Speaker #0Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Milsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram, où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute ! Bienvenue, je suis très contente de vous retrouver pour ce nouvel épisode de podcast que je vais mener toute seule. Et j'ai envie de parler aujourd'hui d'un sujet que je n'ai jamais abordé, et peut-être de prime abord ça va vous surprendre. J'ai nommé le capitalisme. J'ai envie de faire le lien entre notre système, notre société capitaliste et les troubles alimentaires dont malheureusement bon nombre de personnes souffrent. Je parle souvent du patriarcat, je pense que vous l'avez remarqué, et finalement j'avais jamais fait le lien avec le capitalisme jusqu'ici, avec les troubles alimentaires, enfin si, il y a longtemps, sur un poste qu'il faudrait que je remette au goût du jour. où je parlais de justement comment le capitalisme et le patriarcat créaient des troubles des conduites alimentaires. Là, j'avais envie de vous en parler pour vous permettre de faire un peu le lien, si jamais tout ça a été un peu flou pour vous, et aussi parce que j'ai eu des tilts en fait en discutant avec certaines des personnes que j'accompagne autour de ça. Bon déjà, on va peut-être parler de ce qu'on entend derrière capitalisme. Je ne sais pas vous, moi... Si je devais définir ce qu'est le capitalisme, je parlerais du culte du produit. Le fait que tout est tourné autour de la production et qu'on met tout en œuvre pour produire toujours plus de produits. Et donc plus de produits qu'il n'y a de consommateurs d'ailleurs. Et c'est vraiment ça a priori le capitalisme. Donc cette notion de surproduction mais aussi de surconsommation. Et je pense que là, quand je dis ça, le lien que la majorité des personnes peuvent faire dans leur esprit, c'est « ah bah oui » . Je vois bien le lien trouble alimentaire et surconsommation, bah oui, obésité, trop d'alimentation. Il y a un discours très mainstream, c'est-à-dire qu'on entend beaucoup un peu partout, c'est le côté « bah ouais, l'humain c'est un animal, un mammifère, on a été habitué au manque, au fait de devoir rechercher notre nourriture et on n'est pas fait pour avoir autant de nourriture comme ça à profusion » . C'est un discours qui est beaucoup, beaucoup à nuancer, à mon avis. C'est pas le sujet de l'épisode d'aujourd'hui, mais juste pour faire une petite parenthèse, je vais parler un peu de cette notion de surdisponibilité, surconsommation. Vous allez voir un peu plus tard, mais c'est pas du tout à ça que je pense, moi, quand je parle de surconsommation et surproduction, et vous allez voir où je veux en venir. J'ai cherché la vraie définition du capitalisme. Je suis allée chercher sur le Centre national de ressources textuelles et lexicales. Je vous invite à chercher là-dessus quand vous avez envie d'aller rechercher des définitions. C'est souvent plus précis. Il y a pas mal de contextualisations. C'est assez intéressant, je trouve. Le capitalisme est défini comme tel. Système économique caractérisé par... la concentration de gros capitaux en vue de promouvoir la production et les échanges commerciaux. Donc, c'est marrant, vous voyez bien, le système économique est caractérisé par la concentration de gros capitaux. Concentration de gros capitaux en vue de promouvoir, faire la publicité, promouvoir la production, donc encore d'autres choses. C'est-à-dire que ça revient vachement à ce que je disais plus haut, finalement, je pense que je ne suis pas loin quand je vois, moi, le règne du produit et de la production et de toujours produire plus. et d'organiser les choses autour de pouvoir produire encore plus, et qu'en fait, il n'y a pas de finalité, vous voyez, c'est pas on a un besoin. Le capitalisme, ce n'est pas quelque chose qui se base sur du besoin. C'est quelque chose qui se base beaucoup plus sur la spéculation, et qui se base sur la vente. Et donc, s'il n'y a pas de besoin, on va le créer. Et mis aussi dans la définition, accumulation de richesses, qu'elles soient matérielles ou intellectuelles, ça c'est intéressant. Dans la notion de capitalisme, il y a vraiment ça. Le fait d'accumuler et le fait de le montrer aussi, je vais en parler un peu plus tard. En fait, moi ce que j'observe, ce que j'ai lu, ce que j'ai entendu, et vous l'avez observé sûrement aussi, c'est que le système capitaliste va placer