- Speaker #0
Bienvenue dans TCA etc, le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mizzono et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur Flavie.m TCA. Très belle écoute ! Bienvenue dans ce nouvel épisode de TCA etc où j'ai la chance d'être accompagnée par Mathilde qui va échanger avec moi aujourd'hui. Mathilde, c'est toi qui es venue vers moi sur Insta pour me proposer d'aborder un sujet qui est effectivement peu abordée dans mon podcast, mais je pense d'une manière globale, qui est la question du handicap en lien avec les troubles alimentaires. Mais derrière cette notion de handicap, j'ai compris que c'était quelque chose de très large de tout ce qui est handicapant dans les TCA, et pour faire un pont avec la question du validisme aussi dans notre société. En tout cas, j'ai trouvé trop bien, c'est ce que je t'ai dit quand tu es venue m'écrire, je me suis dit « mais oui ! » de ouf ! Allons-y ! Donc je suis hyper contente de t'accueillir à mon micro pour discuter toutes les deux.
- Speaker #1
C'est un plaisir partagé et si je suis venue vers toi, c'est parce que je sais que ton podcast, il articule aussi les TCA avec des questions plus systémiques, des oppressions, ce qui va être le patriarcat. Ça fait partie des rares contenus qu'il articule assez savamment. aussi bien les questions comportementales, intimes, que tout ce qui va être les oppressions de genre, tout ce qui est plus systémique. Ce n'est pas anodin si je me suis tournée vers toi pour en parler, parce que c'est un sujet qui évidemment m'habille, sans avoir envie forcément d'en parler et de prier sur tous les toits. Mais je me suis dit que ça pouvait être intéressant... d'aborder ce sujet que je ne suis pas la seule à connaître.
- Speaker #0
- Ben non, c'est clair, tu as totalement raison. La question de la représentation, elle est fondamentale quel que soit le sujet. Et c'est important de pouvoir balayer le plus possible toutes les conséquences, toutes les causes et les conséquences parce que finalement, de fait dans ce podcast on va parler de ça, d'un système de cause et de conséquence autour de ce qui est handicapant. Avant de rentrer dans le vif du sujet, Je te propose de te présenter, que les personnes qui nous écoutent aient une idée de qui tu es et ce, de la manière dont tu le souhaites.
- Speaker #1
Oui, alors je m'appelle Mathilde, j'ai 30 ans, je viens de Bretagne. Et donc ma formation initiale c'est l'hybride, mais du fait de ce dont on va parler, j'ai été un peu empêchée d'exercer et donc j'ai un peu décroché du monde du travail pour... Pour y remettre un pied, j'ai fait un service civile dans une association environnementale qui m'a amenée à ce que je fais actuellement. Et donc, je travaille pour l'association qui défend la justice sociale et climatique. Je fais des prestations comme une revue de presse. Mais pour mon plus grand plaisir, je reviens petit à petit au monde de la librairie et avec un œil justement qui est un peu plus ouvert sur tout ce qui va être... Un peu plus systémique qui nous permet par exemple de comprendre un peu aussi ce que j'ai vécu. Donc une bonne partie de mon temps consiste à faire vivre les livres mais c'était plus tellement mon métier du fait de ma santé.
- Speaker #0
Ok, bon j'ai hâte d'en savoir plus. Tu nous mets sur la piste de ce dont on va parler sans trop savoir mais j'ai hâte que tu nous dises. J'aime bien commencer les échanges sur mon podcast par un retour plus ou moins loin en arrière selon l'âge qu'on a, mais par parler de l'enfance et de ce dont tu te souviens toi dans ton rapport à l'alimentation et à ton corps quand t'étais une petite fille.
- Speaker #1
Alors avant de tomber dans les TCA, je ne sais pas bien quel rapport à mon corps j'avais. Je crois que pour le meilleur, je n'en avais pas. Je crois que je préfère ne pas en avoir que d'avoir un rapport problématique avec mon corps. Je me rappelle maintenant... d'avoir eu des réflexions, enfin pas des réflexions mais ce que je voyais comme des remarques tout à fait neutres sur le fait que j'étais un peu potelée. Mais je pense que vraiment j'étais une enfant avec une morphologie dans la norme. Elle n'était pas embêtée par mon poids, j'ai fait assez petite donc assez vite avec l'école j'ai eu quelques remarques qui me... qui me rappelait que j'avais une taille différente des autres, mais je n'ai pas le souvenir de l'avoir vraiment subie après l'adolescence. Pour ce qui est de mon rapport à l'alimentation, je me souviens à la fois d'un rapport, encore une fois, avant le moment où j'ai basculé dans le contrôle, et d'un rapport, encore une fois... il n'y avait pas de sujet quoi. J'avais un rapport assez insoutien à l'alimentation avec une particularité qui fait que du coup mes parents étaient séparés et j'avais pas du tout la même alimentation chez mon père et chez ma mère. Chez ma mère c'était équilibré dans le sens où c'était à la fois des repas variés avec ce qu'on qualifierait de sain mais aussi c'était pas à démunir. plaisir vraiment voilà et chez mon père je me souviens que là mais cuisine n'est pas c'était beaucoup de fast food je ne souviens pas trop qu'il ya eu des choses comme des fruits des légumes et généralement quand j'allais là bas je faisais une grosse consommation de choses assez grasse assez sucrée assez transformée et mon comportement s'en ressentait je revenais de chez mon père très excité Et ce qui est particulier dans mon rapport à l'alimentation, c'est que je me souviens, je me suis toujours connue très anxieuse. Et dès toute petite, j'ai ce qu'on pourrait dire somatisé par le ventre. J'étais très souvent malade. Je pense que ce n'était pas des gastros vu le nombre de fois où j'en avais. Enfin, j'étais très souvent malade. Après, je ne sais pas jusqu'où rentrer dans le détail. Je ne voudrais pas provoquer de la gêne chez les personnes qui écoutaient mes... Il y a eu un épisode, ce que je ne qualifierais pas comme un trouble du comportement alimentaire, mais j'étais tellement anxieuse que je ne pouvais plus rien avaler. J'ai fini à l'hôpital parce que je ne pouvais vraiment plus rien avaler, même pas ma salive. L'anxiété m'a amenée à beaucoup de problèmes liés à ce qui entrait et sortait. de mon corps. Mais je ne voyais pas de lien, enfin il n'y avait aucun rapport avec mon alimentaire et contre l'alimentation. Heureusement je n'ai pas développé de l'anxiété par exemple, je ne me suis pas dit avant la préadolescence : "ah là c'est quand je mange ça que je suis malade". Et donc, bah par contre, en fait maintenant quand je me rends compte, là je vais terminer, un livre qui me fait encore me faire comprendre que je n'ai rien d'original. Donc c'est entre 12 et 13 ans que j'ai commencé à... que je suis tombée dans la dyslexie. J'allais dire qu'en fait, je ne savais pas pourquoi je suis tombée mais tout simplement parce que j'étais une fille de son côté, j'avais entre 12 et 13 ans. Je sais pas pourquoi, j'ai commencé à m'intéresser à tout ce qui va avec l'alimentation saine et du sein. Je suis tombée sur... dans le contrôle de mon alimentation, dans les concepts d'IMC. Ma vie a basculé un peu, je ne dirais pas du jour au lendemain, mais je me souviens qu'avec ma meilleure amie du collège, on s'intéressait à l'alimentation saine. Elle, ça ne s'est pas du tout mal passé pour elle. Elle n'a pas tombé malade et moi, je suis tombée dans le contrôle alimentaire. Et voilà, c'est un rapport relativement... Je n'aime pas le mot d'insouciant quand on est enfant, parce qu'il n'existe pas dans la France l'insouciance. Mais un rapport plus léger à l'alimentation, je suis passée à une planification éreintante. C'était épuisant. Je calculais mes... Je n'ai jamais compté les calories, mais je me suis mise à contrôler mes repas à la semaine. Mes TOC que j'avais déjà se sont accentués. Encore une fois, c'est quelque chose qu'on n'a pas vraiment traité au fond. mais je pense que c'est... Ça va être plus vite. Et ce qui est particulier, je trouve, dans mon parcours de prise en charge, c'est que On a nommé l'anorexie avant que j'aie conscience de ce qui se passait pour moi. C'est comme une première pierre de quelque chose qui m'a fait pas mal perdre de temps, de soins et de soi. C'est qu'on a pensé à ma place, ma maladie. C'est-à-dire qu'en fait, ma mère... Alors si je parle beaucoup de ma mère, c'est pas parce que c'est ma mère, c'est juste que c'était la seule personne de ma famille, puisque pour les autres membres, ma mère s'est très vite inquiétée de l'arrêt de ma courbe d'offres. taille. Et donc j'ai commencé à faire la tournée des médecins, comprendre. Et moi, j'avais bien compris que mon comportement avec l'alimentation avait changé mais on n'avait pas trop le lien je crois. Et un jour, je suis arrivée dans le cabinet d'une endocrinologue renommée et Et en fait, de la manière dont elle a posé le diagnostic est née ma peur viscérale des médecins. Peur de me faire gronder parce que j'étais malade. Encore une fois je ne vais pas rentrer dans les détails mais la manière dont elle a posé le diagnostic était violente verbalement et sexuellement. C'est une femme hein ! des choses à mon corps qui sont en fait une addiction. Et du coup je me suis sentie coupable d'être malade, ce qui n'a pas été trop compétitif. Et puis pour affaire courte, du coup comme beaucoup de prises en charge, la prise en charge de mon handicap était centrée sur mes comportements alimentaires. Donc chroniquement j'avais des plans alimentaires, j'avais une diététicienne, j'avais des plans alimentaires qui me faisaient gonfler, ce qui ne changeait rien au moment. À l'origine du trouble, évidemment. Donc voilà, je vis quoi.
- Speaker #0
Excuse-moi, tu avais quel âge à ce moment-là ? Quand il y a eu le diagnostic de posée et que... 13 ans. Ouais, t'avais 13 ans.
