- Speaker #0
Bienvenue chez The Patron, le podcast qui démystifie la réussite. Ici, le syndrome de l'imposteur se transforme en courage et la chance se provoque. Je suis Elvire, coach en leadership, je suis ravie de t'avoir parmi nous. N'hésite pas à liker et partager et enjoy. Aujourd'hui, j'accueille Stéphanie Lebeshek. Stéphanie, tu es la fondatrice de Pathfinder, une société de coaching. Et avant ça, tu as eu un parcours. impressionnant dans des boîtes extraordinaires, notamment Mars. Tu vas nous parler de ton parcours. Bienvenue sur The Patron, Stéphanie.
- Speaker #1
Merci de m'accueillir, Elvire.
- Speaker #0
Écoute, je suis ravie de t'avoir. Est-ce que pour démarrer, tu pourrais nous partager quelques informations sur ton parcours professionnel avant justement d'être partie dans le monde de l'entrepreneuriat ?
- Speaker #1
Bien sûr. Donc, en fait, moi, j'ai commencé mon parcours après une école de commerce classique dans le marketing, dans lequel je suis arrivée un petit peu par hasard. Merci. Ça ne m'avait plus en stage et donc j'ai continué. Dans la première partie de ma carrière, j'ai succédé. J'ai eu plusieurs boîtes en succession assez rapide. J'ai fait trois boîtes différentes dans le marketing. En bougeant progressivement de Paris en province et en passant de boîtes américaines à des boîtes françaises familiales. Puis d'ailleurs, je suis revenue dans une boîte américaine, mais j'ai gardé la dimension familiale. Donc, dimension finalement dans laquelle je me suis trouvée avec une orientation long terme. Trois boîtes différentes. j'arrive à un poste de direction marketing, responsable marketing, assez jeune.
- Speaker #0
Oui, hyper jeune. Direction marketing, tu n'avais même pas 30 ans.
- Speaker #1
C'est ça, juste avant la naissance de mon fils. Et donc, à ce moment-là, ce qui va se produire, c'est que je vais me dire qu'en fait, c'est un peu long de rester dans un job de responsable marketing jusqu'à ma retraite et que c'est intéressant pour moi de peut-être apprendre quelque chose. nouveau, de faire quelque chose de différent. Et le projet qui va me venir, c'est d'explorer les ventes, ce qui n'est pas nécessairement un chemin complètement naturel à ce moment-là, parce que je suis plutôt quelqu'un d'assez intraverte. Je ne suis pas nécessairement connue pour être la personne la plus à l'aise dans les relations interpersonnelles. J'ai plutôt construit ma carrière marketing sur une dimension peut-être un peu intellectuelle du marketing. Donc, ça n'apparaît pas comme le choix le plus naturel sur le papier. Et pourtant, c'est ce que je vais faire. Je vais effectivement faire un pas de côté et partir recommencer une carrière d'enlevante.
- Speaker #0
Tu fais ça dans la même boîte ou tu pars dans une nouvelle boîte ?
- Speaker #1
Non. Alors, histoire de rajouter un peu à la complexité, plutôt que de faire ça dans la même boîte, je vais en profiter pour changer aussi de société. Et je vais trouver cette société de laquelle je vais tomber amoureuse parce que je vais rester quasiment 18 ans, qui est Mars, qui va prendre ce pari fou d'embaucher Stéphanie. dans les ventes, alors qu'elle vient d'un job de responsable marketing, d'une expérience purement marketing, et d'accepter de me prendre en me faisant rétrograder, mais en me gardant mon salaire d'avant. Donc vraiment, ils font un pari sur moi.
- Speaker #0
Ils investissent.
- Speaker #1
Exactement. Et ils voient quelque chose en moi sur lequel ils vont parier pour l'avenir, et ils me permettent de rentrer dans cette société, dans ce cursus de vente.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait que Mars fait ce... Parce qu'en France, on entend beaucoup parler que tu es embauchée, limite... au même poste exactement, avec un tout petit peu de premium de responsabilité de salaire. Il y a très peu de courage dans la sélection de profils. Qu'est-ce qui a fait que Mars a eu envie de faire ce pari-là ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. En tout cas, c'est une qualité incroyable qui, je pense, est assez unique, mais que je reconnais à Mars et j'ai vu chez Mars d'autres profils, de gens qui ont eu comme ça des carrières mixtes. Un ancien responsable en IT qui est devenu patron des ressources humaines. Ces carrières avec des compétences fonctionnelles et des sauts d'une compétence fonctionnelle à l'autre, ça existe chez Mars et j'en ai croisé d'autres. Donc ça fait partie de la culture. C'est unique à moi. Je pense qu'il y a une habitude, une culture, une expérience à faire ça, probablement, peut-être assez unique. Et puis après, dans le chemin de recrutement, ça s'est fait un peu par étapes. J'ai commencé par passer des entretiens. sur des jobs qui étaient à un niveau, on va dire, hiérarchique ou statutaire, à peu près équivalent à mon job de responsable marketing. J'ai passé des entretiens sur un job de responsable de catégorie management, donc qui était à mi-chemin entre le marketing et les ventes. Voilà, et puis un niveau hiérarchique un peu équivalent. Il se trouve que ce job, ils l'ont pourvu en interne, mais ils se sont dit quand même, le profil nous intéresse. Du coup, ils m'ont revu sur un job pure vente, qui était toujours au même niveau hiérarchique. Et là, c'est moi qui ai dit, je ne me sens pas cap. C'est trop challenging. J'ai vraiment envie d'aller dans les ventes. mais j'ai besoin de rentrer dans quelque chose qui est soit plus proche de mon expérience marketing où je vais pouvoir quand même m'appuyer sur un pied, ou un endroit dans lequel je peux vraiment apprendre si vous me mettez sur un job pure vente. Et je pense qu'à ce moment-là, probablement j'avais dû les convaincre suffisamment pour qu'ils acceptent cette idée de prendre le risque de me faire rentrer à un job hiérarchiquement moins élevé et de me donner l'opportunité de faire ce parcours.
- Speaker #0
C'est intéressant parce qu'en fait, ce n'est pas que tu as juste envoyé de manière... Spontané, une candidature pour un job junior en... En vente, parce que certainement, à ce moment-là, ton CV hyper capé en marketing serait tombé sur les genoux d'un DRH un peu surpris. En fait, il y a eu d'abord des conversations, il y a eu d'abord un premier feat. Et ensuite, finalement, vous avez travaillé ensemble pour trouver le bon niveau, pour faire ce pas de côté.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, j'ai été sur un job qui était naturellement un peu à mi-chemin. Et puis, quand le feat s'est trouvé et que ce job n'était plus disponible, on a cherché une espèce d'autre solution ensemble. C'est exactement ça.
- Speaker #0
Toi, à ce moment-là, ton moteur, ok, j'entends, marketing, ça va être long, en même temps, t'as 30 ans, t'as un petit bébé, la vente, comme tu disais, c'était pas du tout, ton appétence, ça allait pas vers là où tu voulais aller normalement. Donc, qu'est-ce qui t'a fait, qu'est-ce qui t'a motivée à aller chercher ce challenge-là ?
- Speaker #1
J'ai toujours quand même été poussée par cette envie ou ce besoin de me mettre en question, de me mettre en jeu, d'essayer de devenir une espèce de meilleure version de moi-même. Ça fait du sens de dire ça comme ça. Même si je connaissais chez moi ce côté pas sûr de moi, intraverte, finalement, ce côté-là, il ne me plaît pas à ce moment-là déjà. J'ai envie d'apprendre mieux. J'ai envie d'être un peu plus à l'aise, d'être capable de me développer sur ce côté-là. Donc, je pense que j'ai cet appétit-là. Et puis, j'ai aussi un côté où finalement, je pense que la difficulté m'attire. le côté un peu challenge, le côté qui me mobilise, où ça ne va pas être facile, où il faut se battre un peu. J'ai souvent été chercher ça, finalement, dans ma carrière.
- Speaker #0
Bon, là, du coup, tu le trouves, en intégrant Mars, un magnifique groupe. Tu intègres quelle division ?
- Speaker #1
Je rentre dans les ventes. Je rentre exactement sur un job de catégorie management, sous la responsabilité d'un responsable des grands comptes nationaux, pour m'occuper de deux clients dans ce terrain-là. Donc vraiment dans l'univers de la grande distribution, de la négociation directement, mais avec un mentor, un patron qui lui est très expérimenté, qui va m'apprendre beaucoup de choses.
