à l'hôpital, mais aussi le théâtre, le théâtre de rue. Et comme tous les artistes qui interviennent dans Réun Médecin, je ne suis pas que comédienne clown à l'hôpital, je suis artiste au sens large du terme.

  • Speaker #0

    Génial, c'est hyper intéressant. Et qu'est-ce qui t'a attirée dans ce métier spécifique de clown hospitalier ?

  • Speaker #1

    De toute façon, moi, depuis petite, j'ai toujours mélangé le milieu du soin et le milieu de l'art. Mon papa était jardinier dans un hôpital psychiatrique. Et du coup, il y a eu cette notion de prendre soin de l'autre différemment. Et puis, j'ai commencé mes ateliers théâtre avec ma maman, toute jeune. Et en parallèle de ça, j'ai toujours vécu dans une famille qui est une famille d'accueil. Donc, l'idée d'accueillir, l'idée de prendre soin différemment des autres, je crois que c'était en moi. Et quand j'ai découvert le métier du clown, ça a été une évidence. Je me signe évidemment que c'est cet endroit-là que j'ai envie de faire et que l'hôpital et le milieu de l'art étaient un joyeux mélange et un bon endroit pour traverser des choses.

  • Speaker #0

    C'est clair, introduire l'art et le rire, on va en parler, mais à l'hôpital, c'est vraiment une excellente idée. Et c'est peut-être ce qui manque beaucoup dans ces murs blancs, dans cette ambiance aseptisée, parfois super difficile. Ça a l'air d'être un très, très beau métier. Je sais que dans le rire médecin, Vous faites beaucoup, beaucoup de choses, notamment à l'hôpital, mais pas que. Je crois que vous faites aussi de l'hospitalisation à domicile, on va en parler. Est-ce que tu peux me dire comment se passe une journée type d'un clown dans le soin, à l'hôpital par exemple ?

  • Speaker #1

    Une journée à l'hôpital, ça se passe toujours par une première rencontre du duo. Nous, on intervient toujours en duo. C'est le cœur, l'âme du Rénex. Ça fait écho aussi à l'art clownesque avec l'Auguste et le clown blanc et à la tradition du cirque. Mais ça fait aussi qu'à deux, c'est toujours mieux pour toutes les situations. Et que pour créer du spectacle et de l'improvisation, l'écriture théâtrale se fait mieux à deux. On peut proposer des scénarios qui sont différents. Et puis, on commence par un café. Ça a l'air anodin comme ça, mais c'est très important parce qu'on a besoin de déposer finalement ce qu'on est, nous. Au Rire Médecin, on explique que finalement, on est un peu trois personnes. Donc, quand on arrive à l'hôpital, on est nous, avec toute notre vie, toute notre émotion, tout ce qui s'est passé. Et puis, on va commencer à s'accorder avec notre partenaire, avec ce petit café qui a l'air de rien. Et donc, petit à petit, on va basculer vers le monde professionnel. Et après, on va donc aller voir les professionnels de santé en civile. mais en Sylvine professionnelle. Donc on a aussi des transmissions à ce moment-là. Ces transmissions sont essentielles à notre travail, puisque le clown travaille en improvisation, et pour pouvoir savoir comment ajuster, le comédien qui est derrière le clown doit savoir l'entièreté de son cadre de travail. Toutes ces transmissions se passent avec les soignants, on va avoir l'humeur du jour, on va avoir comment ça va, on va avoir la pathologie. Ça fait aussi écho aux formations qu'on a, donc on va pouvoir savoir en fonction de telle ou telle pathologie, comment ça va interagir avec l'enfant, tel ou tel soin aussi, soit le mobiliser, le rendre douloureux, ou plusieurs raisons, le rendre un peu différent. Et puis après, on va faire décoller notre clown, donc on va s'habiller, se costumer, et on va ouvrir la porte de notre vestiaire, et c'est toujours un saut dans le vide. Donc on a notre petit échauffement avant pour se connecter en clown, donc ça monte petit à petit. Et puis il y a cette porte qui s'ouvre, et une fois que la porte est ouverte, on est en jeu. Et on va être en jeu toute la journée. Et on va traverser les couloirs, aller de chambre en chambre, et interagir avec tout ce qui va se présenter devant nous. Et on va aller au chevet des enfants, dans leur chambre, leur créer un moment sur mesure, avec leurs parents, les équipes soignantes, et avec tout ce qu'il y aura ce jour-là à faire avec eux.

  • Speaker #0

    Dès que tu es maquillé, dès que tu es en clown, tu es clown, tu oublies Pauline. Je crois que c'est très important pour les clowns de changer complètement de personnage. Tu ne peux pas mélanger les jeux. Il faut choisir ton personnage et une fois que tu l'investis, tu y restes et tu l'incarnes jusqu'à ce que tu enlèves ton maquillage et ton costume.