- Speaker #1
Ouais, je pense que 13-14, quand vraiment j'ai vu cette dame-là. J'avais déjà commencé à... En fait, ça a un rapport à l'alimentation et à plein de choses en fait. Ma vie a basculé un peu entre la cinquième et la quatrième. C'est-à-dire que je me suis mise à contrôler mon alimentation, à être... vraiment envahie quand même de stock et a complètement... enfin en fait je suis devenue l'ombre de moi-même c'est à dire que la petite fille plutôt, elle est très anxieuse mais plutôt... moi je suis très rigolote, je fais des blagues, je... bah moi je me suis coupée du monde, je me suis beaucoup rapprochée de ce qui représentait la sécurité pour moi c'était ma mère c'est à dire que moi j'ai pas eu d'adolescence en fait. les soirées, les amis, la puberté, tout ce que la majorité des adolescents vivent. Je me suis vraiment enfermée psychiquement, socialement. Mon perfectionnisme faisait que je m'en tenais quand même. C'est un bon résultat scolaire. Et voilà, pendant... Oui, excuse-moi ?
- Speaker #0
Il s'est passé quelque chose sur... Parce que tu parles vraiment d'une bascule quand même à cette période-là. Et toi, tu ne sais pas ce qui a pu se passer. Tu n'arrives pas à relire un peu ?
- Speaker #1
C'est très confus mon histoire familiale parce qu'en fait, il y a eu un événement qu'on pourrait presque considérer comme une évidence concomitante. Mais en fait... Je crois que c'était vraiment... Enfin, il y a eu plusieurs facteurs et peut-être qu'au fond, c'était juste que j'étais une petite fille très anxieuse qui allait passer à l'adolescence, et donc changer, et donc grandir, je ne sais pas. Mais en fait, ce qui s'est passé, c'est que mes parents se sont séparés, j'étais toute petite, et ça a été très insécurisant pour moi, justement. le mode de garde, les relations entre mes parents, c'était très anxiogène. Et voilà, deux révisions de mode de garde en médiation familiale, en passage devant les choses à faire familiales. Mon père a écrit quand j'avais 2 ans que j'en avais marre que je vienne à reculons et qu'il ne voulait plus me voir. Ça peut correspondre. Bien que je n'ai pas ressenti sur le moment que ça m'angoisse particulièrement. Encore une fois, ce n'était pas une personne de la famille qui représentait une sécurité pour moi. Donc, ça aurait pu me soulager. Mais malheureusement, j'en suis au stade où je n'ai toujours pas compris ce qui s'est passé. Peut-être que c'était avant... Parfois, je me dis que c'était la preuve qu'en fait j'ai été rejetée. Guiri m'a peur du rejet aujourd'hui. Peut-être que ce qui s'est passé à ce moment-là, c'est que n'ayant pas correspondu à ce qu'il attendait de moi, il m'a rejetée.
- Speaker #0
Ça paraît quand même déjà largement suffisant pour déclencher tout un tas de comportements chez une toute jeune adolescente ou grande enfant. Je ne sais pas trop comment le dire, mais... effectivement cette question dans le trouble alimentaire, il y a quand même beaucoup de perfectionnisme, beaucoup de perfectionnisme relié à des attentes qu'on imagine des autres, beaucoup d'attentes de... ça paraît un peu basique et peut-être un peu cucus que je vais dire, tu sais, beaucoup d'attentes de l'amour de l'autre, mais en fait cette question de l'amour inconditionnel qu'on est censé recevoir de la part de minimum un humain, voire deux, voire encore plusieurs, plus si on a de la chance, tu sais quand on arrive sur Terre, c'est quand même hyper fondateur en fait dans ce qu'on va pouvoir construire comme base de nous-mêmes et de la conception de nous-mêmes et de la valeur qu'on a. Et quand il y a l'un des parents qui pose un truc comme ça, peu importe comment lui le vivait et comment c'était construit dans sa tête, un enfant je veux dire, on peut largement imaginer que tu l'aies vécu comme du rejet et comme une non-correspondance aux attentes Ce qui a pour effet de renforcer un perfectionnisme, tu vois ?
- Speaker #1
Ce qui est étonnant, enfin, ce qui me laisse dubitatif sur cette... Tu imagines, dans ma prise en charge des PCA, j'ai eu affaire à des approches assez... Comme ça, très vite, le lien a été fait, le PR la merde. Mais ce qui me laisse un peu dubitatif sur ce lien direct de cause à effet, c'est que déjà, je crois me souvenir que les trolls avaient commencé avant. avant qu'ils ne disent ça. Mais bon, avant les troubles il y avait toute l'insécurité que représentait mon environnement,
- Speaker #0
ma famille,
- Speaker #1
du fait de cette relation entre mes parents et de ce que mon père faisait à travers moi, ma mère, enfin ouais. Et puis encore une fois mon père, je n'ai pas le souvenir d'avoir voulu lui plaire en fait. Étonnamment, enfin je veux dire, j'ai pas... C'est dur de dire ça, mais j'ai pas eu sur le moment l'impression de perdre quelque chose d'important pour moi. Ouais,
- Speaker #0
ouais, j'entends bien. Mais souvent, c'est plus complexe que... Bon, c'est toute la complexité de l'être humain. Après, j'ai envie de dire, moi je fais pas partie de la team qui pense qu'il faut à tout prix comprendre de pourquoi c'est arrivé pour pouvoir en sortir, tu vois ? Je pense que c'est humain de chercher à comprendre. On est comme ça, on aime bien relier les fils entre eux et comprendre pourquoi on en arrive là. Mais je crois qu'il est réellement possible d'aller mieux sans ça. C'est pas non plus...
- Speaker #1
C'est vrai que c'est dans ce qui persiste aujourd'hui. Tu vois, j'ai toujours une forme d'hypervigilance, d'insécurité relationnelle dans ce que les relations font ou ne font pas. Enfin, moi, j'ai une... Je sens bien que mon système nerveux, il est tout le temps… et je pense que ça participe à des symptômes qui m'handiquent aujourd'hui. Mais parfois j'essaye de trouver la cause, non pas forcément de mon trouble alimentaire ou de certaines choses, mais la cause de ce qui persiste aujourd'hui et me pose vraiment problème au quotidien. Et tu vois, tu parlais de l'amour aussi, c'est une des questions assez considérées comme cucul, mais relativement politiques pour… Et ça m'interroge pas mal dans tout ce que ça implique d'intime, de collectif, des racines du rattachement familial et ce que ça donne après quand on est adulte, en tant que société. Donc c'est vrai qu'au bout d'un moment, moi c'était tellement aliénant, tellement prise de tête de me demander quelle était la cause de quoi, machin, que j'ai préféré... avancer au jour le jour, mais en même temps je vois bien qu'il y a des choses qui persistent et dont la cause n'est pas à chercher aujourd'hui. Je vois bien qu'il y a des choses qui m'insécurisent et qui ne travaillent, qui sont carrément pas résolues, que je porte en moi depuis très très longtemps et j'arrive pas à mettre le doigt sur les racines. Et dans l'analyse qui serait assez logique de faire de ce qui s'est passé avec mon père, le fait de ne pas correspondre à des attentes et d'être rejeté, l'abandon, machin. Ça correspondrait à ma manière de vivre les relations aujourd'hui. C'est-à-dire que mine de rien, moi ça fait pas longtemps que je suis sortie de l'isolement du fait de tout ce qu'on va mettre dans un paquet troubles anxio-alimentaires. Moi du coup j'avais capté qu'en fait... Je n'étais pas comme il fallait, en fait. Je n'avais pas essayé de me faire des amis. Donc c'est assez récent de connaître tout ce qui va être des relations sociales régulières, très nourries, très riches, que je tiens très fort. Et du coup, ça me posait des bonnes questions. Que ce soit des relations amicales, sentimentales, ça me pose beaucoup de questions qui peuvent se ramener à... Ouais, on va me rejeter parce que je crois qu'on pourra les attendre. Donc... Mais... Tu me demandais quel a été le point de bascule. Malheureusement, je ne l'identifie pas vraiment. Et malheureusement aussi parce que j'aimerais bien pouvoir épargner cette merde, des troubles alimentaires et d'autres parties. Donc si vous pouvez identifier un peu ce qui peut causer, on pourrait travailler à la racine. Mais je n'ai pas identifié la cause. Et je trouve que dans la manière dont j'ai été prise en charge, surtout les premières années et encore jusqu'à aujourd'hui...
- Speaker #0
Comment tu les qualifierais ces prises en charge ? Comment ça s'est passé toutes ces années pour toi ?
- Speaker #1
Alors, je ne voudrais pas généraliser.
- Speaker #0
Non, mais tu parles de ton expérience de toute façon.
