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TCA etc - Comprendre et lutter contre les troubles alimentaires

Retrouver ses règles, retrouver sa vie : le récit de Laurie E.156

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1h15 |22/08/2025
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Description


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C’est avec beaucoup de recul et de maturité que Laurie nous livre son parcours avec les troubles alimentaires.

De sa première envie de mincir -très précoce-, au premier régime, à l’anorexie, en passant par la boulimie… Laurie nous explique comment elle a sombré malgré une vie où dit-elle, elle avait « tout pour être heureuse ».

Mais ce que Laurie nous confie principalement c’est ce qui lui a permis de s’en sortir, tout ce qu’elle a mis en place et à quel point elle se sent gagnante aujourd’hui, même avec ce qui lui faisait le plus peur : une prise de poids.

Bravo et merci Laurie, cet échange est particulièrement riche. 


Livre cité : Je N'ai Plus Mes Règles: Le Guide Complet Pour Retrouver Des Cycles Réguliers     de Nicola J Sykes


Compte Instagram cité : Florence Gillet (@jenaiplusmesregles_livre)


Au programme :

Présentation de Laurie 

Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

Le premier régime
Le début des crises de boulimie 

Ce qui a fait tilt et opéré un changement
En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues 

Ce que Laurie aimerait vous dire 


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Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mitsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue Laurie sur le podcast, très contente de t'accueillir.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci moi aussi, je suis super contente de devenir témoignée aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Bon, trop chouette. Avant qu'on rentre dans le vif du sujet, tu le sais, je propose aux personnes qui viennent... de commencer par se présenter pour que les auditeurs, auditrices, aient déjà un peu une idée de qui tu es.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Laurie, j'ai 26 ans. Je travaille et je vis sur Paris, mais je viens de Haute-Savoie. Je fais les allers-retours entre Paris et la Haute-Savoie. J'adore la nature, j'adore être dehors, j'adore passer des moments avec ma famille, mes amis.

  • Speaker #0

    Tu vis à Paris et tu adores la nature et être dehors. Ce n'est pas trop frustrant ?

  • Speaker #1

    C'est contradictoire, c'est contradictoire, oui. C'est vrai que c'est ce qui me manque le plus à Paris d'ailleurs. C'est pour ça que je ne vais pas encore rester très très longtemps à Paris. J'ai pour projet de déménager sur Lyon parce que mon copain est sur Lyon. Mais pour me rapprocher un peu de la nature et de ma famille.

  • Speaker #0

    Ok, trop chouette. Tu viens témoigner à mon micro aujourd'hui pour parler de mon sujet de prédilection, les troubles des conduites alimentaires. Avant que tu nous racontes un peu plus ce qui s'est passé pour toi, si tu écoutes le podcast, tu le sais, j'aime bien aller faire un petit retour en enfance, te demander ce que tu as, toi, comme souvenir de toi en tant que petite fille et quel était ton rapport à l'alimentation et à ton corps quand tu étais une petite fille. Est-ce que tu te souviens ?

  • Speaker #1

    Ça a commencé très tôt pour moi.

  • Speaker #0

    Ok.

  • Speaker #1

    J'ai aux alentours des 7-8 ans déjà. En fait, ça a commencé plus sur mon corps plutôt que sur l'alimentation. Le rapport un peu troublé à mon corps parce que j'étais assez grande pour mon âge. J'étais un peu potelée, je dirais. Je pense que j'étais un petit peu au-dessus des courbes. Et du coup, je me rappelle que déjà pour m'habiller en étant petite, c'était compliqué. Et je me rappelle de cabines de séance shopping avec ma maman et ma sœur, dans les cabines d'essayage, où ça partait souvent en pleurs, ça finissait souvent en pleurs, parce que je n'arrivais pas à trouver des vêtements qui me plaisaient, parce que je ne me trouvais pas bien dans le miroir, déjà à cet âge-là, déjà très tôt. Et du coup, ma maman, pour m'aider, me disait, si tu veux, on fera un petit peu attention. Il n'y a jamais eu de régime, il n'y a jamais eu de... Même au niveau des médecins, je n'ai jamais eu un médecin qui m'a dit « attention, il faut… » Je pense qu'au niveau des courbes, j'étais bien. Après, au niveau des standards, peut-être un petit peu au-dessus. Et du coup, il y a eu très tôt ce désir de faire attention à l'alimentation.

  • Speaker #0

    Ça m'interpelle ce que tu dis parce que tu viens de parler des standards. Et justement, j'étais en train de me dire « mais attends… » Quel point de comparaison tu avais à cet âge-là, tu vois ?

  • Speaker #1

    Par rapport à mes copines, je pense. Par rapport à mes copines qui étaient encore très fines, très menus à cet âge-là. Et moi, je me rendais bien compte que j'étais un petit peu au-dessus. Je n'étais pas comme elles, en fait. J'étais formée très vite. J'ai eu mes règles tôt. Du coup, j'ai eu un petit peu de poitrine un peu plus tôt. J'étais assez grande. Aujourd'hui, je ne suis pas très grande, mais j'étais un peu au-dessus de... des normes de mes copines en fait. Plutôt partie primaire du coup.

  • Speaker #0

    Et tu avais des réflexions à l'école ?

  • Speaker #1

    Pas du tout. Non, en fait, j'ai jamais eu de réflexion à l'école. Et c'est ça que... C'est pas bizarre, mais c'est ça que je trouve... En fait, je me suis un petit peu montée la tête toute seule parce que j'ai jamais eu de moquerie, j'ai pas eu de réflexion. Mais pour autant, mon corps a toujours été une préoccupation pour moi. Et même pour ma famille, j'ai jamais eu de... de remarques, de moqueries de la part de ma femme.

  • Speaker #0

    Et les femmes de ta famille, c'est une préoccupation pour elles, leur propre corps ?

  • Speaker #1

    Alors, ma sœur, quand elle était jeune, était vraiment très fine. Du coup, je pense que pas du tout, ça n'a jamais été une préoccupation pour elle. Ma maman a toujours été très mince aussi, mais je l'ai toujours entendu faire attention. Elle n'a jamais fait de régime, mais elle faisait attention à son alimentation. Elle ne le faisait pas ressentir à nous, c'est-à-dire qu'elle nous a toujours tout fait à manger. On a toujours eu des gâteaux à la maison. tout eu niveau alimentation, il n'y avait pas d'interdit. Mais par contre, elle faisait elle-même attention à elle et à son corps.

  • Speaker #0

    Son corps nécessitait une certaine maîtrise. Quand tu dis que tu t'es montée à tête toute seule, je comprends bien ce que tu veux dire. Malgré tout, tu grandissais dans une société qui est la nôtre, avec les séries télé, les feuilletons, les trucs. Et puis une maman, même si elle n'a pas fait peser ça sur toi, elle-même son corps était objet de maîtrise.

  • Speaker #1

    Complètement et je pense que moi j'étais aussi une enfant très loyale, très proche de ma soeur, très proche de ma maman, très proche de mon papa, très petite fille modèle aussi en fait et je voulais je pense ressembler à ma maman. Elle n'a pas du tout une pression sur nous mais je pense que moi je m'en suis mis une en voulant bien faire en fait. au niveau scolaire, au niveau... à tout niveau.

  • Speaker #0

    T'as toujours l'impression d'être là dedans ou pas ?

  • Speaker #1

    Non je pense que j'ai... non, je pense que j'ai fait beaucoup de chemin là dessus et et je me prends... je me lâche la grappe maintenant je dirais et je sais que mes parents sont très fiers de moi, je sais qu'il n'y a pas de souci là dessus. Moi, j'ai l'impression maintenant de leur plaire en fait. Je le sais et c'est acté. Je n'ai plus ce besoin de prouver.

  • Speaker #0

    Tu dis qu'il y a ton rapport au corps qui a commencé par là, très jeune, que c'était un sujet pour toi. Finalement, c'est ça qui a entraîné une modification de ton rapport à l'alimentation. Je me pose la question de savoir si tu as des souvenirs avant ça. Parce que tu étais vachement petite en fait. Est-ce que tu as des souvenirs de ton rapport à l'alimentation avant de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    Je pense qu'il était plutôt classique. J'ai pas de souvenirs particuliers parce que je pense qu'on mangeait vraiment normalement chez moi. Comme je l'ai dit, il y a toujours eu des gâteaux, des... des petites choses au petit déjeuner. Il y a toujours eu de tout, des légumes. On a toujours mangé vraiment de façon équilibrée. Il n'y avait pas d'équilibre ni d'un côté ni de l'autre. Mes parents se sont séparés très tôt. Alors, c'est vrai que quand j'étais chez ma mère, on a toujours gardé la même alimentation variée. Chez mon père, c'est vrai que lui cuisinait un peu moins. Du coup, il y avait sûrement plus de plats préparés et plus de... d'aliments un petit peu moins équilibrés, peut-être un peu moins de légumes, etc. Mais ça restait toujours très équilibré. Non, je n'ai pas de souvenirs de vraiment quand j'étais petite. J'avais un rapport complètement normal avec la nourriture.

  • Speaker #0

    Ok. Et tu as commencé donc à faire attention très jeune, aider de ta maman, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    C'est ça.

  • Speaker #0

    Et tu te souviens à quoi ça ressemblait et comment ça a évolué, ça ?

  • Speaker #1

    C'était plutôt au niveau des portions. Ce n'était pas vraiment que je n'avais plus le droit de manger certains aliments, parce que pas du tout, elle ne me faisait pas des repas à côté ou quoi que ce soit. Mais si je lui disais plus, si là je me resserre et que tu vois que c'est trop, dis-le-moi. Ou si là j'ai envie de me resservir, fais-moi un petit regard pendant le repas. C'était plus des choses comme ça plutôt que... Des petites choses qui, avec le recul, me semblent complètement incroyables. Mais c'est vrai que sur le coup, je me disais que j'ai besoin d'un œil extérieur pour contrôler un petit peu ces quantités que je n'arrive pas à gérer. En fait, je pense que je n'ai jamais eu confiance en mon aliment. Je n'ai jamais eu confiance en mon corps et en sa régulation. J'ai toujours eu besoin de quelqu'un extérieur pour me dire « ne te resserre pas » ou « là, c'est un peu trop » .

  • Speaker #0

    Oui, après, forcément, tu partais avec un postulat de base un peu biaisé qui est « ok, mon corps, il a quelque chose qui ne va pas » , alors qu'il suivait juste son évolution et il fallait le contraindre. Et donc, tu partais du principe que nécessairement, tu ne mangeais pas bien, tu mangeais trop, tu mangeais… Donc oui, tu as fait appel à ta maman pour t'aider à contrôler ton alimentation.

  • Speaker #1

    Exactement, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Et donc ça a fonctionné ?

  • Speaker #1

    Ça a fonctionné, oui. Je ne sais pas si j'ai vraiment perdu du poids. Je ne crois pas parce que ma mère, elle n'était pas non plus… Je pense qu'elle ne me disait pas grand-chose en fait. Enfin, c'était un… un contrat un peu implicite entre nous, en mode, si tu vois que je me resserre, tu me dis quelque chose. Et en fait, je ne me rappelle pas trop, mais je ne pense pas qu'elle disait grand-chose. Et je ne pense pas qu'elle ne m'interdisait pas. Je pense que c'était contre nature pour elle de m'interdire, de me resservir. Du coup, je n'ai pas trop perdu de poids. J'ai toujours... J'ai grandi, du coup, mon poids a suivi son évolution et j'étais toujours un tout petit peu au-dessus, mais un peu moins. J'ai jamais été mince, j'étais pas en surpoids, j'étais normale hausse. Et en fait, ça a jamais suffi pour moi. Ça a jamais suffi et quand je suis entrée au collège, on a eu un stage de voile, je crois, en 5e. Et là, je me suis dit, la voile, maillot de bain, maillot de bain, faut que je perde du poids. Et là, j'étais déjà plus préparée, j'étais plus grande déjà. Et donc je pense que je me suis aussi mieux renseignée par moi-même sur internet, sur l'alimentation, sur le sport. Et je me suis dit, je vais faire un petit régime moi-même de mon côté, sans forcément en parler. Et je vais perdre mes quelques kilos et ça va aller super pour ce stage de voile en fait. Et là du coup, j'ai commencé à restreindre mon alimentation, à perdre du poids et à en perdre pas mal. Là ça s'est vu. Et moi, j'étais contente. Je me suis dit, waouh, ça marche, c'est cool. Et c'est après, par la suite, où ça a inquiété ma maman surtout parce que j'avais vraiment perdu beaucoup de poids. Et j'étais... En fait, je me rappelle d'un souvenir où ma maman avait fait des pâtes carbo et j'ai commencé à trier les lardons. Et là, je pense qu'elle a compris qu'il y avait quelque chose qui avait basculé et que c'était plus... juste faire attention que c'était devenu obsessionnel.

  • Speaker #0

    Et c'était à quel moment ? Ça faisait combien de temps que tu étais dans ce contrôle ?

  • Speaker #1

    Ça faisait, je ne sais pas, peut-être six mois, un an. Mais j'ai perdu du poids, j'étais fine en fait. Pour une fois, j'étais fine, je n'étais pas maigre, je ne faisais pas malade, mais j'étais fine. Et ça me plaisait parce que c'était ce que j'avais toujours voulu en fait.

  • Speaker #0

    Et donc voilà, ta maman se rend compte et alors quoi ? Elle tire un peu la sonnette d'alarme et elle cherche à dialoguer avec toi ?

  • Speaker #1

    Alors là, du coup, ma maman a peur. Elle cherche à en parler. Alors elle est un peu démunie parce que moi, je me braque. Parce que je ne veux rien entendre. Moi, je suis dans mon truc et je suis contente en fait. Je ne veux pas qu'on me coupe là-dedans. Je ne veux pas que... Du coup, je faisais du sport à l'époque. Je faisais du handball. Ma maman me disait, si tu ne reprends pas du poids, par exemple, on ne te refera pas ton certificat de scolarité avec le médecin et tu ne reprendras pas ta licence de hand l'année prochaine. Il y avait un peu ce truc où elle ne savait plus trop comment moi me faire réagir. Et du coup, elle était un peu démunie. On a eu quelques conflits à propos de ça. Après, ça n'a pas été très loin. Elle m'a vite... Je mangeais avec elle, en fait, tout le temps. Je mangeais avec elle le midi et tous les midis. Et le soir, une semaine sur deux, j'étais chez mon père. Une semaine sur deux, j'étais chez ma mère. Donc, en fait, on partageait quand même tous nos repas. Et petit à petit, elle a réussi à ce que je mange plus. Voilà, ça s'est remis un petit peu comme ça, un peu par la force des choses. Voilà, on a dû s'embrouiller quelques fois. Et voilà, je me suis dit, OK, bon, va... je reprends un peu de poids. C'est passé comme ça, en fait. Mais du coup, après cet épisode-là, j'ai commencé à faire des crises de boulimie parce que je pense que j'ai eu un retour de bâton de l'anorexie que je n'ai pas réussi à contrôler. Je m'autorisais à manger plus de choses. Et puis, je ne me rappelle pas très bien de cette époque. Ça devait être vers mes 14-15 ans. Je ne me rappelle pas de la première crise. Je ne me rappelle pas de la première fois où je me suis fait vomir. Mais c'était un moyen que j'avais trouvé tant bien que mal pour garder un poids stable. et à un poids plutôt bas et stable.

  • Speaker #0

    Tu ne devais pas trop comprendre ce qui t'arrivait quand les crises ont débarqué ?

  • Speaker #1

    Je ne comprenais pas du tout. C'était vraiment une force extérieure qui venait sur moi. Je ne comprenais pas pourquoi je faisais ça, alors que j'avais des copines au collège, que j'étais bien, j'étais heureuse. J'avais des parents. qui m'aimaient, des parents attentionnés, qui prenaient soin de moi, j'avais des amis, j'avais une vie complètement normale à côté de ça, en fait.

  • Speaker #0

    Et puis, finalement, si j'ai bien compris, tu dis, ça s'est fait comme ça, par la force des choses, le fait de remanger. Alors moi, ça m'a fait un petit tilt. Alors, tu parlais du fait d'être une enfant très loyale à ta maman. Peut-être que c'est ça qui t'a aidée aussi à remanger. Tu as cette relation que tu avais à ta maman, donc il y a aussi beaucoup de bons. Mais du coup, en fait, il n'y a pas eu de consultation de professionnel.

  • Speaker #1

    Je me rappelle que j'étais allée voir une psy, puis en fait, je pense que ça ne l'a pas fait. Je ne peux pas dire que je n'ai pas accroché, puisque je n'y suis allée qu'une fois. Et du coup, je n'ai pas poursuivi le suivi. Et comme ma mère était très présente pour moi, elle l'est toujours, je pense qu'on a beaucoup discuté et que c'est passé comme ça en fait. Elle m'a dit « bon bah ok, si tu ne veux pas la revoir, on ne la revoit pas. Par contre, fais un peu ce que je te dis, fais-moi confiance, remange un peu comme moi, tu vois. » Et voilà, je pense que j'ai un peu pris exemple sur ses assiettes, sur comment elle mangeait. Et je m'en suis un peu sortie comme ça, sans comprendre déjà pourquoi j'étais tombée. dedans et sans comprendre vraiment tout ce que cette maladie engendre en fait parce que j'étais trop jeune aussi j'avais j'étais même pas en troisième quatrième troisième en fait ouais c'est clair enfin je veux dire même en tant qu'adulte c'est

  • Speaker #0

    complexe hein voilà c'est ça des fois on met des années à même parfois une fois guéri je trouve qu'on continue d'explorer son histoire et de faire des liens avec ce qui s'est passé donc c'est sûr que là déjà quand t'as le nez dedans et en plus quand t'es ado il y a beaucoup de choses en jeu mais du coup le fait de pas avoir été accompagnée par quelqu'un qui connait bien les mécanismes parce qu'après il y a plein de professionnels qui connaissent pas non plus ça t'a pas permis de pouvoir mettre du sens aussi sur ces compulsions qui débarquaient exactement je pense que mes parents ils se sont pas trop non plus inquiétés parce qu'à côté de ça d'Ager.

  • Speaker #1

    Comme je disais, j'avais plein d'amis, je faisais du handball, j'avais une équipe super, je m'entendais bien avec tout le monde, j'avais des bonnes notes à l'école. Donc en fait, à part ça, qui prenait beaucoup de place dans ma vie et qui a continué de prendre énormément de place dans ma vie, mais à part ça, entre guillemets, tout allait bien. Du coup, je pense qu'ils se sont dit, elle reprend juste un petit peu de poids, ça va mieux, et puis voilà. Et les crises après, je les ai cachées au début. Et puis après, ma maman s'en est vite rendue compte aussi. Parce que de toute façon, c'est elle qui faisait les courses. Donc elle voyait bien aussi. Elle a vite compris en fait. Mais là, pareil, je n'ai pas eu de suivi vraiment. J'ai parlé un peu avec ma maman en fait. J'en ai parlé un peu avec ma maman, un peu peut-être avec ma soeur, je ne sais plus trop cette période. Et bon, j'ai continué à faire des crises plus ou moins espacées. Ça a duré, ça a bien tout lissé. En fait, je mangeais peu le midi, je mangeais toujours, mais je mangeais peu avec mes copines. Et puis en fait, au goûter, c'est là que je rentrais de l'école, j'avais faim. Et c'est là où toutes les restrictions accumulées de la journée se déchargeaient le soir, en fait. Et encore une fois, je ne comprenais pas forcément parce que j'avais encore des copines. Il y avait ma sœur aussi qui était très présente, mes parents qui étaient très présents, qui étaient là tous les soirs. Je ne comprenais pas pourquoi moi, je n'arrivais pas à juste manger normalement comme mes amis, à prendre un panini à 16h comme tout le monde. Moi je me l'interdisais, mais par contre après le soir, ça partait en vrille en fait.

  • Speaker #0

    Ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré tout le lycée, ça a duré tout, je crois. Et en fait, après, j'ai rencontré mon premier copain en terminale. Et après, on partageait souvent des repas ensemble, le soir, le week-end. Et en fait, j'ai commencé à remanger en quantité avec lui. Parce qu'en fait, comme c'était des repas partagés, c'était des bons moments. Moi, je me sentais aimée aussi, je me sentais... valorisé parce qu'on était ensemble c'était ma première relation c'était c'était assez passionnel aussi et du coup en fait petit à petit je me suis détaché de ces restrictions je me suis donné la permission de manger parce que parce que c'était le moment fait parce qu'on partageait un goûter parce qu'on partageait des repas le soir et petit à petit balle en fait j'ai guéri comme ça grâce à notre relation parce que alors au début j'ai pris j'ai pris du poids parce que je mangeais plus Et puis après petit à petit, mon poids s'est stabilisé. Puis oui, il s'est stabilisé. J'ai reperdu un tout petit peu, peut-être un ou deux kilos sur deux, trois ans. On est resté ensemble trois ans. Et pendant les trois années, je n'ai plus de troubles alimentaires, je n'ai plus de crise de boulimie. Je ne suis pas retombée dans l'anorexie parce que je me sentais bien, parce qu'en fait, j'avais retrouvé un rapport assez apaisé avec la nourriture. grâce à cette relation, en comprenant toujours pas vraiment ce qui m'était arrivé, pourquoi je m'en étais sortie. Mais comme je m'en étais sortie, je n'avais pas forcément cherché plus que ça, en fait.

  • Speaker #0

    Oui. Et donc, si j'ai bien compris, tu n'es plus avec cette personne-là. Et alors, c'est quoi ? C'est la rupture ? C'est au moment où la relation s'est terminée que les troubles alimentaires sont revenus ?

  • Speaker #1

    Exactement. En fait, quand ça s'est terminé en 2020, juste après le Covid, L'été, ça a été parce que l'été, ça va toujours. J'avais un petit job chez moi. Il y avait mes copains cet été-là. Donc, j'étais super entourée. J'étais plutôt bien. Et en fait, à partir de septembre-octobre, on avait des couvre-feu, il me semble, le soir. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. J'étais en alternance, mais du coup, j'allais travailler. Mais mon école était en 100% distanciel. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. À partir de 18h, on ne pouvait plus sortir. Et là, je me suis retrouvée vraiment seule. Pour la première fois, j'étais chez mes parents seule. J'étais célibataire. Mes amis n'étaient pas forcément en Haute-Savoie. Et là, vraiment, j'ai ressenti de la solitude. Et c'est là où j'ai ressorti ma béquille et que j'ai recommencé à faire des compulsions, à faire des crises de boulimie. Et là, ça a été super dur parce qu'en fait, je me suis dit, ça commence. Vraiment, ce que je pensais être guéri recommence. C'est l'enfer, je ne comprends pas. Pourquoi ça revient ? Et là, vraiment, j'ai paniqué. J'ai essayé de me documenter. Donc, j'ai lu beaucoup de livres. Mais en fait, toujours dans l'espoir de manger moins, d'arrêter de manger mes émotions. d'arrêter de... En fait, je me rends compte que toutes les démarches que je faisais, j'essayais par exemple de faire du sport pour ne pas manger. En fait, tout mon focus c'était ne pas manger, ne pas faire une crise, ne pas craquer sur certains aliments en fait. Et du coup c'était horrible parce que plus je me focalisais là-dessus et plus je faisais des crises. Et plus j'avais l'impression que je m'en sortirais jamais. malgré que j'en parlais aussi beaucoup avec ma maman, j'ai vu pareil 2-3 psy, je pense que j'ai vu 2 psy, une en Haute-Savoie et une sur Paris quand je suis partie à Paris, j'ai pas forcément aimé les approches, j'ai beaucoup lu, j'ai beaucoup écouté de podcasts plus tôt, mais j'ai pas eu une relation thérapeutique dans laquelle je me suis sentie...

  • Speaker #0

    bien écouté et où je me suis dit la personne peut m'aider là-dedans en fait ouais en fait c'est hyper parlant ce que tu dis là dans ce que tu viens de dire il y a deux trucs il y a cette espèce d'errance médicale ou paramédicale qui est quand même réelle c'est à dire que bon on sait que n'importe quel suivi il y a l'aspect relationnel qui est vachement important et puis bon bah ça tu vois on le sait jamais trop à l'avance ça va matcher ou non Mais il y a quand même le fait que les personnes aient une... spécificité autour des troubles alimentaires ou non, et que dans une formation de base de psychologue, il n'y a pas l'aspect trouble alimentaire, et que ça joue quand même beaucoup sur l'impression d'être au bon endroit et de pouvoir avancer sur ce sujet-là. Et l'autre truc sur lequel je voulais juste appuyer, parce que je trouve que c'est tellement parlant ce que tu dis, sur le fait que les compulsions reviennent. D'ailleurs, quand tu as parlé du fait que les compulsions revenaient, je me suis dit, ah mais tiens, qu'est-ce qui est revenu en premier ? Les compulsions ou l'envie de reprendre un peu le contrôle sur ton corps et ne serait-ce que l'idée de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    En fait, j'avais stabilisé mon poids pendant trois ans. Mais stabilisé tout en perdant un tout petit peu. Mais vraiment progressivement, ça devait être un petit kilo par-ci, par-là. Et c'était peu, en fait. Et c'était normal, entre guillemets. C'était sans action volontaire. En fait, quand on s'est séparés, c'était l'été et je bossais en restauration. Et je pense que je me dépensais. Je crois que j'avais perdu un peu de poids pendant cet été. Et là, je me sentais bien. C'était en post-structure, j'avais reperdu un peu de poids. Et je pense que ça a redéclenché une envie de contrôle parce que c'était euphorisant un peu de me dire... Je reprends un peu le sport, je reprends un peu la perte de poids, je me sens bien. Je pense que ça a pallié vraiment au deuil de la rupture. Ça m'a permis de me dire, j'ai le contrôle sur quelque chose en fait.

  • Speaker #0

    Oui, mais tu vois, c'est très souvent le cas. Après, ça aurait pu être un peu différent, mais c'est quand même principalement le cas. C'est-à-dire que ce qu'on voit, c'est les compulsions. Mais en fait, quand on prend le temps de déconstruire un peu ce qui s'est passé avant, Non, les compulsions sont consécutives à un retour du contrôle, à un amégrissement qui engendre des pensées de « là, je suis trop bien, il ne faut surtout pas que je grossisse » . Et du coup, c'est intéressant parce que c'est vraiment dans ce sens-là que ça marche. C'est le contrôle qui crée la compulsion. Et puis quand la compulsion est là, tu le disais très justement, toutes les tentatives de solution sont autour du fait de ne pas manger, ce qui est finalement ce qui génère la compulsion. Et ça explique qu'il y ait... franchement des centaines de milliers de personnes, c'est sûr, bloquées dans ces schémas-là, à qui on n'a jamais dit non, non, non, ça fonctionne dans l'autre sens.

  • Speaker #1

    Exactement.

  • Speaker #0

    Et alors du coup, ça repart ça à l'automne 2020 pour toi, et ça prend quelle place et ça dure combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça dure jusqu'à il y a six mois, donc ça dure presque cinq ans, quatre, cinq ans, oui, cinq ans. Parce que, alors avec des avancées, avec beaucoup de prise de conscience, mais c'est long en fait, parce que pendant longtemps, je me focalise sur les compulsions. C'est mon ennemi numéro un. J'avais l'impression en fait, moi l'image que je me faisais, c'était que j'avais la porte de chez moi ouverte. J'avais la porte de chez moi fermée, je ne l'avais pas fermée à clé, et qu'à tout moment, quelqu'un pouvait rentrer. Et en fait, c'était vraiment cette image-là, c'est que ça pouvait... ça pouvait survenir un peu n'importe quand, n'importe où. Et ça survenait quand même souvent au même moment, c'est-à-dire après le travail, au goûter à 16h, 17h, 18h, quand j'étais en télétravail, ou quand on faisait des gros repas de famille et que moi je n'arrivais pas à gérer les quantités, et en fait je me disais « je n'arrive pas à gérer, je n'arrive pas à me gérer seule en fait » . Il y a eu aussi une croyance profonde derrière, je ne sais pas me gérer. Et ça me dévalorisait beaucoup de me dire, manger c'est vraiment la chose la plus basique que tout le monde doit savoir faire. Et moi je ne sais pas faire ça en fait. Et pour autant dans ma vie tout allait bien à côté encore une fois. J'ai toujours eu des amis, j'ai toujours eu de très bonnes notes à l'école. J'ai fait mes diplômes, j'ai fait mes études, j'ai toujours eu des boulots, j'ai toujours eu des alternances. Et il y avait toujours ce truc sous-jacent dont je n'arrivais pas à me défaire. Et je me disais, je me suis toujours dit qu'un jour je m'en sortirais, je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas. Mais je ne me suis jamais dit, ça ne va jamais passer. Mais pour autant, ça a été long et ça a été beaucoup de...

  • Speaker #0

    Beaucoup de pleurs, beaucoup de remises en question. En fait, je faisais des crises pendant deux, trois jours, où là, c'était des cycles un peu non-stop, où je faisais une, deux, trois crises par jour. Puis après, je me reprenais en main et je me disais, allez, c'est bon, là, j'en ai marre, je suis tombée trop bas. Et du coup, je reprenais l'histoire. Et pendant trois, quatre jours, une semaine, deux semaines peut-être, grand max, je ne faisais pas de crise. Et après, ça revenait. Et en fait, c'était tout le temps comme ça. Et c'était lourd parce qu'à chaque fois que je me reprenais en main, entre guillemets, c'était tellement... J'avais l'impression d'être une vieille locomotive qui fait... Enfin, il faut se remettre en marche et ça me prenait énormément d'énergie. Mais parce que même quand je me reprenais en main, c'était OK, je me reprends en main, je refais du sport parce que pendant que je faisais les 3-4 jours de compulsion, il n'y avait plus de sport à côté. En fait, j'étais vraiment... Dédé. J'étais vraiment à plat, je ne faisais que de manger, il n'y avait que ça qui me donnait envie. Toutes les choses que j'aimais faire dans ma vie autour n'avaient plus d'importance à côté de faire une crise quand j'étais dans cette spirale-là.

  • Speaker #1

    Ce que tu dis, ça me fait penser à quelque chose de comparable à des épisodes dépressifs, les phases de crise.

  • Speaker #0

    Et à côté de ça, j'arrivais à avoir une vie normale. Personne ne le savait. Alors j'en ai parlé à des copines qui étaient très proches. Je pense qu'il y a peut-être quatre ou cinq de mes très bonnes copines qui sont au courant, qui m'a colloqué aussi, ma colocataire à Paris, mes parents. Donc j'arrivais quand même à en parler. Mais pour autant, je... J'étais toujours dans ce petit sport. Il y avait aussi beaucoup de sport, il y avait beaucoup de restrictions caloriques, mais il y avait aussi beaucoup de sport, beaucoup de suractivité. Et en fait, j'étais épuisée. Et ces temps de crise, j'avais l'impression que c'était vraiment des soupapes, des moments pour reprendre mon souffle. Parce que sinon, dans ce quotidien de restrictions alimentaires et de sport à outrance, je ne pouvais pas trouver un équilibre là-dedans.

  • Speaker #1

    Ouais, et ça, c'est hyper piégeant. C'est un truc que j'entends beaucoup, moi. Les personnes qui me disent « Ouais, mais moi, j'ai besoin des crises, en fait. J'ai hyper peur de ma vie sans les crises parce que j'en ai besoin. »

  • Speaker #0

    C'est ça. C'est qu'en fait, quand on est là-dedans, je me disais « Je ne pourrais pas ressentir ce soulagement de faire une crise autrement qu'en faisant une crise. » Mais ce que je ne savais pas non plus, c'est qu'en se sortant de ça, j'ai plus besoin de ce soulagement là j'ai plus ce ce truc de la cocotte minute qui monte, qui monte, qui monte et après il faut enlever le bouchon parce que sinon ça éclate j'ai plus besoin d'éclater en fait mais quand ouais quand les cinq ans que j'ai passé vraiment là dedans mais je me disais mais enfin je vais le remplacer par quoi j'ai pas une passion qui m'anime, j'ai pas une activité, moi j'aime bien faire plein de choses mais j'ai pas une activité qui me coupe l'esprit, qui me fasse partir aussi loin que les crises peuvent faire partir en fait.

  • Speaker #1

    Oui, mais c'est tellement juste ce que tu dis. Je suis tellement contente que tu dises tout ça. C'est important, parce que c'est des choses que je répète inlassablement à qui veut bien l'entendre, mais ça a une autre valeur encore, le fait d'être dit par une autre personne qui vient témoigner de son parcours. Le fait que, bah ouais, en fait... tu as un besoin de décompression énorme auquel les crises répondent, sauf que c'est tout ton fonctionnement avec ton corps et fonctionnement alimentaire qui crée ce besoin-là. Et puis par rapport à cette question de, oui, par quoi je vais remplacer ça ? Genre, je n'ai pas de passion qui pourrait prendre cette place-là. Déjà, non, mais c'est impossible d'avoir quelque chose qui prenne cette place-là, tellement ça prend toute la place. Enfin, tu vois, il y a quelque chose de... Tu dis, moi, sans ça, je suis vide. Mais en fait, c'est ça qui crée le vide.

  • Speaker #0

    Exactement. Sauf que je ne m'en rendais pas compte. Je ne m'en rendais pas compte. Et c'est vrai que ça avait une vraie fonction, la crise. Et avec le recul, je peux voir tout ce que ça m'a apporté. Et c'est de là aussi où j'ai écouté beaucoup de podcasts, j'ai lu beaucoup de choses sur... sur ne plus essayer de lutter en fait, ne pas lutter contre son TCA, ne pas... Enfin moi c'est un langage maintenant qui me stresse beaucoup parce que j'ai pas envie de lutter dans ma vie, je pense qu'on peut pas passer sa vie à lutter. Et moi, c'était ce que je faisais. Lutter contre ma faim, lutter contre le repos. En cinq ans, je ne me suis pas reposée. Je n'ai pas fait une grasse mat. Ça fait six mois que je peux me lever, parfois, à 11h un samedi matin. Avant, ça aurait été impossible pour moi. Ça aurait été impossible parce que j'aurais eu l'impression de perdre ma journée. Alors qu'on en a besoin. J'ai besoin de repos, j'ai besoin de... de faire autre chose que du sport et de compter mes calories.

  • Speaker #1

    Tellement, tellement. Qu'est-ce qui a été un peu... Ah, je déteste parler de déclic, j'avais des clencheurs ou quoi qui venaient. Ou au moins un tilt. Moi, je ne crois pas trop au déclic. Dans certains cas, ça peut arriver. La majorité du temps, c'est plutôt plein de petites choses rencontrées sur la route, qui s'assemblent et tout. Mais en tout cas, est-ce qu'il y a eu quelque chose pour toi qui a vraiment opéré un changement ?

  • Speaker #0

    Oui, alors déjà, je n'avais plus mes règles depuis 2020. Quand je me suis séparée de mon ex-copain, moi, je prenais la pilule. Puis finalement, je me suis dit, là, je suis célibataire, donc je l'arrête. Et suite à ça, je n'ai jamais eu mes règles, en fait. Et alors au début, je me suis dit, bon, ça prend du temps, c'est normal. J'ai passé 7-8 ans sous pilule. Bon, ok, certes. J'ai attendu un an, je suis allée voir une gynéco. Elle m'a dit, ça peut prendre du temps. Et puis, vous savez, il y a eu le vaccin pour le Covid aussi. Ça peut jouer sur les hormones. OK, j'attends. Et puis, j'ai laissé traîner ça. De toute façon, je ne voulais pas d'enfant. Et puis, je ne me suis pas renseignée non plus. Je me suis rendue compte après coup qu'on ne sait pas vraiment le fonctionnement. les bienfaits des règles, les cycles hormonaux, moi je ne connaissais absolument rien, et en fait, je n'avais pas mes règles, ce n'était pas très grave en fait. Et petit à petit, ça m'inquiétait, mais j'y pensais une fois, puis après je n'y pensais plus pendant 3-4 mois. Puis j'y repensais, et je me suis dit, ce n'est pas normal quand même, mon corps ne fonctionne pas correctement. Et je crois que j'avais déjà entendu parler des restrictions caloriques, de l'excès de sport. Mais je pense que j'étais clairement pas prête à l'entendre et clairement pas prête à me dire, à remettre en question mon mode de vie pour ça. Parce que remettre en question mon mode de vie, ça pouvait dire potentiellement grossir. Et ça, c'était juste impossible. Donc, je pense que j'ai fait le truche pendant longtemps en me disant, ça va revenir. Je suis allée revoir un gynéco sur Paris. J'ai fait des examens, tout allait bien, ma prise de sang était nickel, il m'a fait des examens gynécologiques, tout allait bien. J'ai dit bon, ça va quoi. Un jour je suis tombée sur le livre « Je n'ai plus mes règles » qui parle de la ménorée hypothalamique. Et là j'ai lu le livre et je me suis reconnue dans chaque page, dans chaque témoignage. Je me suis dit mais en fait si ça ne cherche pas. OK, mes analyses, elles sont super. J'ai rien de fonctionnellement. La machine, elle marche. C'est un truc qui... C'est dans mon mode de vie que ça ne fonctionne pas, en fait. Et je me suis dit, là, je ne peux plus faire du sport et me restreindre et abîmer ma santé. Dans le livre, il parle de toutes les conséquences de l'aménorée, de tout ce que les règles apportent en bénéfice dans le corps. Et je me suis dit, mais je ne peux pas, consciemment, en le sachant maintenant... Je ne peux plus continuer dans cette route-là. Ce n'est plus possible. Et en décembre 2024, donc décembre dernier, je me suis dit que je voulais tout faire pour avoir mes règles. Dans le livre, il parle d'une méthode. Je me suis dit que je vais suivre cette méthode et je vais m'y mettre à fond. Et cette méthode, c'est l'arrêt du sport. Ils disent qu'on peut continuer, mais que du coup, ça va forcément ralentir le processus. Je me suis dit, en fait, j'ai perdu du temps depuis longtemps. Je veux le faire à fond. Donc juste, j'ai arrêté le sport du jour au lendemain et j'ai mangé. Je me suis donné le droit de manger. Alors ça me fait rire parce que je dis juste arrêter le sport, alors qu'en fait, je le dis là six mois après, alors que pour moi, sur le coup, c'était un... un enfer en fait, je me suis dit comment je vais faire, je suis passée d'un mode de vie où je faisais cinq à six fois du sport par semaine, j'allais à la salle de sport tous les midis J'allais courir deux, trois fois par semaine. J'organisais ma vie en fonction de ça. Je calculais toutes mes séances dans la semaine. C'était vraiment une charge mentale. Avec le recul, je me suis dit que c'était ça. C'était pour ça que j'avais besoin aussi de ces crises. Parce qu'en fait, tout était millimétré. Tout était pensé dans ma vie. Le sommeil, les repas, le sport. Tout ça, c'était cadré pour que... tout rentre.