le capital, donc les richesses quelles qu'elles soient, Les richesses, ça peut être l'argent, effectivement, mais ça peut être aussi certaines connaissances, parce qu'elles vont produire derrière de la richesse, ou des matériaux, ou des ressources aussi écologiques, du pétrole, des choses comme ça. Parce que là, je n'en ai pas trop parlé jusqu'ici, et en fait, je n'ai pas prévu de spécialement en parler dans l'épisode, mais le capitalisme ne détruit pas que des humains, ça détruit aussi notre planète. Mais en fait, le capitalisme place... tout ce qui va être du capital, de la ressource, des richesses, au-dessus de l'humain. Donc l'humain devient au service, c'est un outil au service de la production. C'est pas la production qui est au service de l'humain comme ça devait l'être, je pense, à la base, où en fait l'humain a commencé à inventer des trucs et inventer toujours plus de machines pour l'aider. Et en fait, il y a un truc qui s'est un peu retourné contre nous, où on devient au service de la production, finalement. Là où au début, on produisait plein de trucs pour améliorer la vie humaine, Aujourd'hui, notre vie est dédiée au fait de produire, produire de la richesse. Notre vie, elle est dédiée au fait d'aller travailler quand même, en fait, quand on y pense. Et ce qui est marrant, c'est qu'on a construit tout notre système de valeurs autour de ça. Alors ça, c'est pareil, j'y pense là en enregistrant. Je ne l'avais pas mis dans mes notes, mais là, je fais un lien en France, en tout cas, avec le système religieux qui a, je pense, joué un rôle fort aussi là-dedans. notre système judéo-chrétien qui est très très culpabilisant et qui peut aussi en rajouter une grosse couche là-dessus sur le fait d'organiser notre vie autour du labeur du travail, de la souffrance presque, puisque vous n'êtes pas sans savoir que l'origine du mot travail, tripalium, est un outil de souffrance, de torture même, c'est ça, outil de torture, ça fait rêver. Et donc en fait toute notre vie... c'est organisé autour du travail, et en fait on nous vend ça comme une valeur, on est une bonne personne quand on est travailleur, quand on est un gentil petit soldat, quand on est un enfant aussi qui travaille bien à l'école. Donc voilà, tout tourne autour de ça. Donc, voilà, l'humain, comme je disais, il est au service de la production, mais pour répondre aux besoins du capitalisme et donc de la production, l'humain, il doit donc se plier à certaines exigences, et notamment celles de la productivité. Faire toujours plus, toujours mieux. Être productif, compétitif, faire plus en moins de temps, avec toujours moins de ressources. Et donc déjà là on pose un truc, c'est que de fait le capitalisme exclut toute une frange de la population. Il marginalise carrément toute personne inadaptée. Il crée des inadaptations. Et c'est là où on va avoir une certaine catégorisation de la population, notamment par exemple autour du handicap. Finalement, on parle d'inadaptation à un système, mais il faut voir la tronche du système quand même. Et donc là, dans ces personnes inadaptées, on va trouver les personnes trop vieilles, les personnes porteuses de handicap, avec des problèmes de santé, que ce soit physique ou mental. Mais on va aussi trouver les personnes trop pauvres, parce que le capitalisme, c'est le temple de la consommation. Donc, pour s'insérer dans cette société, il faut pouvoir consommer et montrer qu'on consomme et qu'on possède. Bon, avançons un peu sur le lien que je fais avec les troubles alimentaires. Là, c'était un peu mon introduction. C'est quoi le capitalisme ? Eh bien, premier lien que je fais. Le capitalisme impose ses règles et nous coupe de nos envies, de nos besoins. En fait, quand on est happé, et on l'est tous et toutes, à plus ou moins grande mesure, quand on est happé par ce système capitaliste, on n'a même plus le temps. pour se demander le sens qu'a notre vie. Quel sens déjà on met derrière notre travail, mais quel sens a notre vie au global ? Et c'est là où on voit des gens qui décompensent complètement, c'est-à-dire voient des troubles psychiques débarquer dans leur vie. Moi je pense que ça explose au moment où on s'est beaucoup trop éloigné de qui on est profondément, mais on a tellement appris. à ne pas l'écouter, on a tellement appris à rentrer dans des cases, à être un bon petit soldat, à faire les choses comme il faut. Enfin, je