- Speaker #0
Ok, et là on est sur quelle catégorie de produit ?
- Speaker #1
Je suis sur l'alimentation pour animaux.
- Speaker #0
Alimentation pour animaux, ok. Et donc tu démarres, tu vas apprendre, comment ils t'ont accueilli ? Les autres équipes, ils ont dû te voir un peu comme un extra-terrestre,
- Speaker #1
non ? Oui, c'est ça. C'est-à-dire que j'arrive avec un peu cette auréole. C'est-à-dire que les gens savent que je suis une ancienne responsable marketing, que j'arrive, que je suis potentiellement dans la tête des gens, que j'ai accepté d'être rétrogradée pour commencer un cursus dans les ventes. Et donc, oui, c'est un peu louche. À la fois, je pense qu'on m'attend avec un côté... Il y a un côté qui est positif. C'est genre, elle doit sûrement... avoir quelque chose qui génère du coup un fort niveau d'attente sur la capacité, ce que je vais pouvoir démontrer, offrir rapidement.
- Speaker #0
Donc un peu plus de pression pour toi qui a besoin de tout apprendre.
- Speaker #1
En tout cas, je le prends comme ça. Aussi parce que je prends facilement l'exigence qu'on peut me porter directement. Probablement, il y a une part qui est de ma responsabilité, mais je le prends comme une vraie pression. Et puis, il y a aussi quand même un petit côté, c'est quand même un peu bizarre tout ça.
- Speaker #0
Il y a les deux côtés. Ok. Et donc là, tu vas faire combien de temps à ce poste ?
- Speaker #1
Dans mon premier job, dix mois. Donc, record de rapidité.
- Speaker #0
Tu t'accélères.
- Speaker #1
Mais on comprend que quand j'arrive, il y a cet effet de pari. Ils sont quand même très généreux puisqu'ils me conservent mon niveau de salaire de responsable marketing. Ils t'attendent d'ailleurs quand même. Exactement. Je suis quand même là pour montrer rapidement que je suis capable de progresser et aussi finalement de mériter salaire. Il y a une espèce de logique là-dedans. Donc, l'évolution rapide, elle faisait partie presque, j'allais dire, du... pari de départ. Mais c'est ce qui va se passer, donc je ne vais pas rester longtemps dans ce premier job, mais je vais énormément apprendre de cette première expérience, de voir la chance vraiment de travailler dans cette petite équipe en binôme avec ce mentor très expérimenté. Je vais vraiment apprendre le métier des ventes, j'allais dire en éponge à ce moment-là, en observant comment ça fonctionne.
- Speaker #0
Et donc tu passes à quel niveau juste après ?
- Speaker #1
Ensuite, je vais faire pas mal de parcours différents dans les ventes avec des jobs en face du client mais aussi des jobs de support je vais être responsable d'un petit circuit à un moment donc avec une équipe de vente en entier d'une trentaine de personnes donc je vais faire différents jobs différents dans les ventes je vais faire ce parcours là pendant quasiment une dizaine d'années dans les ventes.
- Speaker #0
Le grand step up ouais il se passe quand ?
- Speaker #1
le grand step up il se passe avec le job de direction commerciale donc toujours de cette entité d'aliments pour animaux qui est basé à Orléans.
- Speaker #0
C'est le poste de toi N plus 1 ?
- Speaker #1
Oui, à l'époque, oui. Je dépends de cette personne, qui est une personne qui est installée dans l'entreprise depuis longtemps. Donc, on ne se dit pas que la personne va nécessairement partir, parce que c'est un job sur lequel il y a eu de la durée installée. Et puis, je pense aussi que naturellement, même si je suis dans l'équipe de vente depuis quasiment dix ans, chez Mars, avec un petit détour quand même au marketing, c'est un petit détail de l'histoire. En fait, les gens continuent à me voir plutôt... toujours comme une intellectuelle plus que comme une directrice des ventes potentielles.
- Speaker #0
Ce qui est intéressant, c'est que la direction commerciale, il y a un côté charisme, force pour la négociation, mais il y a aussi ce côté stratégie, tactique qui est important. Ce côté intellectuel, ce n'est pas perçu comme étant compatible. C'est quoi qui te manque à ce moment-là pour être vue comme une directrice commerciale ?
- Speaker #1
Je pense potentiellement, on ne me voit pas peut-être assez agile ou assez habile pour engager, fédérer des grandes équipes, peut-être avoir suffisamment de charisme. Je pense que j'ai entendu ce mot-là. Je ne sais pas comment ça s'est diffusé jusque moi. Est-ce que c'est aussi moi qui l'ai interprété de cette façon ? Mais ce que j'ai compris, qu'on ne voyait pas complètement chez moi, c'était une présence, un charisme suffisamment important. pour être capable d'emmener les équipes. Peut-être aussi la crainte que j'ai du mal à gérer émotionnellement l'âpreté de la relation avec la grande distribution, parce que dans ce rôle-là, il y avait aussi tout le fait de chapeauter la négociation commerciale avec la grande distribution, qui est quand même connue pour être particulièrement âpre. Donc, je pense que c'est un peu ces deux aspects-là, cet aspect un peu de, est-ce que finalement, Steph a le charisme qu'il faut pour être capable d'engager ses grandes équipes ? Dans lequel il y a en plus beaucoup d'hommes dans l'équipe de vente à l'époque, ce n'est pas particulièrement féminisé. Donc, est-ce qu'elle va être capable finalement d'être inspirante pour toute cette grande équipe ? Et est-ce qu'elle a la force ? Est-ce qu'elle a la poigne ? Est-ce qu'elle a la solidité pour tenir dans cet univers de la grande distribution en étant dans ce job de directeur commercial qui est un peu le dernier échelon quand les négociations s'envient ?
- Speaker #0
Donc toi, à ce moment-là de ta carrière, tu sens... que la direction veut plus te réorienter vers des postes de direction marketing mais toi, tu vois ce poste de directeur commercial et tu en as envie.
- Speaker #1
Oui. En fait, le poste se libère. Je pense que personne ne m'attend à lever la main sur ce truc-là. Pas sûr du tout, quoi. Alors que j'étais dans une dynamique qui était une dynamique interne, plutôt de succès. J'avais eu des belles performances, reconnues en tant que telle. Et ça faisait 10 ans quand même que tu étais dans le game. Et donc au fond, moi, je croyais que ça allait être possible de pouvoir accéder à un job dans un comité de direction. Et dans ma tête, même si ça n'était peut-être pas dans la tête de tout le monde, mais c'était assez clair que je ne voulais pas retourner sur une direction marketing, mais que je voulais continuer sur ce que j'avais entamé et donc plutôt viser une direction commerciale. Ça vient quand même comme une surprise un peu pour moi que ça ne soit pas du tout évident, en fait, pour ma hiérarchie à ce moment-là du jeu. Quand le job se présente, ce n'est pas du tout évident. Et donc, on va avoir au contraire ces doutes sur à la fois le côté charismatique, sur la force, etc. Ça vient un peu pour moi comme un mince, quoi. En fait, pas du tout de tapis rouge. À tel point que ce qu'ils vont décider de faire à ce moment-là, parce qu'il y a une conjonction un peu qui se passe, mais il y a un nouveau directeur général, un nouveau DRH, donc il y a aussi beaucoup de nouvelles personnes dans l'organisation. C'est tellement l'incertitude, finalement, qu'ils vont décider un truc assez inhabituel. c'est qu'ils ne vont pas complètement me dire non, donc il y a une espèce de forme de doute, mais ils vont me caler dans un process externe de recrutement. Donc, ils vont faire comme si j'étais, alors que j'ai dix ans d'expérience à l'époque, chez Mars, donc il y a des gens qui me connaissent, on pourrait dire, mais ils vont décider de me mettre dans un process de recrutement externe avec un chasseur externe qui voit aussi d'ailleurs d'autres candidats en externe pour ce job de dirco et je vais faire partie du process de recrutement.
- Speaker #0
Tu as le même niveau de chance et d'opportunité que tous ces autres candidats externes, malgré tes 10 ans en interne. Et à ce moment-là, c'est le cabinet de recrutement qui va dire que c'est toi la meilleure candidate.
- Speaker #1
C'est grâce au feedback du cabinet de recrutement que finalement, ça va me permettre d'obtenir la confiance du nouveau DG, du nouveau DRH qui vient d'arriver, qui vont du coup s'appuyer sur cette confirmation externe. pour peut-être aller au bout d'un premier pressentiment qu'ils avaient, parce qu'ils avaient ouvert la porte à quelque chose, ils n'avaient pas complètement dit non. Enfin, ça n'a pas été facile.