  • Speaker #1

    Oui, mais comme tu le dis aujourd'hui avec le recul, ça paraît simple, mais clairement, moi je me suis dit ok, d'accord, qu'as-tu fait de ta peur de grossir ? Qu'est-ce qui t'a permis d'une, de prendre la décision, mais il y a autre chose, c'est que on sent qu'il y a eu une prise de conscience forte chez toi, qui t'a amené à cette prise de décision, mais derrière, quand tu le mets en place dans le concret, c'est costaud.

  • Speaker #0

    Ce que j'ai bien aimé dans ce livre, c'est que ce n'est pas un livre qui fait peur. Ce n'est pas un livre qui te dit que tu es en mauvaise santé. En fait, ça ne fait pas psychoter. Ce n'est pas un livre qui fait peur. C'est un livre qui te dit que tu es plus que ça. C'est un livre qui donne du courage et de l'espoir plutôt qu'il fait peur. Et moi, je me suis dit au début, quand j'ai lu les premières pages, je me suis dit, bon, allez. Je vais prendre quoi ? 4-5 kilos et puis ça va le faire. J'avais déjà un poids qui n'était pas très haut, donc je me suis dit, en 5 kilos, je suis sûre que ça le fait. En 2-3 mois, j'arrête le sport, je prends un peu et c'est bon. Et à un moment dans le livre, je me rappelle de ce moment-là, parce que j'étais dans le train, j'étais à la gare à Paris, et il y a un passage où ils disent, en général, les femmes qui se lancent dans cette méthode prennent en moyenne 10 kilos. Et là, je me suis dit, il faut que j'aille acheter un carnet. Il était 20h, tout était fermé à la gare, je me suis dit là il faut que j'aille écrire, il faut que j'aille acheter un carnet. Du coup je suis allée dans le premier relais des magasins à la gare, je suis allée acheter un carnet et un crayon. Et j'ai écrit, je me suis dit mais je peux pas prendre 10 kilos, c'est pas possible, c'est pas possible. 10 kilos ça va se voir, ça veut dire que mon identité, enfin c'était vraiment identitaire en fait, c'était je vais arrêter le sport, je vais prendre du poids. Qu'est-ce que ma famille va penser ? Qu'est-ce que mes amis vont penser ? Qu'est-ce que mes collègues de travail vont penser ? Ça a été... ça a été... waouh ! Tout une... un... ouais, le personnage en fait que je m'étais construit, parce que dans ma famille, dans mes amis, tout le monde savait que je faisais beaucoup de sport, tout le monde me voyait faire beaucoup de sport, et d'arrêter du jour au lendemain... Même mes collègues, parce que tous les midis, j'allais à la salle de sport. Là, j'ai dû leur dire que non, je n'allais plus à la salle, que je n'allais plus courir. Je marchais beaucoup parce que j'ai un travail qui est sédentaire. Je suis assise 8 heures par jour. Le midi, j'allais quand même me promener. Le week-end, je m'autorisais à aller marcher. Je ne me suis jamais restreinte sur la marche. Mais par contre, je me suis dit que je ne... je ne vais plus courir, je ne vais plus à la salle de sport jusqu'à temps que je n'ai pas mes règles je m'interdis toute activité et en fait ça a été aussi tellement libérateur parce que je ne me rendais pas compte que j'organisais vraiment mes journées en fonction de ça en fonction de combien de temps je pouvais passer à la salle, de combien de temps il fallait que je dorme pour ne pas être fatiguée parce que j'avais peur d'être fatiguée aussi parce que je savais que la fatigue ça jouait aussi sur mon moral, que mon moral jouait sur mes crises donc en fait Je savais que tout était lié, mais je ne savais pas comment détricoter tout ça, en fait.

  • Speaker #1

    Oui, tu avais bien conscience que tout était lié, mais tu ne le prenais pas dans le bon sens, quelque part.

  • Speaker #0

    Non,

  • Speaker #1

    pas dans le bon sens. Ton objectif principal était celui d'être mince. Donc, du coup, tu organisais tout ton temps et toute ta vie autour de ça.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Ce que je trouve vraiment chouette, j'ai envie juste de le souligner. C'est le fait que tu n'es pas été non plus dans un tout ou rien, c'est-à-dire que tu t'es dit, « Ok, je vis cette méthode à fond, mais je vais quand même marcher. » Je le précise parce qu'il y a un peu ce truc quand même, tu vois, qu'on observe chez les personnes qui ont des troubles alimentaires. Souvent, il y a une pensée très binaire. Et en fait, la relation au sport, c'est soit je suis dans l'excès, soit j'arrête tout. et je bouge plus du tout, je suis comme tétanisé en fait par le truc. Et ce qui n'est pas souhaitable non plus, en fait le corps humain a besoin d'être en mouvement. C'est très juste ce que tu dis quand on passe nos journées assises. C'est hyper important. Moi, je suis privée de sport depuis six ou sept semaines maintenant. Pareil, je suis passée d'un entraînement marathon à plus rien, zéro. Et en fait, je m'oblige à essayer de trouver des petits créneaux pour aller marcher parce qu'en fait, je pense que c'est comme ça que je pourrais me blesser à un autre endroit. Donc, je trouve ça vraiment important. Je trouve ça chouette que tu aies réussi aussi à être dans cette démarche au milieu de tout ça. C'est fou. Je te le dis quand même, au passage, je trouve que tu es jeune. Et donc, on parle de trucs qui remontent. Donc, tu étais nécessairement plus jeune. Je trouve qu'il y a beaucoup de maturité chez toi et dans ton parcours.

  • Speaker #0

    Mais parce que j'ai lu... En fait, c'est drôle, mais à chaque fois que je faisais des crises, à chaque fois que ça n'allait pas, c'est toujours là où j'ai lu plein de choses, où j'ai écouté plein de choses. Et à chaque fois, je... J'ai avancé vraiment micro-pas par micro-pas. Et en cinq ans, je me suis documentée énormément. J'ai toujours essayé de taper sur Internet mes symptômes, de taper ce que je ressentais, d'écrire. J'en ai beaucoup aussi parlé avec ma maman, qui a été là aussi pendant tout le processus, pour m'écouter, en fait. Et c'est vrai que d'en parler, de mettre juste... de dire à haute voix certaines choses, ça fait avancer. D'écrire, ça fait avancer. Et du coup, c'est vrai que j'ai appris beaucoup sur moi-même. Et du coup, pendant que je marchais, pendant que j'arrêtais le sport, je me suis dit quand même, si je n'étais pas dans une démarche... Alors, il y a ça aussi, c'est que pendant que j'ai marché, pendant toute cette période-là, je me suis interdit de regarder le nombre de pas que je faisais. J'avais arrêté déjà de compter mes calories il y a un petit moment. Et ça, depuis que j'ai arrêté, je me suis interdit. Parce que quand tu comptes tes calories pendant un ou deux ans, après le moindre petit-déj, j'avais un scan de la calorie. Je savais exactement en cinq secondes à peu près combien une assiette, combien mon petit-déj allait me faire. Je savais combien j'avais besoin, entre guillemets. Enfin, combien je pensais avoir besoin de calories par jour. Donc voilà. Et ça, j'avais déjà arrêté. Donc à chaque fois que je me reprenais à compter, je me disais non, non, non. Je me forçais intentionnellement à penser à autre chose. Et ça a été pareil pour la marche. Je me suis dit, je m'interdis de regarder sur santé. Sur mon téléphone, c'est santé, donc l'application, pour voir le nombre de pas. Parce que je me suis dit, tu vas voir que si un jour, je fais moins que la veille, ça ne va pas le faire. Si je fais plus, là, ce n'est pas grave. Mais si je fais moins... Je peux être déçue. Et en fait, je le sais. Je suis consciente de mes comportements, de ma façon de penser avant. Et du coup, je me suis dit, il ne faut plus du tout d'objectifs. Il ne faut plus que je me mette d'objectifs. Donc, même la marche, ça a été vraiment pour moi. J'ai écouté du coup aussi beaucoup de podcasts quand je marchais. Beaucoup de podcasts. En fait, j'avais plus de temps parce que je n'avais pas toute cette charge mentale du sport, de la nourriture qui me prenait vraiment tout. ma tête. Donc en fait, le temps que je ne m'étais plus à m'épuiser, à faire des crises et à contrôler mon alimentation, j'ai commencé à aller voir des conférences, j'ai commencé à m'intéresser à des sujets un peu plus politiques, au féminisme, au capitalisme, à tout ça. Tes podcasts aussi m'ont beaucoup aidé là-dessus parce que la première fois que j'ai entendu parler du féminisme et des TCA, c'était grâce à ton podcast. Et au début, j'étais là, je ne comprends pas le lien. Je ne vois pas du tout. Et en fait, après, tu commences à chercher d'autres trucs, à écouter d'autres podcasts. Et tu te dis, mais tu commences à lire des livres parce que j'avais le temps, en fait. Du coup, je me suis vraiment renseignée et cultivée autour. C'était tout le temps des sujets où je pouvais faire des parallèles. Mais j'ai arrêté d'acheter des livres, comment manger ses émotions, comment contrôler ses émotions. En fait, ce n'était plus du tout ça, le sujet. C'était plus... comprendre aussi la vie comme tu dis tu l'as dit je suis jeune j'ai que 26 ans donc comprendre dans quelle société j'avais grandi dans quelle société je vis actuellement et de me dire waouh est ce que j'ai vraiment envie de continuer à prendre part à tout ça ou de m'en détacher

  • Speaker #1

    aussi un peu et ça ça a été hyper libérateur aussi pour moi tu parlais du fait que voilà tu gagnais du temps aussi par l'arrêt des crises Donc tu parles de l'arrêt du sport, la méthode All-in c'est pas que ça, c'est l'arrêt du sport, et il y a aussi quelque chose autour de l'alimentation, le fait de réintégrer les aliments interdits, donc tu as mis ça en place en parallèle tout de suite aussi ?

  • Speaker #0

    Tout de suite, quand j'ai arrêté le sport, je me suis aussi dit, bon, là, il faut que je mange plus, en fait. Il faut que j'arrête tout ça. Parce qu'encore une fois, je l'ai lu, je l'ai compris. C'est ça que j'ai. Donc, je ne peux plus rester. Je ne peux plus faire ça, en fait. Et c'était pendant la période de Noël, de Noël dernier. Donc, on est rentrés deux semaines chez nos parents. Paris-Adena, c'était le premier Noël où je n'avais pas de crise de volumie, où je n'avais pas de compensation pour les repas de Noël. J'ai un nouveau copain depuis un an et demi. Il m'a connue avec les troubles alimentaires aussi. Il m'a connue en faisant des crises. On en a toujours beaucoup parlé. Peut-être que de l'avoir aussi à mes côtés, ça m'a aussi rassurée. Bien qu'on n'habite pas ensemble, du coup, la semaine, je suis quand même seule et j'ai dû quand même me gérer seule. D'abord, je l'avais dit, mais cette croyance profonde que je n'arrivais pas à me gérer, je ne voulais surtout pas guérir grâce à lui, puisque je l'avais déjà fait auparavant. Et du coup, j'avais vraiment cette peur bleue de me dire, si je guéris, je ne veux pas que ce soit grâce à mon nouveau copain. Je veux que... Il y a un peu ce truc de je veux guérir toute seule aussi. Et du coup, j'ai mangé plus. Je me suis pris un carnet tout au long d'un carnet que j'ai toujours. Et à chaque fois que j'avais l'impression de trop manger, j'écrivais. Mais de toute façon, tant que je n'ai pas mes règles, je n'arrêterai pas. Donc, tant que mes règles n'étaient pas revenues, je mangeais. Je mangeais plus, je mangeais des repas normaux, je n'ai pas eu de crise. En fait, je ne sais pas, ça a été tellement salvateur parce que je me suis donné le droit de manger tout ce que je voulais. J'ai mangé beaucoup, beaucoup de chocolat. C'était vraiment l'aliment principal de mes crises, le chocolat, le sucré. Je suis très sucrée et j'ai aussi accepté ça, de me dire j'adore le sucré, j'adore les desserts et je vais m'en faire. tu avais fait une fois une charlotte au chocolat je crois tu t'étais fait pour toi et tu t'étais dit j'en mangerais tous les soirs s'il faut jusqu'à temps que j'en ai plus envie et bien une fois je me suis fait un fondant au chocolat un soir toute seule chez moi et je me suis dit mais c'est la première fois que je m'autorise à me faire un fondant au chocolat pour moi et moi toute seule et j'ai pas compulsé dessus, je n'ai pas eu de crise J'ai mangé, mais j'ai mangé la part qui me semblait, qui était assez pour moi. Avant, par exemple, des mousses au chocolat, j'aurais préféré acheter un contenant individuel. Parce qu'au moins, ça me calibrait une portion. Et après cette portion, je n'en avais plus. Un saladier de mousses au chocolat, ça m'aurait fait trop peur. Alors que maintenant, je m'autorise à manger 3, 4 cuillères. Juste qu'à temps, je n'en ai plus envie. Et quand je n'en ai plus envie, je me dis, OK, si la cuillère d'après, c'est la cuillère de trop, c'est que j'en ai assez mangé.

  • Speaker #1

    Ça fait vraiment le lien avec la petite fille qui demande à sa maman, tu me dis, si je suis dans le trop, et ce besoin du contrôle extérieur par le fait qu'il y ait des portions calibrées, et tu as troqué ça contre une vraie connexion à toi, tes besoins, ta régulation, en fait. Alors, moi, j'ai deux questions qui me brûlent les lèvres. En combien de temps ? Tes crises se sont arrêtées ? Première question, parce que j'ai l'impression que ça a été assez rapide. Et est-ce que ton cycle est revenu ? Et si oui, en combien de temps ?

  • Speaker #0

    Alors, du coup, quand je me suis lancée dans la méthode All-in, donc la méthode du livre, donc l'arrêt du sport et manger plus, je n'ai plus refait de compulsion depuis. Donc depuis décembre.

  • Speaker #1

    Mais ça veut dire que tu t'es lancée dans la méthode... et du premier jour où tu t'es dit j'essaie cette méthode,

  • Speaker #0

    il n'y a jamais eu de compulsion finalement il n'y a jamais eu de compulsion mais je ne me suis pas dit je ne veux plus jamais faire de crise je me suis dit je veux avoir mes règles en fait le faux est plus du tout au même endroit je veux gérer mes émotions j'avais déjà fait un travail j'avais déjà lu plein de choses c'est pour ça que comme tu dis il n'y a pas eu de déclic c'est pas cette méthode là qui est cette dépression. Cette méthode-là, ça a juste appuyé ce que j'avais lu, compris, écouté depuis 5 ans. Ça m'a juste donné l'envol parce que de moi-même... je pense que je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport et à remanger plus. Jamais.

  • Speaker #1

    Je crois aussi que peut-être que ce qui t'a vachement aidée et donné cet envol, comme tu dis, c'est le fait qu'il y ait un dysfonctionnement palpable physiologique chez toi. Je suis censée avoir un cycle féminin que je n'ai pas. Donc, ton corps venait dire, en fait, tu vois bien, ton comportement alimentaire fait que ça dysfonctionne. C'est ça. Du coup... il y avait aussi un objectif palpable, le retour de tes cycles. Là où des personnes qui sont dans les compulsions, mais qui ont toujours leur cycle et tout ça, tu vois, peut-être que c'est plus flou de se dire, ouais, mais je me lance, mais jusqu'où, comment ? Tu vois, peut-être que toi, ça t'apportait, mine de rien, quelque chose d'assez cadrant, quoi.

  • Speaker #0

    Exactement. Je suis totalement d'accord. Et je ne me serais pas, je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport pendant six mois sans... sans ça en fait ça aurait été trop trop compliqué et arrêter jusqu'à quand reprendre quand reprendre à quelle intensité j'aurais je j'aurais j'aurais été trop oui voilà c'est ça il me fallait quand même un certain cadre en fait et et ça a pris j'ai réus mes règles au bout de quatre mois quatre mois et mais ça pas été évident parce que j'ai j'ai pris du poids j'ai pris deux tailles de pantalon Donc j'ai dû changer aussi toutes mes fringues. Et j'ai dû les changer en plus en état parce que j'ai déjà pris une taille. Puis après, mes jeans, quand j'ai acheté tout en une taille plus grande, il a fallu racheter une taille plus grande. Et ce n'était pas évident aussi. Je me suis dit, au bout d'un moment, je me suis dit, mais est-ce que ça va s'arrêter aussi ? Et en fait, ce qui m'a rassurée aussi, c'est que je voyais mon comportement alimentaire qui s'apaisait. Je voyais aussi que je n'avais pas forcément envie des mêmes aliments tout le temps. Je me suis rendu compte qu'en m'autorisant, comme tu dis, de la mousse au chocolat, enfin, comme je disais, pardon, de la mousse au chocolat autant que je voulais, je n'en avais plus envie après. Mais par contre, je pouvais en avoir envie le lendemain. Et c'était ça. Avant que je ne m'autorisais pas, je me disais, mais attends, je me fais plaisir quand même. Donc pourquoi j'en ai envie tous les soirs ? Et après, je me disais, je m'en fous d'en avoir envie tous les soirs ou pas. Ce n'est pas la question. Je dois manger à tous les repas. Et du coup, ce n'est plus la question de qu'est-ce que j'ai mangé la veille et qu'est-ce que je vais manger ce soir. J'essaie de ne plus aussi anticiper les repas ou faire en fonction de ce que j'avais mangé le matin, de si j'allais manger le midi, parce que ça aussi, c'est une charge mentale. qu'en fait on fait quand on est dedans, on ne s'en rend pas compte. Mais une fois qu'on se détache un peu de ça, je me disais, mais en fait oui, c'est normal que j'avais besoin des crises pour anesthésier tout ça en fait. C'était trop.

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Tout à l'heure, quand tu disais que tu n'aurais pas pu te lancer dans ce processus sans ce cadrage auquel je veux retrouver mes cycles, je me dis, je le comprends. complètement et c'est la difficulté qu'ont sûrement plein de personnes qui vont nous écouter. A la fois je trouve ça dommage parce que tu le témoignes depuis tout à l'heure à quel point finalement le retour des cycles c'était ton objectif, c'est une des choses que tu as gagné mais très vite, très vite. Déjà même si ce n'était pas ton objectif, les crises elles se sont arrêtées instantanément. Donc tu as gagné du temps. Tu as gagné de la liberté psychique, de la liberté alimentaire. Tu as découvert tout un tas de choses. En fait, pour moi, tu as cultivé ton être, la personne que tu es, bien plus que l'apparence, ce à quoi tu ressens. Mais attends, c'est énorme. Tu as appris à te connaître. Je trouve que les bénéfices, ils sont tellement énormes. Et j'avais juste envie de réappuyer dessus, de juste les lister pour les personnes qui nous écoutent, en mode, ouais, ça fait peur. Et oui, c'est difficile. Et il y a la fameuse question que tu t'es posée toi aussi de « Attends, est-ce que ça va s'arrêter, la prise de poids ? » Mais il y a tellement à gagner, tellement, tellement, tellement. En fait, c'est des vies qui sont incomparables.

  • Speaker #0

    Complètement. C'est des vies qui n'ont rien à voir. Et ça change aussi la personnalité, en fait. Ça change la... Ça m'arrive encore d'avoir des pensées culpabilisantes. Ça m'arrive parfois de... de faire un petit déj, de faire un petit déj, moi j'adore les petits déjeuners par exemple, donc c'est vraiment s'il y a un repas que je ne ferai pas l'impasse, c'est le petit déj, parce que j'adore tout ce qu'il y a au petit déj, et parfois, la dernière fois par exemple, mon copain arrivait et on mangeait à midi pile, du coup je m'étais dit, il ne faut peut-être pas trop que je petit déjeune, parce que je vais remanger à midi pile avec lui, donc je n'aurai pas faim, et puis en fait, il y avait plein de choses que j'aimais, donc j'ai le petit déj comme je l'avais envie Et je me suis dit, merde, mais tu n'aurais pas dû. Tu ne vas pas avoir fait un midi et tout. Et direct dans ma tête, je me suis dit, mais là, tu es vraiment en train de culpabiliser pour un petit déjeuner. Ce n'est plus possible de faire ça. Non, enfin, je ne veux plus. En fait, c'est un peu militant. C'est un peu, je ne veux plus me laisser culpabiliser par ça.

  • Speaker #1

    Oui, et encore que ta culpabilité, elle est très différente. Je pense qu'il y a plein de gens qui aimeraient avoir ce type de culpabilité, déjà. C'est déjà une belle étape. C'est pas, oh là là, mais attends, tout ce que j'ai mangé, je vais grossir, n'importe quoi. C'est, oh non, mais je vais pas avoir assez faim pour manger avec mon chéri, quoi, tu vois. Oui,

  • Speaker #0

    derrière, il y a aussi ça. Il y a aussi ce truc de si j'enchaîne de repas, il y a aussi ce rapport au corps. Parce que finalement, si c'était juste manger alors que j'ai pas faim, mais comme tu dis, s'il n'y avait aucune incidence derrière sur le poids, c'est... Comme tu le dis souvent, si tu pouvais manger tout ce que tu veux sans grossir, est-ce qu'il y aurait des troubles alimentaires ? Ben non. Je pense toujours aussi derrière cette volonté de si je mange trop, forcément je vais grossir. Alors que non. Et en fait, c'est par l'expérience aussi qu'on se rend compte de ces choses-là. Il y a un truc aussi que je voulais dire et qui m'a beaucoup aidée. c'est que manger émotionnellement, c'est normal. En fait, on est bombardé de discours, il ne faut pas manger ses émotions, il ne faut pas. Et en fait, ce lundi-là où j'ai trop mangé, non, j'ai bien mangé au petit-déj et j'ai bien mangé le midi, en fait, j'étais dans un petit mood. Il n'y avait rien qui allait, mais il n'y avait rien qui n'allait pas. Mais je n'étais pas au top, je n'étais pas... Et en fait, je me suis dit, mais c'est normal dans ces moments-là. que j'ai envie de plus manger que d'habitude. Et c'est pas grave. Et il y a des fois où ça m'arrive. Et le lendemain, je me rends compte qu'en fait, ça passe. Et j'ai pas... En fait, ce que j'avais peur avant, c'est que si je mange deux ou trois repas plus que d'habitude, après, ça allait être la porte ouverte. Et c'est cette pensée binaire, en fait. De se dire, si je mange deux ou trois fois trop, après, je vais manger à tous les repas au-dessus de ma faim. Et si j'arrête le sport. une fois, je ne vais plus jamais avoir envie d'en refaire. C'est vraiment cette pensée en tout ou rien et de se dire maintenant, en fait, manger, c'est manger émotionnellement, manger parce que parfois on est un peu triste ou quoi, c'est normal aussi. Et ça, c'est apaisant de pouvoir se dire, j'ai le droit d'utiliser aussi cet outil-là pour me réguler.

  • Speaker #1

    Complètement. J'ai trop envie de te poser la question. Justement, tu parlais du fait que tout est toujours relié au corps. Et en plus, ton histoire le prouve bien. C'est-à-dire que chez toi, tout a commencé par un rapport au corps qui n'était pas terrible dès toute petite. Enfin, en tout cas, qui est venu te parasiter. Comment c'est aujourd'hui pour toi, dans le rapport à ton corps ?

  • Speaker #0

    Alors, je dirais que je me sens bien. Je me sens bien dans mon corps. Alors... J'ai peut-être un peu moins de... C'est aussi nouveau parce que ça fait 2-3 mois que j'ai stabilisé mon poids, en fait. Du coup...

  • Speaker #1

    Ben ouais, c'est beaucoup de changements en peu de temps. C'est pour ça aussi que je te pose la question, mine de rien. Même, tu vois, le lancement dans cette méthode, c'était il y a 6 mois. C'est hyper frais.

  • Speaker #0

    Voilà. Je suis restée pendant 5 ans à peu près au même poids. Un poids qui était en dessous de mon poids d'équilibre puisque je galérais à le maintenir. Et j'étais... très fière de mon corps d'avant mais j'avais une peur bleue de plus que ça dure pas en fait et maintenant je me dis pas mon poids je peux le garder longtemps enfin je peux le garder autant de temps que pas que je veux non mais que autant de temps que ce poids sera mon poids parce que je sais pas plus tard comment ce sera mais en tout cas Je suis bien dans mon corps. Je ne veux plus du tout utiliser le sport pour essayer de... Là, je réintroduis du sport. Et c'est aussi un travail sur moi-même de me dire de toute façon je n'utiliserai plus le sport pour modeler, pour façonner mon corps à ce que je veux qu'il ressemble. Le sport ce sera pour moi, ce sera pour mon bien-être, mais plus dans cette optique-là. Et du coup là je suis dans ce travail d'acceptation, de me dire, bah oui il y a des fois, il y a des jours où ça va très bien, il y a des jours où ça va moins bien, il y a des endroits de mon corps que j'adore, d'autres un peu moins. Mais je le trouve plus féminin. Je le trouve beaucoup plus... Avant, en fait, j'étais très dure, j'étais musclée. C'était un corps qui ne vivait pas vraiment, en fait. Et mon copain m'a dit quelque chose la dernière fois que j'ai adoré. Il m'a dit... Je ne sais pas, je lui parlais de mon corps et je ne sais plus ce que je lui disais. Je lui disais, tu l'aimes bien mon corps maintenant ? Parce qu'il a vu aussi ces changements. Et il me disait, c'est un corps confiant que tu as. C'est un corps qui te donne la permission. Il m'a dit, tu es un corps confiant. Et je me suis dit, c'est incroyable de se dire. Il ne m'a pas dit, il est beau, tu es magnifique, tu es super, je te préfère comme ça. c'est encore porter un jugement et se dire, mince, si un jour je ne suis plus comme ça, est-ce qu'il m'aimera encore ? C'est de se dire, c'est un corps confiant. Et ça m'a, je me suis dit, ouais, c'est incroyable, parce qu'il a raison, c'est un corps dans lequel j'ai plus finalement confiance en moi, mais en ma personne, pas forcément de mon enveloppe corporelle, mais j'ai plus confiance en ma personne maintenant que pendant les troubles alimentaires. Et voilà, j'ai un corps qui... dans lequel je me sens confiante.

  • Speaker #1

    Trop beau. C'est trop bien.

  • Speaker #0

    Même si, voilà, il y a des jours où je ne veux pas du tout romantiser. Il y a des jours où je ne me sens pas très bien. Ça n'a pas été évident pour moi de prendre deux tailles de vêtements. Ça a été dur aussi. Je ne relativise pas. Je ne veux pas dire que c'est tout beau, tout rose, ni rien. Ça a été dur aussi. Mais ce n'était pas encore qui était viable sur le long terme.

  • Speaker #1

    Non, mais bien sûr, tu fais bien de préciser ça. En fait, pour moi, c'est une évidence parce que je sais de quoi tu parles et rien n'est jamais parfait. Mais tu fais bien de le repréciser parce que, comme on l'a dit plusieurs fois, les TCA, c'est très binaire. Et c'est aussi qu'on est habitué à ce qu'on nous vende, le bonheur accroché à un corps, tu vois, via les régimes et machin. Et donc, quand je te demande comment c'est aujourd'hui et que tu me dis tout ça, que je trouve très beau, en fait, je trouve ces mots vraiment jolis, en fait, très représentatifs et je ne sais pas comment dire, je trouve ça très inspirant, quoi. Enfin, c'est génial. Et oui, du coup, c'est bien qu'on précise. Oui, attention, ça ne veut pas dire que tu t'aimes à la folie tous les jours. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des insécurités sur certaines parties de ton corps. OK. Enfin, pour moi, ça me semble juste normal. Ce qui n'est pas normal, c'est de nous faire croire qu'on pourrait. gommer tout ça et atteindre un corps qui nous permettrait d'être toujours bien, d'être ultra confiante, d'être aimée par tout le monde, d'être cette femme qu'on rêve d'être. Enfin tu vois c'est ça qui va pas qu'on nous vend depuis le début quoi.

  • Speaker #0

    Complètement mais après on arrive aussi avec des lectures, des podcasts, on arrive aussi à se détacher de tout ça et à comprendre que c'est des stratégies marketing tout ça. Enfin c'est vraiment de se dire de vendre un... Un certain corps, une certaine image. En vrai, je n'ai plus envie de tout ça. Et même s'il y a des jours où je m'aime un petit peu moins, ou même cet été, ça m'a posé question. Parce que du coup, c'est le premier été où j'ai grossi par rapport aux étés d'avant. Et de me dire, je n'ai pas envie de me gâcher mon été à cause de ça. Je n'ai pas envie. C'est mort en fait, c'est non, c'est juste non. Et si les autres le remarquent, c'est leur problème. Et c'est, comme tu dis souvent sur ton podcast, mais c'est leur propre rapport au corps et ça viendra toucher leurs propres insécurités plutôt que les miennes en fait. Moi j'ai vu tout ce que j'ai gagné en prenant du poids et ça n'a pas de prix par rapport à une taille de pantalon.

  • Speaker #1

    Tu le sais peut-être, j'aime bien conclure l'épisode de podcast en proposant à mon invité de s'adresser aux personnes qui écoutent pour dire ce qui te semblera bon et juste de dire en se disant qu'il y a tout type de personnes qui nous écoutent. Il y a un certain nombre de personnes qui sont en plein dans la souffrance des TCA et qui se sentent peut-être bloquées dans un cercle vicieux. Qu'est-ce que tu aimerais dire à ces personnes-là ?

  • Speaker #0

    Un message d'espoir, déjà. Ça passe, même si c'est dur, même si c'est long, on peut s'en sortir, on peut guérir complètement et se donner la permission de manger, se donner la permission de... de ressentir toutes sortes d'émotions, de se dire que la vie c'est pas que d'être heureux. Il y a des moments où on l'est moins, il y a des moments où ça va pas forcément, il y a des moments où voilà où c'est pas tout rose mais mais c'est pas grave et de se dire que quoi qu'il arrive manger c'est un besoin vital. Et moi maintenant ça m'énerve ces discours de... En fait, c'est de s'intéresser aussi au sujet un petit peu, comme tu disais, de s'intéresser un peu tout autour et de se dire, j'ai plus envie que mon comportement alimentaire soit dicté par des normes externes. Vraiment, les corps sont bien faits, le corps est bien fait et on peut lui faire confiance. Ça, j'en suis sûre.

  • Speaker #1

    Oui, c'est exactement ce que tu as expérimenté. Effectivement, des normes extérieures. Et tout à l'heure, tu parlais de stratégie marketing et j'avais envie d'ajouter oui et oppressive. C'est-à-dire qu'elles sont récupérées par du marketing parce que l'industrie de la perte de poids est florissante. Mais avant ça, cette industrie-là, elle s'appuie sur autre chose, sur un système bien en place. Et c'est un sacré gros système oppressif. Parce que pendant que tu es occupée à compter tes calories, à acheter tous les bouquins de la terre pour maigrir, à faire du sport à outrance, en fait, tu ne t'intéresses pas à la politique. Tu vois ce que tu disais. J'ai commencé à m'intéresser à tout un tas d'autres sujets. On voit à quel point ça fonctionne, en fait, cette stratégie oppressive.

  • Speaker #0

    Ça fonctionne parce qu'encore une fois, la nourriture, c'est un besoin vital. C'est la première des choses. Au même titre que le sommeil. que tous les besoins vitaux. Donc en fait, si ça, c'est pas rempli, il n'y a pas assez d'énergie pour le reste. Et rien ne nous intéresse en plus. C'est même pas que ça me passait complètement au-dessus tout ça. C'est parce que j'étais trop focus sur mon sport, sur mon alimentation, sur mon sommeil. J'avais même pas l'énergie pour aller voir un petit peu autour. Et il y a tellement plus intéressant que de s'enfermer à la salle de sport, même si j'adore le sport et que j'en recommence et que j'en referai toujours, parce que j'aime bien ça, mais je n'en referai plus à la même cadence qu'avant. Ça, c'est sûr. Parce que j'ai envie aussi de pouvoir faire des grâces matinées. J'ai envie de pouvoir juste rien faire aussi parfois. C'est trois grâces. Marcher, juste marcher. Pas forcément courir. Il n'y a pas de hiérarchie dans le mouvement, en fait. Je préfère maintenant le mouvement Homo Sport.

  • Speaker #1

    Oui. Un grand merci, Laurie, pour cet échange qui est passé à toute vitesse. Mais ça fait déjà pas loin d'une heure et demie, je pense, qu'on discute. Merci beaucoup. Je pense que... Enfin, je ne sais pas. Forcément, moi, je suis à la place d'une personne qui est déjà guérie, sortie de ça. Mais pour côtoyer beaucoup de personnes qui sont encore dans les troubles alimentaires, j'ai vraiment la sensation que ton témoignage, il va être inspirant, ce qui est important. tu vois un vrai témoignage d'espoir mais c'est aussi très je sais pas comment te dire il y a quelque chose de très pratique et actionnable dans ton témoignage moi j'adore je trouve que t'es venue parler de choses vraiment que tu as mises en place et voilà j'ai trouvé que c'était très vrai au sens de représentatif donc vraiment merci pour ce temps passé toutes les deux c'était trop bien merci beaucoup merci à toi aussi

  • Speaker #0

    Moi j'adore ce format, vraiment j'adore les témoignages parce qu'en fait on se retrouve un petit peu dans chacune et on pioche des petits trucs dans les histoires de vie de chacune et on se dit ah bah oui moi aussi j'étais un peu comme ça, moi aussi j'ai vécu ça. Et je trouve que pouvoir s'identifier à ces témoignages ça fait du bien, on n'est pas seul, on n'est pas complètement extraterrestre là-dedans et ça fait vraiment beaucoup de bien. Je trouve autant que... des outils pratiques comme tes autres podcasts mais c'est vrai que les témoignages il y a vraiment un côté s'identifier à la personne et je trouve ça incroyable.

  • Speaker #1

    C'est souvent puissant. Merci beaucoup.

  • Speaker #0

    Merci.

  • Speaker #1

    Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles. notamment sur Spotify ou Apple Podcast ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible. et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !

Chapters

  • Présentation de Laurie

    01:10

  • Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

    02:21

  • Le premier régime

    11:41

  • Le début des crises de boulimie

    14:32

  • Ce qui a fait tilt et opéré un changement

    35:46

  • En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues

    53:40

  • Ce que Laurie aimerait vous dire

    01:09:45

Description


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Pour participer au podcast, merci d'écrire à podcasttcaetc@gmail.com


C’est avec beaucoup de recul et de maturité que Laurie nous livre son parcours avec les troubles alimentaires.

De sa première envie de mincir -très précoce-, au premier régime, à l’anorexie, en passant par la boulimie… Laurie nous explique comment elle a sombré malgré une vie où dit-elle, elle avait « tout pour être heureuse ».

