Speaker #0Bienvenue dans TCA etc, le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mizzono et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie. Les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes et pour ce faire mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur Flavie.mtca. Très belle écoute ! C'est donc la troisième fois que je me reprends pour enregistrer cet épisode pas de côté du lundi, épisode en balade en extérieur, cette fois-ci avec le bon micro, vraiment désolé pour la semaine dernière et ce petit bug de micro, le son était quand même vachement moins bien. Bref, aujourd'hui si j'arrive enfin à enregistrer, j'avais envie de vous parler d'addiction. En fait, j'ai écouté l'épisode de podcast de "Encore heureux" de Camille Test qui parlait spécifiquement des addictions et encore plus spécifiquement de l'alcoolisme. Je l'ai trouvé très riche, hyper intéressant et comme à chaque fois que je consomme du contenu, je ne peux pas m'empêcher de faire des liens avec les troubles alimentaires et faire des liens entre les thérapies proposées, les expérimentations proposées aux personnes en souffrance avec celles qu'on propose, que moi je propose dans le soin des troubles alimentaires. Donc voilà, c'est un peu... Je compare tout au comportement alimentaire. C'est une grosse déformation professionnelle. Je ne sais pas si c'est chiant pour les gens autour de moi. Mais bon voilà, mon cerveau fait le lien systématiquement. Donc, ça m'a fait réfléchir à pas mal de choses. Et en parallèle de ça, je suis tombée sur un article qui parlait de Charlotte Gainsbourg et qui parlait de son comportement alimentaire et de son rapport au corps. C'est chose qui semble quand même assez compliquée pour elle. Et dans cet article, elle disait qu'elle était contrainte d'éviter tout un tas d'aliments parce qu'elle disait... avoir une nature boulimique qui l'empêchait de faire les choses sainement, d'être dans un entre-deux, qu'elle était toujours dans les extrêmes et que donc elle était contrainte de s'empêcher de manger tout un tas d'aliments en fait, si j'ai bien compris. Et donc j'ai fait le lien avec cet épisode de podcast sur les addictions. Alors dans l'épisode de podcast, et merci à elle et eux, aucune personne n'a fait le lien. À un moment donné, ils parlaient d'autres types d'addictions, mais à aucun moment, ils ont parlé de l'alimentation et merci parce que ça n'a rien à voir. C'est pour ça que j'avais envie de vous proposer un épisode pour faire un pas de côté avec ce discours ambiant aujourd'hui. C'est que le discours de Charlotte Gainsbourg résonne certainement avec peut-être vous, mais avec en tout cas le discours majoritaire ambiant qu'on entend qui est que l'alimentation provoquerait une addiction, au même titre que l'addiction à une substance, de la drogue, de l'alcool ou autre chose. Et que du coup, si on suit cette logique-là, on est tenté de se dire que pour éviter de faire des crises de boulimie, où on se sent vraiment comme un ou une junkie, il faut éviter le produit. Il faut donc éviter la bouffe, ou en tout cas éviter la bouffe qu'on consomme pendant les crises. Donc si je prends l'exemple du chocolat, qui est souvent l'aliment qu'on retrouve facilement dans pas mal de crises chez pas mal de personnes, la solution ce serait de l'éviter, de ne plus en acheter, de ne plus en manger. Franchement, je sais pas ce que vous vous en pensez, moi ça me paraît complètement fou d'imaginer ne plus en consommer de sa vie ou savoir que si on en consomme ça va partir en cacahuètes. Après, moi aujourd'hui je vous propose de faire ce pas de côté, mais pendant longtemps j'ai pensé la même chose. Et je faisais partie de ces gens qui disaient « Ah là là, quelque part les gens qui souffrent d'alcoolisme ou de toxicomanie, au moins eux ils peuvent se passer du produit qui cause tous leurs problèmes. » Alors que moi la nourriture, je suis bien obligée d'en manger. Oui, et elle est là la différence fondamentale. Aujourd'hui je le sais, je le comprends. C'est qu'on ne peut pas se passer de nourriture. là où l'alcool, la drogue, ce sont des toxiques pour notre corps. Et donc ça c'est une différence fondamentale qui fait qu'on n'obéit pas aux... aux mêmes lois de la guérison. Une autre différence fondamentale, à mon sens, c'est que quand j'écoutais l'épisode de podcast sur l'alcoolisme et qu'il était question des alcooliques anonymes, les personnes, même en rémission, c'est-à-dire en abstinence totale de consommation d'alcool, continuent de se dire alcooliques et tous et toutes sont a priori plutôt d'accord pour dire qu'on est alcoolique à vie et c'est un discours que j'entends souvent aussi par rapport au TCA. En fait on a ça toute sa vie et je ne suis pas du tout d'accord non plus. Je trouve que cette soi-disant fragilité qu'on pourrait se traîner toute sa vie, en