- Speaker #0
Tu prends le poste. Comment c'est de prendre le poste dans ces conditions ?
- Speaker #1
D'abord, en vrai, quand je raconte l'histoire comme ça, je l'entends en te la racontant, peut-être on pourrait se dire que je déborde de confiance en moi, de croire que j'étais absolument capable de prendre ce job alors qu'on me disait non. À l'intérieur, je suis complètement tétanisé de trouille. Je pense que le fait... de me rendre compte qu'on ne m'attendait pas là et que l'organisation aussi me mette en face de cette espèce de limite. Peut-être d'ailleurs ce que j'ai entendu ou compris, cette idée que peut-être je n'étais pas assez... charismatique, pas assez forte. Ça a poussé quelque chose chez moi de très combattant qui n'a pas voulu s'arrêter à ça. Je vais le reprouver jusqu'au bout. Ce genre de choses, ça réveille chez moi. Je ne peux pas me laisser déterminer par ça. Ce n'est pas possible de me laisser définir par ça. Je ne peux pas, quelque part, devenir trop petite. Je ne peux pas aller me recroiser. Il faut que j'ai le courage d'aller chercher ça, de montrer que je suis capable de bien plus. Aussi, peut-être de montrer qu'on peut aller chercher un autre style de leadership, que tout ne se fait pas, que dans la force. Moi-même, j'ai été baignée. Ce n'est pas que l'environnement. On se parle d'un truc, c'est qu'il y a quand même plus de 15 ans, plus que ça, même, qu'est-ce que je raconte ? 17 ans, ça date. Et je ne sais pas si on se rend compte maintenant, mais à l'époque, moi-même, la première, je suis aussi dans cette espèce d'image un peu caricaturale où le métier de vendeur, ça doit être quelque chose de... de fort, de puissant, d'assez masculin. C'est le bras de fer, en fait. Mais je ne le vois pas, je n'ai pas beaucoup de recul là-dessus. Moi aussi, je suis immergée là-dedans. Donc, ce niveau de gâtante, ça fait partie un peu des règles du jeu. Mais en tout cas, il y a quelque chose, il y a une petite voix chez moi, même si on est très loin des discours féministes, qui n'a pas envie de se laisser déterminer ou réduire à ça. Je vais me battre, mais ça ne veut pas dire pour autant que je me sens facile. Au contraire, je suis à l'intérieur, je suis tremblotante.
- Speaker #0
Tu sais qu'il faut vraiment que tu fasses tes preuves.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
et le challenge, il est costaud. Comment ça va se passer, la prise de poste ?
- Speaker #1
La prise de poste, c'est une course à étapes difficiles. Donc j'arrive, je pense, job au mois de décembre. Déjà, en termes de période pour les négociations, les négociations avec la grande distribution, ça se termine fin février. Donc quand on est au mois de décembre, on est vraiment... La course, elle est déjà lancée. On est plutôt entre le kilomètre 30 et 40 dans un marathon. Donc on est déjà dans un truc un peu... régulier et un peu difficile. Donc, je me retrouve à être sans filet avec l'ancien directeur commercial qui est parti à ce moment-là, là-dedans. Quelque chose que je fais quand même pour la première fois, qui intérieurement me terrorise, mais que est-ce que je ne peux pas le montrer ou est-ce que j'ose pas le montrer ? En tout cas,
- Speaker #0
j'essaye de tout prendre sur toi,
- Speaker #1
de faire comme si pas du tout. Et puis, il y a toute cette attente. de est-ce que Steph va être assez charismatique ? Est-ce qu'elle va être engageante pour cette grande équipe de vente ?
- Speaker #0
Parle-nous de combien de personnes, d'ailleurs ?
- Speaker #1
Je ne sais même plus exactement. J'ai peur de dire des bêtises, mais il y a plus de 200 personnes dans l'équipe de vente. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. C'est vraiment beaucoup, beaucoup de monde.
- Speaker #1
Ma première convention des ventes, en début d'année, qui est à Valence. Je me rappelle encore ce moment. Je me retrouve pour la première fois sur scène face à cette équipe. J'ai deux moments de peur, mais panique dans ma vie professionnelle dont je me rappelle. Et c'est un de ces deux moments. Je me rappelle encore du papier peint dans la chambre d'hôtel au moment où je suis en train de répéter mon speech avant de monter sur scène, de l'état de frayeur. Je pense que c'est une des fois dans ma vie où je me suis dit « si je partais, je pourrais partir » . Et si je m'en suis ? Je rentre, je prends... On était à Valence et puis comme on était venus en avion probablement, je reprends l'avion vers Paris, je disparais. J'ai tellement honte que jamais je remets les pieds dans l'entreprise. disparaît. Et si je faisais ça, ça serait moins douloureux que de lutter contre la frayeur que j'ai là à l'idée d'aller sur scène.
- Speaker #0
Ok, donc tu la ressens vraiment physiquement, tu te dis, il y a une partie de toi qui te dit c'est désespérant, je ne peux pas y aller, il faut que je fuis cette situation. Tu vas quand même y aller. Et là, qu'est-ce qui se passe quand tu montes sur scène ?
- Speaker #1
Ce qui se passe quand je monte sur scène, c'est que j'ai une chance incroyable. D'abord, je suis dans un état de panique totale. Je pense que je ne me rappelle plus comment je m'appelle. Je n'ai plus aucune idée de ce que je suis censée...
- Speaker #0
Quand c'est sur scène.
- Speaker #1
Je suis juste dans la panique du moment de penser que je vais m'écrouler. Donc, ma gorge est sèche. Je n'ai pas de mots. Et ce qui va se passer, c'est que je pense que cette grande équipe en face de moi, elle va sentir ça et elle va décider de m'accepter. En fait, c'est comme ça que je le reçois à ce moment-là. Elle va m'envoyer un truc. Elle va se mettre à applaudir. elle va me laisser le temps de me reprendre je sais pas combien de temps ça dure, dans ma tête c'est très long probablement c'était court mais suffisant pour que je me reprenne mais ce moment là pour moi il est déterminant parce que sans mots sans rien, juste la présence, leur applaudissement ils ont dit on t'accepte, j'arrivais j'avais probablement une image de compétence, enfin quelque chose mais ils ont décidé de dire on est d'accord avec ça on n'a pas besoin que tu sois plus grande plus charismatique, plus forte, ça va aller en tout cas c'est ce que j'entends Et ce truc-là va me donner une force incroyable, parce que d'abord, ça va me permettre de surmonter le moment. Après, je ne sais même plus ce que j'ai fait sur scène, mais j'ai dû aller au bout d'un speech quelconque, dire quelque chose. Et en tout cas, ça a complètement changé ma perception de moi dans ce job-là.
- Speaker #0
C'est important, ces moments où finalement... tu laisses l'émotion être là et tu la partages et il se crée quelque chose avec le public ça peut partir dans beaucoup de directions et en même temps là avec le non verbal nous communiquons beaucoup de choses aussi là ils t'ont communiqué beaucoup de choses et en même temps ce que j'entends aussi c'est que ils étaient déjà fans de toi une grande partie en tout cas avait envie de travailler avec toi, te connaissait connaissait tes qualités ils t'ont donné leur soutien
- Speaker #1
Je ne sais pas d'où, mais en tout cas, à ce moment-là, cette équipe fait preuve d'une générosité incroyable pour m'offrir ce dont exactement j'ai besoin.
- Speaker #0
Et ça te donne la force de continuer ?
- Speaker #1
Oui, absolument. Ça va me donner la force de continuer, de surmonter cette première idée et puis de, peut-être pour moi-même aussi, sortir d'une forme de caricature qui était d'essayer d'aller accrocher quelque chose qui n'était pas moi. essayer d'être forte comme je ne le suis pas, essayer d'être grosse voix comme je ne le suis pas, m'accrocher à une image du charisme qui ne me correspond pas nécessairement. Mais plutôt de me dire que si je faisais le mieux possible avec qui j'étais sincèrement, il y avait peut-être quelque chose que je pouvais faire avancer positivement avec ça.