veux dire, si t'étais dans une famille où on attendait de toi que tu fasses tel taf, telles études, que tu te maries, que t'es des gamins, peut-être que t'as dévié un peu. Attention, on peut dévier. Moi, j'ai quand même un parcours qui a énormément dévié. J'ai un parcours très atypique. Pour autant, je comptais y revenir plus tard. Mais attention, je me sens très ancrée dans le capitalisme, en fait. C'est un truc que j'ai remis en question très, très tard, en fait. Mais malgré tout, il y a des attentes qui reposent sur nous depuis qu'on est gamin. Et en fait, on rentre dedans et on a l'impression que c'est ça le bonheur, parce que c'est aussi ça qu'on nous vend. Et puis en fait, on avance, puis on n'est pas heureux, mais on se dit qu'on sera plus heureux quand on aura atteint telle promotion. Puis on sera plus heureux quand on aura acheté telle maison et quand on aura tel type de voiture, quand on aura réussi à partir en vacances au Bahamas. Alors je ne dis pas, dans la jolie maison dans laquelle vous vivez, si vous vous fabriquez un joli petit havre, de paix, de cocooning. Oui, vous allez partager des moments de qualité. Les vacances, c'est pareil, vous allez partager des moments de qualité avec vos proches. Mais il y a cette notion de nous aveugler, en fait. Ne pas nous apprendre à écouter nos besoins, quels qu'ils soient. Je veux dire, on part des besoins aussi basiques que dormir suffisamment, parce qu'en fait, non, on t'attend au travail à telle heure et tu dois déposer tes gamins à l'école à telle heure et ton rythme de sommeil, on s'en fout. ne pas te laisser assez de temps pour avoir tes loisirs. Donc en fait, là aussi, on n'écoute pas les besoins, mais ça peut être aussi plus largement dans ton besoin de te réaliser. Peut-être que ton travail, ce n'est pas l'idéal, mais qu'en fait, tu as suivi ce chemin-là. Peut-être que tu n'avais même pas envie de vivre dans une maison en banlieue, mais que toi, tu aurais rêvé d'être dans une caravane, mais que la question n'a même pas pu se poser. Il y a un système qui nous attrape quand on est tout petit et qui nous emmène dans une vie un peu toute tracée et qui nous illusionne. Alors je ne dis pas, il y a sûrement plein de gens qui sont très heureux. Moi, j'en vois surtout qui remettent beaucoup de choses en question et qui se sentent bien bien largués quand même. On nous illusionne sur ce qui est censé être la vie. Et donc, eh bien, moi, j'ai l'impression que ça explose avec l'âge, mais des fois relativement tôt. Quand à un moment donné, on s'est peut-être trop éloigné de qui on est vraiment et de ce qui pouvait réellement nous rendre heureux, heureuse. Et là, on a des pathologies mentales qui peuvent... effectivement apparaître. Un autre point que je voulais aborder, c'est le fait que le capitalisme nous demande d'être des machines. Et donc je reviens au fait de ne pas s'écouter, mais un peu plus sur le lien vraiment physiologique. On n'écoute pas notre fatigue, on n'écoute pas notre ras-le-bol. On ne s'arrête pas sur ses émotions quand on est dans le capitalisme, et notamment dans le monde du travail. Aujourd'hui, même si... Bien sûr qu'il existe des lieux sûrement très bienveillants. Moi, je suis quelqu'un qui vient du milieu du social. C'est un milieu, enfin, du soin et du social. Ce sont des milieux dans lesquels on prend soin des autres. Et je me suis fait arrêtamer la tronche, en fait. C'est ultra maltraitant comme milieu. Et je sais que là où je suis passée, ce ne sont pas du tout des exceptions. C'est plutôt la règle de base. En fait, c'est comme ça que ça se passe. Il y a énormément de lieux maltraitants, même là où on s'attend que ce soit des lieux de prise en soin aussi pour les personnes qui y travaillent. Donc en fait, on ne doit pas s'écouter. Parce que si on s'écoute, on risque de s'effondrer. Si on s'effondre, on va être marginalisé et on va sortir de ce cadre-là. Il faut bien de toute façon aller travailler. Et donc, moi j'ai envie de vous dire, le lien avec les troubles alimentaires, comment dans ce contexte, est-ce qu'on peut développer une bonne relation à notre corps ? Comment est-ce qu'on peut écouter sa faim, ses envies, son rassasiement dans un contexte où il ne faut même pas écouter sa fatigue ? Limite, il ne faut pas écouter son envie de faire pipi parce que ce n'est pas l'heure de la pause et que tu es en train de travailler à la