- Speaker #1
Du coup, collège-lycée, ça a été chroniquement des plans alimentaires un peu constructifs qui me faisaient gonfler une forte réduction à ma maladie qui fait que j'ai capté après que j'avais compris que j'étais une maladie. J'avais oublié que j'étais un individu qui avait une maladie. Donc voilà, très comportementale, prise en charge psy, vraiment stérile. Et le truc c'est que moi je voyais des psys depuis que je suis toute petite sans doute du fait de mon anxiété, enfin d'un petit côté où l'évidence pour moi c'était suivi. Du coup je me sentais pas bien avec la prise en charge psy que je recevais mais en fait pour moi c'était tellement évident qu'il fallait que je me fasse soigner que... j'avais intégré et j'entendais que si je voyais pas de psy, je voulais pas que ça change. Donc en fait, et puis je me rends compte qu'à d'avoir vu des psy là, ça m'a maintenu dans... dans qui poser problème quoi. Et donc voilà, rien n'a été traité. Je pars en études supérieures. Donc j'ai très bon élève, perfectionniste tout ça. Et là, dégringolade. Je pars pas très loin de chez moi mais bon, loin de... la maison de ma mère. Donc pas d'amis, loin de mon pilier sécurisant, de ma zone de confort, des études où je n'étais plus la première. Et donc c'est très très précieux. Là j'ai été suivie par une nutritionniste qui est la personne qui m'a dit on va faire une qui me demandent de reconnaissance de travailler handicapée très tôt, alors que je n'en avais pas besoin. Et donc j'ai été suivie à Rennes par cette personne. Mais voilà, j'ai dégringolé. En fait, je me suis mise pour la première fois à jeûner, à sauter tous les dîners. Je me souviens de maux de ventre horribles. Je crois que je ne faisais vraiment pas ça pour mes... Je ne sais pas si je suis tombée dans une spirale de... Enfin, voilà. Comme souvent, ce n'est pas que l'alimentaire, mais j'allais vraiment pas bien. J'ai fait une dépression, donc je suis retournée chez moi. Je ne pouvais plus venir debout. J'ai été une première fois hospitalisée. J'ai eu une T où je n'avais rien à faire. Beaucoup à dire sur les encharges dans les... Dans les hôpitaux d'éruption de psy, ce n'est pas très émancipateur. Et il se trouve que c'est pendant cette dépression que j'ai découvert ce qui allait m'amener à... J'étais à Sciences Po, j'ai redoublé mon année. Toujours pas la joie quand même. Toujours une prise en charge assez bancale. Là, j'ai été hospitalisée pour la première fois dans une unité spécialisée PCA. Pas dire du bien des soignants non plus. C'était très moralisateur, réduit à ma maladie. C'est dans cette clinique que je me suis mise à développer l'hyperactivité. Je ne savais pas que ça existait mais du coup c'est arrivé à ce moment là. J'avais compris que des filles, je n'avais pas encore capté qu'elles restaient inactives et que ça pouvait poser problème. Moi j'ai eu conscience du fait que j'étais intégrée de l'hyperactivité qui est modérée chez moi donc ça va. Donc voilà comme souvent dans les autres situations que j'allais connaître en fait j'ai pris du poids pour ça. Retour aux études, ça me plaisait. Un petit trouve que pendant la dépression, j'ai ouvert un blog qui m'a pour la première fois permis d'avoir une voix, de m'exprimer. Je me suis mis à chroniquer des livres et c'est par là que je suis devenue libraire. La formation m'a énormément plu. J'ai commencé à redevenir la Mathilde d'avant. C'est bien intégré mais le problème de l'alimentation n'est toujours pas réglé depuis. Je ne sais pas comment j'ai survécu en fait. Et voilà, donc chroniquement au fil des années, j'ai fait des hospices, j'avais un sujet psy évident mais assez stérile. J'ai vraiment pas avancé. Je trouvais différentes manières de restreindre mon alimentation, j'avais énormément de maux de ventre. qui entretenait aussi le trouble alimentaire en me disant "je vais pas manger ça" donc j'ai réussi à avoir mon diplôme de libraire en alternance mais pas à terminer mon poste et là je me suis mise en arrêt maladique. C'est là que j'ai eu ma première sonde, j'ai été hospitalisée dans l'unité de référence du Grand Ouest. qui m'a fait gonfler et m'a aidé à me gonfler.
- Speaker #0
Ça fait une fois que tu parles de ça, tu dis que ça te faisait gonfler.
- Speaker #1
Cette fois-là, j'avais pris ce qui correspondait à peut-être un tiers de mon poids et j'ai passé tout le séjour à perdre pas mal de ce qu'il faisait moi. Voilà, soignant, moralisateur également et il me disait que toute ma vie c'était la maladie. Les valeurs écologiques c'était la maladie, tout ce que je venais d'essayer de développer un peu de moi était la maladie donc je suis sortie de là. Je ne savais non seulement plus, toujours pas penser par moi-même mon rapport à l'alimentation et à moi et en plus tout ce que j'avais mis en place jusque là c'était la maladie.
- Speaker #0
C'est ça, ouais. Et qu'est-ce que ça donnait la RQTH ? Parce que tu es passé rapidement dessus, mais c'est quand même très surprenant. Je suis assez surprise en plus que ça vienne d'une diététicienne. Et du coup, pourquoi ? Pourquoi elle a voulu faire cette demande alors que tu étais encore dans tes études ? Et quelle suite a été donnée ?
- Speaker #1
Oui, elle a fait la démarche de RQTH. C'était nutritionniste, donc elle avait un statut... C'est une médecin ? Ouais, un médecin. Très bien, franchement, très bonne médecin, mais je ne pouvais pas me sauver de moi-même. Mais en fait, je pense qu'elle a compris que j'étais dans un tel danger physique que des hospitalisations ou des arrêts allaient mettre mes études en péril. Je pense que la démarche a été effectuée au moment où j'avais gagné à redoubler mon année pour raison médicale. C'est elle aussi qui a supervisé ma première hospitalisation, elle n'était pas dedans mais c'est elle qui m'a hospitalisée. Je pense qu'elle a compris que j'allais être empêchée par mes soins. Peut-être par mon état direct, c'est le cas aujourd'hui, je ne suis plus du tout handicapée par les soins, par l'hospitalisation. Mais c'est mon état de santé qui est compliqué à vivre et je pense qu'elle a compris qu'au cours de mon parcours
- Speaker #0
je ne pourrais pas assurer de toi parce que... parce que... SONT, parce que HOSPIT, parce que ARRÊT. Et il se trouve que la reconnaissance de travailleur handicapé, je n'ai jamais eu à la rendre effective. Parce qu'en fait, je pensais que je pourrais l'utiliser en tant que salariée en librairie. Mais du coup, au moment où j'ai été diplômée, ben en fait, j'ai pris un an pour... euh... soigner l'anorexie comme si ça allait... J'ai eu un an d'arrêt maladie dans l'idée de cette hospitalisation, dans un endroit où je ne dirais pas forcément où, mais l'arrêt était en vue d'intégrer cette unité et de me dérétablir. J'ai d'abord été sauvée. Un an d'arrêt maladie qui m'a fait décrocher du monde du travail. Le monde du livre, en plus, il y a un propos pour... perdre un peu le rythme, tout ça. Donc effectivement, du fait d'avoir décroché du monde du travail et de cette hospitalisation qui m'avait un peu fait perdre ce qui était moi, j'ai mis du temps à savoir ce que j'allais faire professionnellement. Donc encore une fois, j'ai fait un service civique. Là, la reconnaissance de travailleurs handicapés n'était pas nécessaire en thème administratif, mais reconnue. par la personne avec qui je travaillais, parce que là j'étais toujours très très maigre, j'ai vital ambulant quoi, et toujours très très anxieuse, et en fait j'ai aussi eu l'allocation handicapée qui s'est déclenchée, qui représente aujourd'hui la moitié de mes revenus, mais en termes administratifs j'ai jamais pu faire valoir une reconnaissance aux travailleurs handicapés parce que... Après ce service Tivit, tant les hospitalisations que j'allais connaître après que mon état de santé ont fait que je ne suis plus en mesure de travailler à temps plein. Donc j'étais à mon compte, la RFPH n'est pas modélisable dans ce cas-là, donc je suis à temps partiel à mon compte. Et là par contre, effectivement, la H, ça a été une bonne idée que les personnes qui me suivaient la demandent, parce que sinon, ça m'aurait tout dérevé. Mais aujourd'hui, ce qui m'handicape, ce n'est pas forcément ce qui a justifié la demande de connaissance du handicap au départ, parce que je n'ai plus d'interruption de mon travail pour cause de soins, mais je paie les conséquences de la dénutrition. Je peux le faire physiquement maintenant, mais mon corps n'a pas de.
- Speaker #1
Où est-ce que tu en es aujourd'hui ? Tu te considères sortie de l'anorexie ?
- Speaker #0
Je ne me considère pas sortie de ce qui l'a causé. Je qualifierais mon rapport à l'alimentation de troublé. Je ne vais pas détailler, mais il n'est pas satisfaisant aujourd'hui, mon rapport à l'alimentation. Je pense que j'ai accumulé beaucoup trop de frustration, 15 ans de frustration, que je pense que je... je gère plutôt bien aujourd'hui par rapport à ce que ça aurait pu donner. En fait, j'ai eu ma dernière hospitalisation il y a 4 ans. Enfin, c'était le jour de mon anniversaire. J'ai été hospitalisée en urgence parce que là, c'était ça ou mort, je pense. Et du coup, j'ai été sondée, perfusée. Et là, j'allais dans la hospitalité. Je suis restée dans un état de détresse physique et psychique assez conséquent. Et pour la première fois, en fait, on ne savait pas où m'être après l'hôpital, parce que j'étais à l'hôpital, vraiment, je suis restée deux semaines. La nutritionniste, bienveillée nutritionniste qui me suit ici, aussi rigoureuse que bienveillante, elle m'a posé une sonde, elle m'a un peu suivie au niveau vital, mais on ne pouvait pas me garder. Donc en fait, là, je suis restée plusieurs mois en convalescence chez ma mère. Et là, on m'a laissé le temps de penser à ma place. De ne pas penser à ma place justement. J'étais dans un état, encore une fois, physique et mental vraiment délabré. Mais grâce à ma mère qui était vivante et au fait que j'étais dans un cas de sécurisant. me permettait quand même, contrairement à l'hospitalisation, de vivre. Petit à petit, j'ai remonté la pente. Mon corps avait commencé à... Ça va être un peu bizarre de dire ça, mais du coup, je devais avoir 27 ou 28 ans quand j'ai eu mes premières règles. Parce que moi, j'étais en arminorée primaire. Donc, j'ai pris la moitié du poids que je faisais avant. Et c'est pas satisfaisant aujourd'hui mon rapport à l'alimentation, mais je m'attache beaucoup moins à me concentrer sur le comportement que sur les racines. Donc, je vais continuer à expliquer très bien en technique. Et même les restrictions en l'envers ont des racines que j'essaie de travailler. Mais c'est vrai que c'est très injuste, je le ressens comme très injuste parce que je crois que je reviens plus loin. Normalement, je vais mieux, mais je n'ai pas les conséquences aujourd'hui. Je crois que du coup, je me rends compte que je n'irai jamais bien dans mon corps. C'est-à-dire qu'avant, j'étais hyper maigre. J'avais tout le temps peur de mourir, peur d'être hospitalisée, j'avais des pédenoclèses qu'il allait falloir faire pour que je meure. J'étais habitée par des envahissements alimentaires, tout ça. Et puis il fallait pas que je fasse ci, que je fasse ça, parce que ça serait me dépenser trop par rapport à l'énergie dont il me faisait. Et aujourd'hui, je pourrais faire ce que je veux. Je pourrais gravir l'Everest, si je veux,
- Speaker #1
en soi, mais en fait, je ne peux pas. Oui, mais ça, c'est si on regarde l'anorexie comme une maladie physique, ce qu'elle n'est pas.