  • Speaker #1

    On a un code qui s'appelle Mépané avec les expérients, parce que c'est très important de savoir avec qui tu joues. Les soignants, ils ont besoin de savoir avec qui ils jouent, à quel moment on joue et à quel moment on ne joue pas. Parce qu'il y a des moments, il y a un moment pour tout. Donc ils font généralement ce signe-là. Donc on baisse notre nez. Et quand on baisse notre nez, on a notre professionnel intelligent qui va parler différemment et qui va comprendre aussi. On est capable de faire des ruptures immédiates par rapport à ça. Et dès que le nez est reposé, rechaussé, c'est le clown qui va transparaître. Alors on n'oublie jamais notre comédien. Ami à table parle du pilote. C'est très représentatif de comment on fonctionne. On a vraiment notre pilote derrière notre clown, qui est en cachette, et qui va du coup travailler et construire toute l'improvisation avec le partenaire, avec l'enfant, avec les soignants, pour pouvoir justement être au plus juste de la situation. Et c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    Dis-moi Pauline, est-ce que tu as une préparation spécifique avant de rentrer dans une chambre ou d'encadrer un soin, d'animer quelque chose auprès d'un jeune patient ? Est-ce que tu te prépares ?

  • Speaker #1

    Alors, en fait, on a une préparation initiale qui fait partie de la formation continue que tous les comédiens ont, qui ne se fait pas forcément juste avant de jouer, mais qui participe au fait que les comédiens, ce sont des professionnels et qui sont formés finalement tout au long de l'année. Donc ça, le temps de formation, il est essentiel au RER Médecins. On les forme en médico-social, en artistique. Donc en fait, on a un bagage commun. On a vraiment une valise commune avec des outils d'écriture, d'improvisation, avec... tous les petits bonus que chaque clown a, sa marionnette, la qualité de chant, un instrument de musique. On a des petites pépites comme ça que chaque clown a. Et je dirais que la première chose qu'on fait quand on est dans nos vestiaires, c'est la connexion à son partenaire. C'est essentiel pour pouvoir interagir, intervenir dans des milieux, avec aussi cette fragilité constante qu'on a lors de nos interventions. Il est primordial d'être connecté à 400% avec son partenaire. Donc, la première chose qu'on fait, c'est s'accorder avec son partenaire. Et après, on saute ensemble.

  • Speaker #0

    Très bien. Donc, tu es obligé de t'accorder avec ton partenaire, même si tu as passé une mauvaise nuit, même si tu as des soucis, si lui aussi. Et vous arrivez tout le temps à vous mettre en symbiose, en duo ?

  • Speaker #1

    Oui, parce que de toute façon, l'hôpital oblige à ça. Et le clown, il a cette richesse d'être dans l'ici et maintenant. Et là, pour le coup, c'est notre âme. Donc, en fait, quand on va porter notre nez et qu'on va ouvrir cette... porte, on va vraiment être dans l'ici et maintenant. Donc on va faire et on va jouer avec l'autre, avec tout ce qui se passe. Mais la formation de clown nous apprend aussi à utiliser nos émotions et à les transformer pour en faire du jeu. Parce que finalement, ce qui est très beau dans le clown, c'est que pour que ça fonctionne, il faut que ça vienne de la sincérité. Le clown, ça ne marche pas si le comédien n'est pas sincère. Sinon, c'est un peu mauvais. Et on peut en voir certains qui peuvent être comme ça. Il faut être très connecté et très sincère dans le jeu.

  • Speaker #0

    C'est hyper profond, l'art clownesque. Parce qu'il y a la façade qui est très enfantine, que tout le monde connaît. Mais il y a la philosophie du clown qui est vraiment très belle et qui véhicule des choses universelles, transcendantales, et puis des choses importantes. Tu l'as rappelé, l'ici et maintenant, le rire, le fait de se connecter aux autres. C'est beau.

  • Speaker #1

    Moi, ce qui m'avait vachement touchée dans ça, c'est lors de nos interventions auprès des enfants maltraités. On intervient dans des programmes spécifiques, dont les UAPED, qui commencent à se développer beaucoup. Et on s'est beaucoup interrogé sur la manière de jouer pour ces enfants-là. Et finalement, ces enfants-là, ils sont au cœur de ce qu'est le clown. Et pour pouvoir répondre en écho à ce qu'ils sont, il faut se reconnecter à l'enfance le plus pure. Et c'était très beau de voir les comédiens clowns jouer, parce que vraiment, on est dans des émotions qui sont vraiment de l'ordre de l'enfance, et qui, dans ce cadre-là de la maltraitance, permet à l'enfant de se reconnecter finalement, parce que l'enfant s'éteint. avec l'hôpital, avec la maltraitance, avec tout ce qui est dur. Donc petit à petit, ils se renferment en fait. Et le clown, il vient réveiller avec douceur des portes sur l'imaginaire et qui vont le réactiver sur ce qu'il est. Parce qu'un enfant, ça joue. Pour être vivant, il faut jouer en fait. Et on reconnaît vraiment à ce cœur de métier-là.

  • Speaker #0

    Comment est-ce que tu ressens ton impact, l'impact de ton travail sur les enfants hospitalisés, sur leurs parents et sur les soignants qui t'entourent ?