chaîne. Et qu'il ne faut surtout pas écouter nos émotions. Et puis le comportement alimentaire, il se dérégule aussi parce que notre vie entière est dérégulée, ne nous convient pas profondément. Donc tout ça, c'est en lien perpétuel, en adaptation perpétuelle. C'est compliqué d'avoir un comportement alimentaire complètement serein quand tout part à volo dans notre vie, ou qu'on se sent complètement en décalage, ou pas bien, ou voilà. Tout comme dans ces moments-là, on peut peut-être se tourner vers l'alcool, ou de la drogue, ou voilà, d'autres évitements en fait. Un autre lien que j'avais envie de faire, c'est que le capitalisme se base sur le paraître. Le capitalisme, c'est le temple de l'image et du superficiel. Exister, c'est posséder et le montrer. La vie parfaite, la belle maison, la belle voiture, les cheveux soyeux et le ventre plat. J'exagère mais à peine en vrai. Le capitalisme nous a fait grandir dans une société où ce que l'on possède décrit qui l'on est. Du coup, on accorde une valeur morale à la façon dont on contribue dans la société, c'est-à-dire il y a une vraie valeur morale au travail. et à la place sociale que tu as avec ton travail. Et en fait, la place sociale que tu as avec ton travail, on va le voir aussi par rapport à la taille de ta maison, la taille de ta voiture, selon où tu vas en vacances. Déjà, si tu pars en vacances, est-ce que tu manges au resto, tout ça. Donc ça, ça dit des choses. On est vraiment dans la question des classes sociales. Donc voilà, on pose là quelque chose et on donne une valeur morale à ça. Tu sais, si tu es une bonne ou une mauvaise personne. Bah finalement... Accorder une valeur morale à notre apparence physique au fait d'être mince, par exemple, c'est dans la digne continuité de tout ça. On est à fond sur l'apparence. C'est un peu « dis-moi quelle taille de pantalon tu mets et je te dirai si t'es une bonne personne » . Donc pour moi, le lien, il est très clair à ce niveau-là. Et puis, il ne faut pas oublier que le capitalisme, il est marié avec la publicité. La publicité, c'est une conséquence du capitalisme, mais ça en est aussi une cause à force, en fait. C'est quelque chose qui fait vivre le capitalisme. On nous vend du besoin, c'est ce que je disais tout à l'heure, on n'attend pas qu'on ait des besoins, on nous vend du besoin pour... pour pouvoir nous vendre derrière les produits qui vont avec. Ce qu'il faut, c'est vendre, parce que ça génère de l'argent, en fait. Ça génère de la ressource, de la richesse. Pourquoi faire ? On ne sait pas trop, alors qu'on pourrait en faire plein de choses. Mais voilà, la valeur, elle est basée là-dessus. Encore une fois, c'est un système qui est vraiment étrange quand on prend le temps d'y penser. Et donc, voilà, tout ce qui est marketing de perte de poids, tout le business de la perte de poids, c'est un super bon élève du capitalisme. Dans le business de la perte de poids, on crée des problèmes pour vendre des solutions qui en fait ne font que renforcer le problème et donc renforcer le besoin et la recherche de solutions. Je m'explique. On te fait croire que ton ventre n'est pas censé être rebondi, il est censé être plat. On te fait croire que tu es censé être mince parce que sinon tu n'auras pas une vie comme il faut et surtout, tu n'es pas une bonne personne. Comme il faut être mince, on te vend des solutions, notamment des régimes, des programmes de coaching sportif, que sais-je, en tout cas des solutions qui vont te permettre d'accéder à cette minceur. En fait, ces solutions ne font que renforcer le problème, c'est-à-dire t'éloigner encore de ça, te faire prendre davantage de poids, t'éloigner de tes signaux, faire en sorte que tu sois complètement embrouillé. Et donc, bingo, on renforce le besoin d'aller chercher de l'aide, t'as encore plus grossi, t'es complètement paumé. Il faut que tu trouves un nouveau régime ou un nouveau coach sportif. Et c'est parti, et c'est bien huilé, et ça tourne comme ça. Donc là, capitalisme et TCA, je pense que le lien est assez clair. Il y a autre chose dans cette histoire de perte de poids, c'est qu'il y a quand même un énorme paradoxe, j'en parlais un tout petit peu en intro quand on parlait de la surconsommation, c'est que dans la publicité, il n'y a pas que la perte de poids, il y a aussi la bouffe. Ou non, on nous vend à longueur de temps. des images de nourriture grasse, sucrée, on