- Speaker #0
Tu dis, je n'ai pas ce charisme. Je réfléchis à des prises de parole où moi, je t'ai déjà vue prendre la... Alors, pas forcément devant 200 personnes, mais c'est vrai que tu n'as pas la plus grosse voix. Et en même temps, sans être dans le « waouh » , le spectaculaire, le superlatif, je trouve que tu as de la force. Tu as de l'impact dans ta manière de t'exprimer. Est-ce que tu penses que... Déjà, quand je te dis ça, est-ce qu'il y a une partie de toi qui est d'accord ou il y a une partie de toi qui va dire non, pas trop ?
- Speaker #1
J'ai appris avec l'expérience. J'ai accumulé une forme d'expérience où j'ai vu que j'étais capable d'engager des auditoires. Tu vois, j'ai eu plein d'expériences qui m'ont montré que j'étais capable, sur un style à moi, de développer pas mal de choses. Mais à l'époque, je n'avais pas du tout cette conscience-là. J'avais beaucoup plus de doutes et de limitations que je me mettais moi-même sur toute cette espèce d'introversion. Aussitôt, mon chemin personnel, d'où je venais, le peu de confiance en moi que j'avais par rapport à mon image personnelle, ce que ça pouvait générer comme... réticence chez les gens. En fait, dans ma tête, le fait même de me voir mettait les gens un peu en distance. Je partais de loin quand même.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous partager le pourquoi de ça, justement, de ton parcours personnel ?
- Speaker #1
Oui. En fait, j'ai eu des petits soucis de santé quand j'étais gamine. J'ai perdu un œil juste après la naissance. Et du coup, j'ai été élevée avec ça. avec une prothèse oculaire, donc un oeil de verre, comme on dit dans le... C'est pas beau, en plus, les mots de cet appareillage, c'est un peu... un peu rêche, quoi. Et donc, j'ai passé toute mon enfance, mon adolescence, avec ce truc-là au milieu, qui était quand même un truc un peu structurant, sur l'aspect, sur les yeux, avec tout ce qu'on raconte, le nombre de trucs qu'on dit sur les yeux, le miroir de l'âme, c'est comme ça qu'on voit les gens, blablabla. Pour quelqu'un qui louche, et qui a une prothèse oculaire, Quand tu es ado et au moment où tu te construis, c'est un peu difficile tout ça dans l'image. Et je me suis construit autour de ça de façon un peu chaotique.
- Speaker #0
C'est une souffrance pour toi, le fait de commencer à se manifester, c'est que tu ne regardais pas les gens directement.
- Speaker #1
Ça m'a pris... À l'époque, j'ai commencé à apprendre à regarder les gens dans les yeux quand j'ai appris mon métier de vendeuse. En fait, ça a été une des choses. qui a déclenché un vrai changement un peu plus réel chez moi. Parce que j'ai été obligée. En fait, c'est marrant parce que le moteur, c'était parce que presque professionnellement, il fallait que j'y aille. Parce que ce n'était pas possible de faire différemment qui du coup m'a presque débloquée un peu personnellement. Mais jusqu'à ce moment-là, donc t'imagines, j'avais quand même plus de 30 ans. Je ne pouvais pas soutenir, je ne pouvais pas regarder les gens directement dans les yeux. Je passais mon temps à... à fuir et ça continue si je suis très mal à l'aise si je me sens pas bien ça continue à être quelque chose qui peut partir en vrille c'est ton tel comme on dit ce
- Speaker #0
que je trouve fou dans ce que tu viens de dire c'est à la fois t'avais cette grande douleur personnelle et ce manque de confiance Tu avais appris à gérer avec ce mécanisme de ne pas regarder les gens dans les yeux. Et ça me paraît encore plus fou du coup de se dire qu'à 30 ans, alors que tu étais déjà directrice marketing, tu te dis attends, je vais aller vers la difficulté, je vais devoir apprendre à regarder les gens dans les yeux, je vais aller vers une carrière où il faut parler fort et faire preuve de poigne. ce grand écart
- Speaker #1
C'est un peu paradoxal. C'est vraiment paradoxal. Je pense que ce doute que je me suis construit moi-même, cette difficulté avec ma propre image, la façon dont je projette plein de trucs, avec le temps, j'ai quand même fini par comprendre qu'il y avait beaucoup plus dans ma tête que dans le regard des gens, mais toutes les barrières que ça met. Et je pense parce qu'il y a des gens qui m'ont poussé à ça très tôt dans ma vie. J'ai une grand-mère en particulier qui n'a jamais voulu s'arrêter à cette... cette limitation de mes yeux, du reste, de ce qu'on pouvait avoir peur, parce qu'à l'époque, j'avais les yeux, mais on avait peur que je ne me développe pas nécessairement correctement. Il y a autre chose qui arrive, donc il y avait cette espèce d'épée de Damoclès, est-ce que ça va s'arrêter là, ou est-ce que ça va être pire ? J'ai reçu, en particulier de cette grand-mère, une espèce de « on ne va pas s'arrêter à ça » . Il faut y aller, il faut se battre, dans la vie, il faut aller chercher les choses, il ne faut pas avoir peur. La limite, c'est que ça va peut-être être pire, plus dur pour toi, mais il faut se battre encore plus. Et je pense que j'ai hérité de ça, de cette injonction presque, parce que ça a un côté qui est aussi hyper dur. Presque que je n'ai pas le droit de m'arrêter, je n'ai pas le droit de m'arrêter à mes peurs. Donc, il y a cette espèce de contradiction entre ce que je peux ressentir d'un côté où de temps en temps, je suis un peu comme dans ma tête, comme une petite fille recroquevillée dans le fond de la classe qui a tout sauf envie d'aller sur la grande scène là, où ça va être terrible parce qu'il va falloir qu'elle se montre. potentiellement avec ses yeux qui louchent, et qu'est-ce qu'ils vont penser tous ces gens ? Et en même temps, une partie de moi, beaucoup plus guerrière, héritée, qui dit, non mais, jamais quoi, tu ne vas pas te laisser définir par ça, ce n'est pas juste, au fond. Donc tu dois aller, vas-y, bats-toi, et va chercher autre chose.
- Speaker #0
Il y a vraiment ce feu en toi qui a été nourri depuis la plus tendre enfance et qui te permet de compenser cette vulnérabilité et ces peurs. Et en même temps, j'entends aussi que c'est cette partie-là qui va faire que parfois tu vas te mettre vraiment en danger, vraiment dans le rouge. Tu vas aller chercher de manière presque provocante le risque.
- Speaker #1
Ce n'est pas très tendre, en fait. Je ne pense pas que j'ai souvent été très tendre avec moi. En fait, je me mets souvent... dans des situations qui m'obligent à mettre beaucoup d'efforts, à mettre beaucoup d'énergie. Ce n'est pas très confortable, en fait, en vrai. Je ne me donne pas beaucoup de confort. Pardon, je vais parler au passé. Je m'améliore un peu. Mais je ne me suis jamais donné beaucoup de confort, en fait. J'ai souvent été me mettre dans des choses difficiles comme si pour mériter. Mais je pense que c'est pareil. Ça fait aussi partie de toute la façon dont j'ai été un peu élevée et structurée. que ce qui se mérite, ça doit être un peu dur. Pour mériter, il faut une forme de difficulté.
- Speaker #0
C'est quand même une sacrée démonstration de à quel point on peut aller bien au-delà de ce qu'on hérite, en tout cas d'une situation, parce que c'est vrai que ce n'est pas facile. Tu as eu des vrais soucis de santé, tu as eu une estime qui a été touchée par cette évolution et en même temps, tu es allé tellement plus loin et pas... Dès le début, ça que je trouve intéressant, c'est que même à 30 ans, tu as rebalayé l'écart. Tu es reparti, pas à zéro, mais tu t'es re-challengé. Et donc, il y a quand même ce côté avec toi de... On est tous capables d'aller encore plus loin que ce qu'on pensait. Je trouve que quand je te vois, c'est vraiment ce à quoi je pense.
- Speaker #1
Oui. Et en fait, c'est venu un peu... Donc, cette fois-là, c'est vrai, c'est moi qui ai été le chercher. Ce qui m'est arrivé ensuite, c'est que je suis devenue General Manager. Et là, c'était un peu en sens inverse. C'est-à-dire qu'il y a des gens qui ont cru en moi, alors que moi-même, je n'y croyais pas du tout. Et qu'on dit, Stéphanie, en fait, tu vas pouvoir devenir GM. Ah bon ? Mais vous êtes sûre ? C'est de moi que vous parlez ? Moi ? La petite Stéphanie ? Vraiment ? En vrai ?