- Speaker #0
Elle n'est pas.
- Speaker #1
Parce qu'en fait, tu as répondu en partie à la question que j'avais envie de te poser en t'écoutant. J'avais envie de te dire, mais est-ce qu'aujourd'hui, tu te sens toujours sur le chemin de la guérison ? Et en fait, je dis que tu as répondu. En tout cas, moi, ce que j'ai entendu, c'est un peu un non. Tu vois, c'est un peu un truc. t'as posé un truc en me disant je me sentirais jamais bien dans mon corps et je crois que c'est un peu un piège je crois que c'est un des principaux pièges de la sortie d'anorexie parce que l'anorexie met en danger réel de mort l'anorexie c'est spectaculaire en tout cas dans certains cas tu vois par la maigreur tout ça et que quand on sort de ça pour tout le monde autour principalement, mais peut-être aussi un peu pour la personne qui est forcément un peu perméable aussi à ce qui se passe autour. Il y a un truc qui vient dire, ça y est, j'ai repris du poids. Oui, d'accord, mais en fait, c'est juste une partie du problème et c'est la partie visible. Mais l'anorexie, ce n'est pas physique, c'est mental. C'est pathologie psy.
- Speaker #0
Carrément, mais vraiment, il y a un des trucs que je regrette, c'est que certains soignants avaient dit que la prise en charge de l'anorexie a quelque chose de physique, de comportemental. Absolument. Mais je trouve ça injuste aussi parce qu'en fait je pense que je me suis libérée de certaines choses qui causaient la maladie dans ma tête. Certains empêchements, certains envahissements, certains empêchements d'exister quels qu'ils soient. Il y a une médecin qui m'a dit « vous vous sentez comme ça, vous êtes handicapé après, mais parce qu'en fait vous ne vous autorisez toujours pas à le faire » . Bon, je ne sais pas si c'est ça, mais...
- Speaker #1
C'est hyper culpabilisant de dire ça.
- Speaker #0
Ben, ça aurait pu... Ouais, c'est pas le pire.
- Speaker #1
J'imaginais que c'était ça. Moi, j'ai envie de le nommer, je trouve ça hyper culpabilisant. En fait, il y a plein de soignants pour qui c'est... De toute façon, on va se le dire, les troubles alimentaires, c'est compliqué. Ça met les soignants en face dans des empêchements, dans des choses compliquées. L'anorexie en première ligne.
- Speaker #0
et en fait c'est hyper compliqué d'être mis face à son impuissance mais c'est pas parce que on ne sait pas accompagner quelqu'un que cette personne là ne va pas s'en sortir et qu'elle a pas envie de s'en sortir ça me met un peu en colère en fait en fait j'ai un stress très calme mais j'ai beaucoup de colère encore une fois quand je disais tout à l'heure que je voulais pas généraliser c'est que je veux pas généraliser à tout le corps soignant mais la majorité de ce que j'ai vu effectivement je dirais que Merci. J'aurais aimé un peu plus, ne serait-ce que d'humilité, d'humanité, c'est la racine étymologique, en plus de savoir dire, je ne sais pas comment j'aurais reçu un je ne sais pas quoi faire, parce que j'en ai eu aussi des non mais là je ne sais pas quoi faire, j'en ai eu, et là t'es là, wow, ok. Mais un... je ne sais pas, un peu plus d'humilité par rapport aux solutions qu'on m'a composées, parce qu'effectivement, les soignants sont désemparés et je le comprends. C'est tellement multifactoriel. Mais de ce qu'on m'a asséné ou proposé comme étant ce qu'il fallait que je fasse, ce qu'il fallait que je pense. j'aurais préféré un peu plus d'humilité et qu'on me permette de qu'on ne pense pas à ma place surtout en fait mais c'est ça encore là qui se produit finalement quelque part mais tu vois le côté c'est hyper intéressant ce truc de est-ce
- Speaker #1
que j'ai vraiment envie de m'en sortir je trouve qu'en tant que soignant on peut aider la personne à aller questionner ça sans lui renvoyer oui t'as pas envie de t'en sortir mais plutôt à aller chercher tout ce qui est moteur de la guérison, frein à la guérison, tout ce qu'on gagne à rester dans la situation, tout ce qu'on a peur de perdre, parce que c'est des points aveugles parfois, c'est tellement insupportable que c'est une évidence qu'on a envie de s'en sortir, mais peut-être que, c'est même sûr j'ai envie de dire, dans un trouble qui devient chronique, il y a des choses, en fait ce que tu disais aussi tout à l'heure en disant « c'est vraiment frustrant, injuste parce que j'ai réussi à me défaire » . de choses qui ont créé l'anorexie. Pour autant, ça ne veut pas dire que l'anorexie disparaît en même temps, parce que c'est un trouble qui va se créer de nouvelles racines, en fait, dans le quotidien, dans le maintenant, qui va se trouver de nouveaux... de nouvelles raisons d'exister, tu vois. Mais c'est le job d'un soignant, d'aller chercher ça, à un moment donné, de se dire, tiens, bah attends, on va aller explorer ensemble tout ce que cette personne pourrait avoir à perdre en quittant l'anorexie. Mais du coup, c'est pas du tout. t'as pas envie de guérir tu vois on est pas du tout sur le même mécanisme en fait il y a zéro culpabilité à avoir dans ce schéma là après moi ce qui est le truc c'est que autant parce que franchement
- Speaker #0
de ce que j'ai vu de ma prise en charge que parce que actuellement enfin non de toute façon de manière générale j'ai pas les moyens je suis pas hyper suivie en ce moment je suis suivie enfin je suis pas en fait les problèmes que j'adresse aux soignants qui me suivent quelques fois sont pas trop pris en compte et j'ai pas les moyens d'être suivi par des gens qui me permettraient vraiment de travailler ce que tu évoques là donc là je peux responsabiliser un soignant, je ne m'adresse personne, je suis un peu... là actuellement depuis quelques années je n'ai pas de thérapeute avec qui vraiment travailler ce que tu évoques. Alors à la fois, en fait, je crois que j'ai jamais... C'est particulier pour moi de parler de mon parcours de soins parce que j'ai toujours peur que ça évoque un encouragement à ne pas se faire soigner. Mais en fait, je crois que j'ai jamais autant cheminé que quand on me suit. Quand on a une bonne partie de ma vie, je suis très encadrée, très suivie, très régulièrement. Et je crois que ce qui m'a fait le plus avancer, c'est qu'on me laisse penser par moi-même tout seul. On m'avait posé un diagnostic, je n'avais même pas capté ce qui m'arrivait. Et depuis 15 ans, pendant 15 ans, on a pensé à ma place, ma maladie, le rapport que j'avais avec, les racines, les conséquences, ce que je devais faire. Et donc, je crois que là, je suis dans une période où, depuis 2-3 ans, je suis à bon. pas vraiment suivi, ça n'a pas l'air d'avoir posé trop de problèmes et en même temps, ça me laisse du temps pour effectivement déployer mon propre cheminement. D'une part, ça m'a laissé l'espace aussi pour ce qui est dans la continuité de mes intérêts personnels, mais pour voir à quel point des sujets un peu plus systémiques comme le féminisme sont des choses qui ne m'ont jamais... J'ai autant été aidée que le féminisme est une porte d'émancipation, je ne dirais pas de guérison, mais de libération de pas mal de choses qui causent des TCA. C'est une mesure avec pas mal de prises en charge que j'ai connues, donc ça me laisse aussi de l'espace pour intégrer ces enjeux qui m'intéressent dans le quotidien. à mon vécu, donc voilà, le féminisme, parfois également tout ce qui va être l'antivalidisme, enfin voilà, tout ce qui questionne le système et les oppressions qui en découlent, ça m'aide beaucoup à avancer. Et tu vois, tu dis aussi que l'anorexie persiste, tout ça. Et je pense que je suis dans un moment où je constate que mon rapport actuel à l'alimentation n'est pas satisfaisant. Mais d'une part, je fais preuve d'une rare indulgence intermodale en me disant, là, regarde ce que tu viens de traverser depuis 15 ans. En vrai, tu gères, ça va. Et d'autre part... Ce que je trouve insatisfaisant en ce moment dans mon rapport à l'alimentation, c'est tout ce qui va être frustration, compulsion, et le fait que le myroclas ne ressent pas du tout ce qu'on qualifierait de mot. Et c'est une des premières fois où je vois un lien direct entre mon rapport à l'alimentation et le fait que je n'écoute pas mes émotions. Jamais le lien n'a été fait entre la frustration alimentaire et l'alimentation. Où est-ce que mes émotions sont globalement frustrées ? Je ne m'écoute pas, je fais passer les autres avant. rien de très original, je crois que c'est peut-être une femme, mais je vois bien que la frustration qui se manifeste dans l'alimentation, elle veut dire autre chose. Et j'en suis à un stade où mon corps ne supporte plus la frustration alimentaire. C'est-à-dire qu'avant, alors que j'ai passé au moins 10, peut-être 15 ans à ne pas avoir faim, mon corps ne peut plus. plus aujourd'hui à mon corps redéclencher une sensation de faim, il ne peut pas tenir 5 minutes, il ne se porte plus du tout, je pense que ça l'intégrerait vachement, et du coup, au niveau alimentaire, je ne peux plus supporter la frustration, mais je pense qu'elle veut dire autre chose. Et ça a mis du temps pour moi de comprendre déjà pourquoi j'avais un déclenchement de compulsion que je n'avais pas au niveau alimentaire. Et quand j'avais un... une frustration alimentaire, quelle était la vraie frustration derrière. Et souvent je suis à... Bah j'ai pas exprimé qu'on m'avait pas respectée, que j'aurais voulu que quelque chose se passe autrement, que je suis épuisée, que je me suis oubliée, que j'ai fait passer des autres avant moi, que je me tire trop dessus, que je suis jamais satisfaite de moi, enfin tu vois. Donc je suis aussi dans un moment où en fait, mon rapport alimentaire continue à être problématique, mais à me dire des choses plus importantes que... Mais effectivement par contre, physiquement... des douleurs, de la fatigue, de la fluctuation de mon état, ce qui est aussi le soin en soi. On n'est pas censé être des corps constants, mais dans le sentiment d'injustice, il y a ce que mon corps paye aujourd'hui et qui m'empêche de faire des choses que j'aimerais.