est vraiment dans le porn food, tout en nous disant qu'être une bonne personne, c'est savoir se contrôler et ne pas y toucher à cette nourriture, enfin en tout cas 80% du temps. Puisque vous savez bien, 20% du temps, on a le droit d'y aller, et donc là, en fait, on appelle ça du cheat meal, parce que ça fait mieux socialement de parler de cheat meal que de crise de boulimie. Mais vous connaissez mon avis sur la question, pour moi, on est clairement sur du TCA déguisé, voire même de la prescription de troubles alimentaires avec ce foutu 80-20. Un autre point qui me semble essentiel, et ça c'est quelque chose que j'observe chez plusieurs personnes que j'ai accompagnées ou que j'accompagne, c'est le lien entre le capitalisme et le santéisme. Le santéisme, vous savez, c'est le fait de mettre la santé au centre de la préoccupation et d'être un peu obsédé par le fait d'être en b... bonne santé et de toujours tourner autour de ça. En fait, il faut bien avoir en tête que le capitalisme a besoin de bons petits soldats pour fonctionner, pas d'une équipe de bras cassés qui avance au ralenti. Donc le capitalisme est obsédé par la bonne santé. D'ailleurs, c'est un peu étonnant, des fois je me dis c'est fou tous ces gens sur les réseaux qui s'adressent à des personnes considérées en surpoint, en obésité, pour leur dire « Oui, mais ta santé, tout ça, je me dis mais... » Il y a tellement de haine sur les réseaux, c'est étrange tout d'un coup, toute cette compassion, toute cette empathie. On s'intéresse tellement à la santé des gens. Mouais, que nenni. Donc je disais, le capitalisme est obsédé par la bonne santé et il est primordial de prendre soin de notre santé pour être sûr d'aller cela bousiller au travail ensuite. Alors attention, nous n'avons pas le droit de paraître fatigués. Il faut cacher les viles incernes qui nous poussent sous les yeux. Il faut prendre des compléments alimentaires pour mieux dormir. pour ne pas tomber malade, pour mieux digérer, etc. Mais surtout, il faut surveiller tout ce qu'on mange. Et oui, la santé passe par l'assiette, messieurs, dames. Avec le capitalisme et tout, le marketing, perte de poids, etc., on a l'impression que l'alimentation est à la fois la cause de tous nos problèmes, mais aussi le remède magique et la solution à tous nos problèmes. Et donc, là encore, on nous martèle de publicité avec de la nourriture ultra transformée qui sort des usines qui doivent... produire, produire, produire, pour nous dire ensuite qu'on se fout la santé en l'air en mangeant ça. Et puis on nous dit aussi en lien avec le synthéisme, qu'il faut rester mince, parce que soi-disant, c'est le seul moyen d'être en bonne santé. Un tel nous conseille un aliment, et le lendemain, sur le même réseau social, on va voir qu'une telle nous a dit qu'il fallait éviter cet aliment à tout prix, parce qu'en fait, non, c'est pas bon. Et puis, je ne vais pas citer ce médecin que tout le monde connaît, qui est devenu la star des réseaux, et même maintenant de la télévision. qui nous fait flipper à chaque publication qu'il fait sur Instagram, et que si on l'écoute, on frôle le cancer, le diabète, la crise cardiaque, à chaque bouchée, à chaque chose qu'on avale. En fait, on nous fait vivre dans la peur, et surtout, l'ultra-responsabilisation individuelle. Ça, c'est important. C'est un truc que j'ai déjà dit sur ce podcast. Et concernant les troubles alimentaires, je le redis, en fait... on est ultra responsabilisés, on s'intéresse avant tout à une histoire très individuelle et personnelle dans les soins des TCA, là où les troubles alimentaires sont aussi des troubles profondément sociétaux et culturels. Et il y a une responsabilité collective derrière ça, une responsabilité patriarcale et capitaliste derrière les troubles alimentaires. Mais c'est beaucoup plus facile de nous maintenir dans ce truc de « c'est de ta faute, c'est ta responsabilité, tu pourrais être mince, tu pourrais être en bonne santé » . Et à côté de ça, on te maintient dans la peur, on te fait devenir complètement parano sur ce que t'es censé manger. Et d'ailleurs, ça va même au-delà de ça, parce qu'on nous éduque à la haine de celles et ceux qui semblent ne pas suivre toutes ces règles. On laisse de côté les brebis galeuses, blessées ou déprimées. On insulte les gros qui, soi-disant, se laissent aller. Bah oui, on ne trime pas comme des crevards pour se