- Speaker #0
Parce que je vous ai un peu arnaqué sur le dernier poste, donc là, il ne faudrait pas non plus...
- Speaker #1
Là, cette fois, c'est vous en premier. Non, mais vous, sérieux ?
- Speaker #0
Et quand même, en fait, quand on prend du recul, est-ce que c'est un problème féminin de réfléchir comme ça ? Parce que c'est fou. À quel moment on ressent cette surprise d'être vue pour tout le travail que tu fournis ? Parce qu'en plus, tu te challenges, tu bosses dur. Qu'est-ce qui, à ton avis, fait qu'à ce moment-là, tu es si surprise ?
- Speaker #1
Parce qu'en fait, moi, j'ai avancé sur moi-même et je ne vois pas cette avancée comme quelque chose de plus. Je suis assez en inconscience de ce que je pourrais éventuellement faire de plus encore pour cette entreprise, d'un cran supplémentaire. Est-ce que c'est féminin ? Je ne sais pas. En tout cas, c'est vrai que dans mon expérience, c'est assez fréquent de voir des femmes. je l'ai vécu beaucoup avec des collaboratrices que j'ai eues, des gens que j'ai accompagnées ensuite, etc. De voir des femmes qui, finalement, s'auto-limitent plus facilement dans ce qu'elles voient de leur potentiel. Ce n'est pas que féminin, mais ça arrive quand même assez souvent chez les femmes.
- Speaker #0
En tout cas, toi, tu as la chance, à ce moment-là, d'être vue, d'avoir une équipe qui a envie de te pousser encore plus loin. Donc, tu deviens GM.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu vas même évoluer jusqu'à être... présidente.
- Speaker #1
Ouais, le meilleur titre de ma carrière.
- Speaker #0
Quand tu deviens GM, c'est en Italie, c'est ça ?
- Speaker #1
Ouais, mon premier job de General Manager, l'Italie, qui devient mon expat de cœur. J'ai adoré cette expérience. Je pars à l'époque, je suis divorcée. Mon fils part avec moi, il a 14 ans. Je quitte ce job de directeur commercial qui a été quand même rugueux. Cette période-là, ça a été professionnellement, probablement, pour de vrai, la période la plus difficile. Il a vraiment fallu que j'aille chercher des qualités au plus profond de moi-même, on va dire ça comme ça. Et je joue le moins sur des choses naturelles chez moi. Donc le plus, il faut que j'aille créer des muscles qui n'existent pas encore. Donc ça m'a vraiment beaucoup sollicité ces années de Dirco.
- Speaker #0
T'en étais capable, mais ça t'a demandé beaucoup d'énergie.
- Speaker #1
Et je suis sortie de là, par contre, hyper fortifiée. Ce que je me disais à ce moment-là, c'est maintenant que j'ai été capable de ça. Il n'y a pas grand-chose qui peut m'arrêter dans les défis professionnels. Dans le sens, je sais à quel point je peux travailler, me faire mal s'il faut, développer les muscles qu'il faut, mais pour être capable de surmonter. Donc, je pars de ce job, j'arrive. Premier job d'expatriation avec mon fils qui a 14 ans. On part en Italie. Là, on change de stature, on change de job, on se retrouve...
- Speaker #0
On change de langue.
- Speaker #1
On change de langue, de culture. Parce que même si on croit que c'est une culture cousine, c'est en fait pas pareil.
- Speaker #0
Même entre le nord et le sud, ce n'est pas la même culture en Italie.
- Speaker #1
Donc, énorme changement et j'ai adoré en fait. J'ai adoré, c'est probablement l'expérience professionnelle. Maintenant, si on me demande quel est le meilleur moment de ma carrière, c'est celui-là.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui a fait que c'était si bon ?
- Speaker #1
D'abord parce que c'est peut-être le moment où je centre ce que j'aime le plus, c'est-à-dire avoir la possibilité d'agir, des responsabilités à un côté un peu... entrepreneur quand on est general manager d'une entité, en tout cas dans le contexte dans lequel je suis à l'époque chez Mars, qui donne beaucoup d'autonomie au general manager, dans lequel on a vraiment la capacité de faire des choses, de créer avec une grande équipe. Donc, c'est à la fois une grande équipe, mais c'est aussi pas trop, trop grand. Donc, je peux vraiment me sentir dans ce grand navire, avoir la capacité de faire quelque chose. Personnellement, c'est une expérience magique. J'ai adoré l'expatriation en Italie. Le démarrage a été dur pour mon chiston de s'adapter, mais passer la phase d'adaptation, l'expatriation, ça devient aussi quelque chose pour nous, mon fils et moi, qui est vraiment très, très chouette. Une expérience hyper enrichissante qu'on vit. J'ai adoré cette équipe-là, qui m'a donné beaucoup de confiance, beaucoup d'amour. Travailler avec cette équipe italienne, ça a été incroyable. Je découvre aussi cette culture vraiment différente de la culture française. que j'ai trouvée pour moi plus acceptante de qui j'étais. Peut-être que j'ai réussi plus à être moi-même. En tout cas, je me suis vraiment sentie pouvoir être moi-même sans filtre. J'ai vraiment eu l'impression d'être Stéphanie, patronne de l'Italie, et pas de devoir répondre à une attente d'un type de profil qu'on attendait de ci, de ça. Et finalement, dans les jobs précédents, j'avais encore de ça, beaucoup. Donc c'est aussi un moment où je me suis sentie... pour qui j'étais, pouvoir être vraiment moi-même. Et probablement, je pense que ce type de job, assez généraliste, qui demande d'être un peu capable de jouer à plein de niveaux différents, de passer d'un sujet à l'autre, c'est mon sweet spot. C'est un endroit dans lequel j'étais aussi particulièrement à l'aise.
- Speaker #0
Il faut dire qu'avoir deux... Grosse expertise, parce que tu avais quand même l'expertise marketing et l'expertise commerciale. C'est aussi un énorme atout pour être sur un poste de direction générale.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Tu pouvais un petit peu récolter les fruits de tout ce travail d'avant.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Comment tu as fait pour te sentir bien dans cette prise de poste ? Qu'est-ce que tu as mis en place pour réussir cette prise de poste ?
- Speaker #1
En fait, il y a un truc que j'avais déjà fait quand j'ai pris le job de dirco. Et que du coup, j'ai appris et reproduit quand j'ai pris ce job-là. Puis, je reproduis tellement l'expérience était bien. C'est que j'ai pris un coach externe. Et donc, comme je suis coach maintenant, tu pourrais dire que je suis en train de faire de la publicité de coaching.
- Speaker #0
Pas du tout ! Quel était donc l'intérêt d'être coachée en prise de poste ? C'est vani !