Mais ce que Laurie nous confie principalement c’est ce qui lui a permis de s’en sortir, tout ce qu’elle a mis en place et à quel point elle se sent gagnante aujourd’hui, même avec ce qui lui faisait le plus peur : une prise de poids.

Bravo et merci Laurie, cet échange est particulièrement riche. 


Livre cité : Je N'ai Plus Mes Règles: Le Guide Complet Pour Retrouver Des Cycles Réguliers     de Nicola J Sykes


Compte Instagram cité : Florence Gillet (@jenaiplusmesregles_livre)


Au programme :

Présentation de Laurie 

Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

Le premier régime
Le début des crises de boulimie 

Ce qui a fait tilt et opéré un changement
En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues 

Ce que Laurie aimerait vous dire 


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Transcription

  • Speaker #0

    Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mitsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue Laurie sur le podcast, très contente de t'accueillir.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci moi aussi, je suis super contente de devenir témoignée aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Bon, trop chouette. Avant qu'on rentre dans le vif du sujet, tu le sais, je propose aux personnes qui viennent... de commencer par se présenter pour que les auditeurs, auditrices, aient déjà un peu une idée de qui tu es.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Laurie, j'ai 26 ans. Je travaille et je vis sur Paris, mais je viens de Haute-Savoie. Je fais les allers-retours entre Paris et la Haute-Savoie. J'adore la nature, j'adore être dehors, j'adore passer des moments avec ma famille, mes amis.

  • Speaker #0

    Tu vis à Paris et tu adores la nature et être dehors. Ce n'est pas trop frustrant ?

  • Speaker #1

    C'est contradictoire, c'est contradictoire, oui. C'est vrai que c'est ce qui me manque le plus à Paris d'ailleurs. C'est pour ça que je ne vais pas encore rester très très longtemps à Paris. J'ai pour projet de déménager sur Lyon parce que mon copain est sur Lyon. Mais pour me rapprocher un peu de la nature et de ma famille.

  • Speaker #0

    Ok, trop chouette. Tu viens témoigner à mon micro aujourd'hui pour parler de mon sujet de prédilection, les troubles des conduites alimentaires. Avant que tu nous racontes un peu plus ce qui s'est passé pour toi, si tu écoutes le podcast, tu le sais, j'aime bien aller faire un petit retour en enfance, te demander ce que tu as, toi, comme souvenir de toi en tant que petite fille et quel était ton rapport à l'alimentation et à ton corps quand tu étais une petite fille. Est-ce que tu te souviens ?

  • Speaker #1

    Ça a commencé très tôt pour moi.

  • Speaker #0

    Ok.

  • Speaker #1

    J'ai aux alentours des 7-8 ans déjà. En fait, ça a commencé plus sur mon corps plutôt que sur l'alimentation. Le rapport un peu troublé à mon corps parce que j'étais assez grande pour mon âge. J'étais un peu potelée, je dirais. Je pense que j'étais un petit peu au-dessus des courbes. Et du coup, je me rappelle que déjà pour m'habiller en étant petite, c'était compliqué. Et je me rappelle de cabines de séance shopping avec ma maman et ma sœur, dans les cabines d'essayage, où ça partait souvent en pleurs, ça finissait souvent en pleurs, parce que je n'arrivais pas à trouver des vêtements qui me plaisaient, parce que je ne me trouvais pas bien dans le miroir, déjà à cet âge-là, déjà très tôt. Et du coup, ma maman, pour m'aider, me disait, si tu veux, on fera un petit peu attention. Il n'y a jamais eu de régime, il n'y a jamais eu de... Même au niveau des médecins, je n'ai jamais eu un médecin qui m'a dit « attention, il faut… » Je pense qu'au niveau des courbes, j'étais bien. Après, au niveau des standards, peut-être un petit peu au-dessus. Et du coup, il y a eu très tôt ce désir de faire attention à l'alimentation.

  • Speaker #0

    Ça m'interpelle ce que tu dis parce que tu viens de parler des standards. Et justement, j'étais en train de me dire « mais attends… » Quel point de comparaison tu avais à cet âge-là, tu vois ?

  • Speaker #1

    Par rapport à mes copines, je pense. Par rapport à mes copines qui étaient encore très fines, très menus à cet âge-là. Et moi, je me rendais bien compte que j'étais un petit peu au-dessus. Je n'étais pas comme elles, en fait. J'étais formée très vite. J'ai eu mes règles tôt. Du coup, j'ai eu un petit peu de poitrine un peu plus tôt. J'étais assez grande. Aujourd'hui, je ne suis pas très grande, mais j'étais un peu au-dessus de... des normes de mes copines en fait. Plutôt partie primaire du coup.

  • Speaker #0

    Et tu avais des réflexions à l'école ?

  • Speaker #1

    Pas du tout. Non, en fait, j'ai jamais eu de réflexion à l'école. Et c'est ça que... C'est pas bizarre, mais c'est ça que je trouve... En fait, je me suis un petit peu montée la tête toute seule parce que j'ai jamais eu de moquerie, j'ai pas eu de réflexion. Mais pour autant, mon corps a toujours été une préoccupation pour moi. Et même pour ma famille, j'ai jamais eu de... de remarques, de moqueries de la part de ma femme.

  • Speaker #0

    Et les femmes de ta famille, c'est une préoccupation pour elles, leur propre corps ?

  • Speaker #1

    Alors, ma sœur, quand elle était jeune, était vraiment très fine. Du coup, je pense que pas du tout, ça n'a jamais été une préoccupation pour elle. Ma maman a toujours été très mince aussi, mais je l'ai toujours entendu faire attention. Elle n'a jamais fait de régime, mais elle faisait attention à son alimentation. Elle ne le faisait pas ressentir à nous, c'est-à-dire qu'elle nous a toujours tout fait à manger. On a toujours eu des gâteaux à la maison. tout eu niveau alimentation, il n'y avait pas d'interdit. Mais par contre, elle faisait elle-même attention à elle et à son corps.

  • Speaker #0

    Son corps nécessitait une certaine maîtrise. Quand tu dis que tu t'es montée à tête toute seule, je comprends bien ce que tu veux dire. Malgré tout, tu grandissais dans une société qui est la nôtre, avec les séries télé, les feuilletons, les trucs. Et puis une maman, même si elle n'a pas fait peser ça sur toi, elle-même son corps était objet de maîtrise.

  • Speaker #1

    Complètement et je pense que moi j'étais aussi une enfant très loyale, très proche de ma soeur, très proche de ma maman, très proche de mon papa, très petite fille modèle aussi en fait et je voulais je pense ressembler à ma maman. Elle n'a pas du tout une pression sur nous mais je pense que moi je m'en suis mis une en voulant bien faire en fait. au niveau scolaire, au niveau... à tout niveau.

  • Speaker #0

    T'as toujours l'impression d'être là dedans ou pas ?

  • Speaker #1

    Non je pense que j'ai... non, je pense que j'ai fait beaucoup de chemin là dessus et et je me prends... je me lâche la grappe maintenant je dirais et je sais que mes parents sont très fiers de moi, je sais qu'il n'y a pas de souci là dessus. Moi, j'ai l'impression maintenant de leur plaire en fait. Je le sais et c'est acté. Je n'ai plus ce besoin de prouver.

  • Speaker #0

    Tu dis qu'il y a ton rapport au corps qui a commencé par là, très jeune, que c'était un sujet pour toi. Finalement, c'est ça qui a entraîné une modification de ton rapport à l'alimentation. Je me pose la question de savoir si tu as des souvenirs avant ça. Parce que tu étais vachement petite en fait. Est-ce que tu as des souvenirs de ton rapport à l'alimentation avant de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    Je pense qu'il était plutôt classique. J'ai pas de souvenirs particuliers parce que je pense qu'on mangeait vraiment normalement chez moi. Comme je l'ai dit, il y a toujours eu des gâteaux, des... des petites choses au petit déjeuner. Il y a toujours eu de tout, des légumes. On a toujours mangé vraiment de façon équilibrée. Il n'y avait pas d'équilibre ni d'un côté ni de l'autre. Mes parents se sont séparés très tôt. Alors, c'est vrai que quand j'étais chez ma mère, on a toujours gardé la même alimentation variée. Chez mon père, c'est vrai que lui cuisinait un peu moins. Du coup, il y avait sûrement plus de plats préparés et plus de... d'aliments un petit peu moins équilibrés, peut-être un peu moins de légumes, etc. Mais ça restait toujours très équilibré. Non, je n'ai pas de souvenirs de vraiment quand j'étais petite. J'avais un rapport complètement normal avec la nourriture.

  • Speaker #0

    Ok. Et tu as commencé donc à faire attention très jeune, aider de ta maman, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    C'est ça.

  • Speaker #0

    Et tu te souviens à quoi ça ressemblait et comment ça a évolué, ça ?

  • Speaker #1

    C'était plutôt au niveau des portions. Ce n'était pas vraiment que je n'avais plus le droit de manger certains aliments, parce que pas du tout, elle ne me faisait pas des repas à côté ou quoi que ce soit. Mais si je lui disais plus, si là je me resserre et que tu vois que c'est trop, dis-le-moi. Ou si là j'ai envie de me resservir, fais-moi un petit regard pendant le repas. C'était plus des choses comme ça plutôt que... Des petites choses qui, avec le recul, me semblent complètement incroyables. Mais c'est vrai que sur le coup, je me disais que j'ai besoin d'un œil extérieur pour contrôler un petit peu ces quantités que je n'arrive pas à gérer. En fait, je pense que je n'ai jamais eu confiance en mon aliment. Je n'ai jamais eu confiance en mon corps et en sa régulation. J'ai toujours eu besoin de quelqu'un extérieur pour me dire « ne te resserre pas » ou « là, c'est un peu trop » .

  • Speaker #0

    Oui, après, forcément, tu partais avec un postulat de base un peu biaisé qui est « ok, mon corps, il a quelque chose qui ne va pas » , alors qu'il suivait juste son évolution et il fallait le contraindre. Et donc, tu partais du principe que nécessairement, tu ne mangeais pas bien, tu mangeais trop, tu mangeais… Donc oui, tu as fait appel à ta maman pour t'aider à contrôler ton alimentation.

  • Speaker #1

    Exactement, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Et donc ça a fonctionné ?

  • Speaker #1

    Ça a fonctionné, oui. Je ne sais pas si j'ai vraiment perdu du poids. Je ne crois pas parce que ma mère, elle n'était pas non plus… Je pense qu'elle ne me disait pas grand-chose en fait. Enfin, c'était un… un contrat un peu implicite entre nous, en mode, si tu vois que je me resserre, tu me dis quelque chose. Et en fait, je ne me rappelle pas trop, mais je ne pense pas qu'elle disait grand-chose. Et je ne pense pas qu'elle ne m'interdisait pas. Je pense que c'était contre nature pour elle de m'interdire, de me resservir. Du coup, je n'ai pas trop perdu de poids. J'ai toujours... J'ai grandi, du coup, mon poids a suivi son évolution et j'étais toujours un tout petit peu au-dessus, mais un peu moins. J'ai jamais été mince, j'étais pas en surpoids, j'étais normale hausse. Et en fait, ça a jamais suffi pour moi. Ça a jamais suffi et quand je suis entrée au collège, on a eu un stage de voile, je crois, en 5e. Et là, je me suis dit, la voile, maillot de bain, maillot de bain, faut que je perde du poids. Et là, j'étais déjà plus préparée, j'étais plus grande déjà. Et donc je pense que je me suis aussi mieux renseignée par moi-même sur internet, sur l'alimentation, sur le sport. Et je me suis dit, je vais faire un petit régime moi-même de mon côté, sans forcément en parler. Et je vais perdre mes quelques kilos et ça va aller super pour ce stage de voile en fait. Et là du coup, j'ai commencé à restreindre mon alimentation, à perdre du poids et à en perdre pas mal. Là ça s'est vu. Et moi, j'étais contente. Je me suis dit, waouh, ça marche, c'est cool. Et c'est après, par la suite, où ça a inquiété ma maman surtout parce que j'avais vraiment perdu beaucoup de poids. Et j'étais... En fait, je me rappelle d'un souvenir où ma maman avait fait des pâtes carbo et j'ai commencé à trier les lardons. Et là, je pense qu'elle a compris qu'il y avait quelque chose qui avait basculé et que c'était plus... juste faire attention que c'était devenu obsessionnel.

  • Speaker #0

    Et c'était à quel moment ? Ça faisait combien de temps que tu étais dans ce contrôle ?

  • Speaker #1

    Ça faisait, je ne sais pas, peut-être six mois, un an. Mais j'ai perdu du poids, j'étais fine en fait. Pour une fois, j'étais fine, je n'étais pas maigre, je ne faisais pas malade, mais j'étais fine. Et ça me plaisait parce que c'était ce que j'avais toujours voulu en fait.

  • Speaker #0

    Et donc voilà, ta maman se rend compte et alors quoi ? Elle tire un peu la sonnette d'alarme et elle cherche à dialoguer avec toi ?

  • Speaker #1

    Alors là, du coup, ma maman a peur. Elle cherche à en parler. Alors elle est un peu démunie parce que moi, je me braque. Parce que je ne veux rien entendre. Moi, je suis dans mon truc et je suis contente en fait. Je ne veux pas qu'on me coupe là-dedans. Je ne veux pas que... Du coup, je faisais du sport à l'époque. Je faisais du handball. Ma maman me disait, si tu ne reprends pas du poids, par exemple, on ne te refera pas ton certificat de scolarité avec le médecin et tu ne reprendras pas ta licence de hand l'année prochaine. Il y avait un peu ce truc où elle ne savait plus trop comment moi me faire réagir. Et du coup, elle était un peu démunie. On a eu quelques conflits à propos de ça. Après, ça n'a pas été très loin. Elle m'a vite... Je mangeais avec elle, en fait, tout le temps. Je mangeais avec elle le midi et tous les midis. Et le soir, une semaine sur deux, j'étais chez mon père. Une semaine sur deux, j'étais chez ma mère. Donc, en fait, on partageait quand même tous nos repas. Et petit à petit, elle a réussi à ce que je mange plus. Voilà, ça s'est remis un petit peu comme ça, un peu par la force des choses. Voilà, on a dû s'embrouiller quelques fois. Et voilà, je me suis dit, OK, bon, va... je reprends un peu de poids. C'est passé comme ça, en fait. Mais du coup, après cet épisode-là, j'ai commencé à faire des crises de boulimie parce que je pense que j'ai eu un retour de bâton de l'anorexie que je n'ai pas réussi à contrôler. Je m'autorisais à manger plus de choses. Et puis, je ne me rappelle pas très bien de cette époque. Ça devait être vers mes 14-15 ans. Je ne me rappelle pas de la première crise. Je ne me rappelle pas de la première fois où je me suis fait vomir. Mais c'était un moyen que j'avais trouvé tant bien que mal pour garder un poids stable. et à un poids plutôt bas et stable.

  • Speaker #0

    Tu ne devais pas trop comprendre ce qui t'arrivait quand les crises ont débarqué ?

  • Speaker #1

    Je ne comprenais pas du tout. C'était vraiment une force extérieure qui venait sur moi. Je ne comprenais pas pourquoi je faisais ça, alors que j'avais des copines au collège, que j'étais bien, j'étais heureuse. J'avais des parents. qui m'aimaient, des parents attentionnés, qui prenaient soin de moi, j'avais des amis, j'avais une vie complètement normale à côté de ça, en fait.

  • Speaker #0

    Et puis, finalement, si j'ai bien compris, tu dis, ça s'est fait comme ça, par la force des choses, le fait de remanger. Alors moi, ça m'a fait un petit tilt. Alors, tu parlais du fait d'être une enfant très loyale à ta maman. Peut-être que c'est ça qui t'a aidée aussi à remanger. Tu as cette relation que tu avais à ta maman, donc il y a aussi beaucoup de bons. Mais du coup, en fait, il n'y a pas eu de consultation de professionnel.

  • Speaker #1

    Je me rappelle que j'étais allée voir une psy, puis en fait, je pense que ça ne l'a pas fait. Je ne peux pas dire que je n'ai pas accroché, puisque je n'y suis allée qu'une fois. Et du coup, je n'ai pas poursuivi le suivi. Et comme ma mère était très présente pour moi, elle l'est toujours, je pense qu'on a beaucoup discuté et que c'est passé comme ça en fait. Elle m'a dit « bon bah ok, si tu ne veux pas la revoir, on ne la revoit pas. Par contre, fais un peu ce que je te dis, fais-moi confiance, remange un peu comme moi, tu vois. » Et voilà, je pense que j'ai un peu pris exemple sur ses assiettes, sur comment elle mangeait. Et je m'en suis un peu sortie comme ça, sans comprendre déjà pourquoi j'étais tombée. dedans et sans comprendre vraiment tout ce que cette maladie engendre en fait parce que j'étais trop jeune aussi j'avais j'étais même pas en troisième quatrième troisième en fait ouais c'est clair enfin je veux dire même en tant qu'adulte c'est

  • Speaker #0

    complexe hein voilà c'est ça des fois on met des années à même parfois une fois guéri je trouve qu'on continue d'explorer son histoire et de faire des liens avec ce qui s'est passé donc c'est sûr que là déjà quand t'as le nez dedans et en plus quand t'es ado il y a beaucoup de choses en jeu mais du coup le fait de pas avoir été accompagnée par quelqu'un qui connait bien les mécanismes parce qu'après il y a plein de professionnels qui connaissent pas non plus ça t'a pas permis de pouvoir mettre du sens aussi sur ces compulsions qui débarquaient exactement je pense que mes parents ils se sont pas trop non plus inquiétés parce qu'à côté de ça d'Ager.

  • Speaker #1

    Comme je disais, j'avais plein d'amis, je faisais du handball, j'avais une équipe super, je m'entendais bien avec tout le monde, j'avais des bonnes notes à l'école. Donc en fait, à part ça, qui prenait beaucoup de place dans ma vie et qui a continué de prendre énormément de place dans ma vie, mais à part ça, entre guillemets, tout allait bien. Du coup, je pense qu'ils se sont dit, elle reprend juste un petit peu de poids, ça va mieux, et puis voilà. Et les crises après, je les ai cachées au début. Et puis après, ma maman s'en est vite rendue compte aussi. Parce que de toute façon, c'est elle qui faisait les courses. Donc elle voyait bien aussi. Elle a vite compris en fait. Mais là, pareil, je n'ai pas eu de suivi vraiment. J'ai parlé un peu avec ma maman en fait. J'en ai parlé un peu avec ma maman, un peu peut-être avec ma soeur, je ne sais plus trop cette période. Et bon, j'ai continué à faire des crises plus ou moins espacées. Ça a duré, ça a bien tout lissé. En fait, je mangeais peu le midi, je mangeais toujours, mais je mangeais peu avec mes copines. Et puis en fait, au goûter, c'est là que je rentrais de l'école, j'avais faim. Et c'est là où toutes les restrictions accumulées de la journée se déchargeaient le soir, en fait. Et encore une fois, je ne comprenais pas forcément parce que j'avais encore des copines. Il y avait ma sœur aussi qui était très présente, mes parents qui étaient très présents, qui étaient là tous les soirs. Je ne comprenais pas pourquoi moi, je n'arrivais pas à juste manger normalement comme mes amis, à prendre un panini à 16h comme tout le monde. Moi je me l'interdisais, mais par contre après le soir, ça partait en vrille en fait.

  • Speaker #0

    Ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré tout le lycée, ça a duré tout, je crois. Et en fait, après, j'ai rencontré mon premier copain en terminale. Et après, on partageait souvent des repas ensemble, le soir, le week-end. Et en fait, j'ai commencé à remanger en quantité avec lui. Parce qu'en fait, comme c'était des repas partagés, c'était des bons moments. Moi, je me sentais aimée aussi, je me sentais... valorisé parce qu'on était ensemble c'était ma première relation c'était c'était assez passionnel aussi et du coup en fait petit à petit je me suis détaché de ces restrictions je me suis donné la permission de manger parce que parce que c'était le moment fait parce qu'on partageait un goûter parce qu'on partageait des repas le soir et petit à petit balle en fait j'ai guéri comme ça grâce à notre relation parce que alors au début j'ai pris j'ai pris du poids parce que je mangeais plus Et puis après petit à petit, mon poids s'est stabilisé. Puis oui, il s'est stabilisé. J'ai reperdu un tout petit peu, peut-être un ou deux kilos sur deux, trois ans. On est resté ensemble trois ans. Et pendant les trois années, je n'ai plus de troubles alimentaires, je n'ai plus de crise de boulimie. Je ne suis pas retombée dans l'anorexie parce que je me sentais bien, parce qu'en fait, j'avais retrouvé un rapport assez apaisé avec la nourriture. grâce à cette relation, en comprenant toujours pas vraiment ce qui m'était arrivé, pourquoi je m'en étais sortie. Mais comme je m'en étais sortie, je n'avais pas forcément cherché plus que ça, en fait.

  • Speaker #0

    Oui. Et donc, si j'ai bien compris, tu n'es plus avec cette personne-là. Et alors, c'est quoi ? C'est la rupture ? C'est au moment où la relation s'est terminée que les troubles alimentaires sont revenus ?

  • Speaker #1

    Exactement. En fait, quand ça s'est terminé en 2020, juste après le Covid, L'été, ça a été parce que l'été, ça va toujours. J'avais un petit job chez moi. Il y avait mes copains cet été-là. Donc, j'étais super entourée. J'étais plutôt bien. Et en fait, à partir de septembre-octobre, on avait des couvre-feu, il me semble, le soir. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. J'étais en alternance, mais du coup, j'allais travailler. Mais mon école était en 100% distanciel. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. À partir de 18h, on ne pouvait plus sortir. Et là, je me suis retrouvée vraiment seule. Pour la première fois, j'étais chez mes parents seule. J'étais célibataire. Mes amis n'étaient pas forcément en Haute-Savoie. Et là, vraiment, j'ai ressenti de la solitude. Et c'est là où j'ai ressorti ma béquille et que j'ai recommencé à faire des compulsions, à faire des crises de boulimie. Et là, ça a été super dur parce qu'en fait, je me suis dit, ça commence. Vraiment, ce que je pensais être guéri recommence. C'est l'enfer, je ne comprends pas. Pourquoi ça revient ? Et là, vraiment, j'ai paniqué. J'ai essayé de me documenter. Donc, j'ai lu beaucoup de livres. Mais en fait, toujours dans l'espoir de manger moins, d'arrêter de manger mes émotions. d'arrêter de... En fait, je me rends compte que toutes les démarches que je faisais, j'essayais par exemple de faire du sport pour ne pas manger. En fait, tout mon focus c'était ne pas manger, ne pas faire une crise, ne pas craquer sur certains aliments en fait. Et du coup c'était horrible parce que plus je me focalisais là-dessus et plus je faisais des crises. Et plus j'avais l'impression que je m'en sortirais jamais. malgré que j'en parlais aussi beaucoup avec ma maman, j'ai vu pareil 2-3 psy, je pense que j'ai vu 2 psy, une en Haute-Savoie et une sur Paris quand je suis partie à Paris, j'ai pas forcément aimé les approches, j'ai beaucoup lu, j'ai beaucoup écouté de podcasts plus tôt, mais j'ai pas eu une relation thérapeutique dans laquelle je me suis sentie...

  • Speaker #0

    bien écouté et où je me suis dit la personne peut m'aider là-dedans en fait ouais en fait c'est hyper parlant ce que tu dis là dans ce que tu viens de dire il y a deux trucs il y a cette espèce d'errance médicale ou paramédicale qui est quand même réelle c'est à dire que bon on sait que n'importe quel suivi il y a l'aspect relationnel qui est vachement important et puis bon bah ça tu vois on le sait jamais trop à l'avance ça va matcher ou non Mais il y a quand même le fait que les personnes aient une... spécificité autour des troubles alimentaires ou non, et que dans une formation de base de psychologue, il n'y a pas l'aspect trouble alimentaire, et que ça joue quand même beaucoup sur l'impression d'être au bon endroit et de pouvoir avancer sur ce sujet-là. Et l'autre truc sur lequel je voulais juste appuyer, parce que je trouve que c'est tellement parlant ce que tu dis, sur le fait que les compulsions reviennent. D'ailleurs, quand tu as parlé du fait que les compulsions revenaient, je me suis dit, ah mais tiens, qu'est-ce qui est revenu en premier ? Les compulsions ou l'envie de reprendre un peu le contrôle sur ton corps et ne serait-ce que l'idée de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    En fait, j'avais stabilisé mon poids pendant trois ans. Mais stabilisé tout en perdant un tout petit peu. Mais vraiment progressivement, ça devait être un petit kilo par-ci, par-là. Et c'était peu, en fait. Et c'était normal, entre guillemets. C'était sans action volontaire. En fait, quand on s'est séparés, c'était l'été et je bossais en restauration. Et je pense que je me dépensais. Je crois que j'avais perdu un peu de poids pendant cet été. Et là, je me sentais bien. C'était en post-structure, j'avais reperdu un peu de poids. Et je pense que ça a redéclenché une envie de contrôle parce que c'était euphorisant un peu de me dire... Je reprends un peu le sport, je reprends un peu la perte de poids, je me sens bien. Je pense que ça a pallié vraiment au deuil de la rupture. Ça m'a permis de me dire, j'ai le contrôle sur quelque chose en fait.

  • Speaker #0

    Oui, mais tu vois, c'est très souvent le cas. Après, ça aurait pu être un peu différent, mais c'est quand même principalement le cas. C'est-à-dire que ce qu'on voit, c'est les compulsions. Mais en fait, quand on prend le temps de déconstruire un peu ce qui s'est passé avant, Non, les compulsions sont consécutives à un retour du contrôle, à un amégrissement qui engendre des pensées de « là, je suis trop bien, il ne faut surtout pas que je grossisse » . Et du coup, c'est intéressant parce que c'est vraiment dans ce sens-là que ça marche. C'est le contrôle qui crée la compulsion. Et puis quand la compulsion est là, tu le disais très justement, toutes les tentatives de solution sont autour du fait de ne pas manger, ce qui est finalement ce qui génère la compulsion. Et ça explique qu'il y ait... franchement des centaines de milliers de personnes, c'est sûr, bloquées dans ces schémas-là, à qui on n'a jamais dit non, non, non, ça fonctionne dans l'autre sens.

  • Speaker #1

    Exactement.

  • Speaker #0

    Et alors du coup, ça repart ça à l'automne 2020 pour toi, et ça prend quelle place et ça dure combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça dure jusqu'à il y a six mois, donc ça dure presque cinq ans, quatre, cinq ans, oui, cinq ans. Parce que, alors avec des avancées, avec beaucoup de prise de conscience, mais c'est long en fait, parce que pendant longtemps, je me focalise sur les compulsions. C'est mon ennemi numéro un. J'avais l'impression en fait, moi l'image que je me faisais, c'était que j'avais la porte de chez moi ouverte. J'avais la porte de chez moi fermée, je ne l'avais pas fermée à clé, et qu'à tout moment, quelqu'un pouvait rentrer. Et en fait, c'était vraiment cette image-là, c'est que ça pouvait... ça pouvait survenir un peu n'importe quand, n'importe où. Et ça survenait quand même souvent au même moment, c'est-à-dire après le travail, au goûter à 16h, 17h, 18h, quand j'étais en télétravail, ou quand on faisait des gros repas de famille et que moi je n'arrivais pas à gérer les quantités, et en fait je me disais « je n'arrive pas à gérer, je n'arrive pas à me gérer seule en fait » . Il y a eu aussi une croyance profonde derrière, je ne sais pas me gérer. Et ça me dévalorisait beaucoup de me dire, manger c'est vraiment la chose la plus basique que tout le monde doit savoir faire. Et moi je ne sais pas faire ça en fait. Et pour autant dans ma vie tout allait bien à côté encore une fois. J'ai toujours eu des amis, j'ai toujours eu de très bonnes notes à l'école. J'ai fait mes diplômes, j'ai fait mes études, j'ai toujours eu des boulots, j'ai toujours eu des alternances. Et il y avait toujours ce truc sous-jacent dont je n'arrivais pas à me défaire. Et je me disais, je me suis toujours dit qu'un jour je m'en sortirais, je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas. Mais je ne me suis jamais dit, ça ne va jamais passer. Mais pour autant, ça a été long et ça a été beaucoup de...

  • Speaker #0

    Beaucoup de pleurs, beaucoup de remises en question. En fait, je faisais des crises pendant deux, trois jours, où là, c'était des cycles un peu non-stop, où je faisais une, deux, trois crises par jour. Puis après, je me reprenais en main et je me disais, allez, c'est bon, là, j'en ai marre, je suis tombée trop bas. Et du coup, je reprenais l'histoire. Et pendant trois, quatre jours, une semaine, deux semaines peut-être, grand max, je ne faisais pas de crise. Et après, ça revenait. Et en fait, c'était tout le temps comme ça. Et c'était lourd parce qu'à chaque fois que je me reprenais en main, entre guillemets, c'était tellement... J'avais l'impression d'être une vieille locomotive qui fait... Enfin, il faut se remettre en marche et ça me prenait énormément d'énergie. Mais parce que même quand je me reprenais en main, c'était OK, je me reprends en main, je refais du sport parce que pendant que je faisais les 3-4 jours de compulsion, il n'y avait plus de sport à côté. En fait, j'étais vraiment... Dédé. J'étais vraiment à plat, je ne faisais que de manger, il n'y avait que ça qui me donnait envie. Toutes les choses que j'aimais faire dans ma vie autour n'avaient plus d'importance à côté de faire une crise quand j'étais dans cette spirale-là.

  • Speaker #1

    Ce que tu dis, ça me fait penser à quelque chose de comparable à des épisodes dépressifs, les phases de crise.

  • Speaker #0

    Et à côté de ça, j'arrivais à avoir une vie normale. Personne ne le savait. Alors j'en ai parlé à des copines qui étaient très proches. Je pense qu'il y a peut-être quatre ou cinq de mes très bonnes copines qui sont au courant, qui m'a colloqué aussi, ma colocataire à Paris, mes parents. Donc j'arrivais quand même à en parler. Mais pour autant, je... J'étais toujours dans ce petit sport. Il y avait aussi beaucoup de sport, il y avait beaucoup de restrictions caloriques, mais il y avait aussi beaucoup de sport, beaucoup de suractivité. Et en fait, j'étais épuisée. Et ces temps de crise, j'avais l'impression que c'était vraiment des soupapes, des moments pour reprendre mon souffle. Parce que sinon, dans ce quotidien de restrictions alimentaires et de sport à outrance, je ne pouvais pas trouver un équilibre là-dedans.

  • Speaker #1

    Ouais, et ça, c'est hyper piégeant. C'est un truc que j'entends beaucoup, moi. Les personnes qui me disent « Ouais, mais moi, j'ai besoin des crises, en fait. J'ai hyper peur de ma vie sans les crises parce que j'en ai besoin. »

  • Speaker #0

    C'est ça. C'est qu'en fait, quand on est là-dedans, je me disais « Je ne pourrais pas ressentir ce soulagement de faire une crise autrement qu'en faisant une crise. » Mais ce que je ne savais pas non plus, c'est qu'en se sortant de ça, j'ai plus besoin de ce soulagement là j'ai plus ce ce truc de la cocotte minute qui monte, qui monte, qui monte et après il faut enlever le bouchon parce que sinon ça éclate j'ai plus besoin d'éclater en fait mais quand ouais quand les cinq ans que j'ai passé vraiment là dedans mais je me disais mais enfin je vais le remplacer par quoi j'ai pas une passion qui m'anime, j'ai pas une activité, moi j'aime bien faire plein de choses mais j'ai pas une activité qui me coupe l'esprit, qui me fasse partir aussi loin que les crises peuvent faire partir en fait.

  • Speaker #1

    Oui, mais c'est tellement juste ce que tu dis. Je suis tellement contente que tu dises tout ça. C'est important, parce que c'est des choses que je répète inlassablement à qui veut bien l'entendre, mais ça a une autre valeur encore, le fait d'être dit par une autre personne qui vient témoigner de son parcours. Le fait que, bah ouais, en fait... tu as un besoin de décompression énorme auquel les crises répondent, sauf que c'est tout ton fonctionnement avec ton corps et fonctionnement alimentaire qui crée ce besoin-là. Et puis par rapport à cette question de, oui, par quoi je vais remplacer ça ? Genre, je n'ai pas de passion qui pourrait prendre cette place-là. Déjà, non, mais c'est impossible d'avoir quelque chose qui prenne cette place-là, tellement ça prend toute la place. Enfin, tu vois, il y a quelque chose de... Tu dis, moi, sans ça, je suis vide. Mais en fait, c'est ça qui crée le vide.

  • Speaker #0

    Exactement. Sauf que je ne m'en rendais pas compte. Je ne m'en rendais pas compte. Et c'est vrai que ça avait une vraie fonction, la crise. Et avec le recul, je peux voir tout ce que ça m'a apporté. Et c'est de là aussi où j'ai écouté beaucoup de podcasts, j'ai lu beaucoup de choses sur... sur ne plus essayer de lutter en fait, ne pas lutter contre son TCA, ne pas... Enfin moi c'est un langage maintenant qui me stresse beaucoup parce que j'ai pas envie de lutter dans ma vie, je pense qu'on peut pas passer sa vie à lutter. Et moi, c'était ce que je faisais. Lutter contre ma faim, lutter contre le repos. En cinq ans, je ne me suis pas reposée. Je n'ai pas fait une grasse mat. Ça fait six mois que je peux me lever, parfois, à 11h un samedi matin. Avant, ça aurait été impossible pour moi. Ça aurait été impossible parce que j'aurais eu l'impression de perdre ma journée. Alors qu'on en a besoin. J'ai besoin de repos, j'ai besoin de... de faire autre chose que du sport et de compter mes calories.

  • Speaker #1

    Tellement, tellement. Qu'est-ce qui a été un peu... Ah, je déteste parler de déclic, j'avais des clencheurs ou quoi qui venaient. Ou au moins un tilt. Moi, je ne crois pas trop au déclic. Dans certains cas, ça peut arriver. La majorité du temps, c'est plutôt plein de petites choses rencontrées sur la route, qui s'assemblent et tout. Mais en tout cas, est-ce qu'il y a eu quelque chose pour toi qui a vraiment opéré un changement ?

  • Speaker #0

    Oui, alors déjà, je n'avais plus mes règles depuis 2020. Quand je me suis séparée de mon ex-copain, moi, je prenais la pilule. Puis finalement, je me suis dit, là, je suis célibataire, donc je l'arrête. Et suite à ça, je n'ai jamais eu mes règles, en fait. Et alors au début, je me suis dit, bon, ça prend du temps, c'est normal. J'ai passé 7-8 ans sous pilule. Bon, ok, certes. J'ai attendu un an, je suis allée voir une gynéco. Elle m'a dit, ça peut prendre du temps. Et puis, vous savez, il y a eu le vaccin pour le Covid aussi. Ça peut jouer sur les hormones. OK, j'attends. Et puis, j'ai laissé traîner ça. De toute façon, je ne voulais pas d'enfant. Et puis, je ne me suis pas renseignée non plus. Je me suis rendue compte après coup qu'on ne sait pas vraiment le fonctionnement. les bienfaits des règles, les cycles hormonaux, moi je ne connaissais absolument rien, et en fait, je n'avais pas mes règles, ce n'était pas très grave en fait. Et petit à petit, ça m'inquiétait, mais j'y pensais une fois, puis après je n'y pensais plus pendant 3-4 mois. Puis j'y repensais, et je me suis dit, ce n'est pas normal quand même, mon corps ne fonctionne pas correctement. Et je crois que j'avais déjà entendu parler des restrictions caloriques, de l'excès de sport. Mais je pense que j'étais clairement pas prête à l'entendre et clairement pas prête à me dire, à remettre en question mon mode de vie pour ça. Parce que remettre en question mon mode de vie, ça pouvait dire potentiellement grossir. Et ça, c'était juste impossible. Donc, je pense que j'ai fait le truche pendant longtemps en me disant, ça va revenir. Je suis allée revoir un gynéco sur Paris. J'ai fait des examens, tout allait bien, ma prise de sang était nickel, il m'a fait des examens gynécologiques, tout allait bien. J'ai dit bon, ça va quoi. Un jour je suis tombée sur le livre « Je n'ai plus mes règles » qui parle de la ménorée hypothalamique. Et là j'ai lu le livre et je me suis reconnue dans chaque page, dans chaque témoignage. Je me suis dit mais en fait si ça ne cherche pas. OK, mes analyses, elles sont super. J'ai rien de fonctionnellement. La machine, elle marche. C'est un truc qui... C'est dans mon mode de vie que ça ne fonctionne pas, en fait. Et je me suis dit, là, je ne peux plus faire du sport et me restreindre et abîmer ma santé. Dans le livre, il parle de toutes les conséquences de l'aménorée, de tout ce que les règles apportent en bénéfice dans le corps. Et je me suis dit, mais je ne peux pas, consciemment, en le sachant maintenant... Je ne peux plus continuer dans cette route-là. Ce n'est plus possible. Et en décembre 2024, donc décembre dernier, je me suis dit que je voulais tout faire pour avoir mes règles. Dans le livre, il parle d'une méthode. Je me suis dit que je vais suivre cette méthode et je vais m'y mettre à fond. Et cette méthode, c'est l'arrêt du sport. Ils disent qu'on peut continuer, mais que du coup, ça va forcément ralentir le processus. Je me suis dit, en fait, j'ai perdu du temps depuis longtemps. Je veux le faire à fond. Donc juste, j'ai arrêté le sport du jour au lendemain et j'ai mangé. Je me suis donné le droit de manger. Alors ça me fait rire parce que je dis juste arrêter le sport, alors qu'en fait, je le dis là six mois après, alors que pour moi, sur le coup, c'était un... un enfer en fait, je me suis dit comment je vais faire, je suis passée d'un mode de vie où je faisais cinq à six fois du sport par semaine, j'allais à la salle de sport tous les midis J'allais courir deux, trois fois par semaine. J'organisais ma vie en fonction de ça. Je calculais toutes mes séances dans la semaine. C'était vraiment une charge mentale. Avec le recul, je me suis dit que c'était ça. C'était pour ça que j'avais besoin aussi de ces crises. Parce qu'en fait, tout était millimétré. Tout était pensé dans ma vie. Le sommeil, les repas, le sport. Tout ça, c'était cadré pour que... tout rentre.