fait ce n'est pas le fait d'avoir eu des TCA, c'est le fait de vivre dans un monde qui continue de nous prendre la tête avec ça à longueur de temps, avec notre corps, et avec la bouffe, etc. Mais finalement une personne ayant eu des TCA et qu'en est sortie, elle n'est pas plus fragile, elle ne reste pas sur le fil des TCA toute sa vie, elle n'est pas plus dans ce cas-là... Oui, elle n'est pas plus fragile qu'une personne qui n'aurait pas encore développé de troubles alimentaires. Après, c'est important quand même que je m'arrête sur ce qui peut vraiment créer la confusion, c'est qu'effectivement, on va... Peut-être que quelqu'un qui fait des crises de boulimie... va se reconnaître dans ce que décrit une personne alcoolique et ce que lui procure l'alcool, ce qui se passe en elle quand elle a envie de se tourner vers l'alcool. Et là où je suis complètement d'accord, c'est qu'effectivement, dans les deux cas, je crois que c'est important à un moment donné de se tourner vers le pourquoi. Pourquoi je fonctionne comme ça ? je ressens le besoin de la nourriture, ce besoin irrépressible. Alors attention, j'ouvre une grande parenthèse. Ça, à mon sens, c'est valable une fois qu'on mange à sa faim. Parce que chercher au fin fond de vos émotions et de vos potentiels traumas pourquoi vous avez des cravings de bouffe, tant que vous êtes en privation totale, mettons, de chocolat ou de saucisson, ou tant que vous mangez en dessous de vos besoins, il n'y a pas besoin d'aller chercher bien bien loin. Donc ça, c'est important de le rappeler. Mais il est possible, il y a des personnes pour qui ça règle tout en fait, de régler toutes ces histoires de privation, de développer une meilleure relation à son corps et tout ça. Et puis j'allais dire, il est possible que pour d'autres personnes, ça reste un peu... Souvent c'est quand même pas tout à fait les mêmes crises, des fois c'est même plus du tout des crises, c'est plutôt de la suralimentation. Et là il est possible qu'il y ait quelque chose qui reste. Et effectivement, c'est quand même intéressant d'aller voir... à quel signal émotionnel ça vient répondre, quelque part. On va le dire comme ça. C'est-à-dire que quand j'ai envie, pendant une période prolongée, sans arrêt de manger tel ou tel aliment, que j'ai l'impression qu'il n'y a que ça qui peut m'apaiser, me calmer, c'est intéressant d'aller creuser. C'est intéressant d'avoir un suivi, un accompagnement psychologique. C'est de la même manière que pour l'alcool. Je pense que... Quelqu'un qui souffre d'alcoolisme, il ne suffit pas d'arrêter de boire. Parce que, de toute façon, en arrêtant de boire, tu vas te confronter à des émotions, à des choses qui vont peut-être être hyper difficiles à traverser. Donc dans tous les cas, oui, c'est intéressant d'aller voir à quoi sert le comportement derrière. Tout comme, là je parle des compulsions, mais le contrôle extrême de son alimentation, ça a une fonction aussi. Donc bien sûr que c'est intéressant d'aller voir. Attention, je vous invite vraiment à faire un énorme pas de côté avec ce discours ambiant de le trouble alimentaire c'est une addiction comme une autre. Et l'idée que du coup pour s'en sortir il faudrait utiliser les mêmes règles d'éviction. Dans l'alimentation, je le répète, c'est plutôt l'éviction qui va créer l'addiction ou en tout cas la sensation d'être addict. Une dernière petite chose parce qu'en discutant avec des gens qui travaillent dans le domaine des addictions, J'ai découvert ça, c'est que même le soin de l'alcoolisme par exemple a évolué. C'est-à-dire qu'on ne va pas forcément tout de suite emmener les personnes vers une zéro consommation. On va les accompagner dans une exploration de leur comportement et de voir s'il est possible d'aller vers une modération. Si ce n'est vraiment pas possible, alors il y aura le fait de s'abstenir complètement de boire. Mais c'est intéressant de voir que même dans le cadre des addictions, on n'est plus dans un tout ou rien, quelque chose de très binaire. Et que, ben voilà, on voit bien que tout progresse à ce niveau-là. Et bon, je trouve que ça en rajoute une couche sur le fait que, voilà, à plus forte raison pour l'alimentation, c'est pas possible de fonctionner comme ça, parce que c'est quelque chose qui est à la base, en fait, de nos besoins et qui est complètement omniprésent et donc, de toute façon, on a besoin. Voilà, j'espère que ce petit pas de côté... aura pu vous éclairer, vous questionner, parce que c'est vraiment le but. N'hésitez pas à m'écrire. Vous êtes déjà plusieurs à m'avoir fait des retours sur ce format d'épisode et à m'avoir proposé des sujets. C'est trop cool. Continuez, ça me fait trop plaisir et ça nourrit mes idées, mon imaginaire. Merci beaucoup. Et puis je vous dis à très bientôt. Et vous le savez, d'ici là, prenez soin de vous autant que possible. Ciao !