- Speaker #1
Mais, donc, en l'occurrence, quand j'ai pris ce job de dirco avec toute la trouille que j'avais... Je me suis retrouvée dans ce job, mon DG de l'époque, ce n'était pas un ancien Dirco, c'était quelqu'un qui venait avec une expérience différente, fantastique, mais différente. Et donc, il fallait que j'assure le job de Dirco toute seule. Et je me sentais quand même hyper seule pour être capable de comprendre. En plus, avec mes frayeurs, hyper dur de partager mes frayeurs de petite fille que j'avais, tout ce que je devais te raconter. Ça ne se disait pas. J'allais dire à l'époque. Je ne sais pas si ça se dirait mieux maintenant. Mais en tout cas, je ne me sentais pas du tout légitime à mettre sur la table ces différents sujets-là. Et donc... Je me suis fait accompagner de quelqu'un qui n'avait pas du tout une expérience du dirco, qui n'avait pas une expérience professionnelle, mais qui m'a aidé à pouvoir être le miroir de tous les doutes que j'avais, à surmonter en grande partie les frayeurs que j'avais. Du coup, quand je suis partie en Italie, j'étais quand même en conscience d'en particulier deux choses. La première, c'est que j'allais me retrouver hyper toute seule et je cumulais l'aspect professionnel et l'aspect personnel. professionnels parce que... on passe d'un comité de direction dans lequel on a quand même tous ses collègues qui sont là, mon pote directeur marketing, le pote CFO, plein de gens avec qui on peut échanger entre pairs, à, subitement, on devient représentant de l'entreprise, le GM. Bien sûr, on a des gens super, un comité de direction, mais ce n'est pas pareil. À qui on se confie ? Mon patron, il était loin, il était patron de l'Europe, grand sponsor dans ma carrière, à qui j'avais de la proximité, mais on ne l'appelle pas pour partager ses soucis tous les matins. Mes pères, à l'époque, les autres GM, je n'étais pas trop dans le club. J'arrive, je ne les connaissais pas, j'avais tout à créer. Pas oublié que dans l'histoire, je suis quand même rentrée chez Mars assez tard. Donc, je n'étais pas... Bébé Mars, qui avait fait toute sa carrière avec tout le monde, etc. Donc, je n'avais pas non plus, peut-être, autant la solidité du network hyper ancien. Donc, professionnellement, il y a comment je vais gérer ça ? Cette solitude un peu de l'autorité de dirigeant. Et puis, personnellement, je pars avec Blaise qui a 14 ans, en plein milieu d'année scolaire, parce que je m'étais laissée convaincre de terminer les négociations en France, donc de partir fin février. Pas le meilleur choix de ma life, ça, de ne pas avoir insisté terriblement pour terminer une année scolaire. Je suis divorcée, je pars toute seule avec mon fils en Italie. Donc, il faut aussi gérer tout cet aspect-là, l'aspect de l'expat, l'adaptation, accompagner son enfant, son fils. Oui, c'est un grand chamboulement quand même. Donc, je me dis comment je vais tenir. Ça fait beaucoup, beaucoup à gérer. Et donc, de forte de l'expérience du premier coaching, je me dis une chose simple que je peux faire, c'est de... d'aller chercher une ressource extérieure, extérieure à l'entreprise, neutre, qui m'aide à décoder, qui m'aide à lire aussi la différence culturelle en Italie, qui m'aide dans ce rôle de dirigeante. Et puis, plus il y a affinité, parce que si elle m'aide dans tout ça, ça va bien m'aider au total à survivre à tous ces changements-là. Et donc, je vais aller chercher une femme, coach italienne, qui va m'aider dans cette transition-là, avec qui je vais partager tous mes doutes. toutes mes questions.
- Speaker #0
Clairement, pouvoir avoir cette personne extérieure à qui confier ses peurs, ses colères, c'est un énorme avantage. La question que je me pose, c'est est-ce qu'on peut se permettre, selon toi, on peut avoir des mentors, on peut avoir des sponsors en interne, est-ce que ces personnes-là, ce n'est pas un peu suicidaire d'être complètement vulnérable avec eux ? transparent justement sur cette partie-là de ces doutes. Parce qu'en fait, plus on est confiant, plus on a de la confiance en nous, plus les autres vont nous faire confiance. Et donc, quand on est en interne et qu'on a un sponsor important, est-ce qu'en interne, on a intérêt, ou est-ce que toi, tu l'as déjà fait, à être complètement transparent sur ses peurs ? Ou est-ce que pour toi, c'est vraiment stratégique de le garder pour quelqu'un d'extérieur, un coach ou un psy ou n'importe qui qui nous... quel est le niveau de vulnérabilité et de transparence qu'on peut avoir sur ces peurs en interne ?
- Speaker #1
C'est vraiment intéressant ta question, Elvire. Je ne me la suis jamais posée comme ça. En vrai, en tout cas pour moi, je ne me suis jamais autorisée à être transparente complètement sur mes peurs. Donc, d'une certaine façon, je n'ai jamais pensé qu'on allait me faire confiance si j'étais totalement ouverte là-dessus. Est-ce que j'ai eu raison de ça ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c'est que par contre, dans ma capacité à montrer qui j'étais de façon authentique, en n'ayant pas peur de montrer ma vulnérabilité, moi en tant que leader, là je ne parle pas seulement par rapport à mes patrons, mais plus génériquement par rapport à mes équipes, j'ai beaucoup bougé. Et il y a une vraie grosse différence entre Stéphanie en début de carrière, tu vois dans mes premiers jobs de responsable marketing, où là j'étais en version warrior cuirassée. Quelle que soit la peur à l'intérieur, rien ne se voyait, j'avançais. Et dans mon dernier job, le fameux, avec mon titre de président, tu vois, j'ai un autre moment fondateur dont je me rappelle très très bien. Dans ce job-là, je me retrouvais assez souvent finalement à devoir faire des speeches sur scène à des équipes qui me voyaient une fois sur une scène. Je ne pouvais pas...
- Speaker #0
Interagir, construire.
- Speaker #1
Rencontrer vraiment proximité. Mais dans mon job, j'avais la responsabilité d'apparaître comme une présidente qui vient parler de la division, ce qui se passe, faire un speech. Je me rappelle de ce moment, c'est en Angleterre, en l'occurrence, face à cette équipe qui faisait partie du scope dont je m'occupais. J'avais en tête que j'avais vraiment envie de leur raconter qui j'étais et qui j'étais en tant que leader. et que ça passait par... me découvrir en tant que personne et raconter. Mais juste avant d'aller sur scène, je n'étais pas encore totalement sûre de si j'allais être capable de lâcher ça ou pas. Aussi parce que finalement, tu vois, jusqu'à ce job-là, je ne l'avais jamais complètement fait. J'avais fait des pas vers ça, je l'avais fait de plus en plus au fur et à mesure de mes différents jobs, mais je n'avais pas complètement lâché la garde. Je fais une histoire courte, mais je l'ai fait ce jour-là. Ce qui était assez intéressant, c'est que dans la suite, de ce speech sur scène. J'avais ensuite des interactions avec des collaborateurs en Angleterre. En one-to-one, ils m'avaient fait rencontrer un échantillon de différents collaborateurs. Et je pense qu'il n'y en a pas un seul qui n'est pas revenu. sur cette partie-là et la façon dont ça avait résonné, ce qu'ils se sont mis à me raconter des choses sur eux. Pourquoi je te dis ça ? C'est que je pense qu'il y a vraiment une gradation que j'ai apprise au fur et à mesure du temps, qui finalement vient avec le fait d'être probablement de moins en moins dépendante du regard des autres, de finalement se sentir suffisamment sûre pour se donner le droit de partager aussi de ça. Et aussi la conscience et la compréhension qu'il y a une partie un peu de fausse image, tu vois, dans le fait de prétendre d'être complètement fort. Personne n'est comme ça. Au fond, on sait qu'on est aussi touché par des gens qui sont plus réels, plus humains, qui sont capables de partager.
- Speaker #0
Je suis d'accord avec toi que, dans tout développement de leadership, partager avec vulnérabilité et ouverture qui l'on est vraiment, c'est ça qui va impacter. En discutant, ce que je me dis, c'est une chose de dire, de communiquer sur une peur que l'on a digérée, qu'on a décortiquée, qu'on a posée. Et donc d'avoir un discours assez factuel finalement sur ses propres doutes et sur ses propres failles, ça c'est une chose. Et être submergée par une émotion, par la panique, ça effectivement c'est peut-être... la partie qui n'a pas trop sa place, entre guillemets. Enfin, je ne sais pas ce que tu en penses, mais il y a ce côté, finalement, on voit bien en coaching, nos clients peuvent arriver complètement en panique, en colère et dépassés, et on va les aider justement à tout mettre à plat. Je me dis que ça, ça n'a pas vraiment sa place, effectivement, avec un mentor ou un sponsor. Enfin, c'est peut-être moins stratégique, je ne sais pas.
- Speaker #1
Oui, j'aime bien ta façon de dire, c'est marrant parce que ça m'arrive de dire ça dans d'autres contextes, mais dans des contextes de coaching collectif, par exemple, quand j'avais proposé à des gens de raconter qui ils sont de façon un peu plus profonde, sur leurs valeurs, et je vais souvent ajouter que l'idée n'est pas de se mettre en difficulté, c'est de ne pas aller raconter des choses qui seraient encore sanguinolentes, des cicatrices qui seraient encore à vif. mais d'aller chercher des choses qui sont juste authentiques, réelles, profondes, qui permettent de donner accès à qui on est. Et je pense qu'en vrai, c'est ça dont on a besoin dans le contexte professionnel. C'est d'être capable d'aller montrer qui on est en profondeur et de trouver cet équilibre entre ça, qui n'est pas aller découvrir toutes ces zones de fragilité parce qu'en face, on n'a pas des accompagnants. C'est un autre contexte et qu'à un moment, il faut aussi être en conscience et donner accès à qui on est, pas balancer ses cicatrices.
- Speaker #0
Est-ce que pour toi, l'émotion, les émotions ont leur place en entreprise ?
- Speaker #1
Oui, je veux le croire. Oui, bien sûr. D'abord parce que les êtres humains, on n'est que des émotions. Les émotions, c'est ça qui drive tellement de choses.