  • Speaker #1

    Oui, mais comme tu le dis aujourd'hui avec le recul, ça paraît simple, mais clairement, moi je me suis dit ok, d'accord, qu'as-tu fait de ta peur de grossir ? Qu'est-ce qui t'a permis d'une, de prendre la décision, mais il y a autre chose, c'est que on sent qu'il y a eu une prise de conscience forte chez toi, qui t'a amené à cette prise de décision, mais derrière, quand tu le mets en place dans le concret, c'est costaud.

  • Speaker #0

    Ce que j'ai bien aimé dans ce livre, c'est que ce n'est pas un livre qui fait peur. Ce n'est pas un livre qui te dit que tu es en mauvaise santé. En fait, ça ne fait pas psychoter. Ce n'est pas un livre qui fait peur. C'est un livre qui te dit que tu es plus que ça. C'est un livre qui donne du courage et de l'espoir plutôt qu'il fait peur. Et moi, je me suis dit au début, quand j'ai lu les premières pages, je me suis dit, bon, allez. Je vais prendre quoi ? 4-5 kilos et puis ça va le faire. J'avais déjà un poids qui n'était pas très haut, donc je me suis dit, en 5 kilos, je suis sûre que ça le fait. En 2-3 mois, j'arrête le sport, je prends un peu et c'est bon. Et à un moment dans le livre, je me rappelle de ce moment-là, parce que j'étais dans le train, j'étais à la gare à Paris, et il y a un passage où ils disent, en général, les femmes qui se lancent dans cette méthode prennent en moyenne 10 kilos. Et là, je me suis dit, il faut que j'aille acheter un carnet. Il était 20h, tout était fermé à la gare, je me suis dit là il faut que j'aille écrire, il faut que j'aille acheter un carnet. Du coup je suis allée dans le premier relais des magasins à la gare, je suis allée acheter un carnet et un crayon. Et j'ai écrit, je me suis dit mais je peux pas prendre 10 kilos, c'est pas possible, c'est pas possible. 10 kilos ça va se voir, ça veut dire que mon identité, enfin c'était vraiment identitaire en fait, c'était je vais arrêter le sport, je vais prendre du poids. Qu'est-ce que ma famille va penser ? Qu'est-ce que mes amis vont penser ? Qu'est-ce que mes collègues de travail vont penser ? Ça a été... ça a été... waouh ! Tout une... un... ouais, le personnage en fait que je m'étais construit, parce que dans ma famille, dans mes amis, tout le monde savait que je faisais beaucoup de sport, tout le monde me voyait faire beaucoup de sport, et d'arrêter du jour au lendemain... Même mes collègues, parce que tous les midis, j'allais à la salle de sport. Là, j'ai dû leur dire que non, je n'allais plus à la salle, que je n'allais plus courir. Je marchais beaucoup parce que j'ai un travail qui est sédentaire. Je suis assise 8 heures par jour. Le midi, j'allais quand même me promener. Le week-end, je m'autorisais à aller marcher. Je ne me suis jamais restreinte sur la marche. Mais par contre, je me suis dit que je ne... je ne vais plus courir, je ne vais plus à la salle de sport jusqu'à temps que je n'ai pas mes règles je m'interdis toute activité et en fait ça a été aussi tellement libérateur parce que je ne me rendais pas compte que j'organisais vraiment mes journées en fonction de ça en fonction de combien de temps je pouvais passer à la salle, de combien de temps il fallait que je dorme pour ne pas être fatiguée parce que j'avais peur d'être fatiguée aussi parce que je savais que la fatigue ça jouait aussi sur mon moral, que mon moral jouait sur mes crises donc en fait Je savais que tout était lié, mais je ne savais pas comment détricoter tout ça, en fait.

  • Speaker #1

    Oui, tu avais bien conscience que tout était lié, mais tu ne le prenais pas dans le bon sens, quelque part.

  • Speaker #0

    Non,

  • Speaker #1

    pas dans le bon sens. Ton objectif principal était celui d'être mince. Donc, du coup, tu organisais tout ton temps et toute ta vie autour de ça.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Ce que je trouve vraiment chouette, j'ai envie juste de le souligner. C'est le fait que tu n'es pas été non plus dans un tout ou rien, c'est-à-dire que tu t'es dit, « Ok, je vis cette méthode à fond, mais je vais quand même marcher. » Je le précise parce qu'il y a un peu ce truc quand même, tu vois, qu'on observe chez les personnes qui ont des troubles alimentaires. Souvent, il y a une pensée très binaire. Et en fait, la relation au sport, c'est soit je suis dans l'excès, soit j'arrête tout. et je bouge plus du tout, je suis comme tétanisé en fait par le truc. Et ce qui n'est pas souhaitable non plus, en fait le corps humain a besoin d'être en mouvement. C'est très juste ce que tu dis quand on passe nos journées assises. C'est hyper important. Moi, je suis privée de sport depuis six ou sept semaines maintenant. Pareil, je suis passée d'un entraînement marathon à plus rien, zéro. Et en fait, je m'oblige à essayer de trouver des petits créneaux pour aller marcher parce qu'en fait, je pense que c'est comme ça que je pourrais me blesser à un autre endroit. Donc, je trouve ça vraiment important. Je trouve ça chouette que tu aies réussi aussi à être dans cette démarche au milieu de tout ça. C'est fou. Je te le dis quand même, au passage, je trouve que tu es jeune. Et donc, on parle de trucs qui remontent. Donc, tu étais nécessairement plus jeune. Je trouve qu'il y a beaucoup de maturité chez toi et dans ton parcours.

  • Speaker #0

    Mais parce que j'ai lu... En fait, c'est drôle, mais à chaque fois que je faisais des crises, à chaque fois que ça n'allait pas, c'est toujours là où j'ai lu plein de choses, où j'ai écouté plein de choses. Et à chaque fois, je... J'ai avancé vraiment micro-pas par micro-pas. Et en cinq ans, je me suis documentée énormément. J'ai toujours essayé de taper sur Internet mes symptômes, de taper ce que je ressentais, d'écrire. J'en ai beaucoup aussi parlé avec ma maman, qui a été là aussi pendant tout le processus, pour m'écouter, en fait. Et c'est vrai que d'en parler, de mettre juste... de dire à haute voix certaines choses, ça fait avancer. D'écrire, ça fait avancer. Et du coup, c'est vrai que j'ai appris beaucoup sur moi-même. Et du coup, pendant que je marchais, pendant que j'arrêtais le sport, je me suis dit quand même, si je n'étais pas dans une démarche... Alors, il y a ça aussi, c'est que pendant que j'ai marché, pendant toute cette période-là, je me suis interdit de regarder le nombre de pas que je faisais. J'avais arrêté déjà de compter mes calories il y a un petit moment. Et ça, depuis que j'ai arrêté, je me suis interdit. Parce que quand tu comptes tes calories pendant un ou deux ans, après le moindre petit-déj, j'avais un scan de la calorie. Je savais exactement en cinq secondes à peu près combien une assiette, combien mon petit-déj allait me faire. Je savais combien j'avais besoin, entre guillemets. Enfin, combien je pensais avoir besoin de calories par jour. Donc voilà. Et ça, j'avais déjà arrêté. Donc à chaque fois que je me reprenais à compter, je me disais non, non, non. Je me forçais intentionnellement à penser à autre chose. Et ça a été pareil pour la marche. Je me suis dit, je m'interdis de regarder sur santé. Sur mon téléphone, c'est santé, donc l'application, pour voir le nombre de pas. Parce que je me suis dit, tu vas voir que si un jour, je fais moins que la veille, ça ne va pas le faire. Si je fais plus, là, ce n'est pas grave. Mais si je fais moins... Je peux être déçue. Et en fait, je le sais. Je suis consciente de mes comportements, de ma façon de penser avant. Et du coup, je me suis dit, il ne faut plus du tout d'objectifs. Il ne faut plus que je me mette d'objectifs. Donc, même la marche, ça a été vraiment pour moi. J'ai écouté du coup aussi beaucoup de podcasts quand je marchais. Beaucoup de podcasts. En fait, j'avais plus de temps parce que je n'avais pas toute cette charge mentale du sport, de la nourriture qui me prenait vraiment tout. ma tête. Donc en fait, le temps que je ne m'étais plus à m'épuiser, à faire des crises et à contrôler mon alimentation, j'ai commencé à aller voir des conférences, j'ai commencé à m'intéresser à des sujets un peu plus politiques, au féminisme, au capitalisme, à tout ça. Tes podcasts aussi m'ont beaucoup aidé là-dessus parce que la première fois que j'ai entendu parler du féminisme et des TCA, c'était grâce à ton podcast. Et au début, j'étais là, je ne comprends pas le lien. Je ne vois pas du tout. Et en fait, après, tu commences à chercher d'autres trucs, à écouter d'autres podcasts. Et tu te dis, mais tu commences à lire des livres parce que j'avais le temps, en fait. Du coup, je me suis vraiment renseignée et cultivée autour. C'était tout le temps des sujets où je pouvais faire des parallèles. Mais j'ai arrêté d'acheter des livres, comment manger ses émotions, comment contrôler ses émotions. En fait, ce n'était plus du tout ça, le sujet. C'était plus... comprendre aussi la vie comme tu dis tu l'as dit je suis jeune j'ai que 26 ans donc comprendre dans quelle société j'avais grandi dans quelle société je vis actuellement et de me dire waouh est ce que j'ai vraiment envie de continuer à prendre part à tout ça ou de m'en détacher

  • Speaker #1

    aussi un peu et ça ça a été hyper libérateur aussi pour moi tu parlais du fait que voilà tu gagnais du temps aussi par l'arrêt des crises Donc tu parles de l'arrêt du sport, la méthode All-in c'est pas que ça, c'est l'arrêt du sport, et il y a aussi quelque chose autour de l'alimentation, le fait de réintégrer les aliments interdits, donc tu as mis ça en place en parallèle tout de suite aussi ?

  • Speaker #0

    Tout de suite, quand j'ai arrêté le sport, je me suis aussi dit, bon, là, il faut que je mange plus, en fait. Il faut que j'arrête tout ça. Parce qu'encore une fois, je l'ai lu, je l'ai compris. C'est ça que j'ai. Donc, je ne peux plus rester. Je ne peux plus faire ça, en fait. Et c'était pendant la période de Noël, de Noël dernier. Donc, on est rentrés deux semaines chez nos parents. Paris-Adena, c'était le premier Noël où je n'avais pas de crise de volumie, où je n'avais pas de compensation pour les repas de Noël. J'ai un nouveau copain depuis un an et demi. Il m'a connue avec les troubles alimentaires aussi. Il m'a connue en faisant des crises. On en a toujours beaucoup parlé. Peut-être que de l'avoir aussi à mes côtés, ça m'a aussi rassurée. Bien qu'on n'habite pas ensemble, du coup, la semaine, je suis quand même seule et j'ai dû quand même me gérer seule. D'abord, je l'avais dit, mais cette croyance profonde que je n'arrivais pas à me gérer, je ne voulais surtout pas guérir grâce à lui, puisque je l'avais déjà fait auparavant. Et du coup, j'avais vraiment cette peur bleue de me dire, si je guéris, je ne veux pas que ce soit grâce à mon nouveau copain. Je veux que... Il y a un peu ce truc de je veux guérir toute seule aussi. Et du coup, j'ai mangé plus. Je me suis pris un carnet tout au long d'un carnet que j'ai toujours. Et à chaque fois que j'avais l'impression de trop manger, j'écrivais. Mais de toute façon, tant que je n'ai pas mes règles, je n'arrêterai pas. Donc, tant que mes règles n'étaient pas revenues, je mangeais. Je mangeais plus, je mangeais des repas normaux, je n'ai pas eu de crise. En fait, je ne sais pas, ça a été tellement salvateur parce que je me suis donné le droit de manger tout ce que je voulais. J'ai mangé beaucoup, beaucoup de chocolat. C'était vraiment l'aliment principal de mes crises, le chocolat, le sucré. Je suis très sucrée et j'ai aussi accepté ça, de me dire j'adore le sucré, j'adore les desserts et je vais m'en faire. tu avais fait une fois une charlotte au chocolat je crois tu t'étais fait pour toi et tu t'étais dit j'en mangerais tous les soirs s'il faut jusqu'à temps que j'en ai plus envie et bien une fois je me suis fait un fondant au chocolat un soir toute seule chez moi et je me suis dit mais c'est la première fois que je m'autorise à me faire un fondant au chocolat pour moi et moi toute seule et j'ai pas compulsé dessus, je n'ai pas eu de crise J'ai mangé, mais j'ai mangé la part qui me semblait, qui était assez pour moi. Avant, par exemple, des mousses au chocolat, j'aurais préféré acheter un contenant individuel. Parce qu'au moins, ça me calibrait une portion. Et après cette portion, je n'en avais plus. Un saladier de mousses au chocolat, ça m'aurait fait trop peur. Alors que maintenant, je m'autorise à manger 3, 4 cuillères. Juste qu'à temps, je n'en ai plus envie. Et quand je n'en ai plus envie, je me dis, OK, si la cuillère d'après, c'est la cuillère de trop, c'est que j'en ai assez mangé.

  • Speaker #1

    Ça fait vraiment le lien avec la petite fille qui demande à sa maman, tu me dis, si je suis dans le trop, et ce besoin du contrôle extérieur par le fait qu'il y ait des portions calibrées, et tu as troqué ça contre une vraie connexion à toi, tes besoins, ta régulation, en fait. Alors, moi, j'ai deux questions qui me brûlent les lèvres. En combien de temps ? Tes crises se sont arrêtées ? Première question, parce que j'ai l'impression que ça a été assez rapide. Et est-ce que ton cycle est revenu ? Et si oui, en combien de temps ?

  • Speaker #0

    Alors, du coup, quand je me suis lancée dans la méthode All-in, donc la méthode du livre, donc l'arrêt du sport et manger plus, je n'ai plus refait de compulsion depuis. Donc depuis décembre.

  • Speaker #1

    Mais ça veut dire que tu t'es lancée dans la méthode... et du premier jour où tu t'es dit j'essaie cette méthode,

  • Speaker #0

    il n'y a jamais eu de compulsion finalement il n'y a jamais eu de compulsion mais je ne me suis pas dit je ne veux plus jamais faire de crise je me suis dit je veux avoir mes règles en fait le faux est plus du tout au même endroit je veux gérer mes émotions j'avais déjà fait un travail j'avais déjà lu plein de choses c'est pour ça que comme tu dis il n'y a pas eu de déclic c'est pas cette méthode là qui est cette dépression. Cette méthode-là, ça a juste appuyé ce que j'avais lu, compris, écouté depuis 5 ans. Ça m'a juste donné l'envol parce que de moi-même... je pense que je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport et à remanger plus. Jamais.

  • Speaker #1

    Je crois aussi que peut-être que ce qui t'a vachement aidée et donné cet envol, comme tu dis, c'est le fait qu'il y ait un dysfonctionnement palpable physiologique chez toi. Je suis censée avoir un cycle féminin que je n'ai pas. Donc, ton corps venait dire, en fait, tu vois bien, ton comportement alimentaire fait que ça dysfonctionne. C'est ça. Du coup... il y avait aussi un objectif palpable, le retour de tes cycles. Là où des personnes qui sont dans les compulsions, mais qui ont toujours leur cycle et tout ça, tu vois, peut-être que c'est plus flou de se dire, ouais, mais je me lance, mais jusqu'où, comment ? Tu vois, peut-être que toi, ça t'apportait, mine de rien, quelque chose d'assez cadrant, quoi.

  • Speaker #0

    Exactement. Je suis totalement d'accord. Et je ne me serais pas, je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport pendant six mois sans... sans ça en fait ça aurait été trop trop compliqué et arrêter jusqu'à quand reprendre quand reprendre à quelle intensité j'aurais je j'aurais j'aurais été trop oui voilà c'est ça il me fallait quand même un certain cadre en fait et et ça a pris j'ai réus mes règles au bout de quatre mois quatre mois et mais ça pas été évident parce que j'ai j'ai pris du poids j'ai pris deux tailles de pantalon Donc j'ai dû changer aussi toutes mes fringues. Et j'ai dû les changer en plus en état parce que j'ai déjà pris une taille. Puis après, mes jeans, quand j'ai acheté tout en une taille plus grande, il a fallu racheter une taille plus grande. Et ce n'était pas évident aussi. Je me suis dit, au bout d'un moment, je me suis dit, mais est-ce que ça va s'arrêter aussi ? Et en fait, ce qui m'a rassurée aussi, c'est que je voyais mon comportement alimentaire qui s'apaisait. Je voyais aussi que je n'avais pas forcément envie des mêmes aliments tout le temps. Je me suis rendu compte qu'en m'autorisant, comme tu dis, de la mousse au chocolat, enfin, comme je disais, pardon, de la mousse au chocolat autant que je voulais, je n'en avais plus envie après. Mais par contre, je pouvais en avoir envie le lendemain. Et c'était ça. Avant que je ne m'autorisais pas, je me disais, mais attends, je me fais plaisir quand même. Donc pourquoi j'en ai envie tous les soirs ? Et après, je me disais, je m'en fous d'en avoir envie tous les soirs ou pas. Ce n'est pas la question. Je dois manger à tous les repas. Et du coup, ce n'est plus la question de qu'est-ce que j'ai mangé la veille et qu'est-ce que je vais manger ce soir. J'essaie de ne plus aussi anticiper les repas ou faire en fonction de ce que j'avais mangé le matin, de si j'allais manger le midi, parce que ça aussi, c'est une charge mentale. qu'en fait on fait quand on est dedans, on ne s'en rend pas compte. Mais une fois qu'on se détache un peu de ça, je me disais, mais en fait oui, c'est normal que j'avais besoin des crises pour anesthésier tout ça en fait. C'était trop.

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Tout à l'heure, quand tu disais que tu n'aurais pas pu te lancer dans ce processus sans ce cadrage auquel je veux retrouver mes cycles, je me dis, je le comprends. complètement et c'est la difficulté qu'ont sûrement plein de personnes qui vont nous écouter. A la fois je trouve ça dommage parce que tu le témoignes depuis tout à l'heure à quel point finalement le retour des cycles c'était ton objectif, c'est une des choses que tu as gagné mais très vite, très vite. Déjà même si ce n'était pas ton objectif, les crises elles se sont arrêtées instantanément. Donc tu as gagné du temps. Tu as gagné de la liberté psychique, de la liberté alimentaire. Tu as découvert tout un tas de choses. En fait, pour moi, tu as cultivé ton être, la personne que tu es, bien plus que l'apparence, ce à quoi tu ressens. Mais attends, c'est énorme. Tu as appris à te connaître. Je trouve que les bénéfices, ils sont tellement énormes. Et j'avais juste envie de réappuyer dessus, de juste les lister pour les personnes qui nous écoutent, en mode, ouais, ça fait peur. Et oui, c'est difficile. Et il y a la fameuse question que tu t'es posée toi aussi de « Attends, est-ce que ça va s'arrêter, la prise de poids ? » Mais il y a tellement à gagner, tellement, tellement, tellement. En fait, c'est des vies qui sont incomparables.

  • Speaker #0

    Complètement. C'est des vies qui n'ont rien à voir. Et ça change aussi la personnalité, en fait. Ça change la... Ça m'arrive encore d'avoir des pensées culpabilisantes. Ça m'arrive parfois de... de faire un petit déj, de faire un petit déj, moi j'adore les petits déjeuners par exemple, donc c'est vraiment s'il y a un repas que je ne ferai pas l'impasse, c'est le petit déj, parce que j'adore tout ce qu'il y a au petit déj, et parfois, la dernière fois par exemple, mon copain arrivait et on mangeait à midi pile, du coup je m'étais dit, il ne faut peut-être pas trop que je petit déjeune, parce que je vais remanger à midi pile avec lui, donc je n'aurai pas faim, et puis en fait, il y avait plein de choses que j'aimais, donc j'ai le petit déj comme je l'avais envie Et je me suis dit, merde, mais tu n'aurais pas dû. Tu ne vas pas avoir fait un midi et tout. Et direct dans ma tête, je me suis dit, mais là, tu es vraiment en train de culpabiliser pour un petit déjeuner. Ce n'est plus possible de faire ça. Non, enfin, je ne veux plus. En fait, c'est un peu militant. C'est un peu, je ne veux plus me laisser culpabiliser par ça.

  • Speaker #1

    Oui, et encore que ta culpabilité, elle est très différente. Je pense qu'il y a plein de gens qui aimeraient avoir ce type de culpabilité, déjà. C'est déjà une belle étape. C'est pas, oh là là, mais attends, tout ce que j'ai mangé, je vais grossir, n'importe quoi. C'est, oh non, mais je vais pas avoir assez faim pour manger avec mon chéri, quoi, tu vois. Oui,

  • Speaker #0

    derrière, il y a aussi ça. Il y a aussi ce truc de si j'enchaîne de repas, il y a aussi ce rapport au corps. Parce que finalement, si c'était juste manger alors que j'ai pas faim, mais comme tu dis, s'il n'y avait aucune incidence derrière sur le poids, c'est... Comme tu le dis souvent, si tu pouvais manger tout ce que tu veux sans grossir, est-ce qu'il y aurait des troubles alimentaires ? Ben non. Je pense toujours aussi derrière cette volonté de si je mange trop, forcément je vais grossir. Alors que non. Et en fait, c'est par l'expérience aussi qu'on se rend compte de ces choses-là. Il y a un truc aussi que je voulais dire et qui m'a beaucoup aidée. c'est que manger émotionnellement, c'est normal. En fait, on est bombardé de discours, il ne faut pas manger ses émotions, il ne faut pas. Et en fait, ce lundi-là où j'ai trop mangé, non, j'ai bien mangé au petit-déj et j'ai bien mangé le midi, en fait, j'étais dans un petit mood. Il n'y avait rien qui allait, mais il n'y avait rien qui n'allait pas. Mais je n'étais pas au top, je n'étais pas... Et en fait, je me suis dit, mais c'est normal dans ces moments-là. que j'ai envie de plus manger que d'habitude. Et c'est pas grave. Et il y a des fois où ça m'arrive. Et le lendemain, je me rends compte qu'en fait, ça passe. Et j'ai pas... En fait, ce que j'avais peur avant, c'est que si je mange deux ou trois repas plus que d'habitude, après, ça allait être la porte ouverte. Et c'est cette pensée binaire, en fait. De se dire, si je mange deux ou trois fois trop, après, je vais manger à tous les repas au-dessus de ma faim. Et si j'arrête le sport. une fois, je ne vais plus jamais avoir envie d'en refaire. C'est vraiment cette pensée en tout ou rien et de se dire maintenant, en fait, manger, c'est manger émotionnellement, manger parce que parfois on est un peu triste ou quoi, c'est normal aussi. Et ça, c'est apaisant de pouvoir se dire, j'ai le droit d'utiliser aussi cet outil-là pour me réguler.

  • Speaker #1

    Complètement. J'ai trop envie de te poser la question. Justement, tu parlais du fait que tout est toujours relié au corps. Et en plus, ton histoire le prouve bien. C'est-à-dire que chez toi, tout a commencé par un rapport au corps qui n'était pas terrible dès toute petite. Enfin, en tout cas, qui est venu te parasiter. Comment c'est aujourd'hui pour toi, dans le rapport à ton corps ?

  • Speaker #0

    Alors, je dirais que je me sens bien. Je me sens bien dans mon corps. Alors... J'ai peut-être un peu moins de... C'est aussi nouveau parce que ça fait 2-3 mois que j'ai stabilisé mon poids, en fait. Du coup...

  • Speaker #1

    Ben ouais, c'est beaucoup de changements en peu de temps. C'est pour ça aussi que je te pose la question, mine de rien. Même, tu vois, le lancement dans cette méthode, c'était il y a 6 mois. C'est hyper frais.

  • Speaker #0

    Voilà. Je suis restée pendant 5 ans à peu près au même poids. Un poids qui était en dessous de mon poids d'équilibre puisque je galérais à le maintenir. Et j'étais... très fière de mon corps d'avant mais j'avais une peur bleue de plus que ça dure pas en fait et maintenant je me dis pas mon poids je peux le garder longtemps enfin je peux le garder autant de temps que pas que je veux non mais que autant de temps que ce poids sera mon poids parce que je sais pas plus tard comment ce sera mais en tout cas Je suis bien dans mon corps. Je ne veux plus du tout utiliser le sport pour essayer de... Là, je réintroduis du sport. Et c'est aussi un travail sur moi-même de me dire de toute façon je n'utiliserai plus le sport pour modeler, pour façonner mon corps à ce que je veux qu'il ressemble. Le sport ce sera pour moi, ce sera pour mon bien-être, mais plus dans cette optique-là. Et du coup là je suis dans ce travail d'acceptation, de me dire, bah oui il y a des fois, il y a des jours où ça va très bien, il y a des jours où ça va moins bien, il y a des endroits de mon corps que j'adore, d'autres un peu moins. Mais je le trouve plus féminin. Je le trouve beaucoup plus... Avant, en fait, j'étais très dure, j'étais musclée. C'était un corps qui ne vivait pas vraiment, en fait. Et mon copain m'a dit quelque chose la dernière fois que j'ai adoré. Il m'a dit... Je ne sais pas, je lui parlais de mon corps et je ne sais plus ce que je lui disais. Je lui disais, tu l'aimes bien mon corps maintenant ? Parce qu'il a vu aussi ces changements. Et il me disait, c'est un corps confiant que tu as. C'est un corps qui te donne la permission. Il m'a dit, tu es un corps confiant. Et je me suis dit, c'est incroyable de se dire. Il ne m'a pas dit, il est beau, tu es magnifique, tu es super, je te préfère comme ça. c'est encore porter un jugement et se dire, mince, si un jour je ne suis plus comme ça, est-ce qu'il m'aimera encore ? C'est de se dire, c'est un corps confiant. Et ça m'a, je me suis dit, ouais, c'est incroyable, parce qu'il a raison, c'est un corps dans lequel j'ai plus finalement confiance en moi, mais en ma personne, pas forcément de mon enveloppe corporelle, mais j'ai plus confiance en ma personne maintenant que pendant les troubles alimentaires. Et voilà, j'ai un corps qui... dans lequel je me sens confiante.

  • Speaker #1

    Trop beau. C'est trop bien.

  • Speaker #0

    Même si, voilà, il y a des jours où je ne veux pas du tout romantiser. Il y a des jours où je ne me sens pas très bien. Ça n'a pas été évident pour moi de prendre deux tailles de vêtements. Ça a été dur aussi. Je ne relativise pas. Je ne veux pas dire que c'est tout beau, tout rose, ni rien. Ça a été dur aussi. Mais ce n'était pas encore qui était viable sur le long terme.

  • Speaker #1

    Non, mais bien sûr, tu fais bien de préciser ça. En fait, pour moi, c'est une évidence parce que je sais de quoi tu parles et rien n'est jamais parfait. Mais tu fais bien de le repréciser parce que, comme on l'a dit plusieurs fois, les TCA, c'est très binaire. Et c'est aussi qu'on est habitué à ce qu'on nous vende, le bonheur accroché à un corps, tu vois, via les régimes et machin. Et donc, quand je te demande comment c'est aujourd'hui et que tu me dis tout ça, que je trouve très beau, en fait, je trouve ces mots vraiment jolis, en fait, très représentatifs et je ne sais pas comment dire, je trouve ça très inspirant, quoi. Enfin, c'est génial. Et oui, du coup, c'est bien qu'on précise. Oui, attention, ça ne veut pas dire que tu t'aimes à la folie tous les jours. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des insécurités sur certaines parties de ton corps. OK. Enfin, pour moi, ça me semble juste normal. Ce qui n'est pas normal, c'est de nous faire croire qu'on pourrait. gommer tout ça et atteindre un corps qui nous permettrait d'être toujours bien, d'être ultra confiante, d'être aimée par tout le monde, d'être cette femme qu'on rêve d'être. Enfin tu vois c'est ça qui va pas qu'on nous vend depuis le début quoi.

  • Speaker #0

    Complètement mais après on arrive aussi avec des lectures, des podcasts, on arrive aussi à se détacher de tout ça et à comprendre que c'est des stratégies marketing tout ça. Enfin c'est vraiment de se dire de vendre un... Un certain corps, une certaine image. En vrai, je n'ai plus envie de tout ça. Et même s'il y a des jours où je m'aime un petit peu moins, ou même cet été, ça m'a posé question. Parce que du coup, c'est le premier été où j'ai grossi par rapport aux étés d'avant. Et de me dire, je n'ai pas envie de me gâcher mon été à cause de ça. Je n'ai pas envie. C'est mort en fait, c'est non, c'est juste non. Et si les autres le remarquent, c'est leur problème. Et c'est, comme tu dis souvent sur ton podcast, mais c'est leur propre rapport au corps et ça viendra toucher leurs propres insécurités plutôt que les miennes en fait. Moi j'ai vu tout ce que j'ai gagné en prenant du poids et ça n'a pas de prix par rapport à une taille de pantalon.

  • Speaker #1

    Tu le sais peut-être, j'aime bien conclure l'épisode de podcast en proposant à mon invité de s'adresser aux personnes qui écoutent pour dire ce qui te semblera bon et juste de dire en se disant qu'il y a tout type de personnes qui nous écoutent. Il y a un certain nombre de personnes qui sont en plein dans la souffrance des TCA et qui se sentent peut-être bloquées dans un cercle vicieux. Qu'est-ce que tu aimerais dire à ces personnes-là ?

  • Speaker #0

    Un message d'espoir, déjà. Ça passe, même si c'est dur, même si c'est long, on peut s'en sortir, on peut guérir complètement et se donner la permission de manger, se donner la permission de... de ressentir toutes sortes d'émotions, de se dire que la vie c'est pas que d'être heureux. Il y a des moments où on l'est moins, il y a des moments où ça va pas forcément, il y a des moments où voilà où c'est pas tout rose mais mais c'est pas grave et de se dire que quoi qu'il arrive manger c'est un besoin vital. Et moi maintenant ça m'énerve ces discours de... En fait, c'est de s'intéresser aussi au sujet un petit peu, comme tu disais, de s'intéresser un peu tout autour et de se dire, j'ai plus envie que mon comportement alimentaire soit dicté par des normes externes. Vraiment, les corps sont bien faits, le corps est bien fait et on peut lui faire confiance. Ça, j'en suis sûre.

  • Speaker #1

    Oui, c'est exactement ce que tu as expérimenté. Effectivement, des normes extérieures. Et tout à l'heure, tu parlais de stratégie marketing et j'avais envie d'ajouter oui et oppressive. C'est-à-dire qu'elles sont récupérées par du marketing parce que l'industrie de la perte de poids est florissante. Mais avant ça, cette industrie-là, elle s'appuie sur autre chose, sur un système bien en place. Et c'est un sacré gros système oppressif. Parce que pendant que tu es occupée à compter tes calories, à acheter tous les bouquins de la terre pour maigrir, à faire du sport à outrance, en fait, tu ne t'intéresses pas à la politique. Tu vois ce que tu disais. J'ai commencé à m'intéresser à tout un tas d'autres sujets. On voit à quel point ça fonctionne, en fait, cette stratégie oppressive.

  • Speaker #0

    Ça fonctionne parce qu'encore une fois, la nourriture, c'est un besoin vital. C'est la première des choses. Au même titre que le sommeil. que tous les besoins vitaux. Donc en fait, si ça, c'est pas rempli, il n'y a pas assez d'énergie pour le reste. Et rien ne nous intéresse en plus. C'est même pas que ça me passait complètement au-dessus tout ça. C'est parce que j'étais trop focus sur mon sport, sur mon alimentation, sur mon sommeil. J'avais même pas l'énergie pour aller voir un petit peu autour. Et il y a tellement plus intéressant que de s'enfermer à la salle de sport, même si j'adore le sport et que j'en recommence et que j'en referai toujours, parce que j'aime bien ça, mais je n'en referai plus à la même cadence qu'avant. Ça, c'est sûr. Parce que j'ai envie aussi de pouvoir faire des grâces matinées. J'ai envie de pouvoir juste rien faire aussi parfois. C'est trois grâces. Marcher, juste marcher. Pas forcément courir. Il n'y a pas de hiérarchie dans le mouvement, en fait. Je préfère maintenant le mouvement Homo Sport.

  • Speaker #1

    Oui. Un grand merci, Laurie, pour cet échange qui est passé à toute vitesse. Mais ça fait déjà pas loin d'une heure et demie, je pense, qu'on discute. Merci beaucoup. Je pense que... Enfin, je ne sais pas. Forcément, moi, je suis à la place d'une personne qui est déjà guérie, sortie de ça. Mais pour côtoyer beaucoup de personnes qui sont encore dans les troubles alimentaires, j'ai vraiment la sensation que ton témoignage, il va être inspirant, ce qui est important. tu vois un vrai témoignage d'espoir mais c'est aussi très je sais pas comment te dire il y a quelque chose de très pratique et actionnable dans ton témoignage moi j'adore je trouve que t'es venue parler de choses vraiment que tu as mises en place et voilà j'ai trouvé que c'était très vrai au sens de représentatif donc vraiment merci pour ce temps passé toutes les deux c'était trop bien merci beaucoup merci à toi aussi

  • Speaker #0

    Moi j'adore ce format, vraiment j'adore les témoignages parce qu'en fait on se retrouve un petit peu dans chacune et on pioche des petits trucs dans les histoires de vie de chacune et on se dit ah bah oui moi aussi j'étais un peu comme ça, moi aussi j'ai vécu ça. Et je trouve que pouvoir s'identifier à ces témoignages ça fait du bien, on n'est pas seul, on n'est pas complètement extraterrestre là-dedans et ça fait vraiment beaucoup de bien. Je trouve autant que... des outils pratiques comme tes autres podcasts mais c'est vrai que les témoignages il y a vraiment un côté s'identifier à la personne et je trouve ça incroyable.

  • Speaker #1

    C'est souvent puissant. Merci beaucoup.

  • Speaker #0

    Merci.

  • Speaker #1

    Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles. notamment sur Spotify ou Apple Podcast ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible. et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !

Chapters

  • Présentation de Laurie

    01:10

  • Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

    02:21

  • Le premier régime

    11:41

  • Le début des crises de boulimie

    14:32

  • Ce qui a fait tilt et opéré un changement

    35:46

  • En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues

    53:40

  • Ce que Laurie aimerait vous dire

    01:09:45

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C’est avec beaucoup de recul et de maturité que Laurie nous livre son parcours avec les troubles alimentaires.

De sa première envie de mincir -très précoce-, au premier régime, à l’anorexie, en passant par la boulimie… Laurie nous explique comment elle a sombré malgré une vie où dit-elle, elle avait « tout pour être heureuse ».

Mais ce que Laurie nous confie principalement c’est ce qui lui a permis de s’en sortir, tout ce qu’elle a mis en place et à quel point elle se sent gagnante aujourd’hui, même avec ce qui lui faisait le plus peur : une prise de poids.

Bravo et merci Laurie, cet échange est particulièrement riche. 