  • Speaker #1

    C'est assez magique, on ne va pas se cacher. Généralement, quand on parle de notre métier, on nous dit « ça doit être difficile » . Je crois qu'on reçoit un milliard de fois plus que ce qu'on donne. C'est pour ça qu'on est si attaché à ce métier-là. On est toujours surpris pour avoir traversé des moments compliqués aussi, dans des instants de vie très fragiles. Jamais j'aurais pu penser que le clown avait sa place dans des moments d'incertitude totale. Et le clown m'a toujours appris. qu'une porte est toujours ouverte et qu'il ne faut jamais décider à la place de l'autre et que finalement, c'est toujours l'enfant qui est le roi dans cette interaction-là, dans ce jeu-là. Et c'est lui qui nous guide, c'est lui notre metteur en scène. Et toutes nos idées, des fois, d'adultes, de choses établies, de croire que ce n'est pas possible, et bien finalement, le clown, il ouvre cette porte-là et il rend possible à des moments et à des moments qu'on n'imagine pas du tout.

  • Speaker #0

    Donc tu viens de le mentionner, tu interviens dans différents cas, parfois très difficiles. Tu viens de me parler des cas de maltraitance par exemple. Est-ce qu'il faut adapter son jeu à ce moment-là ? Est-ce qu'il faut parfois même refuser d'intervenir en tant que clown ? Ou alors il y a de la place tout le temps, partout pour les clowns ?

  • Speaker #1

    Alors non, il n'y a pas de la place tout le temps et c'est pour ça que c'est un métier. Il faut pouvoir ajuster son intervention. On n'est pas des super-héros, on ne vient pas sauver les enfants. Donc il y a un temps. pour les clowns, et il y a un temps où les clowns ne sont pas là. Et ça, on le sait en le faisant. C'est hyper important de respecter ça. Et c'est vraiment l'alliance avec le personnel aussi qui fait que on va finalement naviguer comme ça pour pouvoir trouver notre place par rapport à ça.

  • Speaker #0

    Parfois, tu refuses d'intervenir ?

  • Speaker #1

    Oui. Alors après, ça dépend. Il y a plein de refus qui sont des refus différents. Par exemple, les enfants, certains enfants vont... pour refuser les clowns et finalement on va s'apercevoir que c'est un jeu. Et on va, nous, parce qu'on a l'expérience de ça, activer ce jeu-là. Et une des plus belles émotions que j'ai eues, c'est à un moment donné où l'enfant est très mutile, ne parlait vraiment très peu et les parents nous avaient dit non mais il n'a pas envie, les soignants nous avaient dit non mais il n'a pas envie et on a toqué à la porte et il n'a pas trop entendu, il a juste levé la tête. Mais lever la tête, c'est déjà énorme. Donc nous, c'était un marqueur de se dire, OK, il y a peut-être quelque chose. On a retoqué. Et comme on est à deux, on peut tout à fait jouer là-dessus. C'est-à-dire que l'autre peut lui dire, non, mais il a dit qu'il ne voulait pas. Tu ne rentres pas dans cette chambre. Tu fais n'importe quoi. C'est vrai, tu es très mauvais. Et l'enfant, en entendant ça, a répété avec une plaide voix, en disant, je ne veux pas des clowns. Je n'ai pas envie d'avoir des clowns. Ce n'est pas possible aujourd'hui. Et nous, on a fait, merci. Et on est partis. Et les parents sont venus nous voir après en disant, il a parlé, il s'est exprimé, et après on a discuté ensemble. Et on n'avait pas eu de discussion par rapport à ça. Et finalement, ces fenêtres, c'est possible avec le clown. Parce qu'il ne peut pas refuser un soin à l'enfant. Il ne peut pas refuser une piqûre ou il ne peut pas refuser le médecin. Mais les clowns, il a la totale liberté. Il peut se faire plaisir à virer un clown. C'est un plaisir inouï de virer un clown.

  • Speaker #0

    C'est génial.

  • Speaker #1

    Et il faut écrire avec ça. Et ça, c'est assez passionnant.

  • Speaker #0

    C'est vrai que ça ouvre des perspectives étonnantes, assez originales. dans les soins, ça offre l'opportunité de dire non dans une situation où, en général, on nous offre peu le loisir de refuser beaucoup d'interventions. Bravo, vous êtes bien arrivé à la fin de cette partie. La suite vous attend dans le prochain épisode. Pour ne rien manquer de Superdocteur, pensez à vous abonner dès maintenant à ce podcast. Et si vous aimez mon travail, le meilleur moyen de me soutenir, c'est d'en parler autour de vous, à vos consoeurs ou vos confrères. Enfin, un petit geste qui fait une grande différence. Laissez-moi une belle note de 5 étoiles sur votre application de podcast préférée. Ça m'encourage énormément et ça aide d'autres médecins à découvrir Superdocteur, partager ensemble des idées pour améliorer nos soins et enrichir nos pratiques. A très vite sur le podcast !

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