- Speaker #0
Dans quelle mesure, du coup, les émotions sont bienvenues en entreprise ?
- Speaker #1
Quelle mesure les émotions sont bienvenues en entreprise ? Les émotions, c'est ce qui nous permet de décoder les gens autour, c'est ce qui nous permet de vivre avec intensité, c'est ce qui nous permet d'être passionnés, c'est ce qui nous permet d'être créatifs. Une entreprise comme dans un autre terreau, finalement, c'est comment est-ce qu'on a aussi une forme de responsabilité d'être aussi gardien de ses émotions. Tu vois, c'est la différence entre un petit enfant en colère qui laisse déborder ses émotions et ça fait tout, n'importe quoi, et un adulte... qui a ses émotions, mais qui aussi en fait quelque chose pour lui-même, dans la perception. Donc probablement, je dirais que c'est juste ça. Moi, je ne vois pas les émotions comme étant problématiques en tant que telles. C'est qu'est-ce que tu es capable d'en faire, peut-être de tes émotions, de les utiliser aussi pour toi, comme une façon de comprendre le monde qui t'entoure, d'être sensible à ce qui se passe autour, de ressentir ce qui se passe. Moi, je n'ai jamais vu comme un problème, par exemple, un collaborateur qui pouvait être sensible. Le fait de pleurer, j'ai entendu ça à un moment dans ma carrière. On m'a même dit, j'espère que tu ne pleuras pas. Ça m'est arrivé. Entre guillemets, à l'époque, c'était un peu conventionnel, mais comme une fille, c'est dingue. Tu es chouineuse. Oui, chouineuse. Je ne l'ai jamais pensé ça. Mais c'est vrai que parfois, il y a aussi des espèces de cadres, je ne sais pas, un peu conventionnels. Je trouve moi, personnellement, un peu vieillot d'une certaine façon, dans lequel on... On fait un espèce de synonyme entre force et ne pas montrer ses émotions. Tout ça, ce n'est pas très juste dans le fond. Je connais des gens très forts qui sont très sensibles et très émotifs et qui montrent leurs émotions. Et je suis capable de le percevoir. Donc, je me dis que si moi, je le perçois, d'autres peuvent le percevoir.
- Speaker #0
Bien sûr. En fait, je trouve ça à la fois drôle que l'on entende souvent les émotions n'ont rien à faire ici en entreprise. Et c'est souvent des... Ça vient de personnes, on va dire plutôt des hommes qui ne vont pas hésiter à... gueuler comme pas possible sur leurs collaborateurs parce que la présentation n'a pas été faite comme ils voulaient. Cette émotion-là, visiblement, elle est la bienvenue, la colère et le côté agressif. Mais l'émotion, le fait de pleurer, là, par contre, c'est mal vu.
- Speaker #1
On est pétri de biais de ce point de vue-là. La façon dont on lit, même certaines attitudes, au masculin, au féminin, de façon genrée, on est pétri de biais culturels installés. dans lequel moi je suis toujours sidérée de voir que si on prend une femme Et je l'ai vécu pour de vrai, ce genre d'expérience. On prend une femme qui serait calme et réservée dans une réunion. On a une espèce de assez forte probabilité qu'on puisse lui donner un feedback de « Oh là là, t'es trop timide, t'es trop effacée, t'es trop en réserve. Est-ce que tu pourrais pas ? » Ça m'est arrivé souvent d'avoir des retours qu'il fallait que j'aie une plus grande voix. Je ne peux rien y faire, moi, à la force de ma voix. La force de ma voix, ce n'est pas mon volume sonore, simplement. C'est tellement réducteur et biaisé. Si on imagine cette même situation d'un homme qui serait dans une posture de réunion calme, en réserve, j'ai une grosse probabilité que le feedback ressemble plus « Oh, quelle sagesse ! »
- Speaker #0
Il est tellement observateur. Et quand il parle, tout le monde l'écoute.
- Speaker #1
Et ce biais-là, on l'a tous. Ce qui est dingue, ce n'est pas le fait d'être une femme qui nous met à l'abri de ce biais-là. Non ! Parfois, ça devient assez dingo. C'est qu'on a aussi nos attitudes. Moi, je me suis efforcée de ne pas pleurer, de ne pas montrer de faiblesse. J'ai fait ça beaucoup, de cacher mes émotions. Tu vois, sur ta question tout à l'heure.
- Speaker #0
Quand on discutait, j'ai eu cette image d'un chien. Comme si nos émotions, c'était un peu un chien. Et je me dis, on peut avoir un chien... Si on suit que la métaphore, l'émotion, c'est le chien. Si tu as un chien qui est là... mais qui est sage, qui reste à tes pieds et qui dérange personne. Ce n'est pas du tout la même chose que s'il commence à aller sauter sur les autres, à leur mordre les chevilles. Je suis cette métaphore pour les émotions. Donc pour moi, effectivement, je suis d'accord avec toi. En tant que leader, donner accès à cette partie de soi, c'est important. Et en même temps aussi, on ne peut pas forcément s'en empêcher parce qu'il y a beaucoup de choses qui vont être ressenties, même si on n'est pas des mots dessus. Donc intéressant. On approche la fin de l'épisode, mais j'ai encore pas mal de questions. Toi, tu as été mentorée en interne ? Tu es allée chercher des mentors ?
- Speaker #1
On m'en a même proposé à différents moments. Autant j'ai été hyper volontaire pour aller me chercher du coaching externe, j'ai été moins courageuse sur le mentorat interne parce qu'il y avait une petite voix dans ma tête qui me disait que je n'en étais pas nécessairement digne. On ne se refait pas 100%. Donc, d'aller chercher comme ça cette ressource interne, souvent... On me l'a proposé plus que j'ai été la chercher. Mais oui, j'ai eu des mentors internes. Et j'ai aussi des gens qui ont été des vrais sponsors de carrière. J'ai eu la chance d'avoir des gens. Ce premier directeur général que j'ai eu en France qui m'a donné ce job de dirco, il a été un sponsor de ma carrière sur la durée assez longue.
- Speaker #0
Donc, ça fait partie des soutiens qui t'ont aidé à accélérer ta carrière.
- Speaker #1
Oui, carrément.
- Speaker #0
Quel conseil tu donnerais à une jeune femme qui veut accélérer sa carrière, en dehors d'aller chercher des mentors et des sponsors ?
- Speaker #1
Je l'ai observé pour moi. mais au-delà de moi, je l'ai beaucoup observé chez les femmes de façon générique et je continue à l'observer beaucoup. Je pense que les femmes ont une furieuse tendance à sous-estimer l'importance du network, de l'environnement, de créer tout cet écosystème. Je ne sais pas pourquoi. En tout cas, je ne donnerai d'ailleurs pas que ce conseil-là à des femmes, je le donnerai globalement à des jeunes. je donnerais ce conseil de ne pas penser que... La façon dont on va progresser dans une entreprise n'est liée qu'à sa capacité à faire quelque chose tout seul dans son coin, dans un mode un peu scolaire, dans lequel quelqu'un verrait qu'on a fait quelque chose de bien et que ça suffit. Mais qu'il faut prendre la responsabilité d'avoir un impact beaucoup plus large, travailler sur la visibilité de ce qu'on fait, aussi être capable de faire savoir ce qu'on fait, d'être capable d'influer sur le système, de ne pas attendre que le système comprenne tout seul parce qu'on a fait quelque chose de bien. de prendre cette responsabilité-là. En fait, ça, ça a vraiment changé quelque chose pour moi dans la compréhension. Pendant des années, on m'a dit que je ne comprenais pas, qu'il fallait que je fasse... On n'utilisait pas d'ailleurs des mots qui m'aidaient à comprendre. On me disait qu'il fallait que je fasse plus de politique.
- Speaker #0
Mots que l'on déteste.
- Speaker #1
Et je détestais ça, en fait. Je ne comprenais pas. On me disait, en gros, on me demande d'aller frimer. Mais moi, je n'aime pas les frimeurs. Moi, j'aime les gens qui font du vrai travail. Moi, c'est du vrai travail.
- Speaker #0
Moi, je ne fais pas du vent.