Livre cité : Je N'ai Plus Mes Règles: Le Guide Complet Pour Retrouver Des Cycles Réguliers     de Nicola J Sykes


Compte Instagram cité : Florence Gillet (@jenaiplusmesregles_livre)


Au programme :

Présentation de Laurie 

Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

Le premier régime
Le début des crises de boulimie 

Ce qui a fait tilt et opéré un changement
En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues 

Ce que Laurie aimerait vous dire 


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Transcription

  • Speaker #0

    Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mitsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue Laurie sur le podcast, très contente de t'accueillir.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci moi aussi, je suis super contente de devenir témoignée aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Bon, trop chouette. Avant qu'on rentre dans le vif du sujet, tu le sais, je propose aux personnes qui viennent... de commencer par se présenter pour que les auditeurs, auditrices, aient déjà un peu une idée de qui tu es.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Laurie, j'ai 26 ans. Je travaille et je vis sur Paris, mais je viens de Haute-Savoie. Je fais les allers-retours entre Paris et la Haute-Savoie. J'adore la nature, j'adore être dehors, j'adore passer des moments avec ma famille, mes amis.

  • Speaker #0

    Tu vis à Paris et tu adores la nature et être dehors. Ce n'est pas trop frustrant ?

  • Speaker #1

    C'est contradictoire, c'est contradictoire, oui. C'est vrai que c'est ce qui me manque le plus à Paris d'ailleurs. C'est pour ça que je ne vais pas encore rester très très longtemps à Paris. J'ai pour projet de déménager sur Lyon parce que mon copain est sur Lyon. Mais pour me rapprocher un peu de la nature et de ma famille.

  • Speaker #0

    Ok, trop chouette. Tu viens témoigner à mon micro aujourd'hui pour parler de mon sujet de prédilection, les troubles des conduites alimentaires. Avant que tu nous racontes un peu plus ce qui s'est passé pour toi, si tu écoutes le podcast, tu le sais, j'aime bien aller faire un petit retour en enfance, te demander ce que tu as, toi, comme souvenir de toi en tant que petite fille et quel était ton rapport à l'alimentation et à ton corps quand tu étais une petite fille. Est-ce que tu te souviens ?

  • Speaker #1

    Ça a commencé très tôt pour moi.

  • Speaker #0

    Ok.

  • Speaker #1

    J'ai aux alentours des 7-8 ans déjà. En fait, ça a commencé plus sur mon corps plutôt que sur l'alimentation. Le rapport un peu troublé à mon corps parce que j'étais assez grande pour mon âge. J'étais un peu potelée, je dirais. Je pense que j'étais un petit peu au-dessus des courbes. Et du coup, je me rappelle que déjà pour m'habiller en étant petite, c'était compliqué. Et je me rappelle de cabines de séance shopping avec ma maman et ma sœur, dans les cabines d'essayage, où ça partait souvent en pleurs, ça finissait souvent en pleurs, parce que je n'arrivais pas à trouver des vêtements qui me plaisaient, parce que je ne me trouvais pas bien dans le miroir, déjà à cet âge-là, déjà très tôt. Et du coup, ma maman, pour m'aider, me disait, si tu veux, on fera un petit peu attention. Il n'y a jamais eu de régime, il n'y a jamais eu de... Même au niveau des médecins, je n'ai jamais eu un médecin qui m'a dit « attention, il faut… » Je pense qu'au niveau des courbes, j'étais bien. Après, au niveau des standards, peut-être un petit peu au-dessus. Et du coup, il y a eu très tôt ce désir de faire attention à l'alimentation.

  • Speaker #0

    Ça m'interpelle ce que tu dis parce que tu viens de parler des standards. Et justement, j'étais en train de me dire « mais attends… » Quel point de comparaison tu avais à cet âge-là, tu vois ?

  • Speaker #1

    Par rapport à mes copines, je pense. Par rapport à mes copines qui étaient encore très fines, très menus à cet âge-là. Et moi, je me rendais bien compte que j'étais un petit peu au-dessus. Je n'étais pas comme elles, en fait. J'étais formée très vite. J'ai eu mes règles tôt. Du coup, j'ai eu un petit peu de poitrine un peu plus tôt. J'étais assez grande. Aujourd'hui, je ne suis pas très grande, mais j'étais un peu au-dessus de... des normes de mes copines en fait. Plutôt partie primaire du coup.

  • Speaker #0

    Et tu avais des réflexions à l'école ?

  • Speaker #1

    Pas du tout. Non, en fait, j'ai jamais eu de réflexion à l'école. Et c'est ça que... C'est pas bizarre, mais c'est ça que je trouve... En fait, je me suis un petit peu montée la tête toute seule parce que j'ai jamais eu de moquerie, j'ai pas eu de réflexion. Mais pour autant, mon corps a toujours été une préoccupation pour moi. Et même pour ma famille, j'ai jamais eu de... de remarques, de moqueries de la part de ma femme.

  • Speaker #0

    Et les femmes de ta famille, c'est une préoccupation pour elles, leur propre corps ?

  • Speaker #1

    Alors, ma sœur, quand elle était jeune, était vraiment très fine. Du coup, je pense que pas du tout, ça n'a jamais été une préoccupation pour elle. Ma maman a toujours été très mince aussi, mais je l'ai toujours entendu faire attention. Elle n'a jamais fait de régime, mais elle faisait attention à son alimentation. Elle ne le faisait pas ressentir à nous, c'est-à-dire qu'elle nous a toujours tout fait à manger. On a toujours eu des gâteaux à la maison. tout eu niveau alimentation, il n'y avait pas d'interdit. Mais par contre, elle faisait elle-même attention à elle et à son corps.

  • Speaker #0

    Son corps nécessitait une certaine maîtrise. Quand tu dis que tu t'es montée à tête toute seule, je comprends bien ce que tu veux dire. Malgré tout, tu grandissais dans une société qui est la nôtre, avec les séries télé, les feuilletons, les trucs. Et puis une maman, même si elle n'a pas fait peser ça sur toi, elle-même son corps était objet de maîtrise.

  • Speaker #1

    Complètement et je pense que moi j'étais aussi une enfant très loyale, très proche de ma soeur, très proche de ma maman, très proche de mon papa, très petite fille modèle aussi en fait et je voulais je pense ressembler à ma maman. Elle n'a pas du tout une pression sur nous mais je pense que moi je m'en suis mis une en voulant bien faire en fait. au niveau scolaire, au niveau... à tout niveau.

  • Speaker #0

    T'as toujours l'impression d'être là dedans ou pas ?

  • Speaker #1

    Non je pense que j'ai... non, je pense que j'ai fait beaucoup de chemin là dessus et et je me prends... je me lâche la grappe maintenant je dirais et je sais que mes parents sont très fiers de moi, je sais qu'il n'y a pas de souci là dessus. Moi, j'ai l'impression maintenant de leur plaire en fait. Je le sais et c'est acté. Je n'ai plus ce besoin de prouver.

  • Speaker #0

    Tu dis qu'il y a ton rapport au corps qui a commencé par là, très jeune, que c'était un sujet pour toi. Finalement, c'est ça qui a entraîné une modification de ton rapport à l'alimentation. Je me pose la question de savoir si tu as des souvenirs avant ça. Parce que tu étais vachement petite en fait. Est-ce que tu as des souvenirs de ton rapport à l'alimentation avant de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    Je pense qu'il était plutôt classique. J'ai pas de souvenirs particuliers parce que je pense qu'on mangeait vraiment normalement chez moi. Comme je l'ai dit, il y a toujours eu des gâteaux, des... des petites choses au petit déjeuner. Il y a toujours eu de tout, des légumes. On a toujours mangé vraiment de façon équilibrée. Il n'y avait pas d'équilibre ni d'un côté ni de l'autre. Mes parents se sont séparés très tôt. Alors, c'est vrai que quand j'étais chez ma mère, on a toujours gardé la même alimentation variée. Chez mon père, c'est vrai que lui cuisinait un peu moins. Du coup, il y avait sûrement plus de plats préparés et plus de... d'aliments un petit peu moins équilibrés, peut-être un peu moins de légumes, etc. Mais ça restait toujours très équilibré. Non, je n'ai pas de souvenirs de vraiment quand j'étais petite. J'avais un rapport complètement normal avec la nourriture.

  • Speaker #0

    Ok. Et tu as commencé donc à faire attention très jeune, aider de ta maman, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    C'est ça.

  • Speaker #0

    Et tu te souviens à quoi ça ressemblait et comment ça a évolué, ça ?

  • Speaker #1

    C'était plutôt au niveau des portions. Ce n'était pas vraiment que je n'avais plus le droit de manger certains aliments, parce que pas du tout, elle ne me faisait pas des repas à côté ou quoi que ce soit. Mais si je lui disais plus, si là je me resserre et que tu vois que c'est trop, dis-le-moi. Ou si là j'ai envie de me resservir, fais-moi un petit regard pendant le repas. C'était plus des choses comme ça plutôt que... Des petites choses qui, avec le recul, me semblent complètement incroyables. Mais c'est vrai que sur le coup, je me disais que j'ai besoin d'un œil extérieur pour contrôler un petit peu ces quantités que je n'arrive pas à gérer. En fait, je pense que je n'ai jamais eu confiance en mon aliment. Je n'ai jamais eu confiance en mon corps et en sa régulation. J'ai toujours eu besoin de quelqu'un extérieur pour me dire « ne te resserre pas » ou « là, c'est un peu trop » .

  • Speaker #0

    Oui, après, forcément, tu partais avec un postulat de base un peu biaisé qui est « ok, mon corps, il a quelque chose qui ne va pas » , alors qu'il suivait juste son évolution et il fallait le contraindre. Et donc, tu partais du principe que nécessairement, tu ne mangeais pas bien, tu mangeais trop, tu mangeais… Donc oui, tu as fait appel à ta maman pour t'aider à contrôler ton alimentation.

  • Speaker #1

    Exactement, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Et donc ça a fonctionné ?

  • Speaker #1

    Ça a fonctionné, oui. Je ne sais pas si j'ai vraiment perdu du poids. Je ne crois pas parce que ma mère, elle n'était pas non plus… Je pense qu'elle ne me disait pas grand-chose en fait. Enfin, c'était un… un contrat un peu implicite entre nous, en mode, si tu vois que je me resserre, tu me dis quelque chose. Et en fait, je ne me rappelle pas trop, mais je ne pense pas qu'elle disait grand-chose. Et je ne pense pas qu'elle ne m'interdisait pas. Je pense que c'était contre nature pour elle de m'interdire, de me resservir. Du coup, je n'ai pas trop perdu de poids. J'ai toujours... J'ai grandi, du coup, mon poids a suivi son évolution et j'étais toujours un tout petit peu au-dessus, mais un peu moins. J'ai jamais été mince, j'étais pas en surpoids, j'étais normale hausse. Et en fait, ça a jamais suffi pour moi. Ça a jamais suffi et quand je suis entrée au collège, on a eu un stage de voile, je crois, en 5e. Et là, je me suis dit, la voile, maillot de bain, maillot de bain, faut que je perde du poids. Et là, j'étais déjà plus préparée, j'étais plus grande déjà. Et donc je pense que je me suis aussi mieux renseignée par moi-même sur internet, sur l'alimentation, sur le sport. Et je me suis dit, je vais faire un petit régime moi-même de mon côté, sans forcément en parler. Et je vais perdre mes quelques kilos et ça va aller super pour ce stage de voile en fait. Et là du coup, j'ai commencé à restreindre mon alimentation, à perdre du poids et à en perdre pas mal. Là ça s'est vu. Et moi, j'étais contente. Je me suis dit, waouh, ça marche, c'est cool. Et c'est après, par la suite, où ça a inquiété ma maman surtout parce que j'avais vraiment perdu beaucoup de poids. Et j'étais... En fait, je me rappelle d'un souvenir où ma maman avait fait des pâtes carbo et j'ai commencé à trier les lardons. Et là, je pense qu'elle a compris qu'il y avait quelque chose qui avait basculé et que c'était plus... juste faire attention que c'était devenu obsessionnel.

  • Speaker #0

    Et c'était à quel moment ? Ça faisait combien de temps que tu étais dans ce contrôle ?

  • Speaker #1

    Ça faisait, je ne sais pas, peut-être six mois, un an. Mais j'ai perdu du poids, j'étais fine en fait. Pour une fois, j'étais fine, je n'étais pas maigre, je ne faisais pas malade, mais j'étais fine. Et ça me plaisait parce que c'était ce que j'avais toujours voulu en fait.

  • Speaker #0

    Et donc voilà, ta maman se rend compte et alors quoi ? Elle tire un peu la sonnette d'alarme et elle cherche à dialoguer avec toi ?

  • Speaker #1

    Alors là, du coup, ma maman a peur. Elle cherche à en parler. Alors elle est un peu démunie parce que moi, je me braque. Parce que je ne veux rien entendre. Moi, je suis dans mon truc et je suis contente en fait. Je ne veux pas qu'on me coupe là-dedans. Je ne veux pas que... Du coup, je faisais du sport à l'époque. Je faisais du handball. Ma maman me disait, si tu ne reprends pas du poids, par exemple, on ne te refera pas ton certificat de scolarité avec le médecin et tu ne reprendras pas ta licence de hand l'année prochaine. Il y avait un peu ce truc où elle ne savait plus trop comment moi me faire réagir. Et du coup, elle était un peu démunie. On a eu quelques conflits à propos de ça. Après, ça n'a pas été très loin. Elle m'a vite... Je mangeais avec elle, en fait, tout le temps. Je mangeais avec elle le midi et tous les midis. Et le soir, une semaine sur deux, j'étais chez mon père. Une semaine sur deux, j'étais chez ma mère. Donc, en fait, on partageait quand même tous nos repas. Et petit à petit, elle a réussi à ce que je mange plus. Voilà, ça s'est remis un petit peu comme ça, un peu par la force des choses. Voilà, on a dû s'embrouiller quelques fois. Et voilà, je me suis dit, OK, bon, va... je reprends un peu de poids. C'est passé comme ça, en fait. Mais du coup, après cet épisode-là, j'ai commencé à faire des crises de boulimie parce que je pense que j'ai eu un retour de bâton de l'anorexie que je n'ai pas réussi à contrôler. Je m'autorisais à manger plus de choses. Et puis, je ne me rappelle pas très bien de cette époque. Ça devait être vers mes 14-15 ans. Je ne me rappelle pas de la première crise. Je ne me rappelle pas de la première fois où je me suis fait vomir. Mais c'était un moyen que j'avais trouvé tant bien que mal pour garder un poids stable. et à un poids plutôt bas et stable.

  • Speaker #0

    Tu ne devais pas trop comprendre ce qui t'arrivait quand les crises ont débarqué ?

  • Speaker #1

    Je ne comprenais pas du tout. C'était vraiment une force extérieure qui venait sur moi. Je ne comprenais pas pourquoi je faisais ça, alors que j'avais des copines au collège, que j'étais bien, j'étais heureuse. J'avais des parents. qui m'aimaient, des parents attentionnés, qui prenaient soin de moi, j'avais des amis, j'avais une vie complètement normale à côté de ça, en fait.

  • Speaker #0

    Et puis, finalement, si j'ai bien compris, tu dis, ça s'est fait comme ça, par la force des choses, le fait de remanger. Alors moi, ça m'a fait un petit tilt. Alors, tu parlais du fait d'être une enfant très loyale à ta maman. Peut-être que c'est ça qui t'a aidée aussi à remanger. Tu as cette relation que tu avais à ta maman, donc il y a aussi beaucoup de bons. Mais du coup, en fait, il n'y a pas eu de consultation de professionnel.

  • Speaker #1

    Je me rappelle que j'étais allée voir une psy, puis en fait, je pense que ça ne l'a pas fait. Je ne peux pas dire que je n'ai pas accroché, puisque je n'y suis allée qu'une fois. Et du coup, je n'ai pas poursuivi le suivi. Et comme ma mère était très présente pour moi, elle l'est toujours, je pense qu'on a beaucoup discuté et que c'est passé comme ça en fait. Elle m'a dit « bon bah ok, si tu ne veux pas la revoir, on ne la revoit pas. Par contre, fais un peu ce que je te dis, fais-moi confiance, remange un peu comme moi, tu vois. » Et voilà, je pense que j'ai un peu pris exemple sur ses assiettes, sur comment elle mangeait. Et je m'en suis un peu sortie comme ça, sans comprendre déjà pourquoi j'étais tombée. dedans et sans comprendre vraiment tout ce que cette maladie engendre en fait parce que j'étais trop jeune aussi j'avais j'étais même pas en troisième quatrième troisième en fait ouais c'est clair enfin je veux dire même en tant qu'adulte c'est

  • Speaker #0

    complexe hein voilà c'est ça des fois on met des années à même parfois une fois guéri je trouve qu'on continue d'explorer son histoire et de faire des liens avec ce qui s'est passé donc c'est sûr que là déjà quand t'as le nez dedans et en plus quand t'es ado il y a beaucoup de choses en jeu mais du coup le fait de pas avoir été accompagnée par quelqu'un qui connait bien les mécanismes parce qu'après il y a plein de professionnels qui connaissent pas non plus ça t'a pas permis de pouvoir mettre du sens aussi sur ces compulsions qui débarquaient exactement je pense que mes parents ils se sont pas trop non plus inquiétés parce qu'à côté de ça d'Ager.

  • Speaker #1

    Comme je disais, j'avais plein d'amis, je faisais du handball, j'avais une équipe super, je m'entendais bien avec tout le monde, j'avais des bonnes notes à l'école. Donc en fait, à part ça, qui prenait beaucoup de place dans ma vie et qui a continué de prendre énormément de place dans ma vie, mais à part ça, entre guillemets, tout allait bien. Du coup, je pense qu'ils se sont dit, elle reprend juste un petit peu de poids, ça va mieux, et puis voilà. Et les crises après, je les ai cachées au début. Et puis après, ma maman s'en est vite rendue compte aussi. Parce que de toute façon, c'est elle qui faisait les courses. Donc elle voyait bien aussi. Elle a vite compris en fait. Mais là, pareil, je n'ai pas eu de suivi vraiment. J'ai parlé un peu avec ma maman en fait. J'en ai parlé un peu avec ma maman, un peu peut-être avec ma soeur, je ne sais plus trop cette période. Et bon, j'ai continué à faire des crises plus ou moins espacées. Ça a duré, ça a bien tout lissé. En fait, je mangeais peu le midi, je mangeais toujours, mais je mangeais peu avec mes copines. Et puis en fait, au goûter, c'est là que je rentrais de l'école, j'avais faim. Et c'est là où toutes les restrictions accumulées de la journée se déchargeaient le soir, en fait. Et encore une fois, je ne comprenais pas forcément parce que j'avais encore des copines. Il y avait ma sœur aussi qui était très présente, mes parents qui étaient très présents, qui étaient là tous les soirs. Je ne comprenais pas pourquoi moi, je n'arrivais pas à juste manger normalement comme mes amis, à prendre un panini à 16h comme tout le monde. Moi je me l'interdisais, mais par contre après le soir, ça partait en vrille en fait.

  • Speaker #0

    Ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré tout le lycée, ça a duré tout, je crois. Et en fait, après, j'ai rencontré mon premier copain en terminale. Et après, on partageait souvent des repas ensemble, le soir, le week-end. Et en fait, j'ai commencé à remanger en quantité avec lui. Parce qu'en fait, comme c'était des repas partagés, c'était des bons moments. Moi, je me sentais aimée aussi, je me sentais... valorisé parce qu'on était ensemble c'était ma première relation c'était c'était assez passionnel aussi et du coup en fait petit à petit je me suis détaché de ces restrictions je me suis donné la permission de manger parce que parce que c'était le moment fait parce qu'on partageait un goûter parce qu'on partageait des repas le soir et petit à petit balle en fait j'ai guéri comme ça grâce à notre relation parce que alors au début j'ai pris j'ai pris du poids parce que je mangeais plus Et puis après petit à petit, mon poids s'est stabilisé. Puis oui, il s'est stabilisé. J'ai reperdu un tout petit peu, peut-être un ou deux kilos sur deux, trois ans. On est resté ensemble trois ans. Et pendant les trois années, je n'ai plus de troubles alimentaires, je n'ai plus de crise de boulimie. Je ne suis pas retombée dans l'anorexie parce que je me sentais bien, parce qu'en fait, j'avais retrouvé un rapport assez apaisé avec la nourriture. grâce à cette relation, en comprenant toujours pas vraiment ce qui m'était arrivé, pourquoi je m'en étais sortie. Mais comme je m'en étais sortie, je n'avais pas forcément cherché plus que ça, en fait.

  • Speaker #0

    Oui. Et donc, si j'ai bien compris, tu n'es plus avec cette personne-là. Et alors, c'est quoi ? C'est la rupture ? C'est au moment où la relation s'est terminée que les troubles alimentaires sont revenus ?

  • Speaker #1

    Exactement. En fait, quand ça s'est terminé en 2020, juste après le Covid, L'été, ça a été parce que l'été, ça va toujours. J'avais un petit job chez moi. Il y avait mes copains cet été-là. Donc, j'étais super entourée. J'étais plutôt bien. Et en fait, à partir de septembre-octobre, on avait des couvre-feu, il me semble, le soir. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. J'étais en alternance, mais du coup, j'allais travailler. Mais mon école était en 100% distanciel. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. À partir de 18h, on ne pouvait plus sortir. Et là, je me suis retrouvée vraiment seule. Pour la première fois, j'étais chez mes parents seule. J'étais célibataire. Mes amis n'étaient pas forcément en Haute-Savoie. Et là, vraiment, j'ai ressenti de la solitude. Et c'est là où j'ai ressorti ma béquille et que j'ai recommencé à faire des compulsions, à faire des crises de boulimie. Et là, ça a été super dur parce qu'en fait, je me suis dit, ça commence. Vraiment, ce que je pensais être guéri recommence. C'est l'enfer, je ne comprends pas. Pourquoi ça revient ? Et là, vraiment, j'ai paniqué. J'ai essayé de me documenter. Donc, j'ai lu beaucoup de livres. Mais en fait, toujours dans l'espoir de manger moins, d'arrêter de manger mes émotions. d'arrêter de... En fait, je me rends compte que toutes les démarches que je faisais, j'essayais par exemple de faire du sport pour ne pas manger. En fait, tout mon focus c'était ne pas manger, ne pas faire une crise, ne pas craquer sur certains aliments en fait. Et du coup c'était horrible parce que plus je me focalisais là-dessus et plus je faisais des crises. Et plus j'avais l'impression que je m'en sortirais jamais. malgré que j'en parlais aussi beaucoup avec ma maman, j'ai vu pareil 2-3 psy, je pense que j'ai vu 2 psy, une en Haute-Savoie et une sur Paris quand je suis partie à Paris, j'ai pas forcément aimé les approches, j'ai beaucoup lu, j'ai beaucoup écouté de podcasts plus tôt, mais j'ai pas eu une relation thérapeutique dans laquelle je me suis sentie...

  • Speaker #0

    bien écouté et où je me suis dit la personne peut m'aider là-dedans en fait ouais en fait c'est hyper parlant ce que tu dis là dans ce que tu viens de dire il y a deux trucs il y a cette espèce d'errance médicale ou paramédicale qui est quand même réelle c'est à dire que bon on sait que n'importe quel suivi il y a l'aspect relationnel qui est vachement important et puis bon bah ça tu vois on le sait jamais trop à l'avance ça va matcher ou non Mais il y a quand même le fait que les personnes aient une... spécificité autour des troubles alimentaires ou non, et que dans une formation de base de psychologue, il n'y a pas l'aspect trouble alimentaire, et que ça joue quand même beaucoup sur l'impression d'être au bon endroit et de pouvoir avancer sur ce sujet-là. Et l'autre truc sur lequel je voulais juste appuyer, parce que je trouve que c'est tellement parlant ce que tu dis, sur le fait que les compulsions reviennent. D'ailleurs, quand tu as parlé du fait que les compulsions revenaient, je me suis dit, ah mais tiens, qu'est-ce qui est revenu en premier ? Les compulsions ou l'envie de reprendre un peu le contrôle sur ton corps et ne serait-ce que l'idée de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    En fait, j'avais stabilisé mon poids pendant trois ans. Mais stabilisé tout en perdant un tout petit peu. Mais vraiment progressivement, ça devait être un petit kilo par-ci, par-là. Et c'était peu, en fait. Et c'était normal, entre guillemets. C'était sans action volontaire. En fait, quand on s'est séparés, c'était l'été et je bossais en restauration. Et je pense que je me dépensais. Je crois que j'avais perdu un peu de poids pendant cet été. Et là, je me sentais bien. C'était en post-structure, j'avais reperdu un peu de poids. Et je pense que ça a redéclenché une envie de contrôle parce que c'était euphorisant un peu de me dire... Je reprends un peu le sport, je reprends un peu la perte de poids, je me sens bien. Je pense que ça a pallié vraiment au deuil de la rupture. Ça m'a permis de me dire, j'ai le contrôle sur quelque chose en fait.

  • Speaker #0

    Oui, mais tu vois, c'est très souvent le cas. Après, ça aurait pu être un peu différent, mais c'est quand même principalement le cas. C'est-à-dire que ce qu'on voit, c'est les compulsions. Mais en fait, quand on prend le temps de déconstruire un peu ce qui s'est passé avant, Non, les compulsions sont consécutives à un retour du contrôle, à un amégrissement qui engendre des pensées de « là, je suis trop bien, il ne faut surtout pas que je grossisse » . Et du coup, c'est intéressant parce que c'est vraiment dans ce sens-là que ça marche. C'est le contrôle qui crée la compulsion. Et puis quand la compulsion est là, tu le disais très justement, toutes les tentatives de solution sont autour du fait de ne pas manger, ce qui est finalement ce qui génère la compulsion. Et ça explique qu'il y ait... franchement des centaines de milliers de personnes, c'est sûr, bloquées dans ces schémas-là, à qui on n'a jamais dit non, non, non, ça fonctionne dans l'autre sens.

  • Speaker #1

    Exactement.

  • Speaker #0

    Et alors du coup, ça repart ça à l'automne 2020 pour toi, et ça prend quelle place et ça dure combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça dure jusqu'à il y a six mois, donc ça dure presque cinq ans, quatre, cinq ans, oui, cinq ans. Parce que, alors avec des avancées, avec beaucoup de prise de conscience, mais c'est long en fait, parce que pendant longtemps, je me focalise sur les compulsions. C'est mon ennemi numéro un. J'avais l'impression en fait, moi l'image que je me faisais, c'était que j'avais la porte de chez moi ouverte. J'avais la porte de chez moi fermée, je ne l'avais pas fermée à clé, et qu'à tout moment, quelqu'un pouvait rentrer. Et en fait, c'était vraiment cette image-là, c'est que ça pouvait... ça pouvait survenir un peu n'importe quand, n'importe où. Et ça survenait quand même souvent au même moment, c'est-à-dire après le travail, au goûter à 16h, 17h, 18h, quand j'étais en télétravail, ou quand on faisait des gros repas de famille et que moi je n'arrivais pas à gérer les quantités, et en fait je me disais « je n'arrive pas à gérer, je n'arrive pas à me gérer seule en fait » . Il y a eu aussi une croyance profonde derrière, je ne sais pas me gérer. Et ça me dévalorisait beaucoup de me dire, manger c'est vraiment la chose la plus basique que tout le monde doit savoir faire. Et moi je ne sais pas faire ça en fait. Et pour autant dans ma vie tout allait bien à côté encore une fois. J'ai toujours eu des amis, j'ai toujours eu de très bonnes notes à l'école. J'ai fait mes diplômes, j'ai fait mes études, j'ai toujours eu des boulots, j'ai toujours eu des alternances. Et il y avait toujours ce truc sous-jacent dont je n'arrivais pas à me défaire. Et je me disais, je me suis toujours dit qu'un jour je m'en sortirais, je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas. Mais je ne me suis jamais dit, ça ne va jamais passer. Mais pour autant, ça a été long et ça a été beaucoup de...

  • Speaker #0

    Beaucoup de pleurs, beaucoup de remises en question. En fait, je faisais des crises pendant deux, trois jours, où là, c'était des cycles un peu non-stop, où je faisais une, deux, trois crises par jour. Puis après, je me reprenais en main et je me disais, allez, c'est bon, là, j'en ai marre, je suis tombée trop bas. Et du coup, je reprenais l'histoire. Et pendant trois, quatre jours, une semaine, deux semaines peut-être, grand max, je ne faisais pas de crise. Et après, ça revenait. Et en fait, c'était tout le temps comme ça. Et c'était lourd parce qu'à chaque fois que je me reprenais en main, entre guillemets, c'était tellement... J'avais l'impression d'être une vieille locomotive qui fait... Enfin, il faut se remettre en marche et ça me prenait énormément d'énergie. Mais parce que même quand je me reprenais en main, c'était OK, je me reprends en main, je refais du sport parce que pendant que je faisais les 3-4 jours de compulsion, il n'y avait plus de sport à côté. En fait, j'étais vraiment... Dédé. J'étais vraiment à plat, je ne faisais que de manger, il n'y avait que ça qui me donnait envie. Toutes les choses que j'aimais faire dans ma vie autour n'avaient plus d'importance à côté de faire une crise quand j'étais dans cette spirale-là.

  • Speaker #1

    Ce que tu dis, ça me fait penser à quelque chose de comparable à des épisodes dépressifs, les phases de crise.

  • Speaker #0

    Et à côté de ça, j'arrivais à avoir une vie normale. Personne ne le savait. Alors j'en ai parlé à des copines qui étaient très proches. Je pense qu'il y a peut-être quatre ou cinq de mes très bonnes copines qui sont au courant, qui m'a colloqué aussi, ma colocataire à Paris, mes parents. Donc j'arrivais quand même à en parler. Mais pour autant, je... J'étais toujours dans ce petit sport. Il y avait aussi beaucoup de sport, il y avait beaucoup de restrictions caloriques, mais il y avait aussi beaucoup de sport, beaucoup de suractivité. Et en fait, j'étais épuisée. Et ces temps de crise, j'avais l'impression que c'était vraiment des soupapes, des moments pour reprendre mon souffle. Parce que sinon, dans ce quotidien de restrictions alimentaires et de sport à outrance, je ne pouvais pas trouver un équilibre là-dedans.

  • Speaker #1

    Ouais, et ça, c'est hyper piégeant. C'est un truc que j'entends beaucoup, moi. Les personnes qui me disent « Ouais, mais moi, j'ai besoin des crises, en fait. J'ai hyper peur de ma vie sans les crises parce que j'en ai besoin. »

  • Speaker #0

    C'est ça. C'est qu'en fait, quand on est là-dedans, je me disais « Je ne pourrais pas ressentir ce soulagement de faire une crise autrement qu'en faisant une crise. » Mais ce que je ne savais pas non plus, c'est qu'en se sortant de ça, j'ai plus besoin de ce soulagement là j'ai plus ce ce truc de la cocotte minute qui monte, qui monte, qui monte et après il faut enlever le bouchon parce que sinon ça éclate j'ai plus besoin d'éclater en fait mais quand ouais quand les cinq ans que j'ai passé vraiment là dedans mais je me disais mais enfin je vais le remplacer par quoi j'ai pas une passion qui m'anime, j'ai pas une activité, moi j'aime bien faire plein de choses mais j'ai pas une activité qui me coupe l'esprit, qui me fasse partir aussi loin que les crises peuvent faire partir en fait.

  • Speaker #1

    Oui, mais c'est tellement juste ce que tu dis. Je suis tellement contente que tu dises tout ça. C'est important, parce que c'est des choses que je répète inlassablement à qui veut bien l'entendre, mais ça a une autre valeur encore, le fait d'être dit par une autre personne qui vient témoigner de son parcours. Le fait que, bah ouais, en fait... tu as un besoin de décompression énorme auquel les crises répondent, sauf que c'est tout ton fonctionnement avec ton corps et fonctionnement alimentaire qui crée ce besoin-là. Et puis par rapport à cette question de, oui, par quoi je vais remplacer ça ? Genre, je n'ai pas de passion qui pourrait prendre cette place-là. Déjà, non, mais c'est impossible d'avoir quelque chose qui prenne cette place-là, tellement ça prend toute la place. Enfin, tu vois, il y a quelque chose de... Tu dis, moi, sans ça, je suis vide. Mais en fait, c'est ça qui crée le vide.

  • Speaker #0

    Exactement. Sauf que je ne m'en rendais pas compte. Je ne m'en rendais pas compte. Et c'est vrai que ça avait une vraie fonction, la crise. Et avec le recul, je peux voir tout ce que ça m'a apporté. Et c'est de là aussi où j'ai écouté beaucoup de podcasts, j'ai lu beaucoup de choses sur... sur ne plus essayer de lutter en fait, ne pas lutter contre son TCA, ne pas... Enfin moi c'est un langage maintenant qui me stresse beaucoup parce que j'ai pas envie de lutter dans ma vie, je pense qu'on peut pas passer sa vie à lutter. Et moi, c'était ce que je faisais. Lutter contre ma faim, lutter contre le repos. En cinq ans, je ne me suis pas reposée. Je n'ai pas fait une grasse mat. Ça fait six mois que je peux me lever, parfois, à 11h un samedi matin. Avant, ça aurait été impossible pour moi. Ça aurait été impossible parce que j'aurais eu l'impression de perdre ma journée. Alors qu'on en a besoin. J'ai besoin de repos, j'ai besoin de... de faire autre chose que du sport et de compter mes calories.

  • Speaker #1

    Tellement, tellement. Qu'est-ce qui a été un peu... Ah, je déteste parler de déclic, j'avais des clencheurs ou quoi qui venaient. Ou au moins un tilt. Moi, je ne crois pas trop au déclic. Dans certains cas, ça peut arriver. La majorité du temps, c'est plutôt plein de petites choses rencontrées sur la route, qui s'assemblent et tout. Mais en tout cas, est-ce qu'il y a eu quelque chose pour toi qui a vraiment opéré un changement ?

  • Speaker #0

    Oui, alors déjà, je n'avais plus mes règles depuis 2020. Quand je me suis séparée de mon ex-copain, moi, je prenais la pilule. Puis finalement, je me suis dit, là, je suis célibataire, donc je l'arrête. Et suite à ça, je n'ai jamais eu mes règles, en fait. Et alors au début, je me suis dit, bon, ça prend du temps, c'est normal. J'ai passé 7-8 ans sous pilule. Bon, ok, certes. J'ai attendu un an, je suis allée voir une gynéco. Elle m'a dit, ça peut prendre du temps. Et puis, vous savez, il y a eu le vaccin pour le Covid aussi. Ça peut jouer sur les hormones. OK, j'attends. Et puis, j'ai laissé traîner ça. De toute façon, je ne voulais pas d'enfant. Et puis, je ne me suis pas renseignée non plus. Je me suis rendue compte après coup qu'on ne sait pas vraiment le fonctionnement. les bienfaits des règles, les cycles hormonaux, moi je ne connaissais absolument rien, et en fait, je n'avais pas mes règles, ce n'était pas très grave en fait. Et petit à petit, ça m'inquiétait, mais j'y pensais une fois, puis après je n'y pensais plus pendant 3-4 mois. Puis j'y repensais, et je me suis dit, ce n'est pas normal quand même, mon corps ne fonctionne pas correctement. Et je crois que j'avais déjà entendu parler des restrictions caloriques, de l'excès de sport. Mais je pense que j'étais clairement pas prête à l'entendre et clairement pas prête à me dire, à remettre en question mon mode de vie pour ça. Parce que remettre en question mon mode de vie, ça pouvait dire potentiellement grossir. Et ça, c'était juste impossible. Donc, je pense que j'ai fait le truche pendant longtemps en me disant, ça va revenir. Je suis allée revoir un gynéco sur Paris. J'ai fait des examens, tout allait bien, ma prise de sang était nickel, il m'a fait des examens gynécologiques, tout allait bien. J'ai dit bon, ça va quoi. Un jour je suis tombée sur le livre « Je n'ai plus mes règles » qui parle de la ménorée hypothalamique. Et là j'ai lu le livre et je me suis reconnue dans chaque page, dans chaque témoignage. Je me suis dit mais en fait si ça ne cherche pas. OK, mes analyses, elles sont super. J'ai rien de fonctionnellement. La machine, elle marche. C'est un truc qui... C'est dans mon mode de vie que ça ne fonctionne pas, en fait. Et je me suis dit, là, je ne peux plus faire du sport et me restreindre et abîmer ma santé. Dans le livre, il parle de toutes les conséquences de l'aménorée, de tout ce que les règles apportent en bénéfice dans le corps. Et je me suis dit, mais je ne peux pas, consciemment, en le sachant maintenant... Je ne peux plus continuer dans cette route-là. Ce n'est plus possible. Et en décembre 2024, donc décembre dernier, je me suis dit que je voulais tout faire pour avoir mes règles. Dans le livre, il parle d'une méthode. Je me suis dit que je vais suivre cette méthode et je vais m'y mettre à fond. Et cette méthode, c'est l'arrêt du sport. Ils disent qu'on peut continuer, mais que du coup, ça va forcément ralentir le processus. Je me suis dit, en fait, j'ai perdu du temps depuis longtemps. Je veux le faire à fond. Donc juste, j'ai arrêté le sport du jour au lendemain et j'ai mangé. Je me suis donné le droit de manger. Alors ça me fait rire parce que je dis juste arrêter le sport, alors qu'en fait, je le dis là six mois après, alors que pour moi, sur le coup, c'était un... un enfer en fait, je me suis dit comment je vais faire, je suis passée d'un mode de vie où je faisais cinq à six fois du sport par semaine, j'allais à la salle de sport tous les midis J'allais courir deux, trois fois par semaine. J'organisais ma vie en fonction de ça. Je calculais toutes mes séances dans la semaine. C'était vraiment une charge mentale. Avec le recul, je me suis dit que c'était ça. C'était pour ça que j'avais besoin aussi de ces crises. Parce qu'en fait, tout était millimétré. Tout était pensé dans ma vie. Le sommeil, les repas, le sport. Tout ça, c'était cadré pour que... tout rentre.