- Speaker #1
Ça fait plusieurs fois que tu nommes le sentiment d'injustice. Qu'est-ce que tu as nommé ? trouvais injuste, mais en quoi tu trouves que c'est injuste ?
- Speaker #0
Je pense que c'est parce que j'ai une longue partie de mon vécu de troubles alimentaires où je me disais, mais si je ne guéris pas, c'est parce que je manque de volonté. La question, évidemment. Mais maintenant, j'en suis à un stade où je crois que j'ai fait... que j'aurais voulu faire par le passé pour me rétablir. J'ai fait ce que j'ai pu. En fait, c'est plus ce que je peux. Et je suis toujours empêchée. Aujourd'hui, ce n'est pas les risques médicaux qui m'empêchent. On peut décider sur moi quand on me corte. Mais c'est injuste parce qu'il y a toujours un décalage entre ce que je voudrais et ce que je subis, entre les choix que j'aimerais faire et ce que je peux effectivement faire. De toute façon, c'est une maladie injuste. Je pense que c'est une double peine, cette maladie. Rien dans les raisons. C'est des clans de chérie. Et on en bave pendant qu'elle se manifeste.
- Speaker #1
Oui, mais justement, j'aimerais bien, si c'est OK pour toi, tirer la ficelle de cette injustice. Parce que je ne suis pas sûre que ça parle à toutes les personnes qui nous écoutent. Je ne suis pas sûre que... beaucoup de personnes aient déjà vu ça de cette manière-là, de se dire c'est une maladie injuste. On n'y est pour rien dans ce qui nous arrive, mais du coup, qu'est-ce que tu mets derrière ça ?
- Speaker #0
Oui, ce qui est injuste, quand là, il y a le sentiment d'injustice pendant le côté critique de la maladie et après, les conséquences. La question de l'injustice, ça permet vraiment de questionner tout ce qu'on nous dit sur... une question de volonté, il n'y a qu'à manger ou pas manger, faire un effort, alors que quand... Enfin, si tu pouvais, si tu voulais, tu pouvais, tu pourrais, quoi. Et du coup, pendant la maladie, il y a le sentiment d'injustice que... On n'a pas forcément conscience quand on est dedans, parce qu'en fait... Parce qu'en général, les profils qui tombent dans ce genre de troubles ne sont pas très tendres avec eux-mêmes et du coup, on culpabilise. Mais moi, j'en suis sentie très coupable d'être malade. J'ai eu la honte de la culpabilité. Or, c'est injuste parce qu'en fait, ce qui cause cette maladie, elle ne nous appartient pas. En général, c'est l'expression d'une souffrance. On a vécu, ça peut être... Je trouve que le système nous matraque, mais ça peut être des violences. un environnement complètement insécurisé, une manifestation d'une souffrance, d'une anxiété, de choses qu'on subit déjà, et en fait on les manifeste en souffrant encore plus. Donc c'est un peu double peine, mais ça j'aimerais déjà que les gens le sachent, qu'il s'agisse d'un poids trop faible, d'un poids trop élevé, vraiment, j'espère que la grossophobie va être politisée. Et après c'est injuste, moi j'ai un sentiment d'injustice parce que je ne me reconnais pas dans les récits de sorties. les troubles alimentaires, je caricature, je vis ma vie meilleure. Oui, je ne vois pas de différence vraiment dans ma qualité de vie ici, mais mon corps n'a pas encore intégré ce qui lui est passé dessus. En fait, mon corps est toujours dans l'état qui a causé la neurite, il est toujours insécurisé. Maintenant, il doit savoir qu'il est insécurisé, mais en fait, ce qui a causé la neurite n'a toujours pas été... résolu et se réactive très fort pour lui au quotidien. Je pense qu'il a un peu le poids, un petit peu peur, je pense, de retomber dans ce qu'il a vécu. Non, ça c'est assez connu, je pense. Il y a peur que je ne l'enlise pas, que je ne retombe pas assez le temps. Mais c'est injuste parce que très concrètement, je me lève le matin, j'ai mal à en pleurer, ça me flamme le moral. En fait, le truc c'est que j'ai, depuis quasiment le début de l'anorexie, de l'ostéoporose et j'ai une crise de poids assez conséquente. J'ai surtout de grosses douleurs chroniques et beaucoup de fatigue, que j'ai du mal à écouter, mais c'est bon. Mais du coup, je fluctue énormément. Donc, par rapport au statut de handicap, il y a des fluctuations qui font que, peut-être quand on le voit, ça ne se voit pas. Mais je vais pouvoir à 17h être en train de faire le clown et de se tirer dans la rue et par contre deux heures après pleurer parce que ça me fait mal de l'orteil jusqu'au ventre. Et ça plombe le moral, ça m'empêche de réaliser certains projets. Là je commence un peu à renouer avec l'activité que j'aime, faire vivre le livre. J'ai par exemple, j'ai vu Anne-Méne Rencontre. Là, mon emploi, c'est de me dire que mon corps va répondre présent le jour de la rencontre que je dois annuler. Je ne peux pas compter sur moi, je ne peux pas compter sur mon corps. Je peux compter sur moi pour écouter les besoins de mon corps qui me signalent par sa fatigue. Mais moralement et physiquement, je suis pénalisée aujourd'hui. Et c'est un but parce que j'aime bien moi aussi ma meilleure vie. Je vis ma meilleure vie, je pense, mais elle est dégradée.
- Speaker #1
Mais en même temps, ça rejoint aussi un truc dont on a parlé un petit peu en off, avant de lancer l'enregistrement, c'est qu'être valide, considéré comme valide, ou en situation de handicap, c'est toujours au regard d'une société. Et que quand tu donnes l'exemple concret d'animer une rencontre et tout, bah oui, c'est parce qu'on attend de nous, et donc soit avec soi, on attend de soi d'être capable de faire les choses comme... on nous les montre comme on nous les vend dans cette société. On est censé pouvoir tenir une journée de travail entière de 8 heures, puis derrière, enchaîner avec potentiellement une vie de famille, et puis peut-être un sport, et puis un loisir, et puis de faire ça 5 jours par semaine, et puis le week-end, d'avoir une vie sociale, et gna gna gna. Et par exemple, organiser une rencontre, on n'imagine pas que ça puisse se faire en tenant compte de notre niveau de fatigue. et donc... d'adapter, j'en sais rien, enfin, je dis ce qui me passe par la tête, mais le confort de l'endroit où on sera assise, la luminosité du lieu, le fait de s'octroyer une ou deux pauses pendant la rencontre, tu vois ce que je veux dire ? C'est parce qu'on le pense sous le prisme du validisme aussi.
- Speaker #0
Carrément. Ouais, ouais, ouais, et c'est une grille de lecture très intéressante d'être empêchée plusieurs niveaux. Enfin, en fait, de... pour élargir un peu le truc, de toute façon, d'être dans une situation... qu'il s'agisse d'une situation minoritaire, opprimée ou empêchée. Ça donne vraiment une grille de lecture sur la manière dont le système fonctionne. Et là, moi, actuellement, à partir de maintenant, je ne comprends pas ce monde. Je ne comprends pas comment on peut nous demander de travailler autant. Du coup, c'est ce que... Des personnes comme Mathilde François articulent très bien dans son travail entre antivalidisme et critique du système capitaliste, productiviste. En fait, c'est une état d'agriculture sur ce système qui respecte ni les besoins, ni les limites humaines ni les limites planétaires. Et j'ai la chance, enfin la fois, j'ai un peu une double honte en termes d'homéopathie et de troubles alimentaires. Je n'ai pas trop à en parler et tout. Il y a la honte aussi, la gêne de dire « si, si, en fait, ça se voit pas, tu me vois comme ça, apparemment j'ai l'air normale, mais en vrai, je peux pas » . Donc j'ai un peu honte, mais j'ai la chance d'être dans un environnement suffisamment bienveillant et suffisamment militant pour en discuter et pour le mettre en pratique. Et j'en discutais avec une de mes meilleures amies l'autre jour, qui connaît le sujet, parce qu'elle est chroniquement... empêcher de fonctionner comme le système le voudrait par ses problèmes de santé et en fait on sait que ça nous pénalise ma situation sociale professionnelle est très précaire j'ai énormément de mal du fait de ma situation ma fatigue à me dire qu'est ce que je vais trouver comme travail je ne suis pas faite pour le système du marché du travail et on constatait à la fois qu'on allait être pénalisé sur le marché du travail en même temps que qu'en fait, on n'était pas obligé de s'y conformer. Et en fait, on pouvait aussi pointer du doigt ce qui n'allait pas et de commencer à dire dans nos environnements « Là, tu me demandes ça. » En fait, mon corps fluctuant ne peut pas. Et effectivement, je suis dans des environnements à l'éco et professionnels quand il m'arrive de travailler en librairie, où je peux commencer à... à dire là j'ai besoin de ça, de ça, et donc de visibiliser la question de ce que la norme a de valide et du fait que certains corps sont empêchés. Donc effectivement, j'aurais la possibilité de dire j'ai besoin d'une pause, mais le système n'est pas encore prêt pour ça. Je pense qu'il faut, quand c'est possible, essayer de... de visibiliser la question en fait et de dire là c'est pour les personnes qui n'ont pas mais d'ailleurs il y a une pluralité de capacités qu'on peut ne pas avoir et qui empêche de participer à certaines choses et il y a plein de choses d'événements militants qui sont pas pensés de manière militante parce que ça exclut plein de personnes ça donne une grille de lecture le fait d'être empêchée physiquement mentalement socialement pour voir à quel point nombre de choses dysfonctionnent dans la société. Et ça s'articule, tout ce que cette société a dit, ça s'articule avec plein d'autres oppressions de minorités, avec l'anticapitalisme, le cynisme, le féminisme. Après, je ne sais pas si cette année est prête à s'adapter vraiment, mais de toute façon, en fait... en tant que personne handicapée, on n'a pas toujours la possibilité de s'adapter. On ne peut pas se conformer au système normé. Donc soit on est exclu, soit le système respecte un peu plus les ressources humaines et pas les terres et revoit son modèle.