retrouver à payer les soins de ceux qui ne font pas l'effort de tenir la cadence, en fait. Là, on est vraiment dans l'individualisme, poussé à son paroxysme, où les bons petits soldats se crachent les uns sur les autres, sans même voir qu'ils sont tous pris dans le même système destructeur qu'ils subissent tous. Et ça, au profit de quelques bénéficiaires assis sur des gros tas de milliards. En fait, moi, quand je vois l'exigence qu'on est capable de s'imposer à soi-même avec un trouble alimentaire, genre, à titre d'exemple très féminin, donc manger sain, manger bio, manger p... pile dans ses besoins, voire carrément en dessous de ses besoins, mais tout en s'imposant un nombre de pas spécifiques, en s'imposant du sport, en s'imposant d'être bien sûr présente pour les enfants si on en a, pour son mec ou pour sa meuf, d'avoir une maison nickel, bien rangée, avec la belle déco qui va, de réserver les bonnes vacances qui iront bien, et puis bien sûr surtout d'être au top au travail ou la meilleure dans ses études. Ça c'est un profil assez typique quand même qu'on rencontre dans les troubles alimentaires. alimentaire, franchement, quand... Je vous fais ce profil-là après avoir dit tout ce que j'ai dit sur le capitalisme. Je me dis que les troubles des conduites alimentaires sont quand même bien des pathologies créées par le capitalisme. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais on est en plein dedans. Alors, moi, je n'ai pas de solution à apporter. Je ne vais pas terminer cet épisode comme je le fais certaines fois, avec des conseils pratico-pratiques. Et d'ailleurs, j'adore faire ça et je crois que ça fait la richesse de mon podcast. Mais là, je crois qu'il s'agit plutôt d'une réflexion à ouvrir. j'avais envie de vous partager mon avis et peut-être que vous n'êtes même pas du tout d'accord. Moi, ce que je propose ici, c'est plutôt de s'observer. En fait, de ralentir suffisamment pour le faire, pour pouvoir s'observer et pour se demander le sens qu'on met dans tout ça, dans notre organisation de vie et dans tout ce qu'on s'impose, que ce soit en lien avec notre corps ou autre. Et observer à quel point on est manipulé. Et attention, je le redis, ici, il n'y a zéro leçon de morale. Je ne suis pas en train de dire « vous êtes manipulés » parce que je suis manipulée. Je suis très bien ancrée dans ce système. Mais j'essaie de faire des pas de côté et de me sentir plus alignée grâce à ces petits pas de côté, même si je n'ai pas du tout envie de me marginaliser. C'est comme le capitalisme, en fait. Je veux dire, on est un peu obligé de jouer avec certaines règles, mais on peut dénoncer le système de l'intérieur. Et il y a un dernier lien justement que je n'ai pas fait jusqu'ici, ou pas très franchement, c'est le capitalisme et le patriarcat, mais il est très clair qu'ils se nourrissent mutuellement. Ils sont interdépendants. Pour moi, les deux se battent pour le maintien de l'autre, parce que l'un ne peut pas exister sans l'autre, ils s'auto-nourrissent. Et moi, j'estime que le patriarcat est responsable d'une grande partie des maux du féminin, et qu'on ne peut pas lutter contre le patriarcat sans s'en prendre au capitalisme. Donc je ne peux que vous inviter à... regardez ça de l'intérieur chez vous, parce que de toute façon ça passe par une observation individuelle, mais attention, je ne veux pas être dans de l'hyper-responsabilisation, non, tu ne vas pas pouvoir changer le monde là, mais peut-être que tu peux avoir des pistes de réflexion pour te sentir un peu plus libre dans cette prison qu'est le capitalisme, et avec un peu plus de pouvoir d'action et aussi pour te sentir mieux dans ta santé mentale et donc te sentir mieux dans ton corps. et dans ta peau. N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de cet épisode. Moi, j'ai adoré le préparer et l'enregistrer. Ce sont des sujets qui me tiennent vraiment à cœur. Je pense que ça se sent, j'espère. Et je serai très heureuse d'en parler avec vous par message, mais aussi de vous recevoir sur le podcast si vous en avez envie, si vous avez d'autres éléments à m'apporter là-dessus, votre point de vue à m'apporter, ou si vous êtes des connaisseurs et connaisseuses sur le sujet du capitalisme. Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcast. ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. 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