  • Speaker #1

    Oui, mais comme tu le dis aujourd'hui avec le recul, ça paraît simple, mais clairement, moi je me suis dit ok, d'accord, qu'as-tu fait de ta peur de grossir ? Qu'est-ce qui t'a permis d'une, de prendre la décision, mais il y a autre chose, c'est que on sent qu'il y a eu une prise de conscience forte chez toi, qui t'a amené à cette prise de décision, mais derrière, quand tu le mets en place dans le concret, c'est costaud.

  • Speaker #0

    Ce que j'ai bien aimé dans ce livre, c'est que ce n'est pas un livre qui fait peur. Ce n'est pas un livre qui te dit que tu es en mauvaise santé. En fait, ça ne fait pas psychoter. Ce n'est pas un livre qui fait peur. C'est un livre qui te dit que tu es plus que ça. C'est un livre qui donne du courage et de l'espoir plutôt qu'il fait peur. Et moi, je me suis dit au début, quand j'ai lu les premières pages, je me suis dit, bon, allez. Je vais prendre quoi ? 4-5 kilos et puis ça va le faire. J'avais déjà un poids qui n'était pas très haut, donc je me suis dit, en 5 kilos, je suis sûre que ça le fait. En 2-3 mois, j'arrête le sport, je prends un peu et c'est bon. Et à un moment dans le livre, je me rappelle de ce moment-là, parce que j'étais dans le train, j'étais à la gare à Paris, et il y a un passage où ils disent, en général, les femmes qui se lancent dans cette méthode prennent en moyenne 10 kilos. Et là, je me suis dit, il faut que j'aille acheter un carnet. Il était 20h, tout était fermé à la gare, je me suis dit là il faut que j'aille écrire, il faut que j'aille acheter un carnet. Du coup je suis allée dans le premier relais des magasins à la gare, je suis allée acheter un carnet et un crayon. Et j'ai écrit, je me suis dit mais je peux pas prendre 10 kilos, c'est pas possible, c'est pas possible. 10 kilos ça va se voir, ça veut dire que mon identité, enfin c'était vraiment identitaire en fait, c'était je vais arrêter le sport, je vais prendre du poids. Qu'est-ce que ma famille va penser ? Qu'est-ce que mes amis vont penser ? Qu'est-ce que mes collègues de travail vont penser ? Ça a été... ça a été... waouh ! Tout une... un... ouais, le personnage en fait que je m'étais construit, parce que dans ma famille, dans mes amis, tout le monde savait que je faisais beaucoup de sport, tout le monde me voyait faire beaucoup de sport, et d'arrêter du jour au lendemain... Même mes collègues, parce que tous les midis, j'allais à la salle de sport. Là, j'ai dû leur dire que non, je n'allais plus à la salle, que je n'allais plus courir. Je marchais beaucoup parce que j'ai un travail qui est sédentaire. Je suis assise 8 heures par jour. Le midi, j'allais quand même me promener. Le week-end, je m'autorisais à aller marcher. Je ne me suis jamais restreinte sur la marche. Mais par contre, je me suis dit que je ne... je ne vais plus courir, je ne vais plus à la salle de sport jusqu'à temps que je n'ai pas mes règles je m'interdis toute activité et en fait ça a été aussi tellement libérateur parce que je ne me rendais pas compte que j'organisais vraiment mes journées en fonction de ça en fonction de combien de temps je pouvais passer à la salle, de combien de temps il fallait que je dorme pour ne pas être fatiguée parce que j'avais peur d'être fatiguée aussi parce que je savais que la fatigue ça jouait aussi sur mon moral, que mon moral jouait sur mes crises donc en fait Je savais que tout était lié, mais je ne savais pas comment détricoter tout ça, en fait.

  • Speaker #1

    Oui, tu avais bien conscience que tout était lié, mais tu ne le prenais pas dans le bon sens, quelque part.

  • Speaker #0

    Non,

  • Speaker #1

    pas dans le bon sens. Ton objectif principal était celui d'être mince. Donc, du coup, tu organisais tout ton temps et toute ta vie autour de ça.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Ce que je trouve vraiment chouette, j'ai envie juste de le souligner. C'est le fait que tu n'es pas été non plus dans un tout ou rien, c'est-à-dire que tu t'es dit, « Ok, je vis cette méthode à fond, mais je vais quand même marcher. » Je le précise parce qu'il y a un peu ce truc quand même, tu vois, qu'on observe chez les personnes qui ont des troubles alimentaires. Souvent, il y a une pensée très binaire. Et en fait, la relation au sport, c'est soit je suis dans l'excès, soit j'arrête tout. et je bouge plus du tout, je suis comme tétanisé en fait par le truc. Et ce qui n'est pas souhaitable non plus, en fait le corps humain a besoin d'être en mouvement. C'est très juste ce que tu dis quand on passe nos journées assises. C'est hyper important. Moi, je suis privée de sport depuis six ou sept semaines maintenant. Pareil, je suis passée d'un entraînement marathon à plus rien, zéro. Et en fait, je m'oblige à essayer de trouver des petits créneaux pour aller marcher parce qu'en fait, je pense que c'est comme ça que je pourrais me blesser à un autre endroit. Donc, je trouve ça vraiment important. Je trouve ça chouette que tu aies réussi aussi à être dans cette démarche au milieu de tout ça. C'est fou. Je te le dis quand même, au passage, je trouve que tu es jeune. Et donc, on parle de trucs qui remontent. Donc, tu étais nécessairement plus jeune. Je trouve qu'il y a beaucoup de maturité chez toi et dans ton parcours.

  • Speaker #0

    Mais parce que j'ai lu... En fait, c'est drôle, mais à chaque fois que je faisais des crises, à chaque fois que ça n'allait pas, c'est toujours là où j'ai lu plein de choses, où j'ai écouté plein de choses. Et à chaque fois, je... J'ai avancé vraiment micro-pas par micro-pas. Et en cinq ans, je me suis documentée énormément. J'ai toujours essayé de taper sur Internet mes symptômes, de taper ce que je ressentais, d'écrire. J'en ai beaucoup aussi parlé avec ma maman, qui a été là aussi pendant tout le processus, pour m'écouter, en fait. Et c'est vrai que d'en parler, de mettre juste... de dire à haute voix certaines choses, ça fait avancer. D'écrire, ça fait avancer. Et du coup, c'est vrai que j'ai appris beaucoup sur moi-même. Et du coup, pendant que je marchais, pendant que j'arrêtais le sport, je me suis dit quand même, si je n'étais pas dans une démarche... Alors, il y a ça aussi, c'est que pendant que j'ai marché, pendant toute cette période-là, je me suis interdit de regarder le nombre de pas que je faisais. J'avais arrêté déjà de compter mes calories il y a un petit moment. Et ça, depuis que j'ai arrêté, je me suis interdit. Parce que quand tu comptes tes calories pendant un ou deux ans, après le moindre petit-déj, j'avais un scan de la calorie. Je savais exactement en cinq secondes à peu près combien une assiette, combien mon petit-déj allait me faire. Je savais combien j'avais besoin, entre guillemets. Enfin, combien je pensais avoir besoin de calories par jour. Donc voilà. Et ça, j'avais déjà arrêté. Donc à chaque fois que je me reprenais à compter, je me disais non, non, non. Je me forçais intentionnellement à penser à autre chose. Et ça a été pareil pour la marche. Je me suis dit, je m'interdis de regarder sur santé. Sur mon téléphone, c'est santé, donc l'application, pour voir le nombre de pas. Parce que je me suis dit, tu vas voir que si un jour, je fais moins que la veille, ça ne va pas le faire. Si je fais plus, là, ce n'est pas grave. Mais si je fais moins... Je peux être déçue. Et en fait, je le sais. Je suis consciente de mes comportements, de ma façon de penser avant. Et du coup, je me suis dit, il ne faut plus du tout d'objectifs. Il ne faut plus que je me mette d'objectifs. Donc, même la marche, ça a été vraiment pour moi. J'ai écouté du coup aussi beaucoup de podcasts quand je marchais. Beaucoup de podcasts. En fait, j'avais plus de temps parce que je n'avais pas toute cette charge mentale du sport, de la nourriture qui me prenait vraiment tout. ma tête. Donc en fait, le temps que je ne m'étais plus à m'épuiser, à faire des crises et à contrôler mon alimentation, j'ai commencé à aller voir des conférences, j'ai commencé à m'intéresser à des sujets un peu plus politiques, au féminisme, au capitalisme, à tout ça. Tes podcasts aussi m'ont beaucoup aidé là-dessus parce que la première fois que j'ai entendu parler du féminisme et des TCA, c'était grâce à ton podcast. Et au début, j'étais là, je ne comprends pas le lien. Je ne vois pas du tout. Et en fait, après, tu commences à chercher d'autres trucs, à écouter d'autres podcasts. Et tu te dis, mais tu commences à lire des livres parce que j'avais le temps, en fait. Du coup, je me suis vraiment renseignée et cultivée autour. C'était tout le temps des sujets où je pouvais faire des parallèles. Mais j'ai arrêté d'acheter des livres, comment manger ses émotions, comment contrôler ses émotions. En fait, ce n'était plus du tout ça, le sujet. C'était plus... comprendre aussi la vie comme tu dis tu l'as dit je suis jeune j'ai que 26 ans donc comprendre dans quelle société j'avais grandi dans quelle société je vis actuellement et de me dire waouh est ce que j'ai vraiment envie de continuer à prendre part à tout ça ou de m'en détacher

  • Speaker #1

    aussi un peu et ça ça a été hyper libérateur aussi pour moi tu parlais du fait que voilà tu gagnais du temps aussi par l'arrêt des crises Donc tu parles de l'arrêt du sport, la méthode All-in c'est pas que ça, c'est l'arrêt du sport, et il y a aussi quelque chose autour de l'alimentation, le fait de réintégrer les aliments interdits, donc tu as mis ça en place en parallèle tout de suite aussi ?

  • Speaker #0

    Tout de suite, quand j'ai arrêté le sport, je me suis aussi dit, bon, là, il faut que je mange plus, en fait. Il faut que j'arrête tout ça. Parce qu'encore une fois, je l'ai lu, je l'ai compris. C'est ça que j'ai. Donc, je ne peux plus rester. Je ne peux plus faire ça, en fait. Et c'était pendant la période de Noël, de Noël dernier. Donc, on est rentrés deux semaines chez nos parents. Paris-Adena, c'était le premier Noël où je n'avais pas de crise de volumie, où je n'avais pas de compensation pour les repas de Noël. J'ai un nouveau copain depuis un an et demi. Il m'a connue avec les troubles alimentaires aussi. Il m'a connue en faisant des crises. On en a toujours beaucoup parlé. Peut-être que de l'avoir aussi à mes côtés, ça m'a aussi rassurée. Bien qu'on n'habite pas ensemble, du coup, la semaine, je suis quand même seule et j'ai dû quand même me gérer seule. D'abord, je l'avais dit, mais cette croyance profonde que je n'arrivais pas à me gérer, je ne voulais surtout pas guérir grâce à lui, puisque je l'avais déjà fait auparavant. Et du coup, j'avais vraiment cette peur bleue de me dire, si je guéris, je ne veux pas que ce soit grâce à mon nouveau copain. Je veux que... Il y a un peu ce truc de je veux guérir toute seule aussi. Et du coup, j'ai mangé plus. Je me suis pris un carnet tout au long d'un carnet que j'ai toujours. Et à chaque fois que j'avais l'impression de trop manger, j'écrivais. Mais de toute façon, tant que je n'ai pas mes règles, je n'arrêterai pas. Donc, tant que mes règles n'étaient pas revenues, je mangeais. Je mangeais plus, je mangeais des repas normaux, je n'ai pas eu de crise. En fait, je ne sais pas, ça a été tellement salvateur parce que je me suis donné le droit de manger tout ce que je voulais. J'ai mangé beaucoup, beaucoup de chocolat. C'était vraiment l'aliment principal de mes crises, le chocolat, le sucré. Je suis très sucrée et j'ai aussi accepté ça, de me dire j'adore le sucré, j'adore les desserts et je vais m'en faire. tu avais fait une fois une charlotte au chocolat je crois tu t'étais fait pour toi et tu t'étais dit j'en mangerais tous les soirs s'il faut jusqu'à temps que j'en ai plus envie et bien une fois je me suis fait un fondant au chocolat un soir toute seule chez moi et je me suis dit mais c'est la première fois que je m'autorise à me faire un fondant au chocolat pour moi et moi toute seule et j'ai pas compulsé dessus, je n'ai pas eu de crise J'ai mangé, mais j'ai mangé la part qui me semblait, qui était assez pour moi. Avant, par exemple, des mousses au chocolat, j'aurais préféré acheter un contenant individuel. Parce qu'au moins, ça me calibrait une portion. Et après cette portion, je n'en avais plus. Un saladier de mousses au chocolat, ça m'aurait fait trop peur. Alors que maintenant, je m'autorise à manger 3, 4 cuillères. Juste qu'à temps, je n'en ai plus envie. Et quand je n'en ai plus envie, je me dis, OK, si la cuillère d'après, c'est la cuillère de trop, c'est que j'en ai assez mangé.

  • Speaker #1

    Ça fait vraiment le lien avec la petite fille qui demande à sa maman, tu me dis, si je suis dans le trop, et ce besoin du contrôle extérieur par le fait qu'il y ait des portions calibrées, et tu as troqué ça contre une vraie connexion à toi, tes besoins, ta régulation, en fait. Alors, moi, j'ai deux questions qui me brûlent les lèvres. En combien de temps ? Tes crises se sont arrêtées ? Première question, parce que j'ai l'impression que ça a été assez rapide. Et est-ce que ton cycle est revenu ? Et si oui, en combien de temps ?

  • Speaker #0

    Alors, du coup, quand je me suis lancée dans la méthode All-in, donc la méthode du livre, donc l'arrêt du sport et manger plus, je n'ai plus refait de compulsion depuis. Donc depuis décembre.

  • Speaker #1

    Mais ça veut dire que tu t'es lancée dans la méthode... et du premier jour où tu t'es dit j'essaie cette méthode,

  • Speaker #0

    il n'y a jamais eu de compulsion finalement il n'y a jamais eu de compulsion mais je ne me suis pas dit je ne veux plus jamais faire de crise je me suis dit je veux avoir mes règles en fait le faux est plus du tout au même endroit je veux gérer mes émotions j'avais déjà fait un travail j'avais déjà lu plein de choses c'est pour ça que comme tu dis il n'y a pas eu de déclic c'est pas cette méthode là qui est cette dépression. Cette méthode-là, ça a juste appuyé ce que j'avais lu, compris, écouté depuis 5 ans. Ça m'a juste donné l'envol parce que de moi-même... je pense que je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport et à remanger plus. Jamais.

  • Speaker #1

    Je crois aussi que peut-être que ce qui t'a vachement aidée et donné cet envol, comme tu dis, c'est le fait qu'il y ait un dysfonctionnement palpable physiologique chez toi. Je suis censée avoir un cycle féminin que je n'ai pas. Donc, ton corps venait dire, en fait, tu vois bien, ton comportement alimentaire fait que ça dysfonctionne. C'est ça. Du coup... il y avait aussi un objectif palpable, le retour de tes cycles. Là où des personnes qui sont dans les compulsions, mais qui ont toujours leur cycle et tout ça, tu vois, peut-être que c'est plus flou de se dire, ouais, mais je me lance, mais jusqu'où, comment ? Tu vois, peut-être que toi, ça t'apportait, mine de rien, quelque chose d'assez cadrant, quoi.

  • Speaker #0

    Exactement. Je suis totalement d'accord. Et je ne me serais pas, je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport pendant six mois sans... sans ça en fait ça aurait été trop trop compliqué et arrêter jusqu'à quand reprendre quand reprendre à quelle intensité j'aurais je j'aurais j'aurais été trop oui voilà c'est ça il me fallait quand même un certain cadre en fait et et ça a pris j'ai réus mes règles au bout de quatre mois quatre mois et mais ça pas été évident parce que j'ai j'ai pris du poids j'ai pris deux tailles de pantalon Donc j'ai dû changer aussi toutes mes fringues. Et j'ai dû les changer en plus en état parce que j'ai déjà pris une taille. Puis après, mes jeans, quand j'ai acheté tout en une taille plus grande, il a fallu racheter une taille plus grande. Et ce n'était pas évident aussi. Je me suis dit, au bout d'un moment, je me suis dit, mais est-ce que ça va s'arrêter aussi ? Et en fait, ce qui m'a rassurée aussi, c'est que je voyais mon comportement alimentaire qui s'apaisait. Je voyais aussi que je n'avais pas forcément envie des mêmes aliments tout le temps. Je me suis rendu compte qu'en m'autorisant, comme tu dis, de la mousse au chocolat, enfin, comme je disais, pardon, de la mousse au chocolat autant que je voulais, je n'en avais plus envie après. Mais par contre, je pouvais en avoir envie le lendemain. Et c'était ça. Avant que je ne m'autorisais pas, je me disais, mais attends, je me fais plaisir quand même. Donc pourquoi j'en ai envie tous les soirs ? Et après, je me disais, je m'en fous d'en avoir envie tous les soirs ou pas. Ce n'est pas la question. Je dois manger à tous les repas. Et du coup, ce n'est plus la question de qu'est-ce que j'ai mangé la veille et qu'est-ce que je vais manger ce soir. J'essaie de ne plus aussi anticiper les repas ou faire en fonction de ce que j'avais mangé le matin, de si j'allais manger le midi, parce que ça aussi, c'est une charge mentale. qu'en fait on fait quand on est dedans, on ne s'en rend pas compte. Mais une fois qu'on se détache un peu de ça, je me disais, mais en fait oui, c'est normal que j'avais besoin des crises pour anesthésier tout ça en fait. C'était trop.

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Tout à l'heure, quand tu disais que tu n'aurais pas pu te lancer dans ce processus sans ce cadrage auquel je veux retrouver mes cycles, je me dis, je le comprends. complètement et c'est la difficulté qu'ont sûrement plein de personnes qui vont nous écouter. A la fois je trouve ça dommage parce que tu le témoignes depuis tout à l'heure à quel point finalement le retour des cycles c'était ton objectif, c'est une des choses que tu as gagné mais très vite, très vite. Déjà même si ce n'était pas ton objectif, les crises elles se sont arrêtées instantanément. Donc tu as gagné du temps. Tu as gagné de la liberté psychique, de la liberté alimentaire. Tu as découvert tout un tas de choses. En fait, pour moi, tu as cultivé ton être, la personne que tu es, bien plus que l'apparence, ce à quoi tu ressens. Mais attends, c'est énorme. Tu as appris à te connaître. Je trouve que les bénéfices, ils sont tellement énormes. Et j'avais juste envie de réappuyer dessus, de juste les lister pour les personnes qui nous écoutent, en mode, ouais, ça fait peur. Et oui, c'est difficile. Et il y a la fameuse question que tu t'es posée toi aussi de « Attends, est-ce que ça va s'arrêter, la prise de poids ? » Mais il y a tellement à gagner, tellement, tellement, tellement. En fait, c'est des vies qui sont incomparables.

  • Speaker #0

    Complètement. C'est des vies qui n'ont rien à voir. Et ça change aussi la personnalité, en fait. Ça change la... Ça m'arrive encore d'avoir des pensées culpabilisantes. Ça m'arrive parfois de... de faire un petit déj, de faire un petit déj, moi j'adore les petits déjeuners par exemple, donc c'est vraiment s'il y a un repas que je ne ferai pas l'impasse, c'est le petit déj, parce que j'adore tout ce qu'il y a au petit déj, et parfois, la dernière fois par exemple, mon copain arrivait et on mangeait à midi pile, du coup je m'étais dit, il ne faut peut-être pas trop que je petit déjeune, parce que je vais remanger à midi pile avec lui, donc je n'aurai pas faim, et puis en fait, il y avait plein de choses que j'aimais, donc j'ai le petit déj comme je l'avais envie Et je me suis dit, merde, mais tu n'aurais pas dû. Tu ne vas pas avoir fait un midi et tout. Et direct dans ma tête, je me suis dit, mais là, tu es vraiment en train de culpabiliser pour un petit déjeuner. Ce n'est plus possible de faire ça. Non, enfin, je ne veux plus. En fait, c'est un peu militant. C'est un peu, je ne veux plus me laisser culpabiliser par ça.

  • Speaker #1

    Oui, et encore que ta culpabilité, elle est très différente. Je pense qu'il y a plein de gens qui aimeraient avoir ce type de culpabilité, déjà. C'est déjà une belle étape. C'est pas, oh là là, mais attends, tout ce que j'ai mangé, je vais grossir, n'importe quoi. C'est, oh non, mais je vais pas avoir assez faim pour manger avec mon chéri, quoi, tu vois. Oui,

  • Speaker #0

    derrière, il y a aussi ça. Il y a aussi ce truc de si j'enchaîne de repas, il y a aussi ce rapport au corps. Parce que finalement, si c'était juste manger alors que j'ai pas faim, mais comme tu dis, s'il n'y avait aucune incidence derrière sur le poids, c'est... Comme tu le dis souvent, si tu pouvais manger tout ce que tu veux sans grossir, est-ce qu'il y aurait des troubles alimentaires ? Ben non. Je pense toujours aussi derrière cette volonté de si je mange trop, forcément je vais grossir. Alors que non. Et en fait, c'est par l'expérience aussi qu'on se rend compte de ces choses-là. Il y a un truc aussi que je voulais dire et qui m'a beaucoup aidée. c'est que manger émotionnellement, c'est normal. En fait, on est bombardé de discours, il ne faut pas manger ses émotions, il ne faut pas. Et en fait, ce lundi-là où j'ai trop mangé, non, j'ai bien mangé au petit-déj et j'ai bien mangé le midi, en fait, j'étais dans un petit mood. Il n'y avait rien qui allait, mais il n'y avait rien qui n'allait pas. Mais je n'étais pas au top, je n'étais pas... Et en fait, je me suis dit, mais c'est normal dans ces moments-là. que j'ai envie de plus manger que d'habitude. Et c'est pas grave. Et il y a des fois où ça m'arrive. Et le lendemain, je me rends compte qu'en fait, ça passe. Et j'ai pas... En fait, ce que j'avais peur avant, c'est que si je mange deux ou trois repas plus que d'habitude, après, ça allait être la porte ouverte. Et c'est cette pensée binaire, en fait. De se dire, si je mange deux ou trois fois trop, après, je vais manger à tous les repas au-dessus de ma faim. Et si j'arrête le sport. une fois, je ne vais plus jamais avoir envie d'en refaire. C'est vraiment cette pensée en tout ou rien et de se dire maintenant, en fait, manger, c'est manger émotionnellement, manger parce que parfois on est un peu triste ou quoi, c'est normal aussi. Et ça, c'est apaisant de pouvoir se dire, j'ai le droit d'utiliser aussi cet outil-là pour me réguler.

  • Speaker #1

    Complètement. J'ai trop envie de te poser la question. Justement, tu parlais du fait que tout est toujours relié au corps. Et en plus, ton histoire le prouve bien. C'est-à-dire que chez toi, tout a commencé par un rapport au corps qui n'était pas terrible dès toute petite. Enfin, en tout cas, qui est venu te parasiter. Comment c'est aujourd'hui pour toi, dans le rapport à ton corps ?

  • Speaker #0

    Alors, je dirais que je me sens bien. Je me sens bien dans mon corps. Alors... J'ai peut-être un peu moins de... C'est aussi nouveau parce que ça fait 2-3 mois que j'ai stabilisé mon poids, en fait. Du coup...

  • Speaker #1

    Ben ouais, c'est beaucoup de changements en peu de temps. C'est pour ça aussi que je te pose la question, mine de rien. Même, tu vois, le lancement dans cette méthode, c'était il y a 6 mois. C'est hyper frais.

  • Speaker #0

    Voilà. Je suis restée pendant 5 ans à peu près au même poids. Un poids qui était en dessous de mon poids d'équilibre puisque je galérais à le maintenir. Et j'étais... très fière de mon corps d'avant mais j'avais une peur bleue de plus que ça dure pas en fait et maintenant je me dis pas mon poids je peux le garder longtemps enfin je peux le garder autant de temps que pas que je veux non mais que autant de temps que ce poids sera mon poids parce que je sais pas plus tard comment ce sera mais en tout cas Je suis bien dans mon corps. Je ne veux plus du tout utiliser le sport pour essayer de... Là, je réintroduis du sport. Et c'est aussi un travail sur moi-même de me dire de toute façon je n'utiliserai plus le sport pour modeler, pour façonner mon corps à ce que je veux qu'il ressemble. Le sport ce sera pour moi, ce sera pour mon bien-être, mais plus dans cette optique-là. Et du coup là je suis dans ce travail d'acceptation, de me dire, bah oui il y a des fois, il y a des jours où ça va très bien, il y a des jours où ça va moins bien, il y a des endroits de mon corps que j'adore, d'autres un peu moins. Mais je le trouve plus féminin. Je le trouve beaucoup plus... Avant, en fait, j'étais très dure, j'étais musclée. C'était un corps qui ne vivait pas vraiment, en fait. Et mon copain m'a dit quelque chose la dernière fois que j'ai adoré. Il m'a dit... Je ne sais pas, je lui parlais de mon corps et je ne sais plus ce que je lui disais. Je lui disais, tu l'aimes bien mon corps maintenant ? Parce qu'il a vu aussi ces changements. Et il me disait, c'est un corps confiant que tu as. C'est un corps qui te donne la permission. Il m'a dit, tu es un corps confiant. Et je me suis dit, c'est incroyable de se dire. Il ne m'a pas dit, il est beau, tu es magnifique, tu es super, je te préfère comme ça. c'est encore porter un jugement et se dire, mince, si un jour je ne suis plus comme ça, est-ce qu'il m'aimera encore ? C'est de se dire, c'est un corps confiant. Et ça m'a, je me suis dit, ouais, c'est incroyable, parce qu'il a raison, c'est un corps dans lequel j'ai plus finalement confiance en moi, mais en ma personne, pas forcément de mon enveloppe corporelle, mais j'ai plus confiance en ma personne maintenant que pendant les troubles alimentaires. Et voilà, j'ai un corps qui... dans lequel je me sens confiante.

  • Speaker #1

    Trop beau. C'est trop bien.

  • Speaker #0

    Même si, voilà, il y a des jours où je ne veux pas du tout romantiser. Il y a des jours où je ne me sens pas très bien. Ça n'a pas été évident pour moi de prendre deux tailles de vêtements. Ça a été dur aussi. Je ne relativise pas. Je ne veux pas dire que c'est tout beau, tout rose, ni rien. Ça a été dur aussi. Mais ce n'était pas encore qui était viable sur le long terme.

  • Speaker #1

    Non, mais bien sûr, tu fais bien de préciser ça. En fait, pour moi, c'est une évidence parce que je sais de quoi tu parles et rien n'est jamais parfait. Mais tu fais bien de le repréciser parce que, comme on l'a dit plusieurs fois, les TCA, c'est très binaire. Et c'est aussi qu'on est habitué à ce qu'on nous vende, le bonheur accroché à un corps, tu vois, via les régimes et machin. Et donc, quand je te demande comment c'est aujourd'hui et que tu me dis tout ça, que je trouve très beau, en fait, je trouve ces mots vraiment jolis, en fait, très représentatifs et je ne sais pas comment dire, je trouve ça très inspirant, quoi. Enfin, c'est génial. Et oui, du coup, c'est bien qu'on précise. Oui, attention, ça ne veut pas dire que tu t'aimes à la folie tous les jours. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des insécurités sur certaines parties de ton corps. OK. Enfin, pour moi, ça me semble juste normal. Ce qui n'est pas normal, c'est de nous faire croire qu'on pourrait. gommer tout ça et atteindre un corps qui nous permettrait d'être toujours bien, d'être ultra confiante, d'être aimée par tout le monde, d'être cette femme qu'on rêve d'être. Enfin tu vois c'est ça qui va pas qu'on nous vend depuis le début quoi.

  • Speaker #0

    Complètement mais après on arrive aussi avec des lectures, des podcasts, on arrive aussi à se détacher de tout ça et à comprendre que c'est des stratégies marketing tout ça. Enfin c'est vraiment de se dire de vendre un... Un certain corps, une certaine image. En vrai, je n'ai plus envie de tout ça. Et même s'il y a des jours où je m'aime un petit peu moins, ou même cet été, ça m'a posé question. Parce que du coup, c'est le premier été où j'ai grossi par rapport aux étés d'avant. Et de me dire, je n'ai pas envie de me gâcher mon été à cause de ça. Je n'ai pas envie. C'est mort en fait, c'est non, c'est juste non. Et si les autres le remarquent, c'est leur problème. Et c'est, comme tu dis souvent sur ton podcast, mais c'est leur propre rapport au corps et ça viendra toucher leurs propres insécurités plutôt que les miennes en fait. Moi j'ai vu tout ce que j'ai gagné en prenant du poids et ça n'a pas de prix par rapport à une taille de pantalon.

  • Speaker #1

    Tu le sais peut-être, j'aime bien conclure l'épisode de podcast en proposant à mon invité de s'adresser aux personnes qui écoutent pour dire ce qui te semblera bon et juste de dire en se disant qu'il y a tout type de personnes qui nous écoutent. Il y a un certain nombre de personnes qui sont en plein dans la souffrance des TCA et qui se sentent peut-être bloquées dans un cercle vicieux. Qu'est-ce que tu aimerais dire à ces personnes-là ?

  • Speaker #0

    Un message d'espoir, déjà. Ça passe, même si c'est dur, même si c'est long, on peut s'en sortir, on peut guérir complètement et se donner la permission de manger, se donner la permission de... de ressentir toutes sortes d'émotions, de se dire que la vie c'est pas que d'être heureux. Il y a des moments où on l'est moins, il y a des moments où ça va pas forcément, il y a des moments où voilà où c'est pas tout rose mais mais c'est pas grave et de se dire que quoi qu'il arrive manger c'est un besoin vital. Et moi maintenant ça m'énerve ces discours de... En fait, c'est de s'intéresser aussi au sujet un petit peu, comme tu disais, de s'intéresser un peu tout autour et de se dire, j'ai plus envie que mon comportement alimentaire soit dicté par des normes externes. Vraiment, les corps sont bien faits, le corps est bien fait et on peut lui faire confiance. Ça, j'en suis sûre.

  • Speaker #1

    Oui, c'est exactement ce que tu as expérimenté. Effectivement, des normes extérieures. Et tout à l'heure, tu parlais de stratégie marketing et j'avais envie d'ajouter oui et oppressive. C'est-à-dire qu'elles sont récupérées par du marketing parce que l'industrie de la perte de poids est florissante. Mais avant ça, cette industrie-là, elle s'appuie sur autre chose, sur un système bien en place. Et c'est un sacré gros système oppressif. Parce que pendant que tu es occupée à compter tes calories, à acheter tous les bouquins de la terre pour maigrir, à faire du sport à outrance, en fait, tu ne t'intéresses pas à la politique. Tu vois ce que tu disais. J'ai commencé à m'intéresser à tout un tas d'autres sujets. On voit à quel point ça fonctionne, en fait, cette stratégie oppressive.

  • Speaker #0

    Ça fonctionne parce qu'encore une fois, la nourriture, c'est un besoin vital. C'est la première des choses. Au même titre que le sommeil. que tous les besoins vitaux. Donc en fait, si ça, c'est pas rempli, il n'y a pas assez d'énergie pour le reste. Et rien ne nous intéresse en plus. C'est même pas que ça me passait complètement au-dessus tout ça. C'est parce que j'étais trop focus sur mon sport, sur mon alimentation, sur mon sommeil. J'avais même pas l'énergie pour aller voir un petit peu autour. Et il y a tellement plus intéressant que de s'enfermer à la salle de sport, même si j'adore le sport et que j'en recommence et que j'en referai toujours, parce que j'aime bien ça, mais je n'en referai plus à la même cadence qu'avant. Ça, c'est sûr. Parce que j'ai envie aussi de pouvoir faire des grâces matinées. J'ai envie de pouvoir juste rien faire aussi parfois. C'est trois grâces. Marcher, juste marcher. Pas forcément courir. Il n'y a pas de hiérarchie dans le mouvement, en fait. Je préfère maintenant le mouvement Homo Sport.

  • Speaker #1

    Oui. Un grand merci, Laurie, pour cet échange qui est passé à toute vitesse. Mais ça fait déjà pas loin d'une heure et demie, je pense, qu'on discute. Merci beaucoup. Je pense que... Enfin, je ne sais pas. Forcément, moi, je suis à la place d'une personne qui est déjà guérie, sortie de ça. Mais pour côtoyer beaucoup de personnes qui sont encore dans les troubles alimentaires, j'ai vraiment la sensation que ton témoignage, il va être inspirant, ce qui est important. tu vois un vrai témoignage d'espoir mais c'est aussi très je sais pas comment te dire il y a quelque chose de très pratique et actionnable dans ton témoignage moi j'adore je trouve que t'es venue parler de choses vraiment que tu as mises en place et voilà j'ai trouvé que c'était très vrai au sens de représentatif donc vraiment merci pour ce temps passé toutes les deux c'était trop bien merci beaucoup merci à toi aussi

  • Speaker #0

    Moi j'adore ce format, vraiment j'adore les témoignages parce qu'en fait on se retrouve un petit peu dans chacune et on pioche des petits trucs dans les histoires de vie de chacune et on se dit ah bah oui moi aussi j'étais un peu comme ça, moi aussi j'ai vécu ça. Et je trouve que pouvoir s'identifier à ces témoignages ça fait du bien, on n'est pas seul, on n'est pas complètement extraterrestre là-dedans et ça fait vraiment beaucoup de bien. Je trouve autant que... des outils pratiques comme tes autres podcasts mais c'est vrai que les témoignages il y a vraiment un côté s'identifier à la personne et je trouve ça incroyable.

  • Speaker #1

    C'est souvent puissant. Merci beaucoup.

  • Speaker #0

    Merci.

  • Speaker #1

    Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles. notamment sur Spotify ou Apple Podcast ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible. et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !

Chapters

  • Présentation de Laurie

    01:10

  • Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

    02:21

  • Le premier régime

    11:41

  • Le début des crises de boulimie

    14:32

  • Ce qui a fait tilt et opéré un changement

    35:46

  • En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues

    53:40

  • Ce que Laurie aimerait vous dire

    01:09:45

Description


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C’est avec beaucoup de recul et de maturité que Laurie nous livre son parcours avec les troubles alimentaires.

De sa première envie de mincir -très précoce-, au premier régime, à l’anorexie, en passant par la boulimie… Laurie nous explique comment elle a sombré malgré une vie où dit-elle, elle avait « tout pour être heureuse ».

Mais ce que Laurie nous confie principalement c’est ce qui lui a permis de s’en sortir, tout ce qu’elle a mis en place et à quel point elle se sent gagnante aujourd’hui, même avec ce qui lui faisait le plus peur : une prise de poids.

Bravo et merci Laurie, cet échange est particulièrement riche. 


Livre cité : Je N'ai Plus Mes Règles: Le Guide Complet Pour Retrouver Des Cycles Réguliers     de Nicola J Sykes


Compte Instagram cité : Florence Gillet (@jenaiplusmesregles_livre)


Au programme :

Présentation de Laurie 

Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

Le premier régime
Le début des crises de boulimie 

Ce qui a fait tilt et opéré un changement
En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues 

Ce que Laurie aimerait vous dire 


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Transcription

  • Speaker #0

    Bienvenue dans TCA, etc., le podcast qui décrypte les troubles des conduites alimentaires et tout ce qui gravite autour, parce que ça n'est jamais seulement qu'une histoire de bouffe. Je suis Flavie Mitsono, et j'accompagne les mangeuses compulsives à devenir des mangeuses libres bien dans leur basket. Alimentation, peur du manque, insatisfaction corporelle, peur du jugement, du rejet, empreinte familiale, grossophobie, les sujets abordés dans ce podcast sont très vastes, et pour ce faire, mes invités sont aussi très variés. Retrouvez-moi aussi sur Instagram où j'aborde tous ces sujets au quotidien sur flavie.mtca. Très belle écoute. Bienvenue Laurie sur le podcast, très contente de t'accueillir.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci moi aussi, je suis super contente de devenir témoignée aujourd'hui.