- Speaker #1
Madame, ce n'est pas du vent. Donc, moi, les gens qui font juste savoir, qui ont des grandes gueules, mais qui, par contre, ne font pas vraiment leur travail, qui ne sont pas à la mine. Ce n'est pas comme ça que j'ai été élevée. Moi, j'ai été élevée et on travaille. Bien sûr. Et donc, j'étais en refus d'obstacles du truc. Ce qui a changé mon paradigme et ma façon de voir les choses, c'est quand j'ai compris, mieux expliqué, j'ai été capable de comprendre, Euh... Que ce qu'on me disait, ce n'était pas de faire de la politique, dans le sens de faire du vent alors que je ne travaillais pas bien, mais c'était d'utiliser ce que je savais faire et mon travail pour avoir un impact plus grand sur le système et de prendre la responsabilité de ça. Et de me dire, mais ce n'est pas possible, ils ne peuvent pas aller voir dans un grand système, on est dans une grande entreprise avec tous ces gens, on ne peut pas attendre que tout ce qui est fait de bien individuellement se voit comme ça tout seul. Il faut prendre la charge, je veux dire, si on croit à ce truc-là, il faut le porter, il faut engager des gens derrière. Il faut le montrer, il faut être capable de le faire savoir. Il faut engager plus de gens derrière, etc. Et ça, ça a changé ma façon de voir les choses. Et je pense que c'est le conseil que j'aurais envie de donner à des jeunes, c'est de prendre la responsabilité de ça. Donc, une responsabilité plus large que juste de bien faire son travail tout seul dans son coin. Mais de prendre la responsabilité d'influer sur l'entreprise, sur le système. prendre une charge un peu plus lourde, une responsabilité plus forte.
- Speaker #0
Et du coup, un conseil pour savoir comment influer sur l'écosystème ?
- Speaker #1
Dis donc, c'est difficile tes questions !
- Speaker #0
Ça commence par quoi ?
- Speaker #1
Ça commence par d'abord s'intéresser à ça, ouvrir ses chakras. Finalement, une entreprise, c'est une société. C'est aussi la capacité à rentrer en interaction avec le monde, avec les personnes. Créer du lien. Et donc, ça commence par s'intéresser à tout ça. C'est-à-dire écouter ce qui se passe, s'intéresser aux motivations, s'intéresser aux émotions des autres, s'intéresser aux capacités, aux talents des autres. Moi, je crois finalement que ce qui a été ma cause personnelle, c'était de montrer que Steph avait le droit de réussir, d'exister dans son truc. Et ce que j'ai envie de transmettre, moi je pense vraiment fondamentalement... que tout le monde a sa place. Et je voudrais, j'ai envie de croire que tout le monde a sa place et que c'est possible. D'aller chercher où est-ce qu'on peut trouver son expression, sa façon de contribuer, de faire quelque chose qui a du sens pour soi, qui a de la valeur pour soi et qui va permettre de trouver sa place, tout simplement.
- Speaker #0
Chacun a sa place. Alors du coup, j'ai envie de te demander, est-ce que c'est ça que tu vas mettre sur ton panneau d'affichage ? Parce que je t'offre un panneau d'affichage, c'est ton message au monde. Tu peux y mettre tout ce que tu veux. Qu'est-ce que tu y mets ?
- Speaker #1
Moi, j'aime bien ce chacun à sa place. On a tous sa place. On mérite tous d'être là. Ce n'est même pas du mérite, en fait. C'est juste qu'on est tous là. Et voilà. Donc, que chacun puisse avoir sa place. Pour moi, c'est probablement la valeur la plus fondamentale. C'est une très, très grande acceptation de tous les autres.
- Speaker #0
Et j'entends que ça commence par s'accepter soit tel qu'on est.
- Speaker #1
Oui, c'est peut-être le combat le plus mire. le plus difficile pour commencer, mais qui trouve aussi sa résonance dans l'écho que ça a pour... Si ça, c'est vrai pour moi, c'est vrai pour tous.
- Speaker #0
Quand j'entends ça, je repense aussi à ce que tu as dit un peu plus tôt, qui est que personne n'est transparent sur tout ce qu'il ressent et tout ce qui se passe en interne, justement, et qu'on est certainement beaucoup plus nombreux à... Soit en souffrance, en tout cas, dans le doute. Finalement, on est tous sur le même pied. On est tous sur le même niveau.
- Speaker #1
Oui. Et c'est vrai qu'on a tous besoin de comprendre qu'on n'est pas tout seul là-dessus. Ça fait toujours du bien d'entendre un peu plus de réalité.
- Speaker #0
C'est pourquoi d'ailleurs j'ai créé ce podcast. J'avais tellement envie de voir ces femmes qui ont réussi, qui ont fini présidentes.
- Speaker #1
C'était bien comme titre.
- Speaker #0
C'est tellement beau comme titre. Mais de se rendre compte que toi aussi, tu avais tes doutes. Toi aussi, tu as dû aller chercher loin. Je trouve ça hyper inspirant. Si tu te retrouvais face à Stéphanie ? 10 ans, quel conseil ? Qu'est-ce que tu aimerais lui dire ?
- Speaker #1
Regarde les gens droit dans les yeux. C'est toi qui m'as provoqué avec la conversation de tout à l'heure. Mais oui, probablement relève la tête. C'est ça que je lui dirais. T'arrêtes pas à l'image, relève la tête. T'as le droit d'être là.
- Speaker #0
Dernière question. Quel est le projet que tu lancerais demain si t'avais pas peur d'échouer ? Qu'est-ce que tu ferais dès demain si t'avais pas peur ?
- Speaker #1
Je monterais mon resto.
- Speaker #0
Ton resto ?
- Speaker #1
Ouais, ça y est. Me prendre pour une...
- Speaker #0
Pour une folle fiorée.
- Speaker #1
Un resto de quoi ? Vas-y, en plus, j'ai faim, là. Vas-y. Oui, moi aussi, j'ai le ventre qui gargouille.
- Speaker #0
Non, mais en vrai, dans mon année, j'ai fait une année de break entre mars et monter ma boîte de coaching. Et j'adore ce que je fais. Ça a vraiment du sens. C'est vraiment justement cette capacité à faire fonctionner des gens différents, donner la place à tout le monde. C'est ça qui m'anime et je fais ça. C'est trop bien. Et on va dire que c'est plutôt, si je n'avais pas peur d'échouer, j'ai ce fantasme-là toujours parce que j'adore. Et c'est un territoire qui est complètement différent. mais on a compris que je pouvais être assez facilement touche à tout, n'est-ce pas ? J'adore la cuisine, le monde de la nourriture, de la gastronomie, ça m'a toujours animée. J'ai été faire ce diplôme de cuisine. Officiellement, c'est mon diplôme de chef réel. Vraiment chef, cuisinière et pâtissière. Et je pense que si je n'avais pas eu peur que ça soit trop dur, à plein de titres, physiquement, en termes d'expérience, parce que même après un diplôme, ce n'est pas comme d'avoir 15 ans d'expérience en cuisine. Je pense que j'y serais allée et je n'ai pas osé. Je pense que si j'avais vraiment pas peur d'échouer, je pense que je serais partie. Mais je n'ai pas osé.
- Speaker #1
Du coup, j'ai envie de te dire, c'est quand que tu fais des coachings d'équipe derrière les fourneaux ?
- Speaker #0
Alors, j'y pense un peu. On ne sait jamais. Peut-être un jour. Qui sait ? Peut-être un jour. Qui sait ?
- Speaker #1
Trop bien. Merci beaucoup Stéphanie. Est-ce que tu as un dernier conseil ou est-ce qu'on a fait le tour ?
- Speaker #0
Je pense qu'on était bien.
- Speaker #1
On est bien. Merci beaucoup Stéphanie. C'était très agréable de s'asseoir avec toi sur... Sur ces petits canapés tout doux, on leur a fait plein de câlins. Les petites bouclettes, on a fait des bouclettes.
- Speaker #0
Je me demande s'il ne va pas y avoir la petite trace de ma mère. Merci à toi, Elvire. Merci.
- Speaker #1
Merci à vous d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si l'épisode vous a plu, n'hésitez pas à mettre une évaluation 5 étoiles et surtout, partagez-le autour de vous. Vous avez des amis qui sont aussi en entreprise ou entrepreneurs qui ont besoin d'un petit coup de pouce et de l'inspiration. Donc, partagez-leur cet épisode et je vous retrouve très bientôt sur The Patron. Merci à toi d'être resté jusqu'au bout. J'espère que cet épisode t'aura plus intrigué, inspiré. Et n'hésite pas à le partager, ainsi que de laisser une évaluation, un commentaire. Ça aidera énormément le podcast à être plus diffusé. Merci et à très bientôt sur The Patron Podcast.