- Speaker #1
Ouais, ou tu crées, ce que j'entends c'est que tu crées des espaces, d'autres microsystèmes dans le système. C'est la solution qui a été trouvée par beaucoup de gens. Mais tu vois, c'est exactement ça quand tu disais, quand on est porteur de handicap, on n'a pas le choix parce qu'on ne peut plus s'adapter. On ne peut pas, on ne peut plus. Mais en fait, je me disais en t'écoutant que je crois qu'il y a une minorité de personnes qui s'épanouissent vraiment dans le système tel qu'il existe. Et d'ailleurs, c'est une discussion que j'ai régulièrement avec mon conjoint sur le système scolaire. Je veux dire, c'est une infime partie des élèves qui s'épanouissent vraiment dans le système scolaire tel qu'il existe en France.
- Speaker #0
Mais ce n'est pas grave, on le fait perdurer. Et d'ailleurs, le système scolaire, attention, on part dans des trucs, un militant, mais pour moi, le système scolaire en France ne sert qu'à fabriquer de bons petits soldats qui répondront au système capitaliste. Et plus tu avances dans le système scolaire, plus c'est ahurissant. Et je suis d'accord avec toi, il suffit de faire un pas de côté du système pour une raison ou pour une autre, parce qu'à un moment donné, on a été empêchés ou quoi, et de s'autoriser à regarder le système fonctionner pour ce qu'il est tel qu'il est. Après, c'est hyper compliqué d'être dedans. Et moi, ça me saute aux yeux de voir, j'ai un de mes fils qui est au lycée actuellement, dans une filière générale, là où mon fils aîné est déjà passé par le lycée, mais il était dans une filière technologique, donc ce n'était pas tout à fait pareil. Et en fait, on fabrique juste des soldats, quoi. Enfin, qui apprennent à bosser, à la fermer, à courber les chines. Et je trouve ça hyper flippant. Et tout ça pour dire, en tout cas, ce que je voulais dire, c'est que je crois sincèrement... qu'une majorité de personnes ne se sentent pas bien dans le système mais se suradaptent parce qu'ils sont persuadés qu'il n'y a que ça et que c'est comme ça et qu'il n'y a pas le choix, en témoigne le nombre grandissant, croissant de burn-out et de problèmes de santé mentale. En fait, juste, les gens ne s'épanouissent pas dans le système. Les personnes en situation de handicap n'ont plus la possibilité ou ne l'ont jamais eu de s'adapter au système. Mais en fait, ce n'est pas parce qu'on s'adapte qu'on y est bien.
- Speaker #1
Oui, carrément. Quand tu vis des choses dans ton corps, dans ton psychisme assez dur, tu intègres très bien que ce n'est pas normal d'aller bien dans ce système malade. Après, il y a plein de choses qui m'échappent. Mon travail m'impose d'être confrontée à l'actualité, donc je ne peux pas faire d'autres trucs. mais il faudrait remettre beaucoup de choses à l'endroit, disons, pour ne pas dire tout brûler et tout remettre comme il faut. Mais il y a énormément d'institutions comme l'école, l'éducation, des choses qui font tenir le système, qui demandent aux individus un oubli de soi. Et effectivement, quand on est empêché par ses incapacités... parce qu'on fonctionne différemment, il y a plein de manières de fonctionner différemment, quand on est empêché, c'est révélateur d'une incapacité à se suradapter, et du coup c'est hyper instructif pour changer ce système. Mais d'une part on n'en est pas là, un moment politique où visiblement il est prêt à changer, et c'est un peu aussi paradoxal avec le fait d'être en situation de handicap, c'est que tu vis, tu vois. tout ce qui fonctionne dans le système et à quel point effectivement en fait les gens le système ne leur convient pas ils s'adaptent juste par défaut mais en fait on est trop fatigué pour lutter contre le système aussi c'est le problème je pense que les luttes anti-validistes elles pourraient être pionnières dans plein de trucs on pourrait franchement c'est éclairant sur plein d'aspects du système plein de choses qu'il faudrait, le temps de travail les oppressions je sais pas l'écologie Merci. Mais on est trop fatigué pour renverser le système. Et puis, par définition, les personnes handicapées sont exclues de plein de sphères, notamment militantes. Donc, on ne les visibilise pas beaucoup, mais ça change beaucoup. Et elles sont intégrées au mouvement féministe. Mais voilà, je me dis que c'est des pensées qui commencent peut-être à émerger et qui sont une grille de lecture de ce qui est présenté comme un ballon de soie. Ça dysfonctionne complètement. Et oui, le burn-out des gens, de la planète. Moi, je crois que je commence à ne pas culpabiliser d'être fatiguée. Il y a une partie de ma fatigue qui est due à ce que j'ai vécu, mais qui est aussi due... Le fait que je ne puisse pas m'adapter à la norme en dit peut-être moins sur moi que sur la norme. Peut-être que c'est la manière dont le système fonctionne qui... il devrait être un peu pointé du doigt. Mais encore une fois, j'ai eu la chance d'être dans des environnements... Enfin, ma situation est très précaire, mais actuellement, j'ai quand même eu la chance de pouvoir écouter, me reposer éventuellement parfois si besoin. J'ai eu la chance que mon allocation à l'aide aux handicapés ait été validée à 5% de la moitié de mes revenus. Donc voilà, j'ai eu la chance d'avoir plus de ce qui m'invalide. soit reconnu et compensé. Ce n'est pas le cas de toutes les conditions sociales, professionnelles, de pouvoir faire respecter ces empêchements. Mais c'est une vraie lecture. passionnante et révoltante sur le système.
- Speaker #0
Oui, c'est intéressant. J'adore ce que tu viens de dire sur le fait que ce qui t'invalide aujourd'hui, ce qui te définit comme en situation de handicap, en dit moins sur toi que sur la norme et la norme problématique de la société. J'avais envie de te poser la question de savoir ce qui avait pu t'aider à aussi pouvoir accepter cette notion de handicap. d'invalidité et j'imagine que ça ça a aidé et j'avais envie de le je vais te relaisser la parole pour que tu nous dises ce qui a pu t'aider et si c'est commencé aujourd'hui pour toi, est-ce que c'est quelque chose que tu as pu intégrer, accepter mais je voulais juste redire cette phrase parce qu'elle me semble tellement vraie et importante et faire un parallèle avec les personnes qui sortent des troubles alimentaires et qui en sortant des troubles alimentaires se retrouvent un peu marginalisés parce que n'ont plus envie à la machine à café ou à la pause-déj de parler du corps des autres ou de leur corps, de parler des régimes à la mode, de parler de la perte de poids de Tante Jeannette. Et en fait, il y a vraiment quelque chose pour un grand nombre de femmes que j'ai pu accompagner et qui ont pu me témoigner ça, un truc de se sentir un peu à la marge. Le moment où tu sors de ça, c'est que tu sors d'un système complet de diète culture et tu te sens hors norme, tu vois, d'une certaine manière aussi. Et c'est pas... toujours facile et parfois ça remet même en doute de se dire bah attend mais si tout le monde pense comme ça c'est forcément la réalité tu vois c'est forcément vrai et je voulais faire le lien en disant mais non en fait voilà c'est quand on sait c'est plutôt bon signe de se sentir en total décalage avec une société qui fonctionne complètement de travers quoi absolument
- Speaker #1
mais c'est pas facile à vivre enfin on a beau avoir des convictions je vivais au corps rien on vit en groupe la chance d'être épargné par le Je suis matraquée des contre-discours de diète culture. Vous allez entendre ça quand vous les faites. C'est peut-être un peu aussi... Je me parle comme... Comme des hommes qui voudraient se désolidariser du patriarcat et qui, en fait, entendent des blagues sexistes, un chien, un linge, et qui, en fait, par instinct grégaire, vont faire... Ben non, en fait, on se désolidarise et au départ, on va être seul, mais en fait, on essaie un peu, si possible, sans trop sur-responsabiliser les individus, mais on aligne un peu ses convictions avec ses actes, donc on se désolidarise de ce qui est dit. Donc éventuellement, déjà, se protéger, si on entend Si on voit qu'on évolue dans des sphères qui entretiennent la vie de culture et tout ça, déjà, c'est parce que parfois, en se protégeant et en se désolidarisant, on va montrer aux autres qu'en fait, s'ils pensent comme nous, ils ne sont pas seuls et qu'ils ne sont pas obligés de faire comme les moutons et de rigoler. Et en fait, il faut bien une première personne pour dire « moi, je ne participe pas à ça, je me désolidarise » . Et après, pour ne pas se sentir seule et pour ne pas se sentir perdue. Moi, je trouve que politiser l'intime, c'est une des choses qui est le plus aidant. Déjà, d'une part, ne pas se sentir seule. Le fait de politiser va permettre de rejoindre des réseaux. Déjà, ça peut débattre en ligne, mais des réseaux militants, physiques, qui sont peut-être des micro-communautés, et c'est minoritaire par rapport à la société et à la norme. Mais déjà, sur le terrain... politique d'éleintime qui a permis de rejoindre des gens, non pas qui pensent comme nous, mais qui font un pas de côté par rapport à ce que la norme a d'oppressif. Et vraiment, moi, en fait, si j'arrive à poser ce regard-là sur ce qui a pu causer l'anorexie, sur la manière dont je vis, sur mon handicap aujourd'hui, et surtout si j'ai fait de la lecture pour penser les oppressions vues par les autres, c'est parce que j'ai... c'est pas du tout la manière dont j'ai été pris en charge l'univers individuel c'est le fait de politiser plein de choses ça peut paraître épuisant quand on est déjà fatigué mentalement et physiquement mais en fait c'est ce qui est le plus démancipateur parce que je trouve que c'est épuisant de se capitaliser de soi et de se sentir seule et vraiment des choses comme il ne serait pas que d'écouter ton podcast montrer que c'est articulé avec le féminisme vraiment on n'est pas seul c'est hyper dur à vivre Franchement, même moi, je suis entourée d'amis du temps, comme je les présente, et pourtant, je me sens vraiment en décalage par rapport à la norme. Ce n'est pas facile, en fait, par rapport à ce qui nous est matraqué au quotidien, dans les discussions, dans les représentations. On se dit... qu'est-ce que je fais là en fait dans ce monde, mais on n'est vraiment pas seul. Et ouais, de faire un pas de côté de ce qui est tout comparaison de l'individu par rapport à la norme, et de se dire mais attends, mais voilà une lecture un peu plus politique par rapport à tout ça, et émancipons-nous quoi. Et en plus en politisant les choses, on se libère collectivement. Plan d'oppression. Et on décale un peu de son assiette, en fait. Mais encore une fois, je dis ça en tant qu'arétablie, complètement détrouvée alimentaire, mais en fait...