  • Speaker #0

    Bon, trop chouette. Avant qu'on rentre dans le vif du sujet, tu le sais, je propose aux personnes qui viennent... de commencer par se présenter pour que les auditeurs, auditrices, aient déjà un peu une idée de qui tu es.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Laurie, j'ai 26 ans. Je travaille et je vis sur Paris, mais je viens de Haute-Savoie. Je fais les allers-retours entre Paris et la Haute-Savoie. J'adore la nature, j'adore être dehors, j'adore passer des moments avec ma famille, mes amis.

  • Speaker #0

    Tu vis à Paris et tu adores la nature et être dehors. Ce n'est pas trop frustrant ?

  • Speaker #1

    C'est contradictoire, c'est contradictoire, oui. C'est vrai que c'est ce qui me manque le plus à Paris d'ailleurs. C'est pour ça que je ne vais pas encore rester très très longtemps à Paris. J'ai pour projet de déménager sur Lyon parce que mon copain est sur Lyon. Mais pour me rapprocher un peu de la nature et de ma famille.

  • Speaker #0

    Ok, trop chouette. Tu viens témoigner à mon micro aujourd'hui pour parler de mon sujet de prédilection, les troubles des conduites alimentaires. Avant que tu nous racontes un peu plus ce qui s'est passé pour toi, si tu écoutes le podcast, tu le sais, j'aime bien aller faire un petit retour en enfance, te demander ce que tu as, toi, comme souvenir de toi en tant que petite fille et quel était ton rapport à l'alimentation et à ton corps quand tu étais une petite fille. Est-ce que tu te souviens ?

  • Speaker #1

    Ça a commencé très tôt pour moi.

  • Speaker #0

    Ok.

  • Speaker #1

    J'ai aux alentours des 7-8 ans déjà. En fait, ça a commencé plus sur mon corps plutôt que sur l'alimentation. Le rapport un peu troublé à mon corps parce que j'étais assez grande pour mon âge. J'étais un peu potelée, je dirais. Je pense que j'étais un petit peu au-dessus des courbes. Et du coup, je me rappelle que déjà pour m'habiller en étant petite, c'était compliqué. Et je me rappelle de cabines de séance shopping avec ma maman et ma sœur, dans les cabines d'essayage, où ça partait souvent en pleurs, ça finissait souvent en pleurs, parce que je n'arrivais pas à trouver des vêtements qui me plaisaient, parce que je ne me trouvais pas bien dans le miroir, déjà à cet âge-là, déjà très tôt. Et du coup, ma maman, pour m'aider, me disait, si tu veux, on fera un petit peu attention. Il n'y a jamais eu de régime, il n'y a jamais eu de... Même au niveau des médecins, je n'ai jamais eu un médecin qui m'a dit « attention, il faut… » Je pense qu'au niveau des courbes, j'étais bien. Après, au niveau des standards, peut-être un petit peu au-dessus. Et du coup, il y a eu très tôt ce désir de faire attention à l'alimentation.

  • Speaker #0

    Ça m'interpelle ce que tu dis parce que tu viens de parler des standards. Et justement, j'étais en train de me dire « mais attends… » Quel point de comparaison tu avais à cet âge-là, tu vois ?

  • Speaker #1

    Par rapport à mes copines, je pense. Par rapport à mes copines qui étaient encore très fines, très menus à cet âge-là. Et moi, je me rendais bien compte que j'étais un petit peu au-dessus. Je n'étais pas comme elles, en fait. J'étais formée très vite. J'ai eu mes règles tôt. Du coup, j'ai eu un petit peu de poitrine un peu plus tôt. J'étais assez grande. Aujourd'hui, je ne suis pas très grande, mais j'étais un peu au-dessus de... des normes de mes copines en fait. Plutôt partie primaire du coup.

  • Speaker #0

    Et tu avais des réflexions à l'école ?

  • Speaker #1

    Pas du tout. Non, en fait, j'ai jamais eu de réflexion à l'école. Et c'est ça que... C'est pas bizarre, mais c'est ça que je trouve... En fait, je me suis un petit peu montée la tête toute seule parce que j'ai jamais eu de moquerie, j'ai pas eu de réflexion. Mais pour autant, mon corps a toujours été une préoccupation pour moi. Et même pour ma famille, j'ai jamais eu de... de remarques, de moqueries de la part de ma femme.

  • Speaker #0

    Et les femmes de ta famille, c'est une préoccupation pour elles, leur propre corps ?

  • Speaker #1

    Alors, ma sœur, quand elle était jeune, était vraiment très fine. Du coup, je pense que pas du tout, ça n'a jamais été une préoccupation pour elle. Ma maman a toujours été très mince aussi, mais je l'ai toujours entendu faire attention. Elle n'a jamais fait de régime, mais elle faisait attention à son alimentation. Elle ne le faisait pas ressentir à nous, c'est-à-dire qu'elle nous a toujours tout fait à manger. On a toujours eu des gâteaux à la maison. tout eu niveau alimentation, il n'y avait pas d'interdit. Mais par contre, elle faisait elle-même attention à elle et à son corps.

  • Speaker #0

    Son corps nécessitait une certaine maîtrise. Quand tu dis que tu t'es montée à tête toute seule, je comprends bien ce que tu veux dire. Malgré tout, tu grandissais dans une société qui est la nôtre, avec les séries télé, les feuilletons, les trucs. Et puis une maman, même si elle n'a pas fait peser ça sur toi, elle-même son corps était objet de maîtrise.

  • Speaker #1

    Complètement et je pense que moi j'étais aussi une enfant très loyale, très proche de ma soeur, très proche de ma maman, très proche de mon papa, très petite fille modèle aussi en fait et je voulais je pense ressembler à ma maman. Elle n'a pas du tout une pression sur nous mais je pense que moi je m'en suis mis une en voulant bien faire en fait. au niveau scolaire, au niveau... à tout niveau.

  • Speaker #0

    T'as toujours l'impression d'être là dedans ou pas ?

  • Speaker #1

    Non je pense que j'ai... non, je pense que j'ai fait beaucoup de chemin là dessus et et je me prends... je me lâche la grappe maintenant je dirais et je sais que mes parents sont très fiers de moi, je sais qu'il n'y a pas de souci là dessus. Moi, j'ai l'impression maintenant de leur plaire en fait. Je le sais et c'est acté. Je n'ai plus ce besoin de prouver.

  • Speaker #0

    Tu dis qu'il y a ton rapport au corps qui a commencé par là, très jeune, que c'était un sujet pour toi. Finalement, c'est ça qui a entraîné une modification de ton rapport à l'alimentation. Je me pose la question de savoir si tu as des souvenirs avant ça. Parce que tu étais vachement petite en fait. Est-ce que tu as des souvenirs de ton rapport à l'alimentation avant de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    Je pense qu'il était plutôt classique. J'ai pas de souvenirs particuliers parce que je pense qu'on mangeait vraiment normalement chez moi. Comme je l'ai dit, il y a toujours eu des gâteaux, des... des petites choses au petit déjeuner. Il y a toujours eu de tout, des légumes. On a toujours mangé vraiment de façon équilibrée. Il n'y avait pas d'équilibre ni d'un côté ni de l'autre. Mes parents se sont séparés très tôt. Alors, c'est vrai que quand j'étais chez ma mère, on a toujours gardé la même alimentation variée. Chez mon père, c'est vrai que lui cuisinait un peu moins. Du coup, il y avait sûrement plus de plats préparés et plus de... d'aliments un petit peu moins équilibrés, peut-être un peu moins de légumes, etc. Mais ça restait toujours très équilibré. Non, je n'ai pas de souvenirs de vraiment quand j'étais petite. J'avais un rapport complètement normal avec la nourriture.

  • Speaker #0

    Ok. Et tu as commencé donc à faire attention très jeune, aider de ta maman, si j'ai bien compris.

  • Speaker #1

    C'est ça.

  • Speaker #0

    Et tu te souviens à quoi ça ressemblait et comment ça a évolué, ça ?

  • Speaker #1

    C'était plutôt au niveau des portions. Ce n'était pas vraiment que je n'avais plus le droit de manger certains aliments, parce que pas du tout, elle ne me faisait pas des repas à côté ou quoi que ce soit. Mais si je lui disais plus, si là je me resserre et que tu vois que c'est trop, dis-le-moi. Ou si là j'ai envie de me resservir, fais-moi un petit regard pendant le repas. C'était plus des choses comme ça plutôt que... Des petites choses qui, avec le recul, me semblent complètement incroyables. Mais c'est vrai que sur le coup, je me disais que j'ai besoin d'un œil extérieur pour contrôler un petit peu ces quantités que je n'arrive pas à gérer. En fait, je pense que je n'ai jamais eu confiance en mon aliment. Je n'ai jamais eu confiance en mon corps et en sa régulation. J'ai toujours eu besoin de quelqu'un extérieur pour me dire « ne te resserre pas » ou « là, c'est un peu trop » .

  • Speaker #0

    Oui, après, forcément, tu partais avec un postulat de base un peu biaisé qui est « ok, mon corps, il a quelque chose qui ne va pas » , alors qu'il suivait juste son évolution et il fallait le contraindre. Et donc, tu partais du principe que nécessairement, tu ne mangeais pas bien, tu mangeais trop, tu mangeais… Donc oui, tu as fait appel à ta maman pour t'aider à contrôler ton alimentation.

  • Speaker #1

    Exactement, oui, c'est ça.

  • Speaker #0

    Et donc ça a fonctionné ?

  • Speaker #1

    Ça a fonctionné, oui. Je ne sais pas si j'ai vraiment perdu du poids. Je ne crois pas parce que ma mère, elle n'était pas non plus… Je pense qu'elle ne me disait pas grand-chose en fait. Enfin, c'était un… un contrat un peu implicite entre nous, en mode, si tu vois que je me resserre, tu me dis quelque chose. Et en fait, je ne me rappelle pas trop, mais je ne pense pas qu'elle disait grand-chose. Et je ne pense pas qu'elle ne m'interdisait pas. Je pense que c'était contre nature pour elle de m'interdire, de me resservir. Du coup, je n'ai pas trop perdu de poids. J'ai toujours... J'ai grandi, du coup, mon poids a suivi son évolution et j'étais toujours un tout petit peu au-dessus, mais un peu moins. J'ai jamais été mince, j'étais pas en surpoids, j'étais normale hausse. Et en fait, ça a jamais suffi pour moi. Ça a jamais suffi et quand je suis entrée au collège, on a eu un stage de voile, je crois, en 5e. Et là, je me suis dit, la voile, maillot de bain, maillot de bain, faut que je perde du poids. Et là, j'étais déjà plus préparée, j'étais plus grande déjà. Et donc je pense que je me suis aussi mieux renseignée par moi-même sur internet, sur l'alimentation, sur le sport. Et je me suis dit, je vais faire un petit régime moi-même de mon côté, sans forcément en parler. Et je vais perdre mes quelques kilos et ça va aller super pour ce stage de voile en fait. Et là du coup, j'ai commencé à restreindre mon alimentation, à perdre du poids et à en perdre pas mal. Là ça s'est vu. Et moi, j'étais contente. Je me suis dit, waouh, ça marche, c'est cool. Et c'est après, par la suite, où ça a inquiété ma maman surtout parce que j'avais vraiment perdu beaucoup de poids. Et j'étais... En fait, je me rappelle d'un souvenir où ma maman avait fait des pâtes carbo et j'ai commencé à trier les lardons. Et là, je pense qu'elle a compris qu'il y avait quelque chose qui avait basculé et que c'était plus... juste faire attention que c'était devenu obsessionnel.

  • Speaker #0

    Et c'était à quel moment ? Ça faisait combien de temps que tu étais dans ce contrôle ?

  • Speaker #1

    Ça faisait, je ne sais pas, peut-être six mois, un an. Mais j'ai perdu du poids, j'étais fine en fait. Pour une fois, j'étais fine, je n'étais pas maigre, je ne faisais pas malade, mais j'étais fine. Et ça me plaisait parce que c'était ce que j'avais toujours voulu en fait.

  • Speaker #0

    Et donc voilà, ta maman se rend compte et alors quoi ? Elle tire un peu la sonnette d'alarme et elle cherche à dialoguer avec toi ?

  • Speaker #1

    Alors là, du coup, ma maman a peur. Elle cherche à en parler. Alors elle est un peu démunie parce que moi, je me braque. Parce que je ne veux rien entendre. Moi, je suis dans mon truc et je suis contente en fait. Je ne veux pas qu'on me coupe là-dedans. Je ne veux pas que... Du coup, je faisais du sport à l'époque. Je faisais du handball. Ma maman me disait, si tu ne reprends pas du poids, par exemple, on ne te refera pas ton certificat de scolarité avec le médecin et tu ne reprendras pas ta licence de hand l'année prochaine. Il y avait un peu ce truc où elle ne savait plus trop comment moi me faire réagir. Et du coup, elle était un peu démunie. On a eu quelques conflits à propos de ça. Après, ça n'a pas été très loin. Elle m'a vite... Je mangeais avec elle, en fait, tout le temps. Je mangeais avec elle le midi et tous les midis. Et le soir, une semaine sur deux, j'étais chez mon père. Une semaine sur deux, j'étais chez ma mère. Donc, en fait, on partageait quand même tous nos repas. Et petit à petit, elle a réussi à ce que je mange plus. Voilà, ça s'est remis un petit peu comme ça, un peu par la force des choses. Voilà, on a dû s'embrouiller quelques fois. Et voilà, je me suis dit, OK, bon, va... je reprends un peu de poids. C'est passé comme ça, en fait. Mais du coup, après cet épisode-là, j'ai commencé à faire des crises de boulimie parce que je pense que j'ai eu un retour de bâton de l'anorexie que je n'ai pas réussi à contrôler. Je m'autorisais à manger plus de choses. Et puis, je ne me rappelle pas très bien de cette époque. Ça devait être vers mes 14-15 ans. Je ne me rappelle pas de la première crise. Je ne me rappelle pas de la première fois où je me suis fait vomir. Mais c'était un moyen que j'avais trouvé tant bien que mal pour garder un poids stable. et à un poids plutôt bas et stable.

  • Speaker #0

    Tu ne devais pas trop comprendre ce qui t'arrivait quand les crises ont débarqué ?

  • Speaker #1

    Je ne comprenais pas du tout. C'était vraiment une force extérieure qui venait sur moi. Je ne comprenais pas pourquoi je faisais ça, alors que j'avais des copines au collège, que j'étais bien, j'étais heureuse. J'avais des parents. qui m'aimaient, des parents attentionnés, qui prenaient soin de moi, j'avais des amis, j'avais une vie complètement normale à côté de ça, en fait.

  • Speaker #0

    Et puis, finalement, si j'ai bien compris, tu dis, ça s'est fait comme ça, par la force des choses, le fait de remanger. Alors moi, ça m'a fait un petit tilt. Alors, tu parlais du fait d'être une enfant très loyale à ta maman. Peut-être que c'est ça qui t'a aidée aussi à remanger. Tu as cette relation que tu avais à ta maman, donc il y a aussi beaucoup de bons. Mais du coup, en fait, il n'y a pas eu de consultation de professionnel.

  • Speaker #1

    Je me rappelle que j'étais allée voir une psy, puis en fait, je pense que ça ne l'a pas fait. Je ne peux pas dire que je n'ai pas accroché, puisque je n'y suis allée qu'une fois. Et du coup, je n'ai pas poursuivi le suivi. Et comme ma mère était très présente pour moi, elle l'est toujours, je pense qu'on a beaucoup discuté et que c'est passé comme ça en fait. Elle m'a dit « bon bah ok, si tu ne veux pas la revoir, on ne la revoit pas. Par contre, fais un peu ce que je te dis, fais-moi confiance, remange un peu comme moi, tu vois. » Et voilà, je pense que j'ai un peu pris exemple sur ses assiettes, sur comment elle mangeait. Et je m'en suis un peu sortie comme ça, sans comprendre déjà pourquoi j'étais tombée. dedans et sans comprendre vraiment tout ce que cette maladie engendre en fait parce que j'étais trop jeune aussi j'avais j'étais même pas en troisième quatrième troisième en fait ouais c'est clair enfin je veux dire même en tant qu'adulte c'est

  • Speaker #0

    complexe hein voilà c'est ça des fois on met des années à même parfois une fois guéri je trouve qu'on continue d'explorer son histoire et de faire des liens avec ce qui s'est passé donc c'est sûr que là déjà quand t'as le nez dedans et en plus quand t'es ado il y a beaucoup de choses en jeu mais du coup le fait de pas avoir été accompagnée par quelqu'un qui connait bien les mécanismes parce qu'après il y a plein de professionnels qui connaissent pas non plus ça t'a pas permis de pouvoir mettre du sens aussi sur ces compulsions qui débarquaient exactement je pense que mes parents ils se sont pas trop non plus inquiétés parce qu'à côté de ça d'Ager.

  • Speaker #1

    Comme je disais, j'avais plein d'amis, je faisais du handball, j'avais une équipe super, je m'entendais bien avec tout le monde, j'avais des bonnes notes à l'école. Donc en fait, à part ça, qui prenait beaucoup de place dans ma vie et qui a continué de prendre énormément de place dans ma vie, mais à part ça, entre guillemets, tout allait bien. Du coup, je pense qu'ils se sont dit, elle reprend juste un petit peu de poids, ça va mieux, et puis voilà. Et les crises après, je les ai cachées au début. Et puis après, ma maman s'en est vite rendue compte aussi. Parce que de toute façon, c'est elle qui faisait les courses. Donc elle voyait bien aussi. Elle a vite compris en fait. Mais là, pareil, je n'ai pas eu de suivi vraiment. J'ai parlé un peu avec ma maman en fait. J'en ai parlé un peu avec ma maman, un peu peut-être avec ma soeur, je ne sais plus trop cette période. Et bon, j'ai continué à faire des crises plus ou moins espacées. Ça a duré, ça a bien tout lissé. En fait, je mangeais peu le midi, je mangeais toujours, mais je mangeais peu avec mes copines. Et puis en fait, au goûter, c'est là que je rentrais de l'école, j'avais faim. Et c'est là où toutes les restrictions accumulées de la journée se déchargeaient le soir, en fait. Et encore une fois, je ne comprenais pas forcément parce que j'avais encore des copines. Il y avait ma sœur aussi qui était très présente, mes parents qui étaient très présents, qui étaient là tous les soirs. Je ne comprenais pas pourquoi moi, je n'arrivais pas à juste manger normalement comme mes amis, à prendre un panini à 16h comme tout le monde. Moi je me l'interdisais, mais par contre après le soir, ça partait en vrille en fait.

  • Speaker #0

    Ça a duré combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça a duré tout le lycée, ça a duré tout, je crois. Et en fait, après, j'ai rencontré mon premier copain en terminale. Et après, on partageait souvent des repas ensemble, le soir, le week-end. Et en fait, j'ai commencé à remanger en quantité avec lui. Parce qu'en fait, comme c'était des repas partagés, c'était des bons moments. Moi, je me sentais aimée aussi, je me sentais... valorisé parce qu'on était ensemble c'était ma première relation c'était c'était assez passionnel aussi et du coup en fait petit à petit je me suis détaché de ces restrictions je me suis donné la permission de manger parce que parce que c'était le moment fait parce qu'on partageait un goûter parce qu'on partageait des repas le soir et petit à petit balle en fait j'ai guéri comme ça grâce à notre relation parce que alors au début j'ai pris j'ai pris du poids parce que je mangeais plus Et puis après petit à petit, mon poids s'est stabilisé. Puis oui, il s'est stabilisé. J'ai reperdu un tout petit peu, peut-être un ou deux kilos sur deux, trois ans. On est resté ensemble trois ans. Et pendant les trois années, je n'ai plus de troubles alimentaires, je n'ai plus de crise de boulimie. Je ne suis pas retombée dans l'anorexie parce que je me sentais bien, parce qu'en fait, j'avais retrouvé un rapport assez apaisé avec la nourriture. grâce à cette relation, en comprenant toujours pas vraiment ce qui m'était arrivé, pourquoi je m'en étais sortie. Mais comme je m'en étais sortie, je n'avais pas forcément cherché plus que ça, en fait.

  • Speaker #0

    Oui. Et donc, si j'ai bien compris, tu n'es plus avec cette personne-là. Et alors, c'est quoi ? C'est la rupture ? C'est au moment où la relation s'est terminée que les troubles alimentaires sont revenus ?

  • Speaker #1

    Exactement. En fait, quand ça s'est terminé en 2020, juste après le Covid, L'été, ça a été parce que l'été, ça va toujours. J'avais un petit job chez moi. Il y avait mes copains cet été-là. Donc, j'étais super entourée. J'étais plutôt bien. Et en fait, à partir de septembre-octobre, on avait des couvre-feu, il me semble, le soir. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. J'étais en alternance, mais du coup, j'allais travailler. Mais mon école était en 100% distanciel. Et du coup, je me suis retrouvée chez mes parents. À partir de 18h, on ne pouvait plus sortir. Et là, je me suis retrouvée vraiment seule. Pour la première fois, j'étais chez mes parents seule. J'étais célibataire. Mes amis n'étaient pas forcément en Haute-Savoie. Et là, vraiment, j'ai ressenti de la solitude. Et c'est là où j'ai ressorti ma béquille et que j'ai recommencé à faire des compulsions, à faire des crises de boulimie. Et là, ça a été super dur parce qu'en fait, je me suis dit, ça commence. Vraiment, ce que je pensais être guéri recommence. C'est l'enfer, je ne comprends pas. Pourquoi ça revient ? Et là, vraiment, j'ai paniqué. J'ai essayé de me documenter. Donc, j'ai lu beaucoup de livres. Mais en fait, toujours dans l'espoir de manger moins, d'arrêter de manger mes émotions. d'arrêter de... En fait, je me rends compte que toutes les démarches que je faisais, j'essayais par exemple de faire du sport pour ne pas manger. En fait, tout mon focus c'était ne pas manger, ne pas faire une crise, ne pas craquer sur certains aliments en fait. Et du coup c'était horrible parce que plus je me focalisais là-dessus et plus je faisais des crises. Et plus j'avais l'impression que je m'en sortirais jamais. malgré que j'en parlais aussi beaucoup avec ma maman, j'ai vu pareil 2-3 psy, je pense que j'ai vu 2 psy, une en Haute-Savoie et une sur Paris quand je suis partie à Paris, j'ai pas forcément aimé les approches, j'ai beaucoup lu, j'ai beaucoup écouté de podcasts plus tôt, mais j'ai pas eu une relation thérapeutique dans laquelle je me suis sentie...

  • Speaker #0

    bien écouté et où je me suis dit la personne peut m'aider là-dedans en fait ouais en fait c'est hyper parlant ce que tu dis là dans ce que tu viens de dire il y a deux trucs il y a cette espèce d'errance médicale ou paramédicale qui est quand même réelle c'est à dire que bon on sait que n'importe quel suivi il y a l'aspect relationnel qui est vachement important et puis bon bah ça tu vois on le sait jamais trop à l'avance ça va matcher ou non Mais il y a quand même le fait que les personnes aient une... spécificité autour des troubles alimentaires ou non, et que dans une formation de base de psychologue, il n'y a pas l'aspect trouble alimentaire, et que ça joue quand même beaucoup sur l'impression d'être au bon endroit et de pouvoir avancer sur ce sujet-là. Et l'autre truc sur lequel je voulais juste appuyer, parce que je trouve que c'est tellement parlant ce que tu dis, sur le fait que les compulsions reviennent. D'ailleurs, quand tu as parlé du fait que les compulsions revenaient, je me suis dit, ah mais tiens, qu'est-ce qui est revenu en premier ? Les compulsions ou l'envie de reprendre un peu le contrôle sur ton corps et ne serait-ce que l'idée de commencer à faire attention ?

  • Speaker #1

    En fait, j'avais stabilisé mon poids pendant trois ans. Mais stabilisé tout en perdant un tout petit peu. Mais vraiment progressivement, ça devait être un petit kilo par-ci, par-là. Et c'était peu, en fait. Et c'était normal, entre guillemets. C'était sans action volontaire. En fait, quand on s'est séparés, c'était l'été et je bossais en restauration. Et je pense que je me dépensais. Je crois que j'avais perdu un peu de poids pendant cet été. Et là, je me sentais bien. C'était en post-structure, j'avais reperdu un peu de poids. Et je pense que ça a redéclenché une envie de contrôle parce que c'était euphorisant un peu de me dire... Je reprends un peu le sport, je reprends un peu la perte de poids, je me sens bien. Je pense que ça a pallié vraiment au deuil de la rupture. Ça m'a permis de me dire, j'ai le contrôle sur quelque chose en fait.

  • Speaker #0

    Oui, mais tu vois, c'est très souvent le cas. Après, ça aurait pu être un peu différent, mais c'est quand même principalement le cas. C'est-à-dire que ce qu'on voit, c'est les compulsions. Mais en fait, quand on prend le temps de déconstruire un peu ce qui s'est passé avant, Non, les compulsions sont consécutives à un retour du contrôle, à un amégrissement qui engendre des pensées de « là, je suis trop bien, il ne faut surtout pas que je grossisse » . Et du coup, c'est intéressant parce que c'est vraiment dans ce sens-là que ça marche. C'est le contrôle qui crée la compulsion. Et puis quand la compulsion est là, tu le disais très justement, toutes les tentatives de solution sont autour du fait de ne pas manger, ce qui est finalement ce qui génère la compulsion. Et ça explique qu'il y ait... franchement des centaines de milliers de personnes, c'est sûr, bloquées dans ces schémas-là, à qui on n'a jamais dit non, non, non, ça fonctionne dans l'autre sens.

  • Speaker #1

    Exactement.

  • Speaker #0

    Et alors du coup, ça repart ça à l'automne 2020 pour toi, et ça prend quelle place et ça dure combien de temps ?

  • Speaker #1

    Ça dure jusqu'à il y a six mois, donc ça dure presque cinq ans, quatre, cinq ans, oui, cinq ans. Parce que, alors avec des avancées, avec beaucoup de prise de conscience, mais c'est long en fait, parce que pendant longtemps, je me focalise sur les compulsions. C'est mon ennemi numéro un. J'avais l'impression en fait, moi l'image que je me faisais, c'était que j'avais la porte de chez moi ouverte. J'avais la porte de chez moi fermée, je ne l'avais pas fermée à clé, et qu'à tout moment, quelqu'un pouvait rentrer. Et en fait, c'était vraiment cette image-là, c'est que ça pouvait... ça pouvait survenir un peu n'importe quand, n'importe où. Et ça survenait quand même souvent au même moment, c'est-à-dire après le travail, au goûter à 16h, 17h, 18h, quand j'étais en télétravail, ou quand on faisait des gros repas de famille et que moi je n'arrivais pas à gérer les quantités, et en fait je me disais « je n'arrive pas à gérer, je n'arrive pas à me gérer seule en fait » . Il y a eu aussi une croyance profonde derrière, je ne sais pas me gérer. Et ça me dévalorisait beaucoup de me dire, manger c'est vraiment la chose la plus basique que tout le monde doit savoir faire. Et moi je ne sais pas faire ça en fait. Et pour autant dans ma vie tout allait bien à côté encore une fois. J'ai toujours eu des amis, j'ai toujours eu de très bonnes notes à l'école. J'ai fait mes diplômes, j'ai fait mes études, j'ai toujours eu des boulots, j'ai toujours eu des alternances. Et il y avait toujours ce truc sous-jacent dont je n'arrivais pas à me défaire. Et je me disais, je me suis toujours dit qu'un jour je m'en sortirais, je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas. Mais je ne me suis jamais dit, ça ne va jamais passer. Mais pour autant, ça a été long et ça a été beaucoup de...

  • Speaker #0

    Beaucoup de pleurs, beaucoup de remises en question. En fait, je faisais des crises pendant deux, trois jours, où là, c'était des cycles un peu non-stop, où je faisais une, deux, trois crises par jour. Puis après, je me reprenais en main et je me disais, allez, c'est bon, là, j'en ai marre, je suis tombée trop bas. Et du coup, je reprenais l'histoire. Et pendant trois, quatre jours, une semaine, deux semaines peut-être, grand max, je ne faisais pas de crise. Et après, ça revenait. Et en fait, c'était tout le temps comme ça. Et c'était lourd parce qu'à chaque fois que je me reprenais en main, entre guillemets, c'était tellement... J'avais l'impression d'être une vieille locomotive qui fait... Enfin, il faut se remettre en marche et ça me prenait énormément d'énergie. Mais parce que même quand je me reprenais en main, c'était OK, je me reprends en main, je refais du sport parce que pendant que je faisais les 3-4 jours de compulsion, il n'y avait plus de sport à côté. En fait, j'étais vraiment... Dédé. J'étais vraiment à plat, je ne faisais que de manger, il n'y avait que ça qui me donnait envie. Toutes les choses que j'aimais faire dans ma vie autour n'avaient plus d'importance à côté de faire une crise quand j'étais dans cette spirale-là.

  • Speaker #1

    Ce que tu dis, ça me fait penser à quelque chose de comparable à des épisodes dépressifs, les phases de crise.

  • Speaker #0

    Et à côté de ça, j'arrivais à avoir une vie normale. Personne ne le savait. Alors j'en ai parlé à des copines qui étaient très proches. Je pense qu'il y a peut-être quatre ou cinq de mes très bonnes copines qui sont au courant, qui m'a colloqué aussi, ma colocataire à Paris, mes parents. Donc j'arrivais quand même à en parler. Mais pour autant, je... J'étais toujours dans ce petit sport. Il y avait aussi beaucoup de sport, il y avait beaucoup de restrictions caloriques, mais il y avait aussi beaucoup de sport, beaucoup de suractivité. Et en fait, j'étais épuisée. Et ces temps de crise, j'avais l'impression que c'était vraiment des soupapes, des moments pour reprendre mon souffle. Parce que sinon, dans ce quotidien de restrictions alimentaires et de sport à outrance, je ne pouvais pas trouver un équilibre là-dedans.

  • Speaker #1

    Ouais, et ça, c'est hyper piégeant. C'est un truc que j'entends beaucoup, moi. Les personnes qui me disent « Ouais, mais moi, j'ai besoin des crises, en fait. J'ai hyper peur de ma vie sans les crises parce que j'en ai besoin. »

  • Speaker #0

    C'est ça. C'est qu'en fait, quand on est là-dedans, je me disais « Je ne pourrais pas ressentir ce soulagement de faire une crise autrement qu'en faisant une crise. » Mais ce que je ne savais pas non plus, c'est qu'en se sortant de ça, j'ai plus besoin de ce soulagement là j'ai plus ce ce truc de la cocotte minute qui monte, qui monte, qui monte et après il faut enlever le bouchon parce que sinon ça éclate j'ai plus besoin d'éclater en fait mais quand ouais quand les cinq ans que j'ai passé vraiment là dedans mais je me disais mais enfin je vais le remplacer par quoi j'ai pas une passion qui m'anime, j'ai pas une activité, moi j'aime bien faire plein de choses mais j'ai pas une activité qui me coupe l'esprit, qui me fasse partir aussi loin que les crises peuvent faire partir en fait.

  • Speaker #1

    Oui, mais c'est tellement juste ce que tu dis. Je suis tellement contente que tu dises tout ça. C'est important, parce que c'est des choses que je répète inlassablement à qui veut bien l'entendre, mais ça a une autre valeur encore, le fait d'être dit par une autre personne qui vient témoigner de son parcours. Le fait que, bah ouais, en fait... tu as un besoin de décompression énorme auquel les crises répondent, sauf que c'est tout ton fonctionnement avec ton corps et fonctionnement alimentaire qui crée ce besoin-là. Et puis par rapport à cette question de, oui, par quoi je vais remplacer ça ? Genre, je n'ai pas de passion qui pourrait prendre cette place-là. Déjà, non, mais c'est impossible d'avoir quelque chose qui prenne cette place-là, tellement ça prend toute la place. Enfin, tu vois, il y a quelque chose de... Tu dis, moi, sans ça, je suis vide. Mais en fait, c'est ça qui crée le vide.

  • Speaker #0

    Exactement. Sauf que je ne m'en rendais pas compte. Je ne m'en rendais pas compte. Et c'est vrai que ça avait une vraie fonction, la crise. Et avec le recul, je peux voir tout ce que ça m'a apporté. Et c'est de là aussi où j'ai écouté beaucoup de podcasts, j'ai lu beaucoup de choses sur... sur ne plus essayer de lutter en fait, ne pas lutter contre son TCA, ne pas... Enfin moi c'est un langage maintenant qui me stresse beaucoup parce que j'ai pas envie de lutter dans ma vie, je pense qu'on peut pas passer sa vie à lutter. Et moi, c'était ce que je faisais. Lutter contre ma faim, lutter contre le repos. En cinq ans, je ne me suis pas reposée. Je n'ai pas fait une grasse mat. Ça fait six mois que je peux me lever, parfois, à 11h un samedi matin. Avant, ça aurait été impossible pour moi. Ça aurait été impossible parce que j'aurais eu l'impression de perdre ma journée. Alors qu'on en a besoin. J'ai besoin de repos, j'ai besoin de... de faire autre chose que du sport et de compter mes calories.

  • Speaker #1

    Tellement, tellement. Qu'est-ce qui a été un peu... Ah, je déteste parler de déclic, j'avais des clencheurs ou quoi qui venaient. Ou au moins un tilt. Moi, je ne crois pas trop au déclic. Dans certains cas, ça peut arriver. La majorité du temps, c'est plutôt plein de petites choses rencontrées sur la route, qui s'assemblent et tout. Mais en tout cas, est-ce qu'il y a eu quelque chose pour toi qui a vraiment opéré un changement ?

  • Speaker #0

    Oui, alors déjà, je n'avais plus mes règles depuis 2020. Quand je me suis séparée de mon ex-copain, moi, je prenais la pilule. Puis finalement, je me suis dit, là, je suis célibataire, donc je l'arrête. Et suite à ça, je n'ai jamais eu mes règles, en fait. Et alors au début, je me suis dit, bon, ça prend du temps, c'est normal. J'ai passé 7-8 ans sous pilule. Bon, ok, certes. J'ai attendu un an, je suis allée voir une gynéco. Elle m'a dit, ça peut prendre du temps. Et puis, vous savez, il y a eu le vaccin pour le Covid aussi. Ça peut jouer sur les hormones. OK, j'attends. Et puis, j'ai laissé traîner ça. De toute façon, je ne voulais pas d'enfant. Et puis, je ne me suis pas renseignée non plus. Je me suis rendue compte après coup qu'on ne sait pas vraiment le fonctionnement. les bienfaits des règles, les cycles hormonaux, moi je ne connaissais absolument rien, et en fait, je n'avais pas mes règles, ce n'était pas très grave en fait. Et petit à petit, ça m'inquiétait, mais j'y pensais une fois, puis après je n'y pensais plus pendant 3-4 mois. Puis j'y repensais, et je me suis dit, ce n'est pas normal quand même, mon corps ne fonctionne pas correctement. Et je crois que j'avais déjà entendu parler des restrictions caloriques, de l'excès de sport. Mais je pense que j'étais clairement pas prête à l'entendre et clairement pas prête à me dire, à remettre en question mon mode de vie pour ça. Parce que remettre en question mon mode de vie, ça pouvait dire potentiellement grossir. Et ça, c'était juste impossible. Donc, je pense que j'ai fait le truche pendant longtemps en me disant, ça va revenir. Je suis allée revoir un gynéco sur Paris. J'ai fait des examens, tout allait bien, ma prise de sang était nickel, il m'a fait des examens gynécologiques, tout allait bien. J'ai dit bon, ça va quoi. Un jour je suis tombée sur le livre « Je n'ai plus mes règles » qui parle de la ménorée hypothalamique. Et là j'ai lu le livre et je me suis reconnue dans chaque page, dans chaque témoignage. Je me suis dit mais en fait si ça ne cherche pas. OK, mes analyses, elles sont super. J'ai rien de fonctionnellement. La machine, elle marche. C'est un truc qui... C'est dans mon mode de vie que ça ne fonctionne pas, en fait. Et je me suis dit, là, je ne peux plus faire du sport et me restreindre et abîmer ma santé. Dans le livre, il parle de toutes les conséquences de l'aménorée, de tout ce que les règles apportent en bénéfice dans le corps. Et je me suis dit, mais je ne peux pas, consciemment, en le sachant maintenant... Je ne peux plus continuer dans cette route-là. Ce n'est plus possible. Et en décembre 2024, donc décembre dernier, je me suis dit que je voulais tout faire pour avoir mes règles. Dans le livre, il parle d'une méthode. Je me suis dit que je vais suivre cette méthode et je vais m'y mettre à fond. Et cette méthode, c'est l'arrêt du sport. Ils disent qu'on peut continuer, mais que du coup, ça va forcément ralentir le processus. Je me suis dit, en fait, j'ai perdu du temps depuis longtemps. Je veux le faire à fond. Donc juste, j'ai arrêté le sport du jour au lendemain et j'ai mangé. Je me suis donné le droit de manger. Alors ça me fait rire parce que je dis juste arrêter le sport, alors qu'en fait, je le dis là six mois après, alors que pour moi, sur le coup, c'était un... un enfer en fait, je me suis dit comment je vais faire, je suis passée d'un mode de vie où je faisais cinq à six fois du sport par semaine, j'allais à la salle de sport tous les midis J'allais courir deux, trois fois par semaine. J'organisais ma vie en fonction de ça. Je calculais toutes mes séances dans la semaine. C'était vraiment une charge mentale. Avec le recul, je me suis dit que c'était ça. C'était pour ça que j'avais besoin aussi de ces crises. Parce qu'en fait, tout était millimétré. Tout était pensé dans ma vie. Le sommeil, les repas, le sport. Tout ça, c'était cadré pour que... tout rentre.

  • Speaker #1

    Oui, mais comme tu le dis aujourd'hui avec le recul, ça paraît simple, mais clairement, moi je me suis dit ok, d'accord, qu'as-tu fait de ta peur de grossir ? Qu'est-ce qui t'a permis d'une, de prendre la décision, mais il y a autre chose, c'est que on sent qu'il y a eu une prise de conscience forte chez toi, qui t'a amené à cette prise de décision, mais derrière, quand tu le mets en place dans le concret, c'est costaud.

  • Speaker #0

    Ce que j'ai bien aimé dans ce livre, c'est que ce n'est pas un livre qui fait peur. Ce n'est pas un livre qui te dit que tu es en mauvaise santé. En fait, ça ne fait pas psychoter. Ce n'est pas un livre qui fait peur. C'est un livre qui te dit que tu es plus que ça. C'est un livre qui donne du courage et de l'espoir plutôt qu'il fait peur. Et moi, je me suis dit au début, quand j'ai lu les premières pages, je me suis dit, bon, allez. Je vais prendre quoi ? 4-5 kilos et puis ça va le faire. J'avais déjà un poids qui n'était pas très haut, donc je me suis dit, en 5 kilos, je suis sûre que ça le fait. En 2-3 mois, j'arrête le sport, je prends un peu et c'est bon. Et à un moment dans le livre, je me rappelle de ce moment-là, parce que j'étais dans le train, j'étais à la gare à Paris, et il y a un passage où ils disent, en général, les femmes qui se lancent dans cette méthode prennent en moyenne 10 kilos. Et là, je me suis dit, il faut que j'aille acheter un carnet. Il était 20h, tout était fermé à la gare, je me suis dit là il faut que j'aille écrire, il faut que j'aille acheter un carnet. Du coup je suis allée dans le premier relais des magasins à la gare, je suis allée acheter un carnet et un crayon. Et j'ai écrit, je me suis dit mais je peux pas prendre 10 kilos, c'est pas possible, c'est pas possible. 10 kilos ça va se voir, ça veut dire que mon identité, enfin c'était vraiment identitaire en fait, c'était je vais arrêter le sport, je vais prendre du poids. Qu'est-ce que ma famille va penser ? Qu'est-ce que mes amis vont penser ? Qu'est-ce que mes collègues de travail vont penser ? Ça a été... ça a été... waouh ! Tout une... un... ouais, le personnage en fait que je m'étais construit, parce que dans ma famille, dans mes amis, tout le monde savait que je faisais beaucoup de sport, tout le monde me voyait faire beaucoup de sport, et d'arrêter du jour au lendemain... Même mes collègues, parce que tous les midis, j'allais à la salle de sport. Là, j'ai dû leur dire que non, je n'allais plus à la salle, que je n'allais plus courir. Je marchais beaucoup parce que j'ai un travail qui est sédentaire. Je suis assise 8 heures par jour. Le midi, j'allais quand même me promener. Le week-end, je m'autorisais à aller marcher. Je ne me suis jamais restreinte sur la marche. Mais par contre, je me suis dit que je ne... je ne vais plus courir, je ne vais plus à la salle de sport jusqu'à temps que je n'ai pas mes règles je m'interdis toute activité et en fait ça a été aussi tellement libérateur parce que je ne me rendais pas compte que j'organisais vraiment mes journées en fonction de ça en fonction de combien de temps je pouvais passer à la salle, de combien de temps il fallait que je dorme pour ne pas être fatiguée parce que j'avais peur d'être fatiguée aussi parce que je savais que la fatigue ça jouait aussi sur mon moral, que mon moral jouait sur mes crises donc en fait Je savais que tout était lié, mais je ne savais pas comment détricoter tout ça, en fait.

  • Speaker #1

    Oui, tu avais bien conscience que tout était lié, mais tu ne le prenais pas dans le bon sens, quelque part.

  • Speaker #0

    Non,

  • Speaker #1

    pas dans le bon sens. Ton objectif principal était celui d'être mince. Donc, du coup, tu organisais tout ton temps et toute ta vie autour de ça.

  • Speaker #0

    Exactement.

  • Speaker #1

    Ce que je trouve vraiment chouette, j'ai envie juste de le souligner. C'est le fait que tu n'es pas été non plus dans un tout ou rien, c'est-à-dire que tu t'es dit, « Ok, je vis cette méthode à fond, mais je vais quand même marcher. » Je le précise parce qu'il y a un peu ce truc quand même, tu vois, qu'on observe chez les personnes qui ont des troubles alimentaires. Souvent, il y a une pensée très binaire. Et en fait, la relation au sport, c'est soit je suis dans l'excès, soit j'arrête tout. et je bouge plus du tout, je suis comme tétanisé en fait par le truc. Et ce qui n'est pas souhaitable non plus, en fait le corps humain a besoin d'être en mouvement. C'est très juste ce que tu dis quand on passe nos journées assises. C'est hyper important. Moi, je suis privée de sport depuis six ou sept semaines maintenant. Pareil, je suis passée d'un entraînement marathon à plus rien, zéro. Et en fait, je m'oblige à essayer de trouver des petits créneaux pour aller marcher parce qu'en fait, je pense que c'est comme ça que je pourrais me blesser à un autre endroit. Donc, je trouve ça vraiment important. Je trouve ça chouette que tu aies réussi aussi à être dans cette démarche au milieu de tout ça. C'est fou. Je te le dis quand même, au passage, je trouve que tu es jeune. Et donc, on parle de trucs qui remontent. Donc, tu étais nécessairement plus jeune. Je trouve qu'il y a beaucoup de maturité chez toi et dans ton parcours.

  • Speaker #0

    Mais parce que j'ai lu... En fait, c'est drôle, mais à chaque fois que je faisais des crises, à chaque fois que ça n'allait pas, c'est toujours là où j'ai lu plein de choses, où j'ai écouté plein de choses. Et à chaque fois, je... J'ai avancé vraiment micro-pas par micro-pas. Et en cinq ans, je me suis documentée énormément. J'ai toujours essayé de taper sur Internet mes symptômes, de taper ce que je ressentais, d'écrire. J'en ai beaucoup aussi parlé avec ma maman, qui a été là aussi pendant tout le processus, pour m'écouter, en fait. Et c'est vrai que d'en parler, de mettre juste... de dire à haute voix certaines choses, ça fait avancer. D'écrire, ça fait avancer. Et du coup, c'est vrai que j'ai appris beaucoup sur moi-même. Et du coup, pendant que je marchais, pendant que j'arrêtais le sport, je me suis dit quand même, si je n'étais pas dans une démarche... Alors, il y a ça aussi, c'est que pendant que j'ai marché, pendant toute cette période-là, je me suis interdit de regarder le nombre de pas que je faisais. J'avais arrêté déjà de compter mes calories il y a un petit moment. Et ça, depuis que j'ai arrêté, je me suis interdit. Parce que quand tu comptes tes calories pendant un ou deux ans, après le moindre petit-déj, j'avais un scan de la calorie. Je savais exactement en cinq secondes à peu près combien une assiette, combien mon petit-déj allait me faire. Je savais combien j'avais besoin, entre guillemets. Enfin, combien je pensais avoir besoin de calories par jour. Donc voilà. Et ça, j'avais déjà arrêté. Donc à chaque fois que je me reprenais à compter, je me disais non, non, non. Je me forçais intentionnellement à penser à autre chose. Et ça a été pareil pour la marche. Je me suis dit, je m'interdis de regarder sur santé. Sur mon téléphone, c'est santé, donc l'application, pour voir le nombre de pas. Parce que je me suis dit, tu vas voir que si un jour, je fais moins que la veille, ça ne va pas le faire. Si je fais plus, là, ce n'est pas grave. Mais si je fais moins... Je peux être déçue. Et en fait, je le sais. Je suis consciente de mes comportements, de ma façon de penser avant. Et du coup, je me suis dit, il ne faut plus du tout d'objectifs. Il ne faut plus que je me mette d'objectifs. Donc, même la marche, ça a été vraiment pour moi. J'ai écouté du coup aussi beaucoup de podcasts quand je marchais. Beaucoup de podcasts. En fait, j'avais plus de temps parce que je n'avais pas toute cette charge mentale du sport, de la nourriture qui me prenait vraiment tout. ma tête. Donc en fait, le temps que je ne m'étais plus à m'épuiser, à faire des crises et à contrôler mon alimentation, j'ai commencé à aller voir des conférences, j'ai commencé à m'intéresser à des sujets un peu plus politiques, au féminisme, au capitalisme, à tout ça. Tes podcasts aussi m'ont beaucoup aidé là-dessus parce que la première fois que j'ai entendu parler du féminisme et des TCA, c'était grâce à ton podcast. Et au début, j'étais là, je ne comprends pas le lien. Je ne vois pas du tout. Et en fait, après, tu commences à chercher d'autres trucs, à écouter d'autres podcasts. Et tu te dis, mais tu commences à lire des livres parce que j'avais le temps, en fait. Du coup, je me suis vraiment renseignée et cultivée autour. C'était tout le temps des sujets où je pouvais faire des parallèles. Mais j'ai arrêté d'acheter des livres, comment manger ses émotions, comment contrôler ses émotions. En fait, ce n'était plus du tout ça, le sujet. C'était plus... comprendre aussi la vie comme tu dis tu l'as dit je suis jeune j'ai que 26 ans donc comprendre dans quelle société j'avais grandi dans quelle société je vis actuellement et de me dire waouh est ce que j'ai vraiment envie de continuer à prendre part à tout ça ou de m'en détacher

  • Speaker #1

    aussi un peu et ça ça a été hyper libérateur aussi pour moi tu parlais du fait que voilà tu gagnais du temps aussi par l'arrêt des crises Donc tu parles de l'arrêt du sport, la méthode All-in c'est pas que ça, c'est l'arrêt du sport, et il y a aussi quelque chose autour de l'alimentation, le fait de réintégrer les aliments interdits, donc tu as mis ça en place en parallèle tout de suite aussi ?

  • Speaker #0

    Tout de suite, quand j'ai arrêté le sport, je me suis aussi dit, bon, là, il faut que je mange plus, en fait. Il faut que j'arrête tout ça. Parce qu'encore une fois, je l'ai lu, je l'ai compris. C'est ça que j'ai. Donc, je ne peux plus rester. Je ne peux plus faire ça, en fait. Et c'était pendant la période de Noël, de Noël dernier. Donc, on est rentrés deux semaines chez nos parents. Paris-Adena, c'était le premier Noël où je n'avais pas de crise de volumie, où je n'avais pas de compensation pour les repas de Noël. J'ai un nouveau copain depuis un an et demi. Il m'a connue avec les troubles alimentaires aussi. Il m'a connue en faisant des crises. On en a toujours beaucoup parlé. Peut-être que de l'avoir aussi à mes côtés, ça m'a aussi rassurée. Bien qu'on n'habite pas ensemble, du coup, la semaine, je suis quand même seule et j'ai dû quand même me gérer seule. D'abord, je l'avais dit, mais cette croyance profonde que je n'arrivais pas à me gérer, je ne voulais surtout pas guérir grâce à lui, puisque je l'avais déjà fait auparavant. Et du coup, j'avais vraiment cette peur bleue de me dire, si je guéris, je ne veux pas que ce soit grâce à mon nouveau copain. Je veux que... Il y a un peu ce truc de je veux guérir toute seule aussi. Et du coup, j'ai mangé plus. Je me suis pris un carnet tout au long d'un carnet que j'ai toujours. Et à chaque fois que j'avais l'impression de trop manger, j'écrivais. Mais de toute façon, tant que je n'ai pas mes règles, je n'arrêterai pas. Donc, tant que mes règles n'étaient pas revenues, je mangeais. Je mangeais plus, je mangeais des repas normaux, je n'ai pas eu de crise. En fait, je ne sais pas, ça a été tellement salvateur parce que je me suis donné le droit de manger tout ce que je voulais. J'ai mangé beaucoup, beaucoup de chocolat. C'était vraiment l'aliment principal de mes crises, le chocolat, le sucré. Je suis très sucrée et j'ai aussi accepté ça, de me dire j'adore le sucré, j'adore les desserts et je vais m'en faire. tu avais fait une fois une charlotte au chocolat je crois tu t'étais fait pour toi et tu t'étais dit j'en mangerais tous les soirs s'il faut jusqu'à temps que j'en ai plus envie et bien une fois je me suis fait un fondant au chocolat un soir toute seule chez moi et je me suis dit mais c'est la première fois que je m'autorise à me faire un fondant au chocolat pour moi et moi toute seule et j'ai pas compulsé dessus, je n'ai pas eu de crise J'ai mangé, mais j'ai mangé la part qui me semblait, qui était assez pour moi. Avant, par exemple, des mousses au chocolat, j'aurais préféré acheter un contenant individuel. Parce qu'au moins, ça me calibrait une portion. Et après cette portion, je n'en avais plus. Un saladier de mousses au chocolat, ça m'aurait fait trop peur. Alors que maintenant, je m'autorise à manger 3, 4 cuillères. Juste qu'à temps, je n'en ai plus envie. Et quand je n'en ai plus envie, je me dis, OK, si la cuillère d'après, c'est la cuillère de trop, c'est que j'en ai assez mangé.

  • Speaker #1

    Ça fait vraiment le lien avec la petite fille qui demande à sa maman, tu me dis, si je suis dans le trop, et ce besoin du contrôle extérieur par le fait qu'il y ait des portions calibrées, et tu as troqué ça contre une vraie connexion à toi, tes besoins, ta régulation, en fait. Alors, moi, j'ai deux questions qui me brûlent les lèvres. En combien de temps ? Tes crises se sont arrêtées ? Première question, parce que j'ai l'impression que ça a été assez rapide. Et est-ce que ton cycle est revenu ? Et si oui, en combien de temps ?

  • Speaker #0

    Alors, du coup, quand je me suis lancée dans la méthode All-in, donc la méthode du livre, donc l'arrêt du sport et manger plus, je n'ai plus refait de compulsion depuis. Donc depuis décembre.

  • Speaker #1

    Mais ça veut dire que tu t'es lancée dans la méthode... et du premier jour où tu t'es dit j'essaie cette méthode,

  • Speaker #0

    il n'y a jamais eu de compulsion finalement il n'y a jamais eu de compulsion mais je ne me suis pas dit je ne veux plus jamais faire de crise je me suis dit je veux avoir mes règles en fait le faux est plus du tout au même endroit je veux gérer mes émotions j'avais déjà fait un travail j'avais déjà lu plein de choses c'est pour ça que comme tu dis il n'y a pas eu de déclic c'est pas cette méthode là qui est cette dépression. Cette méthode-là, ça a juste appuyé ce que j'avais lu, compris, écouté depuis 5 ans. Ça m'a juste donné l'envol parce que de moi-même... je pense que je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport et à remanger plus. Jamais.

  • Speaker #1

    Je crois aussi que peut-être que ce qui t'a vachement aidée et donné cet envol, comme tu dis, c'est le fait qu'il y ait un dysfonctionnement palpable physiologique chez toi. Je suis censée avoir un cycle féminin que je n'ai pas. Donc, ton corps venait dire, en fait, tu vois bien, ton comportement alimentaire fait que ça dysfonctionne. C'est ça. Du coup... il y avait aussi un objectif palpable, le retour de tes cycles. Là où des personnes qui sont dans les compulsions, mais qui ont toujours leur cycle et tout ça, tu vois, peut-être que c'est plus flou de se dire, ouais, mais je me lance, mais jusqu'où, comment ? Tu vois, peut-être que toi, ça t'apportait, mine de rien, quelque chose d'assez cadrant, quoi.

  • Speaker #0

    Exactement. Je suis totalement d'accord. Et je ne me serais pas, je ne me serais jamais autorisée à arrêter le sport pendant six mois sans... sans ça en fait ça aurait été trop trop compliqué et arrêter jusqu'à quand reprendre quand reprendre à quelle intensité j'aurais je j'aurais j'aurais été trop oui voilà c'est ça il me fallait quand même un certain cadre en fait et et ça a pris j'ai réus mes règles au bout de quatre mois quatre mois et mais ça pas été évident parce que j'ai j'ai pris du poids j'ai pris deux tailles de pantalon Donc j'ai dû changer aussi toutes mes fringues. Et j'ai dû les changer en plus en état parce que j'ai déjà pris une taille. Puis après, mes jeans, quand j'ai acheté tout en une taille plus grande, il a fallu racheter une taille plus grande. Et ce n'était pas évident aussi. Je me suis dit, au bout d'un moment, je me suis dit, mais est-ce que ça va s'arrêter aussi ? Et en fait, ce qui m'a rassurée aussi, c'est que je voyais mon comportement alimentaire qui s'apaisait. Je voyais aussi que je n'avais pas forcément envie des mêmes aliments tout le temps. Je me suis rendu compte qu'en m'autorisant, comme tu dis, de la mousse au chocolat, enfin, comme je disais, pardon, de la mousse au chocolat autant que je voulais, je n'en avais plus envie après. Mais par contre, je pouvais en avoir envie le lendemain. Et c'était ça. Avant que je ne m'autorisais pas, je me disais, mais attends, je me fais plaisir quand même. Donc pourquoi j'en ai envie tous les soirs ? Et après, je me disais, je m'en fous d'en avoir envie tous les soirs ou pas. Ce n'est pas la question. Je dois manger à tous les repas. Et du coup, ce n'est plus la question de qu'est-ce que j'ai mangé la veille et qu'est-ce que je vais manger ce soir. J'essaie de ne plus aussi anticiper les repas ou faire en fonction de ce que j'avais mangé le matin, de si j'allais manger le midi, parce que ça aussi, c'est une charge mentale. qu'en fait on fait quand on est dedans, on ne s'en rend pas compte. Mais une fois qu'on se détache un peu de ça, je me disais, mais en fait oui, c'est normal que j'avais besoin des crises pour anesthésier tout ça en fait. C'était trop.

  • Speaker #1

    Oui, carrément. Tout à l'heure, quand tu disais que tu n'aurais pas pu te lancer dans ce processus sans ce cadrage auquel je veux retrouver mes cycles, je me dis, je le comprends. complètement et c'est la difficulté qu'ont sûrement plein de personnes qui vont nous écouter. A la fois je trouve ça dommage parce que tu le témoignes depuis tout à l'heure à quel point finalement le retour des cycles c'était ton objectif, c'est une des choses que tu as gagné mais très vite, très vite. Déjà même si ce n'était pas ton objectif, les crises elles se sont arrêtées instantanément. Donc tu as gagné du temps. Tu as gagné de la liberté psychique, de la liberté alimentaire. Tu as découvert tout un tas de choses. En fait, pour moi, tu as cultivé ton être, la personne que tu es, bien plus que l'apparence, ce à quoi tu ressens. Mais attends, c'est énorme. Tu as appris à te connaître. Je trouve que les bénéfices, ils sont tellement énormes. Et j'avais juste envie de réappuyer dessus, de juste les lister pour les personnes qui nous écoutent, en mode, ouais, ça fait peur. Et oui, c'est difficile. Et il y a la fameuse question que tu t'es posée toi aussi de « Attends, est-ce que ça va s'arrêter, la prise de poids ? » Mais il y a tellement à gagner, tellement, tellement, tellement. En fait, c'est des vies qui sont incomparables.

  • Speaker #0

    Complètement. C'est des vies qui n'ont rien à voir. Et ça change aussi la personnalité, en fait. Ça change la... Ça m'arrive encore d'avoir des pensées culpabilisantes. Ça m'arrive parfois de... de faire un petit déj, de faire un petit déj, moi j'adore les petits déjeuners par exemple, donc c'est vraiment s'il y a un repas que je ne ferai pas l'impasse, c'est le petit déj, parce que j'adore tout ce qu'il y a au petit déj, et parfois, la dernière fois par exemple, mon copain arrivait et on mangeait à midi pile, du coup je m'étais dit, il ne faut peut-être pas trop que je petit déjeune, parce que je vais remanger à midi pile avec lui, donc je n'aurai pas faim, et puis en fait, il y avait plein de choses que j'aimais, donc j'ai le petit déj comme je l'avais envie Et je me suis dit, merde, mais tu n'aurais pas dû. Tu ne vas pas avoir fait un midi et tout. Et direct dans ma tête, je me suis dit, mais là, tu es vraiment en train de culpabiliser pour un petit déjeuner. Ce n'est plus possible de faire ça. Non, enfin, je ne veux plus. En fait, c'est un peu militant. C'est un peu, je ne veux plus me laisser culpabiliser par ça.

  • Speaker #1

    Oui, et encore que ta culpabilité, elle est très différente. Je pense qu'il y a plein de gens qui aimeraient avoir ce type de culpabilité, déjà. C'est déjà une belle étape. C'est pas, oh là là, mais attends, tout ce que j'ai mangé, je vais grossir, n'importe quoi. C'est, oh non, mais je vais pas avoir assez faim pour manger avec mon chéri, quoi, tu vois. Oui,

  • Speaker #0

    derrière, il y a aussi ça. Il y a aussi ce truc de si j'enchaîne de repas, il y a aussi ce rapport au corps. Parce que finalement, si c'était juste manger alors que j'ai pas faim, mais comme tu dis, s'il n'y avait aucune incidence derrière sur le poids, c'est... Comme tu le dis souvent, si tu pouvais manger tout ce que tu veux sans grossir, est-ce qu'il y aurait des troubles alimentaires ? Ben non. Je pense toujours aussi derrière cette volonté de si je mange trop, forcément je vais grossir. Alors que non. Et en fait, c'est par l'expérience aussi qu'on se rend compte de ces choses-là. Il y a un truc aussi que je voulais dire et qui m'a beaucoup aidée. c'est que manger émotionnellement, c'est normal. En fait, on est bombardé de discours, il ne faut pas manger ses émotions, il ne faut pas. Et en fait, ce lundi-là où j'ai trop mangé, non, j'ai bien mangé au petit-déj et j'ai bien mangé le midi, en fait, j'étais dans un petit mood. Il n'y avait rien qui allait, mais il n'y avait rien qui n'allait pas. Mais je n'étais pas au top, je n'étais pas... Et en fait, je me suis dit, mais c'est normal dans ces moments-là. que j'ai envie de plus manger que d'habitude. Et c'est pas grave. Et il y a des fois où ça m'arrive. Et le lendemain, je me rends compte qu'en fait, ça passe. Et j'ai pas... En fait, ce que j'avais peur avant, c'est que si je mange deux ou trois repas plus que d'habitude, après, ça allait être la porte ouverte. Et c'est cette pensée binaire, en fait. De se dire, si je mange deux ou trois fois trop, après, je vais manger à tous les repas au-dessus de ma faim. Et si j'arrête le sport. une fois, je ne vais plus jamais avoir envie d'en refaire. C'est vraiment cette pensée en tout ou rien et de se dire maintenant, en fait, manger, c'est manger émotionnellement, manger parce que parfois on est un peu triste ou quoi, c'est normal aussi. Et ça, c'est apaisant de pouvoir se dire, j'ai le droit d'utiliser aussi cet outil-là pour me réguler.

  • Speaker #1

    Complètement. J'ai trop envie de te poser la question. Justement, tu parlais du fait que tout est toujours relié au corps. Et en plus, ton histoire le prouve bien. C'est-à-dire que chez toi, tout a commencé par un rapport au corps qui n'était pas terrible dès toute petite. Enfin, en tout cas, qui est venu te parasiter. Comment c'est aujourd'hui pour toi, dans le rapport à ton corps ?

  • Speaker #0

    Alors, je dirais que je me sens bien. Je me sens bien dans mon corps. Alors... J'ai peut-être un peu moins de... C'est aussi nouveau parce que ça fait 2-3 mois que j'ai stabilisé mon poids, en fait. Du coup...

  • Speaker #1

    Ben ouais, c'est beaucoup de changements en peu de temps. C'est pour ça aussi que je te pose la question, mine de rien. Même, tu vois, le lancement dans cette méthode, c'était il y a 6 mois. C'est hyper frais.

  • Speaker #0

    Voilà. Je suis restée pendant 5 ans à peu près au même poids. Un poids qui était en dessous de mon poids d'équilibre puisque je galérais à le maintenir. Et j'étais... très fière de mon corps d'avant mais j'avais une peur bleue de plus que ça dure pas en fait et maintenant je me dis pas mon poids je peux le garder longtemps enfin je peux le garder autant de temps que pas que je veux non mais que autant de temps que ce poids sera mon poids parce que je sais pas plus tard comment ce sera mais en tout cas Je suis bien dans mon corps. Je ne veux plus du tout utiliser le sport pour essayer de... Là, je réintroduis du sport. Et c'est aussi un travail sur moi-même de me dire de toute façon je n'utiliserai plus le sport pour modeler, pour façonner mon corps à ce que je veux qu'il ressemble. Le sport ce sera pour moi, ce sera pour mon bien-être, mais plus dans cette optique-là. Et du coup là je suis dans ce travail d'acceptation, de me dire, bah oui il y a des fois, il y a des jours où ça va très bien, il y a des jours où ça va moins bien, il y a des endroits de mon corps que j'adore, d'autres un peu moins. Mais je le trouve plus féminin. Je le trouve beaucoup plus... Avant, en fait, j'étais très dure, j'étais musclée. C'était un corps qui ne vivait pas vraiment, en fait. Et mon copain m'a dit quelque chose la dernière fois que j'ai adoré. Il m'a dit... Je ne sais pas, je lui parlais de mon corps et je ne sais plus ce que je lui disais. Je lui disais, tu l'aimes bien mon corps maintenant ? Parce qu'il a vu aussi ces changements. Et il me disait, c'est un corps confiant que tu as. C'est un corps qui te donne la permission. Il m'a dit, tu es un corps confiant. Et je me suis dit, c'est incroyable de se dire. Il ne m'a pas dit, il est beau, tu es magnifique, tu es super, je te préfère comme ça. c'est encore porter un jugement et se dire, mince, si un jour je ne suis plus comme ça, est-ce qu'il m'aimera encore ? C'est de se dire, c'est un corps confiant. Et ça m'a, je me suis dit, ouais, c'est incroyable, parce qu'il a raison, c'est un corps dans lequel j'ai plus finalement confiance en moi, mais en ma personne, pas forcément de mon enveloppe corporelle, mais j'ai plus confiance en ma personne maintenant que pendant les troubles alimentaires. Et voilà, j'ai un corps qui... dans lequel je me sens confiante.

  • Speaker #1

    Trop beau. C'est trop bien.

  • Speaker #0

    Même si, voilà, il y a des jours où je ne veux pas du tout romantiser. Il y a des jours où je ne me sens pas très bien. Ça n'a pas été évident pour moi de prendre deux tailles de vêtements. Ça a été dur aussi. Je ne relativise pas. Je ne veux pas dire que c'est tout beau, tout rose, ni rien. Ça a été dur aussi. Mais ce n'était pas encore qui était viable sur le long terme.

  • Speaker #1

    Non, mais bien sûr, tu fais bien de préciser ça. En fait, pour moi, c'est une évidence parce que je sais de quoi tu parles et rien n'est jamais parfait. Mais tu fais bien de le repréciser parce que, comme on l'a dit plusieurs fois, les TCA, c'est très binaire. Et c'est aussi qu'on est habitué à ce qu'on nous vende, le bonheur accroché à un corps, tu vois, via les régimes et machin. Et donc, quand je te demande comment c'est aujourd'hui et que tu me dis tout ça, que je trouve très beau, en fait, je trouve ces mots vraiment jolis, en fait, très représentatifs et je ne sais pas comment dire, je trouve ça très inspirant, quoi. Enfin, c'est génial. Et oui, du coup, c'est bien qu'on précise. Oui, attention, ça ne veut pas dire que tu t'aimes à la folie tous les jours. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des insécurités sur certaines parties de ton corps. OK. Enfin, pour moi, ça me semble juste normal. Ce qui n'est pas normal, c'est de nous faire croire qu'on pourrait. gommer tout ça et atteindre un corps qui nous permettrait d'être toujours bien, d'être ultra confiante, d'être aimée par tout le monde, d'être cette femme qu'on rêve d'être. Enfin tu vois c'est ça qui va pas qu'on nous vend depuis le début quoi.

  • Speaker #0

    Complètement mais après on arrive aussi avec des lectures, des podcasts, on arrive aussi à se détacher de tout ça et à comprendre que c'est des stratégies marketing tout ça. Enfin c'est vraiment de se dire de vendre un... Un certain corps, une certaine image. En vrai, je n'ai plus envie de tout ça. Et même s'il y a des jours où je m'aime un petit peu moins, ou même cet été, ça m'a posé question. Parce que du coup, c'est le premier été où j'ai grossi par rapport aux étés d'avant. Et de me dire, je n'ai pas envie de me gâcher mon été à cause de ça. Je n'ai pas envie. C'est mort en fait, c'est non, c'est juste non. Et si les autres le remarquent, c'est leur problème. Et c'est, comme tu dis souvent sur ton podcast, mais c'est leur propre rapport au corps et ça viendra toucher leurs propres insécurités plutôt que les miennes en fait. Moi j'ai vu tout ce que j'ai gagné en prenant du poids et ça n'a pas de prix par rapport à une taille de pantalon.

  • Speaker #1

    Tu le sais peut-être, j'aime bien conclure l'épisode de podcast en proposant à mon invité de s'adresser aux personnes qui écoutent pour dire ce qui te semblera bon et juste de dire en se disant qu'il y a tout type de personnes qui nous écoutent. Il y a un certain nombre de personnes qui sont en plein dans la souffrance des TCA et qui se sentent peut-être bloquées dans un cercle vicieux. Qu'est-ce que tu aimerais dire à ces personnes-là ?

  • Speaker #0

    Un message d'espoir, déjà. Ça passe, même si c'est dur, même si c'est long, on peut s'en sortir, on peut guérir complètement et se donner la permission de manger, se donner la permission de... de ressentir toutes sortes d'émotions, de se dire que la vie c'est pas que d'être heureux. Il y a des moments où on l'est moins, il y a des moments où ça va pas forcément, il y a des moments où voilà où c'est pas tout rose mais mais c'est pas grave et de se dire que quoi qu'il arrive manger c'est un besoin vital. Et moi maintenant ça m'énerve ces discours de... En fait, c'est de s'intéresser aussi au sujet un petit peu, comme tu disais, de s'intéresser un peu tout autour et de se dire, j'ai plus envie que mon comportement alimentaire soit dicté par des normes externes. Vraiment, les corps sont bien faits, le corps est bien fait et on peut lui faire confiance. Ça, j'en suis sûre.

  • Speaker #1

    Oui, c'est exactement ce que tu as expérimenté. Effectivement, des normes extérieures. Et tout à l'heure, tu parlais de stratégie marketing et j'avais envie d'ajouter oui et oppressive. C'est-à-dire qu'elles sont récupérées par du marketing parce que l'industrie de la perte de poids est florissante. Mais avant ça, cette industrie-là, elle s'appuie sur autre chose, sur un système bien en place. Et c'est un sacré gros système oppressif. Parce que pendant que tu es occupée à compter tes calories, à acheter tous les bouquins de la terre pour maigrir, à faire du sport à outrance, en fait, tu ne t'intéresses pas à la politique. Tu vois ce que tu disais. J'ai commencé à m'intéresser à tout un tas d'autres sujets. On voit à quel point ça fonctionne, en fait, cette stratégie oppressive.

  • Speaker #0

    Ça fonctionne parce qu'encore une fois, la nourriture, c'est un besoin vital. C'est la première des choses. Au même titre que le sommeil. que tous les besoins vitaux. Donc en fait, si ça, c'est pas rempli, il n'y a pas assez d'énergie pour le reste. Et rien ne nous intéresse en plus. C'est même pas que ça me passait complètement au-dessus tout ça. C'est parce que j'étais trop focus sur mon sport, sur mon alimentation, sur mon sommeil. J'avais même pas l'énergie pour aller voir un petit peu autour. Et il y a tellement plus intéressant que de s'enfermer à la salle de sport, même si j'adore le sport et que j'en recommence et que j'en referai toujours, parce que j'aime bien ça, mais je n'en referai plus à la même cadence qu'avant. Ça, c'est sûr. Parce que j'ai envie aussi de pouvoir faire des grâces matinées. J'ai envie de pouvoir juste rien faire aussi parfois. C'est trois grâces. Marcher, juste marcher. Pas forcément courir. Il n'y a pas de hiérarchie dans le mouvement, en fait. Je préfère maintenant le mouvement Homo Sport.

  • Speaker #1

    Oui. Un grand merci, Laurie, pour cet échange qui est passé à toute vitesse. Mais ça fait déjà pas loin d'une heure et demie, je pense, qu'on discute. Merci beaucoup. Je pense que... Enfin, je ne sais pas. Forcément, moi, je suis à la place d'une personne qui est déjà guérie, sortie de ça. Mais pour côtoyer beaucoup de personnes qui sont encore dans les troubles alimentaires, j'ai vraiment la sensation que ton témoignage, il va être inspirant, ce qui est important. tu vois un vrai témoignage d'espoir mais c'est aussi très je sais pas comment te dire il y a quelque chose de très pratique et actionnable dans ton témoignage moi j'adore je trouve que t'es venue parler de choses vraiment que tu as mises en place et voilà j'ai trouvé que c'était très vrai au sens de représentatif donc vraiment merci pour ce temps passé toutes les deux c'était trop bien merci beaucoup merci à toi aussi

  • Speaker #0

    Moi j'adore ce format, vraiment j'adore les témoignages parce qu'en fait on se retrouve un petit peu dans chacune et on pioche des petits trucs dans les histoires de vie de chacune et on se dit ah bah oui moi aussi j'étais un peu comme ça, moi aussi j'ai vécu ça. Et je trouve que pouvoir s'identifier à ces témoignages ça fait du bien, on n'est pas seul, on n'est pas complètement extraterrestre là-dedans et ça fait vraiment beaucoup de bien. Je trouve autant que... des outils pratiques comme tes autres podcasts mais c'est vrai que les témoignages il y a vraiment un côté s'identifier à la personne et je trouve ça incroyable.

  • Speaker #1

    C'est souvent puissant. Merci beaucoup.

  • Speaker #0

    Merci.

  • Speaker #1

    Un grand merci à toi qui est encore là à la fin de cet épisode. Comme je te le dis souvent, ton soutien est super important. C'est même ça qui permet au podcast d'exister encore aujourd'hui. Alors, si mon contenu t'apporte de l'aide d'une quelconque manière que ce soit, sache que tu peux m'en redonner à ton tour. Pour ça, il y a plusieurs façons de faire. Tu peux tout d'abord partager le podcast, en parler autour de toi, à tes proches mais aussi à des professionnels. Tu peux laisser 5 étoiles. notamment sur Spotify ou Apple Podcast ou laisser ton meilleur commentaire. Mais depuis peu, j'ai aussi apporté une nouveauté qui te permet de me soutenir encore plus concrètement avec de l'argent. Effectivement, tu trouveras en description de cet épisode un lien qui te permettra de faire un don à la hauteur de ce que tu trouves que ce podcast t'a apporté. Merci, merci beaucoup. C'est grâce à ton soutien que ce travail va pouvoir continuer. Je te souhaite de prendre soin de toi autant que ce sera possible. et je te dis à très bientôt sur un nouvel épisode. Ciao !

Chapters

  • Présentation de Laurie

    01:10

  • Son rapport au corps et à l’alimentation dans l’enfance

    02:21

  • Le premier régime

    11:41

  • Le début des crises de boulimie

    14:32

  • Ce qui a fait tilt et opéré un changement

    35:46

  • En combien de temps les crises se sont arrêtées / ses règles sont revenues

    53:40

  • Ce que Laurie aimerait vous dire

    01:09:45

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