- Speaker #0
Oui, mais c'est très aidant sur le chemin.
- Speaker #1
Oui. Et je l'aimerais bien que les soignants se politisent un peu plus.
- Speaker #0
Oh oui ! Je vais te dire que j'avais fait un reel sur le sujet et j'avais été hyper étonnée du succès qu'il a eu. Et c'est dire, en fait, le besoin de ça sur... Je ne sais pas si tu l'avais vu passer sur un... Un psychologue qui travaillait, qui travaille peut-être toujours, dans une unité spécialisée pour les troubles alimentaires. Une unité d'hospitalisation. Voilà. Bref, je ne sais pas où. Et en fait, il se trouve qu'on s'est croisés en formation, lui et moi. C'était en formation pour animer des groupes de parole. Donc, en plus, formation avec une approche systémique. Alors, il avait bien précisé que lui, il avait une approche... plus psychanalytique de base, de sa formation. De toute façon, moi, je viens du Grand Ouest, il n'y a que la psychanalyse. Il n'y a pas d'école de psychos, de fac de psychos, qui ait une autre approche que Total Psychanalyse. Donc, bon, ça pose déjà un certain cadre, mais il avait choisi d'aller se former à l'animation des groupes de parole avec une approche systémique, donc très bien, ouverture d'esprit, tout ça. Et à un moment donné, on bossait en petit groupe de travail. Et forcément, on travaille tous les deux dans le domaine des TCA. Et je ne sais pas pourquoi, mais à un moment donné, j'ai parlé du féminisme. Mais le mec est monté sur ses grands chevaux. En tout cas, le fait que le militantisme n'avait rien à faire dans le soin. Et on lui a fait un reel pour parler de ça, parce que c'est hyper choquant. Et que ça en dit beaucoup sur les prises en charge actuelles. Et que ça laisse un trou béant là où il y a plein de propositions à faire.
- Speaker #1
Moi c'est un des principes aux écoles que je vois dans ma prise en charge. Je pense que peut-être que les gens ne comprennent pas le terme de politisation, c'est en fait le fait de voir les structures, le lien est tellement évident entre féminisme et d'autres oppressions, enfin la manière dont le système fonctionne et les TCA, c'est tellement évident qu'il n'est pas à penser. Et c'est moi, encore une fois, je me permets de dire ça après 15 ou 20 ans de suivi. terrible vraiment franchement j'ai pas avancé en termes de c'est franchement il ya des podcasts que j'écoute un podcast me fait plus avancer que 50 thérapies parfois et je suis là mais attendez oui oui et encore une fois c'est en plus c'est émancipateur collectivement mais là il ya un vrai sujet quoi et moi parfois je suis là j'amène un petit pas en cabinet si parfois je vois une femme ou ou un psy castes, j'ai lu, je n'ose même pas leur dire parce qu'en général, ils n'aiment pas qu'on ait trouvé des ressources.
- Speaker #0
Oh là là, mais non, mais attends, c'est quoi ça ? C'est quoi ces soignants ?
- Speaker #1
Voilà. Mais c'est timide, on va dire, voilà. Et pourtant...
- Speaker #0
L'autre jour, je suis allée sur Angers, je leur fais une dédicace et je leur fais de la pub au passage parce que c'est un super lieu. un endroit où tu peux manger, boire, mais c'est un lieu aussi engagé qui s'appelle FICA sur Angers, donc cours et y. Et bref, il y avait des cartes de visite, et dans les cartes de visite, il y avait celle d'une psychologue, et sur sa carte de visite, c'est écrit psychologue féministe. Je l'ai prise direct la carte. Moi, j'ai une psy que j'adore, donc je n'ai pas besoin de trouver un autre suivi, mais j'ai une psychologue que j'adore aussi, parce que... elle a cette vision-là des choses et du soin et qu'elle est ouverte sur la réalité du monde. Effectivement, quand tu parles de politiser toutes ces questions-là, pour moi, ça revient vraiment à cette approche qui m'est si chère, qui est l'approche systémique, en fait. C'est qu'on part du principe dans l'approche systémique qu'on ne peut pas penser la personne et son trouble en dehors de son système. Ce serait complètement débile. Ça ne veut rien dire. une personne que tu prends. Si tu ne regardes pas à minima son système familial, mais aussi le système culturel dans lequel est prise sa famille, le système... Du coup, ça n'a aucune valeur, tu n'avanceras pas. Et du coup, c'est ça, c'est de prendre les choses dans leur globalité, de tisser les liens entre les choses. J'avais fait une conférence que j'avais adoré préparer, qui défendait l'idée que les troubles alimentaires étaient en fait des résultantes du système oppressif patriarcal. Et j'expliquais pour différentes raisons, avec différentes racines, mais qui sont toutes reliées directement aux oppressions du patriarcat. Et pour moi, c'est limpide, c'est une évidence. Ça ne veut pas dire que je suis complètement bloquée là-dessus et que... comment dire je trouve qu'il y a souvent cette peur là chez beaucoup de soignants s'il y a des soignants qui nous écoutent que aborder les thèmes du féminisme que de politiser toutes ces questions là ce serait essayer de calquer sa propre vision des choses tu vois ça nous éloignerait d'une pseudo neutralité thérapeutique moi je crois que de s'accrocher à de la neutralité thérapeutique c'est passer à côté du fait qu'on a nécessairement des biais qu'on regarde le monde avec Merci. nos lunettes, notre filtre du monde. Et que plus on va avoir conscience de ça et de la culture dans laquelle on est, plus justement, on va permettre à l'autre et la boucle est bouclée parce que j'ai l'impression que c'était aussi le thème de ton témoignage beaucoup. C'est aussi comme ça qu'on va permettre à l'autre de s'émanciper et de penser par lui-même.
- Speaker #1
Il n'y a pas de neutralité par la médicale, la journaliste. Moi, je pense que j'étais plus enfermée par leur pseudo-neutralité. que ce que n'aurait pu m'apporter une prise un peu plus ouverte. Mais c'est très dur parce qu'il y a la question financière qui fait que ça permet à tout le monde de choisir son autopsie. Et puis, moi, souvent, je me dis, mais si je veux qu'un jour, je peux me faire suivre par une personne dont les séances sont assez chères et tout ça, qu'est-ce que je choisis comme approche ? Je ne sais pas, c'est pas toujours marqué féministe. Et même, est-ce que ça, ça, je cherche forcément. C'est effectivement une approche systémique. Moi j'ai fait un site de psy, j'ai plus envie de tester en fait, je voudrais... Et tu vois, ça fait quelques temps, mon psy m'avait orientée pour que je devienne patiente expert. Et ça m'intéresserait, je ne me sens pas forcément légitime et tout, mais de faire de la paix-raidence au-delà de mon cercle proche d'amis qui aurait besoin, ça m'intéresserait, ça permettrait juste, j'aimerais, j'ai des choses à transmettre on va dire. Et aussi des études de psy, tout ça m'intéresse. Je ne vais pas pouvoir supporter des études où on… Je ne sais pas comment ça se passe, des études de psy et du truc. J'ai commencé une certification de patient expert. J'ai eu beaucoup de mal avec le fait que je ne sois pas complètement centrée sur l'individu, son comportement. Je n'arrive pas à intégrer des notions qui ne prennent pas du tout la logique systémique en compte. Et oui, j'aimerais bien que les soignants... Déjà, le premier biais qu'ils enlèvent, c'est le biais qu'ils ont sur la notion du féminisme, de politisation. C'est souvent des termes qui sont situés à discrédit, à interprétation, à délégitimation, alors qu'en fait, c'est émancipateur pour tout le monde. Le féminisme, il émancipe les hommes, voilà, et c'est une préfecture... Non mais vraiment, on n'en est pas très prêts, ça fait du mal à tout le monde, quoi. Et c'est une grillature évidente. Malheureusement, je ne veux plus me faire suivre par des gens qui n'ont pas cette Ausha. Mais c'est très dur à trouver. Effectivement, des contenus comme les tiens ou des efféministes, des essais féministes, des autrices féministes, m'éclairent plus que ce que j'ai pu avoir.
- Speaker #0
Malheureusement, c'est un témoignage que je reçois souvent. Alors, ça a une valeur. incommensurable pour moi de recevoir ce genre de témoignages des fois spontanément sur Insta, très souvent même, de personnes qui me disent « Bon ben voilà, j'écoute tes podcasts depuis six mois, ça m'a ouvert les yeux sur ça et ça, j'ai mis ça en place et je vais mieux alors que ça faisait dix ans que j'étais en thérapie et que je n'avançais pas. » Donc c'est trop chouette parce que ça me prouve que le contenu que je... propose à une valeur et ça me donne envie de continuer. À la fois, il y a un côté désespérant, tu vois, de se dire « ouais, d'accord » . Moi, j'ai été hospitalisée il y a très longtemps, il y a plus de 20 ans maintenant. Et donc, j'avais envie de m'accrocher à l'idée que c'est parce que c'était il y a 20 ans, mais en fait, ça bouge tout doucement. Ça bouge, ça bouge. Il y a quand même des témoignages que j'ai sur des hospices plus récentes. Il y a des personnes qui me disent, OK, voilà, tel hospice ou tel hospice de jour a été vraiment un tournant marquant dans ma guérison. Ça m'a beaucoup aidée là-dessus, là-dessus, là-dessus, avec des approches plus modernes, j'ai envie de dire, notamment les thérapies cognitivo-comportementales. Il y a des choses qui bougent, mais quand même, on en revient au fait que chaque soignant... au niveau individuel, est un humain qui baigne dans notre société et qui donc a construit des biais. Et c'est aussi ça qui est très compliqué avec les troubles alimentaires, parce que plein de soignants ont l'impression qu'ils sont capables d'accompagner les TCA, parce qu'ils ont un background de soignants. Pas de formation spécifique TCA, mais que chaque humain a ses propres biais, sa propre relation au corps, à ce que c'est que la bonne santé, à ce que c'est qu'être gros, à ce que c'est qu'être mince, à la nourriture, au fait de manger gras, sucré, machin. Et du coup les soignants calquent leurs biais sur les patients, on entend des énormités, des trucs qui ne devraient pas exister dans une consultation avec quelqu'un qui a des troubles alimentaires.
- Speaker #1
Oui, la dépolitisation des soignants est due notamment à leur imprégnation, aux faits qui vivent dans cette société, mais elle est aussi due à des choses politiques, ce qui empêche la politisation. et à des raisons politiques c'est-à-dire aussi que parce que parfois quand je regarde les soignants qui m'entourent ils me disent mais tu vois pas qu'on avance pas ou je lis un truc et je me dis mais pourquoi ils vont jamais parler et je me dis bah en fait quand ils ont des structures de soins ou ils manquent de moyens ils manquent de personnel ils sont sur les rotules épuisés, ils ont pas le temps de remettre en question peut-être leurs évidences, d'ouvrir leur champ au revoir de s'informer hors peut-être des publications scientifiques qui concernent, plutôt sensu, leur champ, je ne sais pas. Ça demande du temps quand même de politiser, de consulter pas mal de contenus. En plus, par exemple, toi, c'est podcast, réseaux sociaux qui sont d'une utilité très grande, mais en fait, c'est des formats que les soignants n'ont pas forcément l'habitude d'utiliser ou auxquels ils n'accordent pas forcément le crédit. Donc en fait, la manière dont fonctionne le système de soins ne permet pas forcément non plus une politicisation des soignants. Moi, j'ai un peu d'espoir pour la présence d'un JPCA quand même, par l'existence de contenus comme les tiens, par le fait qu'effectivement, j'ose espérer que ça change dans la manière dont c'est suivi, dont les hospitalisations se passent. J'espère qu'on ne réduit pas les personnes à leur maladie. Je suis en train de lire un livre sur l'enfermement, l'hystérisation des femmes, l'enfermement et la psychiatrisation. Et parfois, je me dis que c'est un truc. J'ai des souvenirs d'hospital où vraiment, c'était un enfermement physique, psychique. Il y a de l'espoir quand même sur la manière dont ça avance. Mais j'ose espérer que ce que tu proposes se développe. Je ne sais pas comment on peut le faire. Je cherche toujours des manières de me former pour une éventuelle... mais même si je n'en fais pas du tout mon métier, pour un peu professionnaliser ma posture, si le devant, les contenus comme les tiens sont maigres.
- Speaker #0
Je connais une formative de paire et danse qui est bien. Tu en parles ? Oui, en date. Il propose une certification de paire et danse qui et calquées sur la certification d'accompagnement au TCA que moi j'avais fait il y a un moment. Donc c'est des formations longues et qui sont, je ne sais pas comment le dire, variées, mais variées, le mot est un peu faible. Il y a vraiment une pluralité dans les approches proposées et dans les personnes qui viennent former. Et j'imagine que du coup, la formation de Père-Edan, elle est tout aussi riche d'ailleurs. D'ailleurs, je connais quelqu'un qui l'a fait, qui est intervenu déjà sur le podcast en plus.
- Speaker #1
Ok. Moi, ce qui m'intervenait, c'était s'il fallait être à Paris, mais je propose déplacer.
- Speaker #0
C'est du présentiel. Ça, c'est pour les personnes qui seraient intéressées. Ben ouais, c'est clair. Mais après, c'est vrai que ça fait des qualités de formation. Moi, j'ai vécu des formations en grand groupe où tout était en distanciel. Et j'ai vécu cette formation chez Andate où j'y allais une fois par mois pendant deux jours. On était un groupe de six. L'impact n'est pas le même. tu as faim ce que tu viens mettre au travail aussi chez toi, c'est pas comparable, mais on revient toujours à cet aspect financier, c'est clair.
- Speaker #1
C'est ça qui me bloque pour cette formation-là, et tu vois, je t'avoue que j'avais regardé ton parcours, et tiens, il est hyper intéressant, parce qu'il est varié, le tien, ton propre parcours initial, ce que tu as mis après, enfin, ce que tu fais aujourd'hui, et voilà, tout ce qui est un peu varié et politisé peut permettre d'avoir une approche de présence Merci. dans les TCA, mais on n'a pas lancé exactement, c'est la question qui est insoutenable. Mais le fait que ces formations existent et que la paire-aisance commence à être connue, ça me donne de l'espoir.
- Speaker #0
Mais ouais, on s'en fait mental beaucoup. Là, en psychiatrie, il y en a de plus en plus, dans la question aussi de la prise en charge des addictions et tout. Voilà, c'est trop bien. Bon, on a beaucoup parlé. Je ne sais pas comment vous en faites, mais avant de se quitter, quand même, même si on a dit beaucoup de choses, c'est important pour moi de te demander est-ce que tu as l'impression qu'on a fait le tour ? Est-ce qu'il y a quelque chose que tu n'aurais pas eu la possibilité de dire et qui serait important pour toi de transmettre ?
- Speaker #1
Je l'espère. Peut-être que ça s'est entendu un peu au début de mon témoignage aussi, mais je pense que si l'idée c'est de pouvoir sortir des troubles alimentaires, je voudrais aussi que, on a parlé de la politisation des soignants, mais je voudrais aussi que dans la prise en charge de maladies où les personnes sont vulnérables, les soignants s'interrogent sur leur posture. et ne redouble pas des violences qui ont parfois causé l'entrée dans la maladie. C'est un sujet dont je ne parle pas vraiment, mais il y a une partie de ma colère et d'une autre aussi. Je pense que dans mon propre parcours de soins, j'ai subi certaines violences qui peuvent causer des troubles alimentaires ou une vulnérabilité supplémentaire. J'aimerais que les soignants, en plus de... Je pense que toute cette discussion, elle permet d'interroger le système dans lequel les personnes qui ont des TCA baignent, mais dans lequel les soignants baignent également. Et mettre ça en question permettrait une modification de la prise en charge, mais aussi une modification de la posture des soignants. Moi, j'ai particulièrement mal vécu et ça m'a fait... Merci. énormément de retard de vie et de santé, la relation complètement déséquilibrée, voire parfois un peu oppressive de certains soignants. Mais sinon, j'ai fait le tour et j'ai quand même pas mal d'espoir pour la suite des prises en charge et je souhaite aux personnes concernées, quelles que soient les étapes. ou la situation de savoir qu'elles ne sont pas seules. Et que l'émancipation collective et la politicisation peuvent être une manière de ne pas se sentir isolée et de s'émanciper des tenours et des aboutissants.
- Speaker #0
Merci beaucoup Mathilde pour cet écrin qui était particulièrement riche. Je suis très contente qu'on ait abordé ce sujet. Merci à toi pour cet échange, mais d'avoir été aussi le moteur de cet échange, d'être venu toquer à ma porte. Et pour vous qui nous écoutez, n'hésitez pas à le faire. Il y a des sujets qui reviennent plus facilement, mais il y a aussi plein de choses auxquelles je n'ai pas encore pensé ou qui ont été abordées, mais peut-être un peu rapidement. N'hésitez pas à venir. toquer à ma porte si vous avez envie d'aborder un point précis parce que c'est avec grand plaisir qu'on le fera. Donc merci à toi, merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci pour ton contenu, merci pour ce que tu fais.
- Speaker #0
Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important, c'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide, d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord... partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles, notamment sur Spotify ou Apple Podcasts, ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !